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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
Photopoésir | poésie | Une histoire parmi tant d'autres... | 21.03.2017 - 14 h 08 | 3 COMMENTAIRES
Ô jeunesse dyslexique

Jeudi dernier, dans ma ville, dans mon ancien lycée, un élève a disjoncté. Aujourd’hui, dans la même ville, dans le lycée voisin dans lequel je travaille, il est difficile de faire « comme si ».

Difficile de répondre à des questions pour lesquelles nous n’avons pas de réponse pertinente.

Difficile de rassurer quand on ne l’est pas soi-même.

Difficile de réagir face aux élèves, aux collègues, aux membres de la famille et aux amis proches ou moins porches qui se sont inquiétés.

Difficile de reprendre le cours de la vie, les cours sur la vie, la vie tout court. 

Difficile de parle. Difficile de se taire.

Difficile surtout de croire que l’on découvre à chaque fois que la jeunesse est « fragile ». Influençable et influencée. Souffrante et délaissée. Vivante et déconnectée de la réalité. En demande constante d’attention, de reconnaissance, de considération. En besoin constant d’écoute, de partage et de bienveillance. Difficile de croire qu’il faille un événement de ce genre pour se rappeler que nous avons une responsabilité envers notre jeunesse, nous parents, nous enseignants, nous société soi-disant évoluée. Difficile de croire qu’il faille des actes extrêmes pour nous rappeler que la télé n’est pas une babysitter, qu’un téléphone ne remplace pas une oreille aimante, qu’un ordinateur n’est pas un compagnon de jeu. Difficile qu’il faille en arriver là pour nous rappeler que les violences banalisées (verbales comme physiques), que l’intolérance et le racisme, que la radicalisation et le mal être sont des fléaux qui minent notre jeunesse à fleur de peau. Comment peut-on oublier que tout est « terrible » et « difficile » à cet âge ? 

Je ne veux revenir ni sur les faits, ni sur les motivations, ni sur les conséquences. Je ne veux ni blâmer, ni pleurer, ni me taire. Je veux juste partager avec vous ces quelques mots, aussi vains, absurdes et dérisoires soient-ils. 

 

Ô jeunesse dyslexique

 

Repose-moi, ô jeunesse dyslexique

Range-moi, je ne suis pas pour toi

 

Desserre tes doigts

Ton pouce est tout blanc, regarde

Il devrait être encore si vert

 

Desserre ta main

Ma poignée ne connaît ni politesse ni sympathie

 

Desserre tes dents

 

Et parle, parle fort

Crie si tu veux

Mais parle

Et parle encore

 

Repose-toi, ô jeunesse dyslexique

Range-toi, je ne suis pas pour toi

 

On te presse

On t’oppresse

On compresse tes maux

 

Et la voix

Et l’écrit

 

A l’épreuve finale

 

Hurle, rage, prie

Danse avec les étoiles

Et respire

Et respecte la vie

 

Repose-toi, ô jeunesse dyslexique

Range-moi, je ne suis pas pour toi

 

Prends ton temps

Relis bien la consigne

Choisis le pied de la bonne lettre

 

Et lâche ma main

Relâche ta main

 

Comprends le sujet

 

Tu n’es pas personne

Tu es une personne

Il ne s’agit pas de lame profonde

Mais de profondeur de l’âme

 

Repose-moi, ô jeunesse dyslexique

Range-toi, je ne suis pas pour toi

 

Hier, ils étaient l’armée

Nous l’alarme

Et la marée

 

Aujourd’hui ils sont larmes

Toi l’arme

 

Moi, la lame sans l’âme

 

Demain n’existe pas

Pas tant que ta main reste sur moi

Demain n’existe que dans ces paumes que tu tourneras vers les autres, le monde

Et le meilleur de toi

 

Repose-moi, ô jeunesse dyslexique

Range-moi, je ne suis pas pour toi

 

Photopoésir | Plaisir d'écrire | poésie | y'a que ça de vrai ! | 04.01.2016 - 15 h 20 | 3 COMMENTAIRES
Inauguration et voeux

Ça y est. 2015 s’archive. 2016 s’inaugure. Et pour quelques jours, on a l’impression de voir très clairement se dérouler devant nous les joies et les douleurs passées, l’intensité des instants présents et les promesses d’un avenir d’espoirs et de résolutions. La ligne du temps devient presque matière palpable…

C’est un phénomène qui me surprend chaque année, cette valeur accordée au cycle, ce pouvoir régénérateur de l’an nouveau et ces célébrations interminables du temps qui passe et qui nous mène inéluctablement vers… Les vers ! 😀 😀 😀

Je profite de la période pour joindre mes voeux à ceux déjà exprimés : les peines, les souffrances, les pépins, les malheurs, les déceptions, les horreurs et autres guignes en tous genres ont, inéluctablement, tendance à parasiter notre quotidien. Alors je vous souhaite de vivre en 2016 plus d’amour, de passion, de délires légers, de joies profondes, de tendresses indécentes, de sensualités débridées, d’amitiés renversantes, de bonheurs simples et de rêves concrétisés qu’il n’en faut pour étouffer dans l’oeuf la plus infime négativité qui tenterait de vous atteindre !

Bref, je vous souhaite d’être heureux-se, quoi !

Et comme il était question de « vers », un peu plus haut, et que je ne peux décemment pas vous inviter tous à une Yaggantesque partie de pêche, permettez-moi néanmoins de partager ceux-là avec vous :

 

INAUGURATION

 

Et veille la douceur au visage terrestre

Premier

Vierge de douleur

Pourtant creusé de tous les reliefs, réels et incréés

Et toile au fond l’araignée du devoir

L’Ariane en bannière, affiliée aux lumières de demain

– Un flocon pour patron, l’ouvrière se surpasse –

L’art se mandibule et explose

Et rouille la sève ambitieuse

Son goût métallique sublime la gastronomie génésique de mon monde

Eclosion en suspens au pistil de l’inaccompli

L’art est né à l’imparfait

Indéniablement

 

Autrefois, l’art régnait en mètres, carrés de velours, volutes de soi, (r)accommodant deux filles en aiguilles acérées. Ailleurs, l’art obéissait aux règles de lego – architecture de plastique, esthétique en carton – et dégénérait d’artifice en are qui fâche. Le tribut trop lourd à payer, l’attribut se dispersait au détriment du sujet.

Pastisser n’est pas tisser. Tes doigts le savent, les miens l’apprennent.

De ton développé de soie, les moires charment et désarment ma mémoire, et reforment, affranchis de leurs échardes, mes contours que tes mains ceignent.

Ton sang ne fait pas qu’un tour, il palpite en mes veines dans l’harmonie des goûts et des douleurs, le mariage magmatique de nos horoscopes, la naissance inouïe de ce qui n’avait jamais su être.

S’entendre ne suffit pas. Partager un monde de vrai et de sens ne suffit pas. Il fallait trouver celle dont l’art et la matière d’être Elle se déploie aux airs de ma chair, s’épanouit au plus sauvage de ma nature.

 

Tu es l’art d’être et m’en fais don

L’œuvre s’accomplit

Millénaire

Inédite.

 

à ma belle résolution...

à ma belle résolution…

 

NB : Pour ceux et celles qui auront eu le goût de lire jusqu’au bout, je ferai remarquer que je suis restée très sobre dans mes voeux, cette année. Je n’ai, par exemple, pas prétendu prendre la bonne résolution d’écrire plus vite la suite de mes nouvelles érotiques… qui se font de plus en plus rares, j’en conviens. Pourquoi s’engager à faire quelque chose que l’on ne pourra sans doute pas tenir ? Seuls les politiciens y prennent un certain plaisir ! 😉

Toutefois, ma sobriété s’est opérée au détriment d’un point essentiel à mes yeux.

Je présente tous mes voeux de longévité et de créativité @Yagg et sa Yaggteam, et j’encourage tous les lecteurs, réguliers (ou non) de ce blog, à sauter le pas en 2016 : abonnez-vous à Yagg ! C’est viral, c’est génial… et c’est vital !!!

à la femme de ma vie | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Photopoésir | poésie | 25.01.2015 - 16 h 47 | 19 COMMENTAIRES
Je rentre chez toi

Quelques mots d’introduction sont nécessaires ici. Pour celles et ceux qui attendent l’épisode 10 de la nouvelle en cours, ne vous inquiétez pas, il est prévu,  je m’y remets dès cette semaine. Vous l’aurez sans doute pour le week-end prochain. 😉 😀

En ce qui concerne la publication du jour… Je sais que j’ai déjà proposé des choses assez personnelles sur ce blog, des réflexions, des anecdotes, des poèmes… Ici, il s’agit aussi d’un poème. Mais j’avoue ne jamais avoir rien écrit ni partagé de plus sincère, nu, et intime que ces lignes-là. Ces mots étaient nécessaires aujourd’hui, ils sont enfin posés. Ils n’atténuent en rien la violence des sentiments qui les ont fait naître et pourtant, ils libèrent en partie ce souffle que je cherche, qui me manque depuis des semaines. Peut-être comprendrez-vous. Peut-être trouveront-ils un écho chez vous aussi. Comme il s’agit de poésie, je n’ai ni scrupule ni fausse pudeur à partager cela avec vous.

Je vous souhaite une bonne et belle fin de week-end, et tout pareil pour la semaine à venir !

Je rentre chez toi

Je rentre chez toi et, avant même que la porte ne s’ouvre, je sais que je vais être transportée. Un pas dans tes odeurs et c’est l’Italie de mon enfance que j’embrasse dans la chaleur familière de ta procuration. Bergère de mes papilles, Marianne de ma mémoire, tu révolutionnes les chemins de la félicité, casserole au poing. Le monde se tait : il entend que je suis chez moi.

Je rentre chez toi comme on s’explore, comme on apprend à s’aimer. Ce qu’il y a de bon et beau en moi, c’est ton héritage, ton visage, ma lumière. A la porte qui grince à peine, tu souris. Tu m’as pressentie plus qu’une mère ne l’aurait pu. Les béances de ton sourire, de tes bras, de ton cœur, me comblent autant que je les rassasie. Le monde n’existe pas : mon monde, c’est toi.

Je rentre chez toi pour respirer. Toi seule sais les secrets de l’air. Il est plus libre et pur au sein de ton foyer que sous n’importe quelle latitude. L’espace n’est que vide si tu ne l’habites pas. L’immensité se cache aux replis de ta robe, Dame Nature ne sublime que par tes conseils : tu es la voix, l’origine, le don. Le monde ne mesure pas sa chance : il te porte, ignorant que tu l’élèves.

Je rentre chez toi comme je suis née, innocente, vulnérable. Mon refuge m’attend au creux de tes caresses. Les nœuds de tes doigts, leur tendre rudesse, l’atmosphère douce et forte de tes paumes sur mes joues, dans mes cheveux, m’immergent dans cette transe que tes chants d’ailleurs et de jadis vibrent sourdement. Le monde ne tourne pas : il danse à ton rythme.

Je rentre chez toi et, sans question ni condition, sans révérence ni préliminaire, je jouis de la générosité de mon existence. Tu es celle qui rassemble, qui nourrit, qui enseigne. Je te suis, te dois et te reviens. De toi à moi, il n’y a pas d’écho mais une continuité : horizontale dans nos poèmes, verticale par le sang, parabolique. Le monde n’a pas de limite : tu es infinie.

Je rentre chez moi.

Je viens de te rendre visite et j’en suis morte. Ils disent que ta santé va mieux, qu’ils peuvent stabiliser ton diabète, calmer tes douleurs. Ils ne voient pas. Ils ne savent rien. Ils ne te connaîtront jamais. Pour eux, tu es ce corps malade, analphabète et décharné, aux prises avec la sénilité muette d’un Chronos en bout de course. Ils ignorent tes démons, tes pleurs, tes cris. Ils anesthésient, camouflent, entretiennent. A aucun moment ils ne mesureront la valeur de ton âme.

Je rentre chez moi.

Je n’arrive plus à regarder le vide dans tes yeux, le vide puis cette folie braillarde qui s’empare de toi et imprègne le monde autour. La bave aux lèvres, les doigts noués autour de cette corde invisible qui t’entraîne dans l’au-delà, tu implores. Tes seuls éclairs de lucidité hurlent un hymne à la mort que je ne peux entendre. Tu es déjà partie. Le monde est perdu, son balancier s’est brisé, l’équilibre est rompu. Le monde est orphelin. Je pleure.

Je rentre chez moi.

Tu es là. Toujours.

à ma grand-mère

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Photopoésir | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 14.12.2014 - 19 h 07 | 36 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI (Ep. 6, le vrai)

(previously)

 

Pendant toute ma jeunesse, je me rappelle m’être questionnée sur ce qui fait de nous des « adultes ». Bien avant ma majorité, j’avais conscience du fait que je ne me réveillerai pas au matin de mes dix-huit ans en ayant brusquement gagné, autrement qu’au regard de la loi, ce grade tant espéré. J’ai plus de trente ans aujourd’hui, et si légalement j’ai le droit de conduire, de voter et de payer des impôts, je ne sais toujours pas ce que veut dire « être adulte ». Je croyais le savoir hier encore. Hier, j’étais quelqu’un de responsable, de bien ancré dans sa vie, avec la pointe de folie nécessaire pour ne pas devenir trop ennuyante. Hier, je savais qui j’étais et ce que je voulais faire de ma vie.

Mais hier, j’ai rencontré Violette.

C’est fou comme une simple rencontre peut faire voler votre vie en éclat… Enfin, la rencontre aurait été bien plus « simple » si elle ne s’était pas soldée par cette accidentelle collision de nos lèvres, ce déconcertant télescopage de nos langues, ce mariage frénétique de nos souffles…

Depuis, je n’arrive plus à penser à autre chose. Rien d’autre que l’odeur enivrante de ses cheveux et celle, plus subtile, de sa peau fraîche. Rien d’autre que le grain subitement plus foncé de ses iris, acérés par le désir, aussi étouffé soit-il. Rien d’autre que ces petits détails bouleversants : la mèche indisciplinée que mes doigts n’ont pas osé ramener derrière son oreille, le décolleté accentué de sa chemise qui m’a brièvement permis d’entrevoir un grain de beauté émouvant sur son sein gauche, la courbe atypique des commissures de ses lèvres, trahissant une exceptionnelle propension au sourire… Et quel sourire !

Je ne me remets pas de son goût, cueilli dans l’intimité partagée de sa bouche, ni de la caresse unique et sublime de ses doigts, de sa paume sur ma joue bienheureuse.

J’ai beau avoir lu, étudié, analysé, décortiqué des dizaines, des centaines des milliers de pages sur l’amour et le désir… Dès lors qu’il s’agit de le vivre, il n’est plus question de connaissance. L’expérience est aussi inutile que mes lectures. L’âge adulte est une chimère : ne reste que cette euphorie adolescente qui donne à ces fragments de souvenirs, tout chauds encore, la violence tragique de la passion.

Et rien n’est plus traître que la passion. Je le sais. J’en garde des cicatrices. Où est donc passé mon bon sens ? Mon cynisme ? L’amertume de ces dix dernières années de blessures, d’espoirs déçus ?

Si j’étais vraiment adulte, une Mme Paulin ne suffirait pas à ébranler tout ça. Si j’étais adulte, je serais rompue à ces assauts de désirs, je serais blindée contre toutes les Mme Paulin de la Terre, je me serais séparée de cette stupide vulnérabilité, j’aurais perdu mon… humanité ?

C’est ridicule. Ce n’est pas ce que je veux vraiment. Ce n’est pas ça être adulte. On ne devient pas une machine quand on est adulte, mais on se connaît. On se connaît suffisamment pour s’accepter avec ses forces et ses faiblesses. Je suis adulte, nom de…

Et Mme Paulin est ma faiblesse.

L’accepter ? Pourquoi pas. De toute façon, qu’est-ce qui peut m’arriver au pire ? Me faire piétiner ce qu’il reste de ma fierté et de mon cœur ? Que vaudrait la vie si elle n’offrait pas de tels risques ?

« Madaaaaaaame, il reste combien de temps ?

– Il vous reste un peu moins de cinq minutes.

– Nooooooooon !

– Si.

– On peut rester pour finir pendant la récré ?

– Je vous laisserai une minute ou deux pour finir, mais pas plus ». Ma bonté me perdra.

Devant les rumeurs naissant dans la classe, je retrouve ma concentration et jette quelques regards orageux en travers de la classe pour dissuader les bavardages en plein contrôle. A la sonnerie, une bonne majorité des élèves se lève comme un seul corps et vient déposer les fruits de ce dernier mois de cours sur mon bureau. Les retardataires terminent à la hâte alors que je les presse, distraitement.

La journée s’est écoulée à la fois très rapidement et d’une insupportable lenteur. Il est 16h pile quand je ferme enfin la porte de ma salle et ce jusqu’à lundi. Dans cinq minutes, les couloirs seront à nouveau envahis : il me faut sortir, et vite. Je n’aime pas la cohue qui règne aux intercours. Le bâtiment est vieux, sans doute pas conçu pour accueillir autant d’élèves. Lorsque deux classes attendent devant des portes qui se font face, il est quasi impossible de passer au travers sans en garder des séquelles physiques.

Je me hâte donc de retrouver mon casier en salle des profs. Par réflexe, je vérifie que rien n’y a été déposé avant de m’échapper. J’ai l’habitude d’y récupérer des copies en retard (plus rarement en avance) ou les sempiternels documents administratifs qui nous sont distribués quasi quotidiennement. Cette fois pourtant, mon regard hâtif est arrêté par une simple feuille A4 pliée en deux, qui laisse voir mon nom manuscrit en lettres capitales sur le dessus.

Intriguée, je m’en saisis et l’ouvre. Les initiales qui me sautent aux yeux en bas de page emballent mon rythme cardiaque : V.P. Sans respirer, je dévore ces quelques lignes : Maëlle, je crois savoir que vous finissez à 15h50 le vendredi. Je n’ai pas beaucoup de temps mais je vous attends dehors. Il faut que je vous parle.

A ma montre, il est 16h03 et je panique. Raaaaaah ! Je viens de perdre les treize minutes les plus précieuses de ma vie ! Vite, je referme mon casier et me précipite dans les escaliers. J’ai l’impression que traverser la cours me prend une éternité et avant même de passer les grilles, je la cherche parmi la foule lycéenne amassée sous un énorme nuage de fumée. Quand le portail se referme derrière moi, la cloche retentit. Dans un râle général, les cigarettes s’écrasent à terre et se piétinent, et un mouvement de masse manque de m’entraîner à nouveau à l’intérieur. Sans voir à un mètre devant moi, je bouscule et me fraie tant bien que mal un passage jusqu’à pouvoir à nouveau respirer et jeter un œil inquiet autour de moi. Mes yeux se posent sur elle au moment même ou mon pied se prend dans la sangle fourbe d’un sac abandonné au sol. Rattrapée au vol par le propriétaire coupable, un élève de deux têtes plus grand que moi qui, en me reconnaissant, s’excuse aussitôt et libère mon bras, je ne rate rien du sourire amusé de Violette qui me rejoint d’un pas léger.

Ses cheveux sont ramassés et tenus à l’aide d’un crayon savamment planté et sa chemise, plus transparente que celle d’hier, laisse deviner le galbe délicat de ses seins, sculptés par un soutien-gorge joliment travaillé. Son tailleur strict s’est effacé au profit d’une simple paire de jean’s qui moule délicieusement la rondeur irréprochable de ses fesses et le fuselage parfait de ses jambes. En une fraction de seconde, mon esprit, qui a gravé jusqu’au plus infime détail de cette nouvelle apparition, décide qu’elle est encore plus belle aujourd’hui.

« Ça va, me demande-t-elle toujours en souriant, vous ne vous êtes pas fait trop mal ?

– Non, non. C’est juste mon ego qui en prend un coup… Je suis désolée d’être en retard, je n’avais pas vu que… Et puis il y avait ce fichu contrôle… Et puis…

– Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas grave. Je suis contente de pouvoir vous voir. »

Son regard est chaleureux et timide en même temps. Je ne sais pas trop quoi faire ni quoi dire. Quand son bras saisit mon épaule et que je vois son visage s’approcher du mien, mes jambes s’amollissent subitement. Heureusement, ce sont mes joues que ses lèvres viennent chercher. Le contact n’en est pas moins bouleversant et s’attarde juste un peu plus que de raison au cours de cette bise informelle. Autour de nous, les élèves se sont faits rares. Ne restent que ceux qui attendent leurs parents en pianotant sur leurs smartphones.

Je les devine plus que je ne les vois car mon regard se perd dans celui de Violette. Le silence entre nous est un puissant vecteur de désir. En une fraction de seconde, ses yeux s’assombrissent et sa main, qui a glissé sur mon bras, se resserre dans une étreinte fiévreuse. Je dois lutter de toutes mes forces pour ne pas me jeter à son cou, là, devant tout le monde et sans le moindre scrupule, lutter pour ne pas poser mes yeux sur ses lèvres car je sais que je ne pourrais pas résister à l’envie dévastatrice de l’embrasser.

D’un raclement de gorge, elle se reprend avant moi :

« Je n’ai que quelques minutes, je dois récupérer les enfants à la sortie de l’école mais… J’aurais voulu…

– Oui ?

– Il faut que je vous parle. Mais pas ici.»

D’un geste sûr, elle passe son bras sous le mien et m’entraîne d’un pas rapide à l’abri des regards indiscrets. Arrivées dans une petite rue perpendiculaire à celle, trop fréquentée, qui passe devant le lycée, elle me pousse gentiment dans le renfoncement d’une entrée d’immeuble. Comme lorsqu’elle a évité mon baiser hier, elle maintient mes épaules contre un mur, à la distance raisonnable mais insuffisante de ses bras tendus.

« Maëlle, commence-t-elle, il faut que je vous dise…

– Oui ?

– Je… Je sais que ça ne se fait pas, que je ne devrais pas mais…

– Mais ? »

Son souffle est court, presque autant que le mien. Je sens mon cœur qui essaie de s’échapper de ma cage thoracique, le bougre. Suspendue à ses lèvres, je fais la bêtise ultime : je les regarde. Elles ne tremblent pas comme je soupçonne les miennes de le faire, mais elles ne sourient pas non plus. Leur gravité, leur tendresse charnue, leur entrouverture sensuelle me submergent de désir. Ses mots seuls me permettent de patienter… Il faut qu’elle parle.

« Nous devons parler. Il le faut absolument parce que voyez-vous, depuis hier je…

– Depuis hier, il le faut, oui, pour moi aussi.

– Je sais.

– Mais j’ai… Est-ce que je peux… Je vous en prie… »

Mes yeux ne se détachent pas de ses lèvres et les mots se dispersent dans ma gorge. Les mots n’ont plus leur place. J’ai tellement envie de l’embrasser que mes mains viennent trouver ses hanches et traduisent mon désir. Quand à son tour elle se met à fixer ma bouche, je sais que j’ai gagné. Ses mains quittent mes épaules pour se saisir de mon visage et je retrouve, émue, la caresse indicible de ses doigts. Son corps tout entier vient se fondre contre le mien et notre baiser affamé se fait étreinte, chaleur, électricité.

Impossible de savoir combien de temps s’écoule alors. Tout ce que je sais, c’est que j’en veux bien plus. Je ne serai jamais rassasiée de ses baisers et mon corps tout entier brûle d’explorer le sien.

« Attends, me dit-elle brusquement, attends. J’étais venue pour te dire… Pour te proposer de…

– Oui, tout ce que tu veux.

– Attends, me dit-elle en riant, attends. Sois sage une minute », me supplie-t-elle alors que mes mains curieuses cherchent à dessiner ses courbes, que mes lèvres se tendent à nouveau vers les siennes. Docile malgré moi, je me fige dans une expectative insupportable.

« Je dois aller chercher mes enfants… Mais ce soir, je les dépose pour le week-end chez leurs grands-parents. Est-ce que tu voudrais…

– Dis-moi juste où et quand !

– Eh ! On se calme, hein, je voulais juste qu’on se retrouve pour discuter !

– On pourra discuter aussi, si tu veux ! »

Comme je lui fais mon plus beau sourire, elle éclate de rire.

« D’accord, je crois que je ne suis pas crédible avec ma discussion… N’empêche que j’aurais voulu en parler. Je n’ai pas pour habitude de…

– Moi non plus, je t’assure.

– Alors, tu veux bien ?

– Qu’on en parle ?

– Qu’on se retrouve ce soir… et qu’éventuellement, on en parle, oui… »

Son sourire entendu me fait littéralement fondre. Plus sérieusement, je reprends :

« Je crois qu’une discussion s’impose en effet. Parce que tu vois, j’ai un sérieux problème de concentration depuis hier. Ça nuit gravement à mon travail. Il faut que j’en parle à mon inspectrice.

– Ah ! S’il s’agit en plus d’une question de conscience professionnelle, ça devient un cas de force majeure. C’est urgent. Qu’est-ce que tu penses de chez moi, à partir de 18h ? Je devrais être rentrée…

– Chez toi ? »

J’essaie de ne pas m’étrangler, à la fois intimidée, curieuse et impatiente. « D’accord », dis-je précipitamment, de peur qu’elle ne change d’avis. « Et c’est où exactement, chez toi ?

– Juste à côté, au 25 de la rue B******.

– J’y serai à 18h.

– Je… d’accord. Il faut que je file », me dit-elle en consultant sa montre.

C’est une manie, visiblement. Comme elle se retourne, prête à me laisser là, pantelante et pleine d’espoir, ma main retient fermement son avant-bras. L’estomac noué de désir et de frustration mélangés, j’ose un : « Attends, j’ai juste deux mots à te dire…»

Dans un sourire complice, sa bouche vient recueillir mes paroles directement à la source. Ce baiser, quoi que bien trop rapide à mon goût, me promet, outre les deux heures d’attente les plus longues de ma vie, tout un univers de plaisirs que je n’aurais jamais cru envisageables il y a quelques minutes à peine.

La voir partir à nouveau est un supplice. Un supplice qui cette fois ne me laisse aucunement perplexe. Au contraire. Je n’ai jamais été aussi sûre de ce que j’avais à faire. 16h15 à ma montre : il ne me reste pas même deux heures pour rentrer chez moi, prendre une douche, me rendre aussi douce que possible et revenir ici pour… discuter avec mon inspectrice !

Ah ! Être prof, quel sacerdoce ! Que ne serait-on prêt à faire par acquis de conscience professionnelle ?

(la suite ici)

Photopoésir | 09.09.2014 - 20 h 24 | 6 COMMENTAIRES
Vue d’en bas

Un titre en référence à @niania , une photo de couverture en hommage à @Gwen et des photos en clin d’oeil aux deux hommes de mon Yagg préféré : @Milkyway et @Fullmoon ! 😉

 

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photo | Photopoésir | 11.05.2014 - 22 h 47 | 6 COMMENTAIRES
Monochromes

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photo | Photopoésir | 11.05.2014 - 22 h 30 | 5 COMMENTAIRES
La Camargue, ça vous nargue !

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photo | Photopoésir | 11.05.2014 - 22 h 24 | 4 COMMENTAIRES
Citadines

Parce que quand on ne peut pas dormir, on se souvient des conseils de @fullmoon 😉

Petite balade nocturne dans Nice, un soir de printemps.

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photo | Photopoésir | 29.09.2013 - 20 h 56 | 10 COMMENTAIRES
Du flou : on ne comprend rien mais c’est beau quand même.

Photopoésir | poésie | 18.09.2013 - 20 h 27 | 11 COMMENTAIRES
Poésir

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Sous une lune d’absinthe, la nuit ne paonne pas.

Elle se terre à l’ombre des erreurs

Foulant le sable émouvant de l’aube

Feulant l’écrit et le su en murmures ébauchés.

Elle temporise.

 

Depuis quelques vers, je ne l’habite plus.

Ecartés ses recoins familiers

Délaissé l’écrin maternel de Ténèbre

J’élague l’ombilic à mesure de mes peurs

Et outrepasse mes froids en gelure caustique :

L’affranchissement croûte.

 

Sans suture, je goûte l’aléa

M’évidant par-ci, me gorgeant par-là

Je croîs, je gagne de nouveaux mystères

Des zéniths curieux que je perquisitionne

Avide de ressources.

 

Je fends l’oreille et m’ouvre en fin d’initiation :

Le là n’est point séant se tenant ailleurs

Où je figure, sans visage mais incarnée

En peau et zirconium confondus.

 

Parée de mots et d’accords

Je veux naître encore et encore de furie et démesure

Jusqu’à dire ce qui doit l’Être

Et avouer mon nom au silence

Dans la confidence du météore.

 

Un pas derrière un peut-être

J’avance vers le sûr et certain

Auquel je ne m’abandonnerai jamais

Je laisse mon chemin au soc du Hasard

Ce dur en besogne,

Et je profite du voyage.

 

Le sillon me creuse, mon temps ne fait qu’un tour

Et bientôt mes rides d’impression

Combleront mon vacuum épidermique

En prétextes anecdotiques.

 

Nul besoin d’aventure pour Vivre :

L’extraordinaire se redéfinit sans cesse

Puisque l’ordinaire et le normal ne sont que chimères sociétaires.

 

Fluides, les sens coulent

Encens épais et danse l’encre du dire :

En poésie on ne dit pas, on s’écrie,

On chante, on nomme, on témoigne,

Et l’on avoue ce que nos nuits

Dans l’obscurité introspective

Nous dérobent, nous, masques fuligineux

Et l’on tait aussi car les voiles sont précieux

Pour gagner les frontières du Verbe

Fort des vents contraires.

 

Il n’y a jamais eu d’avant Poésie

Mais une conscience affleure

Et à cris poussés dans ses retranchements de papiers

Dans la grasse peau éthique

Je suis devenue.

 

Je deviens encore et je la demeure

Comme elle me hante

Sans hâte ni abandon

Un échange consenti qui pulse mon électroencéphalogramme

Là, un pic poétique fait mentir les statistiques

Ici, le blanc paginal quand le vide nécessaire me déborde.

 

Contrainte médicale, j’avalise sans départ

La rivée des mots en péchés

Je les suce religieusement

Sans en altérer les saveurs

Le but étant de les rendre ensalivés et poisseux de mon goût pour eux

Et quand ils s’agglomèrent en barre céréalière

Je prie pour qu’ils soient digestes.

 

J’exergue et prédis l’Etre et le Poésir.

 

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photo | Photopoésir | 18.09.2013 - 19 h 55 | 7 COMMENTAIRES
Objectif céleste 2

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photo | Photopoésir | 13.09.2013 - 18 h 22 | 9 COMMENTAIRES
Objectif céleste

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photo | Photopoésir | poésie | 06.08.2013 - 19 h 36 | 10 COMMENTAIRES
Champ du consentement (Faim du paradoxe)

Champ du consentement

(Faim du paradoxe)

S’écrire dans le possible, non dans la détermination, car toute volonté est œillère au champ de demain.

Pressentir le potentiel pour ne pas s’exclure, c’est là une forme authentique du destin, celui que l’on épouse dans la lumière, sous le regard bienveillant de l’univers qui consent. Pour ce faire, sortir du cirque, monter à cru et s’élever aux battements irréguliers de la folie, celle qui ne s’absout pas mais qui se permet en silence à l’heure des plénitudes.

Son zénith n’éblouit pas. Il submerge de douceur et triomphe de délicatesse. L’éclipse se peut : sa latitude s’essaime au labour de celui qui cherche sa révélation. Elle éclora dans la patience de l’acceptation de soi.

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Je ne me connaissais pas. Depuis toujours, je me cherchais aux horizons des uns, aux croisements des autres. Lasse, j’ai décidé de me rencontrer de face, affronter l’ego, remonter aux sources vives de la Mémoire Intime. De miroirs en monologues, de méditations en introspections, de cadavres en trésors, j’ai voulu exhumer l’émoi de ce peu d’être que je suis, de ce Tout que je peux être.

Escaladées les falaises de ma médiocrité, j’en ai perdu le vertige. Du haut de ce moi éventuel, culminant au toit du beau, du bon et du meilleur, j’ai mesuré l’étendue de ma méprise.

La solitude est un mirage auquel on s’accroche pour ne pas se noyer dans la nécessité de l’autre. Ma vérité est là où j’accepte mon interdépendance avec le monde. Sans servitude, sans compromis. Seule, je ne suis même pas. A peine quelques bribes peu crédibles de masques élimés que j’ai pris l’habitude de porter.

Avec, dans, par l’autre, je ne me nie pas. J’apprends à être l’humain dans sa dimension exponentielle, charnelle et spirituelle.

Maintenant, le voyage est ouvert. Mes violences se sont tues, muées en force mobile, ascensionnelle.

Maintenant, je suis unie et réceptive, libre d’explorer les possibles, intrépide.

Maintenant, je ne t’attends plus. Je viens vers toi.

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De nos peaux-cibles, je vise l’étoile du présent alors que tu fragmentes l’avenir en souvenirs lunaires.

Tu ne te connais pas. Depuis longtemps tu te cherches aux croisements des uns, aux horizons des autres. Lasse, tu as décidé de te rencontrer au reflet non-épargné de ta solitude…

Bon voyage, ma sœur

 

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Michel Cabaud comp

B'rêves d'écriture | Photopoésir | 02.08.2013 - 20 h 30 | 8 COMMENTAIRES
Autour, loin…

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La soirée est douce. Juste assez pour oublier un instant les lourdeurs de l’été. L’air ne caresse pas, il berce. Je ne m’assois pas pour trouver le repos, seulement pour écouter, sentir, me rappeler. Autour les cigales ne dissimulent pas le crépuscule. Autour, le jasmin mêle ses effluves à la chaleur des dalles de la terrasse. Autour, les ombres familières s’offrent en ballet de mystères.

Quand le grain du ciel devient suffisamment dense, je lève la tête pour guetter la première étoile. Déjà, son éclat solitaire vient faire écho à ma retraite. Paisible, j’isole mon silence au cœur des pierres, qui, seules, sauront en prendre soin. Par-delà leur mutisme, les mots se bousculent sous ma peau. Ma mémoire, trop vive, les dessine sans couleur sur l’ardoise naïve de mes pensées :

Avancer dans la sérénité de la rencontre, dans l’attente ce cette autre qui comble déjà, ce destin prémédité.

Avancer jusqu’à mesurer l’horizon de ton regard et m’y pencher pour atteindre la reconnaissance.

De toi, je contemple les sillons de l’univers, creusés à l’orée des possibles.

Tout est là.

Je peux me défaire alors de ce rôle d’interprète pour être à mon tour matière, contenu et contenant.

Mon œil suggère à ton œil ce que nos bouches taisent, ce que nos oreilles ne sont pas prêtes à entendre, ce que nos peaux anticipent, incandescentes…

Des mots et des maux qui s’essoufflent enfin, emportés par l’inévitable exactitude de la lune. Elle est là, entière et bienveillante. Tu es loin, loin, loin…

Aux silences incontinents

A la parole épidermique

photo | Photopoésir | poésie | 26.05.2013 - 10 h 44 | 8 COMMENTAIRES
Socle en cime

Parce que certains lieux nous animent plus qu’on ne les habite

Saturée de la nausée de soi Des autres Ne reste que le retour

Saturée de la nausée de soi
Des autres
Ne reste que le retour

Terre du Vrai Relief des promesses entretenues Serties aux rocs de mes origines Je reviens vers toi comme on souffre Hébétée Fœtale Effrayée d’un souffle, d’un mot, d’un peut-être Et tu me recueilles en vers libres

Terre du Vrai
Relief des promesses entretenues
Serties aux rocs de mes origines
Je reviens vers toi comme on souffre
Hébétée
Fœtale
Effrayée d’un souffle, d’un mot, d’un peut-être
Et tu me recueilles en vers libres

Lovée au sein de ton poème Je tète mes souvenirs en trinquant à ces lendemains perdus dont ton atmosphère étouffe le regret

Lovée au sein de ton poème
Je tète mes souvenirs en trinquant à ces lendemains perdus dont ton atmosphère étouffe le regret

Contre mes larmes amères, tes torrents, tes rivières Contre la béance de mes blessures, tes sourires calcaires Contre mes sanglots irritants, les chants volatiles de tes hôtes Contre l’invariable noirceur de mes pensées, les nuances multicolores de ton paysage Contre cet immobilisme exaspérant, les vagues indisciplinées du vent dans tes branches, la vie instinctive, primaire, animale qui te grouille

Contre mes larmes amères, tes torrents, tes rivières
Contre la béance de mes blessures, tes sourires calcaires
Contre mes sanglots irritants, les chants volatiles de tes hôtes
Contre l’invariable noirceur de mes pensées, les nuances multicolores de ton paysage
Contre cet immobilisme exaspérant, les vagues indisciplinées du vent dans tes branches, la vie instinctive, primaire, animale qui te grouille

Tu t’offres toujours Je te prends encore Rechaussant tes racines Etreignant tes sommets Investissant tes dehors

Tu t’offres toujours
Je te prends encore
Rechaussant tes racines
Etreignant tes sommets
Investissant tes dehors

Nous savoir au diapason d’un présent que tu ne me refuseras jamais Là est ma liberté

Nous savoir au diapason d’un présent que tu ne me refuseras jamais
Là est ma liberté

Ivresse de l’Itaque à nouveau foulée Je râle mon plaisir à tes échos Renifle les printemps de ta nuque Souris à l’humble refrain de ton crépuscule Et m’endors enfin d’un sommeil sans précipice puisque tes bras me réservent la certitude de l’aube

Ivresse de l’Itaque à nouveau foulée
Je râle mon plaisir à tes échos
Renifle les printemps de ta nuque
Souris à l’humble refrain de ton crépuscule
Et m’endors enfin d’un sommeil sans précipice puisque tes bras me réservent la certitude de l’aube

corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | photo | Photopoésir | poésie | 26.05.2013 - 09 h 46 | 5 COMMENTAIRES
Insomnie en Galatée majeure

 

Nuit

Yeux clos

Méditation non-préméditée

Aveuglante virginité de mon écran mental

Immobilité muette et frémissante

Annonçant l’imminence

Ta genèse

 

 

Au commencement était mon fantasme

 

Comme on trousse ses émotions, j’exhume les crayons de ma mémoire

Tout est là

Comatant sous mes paupières

Palpitant faiblement en prison de côtes, en berceau de chairs

– mon corps, ton rythme –

Jusqu’au premier mouvement

Ta libération

 

Tu m’arraches, ivre d’exister, le premier trait

 

En murmures, tu m’insuffles tes courbes inspirées

...

Ici, le fascinant relief de tes seins

Là, la rondeur insolente d’une épaule

Autour, l’indéchiffrable mystère de ta chevelure

Et partout, partout ta peau

Matrice à la géographie inimitée

Veloutée, euphorisante

 

D’esquisse carbonique en mine sanguine, je te profile et t’envisage dans la frénésie insoumise du génie

– Folie ou débordement imaginaire –

Je m’exorcise mentalement de l’obsession de tes contours, des caresses hypnotiques de ta voix, de l’espoir préméditant tes gestes, et te modèle

Tu me possèdes jusqu’à ce que je t’anime, enfin

 

Toi, incarnation imperfectible de mes désirs

Si présente, si entière

Ephémère

 

A vouloir te sentir je te perds aussi intensément que je t’ai crée

 

 

Insomnie

Paupières béantes

Nouvelle morsure du réel

Une seconde artiste comblée par son chef d’œuvre

La suivante, inutile et solitaire

N’avoir été que la page

De ton message

...

Photopoésir | 18.05.2013 - 18 h 22 | 19 COMMENTAIRES
A défaut d’ailes

J’ai voulu un nuage magique, une sorte de tapis volant cotonneux qui m’emmènerait tantôt sur la lune, tantôt à l’autre bout de ce monde, toujours en quête du beau, du bon, du drôle, du mieux.

J’ai voulu un nuage magique, une sorte de tapis volant cotonneux qui m’emmènerait tantôt sur la lune, tantôt à l’autre bout de ce monde, toujours en quête du beau, du bon, du drôle, du mieux.

J’ai voulu devenir archéologue, creuser l’Hier pour comprendre l’absurdité du Présent. Balayer la Terre dans le respect de la découverte. Voir et savoir la soif  de ce qui s’oublie.

J’ai voulu devenir archéologue, creuser l’Hier pour comprendre l’absurdité du Présent. Balayer la Terre dans le respect de la découverte. Voir et savoir la soif de ce qui s’oublie.

J’ai voulu inventer l’invisibilité, celle qui me permettrait enfin de m’isoler, qui me mettrait à l’abri des attentes des autres, qui tairait les trahisons révélatrices de ce corps infidèle.

J’ai voulu inventer l’invisibilité, celle qui me permettrait enfin de m’isoler, qui me mettrait à l’abri des attentes des autres, qui tairait les trahisons révélatrices de ce corps infidèle.

J’ai voulu rencontrer le vent, troubler sa course, caresser son chant. Sans l’apprivoiser, juste croire en notre communion.

J’ai voulu rencontrer le vent, troubler sa course, caresser son chant. Sans l’apprivoiser, juste croire en notre communion.

J’ai voulu apprendre ce que les mots ne sont pas aptes à transmettre. Explorer leurs limites, franchir le sens et goûter à la vie folle, trop vraie pour être belle.

J’ai voulu apprendre ce que les mots ne sont pas aptes à transmettre. Explorer leurs limites, franchir le sens et goûter à la vie folle, trop vraie pour être belle.

J’ai voulu arrêter le temps, préserver l’innocence qui sublime le désir aux dépens du devoir. Eviter de devenir de ces adultes imbéciles qui perdent tout en gagnant les ans.

J’ai voulu arrêter le temps, préserver l’innocence qui sublime le désir aux dépens du devoir. Eviter de devenir de ces adultes imbéciles qui perdent tout en gagnant les ans.

J’ai voulu croquer dans l’aurore un matin où elle était bien mûre. Sentir couler en moi la chaleur feutrée de ses murmures. Et briller… Briller de l’intérieur, luciole à la rhapsodie claire.

J’ai voulu croquer dans l’aurore un matin où elle était bien mûre. Sentir couler en moi la chaleur feutrée de ses murmures. Et briller… Briller de l’intérieur, luciole à la rhapsodie claire.

J’ai voulu allumer un cœur, irradier un corps, embraser une âme. Avancer en équilibriste aveugle sur le fil de l’éternité, guidée par sa main, et savoir qu’on ne tombera pas.

J’ai voulu allumer un cœur, irradier un corps, embraser une âme. Avancer en équilibriste aveugle sur le fil de l’éternité, guidée par sa main, et savoir qu’on ne tombera pas.

J’ai voulu rêver, réaliser, créer. Être poète, pluie ou mirage. J’ai voulu être l’autre, être contre, être l’éventuelle. Mais je demeure celle qui s’encre au silence captif du soleil des autres.

J’ai voulu rêver, réaliser, créer. Être poète, pluie ou mirage. J’ai voulu être l’autre, être l’éventuelle, être le possible. Mais je demeure celle qui s’encre au silence captif du soleil des autres.

 

Au soleil d4icare, au mythe dont on n'apprend rien.

Au soleil d’Icare, au mythe dont on n’apprend rien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

image | photo | Photopoésir | 07.04.2013 - 16 h 13 | 7 COMMENTAIRES
Pluie domestique

Des photos, je n’en partage pas souvent. Trop pudique de l’objectif. Et il y a de très bons photographes sur Yagg alors… soyez indulgents…

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érotique | photo | Photopoésir | poésie | 12.03.2012 - 08 h 34 | 7 COMMENTAIRES
J’habite ton silence

J’habite, magnétique, ton silence opportun

 

Investissant ses murmures en maîtresse des lieux

 

Je mue ton mutisme en mon tu

 

– Énigme intime –

 

Et résous la rumeur par nos lèvres en échange

 

De l’écho qui te résonne, je veux être l’impact

 

L’étymologie de ton nom dans sa moins commune démesure

 

Et briser du dedans les évidences impertinentes

 

Libérer tes choix

 

Restaurer l’avenir

 

M’établir comme la trame de ton avènement

 

Être ton avoir et gagner ton être comme on reçoit la vie, sans condition

Intangible, je ne prends corps que pour optimiser le tien

 

Et cette emprise nous révèle une à une

 

Sans autre forme de procession que celle qui nous ébat rieusement

 

Sous des drapés de pudeur chastement enfreinte

 

Nos contrées se fondent sous des perspectives de chair

 

Continuellement chargées et mouvantes

 

De ce flux éclectique de sensations conflictuelles mais complémentaires

Chute consentie de l’appât, rôle muet magistralement interprété

 

L’acte se poursuit dans l’oscillation docile de toi à moi

 

En cadence aléatoire mais vers un même temps

 

Celui qui, si l’anse est solide, nous portera demain

 

J’investis ton silence au prix de mes notes

 

Décriées à la faveur de notre partition.

 

 

En-quêtes | Photopoésir | 08.07.2011 - 17 h 56 | 20 COMMENTAIRES
Ma ville est belle, ma ville, ma muse…

La Nice de tout le monde (et c’est là le seul cliché que je ne revendique pas)

Le truc, c’est que quel que soit l’angle, cette fac est horriblement moche… mais je vous présente le campus de Lettres Arts et Sciences Humaines de Nice.

Je vous propose dans ce post, de découvrir Nice à travers mon objectif et mon objectivité. Nice c’est ma ville d’adoption. Je l’ai vraiment rencontrée le jour où je suis tombée amoureuse pour la première fois. Et j’en suis tombée amoureuse aussi. Pendant des années, j’y ai étudié (honte à moi) sans la voir, sans même vouloir faire sa connaissance. J’ai fait partie des aveugles, de ces jeunes péquenauds de la campagne venus étudier à la ville tout en la dénigrant, n’y trouvant aucun autre intérêt que cette source du savoir qu’est l’université. Faut dire que quand on voit le campus, on n’a pas forcément envie d’en voir plus. Après trois années passées dans ce bloc de béton sans avoir développé la moindre curiosité pour la vie niçoise, j’ai rencontré… une femme. Ma première. Une vraie Niçoise, qui y est née, y a grandi et y travaille. Et qui, comme toute Niçoise qui se respecte, aime sa ville. C’est sans doute d’elle que m’est venu ce soudain intérêt pour cette magnifique ville, aujourd’hui, ma passion pour cette ville aura survécu à ma passion amoureuse (eh oui, c’est triste, mais c’est la vie) ! Je vous propose donc de découvrir en quelques photos ma ville que j’aime, même si les aléas de la vie m’en ont exilée pour l’instant.

Nice, ce n’est pas qu’une ville, c’est aussi le soleil, la mer, des milliers de touristes, mais surtout, Nice, c’est une ambiance : chaude, bigarrée, sans prétention mais accentuée…

Commençons par les plages, puisque c’est ce que tout le monde nous envie…

A Nice, et je suis désolée si pour vous un mythe s’effondre, la plage, c’est du galet… et des mouettes.

Et si l’eau est si bleue, le ciel est si beau, et la plage si paisible, c’est que pour profiter de la mer à Nice, il faut y venir en hiver !

Au coucher du soleil, en plein mois de janvier, le spectacle est saisissant.

Et le lendemain matin, même si les couleurs sont plus froides, le spectacle en vaut tout autant la peine.

Et même si l’hiver, comme partout, il nous arrive d’avoir des nuages, on s’en moque, parce qu’on a la plus belle ville du monde !

En panoramique, ça donne quelque chose comme ça.

Bon, mais la plupart du temps, il fait beau, et quelques nuages ne nous nuisent pas : ils donnent une autre couleur aux choses.

Et contrairement aux idées reçues, même si on est en Méditerranée, on a des vagues. Rien d’océanique, certes… mais les vagues de mer, c’est beau aussi.

Et comme on a aussi des rochers, on assiste, les jours de « grosse mer » à ces feux d’artifices fantomatiques. Le ballet de l’eau qui s’écrase est tout aussi hypnotique…

… que l’éclat du ciel qui s’embrase en zébrures aéroplanantes…

Bref, la renommée de Nice comme citée balnéaire n’est plus à faire, mais sa beauté hivernale méritait un petit détour.

Et puis Nice, c’est aussi une ville de pêche. Et qui dit pêcheurs…

… dit port !

Et là… ça n’est pas parce que c’est ma ville (d’adoption) mais…

… ce petit port sans prétention…

… si mignon et si coloré…

… y’a pas à dire…

… moi j’trouve qu’il en jette !

Même si ici comme n’importe où ailleurs, les gens jettent tout et n’importe quoi par terre ou dans l’eau… même quand c’est sale, c’est beau tellement c’est haut en couleurs !

Et à Nice, la couleur, c’est très important.

Tout est dans l’harmonie. Comme ici ces boudhas perchés qui s’harmonisent à la fois avec le ciel et les murs rouges de la place Masséna (le côté pratique du perchoir à pigeons, c’est en option)…

… ou comme ces façades jaunes qui se découpent si majestueusement dans le ciel royal, juste au fond du cours Saleya…

… ou, toujours dans les mêmes teintes, quelque part dans la vieille ville, à la tombée de la nuit…

… au hasard des rues…

… aux lumières du cours Saleya…

… à la fontaine de la place du Palais de Justice…

… ou en levant la tête sur son clocher…

… ou plus théâtralement, devant Notre Dame (surtout depuis qu’ils lui ont ravalé la façade !)…

Et même avec un peu d’imagination, devant des monuments qu’on ne comprend pas toujours… à Nice, tout est couleur, majesté, splendeur.

A la tombée de la nuit, ces excès de couleurs promettent des heures pour le moins ludiques…

Et pour ceux qui seraient tentés par un petit Nice by night, je vous embarque. Depuis la Promenade des Anglais, ça donne sobrement quelque chose comme ça…

Mais dès qu’on est dans les terres… c’est différent.

Sur l’avenue Jean Médecin, les filins lumineux, tendus au-dessus du passage du tram sont un hommage au bleu Klein…

… et quand il pleut, c’est tout beau tout bleu même par terre !

Et quand on est fier d’une couleur, à Nice, on en est fier tout plein ! Comme ici sous le pont de la gare, avec ses néons bleus klein.

Et d’ailleurs, si on prend un peu de recul, on peut même cumuler les deux !

Sinon, les couleurs de Nice by night, c’est aussi au coeur de l’hiver qu’elles nous saisissent.

Et d’un seul coup, tout est beaucoup moins froid !

Dans cet éclairage de Noël, les passants s’impriment, qui fixement, qui spectralement, pour fourmillier la place Masséna.

Les rides du tram ouvrent alors des voies infinies à ces nuits festives.

Mais pour finir ce post, je vous propose de laisser partir la couleur, et de nous en remettre à une vague noire et blanche pour réaliser que la ville n’a pas besoin de cette débauche chamarrée pour nous enchanter.

Parce que la Place Masséna sans ses lumières permet au temps de se figer…

Et des gens, tels des pions sur ce damier géant, se meuvent dans l’instant.

Des gens qui bondent modestement (une fois n’est pas coutume) la piétonne…

Ou les arcades des Galeries pendant le marché de Noël…

Ou les rues du vieux Nice par un soir de semaine…

Ou encore l’avenue Jean Medecin…

… le cours Saleya…

… les fontaines et jardins…

… l’esplanade, là-haut, sur Roba Capeu…

… la plage… Tout est beaucoup plus calme l’hiver. Et donc, à mon goût, plus beau.

Les budhas sont apaisants…

La mer est calme…

Les perspectives sont pures…

Et même quand les gens font des trucs bizarres, on trouve ça beau.

Alors profitons encore un peu de ma belle et plantureuse Nice en noir et blanc…

Sa belle Dame étincelante…

Ses fontaines oniriques…

Aux eaux lumineuses…

Et aux imposantes statues…

L’effet est garanti !

(Et ici se dressera bientôt une statue d’Apollon de 7m de haut)

Juste derrière, saluons la grande roue (du haut de laquelle, un jour, quand j’oserai faire ma touriste, je prendrai de super photos !)

… les voûtes quasi cryptiques du passage reliant le cours Saleya au quai des Etats-Unis…

… la géométrie solaire de Roba Capeu…

… une infime partie (mais non négligeable pour autant) de l’opéra…

… le plongeoir de la Réserve… Bref. Tout est merveilleusement beau. En clair, je ne suis pas un guide touristique, et comme tout autochtone, j’aurais même tendance à voir d’un œil circonspect cette horde estivale, n’empêche que j’aime cette ville et que je suis contente de vous la présenter… autrement. Et n’oublions pas que, comme le veut la réputation sulfureuse de la Côte d’Azur, il s’agit d’une ville de soleil, d’argent, de belles femmes alanguies sur les plages, de bons petits plats régionaux… mais aussi et surtout, c’est une ville de l’amour !

Parce qu’à Nice, l’amour n’a pas d’âge… ni de genre…

… ni de race !

 

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