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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
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APPRENDS-MOI… (Ep. 11)

Avec quelques semaines de retard, voilà (enfin !) la suite et fin de cette sporadique nouvelle… Toutes mes excuses pour le délai : je vous avais prévenu(e)s que j’étais rouillée !!!

(previously)

Le voile léger des rideaux invite les lumières citadines de la nuit à pénétrer la chambre qui s’engourdit de nos ébats en veille. Il y a quelques minutes, ou était-ce quelques heures, nos corps secouaient cette soirée fébrile de décembre : de nos mouvements aveugles, prescients, passionnés, nous embuions les vitres nous occultant du reste du monde. Il y a quelques heures ou quelques minutes à peine, nous créions un monde, nouveau, notre.

Je ne sais pas si j’ai succombé aux mots doux du sommeil ou si je n’ai fait que somnoler, béate et comblée. A nos frénésies voluptueuses ont succédé de touchantes confessions. Dans l’intimité encore verte de nos effusions, arrivées à épuisement de nos ressources physiques, les paroles ont pris le relai, dans une bienveillante complicité qui aurait pu sembler séculaire.

Je me suis avouée sans pudeur, blessée mais entière, avide et curieuse de sa fascinante personne. Elle s’est révélée, nouvellement forte et fière, se remettant tristement du moignon cruel de l’abandon. Sa précédente compagne l’ayant quittée sans prévenir alors qu’elles étaient supposées agrandir la famille une troisième fois, elle s’était retrouvée seule, humiliée, acculée par ses responsabilités et ses obligations familiales justement au moment de sa « promotion » professionnelle.

Son émotion, encore bien vive lors de ces aveux, faisait vibrer sa voix et trembler ses lèvres. Je n’ai pu retenir mes étreintes les plus tendres. Mais mon inspectrice, fidèle à son impertinence, en souriait de plus belle. Et Dieu qu’elle était belle ! Son sourire, même triste, surtout triste, vrillait mes chairs thoraciques, mâchait mes os, ratissait ma peau en stridences frissonnées. Alors, nous avons fait l’amour à nouveau, dans la fulgurance de nos faims, nous exposant aux souffles, aux gestes, aux cris, aux regards de l’autre.

Tout ce que je vois à cet instant, ce sont les ombres nocturnes, calmes et irrégulières, qui glissent sur la toile lisse du mur à chaque passage de voiture. L’air est encore saturé de nos odeurs, mêlées, embrassées, qui s’accordent au silence sourd du double vitrage et à l’ambiance encore chaude de nos draps froissés pour embaumer l’air du parfum, clair et apaisé du désir.

Au creux de mon épaule, ouverte et fière, Violette repose. Sa respiration quasi inaudible vient caresser la peau nue et offerte de mon sein. A mon flanc, je sens son cœur battre, lourd et paisible. A moins que ce ne soit le mien ?

Lâchés, ses cheveux s’éparpillent sur moi, sur elle, sur le coton épais que je remonte sur son épaule fraîche. Mes doigts, délicatement, osent dans la confidence de la nuit jouer avec ses boucles brunes. Comme si j’avais besoin de ce contact supplémentaire pour confirmer, pour accepter l’exactitude du moment, sa pertinence, son authenticité surréaliste. Quelque part au fond de moi, une voix grave que j’imagine être celle d’Eluard, me déverse de ses vers purs et tendres, cassants et si crument vrais qu’ils déchirent les entrailles comme ils bercent.

L’amour est ainsi. Cru, beau, tranchant, immense, pur, complexe, exaltant, intempestif. Il y a trois jours, je me confondais en désir déroutant, brutal et irrépressible. Aujourd’hui, à l’instant où ce désir, satisfait pour l’heure, sait se taire pour laisser parler ma conscience, je suis tentée de poser de grands mots sur ces émotions bouleversantes de ces derniers jours.

Où est passé mon cynisme sentimental ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de moi, Violette Paulin ? A votre contact, je redeviens guimauve, princesse en détresse et chevalier servant, « Faible ! Faible ! Faible femme ! » comme dirait Figaro.

Je devrais sans doute m’affoler de cette rechute, je devrais me protéger, réfléchir. Cette femme, merveilleuse, fière, tendre et sensuelle, cette femme si terriblement attirante est mère. La légèreté et l’inconséquence ne sont pas une option.

L’espace d’une seconde, je me projette dans un quotidien hypothétique : Violette, moi, et ces deux petits garçons aux visages radieux que je n’ai pas manqué d’observer sur bon nombre de photos un peu partout dans l’appartement. Si je ne m’étais jamais posé de question sur une éventuelle vie de famille, je suis impressionnée de voir à quel point mon imagination est brusquement fertile, cette nuit.

Sans quasiment rien savoir d’eux, et sans en éprouver le moindre vertige, je les vois déjà évoluer autour de nous. J’imagine leurs habitudes, j’anticipe leurs questions, leurs réactions, j’espère une complicité que je modère déjà, redoutant le statut de « belle-mère », avant de conclure sur une certitude : il n’y a rien que je ne sois prête à assumer pour une vie avec Violette.

Une étreinte ensommeillée de celle-ci me ramène sur Terre. Je ne peux réprimer un sourire : il n’y a sans doute rien de plus « lesbien » que de s’imaginer vivre avec quelqu’une après une seule et unique nuit passée ensemble !

L’insomnie prophétique n’est plus de rigueur et je m’endors enfin, bercée par la certitude simple et bienheureuse de me réveiller à ses côtés demain.

Je ne saurai dire qui du soleil ou du bruit léger du verre qui s’entrechoque m’aura tiré de mon sommeil. Avant même d’ouvrir les paupières, je lance mon bras en quête du corps chaud de mon amante, la tête encore toute engourdie de notre nuit tendre et passionnée. Ma main cherche en vain, sous et sur les draps. Déçue, j’ouvre péniblement les yeux pour constater tristement que je suis seule, bien trop seule dans ce grand lit !

Le grognement de mécontentement qui m’échappe est stoppé net par le son léger des pas de Violette sur le parquet. Du bout du pied, elle ouvre la porte et s’avance dans la chambre, les bras chargés d’un merveilleux plateau petit-déjeuner. Voyant ma tête émerger de la couette, elle me lance en souriant : « Déjà réveillée, petite marmotte ?

– Groumpf…

– J’espère que je n’ai pas fait trop de bruit, me dit-elle en déposant délicatement le plateau sur le chevet, de mon côté du lit. C’était trop dur de rester couchée à côté de toi et de te laisser dormir… J’ai bien failli te sauter dessus de bon matin », me confie-t-elle en riant.

Son rire et son petit air mutin me chavirent et comme elle vient s’asseoir auprès de moi, j’attire son corps contre le mien. Conciliante, elle s’allonge tout contre moi et m’enlace. L’odeur du café et du pain grillé titille mes narines, mais qu’importe à mes mains qui déjà s’aventurent sous le voile diaphane de son peignoir ? Qu’importe à ma peau qui brûle à nouveau de la sienne, retrouvée ? Qu’importe à ces milliers de lames, aiguisées de désir, nourries de ses moires, qui encore une fois pénètrent mes chairs offertes, mon âme assujettie, mon cœur tonitruant ?

Le café et le pain seront froids.

Sans trembler, ma main impudique vient tirer sur le cordon qui maintient les pans de son peignoir et, d’un geste lent et si terriblement maîtrisé, elle laisse glisser le fin tissu sur sa peau soyeuse. Le spectacle est d’une sensualité affolante. Ses épaules d’abord, puis ses seins et enfin la plaine suave de son ventre se révèlent à moi dans la lumière étrangement chaude d’un matin de décembre.

« Hum… Bonjour », dis-je à cette sublime vision qui me surplombe à califourchon. Comme mu par mon seul désir, mon corps se soulève jusqu’à ce que mes lèvres effleurent la peau constellée de sa poitrine. « Bonjour », répète doucement ma bouche à son sein gauche, avant d’y déposer un baiser. « Bonjour », s’empresse-t-elle d’ajouter à l’aréole de son sein droit. Et un nouveau baiser vient rééquilibrer les civilités. Enfin, mes lèvres se hissent vers les siennes dans un dernier élan de politesse. Elles laissent s’échapper un ultime « Bonjour », à peine murmuré cette fois, avant que nos langues n’entreprennent de se présenter leurs respects.

Dans les yeux de Violette, le désir se fait incandescent. Il en serait presque douloureux. Mes mains la parcourent, tantôt subtiles, tantôt fermes. Elles caressent, elles affleurent, elle pétrissent et ondulent son corps sur toutes les gammes du plaisir.

Je n’aurai sans doute pas la prétention de croire que je peux anticiper l’avenir sur l’échelle d’une éternité, les « toujours » et les « jamais » ne sont pas des mots à la portée des mortels. Mais ce que la vie me réserve pour les prochaines heures… J’aime.

Fin

http://fineartamerica.com/featured/lesbian-sketches-1-gordon-punt.html

Lesbian sketch, by Gordon Punt

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APPRENDS-MOI… (Ep. 10)

@Dwarfy mérite bien un peu de repos mais reprendra la plume très prochainement, ici et/ou sur son blog, alors en attendant, je vous livre la suite de cette nouvelle. Merci de votre lecture fidèle ! 

(previously)

J’ai parfois l’impression d’avoir passé ma vie en quête d’esthétique, aussi bien dans mes lectures, mes recherches, mes ambitions poétiques que dans mon quotidien de femme sensible à la beauté sous toutes ses formes. Mais nulle forme ne m’a autant émue que celles que je caresse du bout des doigts. Avides, mes regards absorbent chacune de ces courbes délicates.

Violette frissonne. Pourtant, elle ne remontera pas le drap. Nous avons chacune besoin de cette minute de contemplation de l’autre, cette minute pour une éternité de souvenirs, de plaisirs condensés en un sens. Mes yeux sont ma peau, ma langue, mes oreilles. Ils apprennent d’un sourire, d’un souffle, d’un parfum. Je veux tout savoir d’elle, je veux prendre le temps de la découvrir. Si nous nous taisons, c’est dans le recueillement de nos cris à venir. Dans son regard, je devine le désir, encore.

Il n’y aura pas d’essoufflement ce soir.

C’est elle qui rompt l’immobilité consentie. De son bras chaud, elle vient enserrer ma taille, imposant par ce geste une indéfinissable sensation de quiétude et, simultanément, une excitation fiévreuse. D’un mouvement leste de son bassin, la voilà qui me recouvre de tout son corps, sa bouche narguant délicieusement mes lèvres. Espiègle, elle les pince délicatement de ses lèvres si douces. Je m’abandonne à son jeu, guettant docilement le meilleur moment pour rentrer dans la partie. Quand sa bouche s’applique à dessiner les reliefs de mon cou en remontant, dangereuse, jusque sur la mienne, je m’efforce de résister à l’envie de l’embrasser. Chastement, je viens poser mes mains sur ses hanches irrésistibles. Mes caresses adoptent le rythme de ses lèvres.

Je ferme les yeux, soumise à l’émotion enivrante de son corps sur le mien. Nos peaux, comme nos chairs, se reconnaissent et s’apprivoisent. L’entente est feutrée, si tendre… Partout, son contact nourrit et éveille. Prisonnière de ses charmes, je me livre et goûte à de ces libertés qui n’ont d’autre espace-temps que la rencontre de nos peaux. Tout se joue dans l’absence de vide entre nous. Rien ne m’emplit autant que notre promiscuité.

Quand ses lèvres se posent à nouveau sur les miennes, s’entrouvrant cette fois pour laisser sa langue se frayer un passage, je ne résiste plus. Notre baiser se fait aussi intense, aussi nu et passionné que nous-même. Mes bras l’étreignent sans modération. Je bois à sa bouche tous les mots que nous taisons encore, affamées de mouvements, d’actes, de vrai. Les mots viendront plus tard. Ils ne nuanceront pas, ils ne décevront rien. La conversation de nos corps ne se tarira qu’à l’heure bienheureuse de l’épuisement. Au fond de moi, un sourire satisfait : je ne rentrerai pas ce soir.

Sans la moindre innocence, Violette fait glisser sa jambe entre mes cuisses. Il n’en faut pas plus à mon sexe pour se mettre à bourdonner. Si habituellement le désir est une pulsion dévorante, qui a tendance à faire passer tout le reste au second plan, avec elle, il devient violent, annihilant réalité et conventions. Sous son corps, je ne suis plus qu’instinct primaire et animal, charnel et voluptueux.

D’une langueur quasi cruelle, elle se met à remuer sur moi et mon corps entier épouse le mouvement de ses vagues. Je sens son sexe s’ouvrir sur la peau tendue de ma cuisse et je sais que le mien a déjà inondé sa jambe de mon plaisir. Au moment où ses coudes se plantent autour de mes bras pour qu’elle puisse plonger son regard dans le mien, mes mains agrippent les rondeurs aguicheuses de ses fesses. Le rythme s’intensifie alors : nos respirations jumelles accusent les à-coups du désir et les pointes tendues de ses seins frôlent outrageusement ma poitrine brûlante. Son regard se brouille, égaré sur l’écran de son plaisir. Je l’observe, impudique. Je pense bien n’avoir jamais rien vécu de plus grisant. De mes mains, j’appuie encore le mouvement de son bassin, accélérant à peine mais creusant encore plus ce frottement délicieux, arrachant un gémissement affolant à mon inspectrice incandescente.

Ses tétons provocateurs s’accrochent aux miens, la peau souple de nos ventres se fait moite et glisse presque bruyamment, étouffée par nos halètements. Je pourrais jouir comme ça, je le sens. Mais pour l’instant, je suis totalement fascinée par les expressions de son visage. La regarder faire monter le désir en elle, en nous, par ce simple balancement des corps, voir ses traits s’abandonner à cette quête de plaisir à la fois si égoïste et partagé, c’est terriblement excitant. Je veux la voir jouir sur moi, je veux sentir son sexe couler sur le mien.

Pendant une seconde, j’interromps le rythme de nos hanches. Surprise, elle m’interroge du regard pendant que je m’efforce de glisser mon autre jambe entre les siennes. Je lui souris, elle comprend et se positionne sans ménagement à califourchon sur moi. Les lèvres humides de son sexe viennent s’écraser sur le relief prononcé de mon pubis et déjà, elle reprend sa danse ensorcelante. Ses bras se tendent, son dos se cambre et ses seins s’agitent juste sous mon nez. Impossible de résister. Mes lèvres se posent d’abord presque chastement sur son grain de beauté. Du bout de ma langue, j’en lèche les contours avant de refermer ma bouche sur la pointe ferme de son téton. Les mouvements de nos corps m’incitent à alterner d’un sein à l’autre, sans précipitation, alors que mes mains s’impriment de plus en plus fort dans la chair ferme et douce de ses fesses.

Ivre du plaisir de sentir la convexité de mon sexe s’insinuer dans la tendresse de ses chairs, ses gémissements me font perdre la tête.  Son propre plaisir coule maintenant en abondance et le frottement fluide de nos sexes l’entraîne toujours plus haut, vers une jouissance imminente. Je veux savourer cet instant. Graver chaque son, chaque sensation, chacune de ses expressions dans ma mémoire, mais surtout : je veux qu’elle explose sur moi. Frénétique, mon bassin se soulève à la rencontre de son sexe, tandis que ma bouche se fixe sur un téton qu’elle suce et mordille délicatement. Violette crie presque… Oui, elle crie ! C’est alors que son corps se tend complètement, le dos arqué, les yeux grands ouverts… et son cri devient râle et hoquets pendant que nos corps décélèrent mais s’aiment toujours.

Entre mes jambes, le bourdonnement s’est fait tremblement de terre, volcan. Son orgasme aura presque suffit à déclencher le mien ! Je suis quasiment aussi secouée qu’elle quand, enfin, son corps se relâche et vient s’étendre mollement sur le mien. Avec toute la délicatesse du monde, je passe ma main dans ses cheveux, dégageant son visage. Dieu qu’elle est belle ! Les joues rougies par l’effort, le souffle court, un franc sourire de satisfaction sur les lèvres, c’est… oui, c’est cette image que je veux garder d’elle, toujours ! Le menton posé entre mes seins, elle me renvoie la tendresse de mes regards conquis.

« Maëlle, me chuchote-t-elle, très sérieuse tout à coup.

– Oui ?

– J’ai envie de toi. »

Non, ce n’est pas l’heure des mots. Pourtant, ceux-là… D’ACCORD !

(la suite ici)

 

 

 

Photo par Harry Kerr (et je renvoie à cette sélection qui m’a bien plu et que je partage avec vous !)

histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 27.12.2012 - 01 h 13 | 54 COMMENTAIRES
Les dessous du corps enseignant vol. 2 (suite de la nouvelle érotique lesbienne… et Joyeux Noël !)

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Parce que de l’intérieur, c’est bien aussi !

Pour ceux et celles (surtout celles d’ailleurs, j’imagine) qui auraient raté le début, nous en étions.

 Neuvième partie… et tout ce qui s’en suit !

Je n’arrive toujours pas à croire à ce qui m’arrive. C’est à peine si je parviens à me lever ce matin. Presque tous les muscles de mon corps sont endoloris par mes frasques d’hier. Qui aurait pu prédire que ça se passerait ainsi ? Valérie aussi semblait surprise… Et là, je redoute grandement nos retrouvailles. Je sais d’avance qu’en croisant son regard en salle des profs tout à l’heure, mon corps aura bien du mal à masquer mon désir d’elle. Hier, ce désir nous a enflammées plus que de raison. D’abord brièvement (mais intensément) dans son bureau, mais surtout dans sa chambre. J’ai encore le souvenir de sa bouche sur moi, sa langue explorant la partie la plus intime de mon anatomie, le rythme de ses doigts cherchant mon plaisir. Je me rappelle sa douceur poignante qui s’atténuait à mesure que la passion prenait le pas sur nos ébats. Je suis encore bouleversée de ces quelques heures qui m’ont vue pénétrer son univers si fermé, si secret… et pourtant, j’ai l’impression de ne rien savoir d’elle encore. Hier, vers 20h, quand nous n’arrivions presque plus à nous mouvoir et que nous avons dû, bien malgré nous, nous extraire du lit, ce fut une première déchirure. Val m’a quand même nourrie finalement, et le repas fut serein. Je n’ai pas osé aborder les sujets qui me démangeaient par crainte de rompre ce fil ténu qui venait à peine de se tisser entre nous. Comme je ne voulais pas m’imposer, j’ai fini par prendre congé et je regrette encore qu’elle n’ait pas essayé de me retenir. Nos au revoir, bien que muets, furent empreints d’une chaleur telle qu’ils ne ressemblaient en rien à des adieux ! Du moins je l’espère.

Aujourd’hui, je tremble. Cette femme a chamboulé quelque chose au plus profond de mon être. Et pas seulement parce qu’elle m’a offert une ribambelle d’orgasmes en un après-midi ! Elle a eu une si singulière façon de s’abandonner… A la fois grave et libérée… Comme si quelque chose de vital était en jeu. Comme si le cristal le plus pur résonnait et vibrait au son d’une note énigmatique, sur le point de voler en éclat sans jamais le faire.

Je ne suis pas assez naïve pour me mettre martel en tête. Je ne sais pas comment je dois qualifier ce quelque chose entre nous, mais je sais que j’en veux plus. Je veux d’elle tout ce qu’elle voudra bien me donner.

Mes cours commençant dans une heure, je m’apprête à partir et me surprends en train de me contempler dans le miroir. J’ai choisi mes vêtements avec soin, travaillé mon look, soigné ma coiffure, fignolé un maquillage discret… Et je me trouve toujours aussi quelconque alors que je me voudrais étourdissante ! Tant pis, il faudra qu’elle se contente de moi.

En attrapant ma sacoche et ma veste, je ris nerveusement. Je ris de cette excitation mêlée à l’appréhension grandissante qui m’envahit. Il me faut m’y reprendre à trois fois pour fermer la porte, ma clé refusant de s’y introduire.  Dans la voiture, j’oublie même de mettre la musique tant je suis perdue dans mes pensées.

Quand je me gare devant le collège, mon cœur bat tellement fort dans ma poitrine que je m’imagine bêtement mourir d’une crise cardiaque avant même d’arriver dans le hall. J’y parviens pourtant, et je pousse jusqu’à la salle des profs. Avant d’y pénétrer, je prends une profonde inspiration. De l’autre côté, mes collègues sont en pleine conversation, par petits groupes de trois à cinq personnes, la plupart ont une tasse de café dans la main et tous reviennent sur les oraux d’hier. En entrant, mon regard balaie la pièce sans trouver son point d’ancrage. Elle n’est pas encore là. Si une partie de moi est soulagée, l’autre est rongée d’impatience ! Pourvu qu’elle arrive avant la sonnerie, j’ai besoin de la voir ! En désespoir de cause, je décide de prendre un café.

Quand le précieux liquide a fini de couler dans mon gobelet, la porte s’ouvre et Val fait son entrée. Elle est… je ne peux pas dire « magnifique », même si à mes yeux et à cette minute, il n’y a rien de plus vrai… mais disons qu’elle est définitivement troublante, et je suis si émue que je manque de renverser mon café quand son regard croise le mien et qu’elle me sourit. J’essaie de reprendre contenance pour faire face à son calme quand elle s’avance vers moi. Je remets des pièces dans la machine et fais couler un capuccino. Quand elle se penche vers moi pour me faire la bise, son parfum réveille mes sens et attise mon désir. J’essaie de masquer mon trouble et cherche à déchiffrer son regard. La tranquillité et la tendresse que j’y lis me paniquent. Moi j’ai envie de hurler… de balancer nos cafés, attraper sa main et l’entraîner à l’écart et lui sauter dessus sans autre forme de procès…

Au lieu de cela, je me contente de lui tendre son capuccino. En saisissant son gobelet, elle laisse ses doigts traîner plus que de raison sur les miens, et aussitôt je retrouve cette petite étincelle dans ses yeux qui m’avait tant affolée la veille. Elle me remercie d’une petite voix rauque et ses joues rosissent légèrement. A nouveau, une cruelle envie de la prendre dans mes bras s’empare de moi et un nœud se crée dans ma gorge.

Notre silence devient pesant, d’autant plus qu’autour de nous les conversations fusent, et nos regards sont si lourds de sens que je m’attends à ce que d’une seconde à l’autre, quelqu’un le remarque. Personnellement, peu m’importe, mais je ne veux rien imposer à Val…

Alors je cherche quelque banalité à énoncer. Par chance, c’est à cet instant que notre coordinatrice nous sauve la mise :

–          Alors finalement t’as su qui était Val ? me demande-t-elle de façon rhétorique.

–          Oui, finalement, dis-je dans un sourire.

–          Ah ? l’interroge Val.

–          Oui, il a quelques mois, elle me demandait qui tu étais. C’est vrai que tu es tellement discrète… et pas souvent ici alors forcément…

–          Alors tu voulais savoir qui j’étais, me demande Val droit dans les yeux. Pas trop déçue ?

Son sourire transforme mes jambes en tiges de mousse. Je manque de tomber à la renverse. Je sais que ma réaction risque de nous trahir mais fort heureusement, notre coordinatrice se fait héler par un collègue d’Histoire à l’autre bout de la salle. Sans remarquer mon émoi, elle s’excuse auprès de nous et traverse la salle pour le rejoindre.

–          Alors, déçue ? insiste Val.

–          On ne peut pas dire ça, dis-je en m’étranglant.

–          J’ai des… photocopies à faire, me confie-t-elle. Tu m’accompagnes ?

Comme j’acquiesce d’un signe de tête, mes jambes chevrotent de plus belle. La salle de la photocopieuse n’est pas exactement l’endroit le plus intime qui soit, elle s’ouvre directement sur la salle des profs, seulement, nous y serons un peu plus à l’aise pour… discuter. Coup de bol, elle est déserte. Val tape son code sur l’énorme machine et cale ses feuillets dans le chargeur. Comme elle me tourne le dos, je ne peux m’empêcher de contempler sa nuque délicate. Je suis saisie par une terrible envie de l’enlacer et de venir embrasser cette zone en particulier. L’impression lancée, le ronronnement assourdissant de la machine atténue le bruit des conversations à côté. Avant qu’elle se retourne, je ne résiste pas. Je fais un pas vers elle et pose sobrement une main sur sa hanche et de l’autre, je caresse sa nuque et le haut de ses épaules. Je la sens tressaillir et comme je redoute une réaction pudique de sa part, je retiens mon souffle quand elle pivote et me fait face. Son regard est brumeux, comme perdu dans le vague et il ne s’éclaircit que pour se poser sur mes lèvres. La tentation est trop grande. Après m’être assurée d’un coup d’œil que la porte était bien fermée, je lui tends timidement mes lèvres. Elle s’en empare avidement et notre baiser, bien que trop bref à mon goût, nous laisse haletantes.

En silence, nous nous dévisageons, nous nous invitons, nous retenons, nous provoquons, nous désirons. Val est acculée contre le copieur et mon corps à travers le sien perçoit les vibrations régulières de la machine. Rien n’est plus tragique à cette minute que notre désir l’une pour l’autre. En aimable tortionnaire, elle fait lentement remonter une de ses mains jusqu’à ma poitrine et vient pétrir mon sein d’un geste sûr. Le gémissement qui m’échappe lui arrache un « chuuut » sadique. Pour me venger, mes doigts s’aventurent entre ses jambes et pressent sur la fine toile de son pantalon à l’endroit fatidique. Je sens sa chaleur et son humidité transpercer le tissu et je perds le contrôle en voyant à nouveau son regard se brouiller.

Une voix résonne juste derrière la porte et Val se retourne précipitamment vers la machine. Je fais un pas en arrière, guettant une intrusion qui n’arrive pas. Dans ma poitrine, mon cœur fait des bonds acrobatiques et dans ma culotte, c’est un remake du tsunami de 2004 en moins mortel. Etais-je réellement sur le point de lui faire l’amour, là, comme ça ? Oui.

Sur l’instant, je ne sais si je dois remercier ou blâmer mes deux collègues qui ont visiblement décidé de discuter à un mètre de la salle du photocopieur. Quand Val part dans un petit rire nerveux, je l’accompagne et quand elle se retourne, un fou rire se déclenche, interrompu par le silence de la machine qui a fini de cracher ses copies. Presque simultanément, la sonnerie retentit. Zut… Il va nous falloir nous quitter… Mais jusqu’à quand ?

–          Tu es là jusqu’à quelle heure ?

–          Dix heures, me répond-elle. Ensuite, je file sur l’autre collège et je finis à 15h30 aujourd’hui. Et toi ?

–          Aujourd’hui, je fais journée complète, dis-je dépitée à l’idée d’être privée d’elle toute la journée. Mais si tu pars à dix heures, ça veut dire que tu restes à la récré ou pas ?

–          Non, pas le temps, je reprends quinze minutes plus tard, j’ai juste le temps de traverser la ville. Et en plus… je crois qu’il vaut mieux éviter de passer les récrés ensemble, me dit-elle dans un sourire entendu. C’est… dangereux.

Devant ma moue boudeuse, elle attrape mon menton dans sa main soyeuse et dépose un chaste baiser sur mes lèvres. Je souris malgré moi. Satisfaite d’elle-même, elle se retourne et rassemble ses copies qu’elle vient placer contre sa poitrine. Avant de me faire face à nouveau, elle commence une petite phrase timide : « Si tu veux, tu peux passer à la maison quand tu as fini… ». Quand elle croise mon regard, je vois qu’elle y cherche, fébrile, une réponse. Je suis pétrifiée autant de désir que de soulagement ou d’incompréhension : comment peut-elle seulement douter de ma réponse ?! J’essaie de me faire aussi douce que possible pour lui répondre : « Avec plaisir». Son soulagement m’émeut et comme elle précise que je peux venir dès que j’ai terminé, qu’elle m’attendra, je saisis sa main et croise nos doigts. Elle sourit. Derrière la porte, nos collègues se mettent en mouvement. Ils quittent un à un la salle des profs, et nous devons en faire autant. Val se dirige déjà vers la porte, m’entraînant de nos doigts joints. Quand elle met la main sur la poignée je me précipite pour retenir son geste. « Attends », lui dis-je d’un ton implorant. Comme elle se retourne pour m’interroger du regard, je l‘embrasse à nouveau, la plaquant précautionneusement contre la porte. Le temps nous étant compté, je savoure chaque seconde de sa langue, de son goût, de son corps brûlant contre le mien.

La séparation est douloureuse. Nous traversons en silence la salle des profs, vide à présent. Nous descendons les escaliers et gagnons la cour de récré où nos classes respectives nous attendent. Val, qui avance juste devant moi, se retourne et m’envoie un de ses plus tristes sourires juste avant de rejoindre la file d’adolescents surexcités qui s’agitent dans leur rang. Je m’évertue à retrouver mes esprits et j’ai toute la peine du monde à essayer de me concentrer sur ma propre classe. Je ne sais même plus ce que je suis censée leur faire faire ce matin…

« Ca va pas m’dame ? » s’enquiert un petit premier de la classe, observateur. Sans lui répondre, je lui souris gentiment pour le rassurer. Nous regagnons notre salle et je m’efforce de me remettre dans la peau de Madame la prof de français. Ca me semble impossible au début, mais bien vite, les bonnes vieilles habitudes reprennent le dessus. Chaque heure passe, plus lente que la précédente, comme si le destin s’acharnait à repousser sans cesse la fin des cours, la libération, nos retrouvailles.

Quand la cloche retentit à 16h30, toute la fatigue accumulée au cours de la journée s’envole. J’en oublie même de donner les devoirs à mes élèves qui en jubilent en silence, craignant sans doute que je ne change d’avis. Je ramasse mes affaires à la hâte et me précipite jusqu’à ma voiture. Une collègue de SVT m’interpelle dans le couloir mais je l’éconduis aussitôt. Je ne prends même pas la peine d’échanger comme d’habitude quelques mots avec Josiane, la dame de la loge, je lui envoie un « Bonne soirée, Jo !» auquel elle n’a même pas le temps de répondre. Ma voiture démarre à 16h32 et je coupe le contact à 16h33 devant chez Val, pestant d’avoir d’ores et déjà perdu trois précieuses minutes. Le portail est ouvert. Je sonne néanmoins pour annoncer mon arrivée et m’avance jusqu’à la porte d’entrée. Elle s’ouvre avant même que je n’aie fait la moitié du chemin et quand j’en passe le pas, Val me saute littéralement dessus. Je ne pouvais espérer meilleur accueil. Ses lèvres trouvent les miennes et déjà ses mains enflamment mon corps impatient. La voracité de notre baiser fait écho à la fièvre qui s’empare de nos corps et à peine la porte refermée, me voilà plaquée contre le mur, au bord de l’orgasme que cette journée de frustrations avait d’ores et déjà bien amorcé. La sonnerie de mon téléphone se fait entendre brusquement, interrompant notre étreinte. Gênée, Val s’écarte de moi, rougissant fortement.

–          Pardon, excuse-moi, me dit-elle. Je ne voulais pas… mais j’ai tellement envie…

Sa détresse me bouleverse une nouvelle fois et comme la sonnerie persiste, elle poursuit :

–          Tu peux répondre si tu veux, je vais faire du thé.

–          Non attends !

Elle se fige instantanément et m’interroge du regard. Je sors précipitamment mon téléphone de ma poche, raccroche au nez de ma mère et l’éteint par la même occasion. Je le range dans ma sacoche et pose celle-ci aux pieds de son portemanteau. Elle m’observe sagement et quand mes yeux se replongent dans les siens, j’ouvre mes bras pour elle. Elle vient s’y loger et je me sens alors parfaitement bien. Complète. J’ai attendu cette seconde toute ma journée… toute ma vie peut-être dirais-je si j’étais fleur bleue. Ce que je sais, c’est qu’à cet instant, c’est ce que je désire. Elle est ce que je veux. Et je peux enfin la serrer dans mes bras. J’ai l’impression de recueillir un petit oiseau blessé et je me sens étrangement honorée de sa confiance, heureuse qu’elle accepte mon étreinte, comblée qu’elle en soupire d’aise.

–          J’ai rêvé de ça toute la journée, murmure-t-elle, étouffée entre mes seins.

–          Et moi donc !

Nos poitrines se soulèvent au rythme de nos respirations et ma main caresse ses cheveux. Comme bercés par une musique acousmatique, nos corps se balancent quasi imperceptiblement. Il y a plus de tendresse entre nous à ce moment-là que je n’en ai reçu de toute ma vie (amoureuse, du moins). Sans que le désir ne disparaisse, j’ai alors le sentiment de vivre quelque chose de précieux. Quand elle lève son regard vers moi, c’est pour me tendre ses lèvres. Notre baiser, d’abord tendre, se fait langoureux puis passionné. Nos mains se rencontrent, nos doigts se croisent, s’enlacent, se disjoignent, effleurent nos peaux, cajolent sensuellement l’autre. Dès lors que j’entreprends de déboutonner sa chemise, elle recule d’un pas et, face à mon incompréhension, elle me fait un petit signe de la main pour m’encourager à la suivre : « Viens, dit-elle, sinon on est capable de faire ça là ! ».

Oh oui, j’en serais bien capable ! Mais j’obéis à ma dame et lui emboîte le pas dans le couloir tout en me défaisant de mes propres vêtements. Quand elle ouvre la porte et se retourne pour m’inviter à entrer, ma nudité provoque en elle une double réaction : pendant une demi seconde, elle sourit franchement, mais presque aussitôt son sourire disparaît et son visage reflète un air grave. Son regard, voilé de désir, se perd d’abord sur mes seins, puis entre mes jambes. Je me sens ridicule car mon jean est encore accroché à un de mes pieds et traîne par terre, pourtant à la vue de son regard j’oublie tout. Une bouffée de désir me saisit et m’enivre et quand elle me tend la main pour m’allonger délicatement sur son lit, j’ai l’impression d’être en ébullition. Je l’observe se dévêtir lentement, trop lentement, suspendant chaque geste dans une provocation intenable et délicieuse en même temps. Une légère rougeur trahit sa timidité mais, loin de s’arrêter en si bon chemin, elle tire sur mon jean pour en délivrer mon pied toujours prisonnier avant de venir s’étendre sur moi tout en souplesse. La rencontre de nos peaux achève de m’exciter et j’empoigne ses fesses à pleines mains et nous fait basculer pour inverser nos positions. Là, je l’embrasse fougueusement et la sens gémir dans ma bouche quand ma jambe vient se caler entre les siennes, frottant contre son sexe déjà bien humide.

Comme je commence à bouger tout contre elle et à glisser une main entre nous pour caresser ses seins, elle nous fait à nouveau basculer et place à son tour sa cuisse contre mon entrejambe, lui aussi généreusement hydraté. Ce faisant, elle positionne un de ses seins juste à la hauteur de ma bouche. Mes lèvres s’en emparent alors que mes mains retrouvent ses fesses. Son téton se durcit insolemment au contact de ma langue et pendant que je le suce délicatement, une de mes mains vient attraper l’autre et le fait rouler entre mon index et mon majeur. Elle gémit du plaisir que je procure à sa poitrine alors que je me cambre sous l’effet de sa cuisse sur mon sexe. J’ai tellement envie d’elle… Comme j’essaie d’inverser une nouvelle fois nos positions, elle me plaque contre le matelas avec une force surprenante. Je me laisse donc faire, surprise de deviner ses intentions, ravie et surexcitée de la voir opérer, toujours dans la plus grande souplesse et délicatesse, un habile demi-tour, m’offrant ainsi l’accès à son sexe tout en entreprenant de lécher le mien. Son premier coup de langue est déjà presque une délivrance. Mais pour ne pas succomber immédiatement au plaisir, je me concentre sur son propre sexe. De mes mains, je caresse son dos, ses fesses, ses cuisses, puis reviens sur ses fesses pour appuyer ses lèvres chaudes et luisantes contre ma bouche avide.

Entre mes jambes, la montée de plaisir est insoutenable. Je m’efforce de lui rendre la pareille, pénétrant son sexe en durcissant ma langue. Elle en gémit lascivement tout en emprisonnant mon clito entre ses lèvres et en commençant à le sucer dans une cadence lente mais entêtante. Je suis au bord de l’apoplexie mais je poursuis bravement ma mission. Ma langue caresse mollement toute la longueur de son sexe depuis son clito jusqu’à l’entrée de son vagin, puis la pénètre vigoureusement. Ses fesses remuent au rythme de ma langue et je sens les miennes s’agiter malgré moi de plus en plus vite, répondant à l’intensité croissante de ses petits bruits de succion. Je sais que je vais jouir, je sens mon plaisir se répandre dans tout mon corps, prêt à exploser dans sa bouche. J’essaie de le réprimer comme une envie d’éternuer mais en vain. Quand l’orgasme se déclare, je plaque ma bouche contre son clito. J’étouffe mes gémissements dans son humidité et pour chaque salve de plaisir, je presse de ma langue son petit morceau de chair enflé. J’aurais aimé tenir plus longtemps. J’aurais aimé qu’elle jouisse en même temps que moi. Au lieu de cela mon corps se tord sous l’extase qui s’éternise encore et encore. Sa bouche ne me laisse aucun repos, jusqu’à ce que je sois contrainte d’abandonner son sexe pour exulter. Mon cri modère enfin les ardeurs de ses lèvres et mon corps se détend lentement. Sous mon nez, son clito me nargue suavement. Malgré ma faiblesse passagère, je ne résiste pas et me jette à nouveau goulûment entre ses jambes. D’un mouvement de hanche, je chamboule nos corps emmêlés et reprends le dessus. Val halète si fort que mon corps en est soulevé et cela m’excite encore plus. Mes lèvres et ma langue s’agitent frénétiquement et s’impriment de plus en plus fort contre son sexe, oscillant rapidement de droite à gauche. A son tour, je la sens s’arquer à mesure que son plaisir monte. Quand elle jouit, les déflagrations de son plaisir provoquent des spasmes qui contractent ses cuisses autour de mon visage. Seule ma langue peut poursuivre ses errances, perpétuant aussi longtemps que possible les caprices de son orgasme.

Saturée de plaisir, elle m’invite à me retourner, attirant ma tête contre sa poitrine encore palpitante. Ses bras m’enserrent avec force, comme si elle craignait que je lui échappe. A mon tour, je resserre notre étreinte et embrasse son sein sous mes lèvres. Je ne peux réprimer un petit grognement d’aise qui la fait sourire. Comme elle se met à caresser mes cheveux, mes grognements redoublent.

–          Hum… C’est trop bon, dis-je entre deux soupirs.

–          Ca va mieux ? me demande-t-elle rieuse.

–          Oh oui ! J’en ai eu envie toute la journée. Tu…

J’hésite une seconde, prête à dire ces mots implacables que je retiens depuis des heures. Je m’étais promis de ne rien précipiter, je ne veux pas l’effrayer, je veux faire en sorte qu’elle se sente libre avec moi. Nous venons à peine de nous rencontrer et je ne veux rien gâcher… Pourtant je me lance timidement :

–          Tu m’as manqué.

Sa main se fige dans mes cheveux. Mon souffle se suspend. Ses doigts viennent se saisir de mon menton et elle relève mon visage pour m’obliger à faire face à son regard.

–          Tu m’as manqué aussi, me confirme-t-elle. Tu m’as manqué toute la journée, et toute la nuit.

Son petit sourire me rassure et je viens cueillir un baiser sur ses lèvres avant de retrouver ma position préférée, contre son sein. Sa main retrouve le chemin de ma tête et coiffe patiemment mes cheveux alors que de mon pouce, je caresse chastement son épaule nue. Je sais qu’il suffirait que je glisse ma jambe entre ses cuisses pour réveiller notre désir, mais je veux profiter de l’instant et du plaisir de savoir que le manque était réciproque. Nos respirations se font de plus en plus lentes, régulières, et je me sens malgré moi sombrer dans un coma duveteux.

J’en suis tirée par un doux frisson. La main de Val s’est posée sur mes fesses et remonte le long de ma colonne vertébrale. Je me dresse sur un coude et lui demande :

–          Je me suis endormie ?

–          Un peu. Quelques minutes.

–          Je ne peux pas croire que j’ai fait ça, dis-je mortifiée.

–          C’était mignon. Tu es… craquante.

–          Mon œil ! Super classe la fille qui s’endort après l’amour…

–          Pourquoi, on avait fini ? Me demande-t-elle mutine.

Aussitôt mon désir renaît et déjà un feu lubrique s’embrase entre mes jambes. Mais ses propos ne peuvent rester sans réponse :

–          C’est d’autant plus vexant ! Je m’endors en plein milieu… non mais tu te rends compte ?!

D’un baiser, elle me fait taire et attire mon corps contre le sien. Ma jambe vient se glisser entre les siennes et lui arrache un soupir d’excitation. Oubliant mes scrupules, je caresse sa poitrine de ma main libre et descends ma main le long de son flanc. Je sens son corps entier réagir à mes caresses. Sa peau vibre sous mes doigts et je ne connais aucune sensation aussi troublante, grisante que celle-là. J’embrasse son cou et fais courir ma langue sur ses salières avant de retrouver sa bouche pour un baiser impétueux. D’un mouvement de hanche, je ramène ma deuxième jambe entre ses cuisses et viens appuyer mon bassin contre le sien. De mes genoux, j’écarte ses jambes jusqu’à sentir nos sexes mêler nos sucs respectifs. J’apprécie qu’elle soit déjà si mouillée. Comme j’entreprends un mouvement de va-et-vient contre elle, mon pubis m’envoie de cruelles décharges de plaisir à chaque contact entre nous.

Ses mains caressent mes fesses et comme je me tends, elle vient attraper un de mes tétons dans sa bouche. Ses dents l’asticotent, engendrant un râle qui s’échappe de ma gorge. Quelle que soit sa façon de me toucher, elle provoque aussitôt une réaction violente de désir et de plaisir en moi. Ne pouvant supporter plus longtemps le sort qu’elle réserve à mes seins, je m’écrase sur elle et glisse une main entre ses jambes. A nouveau, je suis bouleversée par son humidité. Quand j’atteints son clito, elle étouffe un cri. De mon pouce, j’imprime de petits mouvements circulaires autour de lui et de mon majeur, je la pénètre lentement. Sa matrice m’accueille chaudement, elle gémit quand j’en ressors tout aussi lentement. Après avoir répété plusieurs fois l’opération, mon annulaire s’insère à son tour. Mes gestes sont lents et appliqués. Je ne veux pas lui faire mal, et je constate avec délectation qu’il n’en est rien. Son corps s’agite sous le mien. Je sens qu’à son tour, elle lutte pour ne pas précipiter les choses. Le rythme s’accélère pourtant et quand elle parvient aux portes de l’orgasme, elle vient brusquement interrompre le mouvement de ma main. « Doucement, me dit-elle, je veux que ça dure. C’est trop bon ».

Ses désirs sont des ordres, que je prends un malin plaisir à exécuter. Je retire complètement mes doigts… puis la pénètre à nouveau de mon index et mon majeur cette fois, lentement mais profondément. Quand je ressors, je l’entends râler un « Oh oui… » et je reprends de plus belle, tout en douceur. Mes doigts s’enfoncent en elle jusqu’à ce que ma main butte contre l’entrée de son vagin, puis je me retire à nouveau. Ces gestes lents m’enivrent tant et si bien que leur mécanique m’échappe. Sous la pression toujours plus intense de ma main, mes doigts glissent jusqu’à son anus et s’y engagent sans que je puisse les retenir. Quand je prends conscience de mon erreur, je me replie aussitôt mais la réaction de Val est éloquente. Elle crie son plaisir sans la moindre retenue et son corps se cambre violemment. Ne sachant si je peux continuer ainsi, je m’y risque, trop émoustillée par sa réponse inattendue. Mes doigts, se fraient à nouveau un chemin entre ses fesses et provoquent une nouvelle fois un résultat sans équivoque. Je la pénètre donc ainsi, ivre du plaisir que cela lui procure. Je me délecte de son abandon et je remercie intérieurement le ciel de m’avoir permis de rencontrer cette femme. A mesure que ses cris s’intensifient, je guette son orgasme et quand il s’approche dangereusement, je passe une de mes jambes entre ses cuisses et commence à me frotter contre elle. Les premiers râles de son orgasme déclenchent instantanément mon propre plaisir et nous jouissons aussi furieusement l’une que l’autre.

Il nous faut de longues minutes pour retrouver nos esprits. Mes doigts toujours en elle, je me rappelle que j’ai peut-être franchi des limites qu’il ne m’était pas officiellement autorisé d’outrepasser. Je me retire lentement, lui arrachant un soupir et, toujours tout contre elle, je me redresse et engage d’une petite voix :

–          Je suis désolée pour… être passée par derrière. Ca… j’ai glissé et… je ne savais pas si… alors tu vois…

–          Hum… me répond-elle dans un grognement de plaisir. Comme tu as pu le constater, je n’ai rien contre… Rien du tout, bien au contraire !

–          Val ?

–          Oui, me demande-t-elle soudain inquiète du ton sérieux de ma voix.

–          Tu es parfaite, lui dis-je dans un sourire.

Le regard qu’elle me lance alors me chavire le cœur et je l’embrasse tendrement. Quand nos peaux ne s’embrasent pas mutuellement, elles s’apaisent jusqu’à atteindre une forme de plénitude que je ne connaissais pas jusqu’à lors. A nouveau, ma tête revient se poser sur sa poitrine et sa main retrouve mes cheveux. Je voudrais rester comme cela indéfiniment. Malheureusement, nos estomacs nous rappellent à l’ordre et commencent à gronder impudiquement. Je ne veux pas me lever. Je suis prête à sauter le repas si cela implique que je peux rester passer la nuit tout contre elle, mais quand elle rompt notre silence béni pour me demander si moi aussi je meurs de faim, je dois me résoudre à accepter d’aller manger.

Comme nous nous redressons et nous apprêtons à nous lever péniblement, Val attrape ma main et me demande d’un air grave :

–          Dis, est-ce que tu accepterais de… Hier soir, je ne voulais pas te voir partir. Je n’ai pas osé te… et puis peut-être que tu ne peux pas ou ne veux pas… Il faut me le dire si c’est le cas mais… Tu veux bien rester cette nuit ?

Je n’en crois pas mes oreilles. En fait, je suis morte et je suis au paradis ! Il existe alors ce p***** de paradis ! Comme elle guette ma réponse, je la prends dans mes bras et la rassure :

–          Oui Val, bien sûr que je veux rester !

–          Merci, me dit-elle.

Est-ce que je rêve ou elle me remercie en plus ?

–          Tu crois vraiment que j’avais envie de partir hier soir ? Et ce soir ? Est-ce que j’ai l’air si détachée que ça ? Tu me rends dingue, Val, et je crois bien que je suis mordue. Je n’ai pas voulu m’imposer hier soir, et je ne l’aurais pas fait ce soir non plus parce que je ne veux rien gâcher entre nous, rien précipiter. Mais je  prendrai chaque minute de toi que tu me donneras.

–          Merci, répète-t-elle.

–          Arrête de me remercier. C’est moi qui te suis reconnaissante de m’avoir… acceptée. Je ne sais pas ce que tu as vécu, ni pourquoi tu vis en recluse depuis si longtemps, et pourtant nous sommes là, toi et moi. Je ne sais pas pourquoi moi, mais j’en suis ravie. Tout en toi m’émeut, me bouleverse. Pourquoi moi ? Moi qui ai toujours tout faux, qui mets toujours les pieds dans le plat, qui suis aussi délicate qu’un bulldozer…

–          Tu n’as rien d’un bulldozer, me dit-elle dans un petit sourire affectueux. Tu es drôle, agréable, sensible et d’une tendresse et d’une sensualité précieuses. Tu es vraiment une femme surprenante. Et je m’en veux presque d’avoir mis tant de temps à te connaître.

–          Ca, c’est vrai que tu as pris le temps de la réflexion… lui dis-je en riant.

A nouveau, une certaine tristesse transparaît dans ses traits. Je brûle de lui demander le pourquoi du comment, mais pendant que je tergiverse, elle me demande ce que je veux manger. « Chinois, ça te dit ? Y’a un petit resto qui livre dans le coin et ça n’est pas trop mauvais. » Vendu. Ce sera chinois donc. Val se lève et enfile un fin peignoir de soie alors que je passe ma chemise en reboutonnant deux boutons. Je finis par retrouver ma culotte, entortillée dans mon jean, et l’enfile à son tour.

–          Tu es vraiment… terriblement attirante dans cette tenue, me dit mon amante en pinçant sa lèvre inférieure de ses dents.

Je reconnais à présent ce petit tic comme une manifestation de son désir et ses yeux m’en disent davantage encore. C’est le moment que choisit mon estomac pour gargouiller impunément.

–          D’accord, d’accord… Manger d’abord… me dit-elle, faussement déçue.

Je la suis dans le salon et la laisse composer le numéro du restaurant, non sans m’avoir demandé au préalable ce qui me ferait plaisir. Une fois le repas commandé, elle me propose un apéritif en terrasse.

–          Peut-être que je devrais me rhabiller alors, lui fais-je remarquer.

–          Dans ce cas, le salon fera l’affaire, je vais juste ouvrir les fenêtres pour faire rentrer un peu d’air.

J’aime sa façon de voir les choses. Elle se dirige à la cuisine et en revient avec le jus de pomme de la veille et deux verres. Je nous sers pendant qu’elle ramène des pistaches. Je m’assois d’un côté du canapé et quand elle me rejoint, elle me comble en venant se poser tout contre moi. Je passe un bras autour de ses épaules et l’embrasse tendrement. Tout à l’air si simple, si évident… Pourtant, je devine que ce soir, il va nous falloir parler. Nous nous calons au fond du canapé, nos verres à la main et trinquons en silence à cet instant magique.

–          Val, lui dis-je quand mes yeux discernent à nouveau cette tristesse profonde ressurgir en elle.

–          Oui ? me répond-elle calmement, de cette voix si douce qui me charme tant.

–          Je ne sais pas si tu veux m’en parler mais… Il faut quand même que je te le demande.

–          D’accord, me dit-elle, comme si elle comprenait d’avance ce que je voulais dire. Tu as des questions précises, me demande-t-elle ?

–          Des milliers !

Son sourire soucieux m’incite à réfréner mes ardeurs. Comme elle m’encourage à continuer, je précise :

–          Val, tu es quelqu’un de merveilleux, et je le pense sincèrement. Si je tiens à en savoir plus sur toi c’est parce qu’en deux jours, tu… tu m’as conquise. Et… même si on ne s’est jamais vraiment parlé avant hier, je dois te dire que quelque chose me perturbe chez toi. Une sorte de tristesse latente, impénétrable. Ca me fait mal de te voir comme ça. J’ai toujours envie de te prendre dans mes bras et de… Mais je m’égare. Tu veux bien m’en parler ?

–          En fait, tu veux que je te raconte mon histoire, c’est ça ?

–          Voilà.

–          Et toi ? Quand connaîtrai-je la tienne ?

–          Moi je n’ai rien à cacher, rien de vraiment tragique du moins. Demande moi tout ce que tu veux, j’y répondrai.

–          D’accord. Une question chacune alors.

–          Ok, je commence.

–          D’accord, me répond-elle de mauvaise grâce.

Elle se positionne face à moi, contre l’accoudoir, de l’autre côté du canapé. Nos genoux se croisent et un de mes pieds atterrit dans ses mains pendant que je recueille un des siens. Une fois bien calées, j’attaque les hostilités.

–          D’où te vient ton petit sourire triste ?

–          Tu commences fort… J’ai…  perdu quelqu’un. Quelqu’un qui m’était très cher.

–          Une femme ?

–          Tsss Tsss… C’est à moi de poser une question !

–          Mais tu triches ! T’as pas tout dit !

–          Après. Bon alors… Ca fait longtemps que tu es lesbienne ?

–          Depuis toujours, je crois. J’ai toujours été un garçon manqué et j’ai toujours eu… une amie qui comptait plus que les autres… plus que tout. Mais officiellement, je suis « active » depuis le lycée. Elle s’appelait Sonia, elle avait un parfum envoûtant et le chic pour me mettre dans tous mes états. Elle m’a larguée dès qu’elle a eu ce qu’elle voulait. A moi maintenant.

–          Ok.

–          Cette personne que tu as perdue, c’était une femme ? Une amante ?

–          Oui.

–          Ah. Désolée.

–          Ca fait longtemps maintenant. A moi.

–          Quoi ? Non mais ça va pas ! T’as intérêt à m’en dire plus sinon je ne joue plus ! dis-je comme si nous étions en maternelle.

–     Ok, ok. Elle s’appelait Sandra, enfin… Madame Jouve. Elle était professeur de lettres, elle avait un double doctorat, l’un en civilisation latine, l’autre en littérature française du XIXe. Elle était brillante, un diamant à l’état brut. Un cerveau comme on en rencontre peu. Et comme tous les êtres brillants, elle était un peu… à part. Dès la première année, je suis tombée sous son charme. Je n’arrivais pas à me l’expliquer. A chaque semestre, je faisais en sorte d’être dans un de ses cours. En maîtrise, elle me connaissait bien et elle avait appris à m’apprécier pour mon travail. J’étais toujours super sérieuse avec elle. Je me démenais pour exceller dans ses matières, alors qu’ailleurs, je me laissais franchement vivre. Bref, en master, je lui ai demandé d’être ma directrice de recherche. Elle a accepté. Nous nous sommes beaucoup vues pour parler de mon travail. Au fur et à mesure, nos rencontres sont devenues de plus en plus intimes. Elle me recevait chez elle, je la recevais chez moi. Un jour, elle m’a ouvert sa porte à moitié nue. J’ai cru que j’allais tomber dans les pommes…

A l’évocation de ce souvenir, Val sourit avant de poursuivre avec des étoiles dans les yeux :

–          Un peu plus tard, c’était un vendredi soir, je m’en souviens, elle a pris ma main pendant que nous discutions d’un problème stylistique. Elle l’a portée à sa bouche en continuant à parler de notre dilemme et a embrassé mes doigts en interrompant brièvement son argumentation pour me dire « Valérie, vous êtes délicieusement salée ». Puis elle a repris son discours. J’étais dans tous mes états…

–          Ouais… j’imagine.

–     Ce même soir, quelques minutes plus tard, pendant que je l’observais, fascinée comme d’habitude par son charme hors du commun, elle s’est avancée vers moi et m’a dit en souriant : « Votre candeur et votre regard me bouleversent très chère. Je crois que je vais vous embrasser maintenant. Y voyez-vous une objection ? »

–          Carrément ?

–          Oui, comme ça, pouf !

–          Sacré personnage…

–         Tu l’as dit ! Elle m’a embrassée et dans la foulée, m’a déshabillée et m’a fait l’amour comme jamais je ne pensais pouvoir le vivre un jour. Quelques jours plus tard, elle m’invitait à m’installer chez elle. Elle était exubérante, excentrique, un peu folle, mais j’étais dingue d’elle. Nous nous sommes aimées d’une passion profonde, entière. Je n’ai jamais compris ce qu’elle voyait en moi. Elle trouvait que j’avais une plume très agréable et que je gâchais mon talent à écrire des textes théoriques. Elle m’a encouragée à trouver ma voie dans l’écriture lesbienne. C’est grâce à elle que j’ai réussi dans ce domaine. Elle travaillait avec moi sur mes premiers jets, elle m’aidait à les corriger, les rendre plus vivants, plus vrais, plus prenants. Quand j’ai été publiée pour la première fois, elle était si fière ! Enfin, un jour elle a commencé à avoir des malaises, qui se sont multipliés rapidement. Inquiète, j’ai insisté pour qu’elle consulte un médecin. Ils lui ont fait faire une batterie de tests qui ont révélé une énorme tumeur au cerveau. Ils n’étaient pas du tout optimises. Ils lui laissaient au plus six mois à vivre. Il n’y avait aucune intervention possible. Ils lui proposaient un traitement qui lui aurait peut-être fait gagner quelques semaines… mais les effets secondaires présentaient des conséquences que Sand n’était pas prête à accepter. Elle a accusé le coup. Pas moi. Je ne voulais pas me résoudre à la perdre. Et parfois elle était si désinvolte dans son attitude par rapport à sa mort prochaine que j’explosais de rage…

L’émotion fait trembler sa voix et ses yeux s’embuent. J’ai bien du mal à l’imaginer en train d’exploser de rage mais je me garde de faire le moindre commentaire tant je devine que cette partie du récit va lui être pénible.

–          Un jour, je suis rentrée d’un rendez-vous avec mon éditrice et je n’ai trouvé qu’une enveloppe sur cette table, me dit-elle en désignant la table basse devant nous. Dans une magnifique lettre, elle me disait adieu.

La voix de Val se brise à ce dernier mot. Je me rapproche d’elle et la prend dans mes bras. J’essaie maladroitement de… de quoi au juste ? C’est moi qui lui pose ces questions, moi qui remue sa douleur.

–          Je suis désolée Val, je ne voulais pas…

–        Non, ça va, me répond-elle en essuyant les larmes qui coulent malgré elle le long de ses joues. Ca fait aussi du bien d’en parler finalement. Dans cette lettre, elle m’expliquait qu’il fallait que je sois forte, qu’elle ne supportait pas l’idée de me faire du mal mais qu’elle ne pouvait décemment pas accepter de partir malade, affaiblie, impotente, en perdant sa dignité et son intellect, comme les médecins le lui avaient laissé entendre. Elle craignait plus que tout de devenir un poids pour moi. Elle me léguait tout. Elle avait pris ses dispositions à l’avance. Elle m’a juste demandé de ne pas trop la pleurer et de refaire ma vie. Elle a fait en sorte que je ne manque de rien… et elle a disparu. Tout simplement disparu. Pendant deux jours, j’ai cru devenir folle. J’ai remué ciel et terre pour la retrouver. Mais le surlendemain, la police m’a appelé pour m’annoncer qu’on avait retrouvé son corps sans vie dans une ville voisine. Elle s’est ouvert les veines. Depuis, la vue du sang me… perturbe. Même si je ne l’ai pas vue saigner à proprement parler.

Comme elle s’arrête de parler, je la serre à nouveau dans mes bras en répétant, impuissante : « Je suis désolée, Val, je suis désolée ».

–          Voilà, tu sais tout, me dit-elle dans un petit sourire douloureux. A moi ?

–          Oui… dis-je, encore sous le coup de l’émotion.

–          Bien. Est-ce que si je te promets de faire un effort pour éviter d’être triste, tu veux bien rester, au moins ce soir ?

–          Mais bien sûr que je vais rester, Val. Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement ! Rien de ce que tu pourras dire ce soir ne saurait m’en dissuader !

–          Ah bon ? Même si je ronfle ?

–          Tu ronfles ?

–          Je n’en sais rien, ça fait longtemps que personne n’a dormi avec moi !

–          Bah, et même si tu ronfles, je reste. C’est comme ça.

J’embrasse sa joue encore humide de larmes et l’étreint de toutes mes forces. C’est alors que l’on sonne au portail. Le livreur ! Val et moi nous regardons et détaillons nos tenues respectives…

–          Reste là, j’y vais, me dit-elle en resserrant les pans de son peignoir.

–          Je peux y aller si tu veux…

–          Comme ça ? C’est hors de question. Le seul endroit où je t’autorise à aller dans cette tenue, c’est dans mon lit !

Je souris à sa réplique et décide d’obéir sagement à ma dame. Quelques secondes plus tard, elle est de retour avec un sac fumant de victuailles. Nous installons la table et entamons le repas, affamées. La conversation se poursuit au rythme de nos baguettes. Elle me parle de sa famille, de son coming out, de ses livres, de Sandra, encore un peu. Elle me fait à mon tour déballer mes erreurs de jeunesse, mes premières amours, mes relations familiales houleuses, mon parcours universitaire, quelques anecdotes à caractère lubrique…

La soirée avance et la discussion se fait de plus en plus grivoise.  Quand la parole me revient, je pose une autre question qui me brûle les lèvres depuis deux jours :

–          Depuis Sandra, tu n’as jamais… couché avec personne ?

–          Non.

–          Mais comment c’est possible ?

–          Bah… Il y a bien des alternatives… Et puis mes livres me permettaient de faire marcher mon imagination ! Mes personnages ont vécu chacun de mes fantasmes, et quelque part, moi aussi, à travers eux.

–          Oui mais quand même… je… n’en reviens pas.

–          Je serais incapable de faire l’amour à une femme que je n’aime pas.

Comme si elle venait de se rendre compte de ce que cela impliquait, Val se reprend vite :

–          Ou du moins, une femme pour qui je n’ai pas de sentiments…

–          Alors tu as des sentiments… pour moi ?

L’occasion de creuser le sujet est trop belle. Elle rougit et bafouille.

–          Tu… tu m’as piégée !

–          Même pas vrai ! C’est toi qui l’as dit !

–          Hum, grommelle-t-elle. Il se peut que je ressente vaguement quelque chose pour toi, quelque part par là… (elle désigne son bas ventre, et comme je suis sur le point de m’insurger, elle rajoute)… et quelque part par là aussi.

Cette fois, c’est son cœur qu’elle désigne. Je pose ma main sur sa poitrine et je le sens qui s’emballe. Je ne résiste pas à l’envie de l’embrasser chastement.

–          En fait, tu es une grande romantique, me dit-elle en riant !

Pour toute réponse, je lui tire la langue. Elle me répond dans un sourire presque aussitôt étouffé par un regard empli de désir. A son tour, elle se penche vers moi et m’embrasse, beaucoup moins chastement cette fois.

Comme elle s’écarte, je prends une profonde inspiration et j’ose poser une dernière question :

–          Val, pourquoi moi ?

–          Tu sais, je crois vraiment que c’est une question qui restera toujours sans réponse pertinente. Je suppose que si je te dis que c’est parce qu’à ta manière tu es unique et que tu me plais juste comme tu es, ça ne te satisfera pas. Si j’ajoute que je te trouve particulièrement attirante, pleine d’humour et de sensibilité en même temps, merveilleusement désirable et extraordinairement douée dans tout ce que tu fais, que j’aime ta façon de me regarder, ta tendresse et ta sensualité… j’ai peur que tu prennes la grosse tête et que tu me tournes le dos pour chercher un nouveau défi, ailleurs. Moi, je suis du tout cuit !

–         Ben ça, c’est un comble… Depuis deux jours, c’est exactement ce que je redoute… que tu réalises à quel point je suis insignifiante… Tu sais, si ça fait si longtemps que tu n’as pas été… intime avec quelqu’un, ton jugement sur moi est sans doute faussé, et bientôt tu ne muselleras plus ta libido débridée et tu iras chercher ton bonheur chez de vraies femmes.

–          Tu sais, d’habitude, ce que tu dis est plutôt sensé, mais là… Tu es ridicule.

–          Ah ! Tu vois, tu me trouves déjà ridicule, dis-je dans un sourire triomphant.

–       Laisse-moi te prouver que tu es une femme. La femme que je désire, celle avec qui je veux laisser parler ma libido débridée, comme tu dis.

Et ce disant, elle m’embrasse à pleine bouche, déboutonnant les deux boutons de ma chemise. Avant que j’aie pu protester, elle s’empare de mes seins à deux mains et à la vue de cette lueur si catégorique dans ses  prunelles, je m’abandonne déjà à notre désir. D’un pied, elle éloigne la petite table où gisent les boîtes vides de notre dîner et m’allonge sur le canapé en venant poser son corps délesté de son peignoir contre moi. La douceur de sa peau alliée à la fougue qui transparaît dans chacun de ses mouvements me décontenance une nouvelle fois. Ses mains répandent une chaleur voluptueuse dans chaque fibre de mon corps. Sa bouche me dévore avidement puis vient goûter la peau de mon cou, de mes seins, mes bras, mes mains, mes seins à nouveau, et ma bouche, enfin.

Mes mains caressent sa croupe et mes jambes l’accueillent. L’étroitesse du canapé n’est pas vraiment un obstacle, pourtant, j’ose à peine bouger, de peur de la faire tomber. Quand elle insinue ses doigts entre nos sexes pour venir trouver le mien, mon corps répond par une secousse violente. Je l’agrippe pour ne pas l’éjecter et j’en profite pour me redresser. Nous voilà assises, l’une en face de l’autre. Sa main se promène sur mon sexe et je ne résiste pas à l’envie de la toucher à mon tour. Quand je glisse deux doigts entre ses lèvres, je constate qu’une fois de plus, son désir est palpable. Nos corps se meuvent au rythme de nos doigts et se caressent de nos bras libres. Nos bouches se rencontrent, se trouvent, s’épousent et notre désir croît à la cadence de nos bassins. Bientôt, nos halètements se muent en gémissements pour finir en cris de plaisirs quand la jouissance explose.

A peine les soubresauts de notre plaisir s’apaisent que déjà, elle m’invite d’une main tendue à l’accompagner dans son lit. Le désir que je lis en elle nous promet une longue nuit. Mais quelque part, je me laisse envahir par un sentiment grisant de sérénité. Cette femme avec qui j’ai l’impression de découvrir l’amour, cette femme qui consent à se donner à moi sans la moindre retenue, elle si pudique et blessée pourtant, cette femme qui m’attendrit à chaque minute, cette femme a atteint le tréfonds de mon être. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais je sais que ce soir, une chance s’offre à moi, une chance que je compte bien saisir.

Nos ébats se renouvellent jusqu’à épuisement des corps. Il est bientôt deux heures du matin et dans quelques heures, nous devrons nous lever pour affronter la terrible épreuve de la salle des profs. Il ne nous reste que quelques semaines à tenir, quelques semaines à rester discrètes en attendant sagement la fin de l’année. D’ici là, nous éviterons soigneusement la photocopieuse ! Pour l’instant en tous cas, impossible de dormir. Je pense déjà à demain, aux vacances, à l’année prochaine… Je laisse mon esprit dérailler et anticiper cet avenir enchanteur qui nous attend peut-être. Qu’il déraille donc, mais qu’il le fasse en silence. Parce que là, au creux de mon épaule, Val s’est endormie. Ses traits sont détendus et sa petite moue triste s’est estompée pour m’offrir un petit sourire satisfait. Son corps, chaud et gracile, étendu là, tout contre moi, réveille en moi un nouveau désir : son bien être. Ce sommeil est une première victoire, et je ferai tout pour qu’il y en ait bien d’autres.

 

Que la salle des profs n’en demeure pas moins un mystère pour vous, chaque collège ou lycée est différent et chaque année est unique. Les profs, comme la chance, tournent. D’autres auront leurs propres histoires à raconter, même si elles s’avèrent sales…

Anecdote : Qu’on se le dise, cette nouvelle fut un réel défi et vous ne pouvez vous imaginer à quel point. J’en ai souffert dans ma chair. Ecrite à la sueur de ma fièvre… Sachez que les antibiotiques peuvent provoquer de fortes irritations des parties intimes. Et maintenant, imaginez… imaginez mon drame !

 

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 02.06.2012 - 13 h 15 | 6 COMMENTAIRES
Roland Garros 2012 : suite érotique de la nouvelle nouvelle érotique…

Tout reste à faire…

Décidément, le temps n’en fait qu’à sa tête en ce mois de juin. Hier de violents orages avaient interrompu le match, aujourd’hui un soleil de plomb risque de le rendre presque aussi délicat. Dans les allées de Roland Garros, Zoé s’avance vers le court central sans prêter attention à la foule qui l’entoure. En ce lundi caniculaire, elle a décidé de risquer les foudres de son patron et, prétextant un rhume de printemps, là voilà qui s’apprête à regagner sa place. Elle flâne légèrement, tout en surveillant sa montre. Elle ne veut pas perdre une minute du match, mais elle ne veut pas non plus arriver trop tôt. Elle en profite pour laisser son esprit se remémorer l’après-midi de la veille. Elle a rencontré Léa. Une fille très étrange, plus ou moins du même âge qu’elle, assez bien faite de sa personne (suffisamment pour que Zoé s’y attarde), mais surtout, elle se rappelle son regard : des yeux d’un vert d’eaux profondes, dans lesquels il est si facile de se noyer. Des yeux qui, quand ils vous contemplent, scrutent votre âme et vous laissent une sensation de nudité impudique. Des yeux qui ne peuvent dissimuler les fêlures abyssales qui lézardent leur propriétaire.

Zoé n’est pas sûre de ce qu’il s’est passé, pas sûre de ce que ce baiser échangé à brûle pourpoint peut vouloir dire pour elle, et encore moins pour Léa.  Elle l’a vécu comme un instant d’une rare intensité, hors du temps, hors du domaine du qualifiable ou du quantifiable. Pendant quelques secondes, elle s’est senti perdre totalement pied. Pendant ce baiser, elle ne contrôlait plus rien. D’habitude, elle aime tout contrôler, elle aime être celle qui initie, qui oriente, qui conclue, sans pour autant parler de domination. Mais avec Léa, elle a la nette impression que la situation lui a échappé, et bizarrement, elle en est ravie. Pourtant, maintenant qu’elle s’avance vers sa place, maintenant qu’elle va la retrouver, elle se rend compte qu’elle marche sur des œufs et qu’elle ne sait pas du tout à quoi s’attendre.

Une fraction de seconde, elle se demande si Léa sera là. Et si elle ne l’était pas ? Si elle avait eu tellement peur qu’elle avait fuit définitivement le tournoi ? Hier, quand elle s’est enfuie, elle avait l’air sincèrement perturbée. Quelque chose se contracte brusquement dans le ventre de Zoé. Non, il faut qu’elle soit là. Et si elle est là ? Comment l’aborder ? Comment ne pas l’effrayer à nouveau ? Comment lui faire comprendre qu’elle aussi est perturbée par ce baiser et qu’elle ne peut pas se résigner à l’oublier comme elle a su en oublier des dizaines d’autres auparavant ?

Surtout, ne rien précipiter. Elle ne semble pas très loquace ni très à l’aise avec les gens, et si elle est hétéro, ce serait le meilleur moyen de la faire fuir. Zoé a déjà dragué, bien que maladroitement, une hétéro. Mais celle-ci n’a pas eu besoin de trop d’efforts. Sa curiosité pour les « mœurs non-conformes » avait fait tout le boulot. Avec Léa, c’est différent. Et puis il y a ce regard. Zoé doit s’avouer qu’elle appréhende légèrement ce qu’elle y verra dans quelques minutes. Hier, pendant de trop brefs instants elle y a lu, mêlé à la peur, une forme de désir. Elle en est sûre. Mais dans ces yeux, le désir n’est pas banalement brûlant. Il est incandescent et glacial à la fois. Hypnotique. Elle donnerait cher pour l’y voir à nouveau, le laisser les entraîner loin, beaucoup plus loin. Loin du court, loin de ce site bien trop peuplé, là où d’autres échanges, un autre match se jouerait dans l’intimité des corps et des sens.

Si son esprit se perd dans ses réflexions, Zoé finit pourtant par arriver dans les gradins du court. Au fur et à mesure qu’elle s’approche de sa place, elle sent son cœur s’accélérer et elle a beau se rassurer mentalement, elle est indéniablement nerveuse. Quand elle débouche dans l’allée, elle ralentit le pas et dès que son objectif est à portée de regard, elle s’arrête. Elle est là. Assise sur son siège en plastique, les jambes croisées et les mains qui triturent frénétiquement le billet d’entrée, Léa balaie le court de son regard charismatique. En la voyant, le rythme cardiaque de Zoé s’accélère à nouveau, après avoir raté quelques battements. Elle s’avance. Ce n’est que lorsqu’elle arrive juste à côté d’elle que Léa lève les yeux. Ces yeux…

Comme propulsée de son siège, Léa bondit sur ses pieds, manquant de décapiter le papi assis devant. Pour parer la frayeur qu’elle lit dans les yeux de la jeune femme, Zoé tente de la couver de son regard le plus doux.

– Tu… es là ? Mais je croyais que tu ne… Tu avais dis que… , balbutie Léa, rouge de confusion.

– Oui, je sais.

– Mais ton boulot ?

– Bah, c’est Roland Garros !

Plantée devant elle, incrédule, Léa ne semble pas satisfaite de la réponse. Elle attend quelque chose. Tout son corps est tendu, à l’affût du moindre geste de Zoé, comme si elle guettait une ouverture pour s’échapper… ou comme si elle allait lui sauter dessus pour… la frapper ? L’embrasser ?

– Excuse-moi, est-ce que je peux… passer ? demande timidement Zoé.

Sans un mot, Léa s’écarte. Comme elle s’engage entre la jeune femme et la rangée de devant pour regagner sa place, Zoé trébuche sur le sac de Léa et se rattrape à la taille de celle-ci. Le contact est brutal. Les corps se raidissent. Déjà Zoé se redresse et Léa l’aide d’une main ferme. La première bafouille une excuse pendant que la seconde peste contre son sac en le projetant d’un coup de pied sec sous son siège.

– Alors tu … n’es pas allée travailler ?

– Non, avec un peu de chance mon excuse passera… J’avais trop hâte de voir la fin du match.

Dans les yeux de Léa, une curieuse expression apparaît. Elle se concentre brusquement sur le court. Le ballet de l’arbitre, des juges et des ramasseurs de balles  commence alors, et l’ambiance monte en attendant les joueurs. Comme le silence s’installe entre elles, Zoé décide de provoquer la discussion en observant sa voisine avec insistance.

Léa n’est pas très à l’aise. Elle sait que son trouble est visible et elle sent le regard de Zoé s’attarder sur elle depuis quelques minutes. Même si secrètement elle a espéré la retrouver là, aujourd’hui, elle ne sait que dire ni quoi faire. Toute la nuit, elle a revécu leur rencontre de la veille, en particulier cette singulière conclusion. Ses lèvres… Leur souvenir brûle toujours la chaste bouche de Léa. Il lui était déjà arrivé d’embrasser un garçon, une fois. Elle n’en garde qu’une vague impression d’humidité plutôt répugnante, dramatiquement maladroite. Aussi, elle se disait toujours qu’elle n’était sans doute pas faite pour cela, qu’elle ne pouvait pas exceller dans tous les domaines, et que décidément l’intimité, même buccale, n’était pas le sien !

Pourtant, hier, tout a été différent. Évident. Nécessaire. Quand leurs lèvres se sont trouvées, Léa s’est sentie instinctivement poussée dans les bras de Zoé. Chaque mouvement de leurs bras ou de leurs langues s’est imposé comme une certitude, un besoin.

Mais à cette minute, plus rien ne coule de source. La moindre inspiration est une torture dans l’attente de ce qui doit être dit, avoué, expliqué.

Croisant pour la dixième fois le regard de Zoé braqué sur elle, Léa s’impatiente :

– Quoi ?

– Non, rien…

En bas, les joueurs font leur entrée.

– … C’est juste que… en fait je suis venue pour te revoir, continue timidement Zoé.

Les joues de son interlocutrice s’empourprent aussitôt. Ne sachant que répondre, celle-ci laisse le silence s’installer entre elles. Quand le match reprend, chacune se concentre sur le jeu. La chaleur est étouffante et le soleil est au zénith. Déjà, les joueurs suent abondamment. A la fin du troisième set, Zoé propose à Léa de partager sa bouteille d’eau en souriant.

– Je suppose que tu n’avais pas non plus prévu la chaleur ?

– J’aurais du.

Le sérieux légèrement crispé de Léa commence a peser lourdement sur la trop faible assurance de Zoé. Celle-ci n’y tient plus :

– Tu veux qu’on en parle ? demande-t-elle tout à trac.

– Quoi ?

– Du baiser, tu veux qu’on en parle ?

– Je ne saurais pas quoi en dire… ose Léa, avant de se reporter sur le match.

– Moi j’ai bien envie d’en parler, insiste Zoé.

Elle voit la gêne de son interlocutrice s’intensifier. Aussi, elle s’empresse de rajouter:

– Mais si tu préfères t’abstenir… Sache juste que si tu veux en parler… Et si toi aussi ça t’a fait quelque chose…

Mais la timide jeune femme s’enferme dans son mutisme. Les yeux plongés sur le court, elle a pourtant l’air de regarder ailleurs. Inévitablement, elle laisse dériver ses pensées : dans sa mémoire, l’odeur obsédante de Zoé, le goût et le moelleux de ses lèvres, la sensation enivrante de ses mains sur son corps. Elle n’a pas pu empêcher son esprit d’aller plus loin encore… même si elle ne sait pas exactement ce que ce « plus loin » doit impliquer. Elle  a éprouvé le besoin étrange du désir de l’autre, la saveur amère du « trop peu », le piquant de l’éventualité. Malgré elle, son regard caresse les courbes des bras nus de sa voisine, de ses épaules jusqu’au bout de ses ongles. Elle observe le relief délicat de ses veines, gonflées par la chaleur, qui remontent de ses mains sur ses avant-bras. Une légère pellicule de sueur vient faire briller cette peau déjà bien dorée en cette fin de printemps. Elle n’ose pas lever les yeux sur son visage, de peur d’y lire les mêmes tourments.

Zoé, de son côté, ne se lasse pas de l’examiner. Plus elle scrute, plus elle aime ce qu’elle trouve. Un grain de beauté par ci, une fossette par là, et la cartographie du corps de Léa devient vite un chef d’œuvre à la fois, poétique, plastique et allégorique. Zoé sait que l’attirance qui la consume dépasse le simple flash. Il y a quelque chose, elle le sent. Elle a nettement conscience de cette tension qui règne et qui devient plus irrespirable encore que l’atmosphère suffocante du court. Elle a besoin de la toucher.

Fortuitement, en rangeant sa bouteille dans son sac, son genou vient se poser contre celui de Léa. Celle-ci ne bouge pas, pas du tout. Par ce simple contact, qu’elle veut maintenir à tout prix, Zoé se sent aspirée. Ces quelques centimètres carrés de peaux partagées creusent son désir et devant l’immobilité de sa voisine, au bout de quelques minutes, elle ose une inclinaison corporelle jusqu’à ce que leurs bras se rencontrent. Très légèrement, à peine une caresse. Presque une illusion. Elle suspend son geste pour que leurs bras ne s’effleurent qu’au soulèvement de leurs corps au rythme de leurs respirations. Zoé guette une un rejet brutal, une mise à distance claire et nette… qui ne vient pas. Osant à peine s’oxygéner, Léa reste figée à ses côtés, pendant d’insoutenables minutes. Le court leur semble si lointain ! Elles entendent vaguement les balles ricocher d’une raquette à l’autre et l’arbitre annoncer les scores, le tout s’estompant comme derrière un double vitrage insonorisant.

Puis, comme par magie, le bras de Léa parcourt le semblant de distance qui le sépare de celui de Zoé et celle-ci, surprise, cherche le regard de son amie. Les magnifiques yeux verts semblent observer avec insistance le plastique du fauteuil de devant, mais timidement, ils se relèvent sur le visage interrogateur de Zoé. Pendant une fraction de seconde, cette dernière se fait l’impression d’être le Petit Prince de St Exupéry qui vient d’apprivoiser son renard. Leurs bras fondus dans les moiteurs de juin, elles se regardent, muettes. Zoé voit l’attention de Léa se porter sur ses lèvres, et elle ne peut s’empêcher de faire de même.

Le désir prend forme entre elles. Il est désormais palpable, omniprésent, ravageur. Sans rompre le charme, Léa murmure un « oui » mystérieux. Devant l’incompréhension de Zoé, elle rajoute : « Oui, bien sûr que ça m’a fait quelque chose… »

Son visage est si sérieux, si grave que Zoé s’attend à tout instant à voir naître des larmes au coin de ses yeux. Mais au lieu de cela, la jeune femme vient poser la main sur la sienne. Elle vient caresser du bout des doigts le chemin de ses veines exubérantes, chatouiller l’épiderme ultrasensible entre ses propres doigts, épouser enfin toute sa main, paume contre dos, doigts entrelacés. Zoé, transportée par la sensation, est fascinée par le regard de Léa. Ce qu’elle y lit lui fait plus d’effet encore que le contact lascif de leurs mains : curiosité, envie… découverte, envie… surprise, envie… peur, envie… envie… envie…

L’exaltation de leurs peaux, dématérialisée mais tout aussi poignante dans leurs regards, se mue en impulsion et sans qu’un seul mot ne soit prononcé, chacune d’elles attrape son sac de sa main valide et elles se lèvent d’un même élan. Sans rompre leur étreinte manuelle, elles se dirigent d’un pas lent mais décidé dans les entrailles des gradins du court. L’ombre qui y règne leur procure une première forme de soulagement ridiculement insuffisant. Zoé entraîne sa partenaire vers la sortie mais, brusquement, elle s’arrête. Elle sait que devant elles, les portes de sortie vont les propulser au beau milieu d’une aberration de gens, de stands, de bruits en tous genres qu’ elle ne se sent pas la force de traverser. Elle interroge Léa du regard. Celle-ci après quelques millièmes de secondes pour jauger la situation lui désigne du menton une allée encore plus sombre avec une petite porte au fond. Les deux jeunes femmes s’y dirigent et ouvrent la porte marquée d’un « personnel uniquement ». Elles pénètrent à la hâte dans une petite pièce obscure et referment précipitamment la porte derrière elles. Autour la pénombre n’est transpercée que de deux rais de lumières, venus d’on ne sait où.  Elle est pourtant suffisante pour percevoir un entassement de chaises et de bancs sur tout le côté droit de la pièce. A gauche un entassement de modules que Zoé reconnaît comme étant le précédent podium de Roland Garros, celui foulé par les grands vainqueurs de l’an dernier.

Un instant intimidées, toutes deux observent autour d’elles, serrant un peu plus fort leurs mains jointes. Puis, soudain consciente de la situation, Zoé se tourne vers la porte et la verrouille avant de reporter toute son attention sur Léa. Celle-ci la regarde de ses immenses yeux verts et s’approche, réduisant dangereusement l’espace trop lourd entre leurs deux corps. Zoé ne peut résister. Avec toute la tendresse du monde, elle vient recueillir les lèvres de sa compagne dans un chaste baiser, accompagnant son geste d’une main délicate qu’elle vient poser sur sa joue brûlante. Le bouillonnement du désir qui les consume se canalise le temps d’un baiser étrangement doux. Mais quand leurs langues se mêlent enfin, leurs corps entiers s’embrasent dans la folie des sens.

Là, au beau milieu d’une salle de stockage surchauffée du court central où se déroule le quart de finale de leurs rêves, elles entament un match dont leurs vies semblent subitement dépendre. La faim et la soif de l’autre ne s’étanchent pas dans ce baiser. Au contraire, elles  s’attisent, elles se provoquent, se creusent, se bombent et explosent à chaque souffle, contact, seconde. La frénésie de leurs corps les attire contre un mur agréablement frais. Zoé y plaque précieusement sa partenaire et vient se coller tout contre elle. De ses mains, elle dessine ses appétissants contours en instant sur ses fesses et ses hanches. Et quand un léger gémissement s’échappe des lèvres de Léa à travers leur baiser, elle plaque un peu plus fort son bassin contre le sien et vient poser ses mains sur sa poitrine.

Léa s’abandonne aux caresses de son amante. Elle laisse les questions pour plus tard. Pour l’instant, elle veut savoir, elle veut sentir, elle veut toucher. Elle sent, à son plus grand étonnement, grandir et circuler en elle une énergie qu’elle ne se connaît pas. Une chaleur douloureuse envahit son bas-ventre et le contact du bassin de Zoé contre le sien lui provoque une réaction physiologique dont elle a déjà entendu parler, bien sûr, mais dont elle n’a jamais fait l’expérience. Quand Zoé vient glisser une cuisse entre ses jambes, le frottement libère un nouveau flux d’une énergie si violente que tout son corps en est secoué, et elle sent entre ses jambes cette humidité envahissante. Cette fois, elle crie presque.

Zoé esquisse un mouvement de recul, interrompant leur baiser, mais Léa la retient.

– Je… on n’est pas obligées… peut-être que tu… enfin…

Zoé bafouille. Léa la dévisage de son regard le plus pénétrant et bouleversé. Elle s’éclaircit la voix avant de reprendre :

– Je comprendrais que tu veuilles arrêter là, mais si c’est le cas, il faut que tu me le dises tout  de suite, parce que quand tu me regardes comme ça… je…

– Touche-moi, la coupe Léa dont le regard est à nouveau brouillé de désir.

Déjà, leurs bouches se ressoudent et leurs mains s’explorent de plus belle. D’un geste assuré, Zoé vient presser sa main sur le sexe bombé de sa compagne. Même à travers la toile, le degré d’hygrométrie est sans appel et un nouveau gémissement s’échappe de la gorge de Léa. Encouragée par ses réactions, Zoé ôte rapidement son débardeur et son soutien-gorge, dévoilant une poitrine ferme et fière. Et dans la foulée, elle soulève habilement le T-shirt de sa partenaire et le laisse choir sur le sien. Léa semble tellement captivée par les seins de Zoé que c’est à peine si elle remarque sa propre nudité. Quand des mains entreprenantes s’aventurent dans son dos pour la libérer à son tour de son carcan à baleines, elle ne sent que la pression des pommes veloutées de Zoé sur sa propre poitrine. Celle-ci découvre les seins lourds et blancs de son amie et les recouvre promptement de ses mains.

Léa se surprend à vouloir toucher elle aussi. Elle avance lentement un doigt inquisiteur et vient titiller le téton tendu de Zoé. De l’extrémité de son doigt, elle fait le tour de l’aréole, toujours très lentement. Zoé l’observe, émue. Quand sa main se referme enfin pleinement autour du sein de son amante, Léa semble bouleversée. Plus fragile et plus forte à la fois, comme si de cette expérience, elle devenait autre. Elle sourit à la jeune femme devant elle et l’embrasse sauvagement. Peut-être était-ce cela « vivre », finalement. A moins que ce ne soit « aimer » ?  Alors elle y a droit, elle aussi ? Elle aussi en est capable ?

Mais elle n’a pas le temps de se remettre de ses émotions que déjà de nouvelles impressions viennent transcender les dernières. tétons contre tétons, ventre contre ventre, sexe contre sexe, chaque mouvement procure de délicieuses sensations qui s’amplifient dangereusement. Quand elle croit qu’elle va exploser, qu’elle ne pourra pas en supporter plus, Léa s’étonne d’en demander encore.

Intriguée, elle sent les doigts experts de Zoé s’affairer sur les boutons de son short. Maladroitement, elle l’aide tant bien que mal à se défaire du morceau de tissu et gémit à nouveau quand son amante vient glisser, sans ambages, sa main dans le coton détrempé de sa culotte. Le contact direct de sa peau, si sensible en ce lieu, avec celle des doigts de Zoé lui arrache un petit cri. Inconsciemment, elle lui attrape le bras, non pour la repousser, bien au contraire, mais pour maintenir ce contact qui tout à coup lui semble vital. Elle va en mourir, c’est certain. Et chaque micro-geste de Zoé le lui confirme. Chaque ébranlement de ses doigts contre son sexe mouillé la projette potentiellement aux limites du vraisemblable.

Quand Zoé la pénètre sans profondeur, juste en surface, et qu’elle remue sa main tout contre son sexe gonflé de désir, Zoé se sent partir. Franchir les limites du tangible. Traverser les frontières du raisonnable. Les mouvements circulaires et presque lents de cette main l’entraîne dans la fulgurance de l’instant, de façon croissante et disproportionnée, vers des abîmes de plaisir dans lesquels elle s’abandonne.

Quand elle reprend ses esprits, le souffle jusque là saccadé de Zoé s’est assagi. Sa main est restée là, contre elle, sur elle, en elle, immobile et prometteuse. Alors c’est cela que l’on appelle un « orgasme » ? Alors c’est pour cela que le sexe est…

Léa n’a pas le temps de laisser aboutir ses pensées : Zoé a bougé un doigt. Une nouvelle fois et de façon immédiate, son corps a réagit. La voilà à nouveau à l’affût du plaisir, ce plaisir débilitant mais si essentiel subitement. Zoé n’a pas l’air de vouloir en rester là. Déjà ses doigts entament un nouveau ballet. De sa main libre, elle fait glisser la culotte le long des cuisses de sa partenaire. Cette fois, elle veut la regarder quand elle la touche. Comme elle laisse ses doigts jouer avec le clitoris érigé de la jeune femme, elle admire chaque infime réaction de son corps. Elle n’est pas aussi musclée qu’elle-même, mais sa peau délicate exhale le parfum le plus excitant qui soit. Tout en elle transpire la sensualité, pourtant, elle ne semble pas s’en rendre compte. Zoé ne se lasse pas de la caresser et de l’embrasser, tout en stimulant chaque millimètre de sensibilité entre ses jambes. Le plaisir la transforme, la rend plus belle encore, et plus désirable !

N’y tenant plus, Zoé agrippe la fesse rebondie de sa partenaire et la soulève légèrement pour entrer en elle plus profondément. Léa étouffe un cri en serrant son amante. Deux doigts s’agitent maintenant en elle, au rythme de leurs hanches. Contrairement à ce qu’elle craignait, Léa ne ressent aucune douleur. La chaleur entre ses cuisses atteint encore une fois des sommets indécents et quand Zoé elle-même se met à gémir, Léa implose à nouveau sous les salves de leur désir.

Sans savoir qui soutient l’autre, elles se retiennent mutuellement pour ne pas s’effondrer. Comme le souffle leur manque pour parler, elles se regardent. La pénombre ne masque ni le plaisir ni le désir sur leurs visages. Et encore une fois, ce que Zoé lit dans les yeux de sa partenaire la trouble. De la reconnaissance ? Pourtant, Zoé elle aussi se sent redevable. Si elle a bien connu d’autres filles et d’autres moments inoubliables, jamais elle n’a vécu de bouleversement émotionnel aussi radical. Jamais elle n’a connu pareille évidence. Et jamais elle ne s’est sentie aussi puissante et fébrile à la fois. Léa a-t-elle connu d’autres femmes ? La surprise qu’elle a lu dans ses yeux pendant leurs ébats tendrait à prouver que non. Avait-elle déjà fait l’amour ? Zoé en doute. Elle réalise à présent la solennité du moment.

Léa a fermé les yeux. Zoé, incertaine, la prend dans ses bras comme pour la réconforter et lui dit :

– Ça va ? Je ne t’ai pas … fait mal ?

A quelques centimètres à peine de son visage, Léa rouvre les yeux et cette fois, Zoé saisit un éclat qu’elle n’arrive pas à identifier clairement. Un reste de désir, cela est évident, mais aussi une forme de… détermination ?

– Non, finit par articuler la jeune femme. C’est juste que… je ne savais pas que cela pouvait être… aussi bon !

Le sourire qui se dessine alors sur son visage finit de rassurer Zoé qui lui rétorque, mutine :

– Si tu as trouvé ça « bon », attend de goûter à la suite…

Elle entraîne sa partenaire vers les modules du podium et l’encourage délicatement à s’asseoir sur l’un d’entre eux. Le désir qui irradie à nouveau d’elles emplit totalement l’obscure pièce. Les yeux à la hauteur de la poitrine de sa partenaire, les lèvres de Léa s’emparent de son téton, arrachant un gémissement à la jeune femme. Celle-ci la laisse jouer quelques minutes avec ses seins, puis  se met à genoux devant son amante. Elle l’embrasse langoureusement puis fait courir sa langue dans son cou, sur sa poitrine et sur son ventre jusqu’à…

Avant d’engager sa langue dans le triangle intime de Léa, Zoé lui lance un dernier regard, plein de promesses. Quand elle goûte enfin à la chair délicate et humide qui s’offre à elle, elle sent avec une joie non dissimulée le corps de Léa se tendre dans un cri débridé. Du bout de sa langue, elle vient caresser le clitoris enflé de la jeune femme, l’excite consciencieusement et finit par l’engloutir tout entier. Elle se délecte du plaisir de son amante autant que de sa vulve. Elle lèche, elle suce, elle pénètre de sa langue jusqu’ à ce que les mains de Léa viennent lui imprimer une pression supplémentaires et que ses jambes se referment dans les sursauts incontrôlés d’un orgasme dévastateur.

Zoé a bien du mal à se détacher de sa friandise, mais elle veut voir, savoir,  être sûre de ce qu’il vient de se passer. Léa l’accueille fébrilement, le visage si sérieux, et les yeux encore mi-clos… Zoé guette le moindre geste, le moindre mot, attendant sagement que sa compagne reprenne ses esprits. D’une main légère, elle vient caresser la vallée de ses seins, et quand Léa ouvre enfin les yeux, son visage tout entier se fend dans un sourire sans équivoque.

Le mot « satisfaction » vient de trouver une toute nouvelle pertinence. Léa le sait, désormais. C’est ainsi. Mais très vite un nouveau besoin se fait sentir. Elle veut la toucher à son tour, la goûter à son tour, et, si possible, essayer de la faire jouir à son tour !

Zoé observe le regard de sa compagne qui s’obscurcit. Elle redoute un instant une fuite ou un déni. Mais quand la main de Léa vient…

 

Et voilà, certains le savent déjà, je suis sadique. J’arrête là pour aujourd’hui et vous laisse imaginer la suite ! 

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Non classé | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 28.05.2012 - 13 h 01 | 9 COMMENTAIRES
Roland Garros 2012 : nouvelle nouvelle érotique.

 

On ne nous dit pas tout…

Le soleil n’est pas vraiment au rendez-vous cet après-midi et pourtant la chaleur est étouffante dans les allées de Roland Garros. A droite comme à gauche, on se bouscule aux stands, on se bat pour avoir sa bouteille d’eau avant les autres, on s’étripe pour un T-shirt à l’effigie du tournoi. A l’affût, Léa avance dans cette ambiance électrique. C’est sa première fois sur le site, le premier match auquel elle va assister après des années d’entraînement télévisuel… Il semblerait que toute sa vie n’ait jamais tourné qu’autour de cet instant magique. Elle s’approche du court central, ELLE va y entrer. Étrangement, l’excitation ne se manifeste chez elle que par un calme profond, limite apathique, surtout comparé à l’agitation ambiante. Quand elle passe les portes du court et qu’elle cherche les escaliers qui mènent à sa place, elle remarque à quel point tout est différent. Dans les retransmissions télévisuelles, il règne toujours une sorte de tranquillité et de respect… alors que là, tout lui semble très bruyant. Les gens rient, parlent fort, échangent leurs pronostics, se racontent de petites anecdotes, traînent leurs enfants…

Léa s’isole dans sa bulle. Rien ne lui gâchera son moment. Elle est aux quarts de finale de Roland Garros, elle a sa place presque au bord du court, elle va voir jouer le n°1 mondial contre le n°3 et elle a un paquet de fraises Tagada dans sa poche. Quand elle trouve enfin son siège, elle est presque déçue de voir que quelqu’un est déjà installé à côté d’elle. Un peu comme avec la SNCF, elle s’est débrouillée pour avoir le côté couloir, mais à sa droite, la place est déjà occupée par une jeune femme dans un K-way.

Léa se rend alors compte qu’elle même n’a pas prévu l’éventualité de la pluie. Elle jette un regard inquiet au ciel, envoie une prière muette aux nuages  grisâtres et s’assoit très délicatement, comme pour essayer de dissimuler son arrivée à sa voisine. Celle-ci, pourtant occupée à papoter à sa droite, se retourne très furtivement pour l’apostropher d’un « Bonjour » à peine poli avant de se remettre à discuter. Léa répond mentalement à la capuche qui lui fait face et s’installe le plus confortablement possible sur le plastique glissant de son siège.

En bas, sur le court, on finit les préparatifs sans hâte. Tout semble parfaitement orchestré. Des gens prennent des photos. Léa se demande ce qu’il peut bien y avoir à photographier tant qu’il n’y a pas les joueurs.

– L’arbitre ne devrait pas tarder à arriver, entend-elle à sa droite.

Léa croise alors pour la première fois le regard de sa voisine. Elle la détaille en un quart de seconde : brune, les épaules carrées et le teint hâlé des sportives d’extérieur, un petit grain de beauté sur la narine gauche d’un nez délicat, un sourire aux dents blanches et lèvres pleines et quelques centimètres de plus qu’elle. Il s’en dégage une force évidente et une légère odeur de framboise. Comme elle lui sourit, Léa se sent obligée d’en faire autant mais se sent terriblement maladroite. Elle n’aime pas parler avec des gens qu’elle ne connaît pas. En fait, elle n’aime pas parler tout court. La sociabilité n’est pas son truc. Aussi, elle espère secrètement que la jeune femme va s’en retourner vers ses amis et la laisser regarder SON match tranquille.

– Le match ne commence jamais en retard à Roland Garros. C’est ta première fois ici ?

Léa, abasourdie, se tourne vers la pipelette d’à côté, pour la fusiller du regard, mais devant l’innocence de ses yeux noisette, elle ne peut que répondre un petit « oui ». Comme elle regarde son interlocutrice, elle voit l’expression de celle-ci changer brutalement.

– Ça alors… laisse échapper l’inconnue.

– Quoi ? demande Léa, presque agressive.

– Non rien… C’est juste que… je suppose que je ne suis pas la première à te le dire, mais tu as des yeux…

La jeune femme est visiblement troublée. Elle observe le visage de Léa avec tellement d’insistance que celle-ci finit par s’impatienter.

– Oui, j’ai des yeux, je sais… et toi aussi, non ?

– Non, c’est pas ça. Les tiens, ils sont…

Léa a en effet déjà entendu parler de ses yeux. Quand elle était petite, sa mère avait pour habitude de dire que ses beaux yeux la perdraient. Plus tard, au lycée puis à la fac, beaucoup de garçons l’ont accostée en usant du fameux « T’as d’beaux yeux tu sais ». Personnellement, elle trouve son regard handicapant. Ses yeux sont trop grands, trop verts, trop … Ils sont le comble du ridicule fantaisiste sur un ensemble dramatiquement quelconque. Si au moins elle était belle… Et paradoxalement, ce qui pourrait être son seul atout physique est devenu son pire complexe. Elle nourrit une susceptibilité extrême à l’égard de ses yeux. Aussi, entendre  sa voisine aborder ce sujet la crispe sur son siège et, déjà, elle est sur la défensive. Mais l’autre continue.

– Je ne sais pas. C’est comme s’il y avait un autre monde dans tes yeux, un truc parallèle. C’est beau mais c’est assez effrayant. Ça doit pas être évident à porter tous les jours… Mais ils te vont bien. Au fait, je m’appelle Zoé, et toi ?

Elle a dit ça tellement naturellement, en penchant sa tête légèrement sur le côté, comme on regarde un petit chien dans une vitrine, que Léa  ne peut répondre aussi vertement qu’elle le souhaite. Elle se contente donc d’un « Léa » en regardant avec étonnement l’étrange personne à ses côtés. Soudain, Zoé lui attrape le bras et pointe du doigt l’entrée du court :

– Regarde, l’arbitre et les juges de lignes arrivent !

Léa se contracte, consciente de chaque millimètre de peau sur son bras nu. Elle n’a pas l’habitude du contact humain. Elle le fuit. Pourtant, cette fois, le geste est d’une telle innocence qu’elle réprime son envie de se dégager. Zoé la regarde avec des yeux pleins d’excitation et reporte son attention sur le court. Mais Léa est perturbée. Elle ne comprend pas cette facilité qu’on certaines personnes à parler, échanger, s’ouvrir. Elle même se complait dans son rôle d’huître. Brandissant sa timidité comme excuse quand c’est nécessaire, elle a appris à vivre ainsi, un peu à l’écart bien que maintenant les rapports sociaux minimum. L’aisance de Zoé la bluffe, elle attise sa curiosité.  Subrepticement, elle dévisage sa voisine qui scrute chaque mouvement sur le court.

Soudain, les gradins grondent, la foule clame tumultueusement et à nouveau, une main tiède vient étreindre le bras de Léa.

– Ils sont là !

Tirée de ses réflexions, Léa succombe à son tour à l’exaltation générale. Elle applaudit l’arrivée des joueurs, regrettant presque de perdre le contact des doigts de Zoé. Après les tribulations d’usage, le calme est réclamé dans l’assistance. Le match va commencer.

– Tu supportes un joueur en particulier ? demande Zoé.

– Non.

– Comme moi alors. L’essentiel, c’est le jeu.

– Chuuuut ! entend-on derrière.

De mauvaise grâce, Zoé se tait. Léa ne peut s’empêcher de la regarder de temps en temps. Elle se surprend à aimer lire le jeu sur le visage de sa voisine : crispé quand l’un commet une faute, illuminé à chaque belle action, paradoxalement contrite et heureuse à chaque point marqué. L’empathie de Zoé pour chacun des joueurs l’émeut. Entre deux jeux, cette dernière vient plonger son regard dans celui de Léa et lui dit en souriant :

– Ils sont vraiment bons. C’est énorme comme quart de finale !

Et elle ponctue sa phrase en attrapant Léa par l’épaule, comme si elles se connaissaient depuis la maternelle. Troublée, Léa reporte son attention sur le jeu.

A la fin du premier set, courageusement disputé de chaque côté, Léa se souvient de ses fraises Tagada. Elle ouvre le paquet et devant les yeux gourmands de Zoé, elle ne peut faire autrement que de lui en proposer.

– Génial, ça fait au moins deux ans que je  n’en ai pas mangé !

Le couple à côté d’elle se lève alors et leur passe devant avant de se perdre dans l’allée. Léa ose alors un timide « Ils ne sont pas avec toi ? »

– Non, lui répond-elle. Je devais venir à la base avec ma copine, mais on a rompu avant même de prendre les places. Enfin, c’est sûrement mieux comme ça, et je sais très bien qu’elle n’aimait pas vraiment le tennis de toutes façons.

Sa copine ? Léa essaie de comprendre sans prendre un air trop surpris. Sa copine ? Mais alors Zoé aime… les femmes ?

D’un air qu’elle espère décontracté, Léa acquiesce et fait mine de se reconcentrer sur le jeu. Quand le premier service claque dans le court, c’est l’éruption dans sa tête. Zoé est lesbienne. Zoé aime les femmes. Ces personnes là existent donc pour de vrai ? Et elles semblent tout à fait normales ? Étrange.  Évidemment, ce n’est pas la première fois que Léa approche une homosexuelle. Mais d’habitude, elle les reconnait. D’habitude, elles sont beaucoup plus… masculines. Mais alors… ça veut peut-être dire qu’elle en a rencontré d’autres ! Des non-identifiables ?!

Non que leur sexualité la choque (en fait Léa ne s’est jamais vraiment posé de question sur le sujet), mais le fait que cela puisse passer inaperçu… Elle trouve soudainement cela très surprenant, et intéressant. Alors il ne faut pas forcément ressembler à un homme pour aimer une femme ? Il n’y a pas forcément de dresscode  ou de signal distinctif, pas de preuve tangible, de défaut de fabrication évident, pas de mise en garde ? Mais alors, n’importe qui peut…

Non sans doute pas n’importe qui. Il faut probablement avoir certaines prédispositions.

Étrange toutes ces questions qui se bousculent dans la tête de Léa. Elle a toujours soigneusement évité les questions de sexualité, puisque de son point de vue, le sexe c’est l’intimité absolue entre deux personnes. Et elle a toujours refusé l’intimité, elle l’a fuit comme la peste noire, comme pour cacher au reste du monde que peut-être, elle n’est pas si différente finalement. Nier sa sexualité, c’est son pouvoir de différence ultime, ce qui la rend intouchable.

Jamais elle n’a ressenti la moindre attraction, elle en est sûre, elle est différente. Mais a sa façon, Zoé vient de lui prouver qu’elle aussi est différente. Léa s’interroge. Chaque échange de balle correspond à une nouvelle question qui pointe dans son esprit. Une partie d’elle suit le match avec attention, consciente d’avoir attendu ce moment presque toute sa vie, et l’autre partie vogue vers des océans d’inconnu. Ces certitudes s’effondrent les unes après les autres.

Quand Zoé attrape une nouvelle fois son bras dans le feu du match, Léa frissonne. Le contact la perturbe, suscitant une nouvelle question : n’a-t-elle vraiment jamais été attirée par personne, ou a-t-elle tout simplement refusé quelque part au fond d’elle même  la moindre attirance ? Parce qu’il faut se rendre à l’évidence, les élans tactiles de sa voisine lui font un effet certain.

Peut-être que l’effet s’est amplifié depuis qu’elle sait que Zoé est lesbienne.

Subitement, elle prend conscience de leurs genoux qui se frôlent, de leurs épaules si proches. Léa, curieuse de ses propres sensations, se penche à l’oreille de la jeune femme et lui murmure un « Avec un peu de chance, il va égaliser. J’espère un match en cinq sets ».

Zoé se retourne et fend son visage en un large sourire, validant les propos de sa voisine d’un petit hochement de tête et dans un sursaut d’enthousiasme, elle saisit la main de Léa. Celle-ci sent quelque chose se briser sous ses côtes et le souffle lui manque. C’est à ce moment là que la première goutte de pluie atterrit sur sa cuisse.

– Merde, il pleut.

– Non ! Pas déjà ?! Pitié… implore Zoé.

– Espérons que ça se limite à quelques gouttes…

Zoé remonte la fermeture éclair de son k-way en jetant un regard sombre au ciel qui s’est épaissi. A chaque nouvelle goutte, une sursaut soulève les jeunes femmes, mais pour l’instant le jeu continue.

– Tu devrais sortir ton parapluie parce qu’on risque d’y avoir droit… suggère Zoé, pessimiste.

– C’est que… c’est idiot je sais mais… je n’avais pas prévu qu’il pleuve !

Léa lit de la surprise aussitôt suivit d’un regard moqueur sur le visage de Zoé, mais presque aussitôt, elle retrouve un sérieux quasi maternel et défait sa fermeture éclair comme pour enlever son k-way.

– Non mais ça va, tu ne vas pas me donner ton truc ! Au pire je serai un peu mouillée, ça n’est pas grave !

– T’inquiète, je ne comptais pas te le donner ! Mais on peut partager, tiens, regarde, si on le met comme ça…

Et la jeune femme agrippe l’épaule de sa voisine et glisse leurs têtes sous le tissu protecteur. Sous la tente improvisée, elles se regardent, amusées.

– Je ne suis pas sûre qu’on en sera moins mouillées pour autant, mais partager, c’est mieux non ? demande Zoé, mutine.

Léa préfère ne pas répondre. Elle se sent rougir et se concentre sur le court. Tout le monde commence à s’agiter. L’arbitre doit réclamer le silence.

Si on avait dit à Léa quelques heures auparavant que son match risquait d’être gâché à cause de la pluie, elle en aurait fait tout un pataquès, mais là, elle n’y pense même pas. Elle ne sent que le corps de Zoé contre le sien, l’humidité et la chaleur ambiante, son bras autour de ses épaules, et cette subtile odeur de framboise. Ses cheveux. Sans doute son shampoing est-il aromatisé aux fruits rouges. Il lui rappelle celui qu’elle utilisait étant enfant.

Sur le court la pluie s’intensifie et gêne le jeu. Une balle de set pour revenir à un set partout. Le point est gagné. C’est ce que l’arbitre attendait pour signifier l’interruption du match. Tout le monde se lève dans une cohue générale pour aller s’abriter pendant que l’on recouvre de sa protection le court central. Calmes, les filles attendent que le gros des troupes ait désembouteillé les allées pour se lever. Léa sent la pluie ruisseler le long de ses bras. Elle rabat le k-way sur Zoé et veille à ce que celle-ci soit protégée au mieux. Comme Zoé surprend son geste, elle la remercie chaleureusement du regard et la gratifie d’un « Tête de mule » !

Il est un peu tard et l’orage n’a pas l’air de vouloir s’apaiser.  Léa se dit qu’elle va sans doute devoir revenir demain. Alors, elle réalise qu’il va falloir qu’elle quitte l’étreinte de Zoé. En attendant la décision des organisateurs du tournoi, elles se blottissent toujours l’une contre l’autre, prétextant des frissons de fraîcheur. Léa ne se reconnait pas. Que fait-elle dans les bras d’une femme qu’elle ne connaît pas ? Et surtout, pourquoi s’y sent-elle aussi bien ?

– Merde… s’ils reportent, je ne pourrai pas voir la fin.

– Pourquoi ? demande Léa paniquée.

– Parce que demain je travaille !

– Oui, mais là c’est Roland Garros !

Zoé lui sourit d’un petit air contrit. Léa resserra l’étreinte, comme pour refuser de la laisser partir.

– Mesdames et messieurs, entend-on dans les haut-parleurs. Nous avons le regret de vous informer qu’en raison du temps, nous devons reporter la suite du match à demain 13h.

Une nouvelle fois, quelque chose se brise à l’intérieur de Léa. De ses grands yeux embués, elle regarde tristement Zoé qui se mord la lèvre pour ne pas hurler.  Autour d’elles, les gens pestent. Entre elles, le silence s’installe. Zoé se perd dans le regard de Léa, ce regard si expressif, si prégnant.  Elle y lit la douleur, la peur, l’incertitude. Elle essaie alors de la rassurer :

– Ça arrive tu sais, ce n’est pas si grave. Et puis j’ai aussi des places pour la demi finale.

– Pas moi.

Léa détourne son regard et lui dit d’un ton qu’elle veut détaché.

– Alors, eh bien travaille bien demain et amuse-toi pour la demi finale. Adieu et c’était sympa de te connaître.

Comme elle se détache de Zoé pour lui tendre froidement la main, celle-ci lui retient le bras en lui disant :

– Tu es toujours aussi radicale ? Je peux te donner mon téléphone, et toi le tien, comme ça on pourra…

Mais dans la confusion qui fait rage dans sa tête, Léa n’entend rien de tout cela. Elle veut partir. Loin de cette femme qui l’a bouleversée. Loin de ses mains, loin de ses bras, de son sourire et son regard. Loin de son empathie. Loin de son humanité. Partir là où elle serait à nouveau différente et seule. Là où il était rassurant d’être différente et seule.

D’un geste brusque, Léa se dégage et s’élance dans la foule en criant : « Je dois y aller ». Mais après quelques pas, elle se retourne, elle voit Zoé, interdite, différente et seule au milieu de tous ces gens bruyants, Zoé qui la regarde noyée dans l’incompréhension et la déception.

Sans chercher à comprendre d’où lui vient cette impulsion, Léa parcourt en sens contraire les quelques pas qui la séparent de Zoé et, devant le regard incrédule mais ravi de celle-ci, elle dépose un baiser maladroit sur sa joue gauche. Comme elle s’écarte à nouveau d’elle, Zoé la retient d’une main derrière sa nuque et vient coller ses lèvres sur celles de la jeune femme. Léa réalise alors que c’est ce qu’elle voulait depuis le début. Ses lèvres. Pourquoi n’a-t-elle pas osé ?

Curieuse sensation que ces lèvres chaudes, que cette main ferme sur sa nuque, que ces corps qui se renouent comme ils semblent destinés à l’être. Oui, Léa se découvre curieuse et avide. Quand Zoé l’embrasse, elle ne s’éloigne pas, ne s’essuie pas de dégoût, ne crie pas sa colère. Elle goûte chaque seconde, elle vit l’instant comme s’il était celui pour lequel elle était née un jour. Elle savoure le contact des lèvres charnues, elle en demande plus. Elle veut un vrai baiser, pas un baiser de cinéma, pas un baiser esthétique, elle veut le baiser de l’intimité. Celui dans lequel elle connaîtra de Zoé tout ce que celle-ci acceptera de partager avec elle. Celui dans lequel elle acceptera de se livrer plus sincère qu’elle ne l’a jamais été. Et quand la langue de Zoé demande à s’insinuer dans ses parcelles privées, elle s’ouvre à elle. Elle s’offre aux caresses de ses bras, à la chaleur de son étreinte, à la moiteur de sa bouche. Elle s’imprègne de chaque nouvelle sensation et cherche à la rendre au centuple. Enfin, elle s’abandonne.

Aucune d’elles ne veut briser l’étreinte, aucune ne veut reprendre son souffle. Pourtant cette précaution vitale s’impose instinctivement. Le temps d’un souffle et c’est à nouveau la tempête des corps. Le baiser n’est ni tendre ni violent, ni doux ni amer, ni  cruel ni généreux, et un peu tout à la fois. Les mains de Zoé glissent sur le dos de chemise humide de Léa, elles remontent de ses hanches à ses côtés pendant que celles de sa partenaire s’emploient à une danse mimétique.

Un son grésille fortement dans le haut-parleur. La magie est rompue, les corps se défont. Quelqu’un parle encore, mais aucune des deux jeunes femmes n’entend quoi que ce soit. Léa lit le désir dans les yeux de Zoé. Pire que tout : Léa lit son propre désir dans les yeux de Zoé. Mais Léa n’a jamais désiré personne. A nouveau, Zoé ressent la peur envahir le regard de la jeune femme. Une peur panique qui engloutit les vagues de désir auxquelles elles succombaient quelques secondes plus tôt.

Trop tard.

Léa se dégage brusquement de son étreinte et tourne les talons. Sous une pluie battante, Zoé la regarde s’éloigner en courant.

Qui est cette fille ? Que lui a-t-elle fait ? D’où vient cette profonde souffrance que Zoé a su voir en elle ? Que vient-il de se passer ? Pourquoi ce baiser ? Et surtout, comment accepter l’idée de ne plus jamais la revoir ?

Même si beaucoup de questions se bousculent dans sa tête, Zoé renfile son k-way avec une nouvelle détermination : demain, boulot ou pas, elle assistera à la suite du match !

 

A suivre ?

 

 

 

 

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 03.06.2011 - 05 h 47 | 19 COMMENTAIRES
Roland Garros, jeu set et match entre deux courts (nouvelle érotique lesbienne)

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Ce post comporte des scènes adultes pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes. Parce que le sport c’est violent, ces lignes sont interdites aux moins de 16 ans. Merci de votre compréhension.

 

Jeu, set et match entre deux courts

 

 

 

Tout avait commencé par un sourire. Tout commence toujours par un sourire. Un sourire franc, avec la touche de timidité nécessaire pour ne pas être agressif. Un sourire qui en invite un autre en retour. Elle lui avait souri dans la tiédeur de l’anonymat. Et une intimité s’était alors créée d’elle-même. Une intimité anonyme.

Qui était-elle ? D’où venait-elle ? Où allait-elle ?

Peu importait finalement. N’existait que son sourire à travers la foule et la chaleur suffocante de ce début d’été à Roland Garros. Partout autour, des gens qui erraient entre deux matchs, des odeurs de friture, des noms de joueurs scandés avec ferveur. Et elle, qui lui souriait, sans raison.

Nathalie se sentait comme dans ces moments où le temps se fige, où tout semble se dérouler au ralenti, où les choses alentour basculent dans une autre dimension quand votre regard se focalise sur un point et un seul. A cet instant-là, elle ne regardait que son sourire.

La connaissait-elle ? Elle en avait l’impression. Comme si elle retrouvait sa meilleure amie d’enfance, ou sa sœur d’une autre vie, parallèle ou antérieure.

Elle était trop foncée pour être blonde, sans être brune non plus. Elle n’était ni jeune, ni vieille : ses yeux avaient l’éclat et l’insouciance de l’enfance, mais son sourire semblait avoir l’âge du monde. Adossée à un stand de boissons fraîches, sa svelte silhouette évoquait les lignes alanguies d’une déesse hédoniste en mal d’amusement. La sensualité qui émanait d’elle était palpable.

Pourquoi diable lui souriait-elle à elle ?

Nathalie regarda curieusement derrière elle, comme si elle cherchait une explication extérieure à ce sourire. Mais non, il apparaissait très clairement, qu’elle était l’unique point de fuite de l’attention de cette femme.

Comme le temps, son corps s’était figé. Sans qu’elle ne puisse s’expliquer pourquoi, son cœur frappait de plus en plus fort dans sa poitrine. Quand la femme se détacha de son point d’ancrage pour avancer, féline, droit sur elle, Nathalie crut que sa cage thoracique allait éclater. Cent cinquante-troisième joueuse mondiale, elle venait de gagner son match contre une Russe ayant plus de cent places d’avance sur elle au tableau. Elle doutait que cette victoire lui vaille le moindre intérêt de la part du public, ni la moindre reconnaissance. Et si elle venait de vivre une émotion superbe en passant le premier tour de Roland Garros, tout lui semblait soudain terriblement lointain, futile.

Elle arrivait, elle était là.

Son sourire s’accentua, et malgré elle, Nathalie le lui rendit.

Quand elle s’arrêta devant elle, Nathalie inclina la tête dans une interrogation muette.

–          Excusez-moi, mais autant vous le dire, vous avez coincé votre jupe dans votre… shorty.

–          Ah ?!…

Nathalie crut se liquéfier sur place. Hâtivement, exprimant sa honte dans un fard écarlate, elle libéra sa jupe de son sous-vêtement.

–          Tout le monde a pu voir…

–          Vos fesses, oui. Mais je pense que personne n’avait envie de s’en plaindre.

Nathalie rougit de plus belle et bafouilla :

–          Merci… de me l’avoir dit.

–          C’était stratégique, répondit la femme dans un autre sourire, carnassier cette fois. J’aurais pris un malin plaisir à vous suivre comme ça pendant des heures pour profiter du spectacle, mais d’un autre côté, ça me donnait une bonne excuse pour vous aborder.

Surprise, Nathalie en resta bouche bée.

–          Liz Anderson, se présenta la femme en tendant la main.

–          Euh… Nathalie Marques, répondit la jeune femme en saisissant la main tendue.

Leurs regards s’accrochèrent et la puissance de séduction que rencontra Nathalie dans les yeux de Liz la fit vaciller.

–          Vous… allez bien ? s’inquiéta la belle inconnue, dont le regard se troubla.

–          Euh… oui, tout va… bien.

–          Vous avez gagné votre match, vous avez dû trop puiser dans vos forces…

–          Oui… non. Ça va… Vous… vous savez que j’ai gagné ?

–          Comme la France entière, je crois. Sauf que moi j’aurais eu le privilège de vous voir jouer ce match en direct.

–          Ah… bien… Je… euh… suis désolée.

–          Mais de quoi mon Dieu ?

Pourquoi venait-elle de s’excuser ? Elle n’en savait rien. Elle ne savait plus rien que ces yeux, que ce sourire, que cette main que Liz tenait toujours de ses doigts fermes et frais. Nathalie partit dans un petit rire nerveux. D’un seul coup, toute la fatigue accumulée par ces derniers jours de préparation, le stress de s’embarquer sans réussite possible dans un tournoi du Grand Chelem, le poids à porter en tant que française chez elle, les retombées physique du match passé, les espoirs pour le match à venir, tout cela disparaissait, s’effaçait dans le regard et le sourire mi-amusé, mi-interrogatif, d’une parfaite inconnue. Nathalie se sentit soudain si légère qu’elle en rit franchement, entraînant avec elle une Liz incrédule. Leur fou rire dura une longue minute pendant laquelle elles détournèrent bien des têtes autour d’elles.

–          Je vous connais ? s’enquit Nathalie, entre deux soubresauts. J’ai l’impression que je vous connais.

–          Pas encore, non. Mais il ne tient qu’à vous de faire plus ample connaissance.

–          Qu’est-ce que vous proposez ? demanda Nathalie, se mordant subitement les lèvres, inquiète d’entendre une réponse aussi directe que ce que pouvait laisser entendre l’approche franche de Liz.

–          Ne faites pas ça, invectiva-t-elle.

Sa voix avait retrouvé tout son sérieux, et son regard se fit brûlant.

–          Pardon ? Pas quoi ?

–          Ce truc, avec vos lèvres…

–          Ah… Désolée… Mais… Euh… Pourquoi ?

–          Parce que vous êtes irrésistible quand vous faites ça.

Nathalie eut du mal à déglutir. Liz s’était rapprochée en disant ces mots. Son regard planté dans celui de Nathalie, son souffle à portée de peau, son corps à quelques centimètres à peine de l’autre, elle ajouta :

–          Maintenant, j’ai terriblement envie de vous embrasser.

–          Moi ? s’étrangla Nathalie.

L’assurance et la détermination qu’elle lut sur son visage la fit frissonner. Bien malgré elle, submergée par une nouvelle vague de chaleur et une irrépressible attirance, elle se mordit à nouveau les lèvres dans un tic nerveux. Ce petit geste, si anodin, si involontaire, venait de déclencher des foudres de désir dans les yeux de Liz. Nathalie le réalisa bien trop tard.

–          Vous avez recommencé.

–          Je…

Les mots d’excuses de Nathalie moururent sur les lèvres de Liz qui se pencha pour les recueillir dans un baiser bref mais intense. Son corps emprisonnant celui de Nathalie, Liz ne desserra pas son étreinte en libérant la bouche de la jeune femme. Ainsi enlacées, en plein milieu des allées bondées de Roland Garros, chacune sentait les pulsations furieuses soulever la poitrine de l’autre. Leurs souffles courts s’harmonisaient à la cadence folle d’un métronome emballé.

Sans se dégager mais en prenant un minimum de distance, Nathalie osa :

–          Mais que… qu’est-ce que vous me voulez ?

–          J’ai envie de vous, là, maintenant, tout de suite.

–          Vous êtes sérieuse ?

Devant la gravité du regard de Liz, Nathalie puisa en elle les ressources nécessaires pour reprendre pied dans la réalité. Sans qu’elle ne puisse expliquer pourquoi ni comment c’était possible, son corps lui criait son désir pour cette femme qu’elle ne connaissait même pas. Il lui fallait revenir sur Terre.

–          Non, mais je ne sais même pas qui vous êtes, et… et puis on est à Roland Garros ! On ne peut pas… objecta Nathalie, alors que son corps s’incrustait plus avant dans celui de cette belle femme.

–          Je m’appelle Liz, je vous l’ai dit, et j’ai envie de vous. Et je crois que vous avez aussi envie de moi. Si c’est le cas, venez, l’incita-t-elle en la libérant de son étreinte et lui tendant la main.

–          Juste comme ça ? s’enquit Nathalie, incrédule, lorgnant malgré elle cette main tendue.

–          Juste comme ça. Et plus si affinités.

Le sérieux de Liz effrayait quelque peu la jeune femme. Elle avait soudain l’impression que sa vie se jouait sur cette décision, comme une mise en danger, un risque à prendre pour une balle de match à ne pas manquer.

Les yeux fermés sur son incertitude et sa crainte, Nathalie saisit fébrilement la main de Liz, qui referma résolument ses doigts sur sa proie.

–          Je tiens à dire que je ne sais absolument pas ce que je fais…

–          T’inquiète, moi je sais. Je vais te faire jouir. Plusieurs fois, affirma Liz avant d’entraîner une Nathalie interloquée dans une marche précipitée.

Nathalie n’était même plus consciente d’où elle était. Elle avançait dans le sillage de Liz, grisée par ces derniers mots. Elle ne remarquait pas qu’elles s’éloignaient des rumeurs de la foule, de la chaleur des allées trop offertes au soleil de plomb de cette fin mai. Elle aurait été incapable de dire dans quelle direction elles étaient parties, ni comment elles s’étaient brusquement retrouvées dans cette zone déserte, à l’abri des regards des spectateurs oisifs, des organisateurs survoltés, de l’agitation humaine, sonore et importune de la foule lors d’un grand tournoi comme celui-là. Toujours était-il que Liz avait réussi à trouver probablement la seule aire tranquille du site, et que désormais, Nathalie était prise au piège.

Elle avait vaguement conscience d’un bosquet d’arbres et de buissons, d’une petite cabane en bois blanc, abritant vraisemblablement un générateur de secours dont de gros câbles sortaient pour se perdre dans un dédale de stands qui leur tournaient le dos, et un beau carré de gazon qui s’offrait à elles comme une oasis d’intimité au beau milieu de nulle part.

Liz s’arrêta au centre de cet éden improbable et se tourna vers Nathalie, la bouche fendue dans un sourire attentiste. Sans lâcher sa main, elle tendit la seconde pour amener la jeune femme à lui faire face dans un ralenti magnétique.

–          Et maintenant ? demanda Nathalie d’une voix blanche qu’elle ne reconnut pas.

–          Maintenant, tu me laisses faire.

D’un geste assuré, Liz fit remonter sa main sur la nuque de Nathalie pour venir à nouveau joindre sa bouche à la sienne. Leur baiser fut beaucoup plus long, et presque tendre cette fois. La conviction qui transparaissait dans chacun des mouvements de Liz s’accompagnait d’une profonde délicatesse, et aussi bien dans son baiser que dans les lascives caresses qu’elle prodiguait à la jeune femme, il émanait à la fois une autorité naturelle, un profond respect et une sensibilité saisissante.

Là, debout, à l’ombre des arbres encore verts d’un printemps tardif, Nathalie s’offrait, interdite, à l’ardente ferveur de Liz. Pourquoi cette femme l’avait-elle entraînée jusque-là ? Pourquoi la désirait-elle ? Et surtout comment avait-t-elle pu se laisser convaincre ? Tant de questions qui n’avaient plus vraiment d’importance. Seule comptait désormais l’envie, ce soudain appétit criant de lubricité, cette faim égoïste de son propre plaisir dont elle savait, sans savoir comment, qu’elle allait être pleinement satisfaite. Les lèvres de Liz quittèrent sa bouche pour s’aventurer dans son cou. Sous la pression du désir, Nathalie chercha à reculons un appui fixe, jusqu’à ce que son dos heurte les parois de la petite cabane. Elle sentait ses jambes fléchir depuis que la main de Liz s’était glissée sous son débardeur. Ses seins la faisaient presque souffrir tant la tension sexuelle était à son comble et tant Liz sollicitait ses tétons entre ses doigts. Dans un mouvement presque théâtral, Liz ôta le haut de Nathalie pour libérer l’accès à ses seins. Celle-ci voulut protester mais son évident manque de conviction n’aurait pas été crédible. Elle se laissa complètement aller aux caresses des mains et de la langue de sa partenaire, l’encourageant par de petits gémissements instinctifs.

La bouche de Liz dessinait les courbes et les saillances de sa gorge, s’engouffrant dans les salières à la base de son cou, remontant jusque derrière ses oreilles, mordillant ses lobes, pendant que ses mains l’effleuraient asymétriquement. L’une s’appliquait à palper ses seins, courtisant ses tétons tendus, l’autre se promenait de son épaule à ses fesses, plaquant leurs corps dans une étreinte suffocante.

Nathalie n’essayait même plus de conserver un minimum de sang-froid, elle se laissait consumer par cet emportement sensuel, animal. Elle cherchait son souffle dans le parfum fruité des cheveux de Liz, respirant sa fraîcheur autant que l’ambre charnel, le miel suintant chaudement de chaque pore de sa peau, libérant un nuage de phéromones dont elle était dorénavant captive.

–          Je t’en prie… geignit Nathalie.

–          Attends. Pas encore.

–          Mais je… s’il te plaît, viens…

Répondant à la supplique de la joueuse, Liz vint coller sa main à son entrejambe. Nathalie suffoqua. Des salves presque douloureuses de désir l’assaillirent. La fulgurance de sa réaction enivra Liz qui, sans s’encombrer de convenances formelles tira d’un geste brusque mais efficace le shorty de Nathalie vers le sol, révélant son sexe déjà copieusement mouillé. Glissant sans autre forme de procès deux doigts entre ses lèvres humides, Liz arracha un cri à Nathalie.

–          Chut… tu vas nous faire repérer…

Mais la jeune femme était déjà bien loin de ces basses considérations. Elle n’était plus que sensation. Une sensation focalisée sur le contact des doigts de Liz, tant sur ses seins qu’autour de son clitoris.

Voyant que chaque caresse sur cette parcelle particulièrement susceptible de son anatomie avait pour effet des cris à peine étouffés, Liz ne s’y attarda pas plus longtemps et pénétra de ses deux doigts l’onctueux écrin de la tenniswoman. Elle sentit son corps se tendre au fur et à mesure de sa prudente avancée. Lorsque son poignet buta contre le sexe de Nathalie, celle-ci agrippa le bassin de Liz dans un mouvement brutal pour qu’elle vienne se presser sur elle, provocant une nouvelle impulsion de ses doigts dans son vagin. Liz remarqua avec délectation que Nathalie se mordait les lèvres pour essayer de rester muette. Cette moue, ajoutée à l’impétuosité inattendue dont faisait preuve la jeune femme, rendait Liz totalement folle.

Elle souleva la joueuse du sol, la tenant plaquée contre la cabane, son bassin coincé entre ses jambes écartées, ses deux doigts toujours en elle. Nathalie lui agrippa les épaules pour plus de stabilité, et Liz imprimait de furieux mouvements de hanches, enfonçant toujours plus profondément ses doigts dans son sexe affamé. En quelques secondes, tout s’obscurcit pour Nathalie. L’orgasme la saisit si rapidement, si violemment, que son corps pris de convulsions desserra son étreinte, les faisant basculer toutes deux sur l’herbe verte.

Liz amortit habilement le choc, roulant presque aussitôt sur le côté pour atterrir au dessus de sa partenaire encore tressaillante de plaisir. Elle vint recueillir un baiser sur les lèvres de Nathalie et surprise, s’exclama en se redressant :

–          Mais tu saignes ! Tu t’es blessée ? Je t’ai fait mal ?

–          Pas du tout, parvint à répondre la joueuse, j’ai juste… du mal… à ne pas crier. Tu… me donnes envie de…

Avide du magnifique sourire renaissant sur les lèvres de Liz, Nathalie tira sur ses bras pour refaire basculer son amante jusqu’à sa bouche. Leur baiser bruyant et vorace les entraîna dans une roulade éperdue. Sans qu’il n’y ait de vraie compétition, Liz s’imposa en ce début de deuxième set. Coinçant d’une main les bras de Nathalie au-dessus de sa tête, Liz entreprit d’écarter les jambes de la jeune femme avec ses propres pieds, occupant sa main libre avec les seins aux tétons toujours érigés de la joueuse. Une fois les jambes écartées, Liz vint coller son bassin contre celui de Nathalie, se frottant dangereusement contre son entrejambe. Ayant relevé sa jupe, le sexe humide et nu de Nathalie rentrait en contact direct avec la toile tout aussi humide du short de Liz. Malgré la prise solide de la main de Liz sur ses avant-bras, la joueuse aurait voulu venir faire pression sur ce bassin, accompagner de ses mains les mouvements de va-et-vient de ce corps qui ondulait sur elle.

Déjà, elle sentait son propre plaisir renaître, grandir, s’apprêter à exploser à nouveau. De tout son corps, elle venait chercher le contact presque abrasif de sa partenaire. Leur rythme était scandé par leurs souffles, courts, sonores, enfiévrés. Quand elle se retrouva aux portes de la jouissance, Liz vint provoquer son orgasme en la pénétrant promptement de tous les doigts de sa main, excepté son pouce, qui lui, vint exercer une douce pression sur son clitoris. Liz vit le visage de Nathalie s’ouvrir de surprise, pour brusquement se crisper dans une expression de plaisir intense. A nouveau, elle mordit ses lèvres pour ne pas hurler son orgasme naissant. Tout en s’appliquant aux mouvements rapides de sa main, Liz vint empêcher la morsure de son amante dans un baiser fougueux, au goût de sang.

Quand son corps fut une nouvelle fois ébranlé par les spasmes extatiques du plaisir, Nathalie ne put s’empêcher de crier dans la bouche de Liz. Cette dernière s’affaissa de tout son poids sur la joueuse et se laissa glisser jusqu’à venir reposer sur son flanc. D’une main attentionnée, elle vint chasser une brindille d’herbe que la sueur avait collé au front d’une Nathalie encore groggy par l’extase.

–          Tu sais que tu es superbe quand tu jouis ? Tu as presque la même expression que lorsque tu gagnes un match…

–          Ah ? Parce que tu connais mon expression quand je gagne un match ?

–          Je t’ai vue tout à l’heure. Tu es vraiment magnifique.

–          Euh… merci.

Nathalie plongea son regard dans celui de cette femme si surprenante, si étrange aussi. Pendant quelques secondes, elle y lut une indescriptible satisfaction, comme si elle était fière de l’avoir fait jouir. Mais aussitôt, un voile d’une tendresse déroutante se posa sur ses yeux clairs, laissant Nathalie confuse. Au loin, derrière les stands, elles entendaient la foule grouillante. Pourtant, tout semblait si calme tout à coup…

D’une caresse, Liz dessina le contour des lèvres de sa partenaire, effaçant les traces de sang. Le coude planté dans l’herbe, la joue négligemment posée sur sa main, elle entreprit de tracer tous les contours du visage de la tenniswoman qui ferma les yeux pour en apprécier la douceur.

Quand le doigt enjôleur de Liz quitta le menton de Nathalie pour se glisser le long de son cou jusqu’à son sein gauche, la joueuse sursauta et lança à son amante un regard contestataire.

–          N’y pense même pas !

–          Quoi, ne me dis pas qu’une athlète de ton niveau est déjà fatiguée ?!

–          Je te rappelle que l’athlète que je suis vient de disputer un match en trois sets dans un tournoi du Grand Chelem. J’ai le droit d’être un peu fatiguée, non ?

–          Tu en as le droit, oui, mais tu n’as pas celui de refuser que je te lèche.

–          Argh… s’étrangla la joueuse, consciente que tous les feux qu’elle croyait rassasiés dans son bas-ventre se relançaient de plus belle.

Accompagnant la parole du geste, Liz caressa d’un regard gourmand le renflement légèrement bombé du sexe de Nathalie qui s’exposait, abandonné, encore frémissant, juste en dessous de cette petite jupe relevée.

–          Tu es dangereusement sexy, là, comme ça…

–          N’importe quoi.

–          Oh que si ! Et je vais te le montrer… affirma Liz en remontant d’un geste souple sur le corps de sa partenaire.

Après avoir pris le temps d’un langoureux baiser, Liz glissa le long du corps brûlant de Nathalie, qui se cambra un peu plus au fur et à mesure de la descente. Quand les lèvres de Liz se posèrent sur son sexe, elle coinça à nouveau ses propres lèvres dans ses dents, étouffant ses gémissements.

Liz entreprit de lécher très doucement les alentours sulfureux du clitoris de la joueuse, avant de le prendre à pleine bouche et de l’aspirer avec délectation.

–          Oh ! Doucement, je t’en prie… tu vas me faire jouir en trente secondes !

–          Chut…

Les mains ramenant vers son visage le bassin de son amante, Liz reprit le jeu cruel de sa langue et de ses lèvres. Dégustant voluptueusement chaque millimètre de cette chair singulièrement érogène tout en malaxant les fesses fermes de la jeune femme, Liz se fit violence pour contenir son plaisir. Elle adopta le rythme lent et suave du vent dans les branches au-dessus d’elles. De temps en temps, elle ne pouvait s’empêcher de retenir, elle aussi, un gémissement euphorique. Les cuisses de Nathalie se refermaient progressivement, durant la montée de son plaisir, et bientôt, elle allait jouir à nouveau.

Liz releva soudain la tête, interrompant moqueusement l’excitation grandissante de sa partenaire.

–          Je savais que j’aimerais te lécher. Mais je ne savais pas si ça te plairait…

–          Rhhaaaaa ! Tais-toi et …

Nathalie marmonna quelque chose dans sa barbe et chercha à attraper la tête de Liz pour la ramener à sa besogne, mais celle-ci insista :

–          Et… quoi ?

–          Mange-moi, dit timidement la joueuse.

La bouche fendue dans un sourire béant, Liz s’exécuta, guidée par les mains impérieuses de la jeune femme. Dès que ses lèvres retrouvèrent celles plus intimes de Nathalie, Liz la pénétra de sa langue, tout en emprisonnant son clitoris dans sa bouche. La pression des mains de la joueuse sur sa tête donna la cadence à la langue inquisitrice de Liz, et bien vite, l’excitation fut à son comble. Le corps tendu à l’extrême, les cuisses prenant en étau la tête de son amante, Nathalie sentit son orgasme déferler en elle, en vagues fulgurantes de plaisir. Prise dans les contractions d’extase de sa partenaire, Liz se régalait elle aussi de cet orgasme, le prolongeant de petits coups de langues synchronisés avec les contorsions rythmées du corps de Nathalie.

Une fois la tornade de jouissance apaisée, Liz se hissa à nouveau à la hauteur de son amante.

–          C’était délicieux, merci.

–          Euh… merci à toi ! rétorqua Nathalie, encore essoufflée. Mais, dis-moi, s’il te plait, qui tu es ? Comment ? Pourquoi ? Je…

–          C’est si important pour toi ?

–          Non mais tu crois quoi ? Que j’ai l’habitude de me faire… que j’ai l’habitude qu’on me… fasse ça, comme ça ?

–          Ah ? Ca n’est pas le cas ? interrogea Liz, mutine.

Le regard sombre de Nathalie l’encouragea à étouffer son ironie.

–          Ecoute, que veux-tu que je te dise ? Tu es mon fantasme, c’est comme ça. On n’a qu’a dire qu’au moins brièvement, j’aurai été le tien. Ça te va ?

–          Ça veut dire quoi ? demanda la tenniswoman perplexe. Ça veut dire qu’on se retrouve un beau jour de Roland Garros pour une bonne partie de jambes en l’air en plein air, sans se connaître, sans chercher à en savoir plus, et sans se revoir, c’est ça ?

–          Bah, ça peut être ça. La suite dépendra surtout de toi. Tu es en plein tournoi, ça n’est sans doute pas le bon moment pour…

–          Ça, je crois que c’est à moi d’en décider.

Retrouvant quelque peu ses esprits, Nathalie se redressa, s’assit, rabattit sa jupe sur son sexe encore bourdonnant, et se retourna sur son amante toujours allongée dans l’herbe, les bras croisés derrière sa nuque. Liz la regardait presque effrontément. Elle continuait à caresser des yeux le corps athlétique de la joueuse, encore torse nu. Nathalie, aimantée par la beauté sauvage de la femme étendue à ses côtés, entreprit de défaire la boucle de la ceinture de Liz. Celle-ci la retint d’un geste vif.

–          Qu’est-ce que tu fais ?

–          Tu croyais vraiment que t’allais… me faire ce que tu m’as fait et repartir comme ça ? Tu rêves.

–          Non, tu n’es pas obligée…

Pour la première fois depuis leur rencontre, Nathalie lut une incertitude dans le regard de Liz, un soupçon de peur et de surprise. Cette femme pensait-elle vraiment qu’elle n’aurait pas envie de partager ? Faisait-elle partie de celles qui aiment donner mais n’acceptent pas de recevoir ?

Le désir de Nathalie pour Liz était pourtant bien là. Pressant. Urgent.

–          Liz, je vais te faire jouir, que tu le veuilles ou non, mais je suis presque sûre que tu le veux, toi aussi.

–          Mais…

De ses lèvres, la joueuse vint faire taire son amante, venant peser de tout son poids sur le corps ainsi prisonnier de Liz…

 

 

 

On ne connait que trop bien la suite …

 

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 18.05.2011 - 05 h 03 | 15 COMMENTAIRES
Délires à lire : une nouvelle érotique à (forte) tendance lesbienne (3e et dernière partie… la partie à TRES forte tendance lesbienne)

La fin c’est bien

Délires à lire

Nouvelle érotique

 

Voici enfin le troisième et dernier volet de cette nouvelle, qui laisse plus ou moins mamie Thérèse de côté pour en revenir à nos deux jeunes lesbiennes fraîchement rencontrées. Charlie reprend donc la narration :

 

 

 

Je n’arrive pas à me concentrer sur mon travail. Impossible de détacher les yeux de la porte d’entrée. Je suis tellement excitée que j’ai peur de rester collée à ma chaise. Si elle ne vient pas aujourd’hui, je ne sais pas si j’y survivrai ! Il est près de 14h et je n’ai même pas pris la peine d’aller manger de peur de la rater. Pour passer le temps, je me fais tout un tas de scénarii dans ma tête, tous plus chauds les uns que les autres, et chacun d’eux inclut Yaëlle et un régiment de livres. Malheureusement pour moi, j’ai une imagination débordante pour certaines choses. Si seulement je pouvais être aussi fertile pour ma thèse…

Une jupe longue apparaît. Un corps gracile, un visage radieux, un regard à couper le souffle… Elle est là. Elle investit toute la bibliothèque de son éclat et je me fais l’impression d’un point noir. Pour un peu je me cacherais ! Mais elle m’a vue. Elle s’approche.

–         Viens ! me dit-elle en arrivant à ma hauteur.

Elle prend ma main et m’entraîne vers le fond de la bibliothèque. Devant une porte où il est écrit « Personnel uniquement », elle m’attrape par la taille et m’embrasse à pleine bouche puis me dit :

–         J’ai rêvé de ça toute la nuit !

Et moi donc ! Et toute la matinée aussi…

D’un geste sûr, elle ouvre la porte tout en déboutonnant mon jean. Elle m’attire à l’intérieur d’une petite pièce obscure où les livres s’entassent dans le plus grand désordre. Le décor parfait !

–         Tu es sûre que ça ne craint rien ?

–         On ne le saura qu’en essayant, me dit-elle, mutine.

Déjà sa bouche court le long de mon cou, pendant qu’elle écarte le col de ma chemise pour atteindre mon épaule. Ses mains s’appliquent à défaire mes boutons et sa jambe vient appuyer sur ma braguette. Suis-je dans un de mes fantasmes ? Vais-je me réveiller d’un moment à l’autre, nez-à-nez avec mon ordinateur, un filet de salive aux commissures des lèvres trahissant mon égarement onirique ? Non, je respire ses cheveux, je l’entends gémir, je goûte sa peau, je sens partout ses mains, ses lèvres, je tremble sous la pression de son corps, je me perds dans ses yeux pétillants de désir. Son impatience est telle que sans même prendre la peine d’en finir avec mes boutons de chemise, dont le dernier semble être récalcitrant, elle glisse sa main entre mon jean et ma culotte pour venir poser ses doigts sur mon interrupteur à plaisir… Elle m’allume. Je prends feu.

–         Humm, tu es déjà si mouillée…

–         Ah, tu l’as remarqué ?

Les petits cercles qu’elle commence à décrire par-dessus ma culotte n’aident en rien à stopper l’inondation qui menace de me trahir à travers mon jean. Bientôt, je n’arrive plus à réfléchir ni à articuler, et le simple fait de devoir me concentrer pour ne pas crier m’apparaît comme la pire épreuve, digne des douze travaux d’Hercule ! J’entends vaguement son souffle à mon oreille, court, saccadé, presqu’autant que le mien. Pendant une seconde, ses doigts se détachent de leur objectif pour mieux le retrouver sans son ultime barrière de coton. A leur contact direct, j’ai l’impression que mon clitoris est sur le point d’exploser, et pour ne rien arranger, une autre main vient se poser sur mon sein, emprisonnant mon téton. Mon corps entier lui est ainsi livré sans la moindre résistance. Et c’est avec un plaisir certain que je la sens elle aussi s’abandonner quelque peu : de son sexe, elle vient frotter ma cuisse et chaque mouvement la pousse un peu plus contre moi. Quand je discerne l’horizon imminent de ma jouissance, deux de ses doigts s’égarent jusqu’à l’entrée de mon sexe et me pénètrent brutalement. Je n’ai pas le temps d’être surprise. Je jouis sous la répétition de ses assauts et me contracte en la maintenant fortement contre moi. Les vagues de plaisir qui déferlent dans mon bas-ventre semblent ne plus vouloir s’arrêter, et elle pousse le vice jusqu’à encourager la persistance de cet orgasme en continuant le déchaînement diabolique de ses doigts. Dans ma poitrine, c’est la révolution ! Dans ma culotte, c’est un cataclysme ! Dans ma tête, une rébellion ! Pour arrêter tout ça, je n’ai pas d’autre moyen que de m’arracher à son étreinte et inverser les rôles.

Presque sans précaution, je la renverse sur le bureau envahi de livres et de papiers et plaque ma bouche contre la sienne. Sa main, encore humide de mon plaisir, vient saisir ma tête par les cheveux pendant que j’écarte ses cuisses sous mon bassin. Malgré le bourdonnement qui s’y fait encore sentir, je colle mon sexe contre le sien, à travers sa jupe, à travers mon jean défait. Elle gémit un peu trop fort, et s’en mord la lèvre. Je me frotte plus fort, et la morsure du tissu sur mes chairs encore sensibles me fait vibrer dans un écho d’orgasme qui refuse de s’éteindre. J’en ai presque mal, mais c’est trop bon. De la langue, je redessine les courbes de son oreille, de son cou, pendant que nos bassins s’agitent. Elle gémit encore. Sa peau est salée, épicée, enivrante. Je veux la goûter, la manger, la dévorer. En soulevant son haut d’un geste sec, elle m’offre ses seins, libres et fiers, ronds et fermes… et je ne résiste pas à ses tétons jusqu’alors seulement devinés. Ils sont bien plus foncés que les miens, plus larges également, et leur relief me fascine. Ma langue les découvre, les recouvre, et mes lèvres les enserrent précieusement.

D’une main inquisitrice, je soulève lentement le tissu léger qui me cache ses jambes. Je le retrousse jusqu’à la taille et le bloque contre mon ventre alors que ma main repart pour une autre mission tout aussi délicate. Elle m’aide, d’un mouvement de hanches, à faire glisser sa culotte à ses pieds. Ma bouche quitte alors sa poitrine pour s’engager entre ses cuisses. Je m’immobilise à quelques millimètres à peine, et c’est elle qui vient de son sexe rencontrer mes lèvres, dans une violente tension de tout son corps. Je savoure cette seconde exquise où plus rien ne compte que ce contact fluide, cette fusion charnelle où l’inconnu se révèle dans le brasier de l’intimité. Ma langue devine ses envies, ses besoins à chacun de ses sursauts, et elle y répond de bonne grâce. Son clitoris enfle sensiblement, et à chaque coup de langue, la pression de ses mains sur ma tête augmente.

–         Oui… Oui… Oui !

Son corps semble bouger sans le moindre contrôle, ses jambes se referment sur moi dans un réflexe galvanisant. Ma détermination se renforce et mes mains viennent chercher la rondeur de ses fesses. Mes lèvres l’emprisonnent résolument et comme mes doigts, tels les griffes d’un chat satisfait, impriment leur marque dans le velouté de sa croupe, ma bouche l’aspire et se délecte de sa vulve jusqu’à ce que…

–         Oh oui ! Oui ! Oui ! Ouiiiiiiiiiii !!!!!

Oh mon Dieu ! Elle jouit sans aucune retenue, et sa voix en cet instant fait naître en moi une furieuse contradiction : je suis partagée entre la peur d’être découverte, et une excitation encore plus grande. Je suis loin d’être rassasiée.

Le souffle encore entrecoupé de gémissements, elle se redresse et porte mon visage à ses lèvres. Son baiser est sans réserve. Je prends un peu de recul pour apprécier ses traits. Un franc sourire illumine sa figure, et je ne peux m’empêcher de rire moi-même.

–         C’était… bon ?

–         Très bon.

–         Est-ce que tu veux… encore … ?

–         Encore et toujours !!!

Je n’ai pas le temps de me réjouir de sa réponse. Des pas résonnent dans le couloir juste devant la porte. Nous avons à peine le temps de nous précipiter sous le bureau que la porte s’ouvre.

–         Il y a quelqu’un ?

Difficile de garder le silence dans ces circonstances, rester immobile l’est encore plus quand on serre contre soi l’objet de ses désirs. Yaëlle est assise sur moi et a posé sa main sur ma bouche. Les pas se rapprochent de nous et la même question se fait entendre une seconde fois. Mon cœur bat tellement fort que je suis presque persuadée que c’est son bruit sourd qui va nous trahir. Yaëlle aussi s’emballe, mais plus dangereusement que moi. Dans le silence de cette atmosphère oppressante, elle vient poser sa main sur mon entrejambe. Je la regarde, incrédule, et son sérieux me précipite dans un abysse insondable. Bien malgré moi, mon sexe bouillonne et la pression de ses doigts manque de me faire gémir.

Comme par égard pour ma pauvre pompe sanguine sur le point de défaillir, le consciencieux bibliothécaire à l’affut se décide enfin à faire marche arrière. Il n’a pas encore refermé la porte quand la main de ma tortionnaire rentre en contact direct avec … ce volcan érogène qui culmine dans mon pantalon. Je me mords l’intérieur des joues jusqu’au sang pour m’empêcher de crier. Mes yeux lui envoient des foudres de fureur et d’avidité à la fois. Quand nous nous retrouvons enfin seules, j’explose en sifflant :

–         Non mais ça va pas ?!

–         Ne me dis pas que ça ne t’excite pas.

Effectivement, je ne peux pas le dire.

–         Moi aussi je veux te lécher, me dit-elle pour m’achever.

A la seule idée de sa bouche sur moi, je suis à deux doigts de l’orgasme (sans mauvais jeu de mots). Sans nous soucier du moindre confort, nous nous allongeons à même le sol et ses mains tirent frénétiquement sur mon jean. Elle ne prend pas la peine de dégager plus de surface que le strict nécessaire et se jette avec voracité sur mes lèvres que ses doigts entrouvrent. Fier et gonflé, mon clitoris l’accueille héroïquement. Malheureusement, je me sens bien moins glorieuse que lui, et je sais qu’à ce rythme-là, il ne me faudra pas deux minutes pour…

–    Oh mon Dieu ! Attends, je… je.

Mais elle n’attend pas. Et je jouis dans sa bouche, sa langue continuant imperturbablement ses circonvolutions machiavéliques. Le cri que je retiens se mêle à ma salive et le goût du sang dans ma bouche me secoue. Je reprends mes esprits presqu’instantanément, bien décidée à prendre ma revanche.

Sans ménagement, je me retourne et la maintiens face contre terre, caressant de mes dents la naissance de son cou au sommet de son épaule. Comme si elle s’était habituée à ce geste grisant, ma main remonte une nouvelle fois sa jupe pour dégager le charmant rebond de ses fesses. Emue mais résolue, elle caresse tendrement ces chairs fermes et frétillantes avant de s’engouffrer dans cette zone détrempée qui l’attire. Mes doigts s’attardent quelques secondes à l’entrée de son sexe, mais son impatience m’implore :

–         Viens ! Vite…

Ses désirs sont des ordres. Je rentre en elle comme on trouve une oasis : assoiffée. Ses gémissements me font tourner la tête, mais mes doigts, eux, ne perdent pas le nord. Ils s’affairent lascivement dans ce cocon chaud et humide. Quand j’accélère, elle se tait et se tend de plus en plus sous mon corps. Quand enfin mes doigts ne deviennent plus qu’une intense vibration, elle reprend (un peu plus en sourdine cependant) son incantation approbative :

–         Oui… Oui… OUI !!!

–         Chut… fis-je dans un sourire.

–         Humm…

 

Quand nous sortons de la salle, nous envisageons d’un commun accord de reprendre cette conversation dans un lieu plus… approprié. Je lui explique que je dois attendre une amie et nous décidons d’un rendez-vous pour le soir même. Belle perspective. Puis je dois me contenter de la regarder s’en aller. Quand elle arrive à la porte, elle croise Thérèse, avec qui elle échange quelques mots, le sourire aux lèvres.

 

 

 

–         Bonjour jeune fille !

–         Bonjour madame, me répond-elle poliment.

–         Oh ne m’appelez pas « madame » ! Je m’appelle Thérèse.

–         Bonjour Thérèse, moi c’est Yaëlle, me dit-elle gentiment, mais visiblement perplexe.

–         Enchantée Yaëlle. Vous êtes bien mignonne mon petit, vous devez en faire tourner des têtes !

–         Oh merci mad… Thérèse.

–         Vous êtes venue pour Charlie ?

–         Mais comment ?!… Ok… disons que… je suis « revenue » pour Charlie.

–         Et … est-ce que vos intentions sont honorables ?

–         J’avoue que je ne sais pas encore quelles sont mes intentions Thérèse…

Ah, l’insouciance de la jeunesse !!!

–         Mais je crois qu’elle en vaut la peine ! se rattrape-t-elle.

–         Pour sûr !

–         Et si elle veut bien nous donner une chance…

–         Parfait. Ne lui abîmez pas les ailes mon petit, ne lui abîmez pas les ailes.

–         Je ferai de mon mieux mada… Thérèse, me dit-elle dans un sourire tendre et radieux.

Je ne sais pas ce que ça peut valoir au lit, mais décidément, elle a bon goût ma Charlie. Et comme je m’apprête à la quitter elle me lance :

–         Elle a bien de la chance, Charlie de vous avoir pour amie…

Et elle s’en va dans un clin d’œil et les volutes de sa jupe longue.

 

A sa place habituelle, je vois que ma jeune amie nous a observées. J’en souris à l’avance. Je suis, comme tous les jours, impatiente de la retrouver, mais aujourd’hui peut-être plus encore. Non que je compte lui raconter en détail mes parties de jambes en l’air avec Albert, mais… les grandes lignes peut-être, parce que cette fois, j’ai quand même tiré le gros lot (si je puis me permettre…) ! En m’approchant d’elle, je devine aux rougeurs sur son visage et à ses cheveux encore plus ébouriffés que d’habitude qu’elle aussi doit avoir quelque chose à me mettre sous la dent…

–   Au diable les bouquins et ta fichue thèse aujourd’hui, viens donc prendre un coca à la maison !

–   Mes respects à votre sagesse, Thérèse !

Et nous voilà parties, bras dessus bras dessous de l’autre côté de la rue, pour éviter à tous ces rats de bibliothèque de se consumer d’exaspération à l’écoute de nos nuisances de commères, sans comprendre que rien de ce qui se trouve dans ces livres, aussi bons soient-ils, ne pourra remplacer l’expérience et le partage de la vie dans toute sa démesure.

 

 

Fin

éducation libéro-sexuelle | Histoire érotique entre vieux | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 17.05.2011 - 17 h 17 | 17 COMMENTAIRES
Délires à lire, Partie 2 (facultative pour les anti-hétéros)

Au milieu, c’est bien aussi…

Délires à lire

Nouvelle érotique

 

Suite de la première partie publiée hier ( http://bulle.yagg.com/2011/05/16/delires-a-lire-nouvelle-erotique-a-forte-tendance-lesbienne/ ), la parole est désormais à Thérèse. Âmes sensibles, s’abstenir !

 

 

 

Rolala… elle va me tuer cette petite ! Peut-être qu’elle croit que ça ne me fait plus rien à mon âge, ses péripéties sexuelles, mais moi ça me retourne comme un flan ! Le problème aujourd’hui, c’est que le caramel, il ne dégouline plus beaucoup. Faut dire que ceux qui veulent me planter la cuillère ne sont pas aussi nombreux ni vigoureux qu’autrefois… Bébert est un gourmand, ça se voit, mais il a de la barbe, et moi, la barbe, je n’aime pas. Ca me pique. S’il se rase, là je ne dis pas…

Regardez-moi cette petite, ça n’a pas un quart de siècle que ça croit tout savoir de la vie. Et que ça a des problèmes existentiels. Et que ça vit des drames sentimentaux. Et que ça n’a absolument pas conscience de la chance que ça a d’avoir un corps qui ne ressemble pas encore à la base d’une chandelle ratatinée qu’on a ruinée en prières inutiles. Elle est belle comme un cœur, même si elle se donne un peu des airs de jeune premier, avec ses cheveux courts et tout plein de gel pour les faire tenir dans tous les sens ( moi je croyais que le gel, c’était pour effacer les épis…). Avec ses jeans et ses chemises blanches ou noires, elle a des allures de professeur, strict, sexy, avec un charme fou, sauf qu’elle est étudiante et qu’elle n’a absolument pas conscience de son pouvoir de séduction. Peut-être que si j’avais eu cinquante ans de moins, je me serais laissée séduire par ces grands yeux dorés… mais je suis vieille et je n’ai jamais aimé que des hommes. Certains qui ne méritaient peut-être même pas l’appellation d’homme, mais bon. Je leur pardonne.

Charlie est un peu ma deuxième jeunesse. Celle que je n’ai pas pu vivre, celle qu’elle veut bien partager avec moi. Elle ne l’avouera même pas sous la torture, mais ce n’est sûrement pas de son âge de passer ses après-midi avec une vieille comme moi. A cet instant par exemple, je sais qu’elle préfèrerait faire des galipettes avec la petite bronzée de tout à l’heure. Comment lui en vouloir ?! Au lieu de cela…

–          Tu reveux du thé ?

–          Je veux bien, mais j’arrête les spéculos. J’ai pris deux kilos depuis que je viens chez vous Thérèse !

–          Mais qu’est-ce que tu me chantes cocotte ? Si on te suspend à l’horizontale, on dirait un fil à linge !!!

Ils me désespèrent ces jeunes. Pas étonnant qu’ils ne sachent plus vivre puisqu’ils ne savent plus manger !

–          Vous croyez qu’elle va revenir, Thérèse ?

–          Ben c’est ce qu’elle t’a fait comprendre, non ?

–          Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ?

–          Qu’est-ce qui t’arrive, mon petit ? Ce n’est quand même pas la première fois que tu te fais draguer quand même ! Rappelle-toi la russe, tu ne lui avais même pas laissé le temps d’apprendre à dire « bonjour » et « au revoir » que déjà elle pensait maîtriser toutes les nuances de ta langue de française !

–          Oui, bon… et vous Thérèse ?

–          Quoi moi ?

–          Vous en êtes où avec le voisin ?

–          Albert ?

–          Vous avez beaucoup de voisins qui vous courent derrière ?

–          Inutile de me le rappeler, jeune fille !

–          Désolée, Thérèse. Alors ?

–          Ben alors, il veut me montrer sa quéquette, mais je ne sais pas si c’et une bonne idée. Parce que  tu comprends, à mon âge, un choc ça peut m’être fatal, et je ne sais pas comment il est conservé le Bébert.

–          Il a l’air en forme. Je le vois souvent sur son vélo. C’est bien qu’il continue le sport à son âge. Et puis il est raide dingue de vous, ça se voit.

–          Dingue peut-être, mais raide ça m’étonnerait…

–          Boah, Thérèse, vous faites la difficile…

–          Dis, tu accepterais n’importe qui toi, sous prétexte que t’as plus l’âge d’avoir le choix ?

–          Pourquoi, il ne vous plait pas du tout ? C’est qui votre fantasme ?

–          Si je te le dis, tu vas te payer ma tête…

–          Non, allez, dites ! implore-t-elle de ses petits yeux curieux.

–          Julien Leperse.

–          Non !!!

–          Si. Et arrête de hennir comme un cheval ! Ma sœur, elle est amoureuse de Derrick.

–          Au secours…

Ca fait du bien de la voir rire comme ça. C’est qu’elle n’a pas eu la vie facile cette petite. Mais je ne l’ai jamais entendue se plaindre de quoi que ce soit.

Quand je referme la porte derrière elle, tout redevient triste. Même faire la vaisselle me donne envie de pleurer. Qui aurait cru que je deviendrais dépendante de la compagnie et de la bonne humeur d’une jeune étudiante, idéaliste et lesbienne de surcroit ? Ah les temps changent… et moi aussi. Pourtant, ça n’est pas parce que ma vie aujourd’hui n’est pas aussi trépidante que la sienne que j’y renonce !

D’ailleurs en parlant de ça, je me demande si Albert a compris l’allusion à sa barbe… L’autre jour, je lui ai demandé s’il la supportait bien, en disant que moi je ne pourrais pas en porter parce que j’y suis allergique. Il n’a même pas eu l’air de tiquer. Il faut dire qu’il n’est pas très perspicace le Bébert. Mais au point où j’en suis, tant pis. S’il n’a pas percuté, je vais carrément lui dire que s’il la rase, je lui offre une pipe. Peut-être que le chantage, ça marcherait… Quoi que… Il serait capable de me répondre qu’il ne fume pas !

Tiens, ça devrait être lui justement qui frappe à la porte, c’est l’heure de son retour du PMU. Oui, c’est bien lui, sa veste à carreaux, son journal, et son feutre sur la tête. Je sais que quand j’ouvrirai la porte, il l’ôtera dans une petite révérence.

–          Bonjour Al…

Mon Dieu ! Il a coupé sa barbe ! Disparue ! Pfffuit ! Envolée la barbe !!! Et là, qui est-ce qui va faire des galipettes ?!!!

–          Bonjour Thérèse, dit-il en portant la main à son chapeau.

–          Bonjour Albert ! Vous êtes magnifique ! Vous avez rajeuni de 10 ans !

–          Cela suffirait-il pour mériter le privilège de pouvoir vous faire la cour ?

–          Entrez Albert, nous avons passé l’âge des ronds de jambes et des courtoisies.

–          Bah, ne dites pas ça. J’aime vous courtiser.

–          Et vous comptez faire ça longtemps ou vous envisagez de passer à l’acte à un certain moment ? dis-je en fermant la porte.

–          Je vous demande pardon ?

–          Oh, allez Albert, ne le prenez pas mal, mais parlons franchement, dans l’honnêteté du grand âge qui est le notre. Est-ce que je vous intéresse Albert ?

–          Mais… bien sûr ! Enfin, je veux dire…. bredouille-t-il.

–          Bien, parce que vous m’intéressez aussi Albert.

–          Ah, bien bien. Et donc ?

–          Donc… vous souvenez-vous comment… on donne un baiser ?

Ciel ! J’ai l’impression de devoir faire tout le boulot à sa place. Il est tout hésitant mon Albert. Il me sourit, maladroitement. Je fais un pas vers lui. Il ne recule pas. Je l’attends.

–          Oh Thérèse ! me lance-t-il avant de se jeter passionnément dans mes bras.

 

Humm… Il est doué le Bébert. Ca n’est pas désagréable. Pour la bagatelle, je ne dis pas, mais au moins, il embrasse bien. Tendre mais pas aussi mou que je l’aurais cru. Il s’est brossé le dentier juste avant de venir on dirait. Et puis il a des mains douces. Il les a posées sur mes joues. J’aime ses mains. N’empêche qu’il va bien falloir que je respire quand même !

–          Et bien Albert ! Que de talents cachés…

–          Oh Thérèse…

Le voilà qui revient à la charge. Cette fois, sa passion nous entraîne contre la table de ma salle à manger. Aïe.

–          Albert… je … pas ici ! Je n’ai plus l’âge pour cela, et vous non plus !

–          Oh pardon Thérèse…

–          Venez par ici.

Et dire que je vais ouvrir ma chambre à un homme… Ca fait tellement longtemps ! En tous cas, mon corps lui se rappelle comment on fait ! Je suis aussi excitée qu’une adolescente !!! Qui a dit que la libido s’éteignait avec le temps ? Pour détromper les mauvaises langues, il suffirait de venir faire un tour dans ma culotte !

–          Thérèse ?

–          Oui ?

–          Vous… êtes surprenante.

–          Merci Albert. Je dois dire que vous m’étonnez aussi, dis-je en observant d’un œil bienveillant la bosse naissante à son entrejambe.

–          Est-ce que je peux… vous déshabiller ?

–          Avec plaisir, mais laissez-moi donc éteindre la lumière.

C’est que je ne voudrais pas qu’il parte en courant le bougre, en voyant que sans mon soutien-gorge, je peux me faire une écharpe de mes seins. Et puis allez savoir à quoi ça ressemble une baïonnette de septuagénaire ?! En tous cas, il est touchant le Albert : il me rend folle avec ses mains, et sitôt la lumière évanouie, il passe à la vitesse supérieure en faisant voler mon chemisier à travers la chambre.

–          Oh Thérèse… me souffle-t-il en pétrissant mes seins à travers leur prison de métal et de dentelle (c’est que je soigne mes dessous, juste au cas où…).

–          Albert, je n’arrive pas à défaire votre ceinture !

–          Voilà Thérèse, voilà, me dit-il alors que son pantalon tombe sur ses chevilles.

Ceci étant fait, il se concentre sur ma jupe, puis sur ma gaine pendant que je m’applique à défaire les boutons de sa chemise. Au fur et à mesure de notre déshabillage commun, fort agréable par ailleurs, nous nous rapprochons du lit. Quand ma cuisse vient heurter le matelas, Albert me renverse délicatement sur les draps et vient s’allonger sur moi.

–          Oh Thérèse ! Vous êtes si douce !!!

Ses mains, pleines d’arthrose certes, mais si habiles, me caressent amoureusement de ma gorge à mes hanches et je m’étonne que les miennes parcourent son dos avec autant de plaisir. Il est doux. Etrangement doux. Comme si les ans avaient érodé sa peau comme l’eau polit la pierre. Mais j’avoue que ce qui me surprend le plus, c’est la « chose » qui se durcit de plus en plus contre ma jambe droite. Honorable Albert, très honorable ! Dans un sursaut d’audace, je me permets d’effleurer ses fesses, puis de les pincer. J’ai toujours trouvé que c’était la partie la plus agréable de sa personne, et ce malgré ses pantalons de velours mal coupés. Il a de très beaux restes, ses muscles se contractent et son corps vient se presser plus fort contre le mien.

–          Oh Thérèse !

–          Humm… gémis-je comme il glisse sa main entre mes jambes.

Dans l’expectative, je guette l’avancée de ses doigts, qui s’aventurent d’abord le long de mes cuisses, puis à l’intérieur de celles-ci. Il prend son temps, mais je vais perdre patience…

–          Albert, je vous en prie…

–          Oui Thérèse.

Mon chevalier servant s’exécute en posant enfin ses doigts là où il faut. J’ai l’impression de pouvoir subitement grimper aux rideaux (ce que je me retiens de faire parce que ça m’a pris du temps d’en faire les ourlets, et je m’en voudrais de les abîmer !). Albert s’agite contre ma jambe, probablement autant que sa sciatique le permet, pendant que sa main excite mon… (Hey ! J’ai beau ne pas avoir la langue dans ma poche, je ne m’abaisserai pas à vous parler de mon…). Néanmoins, cela suffit à faire tomber mes dernières réserves. Je n’y tiens plus. Sans prendre la peine de lui ôter complètement son slip kangourou, j’y enfonce ma main pour me saisir de son… waouh ! Son gourdin !!! Décidément, je crois que je ne suis pas au bout de mes surprises…

–          Oh Thérèse ! Vous me…

–          Vous aussi Albert, vous aussi !

–          Puis-je …

–          Vous pouvez !

Afin de couper court à ses hésitations, ma main lui indique le chemin. Je suis aussi tendue que pour ma première fois ! Fort heureusement, lui aussi est tendu…

–          Attendez Thérèse… je n’ai pas de… protection…

–          M’enfin Albert ! Ca fait bien longtemps que je n’ai plus rien à protéger… et je suis même prête à mourir d’une maladie vénérienne s’il le faut ! De toute façon, je pense que je vais faire une crise cardiaque si vous ne vous décidez pas à…

–          Certes, certes…

Oh mon Dieu ! C’est… C’est… Humm… C’est… Oh Seigneur ! Waouh !! Vive la France !!! Et vive la ménopause !!!

 

LA SUITE ICI. Et naturellement, le meilleur pour la fin !

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 16.05.2011 - 22 h 04 | 14 COMMENTAIRES
Délires à lire : nouvelle érotique à (forte) tendance lesbienne

Là où tout commence et tout finit…

Avant-propos : Je tiens à souligner ici que cette nouvelle fut écrite avec une contrainte stricte, incontournable, et insolite. Elle devait contenir au moins une scène érotique homo et une scène érotique hétéro. Ne vous indignez pas : le jury était à l’époque constitué de deux hétérosexuelles (dont l’une a d’ailleurs depuis lors,  rejoint la communauté !) et il nous fallait les amadouer un minimum. J’en appelle à votre ouverture d’esprit et à votre clémence.

Je dois aussi vous prévenir que, pour des raisons de longueur, la lecture se fera en trois parties plus ou moins proportionnelles. Je vous souhaite une bonne lecture et attends vos impressions.

 

Délires à lire

(Nouvelle érotique)


 


 

Il est 14h45, c’est l’heure de Thérèse. Je sais que d’un instant à l’autre, elle s’apprête à franchir les portes de la bibliothèque avec son chignon poivre et sel et son cabas à rayures. Et je l’attends vraiment avec impatience. Les Feux de l’Amour se terminent et comme tous les jours elle va se réveiller de sa sieste télévisuelle, arranger ses cheveux, troquer ses chaussons contre une paire de chaussures orthopédiques, remettre ses dents à leur place et traverser la rue qui la sépare de ce grand bâtiment pour me rejoindre. Malgré ses 72 ans, n’ayons pas peur de le dire : j’aime Thérèse. Elle est terrible ! Si j’avais eu une grand-mère, elle lui aurait probablement ressemblé.

Nous nous sommes rencontrées il y a un peu plus d’un an. Je commençais à peine mes recherches sans avoir encore complètement déterminé quel serait le sujet de ma thèse. J’avais décidé de venir travailler à la bibliothèque pour m’imposer un maximum de sérieux, et surtout pour échapper aux psychodrames quotidiens que subissaient mes colocataires. Je vivais, et vis toujours d’ailleurs, avec Pascale et Stéphanie, des amies de longue date, désespérément hétérosexuelles et qui ont pour fâcheuse habitude de tomber sur des gars qui ne sont pas parfaits. Aussi, dès que l’une découvre que son Jules a des poils d’épaule, ou que l’autre démasque le sien en flagrant délit d’œillades sur la poitrine ou les jambes d’une inconnue, notre appartement fait concurrence au mur des lamentations. Et généralement, mes oreilles ne sont pas épargnées par ces échos de défauts toujours plus amplifiés de la gente masculine, qui pour ma part, ne me préoccupent en rien.

Thérèse a bouleversé ma vie auditive, et ce depuis le premier jour. J’étais en pleine contemplation de vol de mouche quand elle a débarqué juste à côté de moi. Elle s’est assise bruyamment, mais comme des têtes se retournaient dans l’indignation la plus féroce, elle apitoya tout le monde dans une grimace de douleur et un petit râle qui signifiait «  Ayez donc pitié de moi qui suis si vieille car le jour où vous serez à ma place… ». Mouais… mon œil ! A peine les presque incendiaires se replongeaient dans leur chaste lecture que la bouche de mamie Thérèse se fendait dans un des sourires les plus vicieux que je n’ai jamais vu de ma vie. Quand elle vit que je l’avais démasquée, elle me dit dans un clin d’œil :

–          Si à mon âge on ne peut pas se permettre d’être un vieux con…

–          Vous avez tout mon respect madame ! répondis-je en souriant.

 

Plus tard dans l’après-midi, alors que je regardais passer une très jolie jupe, fendue pratiquement jusqu’à la taille (et ce uniquement par amour pour la mode), ce fut elle qui surprit mon regard et je dus rougir (juste pour la forme)  car elle me dit :

–          Je ne pense pas que vous trouviez votre inspiration dans ce début de cellulite, jeune fille, ça vous dit une tasse de thé ?

–          Il n’y a que du café dans le distributeur de boissons.

–          J’habite de l’autre côté de la rue, fut sa réponse.

J’avais beau avoir la certitude qu’il était impossible qu’elle me drague, sa proposition me surprenait quand même. Pourtant, je l’acceptais, et je ne le regrettais pas. Je fis la connaissance du personnage le plus haut en couleurs qui soit.

Depuis, quatre fois par semaine, j’attends Thérèse à 12h45, juste pour le plaisir de l’avoir avec moi pendant deux heures de travail sans la moindre productivité, puis vers 17h, elle m’accueille dans la petite maison à la porte bleue, juste en face, et nous prenons le thé en échangeant les propos les moins conventionnels qui puissent exister.

 

Je guette le chignon de ma septuagénaire préférée quand je remarque une démarche… intéressante. Une peau mate, peut-être métissée, des formes ni trop généreuses, ni trop effacées, une souplesse et une assurance naturelle dans l’allure, un sac d’étudiant calé nonchalamment sur la hanche : toute de lin blanc vêtue, elle a l’air d’une apparition angélique, exotique mais angélique. Presque immédiatement, j’ai l’impression qu’en moi, une machine se met en route. Elle n’est pas maquillée mais a les cheveux longs ; elle semble à la fois sportive et féminine ; elle dégage quelque chose de contradictoirement attirant mais inaccessible, quasi-sauvage. Elle reste quelques secondes figée devant les portes d’entrée de la grande salle, comme hypnotisée par tous ces livres, puis elle secoue la tête, comme pour se réveiller et se dirige d’un pas ferme et décidé en direction du XIXe siècle français. Apparemment, elle sait ce qu’elle cherche, et quand elle le trouve, elle vient s’asseoir à quelques tables de là où je me trouve et déballe ses affaires.

Je pourrais prendre la peine de me cacher derrière l’écran de mon ordinateur pour continuer à l’observer discrètement, mais même pas. J’en ai même oublié d’ôter mon doigt de la touche « f ». Une voix dans mon dos me fait sursauter :

–          Rolala ! C’est du propre jeune fille !!! C’est quoi ce ffffffffffoutoir ?

–          Ah… Salut Thérèse !

–          Dis, t’as pas honte de mater comme ça ! Et ton travail, tu crois qu’il va se faire tout seul ? Voyons-voir à quoi elle ressemble celle-là, dit-elle en essayant de trouver le point de fuite de mon regard. Mouais, c’est mieux que la dernière. Mais c’est quoi ça comme espèce ?

–          Une espèce en voie de disparition Thérèse, une vraie bombe ! dis-je en effaçant les 3 pages de « ffffffffff » qui ont envahi mon document Word.

Je dégage mes affaires pour que Thérèse s’installe, mais elle n’a pas l’air pressée de s’asseoir. Sa tête fait des allers-retours entre l’objet tout récent de ma fascination et moi.

–          Oui, vous feriez un mignon petit couple.

–          Thérèse, enfin ! Calmez-vous, je ne la connais pas encore…

–          Depuis quand c’est un problème ça ? Tu veux que je t’arrange le coup ?

–          Non mais ça va pas la tête ?! Posez-vous par ici et arrêtez de la regarder comme ça, vous allez nous faire repérer ! Et je n’ai pas besoin de vous pour…

–          Oh, ça va mon petit. Moi j’dis ça… j’dis rien. N’empêche que… si je peux te rendre service…

Je ne sais pas trop comment réagir entre crise de fou rire ou protestations pudiques. J’essaie de détourner son attention en lui demandant ce qu’elle a décidé de lire aujourd’hui. Elle n’a pas l’air du tout convaincue par mon changement de sujet, mais elle se lance néanmoins dans le résumé de l’œuvre d’un roumain au nom imprononçable, qui aurait écrit sur les mœurs douteuses des curés de campagne du début du XXe  siècle. Je connais sa passion pour les récits les moins orthodoxes et c’est d’ailleurs ce qui m’a tout de suite plu chez Thérèse : son mépris total des convenances, et ce, malgré son âge. Et d’après ce qu’elle ma raconté (je veux bien la croire), il semblerait qu’elle n’ait pas attendu de gagner le statut respectable de sénior pour se permettre d’exposer librement son point de vue.

J’attends qu’elle se plonge dans sa lecture pour faire semblant de retourner à mon travail. Du coin de l’œil, je scrute la table qui a l’honneur et le privilège de recevoir une bien charmante apparition… sauf que celle-ci a disparu ! Ses affaires sont là cependant, alors j’ose supposer qu’elle se trouve quelque part dans les rayons. Je balaie la grande salle du regard sans la voir. Il faut que je la trouve. Il faut que je me lève. Pendant une seconde, je pense devoir me justifier auprès de ma voisine de bureau, mais je ne me donne même pas cette peine, d’autant que je la vois qui lève sur moi un  regard entendu. Je commence par les premières allées juste devant moi, puis je remonte jusqu’au fond de la salle, sentant s’amoindrir l’espoir à chaque détour, alors que mon excitation, elle, grandit chaque seconde un peu plus. J’ai l’impression de chasser. Mais quand enfin je tombe sur ma proie, c’est comme si le piège se refermait sur moi ! Elle est là. Elle me regarde. Je suis prise.

En flagrant délit de stupidité. Dans un pitoyable réflexe, je détourne mon regard sur les étagères poussiéreuses de ce rayon que personne ne semble avoir visité depuis plus d’un demi siècle. Je sens qu’elle m’observe, qu’elle se rapproche tout doucement, qu’elle va me parler.

–          Tu t’intéresses vraiment aux archives des périodiques économiques de 1927 ? me demande-t-elle amusée.

Sa voix est aussi chaude que le reste de sa personne, et sa proximité soudaine et inespérée attise violemment ce que la traque inter-rayonnages avait déjà réveillé dans mon bas-ventre. Le désir. Mon douloureux appétit pour ce concentré de sensualité, cette incarnation de la féminité extrême et sauvage.

–          Euh… non. En fait, je…

–          Tu me suivais.

Je suis perdue.

–          Je t’ai vue tout à l’heure. Me regarder. Je t’ai regardée aussi.

Gloups.

–          Ah.

Elle continue de s’approcher de moi, lentement, comme dans un film érotique à deux balles, sauf que ça me fait un effet bœuf ! Je n’arrive pas à savoir si elle va me sauter dessus pour me mettre en pièce, me manger toute crue, ou si simplement elle attend une explication quelconque pour mon comportement scabreux.  De près, elle est encore plus belle. Son haut immaculé laisse transparaître deux tétons particulièrement foncés et… qui pointent ?! Pourtant la clim est bien insuffisante, surtout dans cette partie déserte de la bibliothèque. J’avale ma salive avec difficulté.

–          Tu t’appelles ? me demande-t-elle à quelques centimètres à peine de mon oreille.

–          Euh… Charlie

–          Humm, ça te va bien.

–          Merci, et toi ?

–          Yaëlle.

Bien sûr… Yaëlle, what else ? Y’a elle et rien d’autre !

–          Charmant.

–          Alors Charlie, je peux faire quelque chose pour toi ?

Je pense bien à quelques petites choses, là maintenant tout de suite, mais…

–          Euh… ben c’est-à-dire que là…

–          Tiens, c’est marrant, je ne t’aurais pas cru aussi timide.

–          Je ne suis pas timide ! C’est juste que…

Elle coupe net ma tentative de justification en posant ses lèvres sur les miennes. Un peu trop fort d’abord, puis elle réajuste le tir en m’attrapant par les hanches. Et moi qui pensais avoir pour fâcheuse habitude d’être trop directe ! Je suis complètement déboussolée. Ses lèvres sont brûlantes. Humides mais brûlantes. Et son souffle me fait l’effet d’une vapeur grisante. Est-ce qu’elle jouerait avec moi ? Pour m’en assurer, et reprendre le dessus, ma langue s’aventure au-delà de la barrière de ses lèvres qu’elle avait laissée entrouverte, et mes mains viennent à leur tour se percher juste au-dessus de ses fesses, à cet endroit stratégique propre à encourager le plaisir tout en restant aux bornes de la décence. Notre étreinte cependant nous fait peu à peu perdre la moindre retenue. Mes initiatives semblent avoir provoqué une certaine perte de contrôle, et voilà qu’à tour de rôle, nous nous retrouvons plaquées d’un côté et de l’autre de l’étroite rangée d’étagères. Nos mains se cherchent, et quand elles se trouvent, c’est pour mieux nous repousser.

–          Attends, me devance-t-elle. On ne peut pas… pas comme ça, pas ici…

Ah bon ? Merde.

–          Je… je sais, je suis désolée.

–          Oh, ne t’excuse pas. J’ai eu envie de toi dès que je t’ai vue tout à l’heure, en rentrant.

Voilà pour la subtilité… Argh ! Ce regard langoureux… ce petit sourire doux-amer et cette tension involontaire qui agite ces muscles, comme autant de preuves de son excitation. Sans doute équivalente à la mienne…

J’aimerais pouvoir faire une pause, un arrêt sur image pour me demander ce qui est en train de se passer. Je ne vais pas jouer les Sainte Nitouche, je ne suis plus chaste et pure depuis longtemps, et mes errances sexuelles m’ont amené dans toutes sortes de situations toutes plus inavouables les unes que les autres. Mais jamais, même dans mes meilleurs fantasmes, on ne m’avait abordée comme ça.

–          Il vaut mieux que je m’en aille.

Pof ! Le charme est rompu. Déjà elle tourne les talons et va disparaître au coin de l’allée quand elle se retourne.

–          A demain peut-être, me dit-elle dans un clin d’œil.

–          Attends …

Mais elle est partie. Oula, j’ai besoin de m’asseoir moi ! Je me sens toute chose… Thérèse, il faut que je raconte ça à Thérèse.

 

 

LA SUITE ICI, à supposer que cela vous tente…

Pour ceux et celles qui se posent la question, les scènes érotiques sont dans les deux parties suivantes !

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