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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
100% manuel ! | B'rêves d'écriture | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 27.10.2014 - 16 h 37 | 31 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (ep. 5)

(previously)

La salle du restaurant est étonnamment paisible compte tenu de l’heure. Jamais je n’aurais su trouver un coin pareil et pourtant, cela va faire deux ans que j’enseigne dans cette maudite ville. J’ai écumé tous les points de ravitaillement autour de mon établissement en quête d’un lieu tranquille pour avoir une vraie coupure entre midi et deux, mais jamais je ne serais allée aussi loin, ni dans cette petite ruelle improbable.

En acceptant de déjeuner avec elle, j’espérais que mon inspectrice ne se contenterait pas d’un repas à la cantine. C’est elle même qui, alors que nous nous engagions dans le couloir tout à l’heure, m’a proposé cette bienheureuse alternative. Soulagée de ne pas avoir à affronter les élucubrations culinaires de notre néanmoins sympathique équipe du réfectoire, ni le brouhaha indigeste de l’immense salle bondée, j’ai acquiescé à sa première proposition : un modeste italien à quelques minutes de là.

Il nous a bien fallu un petit quart d’heure de marche pour arriver dans ledit italien. Un quart d’heure pendant lequel aucune de nous n’a osé dire mot. Nous avons cheminé l’une à côté de l’autre, croisant nos regards à chaque intersection, à chaque contournement d’individu venant en sens contraire ou borne obstruant le trottoir, et à chaque arrêt ou ralentissement, l’une de nous esquissait un geste vers l’autre, comme pour éviter de nous perdre. A mesure de notre progression, je constatais que nous nous rapprochions subrepticement. Son pas était régulier et s’accordait au mien. J’imaginais stupidement sa main dans la mienne, non sans me morigéner aussitôt. Je n’avais pas faim. Je ne voulais pas arriver à destination. Je voulais marcher encore, avec elle à mes côtés. J’aurais voulu lui parler, mais qu’aurais-je pu lui dire qui soit plus subtil que ce silence complice entre nous ? Un silence traître. Un silence plein d’espoir.

Il m’a semblé reconnaître une sorte de déception dans son regard quand elle s’est arrêtée aux portes du restaurant. Nous nous sommes installées, toujours en silence, mais non sans sourire courtoisement à notre serveuse. Celle-ci la connaissait, vraisemblablement, ou du moins, se souvenait d’un de ses précédents passages. Evidemment, comment l’oublier ?

Pendant une seconde, mon estomac s’est noué. Mon radar, pourtant complètement obnubilé par mon escorte, s’est emballé à la vue de notre hôtesse. Son look, sensiblement androgyne, n’en disait pas autant que ce petit air approbateur qu’elle a partagé avec mon inspectrice, son regard allant d’elle à moi, de moi à elle, dans un sourire croissant. Je ne saurai dire ce qu’elle approuvait : ma modeste personne ? Le couple que nous formions ? Le défi que je représentais dans son désir de conquérir les faveurs de Mme Paulin ? Un instant, je me suis sentie troublée. Je ne me suis jamais estimée de taille à lutter contre ces demoiselles aux dents longues, qui d’un seul regard assujettissent des peuples entiers.

Amère et surprise par la violence de ma réaction, je me suis relevée aussitôt, m’excusant auprès de Violette, invoquant l’impératif lavage de mains avant manger. Délaissant immédiatement les regards peut-être complices de notre serveuse, elle s’est proposée de m’accompagner, m’emboîtant tout de suite le pas.

Les toilettes offrent un espace exigu et pour accéder en même temps au lavabo, nos épaules n’avaient d’autre choix que de se frôler. La minute était délicieuse mais si intense que j’avais l’impression qu’elle pouvait entendre les battements de mon coeur sourdre en échos affolés à travers la minuscule pièce. A plusieurs reprises, nos doigts se sont rencontrés dans la sensualité humide et enivrante de nos ablutions. Peut-être l’ai-je fait un peu exprès… et sans doute elle aussi.

Nous venons juste de regagner nos places et mes jambes, qui fort heureusement n’ont plus à me porter, se sont mises à trembler. Sous la table, je sens son pied rejoindre le mien, sans ambition apparente. Dès lors qu’il accoste ma chaussure, il reste là, immobile, serein, comme s’il était à sa place. Paradoxalement, sa présence apaise d’emblée mes tremblements.

La serveuse revient à la charge, nous gratifiant de ses plus beaux sourires. Elle nous tend les cartes que nous survolons distraitement. Comme elle reste plantée là, nous choisissons rapidement, replions les cartes et les lui rendons dans un poli « merci » entonné de concert. J’attends que nous ayons retrouvé notre intimité pour lancer un courageux :

« Alors ?

– Alors… Hum. Je suppose que vous voulez parler de votre prestation de tout à l’heure…

– Je ne sais pas si on peut parler de prestation, dis-je en souriant, surtout si c’était si désastreux !

– D’accord, alors soyons sérieuses quelques minutes ».

Son regard plonge dans le mien et me traverse. Je sens cette douce chaleur partout autour et à l’intérieur de moi, qui irradie et s’amplifie, qui m’enveloppe et me protège tendrement. Pourtant, je ne me suis jamais sentie autant en danger… Comme je reste suspendue à ses lèvres, elle poursuit :

« Je pense que vous savez très bien que ça n’était pas si désastreux. Sur un plan humain, vous savez captiver les foules ». Ses yeux quittent les miens pour se concentrer sur ses doigts qui tordent sa serviette sur la table. Elle réprime un sourire, inspire et reprend :

« Sur un plan méthodologique, étant donné la séance en question, je n’ai pas grand chose à dire non plus. Nos directives sont d’insister sur la diversité des supports et, vu le plan de séquence et les infos que vous m’avez fournies, je sais que vous n’êtes pas à la traîne…  »

Au fur et à mesure de son discours, je me détends un peu. J’écoute presque attentivement ses réflexions et constate avec un certain plaisir que, même si elle modère ses éloges, l’inspectrice académique en elle n’a pas relevé d’entorse majeure aux pratiques règlementaires de l’enseignement des Lettres dans mon cours. Je ne réalise le silence que lorsque ses lèvres cessent de bouger depuis trop longtemps à mon sens. Le charme est rompu. Je dois dire quelque chose.

Je rassemble mes esprits et me laisse gagner par une bouffée de fierté de rigueur :

« En gros, selon vous, je fais l’affaire…

– Et quelle affaire… »

Elle a prononcé ces mots si faiblement que je les ai lus sur ses lèvres plus que je ne les ai véritablement entendus. C’est le moment que choisit la serveuse pour nous apporter nos plats. Elle les dépose sous nos regards confus et annonce triomphalement le contenu de nos assiettes. Devant notre manque de réactivité à l’égard des plats, elle s’éclipse encore trop lentement à mon goût.

Je brûle de lui demander pourquoi ce déjeuner, mais je me dis qu’il serait bas de ma part de l’acculer ainsi. Je ne veux pas me faire passer pour plus idiote que je ne suis… ou pire, plus désespérée. Entre nous, la tension devient palpable. Nos repas laissent s’échapper quelques salves de fumée et pendant une seconde, l’image d’une scène de duel dans un vieux western jaillit et manque de me faire exploser de rire.

« Si c’est tout ce que vous aviez à me dire, je suppose que nous pouvons manger tranquilles. Merci en tout cas. Je ne pouvais pas rêver d’une meilleure inspection.

– A croire que je ne suis pas un monstre finalement… Même avec vous. »

Je dois mordre mes lèvres pour retenir une réplique un peu trop audacieuse. Surtout, ne pas succomber à la provocation. Je me contente d’un sourire entendu.

L’ambiance s’apaise légèrement et nous nous saisissons de nos couverts. Comment vais-je pouvoir avaler quoi que ce soit ?

Pendant le repas, qui me surprend agréablement en saveur mais que mon estomac noué ne peut ingurgiter que partiellement, nous échangeons courtoisement sur nos expériences professionnelles, que nous ponctuons chacune de petits indices personnels. Au fil de la conversation, j’apprends ainsi qu’elle a enseigné une quinzaine d’années avant d’obtenir, il y a deux ans, son poste d’inspectrice académique. J’en conclus qu’elle a effectivement dans les quarante ans. Elle est bretonne, très attachée à ses origines (comme tout breton) mais elle a migré dans le Sud, visiblement pour fuir quelque chose. Elle vit en ville depuis deux ans, mais rêve de s’en éloigner mais « avec les enfants, l’école, tout ça, ça n’est pas envisageable dans l’immédiat ». Des enfants ?!

Je vois bien qu’elle guette ma réaction en prononçant ces mots, mais si je suis surprise, ça n’est qu’agréablement. Je me contente donc d’acquiescer en souriant à son propos et m’enquière de l’âge et des noms desdits bambins.

« Charles a six ans et Loris, bientôt dix.

– C’est mignon, dis-je. Et… ont-ils un père ? »

J’ai l’impression de marcher sur des oeufs. Décidément, cette femme me plaît et la savoir mère me la rend plus intéressante encore. Mais s’il s’agissait d’une femme heureuse en ménage avec son cher mari (bien que tout dans son comportement avec moi indique le contraire), ce serait la fin des haricots. A l’évocation de cet éventuel papa, un voile triste passe devant son regard, sans s’y attarder.

« Ils n’en ont plus, non. Mais ils vous diraient que je suis bien assez casse-pieds pour deux ! »

Je ne sais que penser de cette réponse et je suis presque soulagée lorsque la serveuse vient débarrasser notre couvert. Je veux poursuivre la conversation, je voudrais parler avec elle toute la journée, l’abreuver de questions… Mais surtout je voudrais prendre sa main. Je la contemple, abandonnée sur la nappe blanche, nue et immobile. Mon esprit, insolemment frivole, imagine la suavité d’une caresse sur cette main, de ma paume la recouvrant puis glissant sur elle jusqu’à ce que mes doigts s’entrelacent aux siens. Et mes lèvres sur cette peau tendre et délicate…

Déclinant toutes deux le dessert, nous ne refusons pas le café. Comme j’hésite à poursuivre sur ce terrain personnel, elle s’excuse et se lève gracieusement pour se diriger vers les toilettes. Pendant une seconde, j’ai envie de la suivre juste pour le plaisir de me retrouver à nouveau dans l’exigüité de la pièce à ses côtés… et qui sait ?

Mais non. Je suis raisonnable et je profite de ces précieuses minutes pour faire le point. Même si je suis loin d’avoir tendance à draguer tout ce qui bouge, je sais que nous flirtons et je sais que j’en veux plus. Pourtant, une petite alarme intérieure m’interpelle. Elle a des enfants. Je n’avais jamais désiré de femme-mère auparavant. Quelque part, je trouve ça complètement sain. Elle est une femme dans tout ce qu’il y a de plus complexe, beau, substantiel et… attirant. Oui, mais elle a des enfants. Si ça la rend encore plus sexy à mes yeux, je me dis que je dois faire attention. Je n’ai pas pour habitude de prendre les femmes à la légère, mais avec elle, je ne veux m’autoriser aucun faux pas, aucune légèreté. Je ne sais pas ce qu’elle attend. Peut-être rien ou pas grand chose. Peut-être que justement, elle ne souhaite qu’une rencontre ponctuelle, sans prise de tête.

J’essaie de me faire à l’idée de n’être qu’une friandise sexuelle de passage… Je n’aurais rien contre, évidemment, mais j’ai du mal à envisager d’être repue d’elle en une seule fois. C’est drôle de penser au désir, drôle de dériver sur des images, des envies, et se laisser glisser sur des torrents de passion. Qu’est-ce que la passion ? Le désir ? L’amour ?

Je n’ai plus quinze ou vingt ans. Ma vie sentimentale, chaotique malgré des relations essentiellement longues, m’aura au moins appris à être circonspecte en matière de désir. Pourtant je m’étonne encore de ses ravages. Une femme me trouble et toute cette soi-disant expérience est remise en question. Si je n’y prends pas garde, bientôt je vais parler de coup de foudre !

Elle réapparait dans la salle au moment où on nous dépose les cafés.

Non, un coup de foudre, lui, a au moins la décence d’être suffisamment désagréable pour ne pas qu’on ait envie d’y regoûter. Or, là, je ne me lasse pas de la regarder. J’en veux plus, incontestablement.

Et la bougresse a pris les devant : je note avec gourmandise qu’elle a accentué son décolleté en ouvrant un bouton supplémentaire. Sa gorge trahit maintenant la naissance irrésistible d’un sillon subtilement creusé entre ses seins. Je tente de maîtriser les réactions instinctives de mon corps. Une nouvelle fois, mes propres tétons se manifestent ostensiblement, se contractant sous la houle de désir qui vient s’échouer en vagues chaudes et humides entre mes cuisses. Je réprime à grand peine un grognement primaire et m’efforce de détacher mes yeux de cette diabolique tentation. Pendant une seconde, je ris sous cape : je veux être Eve condamnant l’humanité à son triste sort si je peux succomber au péché de ces pommes-là.*

Je ne sais si c’est à cause de son audace poitrinaire, mais ses joues rosissent quand elle plonge à nouveau son regard dans le mien. C’est irrésistible. Pourtant, il faut résister !

Nous buvons notre café en essayant de meubler le silence par un échange amical, insidieusement entrecoupé de regards lourds de sens.

Quand on nous apporte l’addition, nos mains se rejoignent au-dessus de la coupelle. Elles s’arrêtent à quelques millimètres à peine l’une de l’autre puis se trouvent, feignant l’innocence d’un mouvement involontaire. Ses doigts caressent les miens avec une délicatesse insupportable et j’ai l’impression d’être une statue de cristal que l’on vient de briser, n’attendant qu’un souffle pour m’éparpiller à travers la pièce.

« Maëlle ? »

Sa voix est rauque, ses yeux ne quittent pas nos doigts. Quelque part, tout au fond de moi, un géant de chair est en train d’essorer mes organes. Je suis incapable de parler. Ma gorge laisse s’échapper un « hum » interrogatif. Je suis suspendue à ses lèvres une fois de plus. J’ai tellement envie de l’embrasser que ça doit ressortir en lettres de feu sur mes joues. Les flammes brûlent et consument mes oreilles et la pointe de mes seins, mais sous ses doigts, la chaleur est d’une douceur indicible.

D’un raclement de gorge, elle se reprend se précipite dans un « Non, rien… », terriblement frustrant.

Comme répondant à un influx nerveux indépendant de mon cerveau, ma main saisit la sienne, interrompant les frôlements délicieux de ses doigts. Le contact est superbement charnel, d’une sensualité à couper le souffle. Ses doigts se referment sur les miens dans un abandon délicieux.

Mais quand son regard croise à nouveau le mien, j’y lis une peur brutale et une sorte de douleur bien trop vive pour que je n’en tienne pas compte. Une claque ne m’aurait pas fait plus mal. A regret, je libère sa main aussitôt et me lève en disant :

« Il faut y aller. On peut payer au comptoir. »

Elle se lève à son tour et me suit sans hâte. A peine sommes-nous sorties du restaurant que je sens sa main agripper l’extrémité de ma manche.

« Merci, me dit-elle en me regardant avec une intensité insoutenable.

– Ah… euh… merci à vous, pour le débrieffing.

– Non, je veux dire… Enfin… Merci. »

Je ne sais pas si je comprends bien de quoi elle me remercie, mais je décide de ne pas faire durer cette seconde qui semble toujours pénible pour elle. Je tente de faire le vide dans ma tête et oriente mes pas vers le lycée. Elle me talonne.

Nous n’avons pas fait 200 mètres quand à nouveau, elle attrape le bout de ma manche. Je m’arrête tout net et l’interroge du regard, l’estomac vrillé par le désir… et une tristesse amère, violente. D’une petite voix, elle me dit :

« Je vais continuer par là, j’habite deux rues plus bas.

– Oh… Dans ce cas… »

Je tente de cacher ma déception, sans grand succès je le crains et lui tends ma main en guise d’au revoir. S’apercevant de ma déconvenue, elle me sourit avec toute la bienveillance du monde. Retenant soudain l’élan de sa main qui s’apprêtait à saisir la mienne, elle la porte directement à ma joue, caressant de sa paume soyeuse ma peau incandescente.

Confuse, éberluée, je ne sais plus ce qui m’arrive ; je sais que mon regard en dit long, que je n’arrive pas à le détacher de ses lèvres, que mon coeur menace de faire exploser ma poitrine et que je suis totalement pétrifiée. De son pouce, elle vient jouer avec la fossette qui creuse alors ma joue bienheureuse. De sa main libre, elle vient attraper mon bras toujours naïvement tendu et le ramène jusqu’à sa taille. Ma main se pose tout naturellement sur sa hanche juste au moment où sa bouche vient chercher la mienne dans un baiser. Je sens sa poitrine s’écraser voluptueusement contre la mienne et quand mes lèvres s’ouvrent aux siennes, c’est sans la moindre pudeur, sans le plus infime compromis. Elle s’abandonne à ce baiser d’autant plus délicieusement qu’elle en a été l’instigatrice et nos souffles s’emmêlent jusqu’à impliquer nos langues. L’intimité que nous nous avouons alors et le désir qui transpire de notre étreinte nous entraînent pendant quelques secondes encore aux frontières du plaisir.

Quand sa main curieuse vient s’immiscer entre nos ventres pour remonter jusqu’à mes seins, je sursaute au passage de ses doigts sur mon téton douloureux, rompant malencontreusement le contact de nos bouches.

Réalisant subitement qu’elle était sur le point de me toucher aussi impudiquement en pleine rue, elle bondit en arrière. Comme si mon corps ne tolérait pas cette brusque distance, j’esquisse un pas vers elle. Un pas qu’elle stoppe en maintenant mes épaules à distance de ses bras tendus. Son sourire et l’envie qui embrase ses yeux me laissent doublement insatisfaite. « Ô femme ! femme ! femme » dirait Figaro… Cruelle plus que décevante à cette minute !

« J’avais raison sur vous depuis le début, dis-je faussement fâchée, vous êtes dangereuse. Monstrueusement dangereuse.

– Pas autant que vous, je le crains », me répond-elle sur le même ton.

Faisant mine de s’éloigner à reculons, elle consulte sa montre et ajoute un très suspect : « Il faut que je file ».

Incrédule, je m’apprête à m’insurger quand, revenant sur ses pas, elle se saisit à nouveau de mon visage vulnérable, y dépose un baiser presque chaste cette fois, me sourit magnifiquement, m’embrasse bien plus langoureusement et profondément, puis plongeant son regard dans le mien, elle ose un : « Soyez sage, madame Costa ! »

Hors d’haleine, frustrée, impuissante, je la regarde s’éloigner d’un pas rapide.

 

(la suite ici)

 

* A la rédaction de ce paragraphe, ce fut THE REVELATION : Eve était lesbienne !!! Peut-être est-ce là l’origine de certains déchaînements haineux à l’encontre des homos… 😀 😀 😀

 

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APPRENDS-MOI… (ep. 4)

(previously)

 

Comme tout le monde est enfin installé, que les présentations avec « la dame qu’on ne connait pas dans la classe » sont faites et que l’appel a révélé un taux nul d’absentéisme (phénomène rare, mais pas exclu, la preuve !), le cours peut commencer.

C’est drôle… Je repense subitement à ma toute première heure devant une classe. Etant d’un naturel plutôt réservé, j’avais bien eu quelques secondes d’appréhension avant de prendre la parole devant mes ouailles de l’époque. Aujourd’hui encore, à chaque rentrée scolaire, la même tension (en version atténuée) me saisit les entrailles dans les premiers instants, comme si les vacances suffisaient à me faire perdre ma contenance et ma pertinence professorale. Mais dès que le cours commence, la tension disparaît… d’habitude.

« On reprend Le Mariage à la page 195 pour ceux qui ont la même édition que moi. Je vous avais demandé de réfléchir aux axes pour une lecture analytique. Des idées, quelqu’un ? »

Les mots sont là, les gestes aussi, la concentration n’est pas loin, mais le tout me paraît bien fragile… Surtout, ne pas la regarder. Elle s’est installée dans les rangs du milieu, à côté d’une élève solitaire. Sans doute pour lui demander de jeter un oeil à son classeur… Elle me regarde, je le devine. J’essaie de rester focalisée sur mes élèves qui, adorables, m’offrent une forêt de mains tendues. Le cours s’anime, je peux enfin rentrer dans mon personnage.

Comme à mon habitude, j’arpente la salle de façon aléatoire au gré des remarques sur le monologue. Les jeunes ont travaillé, j’en suis assez fière. En deux temps trois mouvements, le plan du commentaire est fixé et nous entamons la construction d’une introduction type, en préparation du Bac. Devant la réactivité de la classe, je me détends légèrement et pendant quelques secondes, j’en oublie sa présence dans la salle. Mon enthousiasme, débordant dès lors qu’on aborde le théâtre, prend le dessus et me voilà mimant d’une voix forte les élans pathétiques d’un Figaro au désespoir. Mes élèves, bon public, rient de bon coeur.

 » Je compte sur vous, le jour de l’oral, pour présenter à votre interlocuteur une lecture VIVANTE, dis-je en souriant à mon tour ».

Une seconde d’inattention… Il n’aura fallu qu’une malheureuse seconde pour que mon regard se pose sur son visage lumineux… Une seconde et je suis perdue. Elle me sourit aussi béatement que certains de mes élèves et mon coeur manque un battement… ou deux. Plus confuse encore que moi, je la vois se reporter à sa feuille, restée visiblement vierge de tout commentaire jusqu’à présent. Je m’inquiète. Il est d’usage que les inspecteurs académiques maculent leurs fiches de remarques en tous genres tout au long du cours afin de nous éclairer, à la fin de celui-ci, aussi bien sur nos faiblesses que sur nos points forts.

Je ne sais ce que je dois penser de la blancheur immaculée de sa feuille et visiblement, elle non plus. Sans relever son regard, elle se lance dans la rédaction hâtive de commentaires. Il me semble distinguer quelques couleurs affolantes sur ses joues mais je sais que les miennes n’ont rien à leur envier. Il ne reste que quelques minutes de cours mais je dois me reprendre. Fort heureusement, certains de mes élèves saisissent au vol ces secondes de mutisme pour m’interroger sur les modalités de leur oral à venir.

J’en suis à annoncer les devoirs (sans le moindre succès cette fois, je le crains), quand la cloche retentit. Une part de moi se sent miraculeusement libérée d’un fardeau sans nom : le procès touche à sa fin, les délibérations vont tomber, les jeux sont faits. C’est fini. Pourtant, la douce chaleur qui tiraille mon bas-ventre depuis deux heures maintenant se mue en crainte… La crainte de la voir partir. Etrangement, j’aurais l’impression de perdre quelque chose que je ne connais pas encore mais qui m’est déjà indispensable. Les voies du désir sont impénétrables… Quoi que…

Hum.

Mes élèves quittent la salle avec un peu plus de précipitation que les précédents : c’est l’heure du déjeuner. Malgré l’appel de leurs estomacs, certaines élèves ne faillissent pas à leurs habitudes et viennent discuter avec moi à la fin du cours. J’ai bien du mal à être aussi attentive que de coutume. Mon regard ne peut se détacher de… Violette. Elle range ses stylos dans sa sacoche, coince sa feuille sous les rabats de sa pochette et s’apprête à quitter sa chaise. Voyant le petit troupeau autour de mon bureau, elle me sourit gentiment. Je me sens défaillir.

« Vous n’avez pas faim les filles ? Je serai encore là demain, vous savez… »

En riant, mes ouailles m’abandonnent non sans m’avoir souhaité un bon appétit et m’avoir gratifiée d’un traînant « Au revoir madaaaaame ». Réalisant que je ne suis pas la seule adulte dans la pièce, elles se retournent pour répéter leur au revoir et sortent en gloussant.

La salle est vide mais le bruit du couloir est assourdissant. Entre mon inspectrice et moi, le silence se fait pesant. D’un pas mal assuré, je vais fermer la porte pendant qu’elle me rejoint devant mon bureau. Elle ne me regarde pas, ne dit pas un mot. A l’intérieur, je bouillonne. J’ai envie de la toucher. Pas forcément de la caresser, juste de poser ma main sur son épaule ou sur sa hanche… ou encore de faire glisser derrière son oreille cette mèche rebelle qui aiguise mon désir par je ne sais quel enchantement. Une sorte d’érotisme capillaire insoutenable.

N’y tenant plus, et à défaut de la toucher, je me lance :

« Alors ?

– Alors… »

Sa voix se brise… à peine plus audible qu’un souffle. Son attention ne se détache pas de ses chaussures. Je suis suspendue à ses lèvres – Raaaaaah ses lèvres… un chef d’oeuvre de chair et de couleur, la tentation incarnée ! – et j’arrête de respirer. Soudainement, elle se redresse, comme si elle avait enfin trouvé quoi dire. Elle racle sa gorge, relève son menton et ses yeux trouvent enfin les miens. Ils sont si purs, si francs dans leur expression que j’ai l’impression de me prendre une claque en pleine figure. Une claque d’une douceur extrême, une douceur percutante.

 » Alors ça ne va pas du tout », m’affirme-t-elle. « Il y a tellement à dire que je ne sais pas par quoi commencer ».

Le souffle finit par me manquer. Je rougis dangereusement et une foule de questions dansent la tecktonik dans ma tête. Mais avant que je ne me décompose complètement sous ses yeux, elle se fend dans un sourire et, se raclant la gorge à nouveau comme pour se redonner du courage, elle poursuit : « Il y a tellement à dire que… nous devrions probablement en parler en mangeant ».

Boum boum, boum boum, boum boum… Si mes voies respiratoires sont hors service, ma pompe sanguine, elle, fonctionne à plein régime ! Je suis bien trop éberluée pour répondre quoi que ce soit d’intelligible. Je me contente d’un modeste « Hum » chevrotant. Brusquement, c’est comme si toute l’assurance qu’elle avait dû convoquer pour fixer la sentence s’envolait. Dans ses yeux, brillants d’impertinence une seconde plus tôt, un éclair lucide de défiance. Son corps tout entier se tend et sa mèche aguicheuse vient obstruer cette vue troublée.

A nouveau, le désir cruel de venir replacer ses cheveux de ma main innocente me tord les tripes. Mon regard se bloque sur cette liane bouclée et soyeuse alors que mon écran mental fait défiler au ralenti le film de ce que pourrait être cette seconde bénie de sensualité. Lisant dans mes pensées, visiblement trop explicites, elle me devance dans ce geste (que je n’aurais sans doute jamais osé) et relève son regard vers moi, laissant à mes doigts ambitieux le goût amer du regret.

Comme ses yeux m’interrogent encore, je demande :

« C’était si dramatique que ça ?

– Pire. »

La réponse est sans équivoque mais le ton de sa voix et son expression me bouleversent d’une tout autre manière. Je ne sais absolument pas ce qu’il se joue entre nous à ce moment-là, ou du moins, je n’ose ni y croire, ni l’espérer. Je me surprends à réaliser que mes préoccupations ne sont plus du tout d’ordre professionnel. Résignée, tremblante, rougissante, je boucle mon sac et lui désigne la porte. Me risquant à un sourire timide, j’ose, d’une voix que je veux assurée :

« Dans ce cas, allons manger ».

 

(next)

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APPRENDS-MOI… (ep. 3)

(previously)

 

En regagnant ma classe, je ne peux m’empêcher de penser à ce regard. Ses yeux sont d’un brun chaud, presque noir, et leur ovale délicat s’étire subtilement en amande, juste assez pour piquer ma curiosité sur ses origines. Quand elle souriait tout à l’heure, on distinguait de toutes petites rides qui subliment insolemment son charme, comme si le temps était son allié dans l’art ultime de la séduction. Sans doute n’est-ce pas un fait exprès… Ce qui est d’autant plus plaisant !

A la simple pensée de son regard posé à nouveau sur moi, je…

– Madaaaaaaaame ! On est en 302 !

– Et ?

– Elle est là la 302. Vous allez où ?

Sans commentaire.

Rentrer en classe, faire en sorte que tout le monde s’installe dans le calme, sortir mes affaires, faire l’appel, vérifier le travail… La routine reprend son droit, fort heureusement. L’imminence des vacances rend les classes plus agitées que d’ordinaire. L’attention se fait rare… Mais aujourd’hui, je ne peux décemment pas les blâmer. J’ai bien du mal à rester concentrée sur mon cours.

Quand la sonnerie retentit, j’atterris enfin.

Argh ! C’est maintenant !  Et elle est là. Elle apparaît dans l’embrasure dès que la porte s’ouvre sur mes élèves nonchalants. Etrangement, je n’ai pas envie qu’ils partent. Je voudrais qu’ils restent encore un peu, juste un peu. Je ne suis pas prête !

Comment diable pourrais-je dire quoi que ce soit d’intelligent quand elle me regarde avec ces yeux-là ?

Mais la classe se vide et je dois me ressaisir. Je l’invite à entrer dans la salle d’un geste de la main tout en demandant une minute de patience à la classe suivante, qui commence à s’entasser dans le couloir.

– Vous avez cours avec des premières L si j’ai bien compris.

– Oui, tenez, je vous ai préparé le plan de cours et ma progression. Vous pouvez consulter le cahier de texte en ligne… maintenant ou après ?

– Plus tard, rien ne presse.

Comme je lui tends le dossier que j’ai prévu pour elle, son regard plonge dans le mien. Son visage me paraît bien plus sérieux que tout à l’heure, très professionnel. Voilà qui devrait calmer mes ardeurs mais… j’avoue que ça m’excite encore plus. Je sens malgré moi cette douce tension qui se fait violente dans mon bas-ventre. Je refuse de laisser trop d’espace à ce désir importun, mais le contenir, c’est le rendre plus mordant encore. Il me faut d’urgence un moyen de relâcher la pression.

A court d’idée lumineuse, je me contente de lui sourire. Un sourire courageux ou vulnérable, un sourire contradictoire : aussi froid et chaud que possible. Un sourire de trêve, nécessaire au vu des circonstances.

L’expression qu’elle me renvoie alors manque de me faire vaciller. D’un seul coup, c’est comme si le masque professionnel qu’elle avait réussi à se composer volait en éclats. Eclat, c’est bien le mot ! Son visage explose dans un sourire atomique, le genre de sourire qui déclenche des extases et ses yeux… c’est comme si son regard avait pour effet immédiat de creuser à grands coups de pioche directement sous mes côtes.

L’instant est fugace et, entendant le remous des élèves impatients devant la porte, je la vois qui reprend contenance. Je ne peux m’empêcher de l’envier : pour ma part, je ne sais plus où j’habite. Je me racle la gorge, tortille mon marqueur entre mes mains en essayant de ne pas vérifier si mes seins se manifestent à nouveau, consciente que le moindre geste pourrait m’être fatal. En évitant de penser à la vague de désir qui sourd entre mes jambes, je reviens sur l’inspection (à défaut de fondre sur l’inspectrice) :

– Nous sommes en plein Mariage de Figaro. Aujourd’hui, on termine le commentaire sur le monologue de Figaro…

-« Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »*

– Oui, enfin… pas toujours, hein !

Son sérieux vacille, je la vois faiblir. Elle me concède un sourire presque timide. Ses joues rosissent légèrement et mon rythme cardiaque s’emballe. Ô faible ! faible ! faible femme que je suis…

Elle détourne son regard comme pour s’avouer vaincue… ou tenter de passer rapidement à autre chose. Mais en une simple et innocente question, c’est moi qu’elle piétine, qu’elle anéantit, qu’elle pulvérise sans scrupule :

– Hum. Et sinon, vous me voulez où ?

J’ai beau savoir que l’ambiguité de la question est une pure provocation, je ne peux m’empêcher d’y répondre en essayant d’y mettre autant d’aplomb que possible :

– Où vous voulez.

Elle valide ma réponse d’un petit hochement de tête et me renvoie un sourire timide, comme si brusquement elle réalisait l’impudence de notre échange.

– Je… je vais juste attendre que vos élèves s’installent, balbutie-t-elle en faisant mine de s’intéresser à mon dossier entre ses mains.

Ses mains… Je suis subitement hypnotisée par ses mains délicates. Comme le reste de sa personne, elles sont sans fioritures. Bronzée, leur peau fine laisse transparaître le relief sinueux de ses veines, sans excès, leur conférant une force tranquille. J’en viens à envier le sort bienheureux de mon dossier que ses mains effleurent, caressent, saisissent, ouvrent… Difficile de ne pas penser à la manière dont ses doigts me…

– Madaaaaaaaame, on peut rentrer ?

 

(next)

 

 

 

* »Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »: ce sont les premiers mots dudit Figaro dans le monologue de la scène 3 de l’acte V, dans l’oeuvre de Beaumarchais : Le Mariage de Figaro.

B'rêves d'écriture | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 18.10.2014 - 17 h 47 | 13 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (ep. 2)

(Previously)

 

– Madaaaaaaaaame, c’est quand que vous nous rendez les copies ?

– Demandé comme ça ? Jamais.

Le plus frustrant, c’est de constater que l’élève syntaxcide* ne comprend pas pourquoi tant de haine…

Mais pourquoi ne sortent-ils pas ? C’est la récré qui vient de sonner ! Dans une minute, dix collègues me précéderont devant la machine à café, et aujourd’hui, je n’ai pas envie d’attendre. Aujourd’hui plus que jamais, j’ai BESOIN de ce café.

Quand j’entre en salle des profs, les visages se retournent sur moi et j’ai droit aux sourires compatissants des uns et des autres. J’ai l’impression de vivre mes dernières minutes avant une exécution publique.

– Hé, ça va hein, c’est juste une inspection, les gars ! J’en ai déjà eu avant et j’en aurai d’autres !

C’est qu’ils vont finir par me mettre la pression entre tous !

Une inspection, c’est un peu comme une visite chez le dentiste… Même quand tu te brosses bien les dents, tu n’es jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. Je me sens prête, autant qu’on peut l’être : mes cours sont faits, le cahier de texte est à jour, mes plans de séquences et ma progression sont quasi complets… et pourtant.

C’est une sorte de réflexe. Il faut un peu paniquer avant une inspection, parce que si on ne le fait pas, ça pourrait mal se passer !

– Ton inspectrice est arrivée ? me demande la coordinatrice de lettres pendant que je fais glisser tout ce qu’il reste de ma monnaie dans la machine à café.

– Aucune idée… Je ne sais même pas à quoi elle ressemble. C’est la nouvelle, apparemment. Paulin, je crois ?

– Ah oui, Paulin ! Enfin… nouvelle, ça fait plus d’un an qu’elle est sur le secteur. T’as de la chance, elle est sympa.

– Blablabla… Je n’écoute pas les « on dit ». Bon, d’habitude, on me prépare surtout au pire… Mais là, t’imagines ? Je vais être super déçue s’il s’avère que c’est un monstre !

Ma collègue esquisse un sourire qui brusquement se fige en grimace étonnée. Derrière moi, une voix chaude et inconnue me fait sursauter :

– Un monstre ? Pas aujourd’hui, mais pour vous, je peux peut-être faire une exception…

Non… Pitié. Ne me dites pas que…

– Maëlle, laisse-moi te présenter Violette Paulin, s’étrangle mon abominable collègue dans un fou-rire totalement inapproprié.

– Je suppose que vous êtes ma victime du jour ?

Cette voix… Un frisson me parcourt l’échine et comme je n’ose toujours pas lui faire face, la voilà qui se matérialise sur ma gauche.

– Maëlle Costa ? me demande-t-elle dans un sourire carnassier.

– Coupable…

J’adopte un air penaud en saisissant la main qu’elle me tend. Je devrais être mortifiée, mais son sourire m’en empêche.

Il y a des secondes qui passent au ralenti, des secondes qui échappent à notre contrôle et au rythme implacable du temps. C’est une seconde comme celle-là que je vis. Une seconde pendant laquelle elle m’observe et je la détaille. Une seconde pour la connaître. Je fais partie des personnes qui ont confiance en leur instinct, et il ne faut pas plus d’une seconde à mon instinct pour comprendre que cette femme est dangereuse. Est-elle belle ? Moche ? Grande ? Petite ? Grosse ? Maigre ?

En cette seconde, rien n’est clair… que cette certitude : elle est dangereuse. Est-ce un a priori ? Après tout, c’est mon inspectrice, elle est là pour… me remettre en question.

Pas d’affolement. Soyons sociable.

– Vous… vous êtes en avance.

– Oui, je sais. Ma première visite ce matin a été annulée, l’enseignant s’est fait porter pâle… Encore un qui a dû me prendre pour un monstre ! sourit-elle en remuant le couteau dans la plaie. Du coup, je me suis dit que je pourrais venir ici au plus vite. Ne vous inquiétez pas, je viendrai à onze heures dans votre classe, comme prévu. Je voulais juste profiter d’un de vos postes pour avancer sur mes rapports de la semaine.

– Je vais vous laisser mes codes d’accès. Je n’ai plus cours de la matinée, s’empresse de dire ma collègue.

Comme elles se dirigent toutes deux vers l’un des ordinateurs libres de notre espace de travail, je profite de cet instant pour mieux scruter ma tortionnaire en engloutissant mon café.

Difficile de deviner son âge… Je dirais qu’elle a un peu moins ou autour de quarante ans, assez bien faite de sa personne mais toutefois assez austère dans sa façon de s’habiller. Son tailleur pantalon bleu marine et sa chemise blanche, sans fioriture ni accessoire, lui confèrent une certaine classe, bien que l’aspect général soit un brin trop strict à mon goût. Ses cheveux sont ramassés dans un chignon anarchique. Plusieurs mèches bouclées s’en échappent et sont maintenues par une paire de lunettes à la monture noire et épaisse. Son maquillage est discret, naturel. Son visage ne nécessite pas de grands travaux de camouflage. Ses traits, à la fois fins et francs, laissent percevoir une sorte de douceur profonde dissimulée par des attitudes maîtrisées et ce masque social que nous nous imposons tous.

Oui, elle semble tout à fait à sa place dans son rôle d’inspectrice… Et pourtant, quelque chose m’interpelle.

Quand elle délaisse les explications de ma collègue pour porter son regard sur moi, je comprends tout à coup. Je n’ai aucune envie de l’associer à sa fonction. Ses yeux… En d’autres circonstances, j’aurais fondu sous ce regard insistant. D’ailleurs je…

NON ! Impossible. Ressaisis-toi nom de Dieu !

Sa victime… Sa proie… C’est bel et bien ce que je suis pour elle, professionnellement parlant, et rien d’autre !

Alors pourquoi me regarde-t-elle comme ça ? Il faut vraiment qu’elle arrête parce que je… pointe ?! Non mais c’est pas vrai !

Consternée, je ne peux que constater cette absurde vérité : mes seins impudiques trahissent ma confusion charnelle. Tout à coup, je tremble de relever la tête… Quand je croise à nouveau son regard, j’ai envie de m’enterrer. Elle sourit ! Elle a vu ! Elle a vu et elle sourit !

Je sens le rouge me monter aux joues et une vague de chaleur m’envahir alors que je croise mes bras pour essayer de cacher ma honte au reste du monde.

Diable.

Cette inspection est une tragédie. Je suis le jouet du Destin. Perchées dans leur Eternité, les Parques** s’acharnent sur moi, pauvre mortelle. Achevez-moi !

 

(next)

 

*Syntaxcide est une création verbale. Construit à partir du radical « syntax-« , relatif à la syntaxe (partie de la grammaire qui établit les règles sur l’ordre des mots dans la phrase en fonction du sens), et du suffixe « -cide » (qui tue ce qui constitue le radical). Le tout est un adjectif qualificatif qui désigne ici un élève tueur de syntaxe. C’est violent. C’est mal.

**Les Parques (du latin Parcae, provenant des mots parco, parcere, « épargner ») sont, dans la mythologie romaine, les divinités maîtresses de la destinée humaine, de la naissance à la mort. Elles sont généralement représentées comme des fileuses mesurant la vie des hommes et tranchant le destin. Elles sont le symbole de l’évolution de l’univers, du changement nécessaire qui commande aux rythmes de la vie et qui impose l’existence et la fatalité de la mort.

B'rêves d'écriture | Du jamais lu ! | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 14.10.2014 - 20 h 36 | 14 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (ep. 1)

Cette image n'a aucun rapport (direct) avec le texte. Derrière ce truc noir : la femme la plus belle du monde, la mienne. Vous comprendrez donc que je vous la dissimule, simple mesure de précaution. Moi, je sais.

Cette image n’a aucun rapport (direct) avec le texte. Derrière ce truc noir : la femme la plus belle du monde, la mienne. Vous comprendrez donc que je vous la dissimule, simple mesure de précaution. Moi, je sais.

Je ne sais pas encore ce que deviendront ces lignes… Soit les tribulations d’une modeste enseignante en littérature dans un lycée quelconque, soit ses affres sulfureuses et érotiques. Peut-être me contenterai-je d’anecdotes glanées au fil de mes journées, peut-être dériverai-je dans une fiction vaguement teintée d’authenticité… bien plus épicée que la « très sobre » réalité ! Quoi qu’il en soit, ça fait bien longtemps que je délaisse ce blog et l’envie me démange de m’y remettre, si le coeur vous en dit !

 

JOUR 1

 

Raaaaaah retrouver le chemin du lycée, la joie des embouteillages aux heures de pointe,  l’absurdité du manque de places de parking dans l’enceinte d’un établissement de ville, les minutes de la pause-café-d’avant-les-cours-du-matin gâchées à chercher où me garer pour finalement franchir, au son de la sonnerie, les grilles de l’entrée, au milieu d’une foule de jeunes sans la moindre motivation, trempée d’avoir dû parcourir sous une pluie battante les 200km qui me séparaient de ce havre de grâce et d’élévation…

Là, humide et hors d’haleine mais indifférente aux silhouettes hurlantes et odorantes qui me dépassent pour la plupart de vingt bons centimètres, je me fraie tant bien que mal un passage jusqu’à la porte de ma salle.

Dedans, « tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté* ». Non, en fait, dedans, c’est seulement un peu plus calme pour l’instant, mais la horde adolescente qui piétine  aux frontières de mon havre de paix s’apprête à tout gâcher.

D’un signe de tête, je me sens toute puissante : les 37 âmes sensibles et délicates qui constituent mon défi de cette première heure se ruent à l’intérieur en jouant des coudes, se chuchotant un florilège de gentillesses. Quelques uns prennent la peine infinie de me dire  « bonjour » : la journée sera faste.

C’est drôle ce qu’il se passe dans la tête d’un prof à cet instant-là. La seconde d’avant, on se demande ce qu’on fout là, ce qu’on a pu faire de si tragique, quel mauvais choix, quelle erreur fatale, quel coup du sort, quelle malédiction ultime et cruelle a bien pu faire qu’on se retrouve là, fatigué (à 8h du matin, oui, oui), énervé, mal garé, décaféiné, quasi suicidaire… devant cette masse indisciplinée, effrayante…

Et soudain, la magie opère. On se redresse malgré soi, on s’éclaircit la voix, notre regard passe de « vitreux » à « aiguisé », notre bouche dessine presque involontairement un sourire léger alors que notre main s’élève devant cette troupe que tout à coup, on considère avec une certaine… tendresse. Oui, de la tendresse, de la bienveillance. Le sourire se creuse un peu plus devant les échos qui se profilent sur les lèvres d’en face. Un « Bonjour tout le monde » s’échappe, anaphoriquement repris par un « Bonjour Madame » relativement convaincant. Tous les regards convergent enfin, le silence tombe, implacable. La scène est à nous.

Un instant à peine, une fraction de seconde et nous voilà métamorphosé, délesté des détresses humaines, affranchi de nos peurs, de nos doutes et des milliards de petits tracas du quotidien. La journée peut commencer, on existe enfin !

 

Je suis prof.

Pire, je suis prof de lettres.

Mieux, je suis prof de lettres et j’aime ça !

Certes, les élèves percutent bien plus vite à mes blagues qu’à mes références littéraires (« Zola ? Boah. Ça ressemble un peu à Ebola, non madame ? », « Gargantua ? Ah oui, j’connais, c’est une pizzeria à Grasse ! », « Racine ? Ah en français j’sais pas madame, j’sais que en maths… et encore… », etc), certes, pour bon nombre, écrire se borne à un exercice de sélection phonétique de lettres qui, juxtaposées, constituent (selon la légende) le langage « texto », certes, ils ont un peu trop souvent des capacités d’attention proche de… rien, zéro, néant, nada… et pour y remédier, on doit se surpasser, faire preuve de conviction, d’ingéniosité, de fermeté, de patience, de compassion…

Certes…

Mais aujourd’hui je le confesse (j’adore ce mot, mais ça n’est pas là la teneur de ma confession), j’adore être prof. Prof de lettres.

 

(suite)

 

*QUOI ??? T’as besoin de regarder la note de bas de page pour savoir d’où viennent ces mots célébrissimes, cultissimes, inoubliables ?! Honte à toi !!! Jamais Ô plus JAMAIS tu n’oublieras qu’ils sont le fait de Baudelaire, dans le poème « L’invitation au voyage », tiré du recueil Les fleurs du mal. JAMAIS.

Photopoésir | 09.09.2014 - 20 h 24 | 6 COMMENTAIRES
Vue d’en bas

Un titre en référence à @niania , une photo de couverture en hommage à @Gwen et des photos en clin d’oeil aux deux hommes de mon Yagg préféré : @Milkyway et @Fullmoon ! 😉

 

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photo | Photopoésir | 11.05.2014 - 22 h 47 | 6 COMMENTAIRES
Monochromes

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photo | Photopoésir | 11.05.2014 - 22 h 30 | 5 COMMENTAIRES
La Camargue, ça vous nargue !

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photo | Photopoésir | 11.05.2014 - 22 h 24 | 4 COMMENTAIRES
Citadines

Parce que quand on ne peut pas dormir, on se souvient des conseils de @fullmoon 😉

Petite balade nocturne dans Nice, un soir de printemps.

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En-quêtes | photo | 14.04.2014 - 16 h 17 | 6 COMMENTAIRES
Finalement, le Moyen-Âge, c’était IN parce qu’on était OUT ?!

Pas de cours d’Histoire ici, juste quelques images extraites de différents manuscrits de ladite période. Une sélection et un accès à ces documents inestimables que nous devons à Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF. Pour ceux qui likent leur page Facebook, vous êtes, comme moi, tombés sur ces petites perles… et c’est bien meilleur quand on fait tourner !

Bible historiée du XIVe siècle

Bible historiée du XIVe siècle

Bible historiée du XIVe siècle

Bible historiée du XIVe siècle

Bible historiée du XIVe siècle

Bible historiée du XIVe siècle

Grec 923, IXe siècle

Grec 923, IXe siècle

Livre de Messire Lancelot du Lac de Gauthier Map, XVe siècle

Livre de Messire Lancelot du Lac de Gauthier Map, XVe siècle

Miroir historial de Vincent de Beauvais, XIVe siècle

Miroir historial de Vincent de Beauvais, XIVe siècle

Poésies de Guillaume de Machaut, XIVe siècle

Poésies de Guillaume de Machaut, XIVe siècle

Roman de la Rose, XIVe siècle

Roman de la Rose, XIVe siècle

Roman de la Rose, XIVe siècle

Roman de la Rose, XIVe siècle

Roman de la Rose, XIVe siècle

Roman de la Rose, XIVe siècle

Roman de Lancelot du Lac de Gauthier Map, XIVe siècle

Roman de Lancelot du Lac de Gauthier Map, XIVe siècle

Roman de Tristan, XIVe siècle

Roman de Tristan, XIVe siècle

Roman de Troie de Benoît de Sainte Maure, XIVe siècle

Roman de Troie de Benoît de Sainte Maure, XIVe siècle

Roman de Troie de Benoît de Sainte Maure, XIVe siècle

Roman de Troie de Benoît de Sainte Maure, XIVe siècle

Valère-Maxime, Facta et Dicta memorabilia, XVe siècle

Valère-Maxime, Facta et Dicta memorabilia, XVe siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Non classé | 09.02.2014 - 11 h 49 | 14 COMMENTAIRES
Pour le retour de @fullmoon !

Sans grande originalité, j’en ai peur… Welcome back, @fullmoon 😉

Non classé | 15.12.2013 - 00 h 28 | 8 COMMENTAIRES
Complot

Avant même de franchir le pas de la porte, elle sentait bien que quelque chose clochait. De l’autre côté, pas un bruit. Un calme inquiétant.  Ses sourcils se froncèrent dès que ses yeux eurent confirmé ses craintes : à l’intérieur, personne. Les lumières éteintes dissimulaient l’absence angoissante des enfants qui, d’habitude, se précipitaient pour l’accueillir en l’abreuvant de leurs péripéties quotidiennes.

Ce ne fut qu’en se tournant vers l’interrupteur qu’elle remarqua le post-it : « N’allumez pas et avancez vers la lumière ».

Curieuse et déconcertée, elle balaya la pièce du regard. Dans le couloir, elle distinguait à peine les fluctuations d’une lueur pâle. Son cœur accéléra et intensifia ses battements et comme son sang cognait plus fort à ses oreilles, elle proféra d’une voix qu’elle voulait menaçante : « Les enfants ? Chérie ? Si c’est une blague, ça ne m’amuse pas du tout. Sortez de là. La journée a été assez pourrie comme ça… »

Ne recevant que l’écho du silence, elle prit soin de déposer ses affaires avant de s’engouffrer presque à l’aveugle entre les murs blancs du couloir. Elle réalisa trop brutalement que son chez elle, d’ordinaire si rassurant, lui semblait bien cruel tout à coup. A chaque nouveau pas, elle se morigénait de se montrer si sensible à ces pitreries. C’était encore probablement une nouvelle invention des enfants… mais pourquoi diable Emilie, sa femme, rentrait-elle toujours dans leurs jeux ? Elle savait bien que ça la tourmenterait vraiment. Elle ne se priverait pas de le lui rappeler dès qu’elles se retrouveraient dans leur trop brève intimité nocturne. Déjà, elle regrettait cette future chamaillerie. A cette heure tardive, elle n’aspirait qu’au repos dûment mérité de ses bras aimants et non à cette nouvelle manifestation de son immaturité. Leur différence d’âge finirait peut-être par se révéler problématique…

Au fond du couloir, la porte de leur chambre était ouverte et laissait échapper cette lumière irrégulière. Les portes des enfants, elles, étaient anormalement toutes fermées. Habituellement, elle devait se battre avec eux pour qu’ils daignent penser à les fermer. Son cœur s’accéléra encore, persuadée à présent qu’ils allaient surgir à son passage en poussant des cris effrayants, juste pour le plaisir de la faire sursauter et hurler de peur. Elle avait beau s’y préparer, elle savait qu’elle n’y couperait pas.

Mais rien ne se produisit.

Il lui fallut arriver jusqu’au seuil de la chambre pour prendre conscience de cette douce odeur d’ambre qui exhalait de la pièce et qui, elle le réalisait alors, lui chatouillait les narines depuis son entrée. Elle remarqua alors instantanément, à la lueur des bougies frémissantes, qu’un corps reposait sur le lit. Elle n’en percevait que les jambes nues, l’encadrement de la porte lui dissimulant le reste. Avant de chercher à découvrir la suite, elle marqua une pause. Elle ne comprenait pas. Que se passait-il ? Où étaient les enfants ? Pourquoi ? Quel jour … ?

« Viens », murmura une voix chaude à l’intérieur.

En une fraction de seconde, elle sentit fondre aussi bien sa fatigue que ses doutes et ses craintes. Quand enfin elle pénétra dans la chambre, les yeux rivés sur la femme qui l’attendait sur le lit, elle fut submergée par une vague de chaleur, de désir et d’émotion surtout. Son regard parcourut avec gourmandise les formes alanguies qui déjà affolaient chacun de ses sens.

Elle sentit, presque malgré elle, un sourire carnassier se dessiner sur ses lèvres, alors que l’objet de son attention la fixait presque innocemment, les yeux débordant de cet élan quasi indicible qui les poussait l’une vers l’autre, inéluctablement.

Comment parvenait-elle encore à la surprendre après toutes ces années ? Comment pouvait-elle toujours l’intimider et l’enflammer à la fois ?

Emue, elle en oubliait presque de respirer. Déjà, elle sentait son corps réagir, quasi violemment, à cet appétit charnel qui la tiraillait. Elle avait pleinement conscience de chaque sensation qui bouleversait son anatomie : la pointe dure de ses seins qui repoussait le coton de sa chemise, les frissons subtils qui ondulaient sa peau, hérissaient ses poils, chatouillaient sa nuque, affaiblissaient ses jambes, et surtout… cette onde torride, voluptueuse, humide, qui irradiait soudain entre ses cuisses.

Comme elle restait immobile, Emilie précisa : « Ne t’inquiète pas, les enfants sont…

–          Je ne suis pas du tout inquiète ! l’interrompit-elle.

–          Fatiguée ?

–          Plus du tout.

–          Enervée ?

–          Excitée.

–          Intéressant… susurra Emilie. Tu viens alors ? J’ai froid. »

En une seconde, elle se débarrassa de ses chaussures et fondit sur le corps offert de son amante. Déjà, leurs bouches se retrouvaient et de leurs langues amies, elles entamaient un duel sans vainqueur ni vaincu. Quand Emilie entreprit de déboutonner sa chemise, elle se reput de l’étincelle de gourmandise dans ses yeux. Au moment où leurs peaux entrèrent pleinement en contact, elle cessa de s’émerveiller, oubliant de chercher à comprendre, à savoir, à décider.

A cet instant précis, elles n’étaient plus qu’émotion pure. Instinct. Désir. Et chaque caresse promettait d’être renouvelée, plus intensément encore, jusqu’à ce que leurs corps exultent tour à tour, dans la complicité aigüe de leurs souffles, leurs peaux, leurs consciences.

Plus tard. Plus tard, elle la remercierait de cette délicieuse surprise. Plus tard elle lui dirait à quel point elle l’aime. Plus tard, elle se soucierait du pourquoi et du comment.

Dans l’immédiat, elle se contenterait d’être femme, source et fruit de plaisir.

Itws & anecdotes | Non classé | 11.11.2013 - 11 h 20 | 12 COMMENTAIRES
JUDITH, L’INTERVIEW (- Judith de Yagg ? – OUI. – Non… La vraie ? – La seule, l’unique !)

Yaggeuses, yaggeurs,

C’est avec émotion, plaisir et poésir que B.U.L.L.E. vous propose aujourd’hui de  (re)découvrir LA Judith Silberfeld de Yagg à travers quelques « très sages » questions. Je n’en dis pas plus…

Préliminaires…

1/ Ca fait quoi d’être une icône lesbienne ?
LOL. Non, vraiment. Je ne m’attendais pas du tout à ce que tu commences par ça. Jodie Foster est une icône, Ellen DeGeneres, des gens comme ça, pas moi.

Ne me dites pas que je suis la seule à voir en @Judith une icône lesbienne ?! Regardez ce geste… ça ne trompe pas ! C’est forcément un signe !!!

2/ Quelle est la question que tu redoutes que je pose ?

Je n’ai pas trop de problèmes à répondre aux questions (mon côté exhib, sans doute), donc je n’appréhende pas vraiment.

3/ Tu veux y répondre quand même ? (Allez… fais-le… s’il te plaît ! Promis, je ne dirai rien à personne !)
Bah du coup je ne sais pas quoi dire ;)

Raaaaaah ! Raté.

Jude in the sight :

4/ Comme on est sur B.U.L.L.E. je suis bien obligée de… creuser mon sujet (en tout bien tout honneur)… Qu’est-ce qui pour toi est le comble de l’irrésistibilité chez une femme ? Et qu’est-ce qui est rédhibitoire ?
1. L’authenticité.
2. La méchanceté. Et la mauvaise haleine.

5/ Tu n’es plus un cœur à prendre, n’en déplaise à tes milliers de fans, mais pour les romantiques que nous sommes, et sans tout dévoiler, ça ressemble à quoi une @Judith qui craque pour quelqu’une ?

(sans la barbe)

Et mes fans sont habitué.e.s, ça va bientôt faire 20 ans que mon cœur est pris.

Haaaaaaaaan ! Si j’étais pas déjà fan… 

6/ C’est quoi un dimanche idéal pour toi ?
Je vais avoir l’air super planplan mais j’ai des excuses (je travaille énormément depuis la création de Yagg, je n’étais déjà pas une glandeuse avant, et cette année a été particulièrement intense, donc je suis trèèèèèès fatiguée). Le dimanche, j’aime bien ne rien faire, de préférence avec ma femme (et mon enfant mais c’est dur de ne rien faire avec un enfant), dans mon jardin, au soleil. S’il n’y a pas de soleil et qu’il fait froid, regarder des séries ou des films en buvant un vrai chocolat chaud fait avec amour.

7/ Est-ce que tu peux citer une chose du quotidien qui t’énerve prodigieusement (même si… tu  ne t’énerves pas si facilement) ? Et une chose qui t’apaise systématiquement ?
Ce qui m’énerve : l’injustice, le mensonge, la mauvaise foi.
Ce qui m’apaise : le sourire de mon enfant. Au bureau c’est rare ;)
(Et dans la vraie vie, je m’énerve assez facilement, pour des broutilles. Je me maitrise mieux professionnellement que dans ma vie perso.)

8/ Donne-nous un mot qui t’amuse : colimaçon. Je crois que c’est mon mot préféré.
Un qui te fait peur : enfermement.
Un qui t’ouvre l’appétit : un peu tout ce qui touche à la nourriture. J’ai un estomac très sensible à la tentation.
Un qui te rassure : D’accord.
Un qui t’émeut : Je t’aime (trois mots, pas juste un, et ils ne m’émeuvent pas prononcés par n’importe qui, évidemment).

The Catcher in the Rye, by Salinger. La vérité n'est pas ailleurs.

The Catcher in the Rye, by Salinger.
La vérité n’est pas ailleurs.

9/ Quel livre est-ce que tu aurais aimé avoir écrit, et pourquoi ?
The Catcher in the Rye. Parce que c’est le livre le plus vrai qui soit.

10/ Quel superpouvoir tu aimerais posséder ?
La sagesse. Sinon j’aimerais bien pouvoir voler.

11/ Dernière prouesse culinaire en date ? 
On voit que tu ne me connais pas bien, je ne cuisine pas, mais je mange ! Beaucoup.

Evidemment ! Où avais-je la tête... (La Concrétisation du Réel de Magritte)

Evidemment ! Où avais-je la tête…
(La Concrétisation du Réel de Magritte)

12/ C’est quoi ce trou dans ta… penderie ?
Bah un range-sabre laser, quelle question !

13/C’était la journée internationale du CO il y a quelques jours. Comment ça s’est passé pour toi ?
Très bien, ce qui ne veut pas dire facilement. Je l’ai d’abord dit à ma mère, par téléphone, quelques jours avant Noël. On n’en a pas reparlé pendant quelques mois, puis on a eu une vraie discussion. C’était il y a très longtemps (1993), je ne me souviens pas très bien de ce que nous nous sommes dit, mais ma mère est assez super, donc ça s’est bien passé. J’ai un peu mis mon père devant le fait accompli quelques mois plus tard (mais je crois qu’il avait été prévenu par ma tante à qui ma mère avait parlé) en débarquant à une réunion de famille avec ma copine. À l’époque j’avais des rapports délicats avec lui, ça s’est nettement arrangé depuis, et c’est un super grand-père pour mon enfant.
Après, le coming-out, c’est tous les jours, avec toutes sortes de gens, je pourrais donc écrire des pages et des pages mais je vais éviter. J’en profite juste pour rappeler l’existence de ce blog: http://comingout.yagg.com/

Yagg & Jude :

14/ Dans ton quotidien pro de Yagg, quelle est la partie du job que tu préfères ? Et ce que tu détestes devoir faire ?
1. C’est un ensemble, j’adore mon job, c’est le boulot de mes rêves même quand c’est dur. J’aime qu’on soit utile.
2. Devoir mettre en lumière des aspects négatifs de la communauté, comme par exemple les deux gay prides de Marseille ou les désaccords au sein de l’Inter-LGBT. Je voudrais croire que nous, les LGBT, sommes parfait.e.s, mais ce n’est bien sûr pas le cas. Nous pourrions décider de ne pas en parler mais nous serions de médiocres journalistes.
Je n’aime pas du tout non plus discuter avec des homophobes, mais pour certains articles on n’a pas le choix.

15/ Un riche bienfaiteur de la communauté offre 100 000€ à Yagg, comment est-ce que tu proposes de les utiliser ? (on ne sait jamais… ça peut donner de bonnes idées ! :D )
On embauche direct quelqu’un pour seconder Xavier sur la technique. Ensuite un ou une community manager, un.e assistant.e (pour répondre aux très nombreux mails, messages Facebook, Twitter etc., gérer les demandes de partenariat, faire des jeux etc.). On étoffe un peu la rédac. Et s’il reste de l’argent, Xavier a plein d’idées de développement.
Yagg n’est pas une association, c’est un peu compliqué de faire un don, mais il y a des possibilités, comme J’aime l’info.

16/ Yagg vient de fêter ses 5 ans. Pendant ces années, des succès et des échecs. De quoi est-ce que tu es particulièrement fière ? Quelles ont été vos plus belles victoires selon toi ?
Et … les échecs ?
Ces 5 ans, c’est déjà une énorme victoire. Le presse en ligne cherche toujours son modèle économique, la presse en général va mal, et, pour l’instant, Yagg résiste, et grandit.
Un grand moment ? Les débats sur le mariage. Nous avons travaillé à flux tendu, en direct presque 24 heures sur 24. Pour moi qui arrive de la presse papier, c’était fou. Et génial (même si parfois c’était horrible à vivre).
Côté échecs : avoir dû licencier Audrey et Nizar il y a quelques années, n’avoir pas su garder Maxime. Mais leur vie post-Yagg est sympa aussi, donc ça va.

17/ En 5 ans, toujours, quelles ont été tes plus belles rencontres journalistiques ? Quels ont été tes moments les plus forts ?
Sophia Aram parce qu’on a accroché tout de suite. L’interview était parfaite. Océane Rose Marie, parce que c’est cool d’interviewer quelqu’un au début d’un projet et de voir ce projet devenir grand. Céline des éditions Dans L’Engrenage parce qu’on a une vision très proche de ce qu’est une communauté. C’est rigolo, elles sont toutes les trois devenues des amies.

Les moments forts : le lancement, chaque anniversaire, le vote du 1er article de la loi ouvrant le mariage, puis celui de la loi elle-même par l’Assemblée (les 2 fois). Mon «débat» avec Robert Ménard, pour le soutien de la communauté Yagg (c’est ce jour-là qu’a été créé ce groupe, tellement bon pour mon ego).

Mon reportage à Moscou, aussi, évidemment. Parce que pour quelqu’un comme moi, c’est probablement une fois dans une vie. Et j’ai rencontré des gens vraiment bien.

18/ Comment est-ce que tu imagines ta vie professionnelle dans 10 ans ?
C’est sans doute parce que je suis crevée en ce moment, mais je rêve surtout de m’arrêter et de laisser tourner la boîte sans moi. Mon idéal, aujourd’hui (mais ça pourrait changer après 2 mois de vacances), ce serait que LGNET ait les moyens d’embaucher et de continuer sans nous, et que j’ai les moyens de vivre ça de loin.

19/ On s’accordera à dire que l’homophobie est avant tout une question d’éducation (voire de contexte culturel). Tu es mère. Tu vois donc les choses de l’intérieur. Qu’est-ce qui selon toi, pourrait être fait, concrètement, dès l’école primaire, pour lutter contre l’homophobie (et transphobie, et biphobie… ) ?
Ne pas avoir peur d’en parler. Dire simplement aux enfants que tout le monde n’est pas pareil, et que c’est une richesse, pas un problème. Ça vaut pour toutes les sources de discrimination, toutes les différences. Il faut parler racisme, LGBTphobies, handicap, différences culturelles, sans établir de hiérarchie, sans commisération. Prévoir un ou deux ateliers tous les ans avec des associations, que ce soit SOS homophobie, Contact, SOS racisme etc. Il ne faut pas attendre le collège, dès 4-5 ans les enfants sont capables de commencer à comprendre. Il faut bien sûr leur parler de façon adaptée à leur âge, on ne va pas expliquer à un enfant de CP que le genre est une construction sociale (déjà que beaucoup d’adultes ont du mal à le comprendre…), mais lui dire que filles et garçons doivent avoir le droit de faire les mêmes choses, en sont capables aussi, et que ça vaut aussi pour les filles qui ne se sentent pas filles ou les garçons qui ne se sentent pas garçons. Ce n’est pas parce qu’on est une fille ou un garçon qu’on a le droit (ou le devoir) de faire telle ou telle chose, d’aimer telle ou telle personne, c’est parce qu’on est.
Certain.e.s vont me répondre que c’est le rôle des parents, pas de l’école, mais c’est les deux. L’école est le lieu principal de socialisation, c’est là qu’on apprend à vivre avec les autres, et c’est là qu’on rencontre les autres. 

20/ Quels secrets est-ce que tu ne peux absolument pas révéler sur chaque membre de la Yagg Team ?
Je suis extraordinairement respectueuse de chacun.e, je ne révèlerai rien sur personne.

 Hum… Mais s’attendait-on à une autre réponse ? Sans doute pas. On ne demande qu’à… les connaître mieux ! Et à les lire encore !

La Yagg Team version 2013 (de gauche à droite, Fatima, Judith, Xavier Julien, Christophe et Maëlle)

La Yagg Team version 2013 (de gauche à droite, Fatima, Judith, Xavier Julien, Christophe et Maëlle)

 

Nouvelle érotique lesbienne | 04.11.2013 - 09 h 59 | 31 COMMENTAIRES
Audition en salle obscure

Dès que les lumières s’éteignent, je sens sa main serrer la mienne un peu plus fort. Je ne peux empêcher mes yeux de chercher les siens dans l’obscurité. Je distingue leur éclat luisant et espiègle. De ma main libre, je viens caresser son visage, attraper son menton tout doucement et approcher mes lèvres des siennes.

Sur l’écran, les publicités défilent. Autour de nous, la salle continue de se remplir gentiment sans qu’il y ait grande affluence. Devant nous, une dame râle parce qu’une autre est venue poser son chignon juste devant ses yeux… Mais dans la seconde où ma bouche cueille la sienne, j’oublie tout.

Le geste est doux, d’une tendresse infinie. Qu’est-ce que j’aime l’embrasser ! Partager nos souffles, mêler nos goûts, enlacer nos langues, réveiller ou maintenir ce désir latent, pénétrer nos intimités, même ici, à la pudeur de l’obscurité, dans le silence anonyme des voix publicitaires…

L’embrasser, c’est se promettre de recommencer. Parce que ses lèvres… ses lèvres piquent et brûlent l’encore, ce miel précieux dont on ne se rassasie pas. Il me faut une force quasi surhumaine pour m’en détacher et essayer de reporter mon attention sur l’écran.

Avant de nous décider à venir, elle m’a fait promettre de me tenir tranquille… Non, je ne laisserai pas mes mains assouvir un de leurs fantasmes, non, je ne vais pas profiter du noir pour… Chut… Respirer. Se concentrer sur les images et les sons devant. Ne pas la regarder. Ne pas réagir à ses doigts qui maintenant caressent ma paume, courent sur les miens, portent ma main à sa bouche et… Han…

Quand les lumières se rallument, annonçant le début imminent du film, j’ai déjà oublié ce que nous étions venues voir. Les spots me dévoilent son regard surpris, consciente d’être prise en flagrant délit de provocation intolérable. Le sourire qui fend alors son visage me retourne complètement. Ses yeux deviennent un véritable brasier et je sens la raison m’abandonner complètement.

Sans qu’un mot ne soit prononcé, elle fait un tour d’horizon de son regard ardent, puis revient planter ses yeux dans les miens, poignardant ainsi le peu de volonté qui tente de subsister en moi… D’une main tout sauf innocente, elle vient lentement défaire un bouton de sa chemise, dévoilant le relief délicat de sa poitrine. Quand ses doigts s’affairent au bouton suivant, la lumière s’éteint à nouveau. Elle ne se rallumera pas de sitôt.

Il ne faut qu’une fraction de seconde à mes yeux pour s’habituer à l’obscurité. Je devine avant de voir qu’elle continue de défaire ses boutons, sans hâte. Ses yeux ne quittent pas les miens et son menton se soulève légèrement, dans un air séditieux. Le désir me fige totalement. Je comprends que mon visage, trop expressif, oscille entre incompréhension et fascination, qu’il trahit mon éblouissement apathique.

Quand elle saisit ma main, je ne sursaute pas, je n’ai pas peur. Je sais ce qu’elle va faire, et ça m’excite tellement que j’en oublie de lui sourire. Mon regard planté dans l’intensité insoutenable du sien, je la laisse porter ma main entre les pans de sa chemise et la poser gracieusement sur son sein fier. Le contact de ma paume sur son téton déjà durci de désir lui fait fermer les yeux.

C’est à ce moment-là que je réalise… que je sais qu’on ne s’arrêtera pas. Qu’on ne le peut plus. Que j’en suis incapable. Quand elle ouvre les yeux, mon regard vient lui crier cette certitude. D’un acquiescement à peine esquissé, elle m’offre ses lèvres à nouveau. Cette fois, notre baiser se fait envahissant, urgent, presque bruyant. Heureusement, les haut-parleurs nous couvrent en crachant des sons que je ne cherche même pas à identifier. A cette minute, il n’y a plus rien que nous : ma main qui se referme sur son petit sein et ma langue qui danse avec la sienne.

L’accoudoir va nous gêner… il me gêne déjà. Il m’empêche de sentir son corps contre le mien. Mais rien n’est véritablement un obstacle entre nous et notre désir. Ma main parcourt avidement sa poitrine, allant et venant d’un sein à l’autre, se risquant sur la peau soyeuse de son ventre chaud, explorant la vallée vertigineuse de sa hanche. Je veille tant bien que mal à ne pas la dénuder, et comme je la sens qui scrute autour, d’un regard inquiet, je la recouvre de ma veste avant de me recentrer consciencieusement sur mes caresses dévouées.

Son corps appelle mes mains, en permanence. Quand je la touche, j’ai l’impression de respirer à ce contact. Sa peau, c’est… ça n’est pas une nécessité, non, pas un élément vital dont la perte serait fatale… mais plutôt une quête, le sens d’une vie, sa valeur.

Quand nous nous éloignons une seconde pour retrouver nos souffles, je peux lire que chez elle aussi, le désir a pris le pas sur la raison. Cette fois-ci, c’est moi qui, d’un geste très lent, mon regard planté dans le sien, guettant un éventuel mouvement de panique dans ses yeux, descends ma main jusqu’à sa ceinture.

Elle ne sourit pas quand je tire sur la boucle, elle s’impatiente presque… Son regard est grave, profond, si sérieux que mon cœur s’emballe plus fort encore. D’une main habile, elle vient elle-même déboutonner son pantalon et glisser ma main à l’intérieur. Je me saisis de son sexe à travers la culotte et le presse fermement, lui arrachant une expiration un peu trop audible.

Je suis tellement excitée que j’ai l’impression d’être sur le point d’exploser. Pourtant, je continue, mes yeux toujours plantés dans les siens, diablement pétillants malgré l’obscurité. Mes doigts, curieux, jouent une minute avec l’élastique de sa culotte avant de s’y engouffrer lentement. L’humidité que je rencontre alors me galvanise encore.

Quand je rentre en contact avec son clitoris, je sens son corps entier réagir, et sa main bouillante vient presser plus fort sur la mienne. Je suis bien au-delà de la fièvre. Dès lors que mes doigts entament une caresse régulière et langoureuse, un voile subtil se pose sur son regard. Les yeux toujours fixés sur les miens, sa bouche s’ouvre et se referme à peine au rythme de mes doigts.

Sait-elle au moins à quel point elle est belle ? A quel point elle me bouleverse ?

Je ne résiste pas, il faut que je l’embrasse encore. Comme j’approche ma tête de ses lèvres, elle s’en saisit et me retient, à quelques centimètres à peine. Son regard se durcit brusquement et dans un souffle, elle me murmure presque douloureusement un « Viens » brûlant. Sa main vient attraper mon poignet et m’enfoncer un peu plus loin entre ses jambes, qu’elle écarte lascivement.

Deux de mes doigts s’insinuent en elle sans difficulté, mais son pantalon m’empêche d’aller bien loin. Je n’ai pas le temps de m’en plaindre silencieusement que, d’un coup de reins, elle se soulève et de ses mains impatientes, elle le fait glisser jusqu’à mi-cuisse. Son geste et sa rapidité d’exécution, sa hâte, me coupent le souffle. Nerveusement, elle réajuste la veste sur elle, pour recouvrir au mieux les… preuves accablantes de son impétuosité.

Ses yeux incendiant à nouveau les miens, elle me répète un muet « Viens » que je veux exaucer au plus vite. Je me penche alors complètement contre elle et enfonce mes doigts aussi loin que possible, sans perdre une miette du spectacle de son regard, de sa bouche qui s’ouvre à nouveau, toujours aussi muette mais si… expressive. Autour de mes doigts, son sexe enfle et ruisselle. Son corps entier se tend et sa main vient à nouveau presser mon bras à travers la veste.

Lentement mais intensément, je la pénètre aussi profondément que possible. Le plaisir qui monte en elle, monte en moi de façon quasi symétrique. Je sais que je ne réalise pas ce que nous sommes en train de faire, et je m’en moque royalement. Tout ce qui compte pour l’instant, c’est ce plaisir ascensionnel. Sa respiration se fait de plus en plus bruyante, mais par chance, le film la couvre. De ma main libre, je viens chercher un de ses seins, toujours sous le couvert de la veste, et je le pétris fort. Une image particulièrement claire sur l’écran vient illuminer son visage et je vois son regard, totalement brouillé à présent, ses traits, si reconnaissables à l’approche de l’orgasme…

J’accentue alors mon geste, devinant sa jouissance imminente, quand soudain, le silence se fait dans les haut-parleurs. Eux qui déversent depuis plusieurs minutes un brouhaha incessant, subitement, se taisent. A l’écran, un paysage défile très lentement. Inquiète de sa réaction, je suspends alors mon geste pour ne pas qu’elle ait à réfréner… si ce ne sont ses cris, du moins sa respiration.

Ses yeux se font plus noirs que jamais et d’un mouvement sec de sa main sur mon bras, elle poursuit elle-même les va-et-vient de mes doigts. Je suis sciée de voir, de sentir alors son plaisir exploser dans un silence absolu. Elle ne respire même pas, elle… jouit. Elle jouit si merveilleusement, si silencieusement que c’en est presque incroyable. Une note de piano retentit dans les haut-parleurs, et bien vite, Chopin résonne dans toute la salle, libérant son souffle.

Les saccades de sa respiration font alors écho aux spasmes des parois brûlantes de son sexe autour de mes doigts. Dans ses yeux, une infinité d’émotions contradictoires, troublantes, jubilatoires. Je n’arrive pas à y croire. Son plaisir est si… étourdissant !

Quand sa main cesse d’elle-même le mouvement, je reste en elle quelques instants, ivre de sa chaleur, de la douceur suave de son antre. Ma tête se pose contre sa poitrine et vient écouter les battements puissants et accélérés de son cœur. Quand je les sens s’apaiser, je redresse ma tête et viens cueillir ses lèvres de ma bouche. En m’embrassant, elle sourit.

Je la regarde et je souris à mon tour. Nous devons réprimer une soudaine et furieuse envie de rire. C’est délicieux. Lentement, j’ôte mes doigts de ses profondeurs veloutées et les glisse entre les lèvres toutes gonflées de son sexe.

Comme si elle réalisait alors où nous étions, elle retire gentiment ma main et d’un nouveau coup de reins, elle remonte son pantalon. D’un geste sûr et rapide, elle le referme et boucle sa ceinture, le tout sous ma veste, complice.

Je suis presque déçue que ce soit déjà fini.

Fini ? Ca n’est pas ce qu’insinue son regard… Il se pose à présent sur ma poitrine… Puis entre mes jambes… Sa langue vient humidifier sensuellement sa lèvre inférieure, ne laissant que peu d’espace aux présomptions sur ce qui va suivre… Déjà, elle me recouvre amoureusement de ma veste… Déjà, elle glisse  une main sous…

Mouahahahahaha !!! Machiavélique...

Mouahahahahaha !!! Machiavélique…

Bon, en fait, je dois présenter mes excuses... on sait bien que le cinéma, pour nous, c'est plutôt ça...

Bon, en fait, je dois présenter mes excuses… on sait bien que le cinéma, pour nous, c’est plutôt ça…

Ou ça (si, si !!!)...

Ou ça (si, si !!!)…

Ou ça...

Ou ça… Alors, je demande pardon à tous ceux ou celles que mes écrits auraient… déçu ou choqué… inutile d’en rajouter d’ailleurs, tiens !

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photo | Photopoésir | 29.09.2013 - 20 h 56 | 10 COMMENTAIRES
Du flou : on ne comprend rien mais c’est beau quand même.

Photopoésir | poésie | 18.09.2013 - 20 h 27 | 11 COMMENTAIRES
Poésir

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Sous une lune d’absinthe, la nuit ne paonne pas.

Elle se terre à l’ombre des erreurs

Foulant le sable émouvant de l’aube

Feulant l’écrit et le su en murmures ébauchés.

Elle temporise.

 

Depuis quelques vers, je ne l’habite plus.

Ecartés ses recoins familiers

Délaissé l’écrin maternel de Ténèbre

J’élague l’ombilic à mesure de mes peurs

Et outrepasse mes froids en gelure caustique :

L’affranchissement croûte.

 

Sans suture, je goûte l’aléa

M’évidant par-ci, me gorgeant par-là

Je croîs, je gagne de nouveaux mystères

Des zéniths curieux que je perquisitionne

Avide de ressources.

 

Je fends l’oreille et m’ouvre en fin d’initiation :

Le là n’est point séant se tenant ailleurs

Où je figure, sans visage mais incarnée

En peau et zirconium confondus.

 

Parée de mots et d’accords

Je veux naître encore et encore de furie et démesure

Jusqu’à dire ce qui doit l’Être

Et avouer mon nom au silence

Dans la confidence du météore.

 

Un pas derrière un peut-être

J’avance vers le sûr et certain

Auquel je ne m’abandonnerai jamais

Je laisse mon chemin au soc du Hasard

Ce dur en besogne,

Et je profite du voyage.

 

Le sillon me creuse, mon temps ne fait qu’un tour

Et bientôt mes rides d’impression

Combleront mon vacuum épidermique

En prétextes anecdotiques.

 

Nul besoin d’aventure pour Vivre :

L’extraordinaire se redéfinit sans cesse

Puisque l’ordinaire et le normal ne sont que chimères sociétaires.

 

Fluides, les sens coulent

Encens épais et danse l’encre du dire :

En poésie on ne dit pas, on s’écrie,

On chante, on nomme, on témoigne,

Et l’on avoue ce que nos nuits

Dans l’obscurité introspective

Nous dérobent, nous, masques fuligineux

Et l’on tait aussi car les voiles sont précieux

Pour gagner les frontières du Verbe

Fort des vents contraires.

 

Il n’y a jamais eu d’avant Poésie

Mais une conscience affleure

Et à cris poussés dans ses retranchements de papiers

Dans la grasse peau éthique

Je suis devenue.

 

Je deviens encore et je la demeure

Comme elle me hante

Sans hâte ni abandon

Un échange consenti qui pulse mon électroencéphalogramme

Là, un pic poétique fait mentir les statistiques

Ici, le blanc paginal quand le vide nécessaire me déborde.

 

Contrainte médicale, j’avalise sans départ

La rivée des mots en péchés

Je les suce religieusement

Sans en altérer les saveurs

Le but étant de les rendre ensalivés et poisseux de mon goût pour eux

Et quand ils s’agglomèrent en barre céréalière

Je prie pour qu’ils soient digestes.

 

J’exergue et prédis l’Etre et le Poésir.

 

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photo | Photopoésir | 18.09.2013 - 19 h 55 | 7 COMMENTAIRES
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photo | Photopoésir | 13.09.2013 - 18 h 22 | 9 COMMENTAIRES
Objectif céleste

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Itws & anecdotes | 12.09.2013 - 13 h 39 | 12 COMMENTAIRES
Raaaaaaah la jeunesse !

Nul ne sera épargné !

Nul ne sera épargné !

 

Il est 7h50.

La première sonnerire retentira dans 5 petites minutes… J’adore arriver au collège au moins 20 minutes avant le début des cours, histoire de prendre le temps de traîner devant la machine à café, anticiper les pannes de papier à la photocopieuse ou papoter avec mes collègues matinaux… sauf que c’est un fait, le rythme des vacances n’est toujours pas perdu et je n’arrive pas à me lever le matin.

La route est embouteillée, horaire et proximité de l’établissement obligent, et même si je sais que je ne vais pas être « en retard », j’ai un sursaut de stress qui vient me réveiller gentiment. Un réveil qui prend d’autant plus effet lors que j’entends les premières notes de ce morceau de Stromae et que je monte le volume à fond ! (mais vraiment à fond, hein… tellement à fond que le coeur aligne ses battements aux pulsations des hauts-parleurs)

Quand je passe devant un troupeau d’élèves, je vois toutes les têtes se tourner malgré mes fenêtres baissées et j’évite de balancer ma tête en rythme, consciente d’être d’ores et déjà démasquée. On me montre du doigt, on me fait de grands sourires, on me fait coucou de la main. Une fois garée, j’attends que le morceau se termine et je sors précipitamment pour attraper ma classe de 3ème au vol. A peine me voient-ils arriver qu’ils forment presqu’aussitôt un rang quasi parfait (ce qui est ma foi bien suspect pour des 3èmes et avant la deuxième sonnerie…), et dès que j’amorce un signe de tête indiquant qu’on est parés à monter en cours, les voilà qui m’emboîtent le pas avec enthousiasme et sans traîner du pied, comme c’est l’usage.

Dans le couloir, l’accordéon du rang se resserre et je sens bien des questions suspendues à leurs lèvres, mais il faut attendre la première volée de marches pour que le plus courageux ose :

– Madame, c’est Stromae que vous écoutez à fond dans la voiture ?

– Oui.

– Mais… Mais madame, c’est de la musique de jeunes ! (prends-toi ça dans ta face)

Regard noir du professeur, élève qui se fige et se fait rentrer dedans par ses camarades qui suivent… Et le voilà qui reprend :

– Non mais c’est pas ce que je voulais dire, voous êtes jeune, hein, mais c’est pas un peu… vulgaire pour vous ?

– Pourquoi, tu crois que je n’écoute que du Mozart et du Bach ?

– C’est qui Bach ?

Sans commentaire.

Quelques minutes plus tard, en pleine analyse de texte, une élève lève la main.

– Madame, la photo c’est une vraie ?

Grande incompréhension de ma part. je regarde la photo en question : il s’agit d’une rangée de militaires de l’armée de Pinochet, rutilants dans leurs beaux uniformes qui se découpent dans un ciel bleu radieux. Un chef d’oeuvre de propagande. Mais évidemment, rien ne prête à confusion, c’est bel et bien une « vraie photo ».

Devant mon sourcil interrogateur, l’élève poursuit, dans un ton déductif digne du grand Sherlock Holmes en personne :

– Ben oui regardez, y’a marqué 1983, et l’image là, elle est en couleur. Ca existait pas la couleur en 1983.

JE SUIS NEE EN 1983 ! J’AI PLEIN DE BELLES PHOTOS EN COULEUR POUR LE PROUVER !

Bref, j’adore ces gamins, j’adore mon boulot, j’adore « Merci » de Stromae, et j’adore ma très récente maturité !

Hans Baldung Grien : Les Âges et la Mort, c. 1540-1543

Hans Baldung Grien : Les Âges et la Mort, c. 1540-1543

D-libérations | 03.09.2013 - 17 h 45 | 70 COMMENTAIRES
En avoir ou ne pas en avoir, là n’est pas la question

Et pourtant, elles ne sont pas toujours de bon goût... (pour ceux et celles qui seraient intéressés par la... récetiivité gustative testiculaire, je vous renvoie ici)

Et pourtant, ils ne sont pas toujours de bon goût… (pour ceux et celles qui seraient intéressés par la… réceptivité gustative testiculaire, je vous renvoie ici)

 

Voilà plusieurs fois que certains commentaires déchaînent les passions sur Yagg. Des commentaires qui, j’en suis persuadée, ne sont pas postés dans une « intention » sexiste ou misogyne, mais qui immanquablement aggressent nos yeux, lapident nos chairs, et réduisent notre patience à néant.

Je dois confesser que je n’ai pas toujours été de celles que l’expression pouvait offenser, car après tout : « Avoir des couilles » (ou ne pas en avoir), là n’est absolument pas la question quand il s’agit de courage. J’ai toujours trouvé la chose assez répugnante du point de vue de l’image convoquée (eh… oui… désolée messieurs, je suis lesbienne) mais finalement assez drôle quand on y pense… On a depuis longtemps fait tomber la fameuse « bravoure chevaleresque » (masculine, donc) qu’on opposait au caractère faible de la femme dans les romans moyenâgeux… Une littérature qui rappelons-le n’était écrite et lue que par des hommes puisqu’eux seuls avaient accès à l’alphabétisation. Pour nier aujourd’hui le courage des femmes, il faut être sacrément insensible au monde et à son évolution. L’expression en elle-même perd donc toute pertinence pour devenir, au mieux, quelque chose d’assez vulgaire et de drôle dans son décalage sémantique.

« Drôle »… tout le monde ne partage pas ce point de vue.

Pendant longtemps, j’ai moi même usé de cette expression de façon détournée. Je ne pense pas l’avoir dite un jour telle quelle, mais je me suis par exemple souvent vantée de mon « jeu testiculaire » au tarot. Pour moi, cela n’impliquait d’ailleurs pas forcément la notion de courage, mais de bêtise… Parce qu’avec ou sans atout, que mon roi appelé soit fiable ou pas, j’osais, j’osais tout ! Bon… et je perdais beaucoup aussi…

Bref. Ce que je veux dire c’est que je comprends bien qu’il ne s’agit « QUE d’une expression française »… et qu’il ne faut pas hurler au sexisme dès qu’on l’utilise, mais chaque pas, aussi infime soit-il, vers un monde meilleur et dans le respect de l’autre est capital non ?  Alors voyons…

« Avoir des couilles » ou ne pas en avoir, comme cela l’a déjà été dit et bien dit par des yaggeuses en colère, c’est une expression clairement sexiste puisqu’elle implique que les filles qui n’ont pas de testicules sont donc fatalement dépourvues de courage. C’est aussi passablement perturbant pour les trans, et d’une manière générale, c’est totalement inélégant.

Ce post n’a pas pour but d’abolir une expression française dérangeante… ou surtout, il n’en a pas le pouvoir, mais peut-être pouvons-nous faire un parallèle pour mieux comprendre… Pour moi, c’est tout aussi inapproprié que de parler de « sensibilité féminine ». Combien de fois, messieurs, aura-t-on entendu un truc du style « J’ai toujours su qu’il était gay, j’ai tout de suite senti en lui cette… sensibilité féminine » ? Vous, je ne sais pas, mais moi, ça m’énerverait aussi, grave ! Ca veut dire quoi ? Que les femmes sont les seules êtres sensibles ? Que vous n’êtes tous que des brutes ? Ou que les hommes hétéros sont tous des brutes ? Quand on y pense, c’est tout aussi ridicule.

La « sensibilité féminine » n’est pas une expression du même ordre que « avoir des couilles » mais je les trouve toutes deux sexistes et inadéquates. En tant que grande adoratrice de la langue française, je loue ses richesses, je joue de ses rigidités et je me m’insurge contre ses failles. Là, c’en est une.

R'EVOLUTION !!!

R’EVOLUTION !!!

 

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