5381 Non classé | B.U.L.L.E.

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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
Non classé | 18.04.2017 - 21 h 22 | 0 COMMENTAIRES
Rassemblement à Nice en soutien aux LGBT tchétchènes

Ce matin, Yagg (via Facebook) me signale un rassemblement de soutien aux LGBT tchétchènes, à Nice dans la soirée. Il était nécessaire d’y être. Je n’ai pas filmé et n’avais pas mon appareil photo. Je ne sais pas si ces quelques images peuvent rendre compte de l’émotion sur place… Mais elle était palpable.

Je ne sais pas combien nous étions exactement, et le nombre n’était sans doute pas le plus important. Mais tout le monde était là dans un même élan, une même forme de recueillement, mêlé à la colère et l’incompréhension.

Le soleil s’était caché pour l’occasion.

Des gens de tous âges, de tous bords, de toutes confessions, de tous horizons.

Des gens réunis autour d’un drapeau, pour des valeurs communes, contre des horreurs hors du commun.

Toutes les associations LGBT de la région étaient présentes ainsi qu’Amnesty International…

Et après les remerciements d’usages, on nous a rappelé et/ou exposé les faits… Et méfaits (surtout)…

S’en est suivi un appel à la solidarité, ainsi qu’un appel à un positionnement clair (période électorale oblige) et à une condamnation de la part des candidats à la présidentielle. Puis nous avons eu une pensée particulière aux victimes et à leurs familles. Nous avons conclu par un « dying » : une minute de silence allongés sur l’immense drapeau déployé pour l’occasion.

Le discours fut sobre et vibrant à la fois. La minute de silence tremblait d’indignation et de compassion. Aujourd’hui plus que jamais, la solidarité et l’Humanisme sont de rigueur. Pour les LGBT tchétchènes… et contre ces milliers d’autres atrocités partout dans le monde.

 

Non classé | 09.01.2015 - 15 h 32 | 5 COMMENTAIRES
Humour de prof

Pas d’érotisme aujourd’hui, les ami.e.s, juste un peu d’encre pour crier avec vous.

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A très bientôt pour de l’humour, toujours, de la sensualité et de l’amour ! 🙂 😉 😀

 

Non classé | 06.12.2014 - 17 h 05 | 22 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 6) *fake

Dans la vie, faut savoir prendre des risques… Et comme j’ai besoin de me changer les idées parce que la période est… disons difficile pour moi, voilà la blague la plus cruelle jamais réalisée (en ce qui concerne ce blog)…

Ceci n’est pas un poisson d’avril, puisqu’on est en décembre… Mais ceci n’est pas non plus une suite à la nouvelle en attente depuis des semaines… 😀 😀 😀

Si je dis que je vous présente mes excuses, ça passe ?

Et l’image ? Elle est pas belle, l’image ? 

 

LA VRAIE SUITE ICI !

Non classé | 09.02.2014 - 11 h 49 | 14 COMMENTAIRES
Pour le retour de @fullmoon !

Sans grande originalité, j’en ai peur… Welcome back, @fullmoon 😉

Non classé | 15.12.2013 - 00 h 28 | 8 COMMENTAIRES
Complot

Avant même de franchir le pas de la porte, elle sentait bien que quelque chose clochait. De l’autre côté, pas un bruit. Un calme inquiétant.  Ses sourcils se froncèrent dès que ses yeux eurent confirmé ses craintes : à l’intérieur, personne. Les lumières éteintes dissimulaient l’absence angoissante des enfants qui, d’habitude, se précipitaient pour l’accueillir en l’abreuvant de leurs péripéties quotidiennes.

Ce ne fut qu’en se tournant vers l’interrupteur qu’elle remarqua le post-it : « N’allumez pas et avancez vers la lumière ».

Curieuse et déconcertée, elle balaya la pièce du regard. Dans le couloir, elle distinguait à peine les fluctuations d’une lueur pâle. Son cœur accéléra et intensifia ses battements et comme son sang cognait plus fort à ses oreilles, elle proféra d’une voix qu’elle voulait menaçante : « Les enfants ? Chérie ? Si c’est une blague, ça ne m’amuse pas du tout. Sortez de là. La journée a été assez pourrie comme ça… »

Ne recevant que l’écho du silence, elle prit soin de déposer ses affaires avant de s’engouffrer presque à l’aveugle entre les murs blancs du couloir. Elle réalisa trop brutalement que son chez elle, d’ordinaire si rassurant, lui semblait bien cruel tout à coup. A chaque nouveau pas, elle se morigénait de se montrer si sensible à ces pitreries. C’était encore probablement une nouvelle invention des enfants… mais pourquoi diable Emilie, sa femme, rentrait-elle toujours dans leurs jeux ? Elle savait bien que ça la tourmenterait vraiment. Elle ne se priverait pas de le lui rappeler dès qu’elles se retrouveraient dans leur trop brève intimité nocturne. Déjà, elle regrettait cette future chamaillerie. A cette heure tardive, elle n’aspirait qu’au repos dûment mérité de ses bras aimants et non à cette nouvelle manifestation de son immaturité. Leur différence d’âge finirait peut-être par se révéler problématique…

Au fond du couloir, la porte de leur chambre était ouverte et laissait échapper cette lumière irrégulière. Les portes des enfants, elles, étaient anormalement toutes fermées. Habituellement, elle devait se battre avec eux pour qu’ils daignent penser à les fermer. Son cœur s’accéléra encore, persuadée à présent qu’ils allaient surgir à son passage en poussant des cris effrayants, juste pour le plaisir de la faire sursauter et hurler de peur. Elle avait beau s’y préparer, elle savait qu’elle n’y couperait pas.

Mais rien ne se produisit.

Il lui fallut arriver jusqu’au seuil de la chambre pour prendre conscience de cette douce odeur d’ambre qui exhalait de la pièce et qui, elle le réalisait alors, lui chatouillait les narines depuis son entrée. Elle remarqua alors instantanément, à la lueur des bougies frémissantes, qu’un corps reposait sur le lit. Elle n’en percevait que les jambes nues, l’encadrement de la porte lui dissimulant le reste. Avant de chercher à découvrir la suite, elle marqua une pause. Elle ne comprenait pas. Que se passait-il ? Où étaient les enfants ? Pourquoi ? Quel jour … ?

« Viens », murmura une voix chaude à l’intérieur.

En une fraction de seconde, elle sentit fondre aussi bien sa fatigue que ses doutes et ses craintes. Quand enfin elle pénétra dans la chambre, les yeux rivés sur la femme qui l’attendait sur le lit, elle fut submergée par une vague de chaleur, de désir et d’émotion surtout. Son regard parcourut avec gourmandise les formes alanguies qui déjà affolaient chacun de ses sens.

Elle sentit, presque malgré elle, un sourire carnassier se dessiner sur ses lèvres, alors que l’objet de son attention la fixait presque innocemment, les yeux débordant de cet élan quasi indicible qui les poussait l’une vers l’autre, inéluctablement.

Comment parvenait-elle encore à la surprendre après toutes ces années ? Comment pouvait-elle toujours l’intimider et l’enflammer à la fois ?

Emue, elle en oubliait presque de respirer. Déjà, elle sentait son corps réagir, quasi violemment, à cet appétit charnel qui la tiraillait. Elle avait pleinement conscience de chaque sensation qui bouleversait son anatomie : la pointe dure de ses seins qui repoussait le coton de sa chemise, les frissons subtils qui ondulaient sa peau, hérissaient ses poils, chatouillaient sa nuque, affaiblissaient ses jambes, et surtout… cette onde torride, voluptueuse, humide, qui irradiait soudain entre ses cuisses.

Comme elle restait immobile, Emilie précisa : « Ne t’inquiète pas, les enfants sont…

–          Je ne suis pas du tout inquiète ! l’interrompit-elle.

–          Fatiguée ?

–          Plus du tout.

–          Enervée ?

–          Excitée.

–          Intéressant… susurra Emilie. Tu viens alors ? J’ai froid. »

En une seconde, elle se débarrassa de ses chaussures et fondit sur le corps offert de son amante. Déjà, leurs bouches se retrouvaient et de leurs langues amies, elles entamaient un duel sans vainqueur ni vaincu. Quand Emilie entreprit de déboutonner sa chemise, elle se reput de l’étincelle de gourmandise dans ses yeux. Au moment où leurs peaux entrèrent pleinement en contact, elle cessa de s’émerveiller, oubliant de chercher à comprendre, à savoir, à décider.

A cet instant précis, elles n’étaient plus qu’émotion pure. Instinct. Désir. Et chaque caresse promettait d’être renouvelée, plus intensément encore, jusqu’à ce que leurs corps exultent tour à tour, dans la complicité aigüe de leurs souffles, leurs peaux, leurs consciences.

Plus tard. Plus tard, elle la remercierait de cette délicieuse surprise. Plus tard elle lui dirait à quel point elle l’aime. Plus tard, elle se soucierait du pourquoi et du comment.

Dans l’immédiat, elle se contenterait d’être femme, source et fruit de plaisir.

Itws & anecdotes | Non classé | 11.11.2013 - 11 h 20 | 12 COMMENTAIRES
JUDITH, L’INTERVIEW (- Judith de Yagg ? – OUI. – Non… La vraie ? – La seule, l’unique !)

Yaggeuses, yaggeurs,

C’est avec émotion, plaisir et poésir que B.U.L.L.E. vous propose aujourd’hui de  (re)découvrir LA Judith Silberfeld de Yagg à travers quelques « très sages » questions. Je n’en dis pas plus…

Préliminaires…

1/ Ca fait quoi d’être une icône lesbienne ?
LOL. Non, vraiment. Je ne m’attendais pas du tout à ce que tu commences par ça. Jodie Foster est une icône, Ellen DeGeneres, des gens comme ça, pas moi.

Ne me dites pas que je suis la seule à voir en @Judith une icône lesbienne ?! Regardez ce geste… ça ne trompe pas ! C’est forcément un signe !!!

2/ Quelle est la question que tu redoutes que je pose ?

Je n’ai pas trop de problèmes à répondre aux questions (mon côté exhib, sans doute), donc je n’appréhende pas vraiment.

3/ Tu veux y répondre quand même ? (Allez… fais-le… s’il te plaît ! Promis, je ne dirai rien à personne !)
Bah du coup je ne sais pas quoi dire ;)

Raaaaaah ! Raté.

Jude in the sight :

4/ Comme on est sur B.U.L.L.E. je suis bien obligée de… creuser mon sujet (en tout bien tout honneur)… Qu’est-ce qui pour toi est le comble de l’irrésistibilité chez une femme ? Et qu’est-ce qui est rédhibitoire ?
1. L’authenticité.
2. La méchanceté. Et la mauvaise haleine.

5/ Tu n’es plus un cœur à prendre, n’en déplaise à tes milliers de fans, mais pour les romantiques que nous sommes, et sans tout dévoiler, ça ressemble à quoi une @Judith qui craque pour quelqu’une ?

(sans la barbe)

Et mes fans sont habitué.e.s, ça va bientôt faire 20 ans que mon cœur est pris.

Haaaaaaaaan ! Si j’étais pas déjà fan… 

6/ C’est quoi un dimanche idéal pour toi ?
Je vais avoir l’air super planplan mais j’ai des excuses (je travaille énormément depuis la création de Yagg, je n’étais déjà pas une glandeuse avant, et cette année a été particulièrement intense, donc je suis trèèèèèès fatiguée). Le dimanche, j’aime bien ne rien faire, de préférence avec ma femme (et mon enfant mais c’est dur de ne rien faire avec un enfant), dans mon jardin, au soleil. S’il n’y a pas de soleil et qu’il fait froid, regarder des séries ou des films en buvant un vrai chocolat chaud fait avec amour.

7/ Est-ce que tu peux citer une chose du quotidien qui t’énerve prodigieusement (même si… tu  ne t’énerves pas si facilement) ? Et une chose qui t’apaise systématiquement ?
Ce qui m’énerve : l’injustice, le mensonge, la mauvaise foi.
Ce qui m’apaise : le sourire de mon enfant. Au bureau c’est rare ;)
(Et dans la vraie vie, je m’énerve assez facilement, pour des broutilles. Je me maitrise mieux professionnellement que dans ma vie perso.)

8/ Donne-nous un mot qui t’amuse : colimaçon. Je crois que c’est mon mot préféré.
Un qui te fait peur : enfermement.
Un qui t’ouvre l’appétit : un peu tout ce qui touche à la nourriture. J’ai un estomac très sensible à la tentation.
Un qui te rassure : D’accord.
Un qui t’émeut : Je t’aime (trois mots, pas juste un, et ils ne m’émeuvent pas prononcés par n’importe qui, évidemment).

The Catcher in the Rye, by Salinger. La vérité n'est pas ailleurs.

The Catcher in the Rye, by Salinger.
La vérité n’est pas ailleurs.

9/ Quel livre est-ce que tu aurais aimé avoir écrit, et pourquoi ?
The Catcher in the Rye. Parce que c’est le livre le plus vrai qui soit.

10/ Quel superpouvoir tu aimerais posséder ?
La sagesse. Sinon j’aimerais bien pouvoir voler.

11/ Dernière prouesse culinaire en date ? 
On voit que tu ne me connais pas bien, je ne cuisine pas, mais je mange ! Beaucoup.

Evidemment ! Où avais-je la tête... (La Concrétisation du Réel de Magritte)

Evidemment ! Où avais-je la tête…
(La Concrétisation du Réel de Magritte)

12/ C’est quoi ce trou dans ta… penderie ?
Bah un range-sabre laser, quelle question !

13/C’était la journée internationale du CO il y a quelques jours. Comment ça s’est passé pour toi ?
Très bien, ce qui ne veut pas dire facilement. Je l’ai d’abord dit à ma mère, par téléphone, quelques jours avant Noël. On n’en a pas reparlé pendant quelques mois, puis on a eu une vraie discussion. C’était il y a très longtemps (1993), je ne me souviens pas très bien de ce que nous nous sommes dit, mais ma mère est assez super, donc ça s’est bien passé. J’ai un peu mis mon père devant le fait accompli quelques mois plus tard (mais je crois qu’il avait été prévenu par ma tante à qui ma mère avait parlé) en débarquant à une réunion de famille avec ma copine. À l’époque j’avais des rapports délicats avec lui, ça s’est nettement arrangé depuis, et c’est un super grand-père pour mon enfant.
Après, le coming-out, c’est tous les jours, avec toutes sortes de gens, je pourrais donc écrire des pages et des pages mais je vais éviter. J’en profite juste pour rappeler l’existence de ce blog: http://comingout.yagg.com/

Yagg & Jude :

14/ Dans ton quotidien pro de Yagg, quelle est la partie du job que tu préfères ? Et ce que tu détestes devoir faire ?
1. C’est un ensemble, j’adore mon job, c’est le boulot de mes rêves même quand c’est dur. J’aime qu’on soit utile.
2. Devoir mettre en lumière des aspects négatifs de la communauté, comme par exemple les deux gay prides de Marseille ou les désaccords au sein de l’Inter-LGBT. Je voudrais croire que nous, les LGBT, sommes parfait.e.s, mais ce n’est bien sûr pas le cas. Nous pourrions décider de ne pas en parler mais nous serions de médiocres journalistes.
Je n’aime pas du tout non plus discuter avec des homophobes, mais pour certains articles on n’a pas le choix.

15/ Un riche bienfaiteur de la communauté offre 100 000€ à Yagg, comment est-ce que tu proposes de les utiliser ? (on ne sait jamais… ça peut donner de bonnes idées ! :D )
On embauche direct quelqu’un pour seconder Xavier sur la technique. Ensuite un ou une community manager, un.e assistant.e (pour répondre aux très nombreux mails, messages Facebook, Twitter etc., gérer les demandes de partenariat, faire des jeux etc.). On étoffe un peu la rédac. Et s’il reste de l’argent, Xavier a plein d’idées de développement.
Yagg n’est pas une association, c’est un peu compliqué de faire un don, mais il y a des possibilités, comme J’aime l’info.

16/ Yagg vient de fêter ses 5 ans. Pendant ces années, des succès et des échecs. De quoi est-ce que tu es particulièrement fière ? Quelles ont été vos plus belles victoires selon toi ?
Et … les échecs ?
Ces 5 ans, c’est déjà une énorme victoire. Le presse en ligne cherche toujours son modèle économique, la presse en général va mal, et, pour l’instant, Yagg résiste, et grandit.
Un grand moment ? Les débats sur le mariage. Nous avons travaillé à flux tendu, en direct presque 24 heures sur 24. Pour moi qui arrive de la presse papier, c’était fou. Et génial (même si parfois c’était horrible à vivre).
Côté échecs : avoir dû licencier Audrey et Nizar il y a quelques années, n’avoir pas su garder Maxime. Mais leur vie post-Yagg est sympa aussi, donc ça va.

17/ En 5 ans, toujours, quelles ont été tes plus belles rencontres journalistiques ? Quels ont été tes moments les plus forts ?
Sophia Aram parce qu’on a accroché tout de suite. L’interview était parfaite. Océane Rose Marie, parce que c’est cool d’interviewer quelqu’un au début d’un projet et de voir ce projet devenir grand. Céline des éditions Dans L’Engrenage parce qu’on a une vision très proche de ce qu’est une communauté. C’est rigolo, elles sont toutes les trois devenues des amies.

Les moments forts : le lancement, chaque anniversaire, le vote du 1er article de la loi ouvrant le mariage, puis celui de la loi elle-même par l’Assemblée (les 2 fois). Mon «débat» avec Robert Ménard, pour le soutien de la communauté Yagg (c’est ce jour-là qu’a été créé ce groupe, tellement bon pour mon ego).

Mon reportage à Moscou, aussi, évidemment. Parce que pour quelqu’un comme moi, c’est probablement une fois dans une vie. Et j’ai rencontré des gens vraiment bien.

18/ Comment est-ce que tu imagines ta vie professionnelle dans 10 ans ?
C’est sans doute parce que je suis crevée en ce moment, mais je rêve surtout de m’arrêter et de laisser tourner la boîte sans moi. Mon idéal, aujourd’hui (mais ça pourrait changer après 2 mois de vacances), ce serait que LGNET ait les moyens d’embaucher et de continuer sans nous, et que j’ai les moyens de vivre ça de loin.

19/ On s’accordera à dire que l’homophobie est avant tout une question d’éducation (voire de contexte culturel). Tu es mère. Tu vois donc les choses de l’intérieur. Qu’est-ce qui selon toi, pourrait être fait, concrètement, dès l’école primaire, pour lutter contre l’homophobie (et transphobie, et biphobie… ) ?
Ne pas avoir peur d’en parler. Dire simplement aux enfants que tout le monde n’est pas pareil, et que c’est une richesse, pas un problème. Ça vaut pour toutes les sources de discrimination, toutes les différences. Il faut parler racisme, LGBTphobies, handicap, différences culturelles, sans établir de hiérarchie, sans commisération. Prévoir un ou deux ateliers tous les ans avec des associations, que ce soit SOS homophobie, Contact, SOS racisme etc. Il ne faut pas attendre le collège, dès 4-5 ans les enfants sont capables de commencer à comprendre. Il faut bien sûr leur parler de façon adaptée à leur âge, on ne va pas expliquer à un enfant de CP que le genre est une construction sociale (déjà que beaucoup d’adultes ont du mal à le comprendre…), mais lui dire que filles et garçons doivent avoir le droit de faire les mêmes choses, en sont capables aussi, et que ça vaut aussi pour les filles qui ne se sentent pas filles ou les garçons qui ne se sentent pas garçons. Ce n’est pas parce qu’on est une fille ou un garçon qu’on a le droit (ou le devoir) de faire telle ou telle chose, d’aimer telle ou telle personne, c’est parce qu’on est.
Certain.e.s vont me répondre que c’est le rôle des parents, pas de l’école, mais c’est les deux. L’école est le lieu principal de socialisation, c’est là qu’on apprend à vivre avec les autres, et c’est là qu’on rencontre les autres. 

20/ Quels secrets est-ce que tu ne peux absolument pas révéler sur chaque membre de la Yagg Team ?
Je suis extraordinairement respectueuse de chacun.e, je ne révèlerai rien sur personne.

 Hum… Mais s’attendait-on à une autre réponse ? Sans doute pas. On ne demande qu’à… les connaître mieux ! Et à les lire encore !

La Yagg Team version 2013 (de gauche à droite, Fatima, Judith, Xavier Julien, Christophe et Maëlle)

La Yagg Team version 2013 (de gauche à droite, Fatima, Judith, Xavier Julien, Christophe et Maëlle)

 

autoportrait | critique | D-libérations | éducation libéro-sexuelle | Homosexualité et éducation | Itws & anecdotes | Non classé | poésie | 12.12.2012 - 08 h 48 | 15 COMMENTAIRES
Le Romantisme, du mythe au fast-food… La bonne blague !

Quand les chien nous surpassent au paroxisme du cliché romantique…

 

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous mais, quand j’étais petite, j’étais bercée d’images et de récits romantiques. J’avalais du Disney, du Grimm, du Perrault, du Andersen, je nourrissais mon esprit et mon coeur de galanteries, de bienveillances, d’intentions pures et nobles. J’imaginais l’Amour et l’être aimé comme un don précieux qu’il fallait chérir, protéger, choyer comme le faisaient tous ces beaux Princes et valeureux clochards amoureux, et comme le faisaient aussi à leurs façons maniérées et pleines de minauderies ces demoiselles tant convoitées.

Aussi, sans surprise, j’ai grandi dans cet univers de romantisme éloquent. Certes, je n’ai pas attendu le Prince Charmant, je me suis plutôt identifiée à lui et me suis mise en quête de ma Princesse… mais au fond de moi, je suis aussi une Princesse qui a besoin d’être savamment courtisée… Ah les lesbiennes, c’est compliqué !!!

Toujours est-il que voilà. J’avoue, je ne sais aimer que de manière romantique. Pourquoi est-ce que cet aveu me coûte tant ? Parce que visiblement  aujourd’hui, être romantique on ne trouve plus ça normal ou noble… on trouve ça DRÔLE !!! Ou pire que tout : « Trop mimi » (ce qui est encore plus affligeant que drôle, vous en conviendrez). J’ai envie de dire STOP. STOP à la « ridiculisation » du romantisme. Laissez-nous être fleur bleue ! Laissez-nous aimer vous offrir une fleur, veiller à couvrir vos épaules quand vous êtes parcourues d’un frisson, préparer un dîner aux chandelles de temps en temps, vous enlever pour un week-end en amoureuses, vous inviter solennellement à danser sur votre chanson préférée, prendre le temps de vous faire plaisir aussi souvent que possible… laissez-nous faire preuve d’attentions et de galanteries sans glousser ou nous jeter votre regard qui dit « Merci mais quand même, t’as vu comme t’es ridiculement romantique !?! »

Bref, si je vous dis tout cela c’est parce que bien sûr j’ai vécu ces humiliantes situations, et pire que tout, je sais que je les vivrai encore. Mais récemment, j’ai été confrontée au fossé des générations et là, j’ai compris.

Prenons une oeuvre romantique par excellence : Jane Eyre (la gouvernante qui tombe amoureuse du maître de maison, amour réciproque mais impossible, histoire qui finit bien). Faites lire ce chef d’oeuvre à une classe de 4ème et demandez-leur, à mi-chemin, d’écrire une scène romantique entre Jane et M. Rochester et vous obtiendrez un truc de ce genre :

Ils sont à table. Jane a faim parce qu’elle a travaillé toute la journée, mais pas M. Rochester parce que lui c’est le patron et que le patron ça travaille pas. Comme elle a fini son assiette avant lui et qu’elle semble avoir encore faim, il lui laisse finir son BigMac et ses frites, même si lui aussi a encore faim. Elle accepte. A la fin du repas, elle se lève et pour le remercier, elle l’embrasse sur la bouche. Il est content. Demain, il lui laissera peut-être finir sa pizza mais il faudra qu’il mange plus au goûter.

Mes élèves ont de la chance. Eux ils ont déjà compris que le romantisme c’était devenu une bonne blague !

 

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Non classé | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 28.05.2012 - 13 h 01 | 9 COMMENTAIRES
Roland Garros 2012 : nouvelle nouvelle érotique.

 

On ne nous dit pas tout…

Le soleil n’est pas vraiment au rendez-vous cet après-midi et pourtant la chaleur est étouffante dans les allées de Roland Garros. A droite comme à gauche, on se bouscule aux stands, on se bat pour avoir sa bouteille d’eau avant les autres, on s’étripe pour un T-shirt à l’effigie du tournoi. A l’affût, Léa avance dans cette ambiance électrique. C’est sa première fois sur le site, le premier match auquel elle va assister après des années d’entraînement télévisuel… Il semblerait que toute sa vie n’ait jamais tourné qu’autour de cet instant magique. Elle s’approche du court central, ELLE va y entrer. Étrangement, l’excitation ne se manifeste chez elle que par un calme profond, limite apathique, surtout comparé à l’agitation ambiante. Quand elle passe les portes du court et qu’elle cherche les escaliers qui mènent à sa place, elle remarque à quel point tout est différent. Dans les retransmissions télévisuelles, il règne toujours une sorte de tranquillité et de respect… alors que là, tout lui semble très bruyant. Les gens rient, parlent fort, échangent leurs pronostics, se racontent de petites anecdotes, traînent leurs enfants…

Léa s’isole dans sa bulle. Rien ne lui gâchera son moment. Elle est aux quarts de finale de Roland Garros, elle a sa place presque au bord du court, elle va voir jouer le n°1 mondial contre le n°3 et elle a un paquet de fraises Tagada dans sa poche. Quand elle trouve enfin son siège, elle est presque déçue de voir que quelqu’un est déjà installé à côté d’elle. Un peu comme avec la SNCF, elle s’est débrouillée pour avoir le côté couloir, mais à sa droite, la place est déjà occupée par une jeune femme dans un K-way.

Léa se rend alors compte qu’elle même n’a pas prévu l’éventualité de la pluie. Elle jette un regard inquiet au ciel, envoie une prière muette aux nuages  grisâtres et s’assoit très délicatement, comme pour essayer de dissimuler son arrivée à sa voisine. Celle-ci, pourtant occupée à papoter à sa droite, se retourne très furtivement pour l’apostropher d’un « Bonjour » à peine poli avant de se remettre à discuter. Léa répond mentalement à la capuche qui lui fait face et s’installe le plus confortablement possible sur le plastique glissant de son siège.

En bas, sur le court, on finit les préparatifs sans hâte. Tout semble parfaitement orchestré. Des gens prennent des photos. Léa se demande ce qu’il peut bien y avoir à photographier tant qu’il n’y a pas les joueurs.

– L’arbitre ne devrait pas tarder à arriver, entend-elle à sa droite.

Léa croise alors pour la première fois le regard de sa voisine. Elle la détaille en un quart de seconde : brune, les épaules carrées et le teint hâlé des sportives d’extérieur, un petit grain de beauté sur la narine gauche d’un nez délicat, un sourire aux dents blanches et lèvres pleines et quelques centimètres de plus qu’elle. Il s’en dégage une force évidente et une légère odeur de framboise. Comme elle lui sourit, Léa se sent obligée d’en faire autant mais se sent terriblement maladroite. Elle n’aime pas parler avec des gens qu’elle ne connaît pas. En fait, elle n’aime pas parler tout court. La sociabilité n’est pas son truc. Aussi, elle espère secrètement que la jeune femme va s’en retourner vers ses amis et la laisser regarder SON match tranquille.

– Le match ne commence jamais en retard à Roland Garros. C’est ta première fois ici ?

Léa, abasourdie, se tourne vers la pipelette d’à côté, pour la fusiller du regard, mais devant l’innocence de ses yeux noisette, elle ne peut que répondre un petit « oui ». Comme elle regarde son interlocutrice, elle voit l’expression de celle-ci changer brutalement.

– Ça alors… laisse échapper l’inconnue.

– Quoi ? demande Léa, presque agressive.

– Non rien… C’est juste que… je suppose que je ne suis pas la première à te le dire, mais tu as des yeux…

La jeune femme est visiblement troublée. Elle observe le visage de Léa avec tellement d’insistance que celle-ci finit par s’impatienter.

– Oui, j’ai des yeux, je sais… et toi aussi, non ?

– Non, c’est pas ça. Les tiens, ils sont…

Léa a en effet déjà entendu parler de ses yeux. Quand elle était petite, sa mère avait pour habitude de dire que ses beaux yeux la perdraient. Plus tard, au lycée puis à la fac, beaucoup de garçons l’ont accostée en usant du fameux « T’as d’beaux yeux tu sais ». Personnellement, elle trouve son regard handicapant. Ses yeux sont trop grands, trop verts, trop … Ils sont le comble du ridicule fantaisiste sur un ensemble dramatiquement quelconque. Si au moins elle était belle… Et paradoxalement, ce qui pourrait être son seul atout physique est devenu son pire complexe. Elle nourrit une susceptibilité extrême à l’égard de ses yeux. Aussi, entendre  sa voisine aborder ce sujet la crispe sur son siège et, déjà, elle est sur la défensive. Mais l’autre continue.

– Je ne sais pas. C’est comme s’il y avait un autre monde dans tes yeux, un truc parallèle. C’est beau mais c’est assez effrayant. Ça doit pas être évident à porter tous les jours… Mais ils te vont bien. Au fait, je m’appelle Zoé, et toi ?

Elle a dit ça tellement naturellement, en penchant sa tête légèrement sur le côté, comme on regarde un petit chien dans une vitrine, que Léa  ne peut répondre aussi vertement qu’elle le souhaite. Elle se contente donc d’un « Léa » en regardant avec étonnement l’étrange personne à ses côtés. Soudain, Zoé lui attrape le bras et pointe du doigt l’entrée du court :

– Regarde, l’arbitre et les juges de lignes arrivent !

Léa se contracte, consciente de chaque millimètre de peau sur son bras nu. Elle n’a pas l’habitude du contact humain. Elle le fuit. Pourtant, cette fois, le geste est d’une telle innocence qu’elle réprime son envie de se dégager. Zoé la regarde avec des yeux pleins d’excitation et reporte son attention sur le court. Mais Léa est perturbée. Elle ne comprend pas cette facilité qu’on certaines personnes à parler, échanger, s’ouvrir. Elle même se complait dans son rôle d’huître. Brandissant sa timidité comme excuse quand c’est nécessaire, elle a appris à vivre ainsi, un peu à l’écart bien que maintenant les rapports sociaux minimum. L’aisance de Zoé la bluffe, elle attise sa curiosité.  Subrepticement, elle dévisage sa voisine qui scrute chaque mouvement sur le court.

Soudain, les gradins grondent, la foule clame tumultueusement et à nouveau, une main tiède vient étreindre le bras de Léa.

– Ils sont là !

Tirée de ses réflexions, Léa succombe à son tour à l’exaltation générale. Elle applaudit l’arrivée des joueurs, regrettant presque de perdre le contact des doigts de Zoé. Après les tribulations d’usage, le calme est réclamé dans l’assistance. Le match va commencer.

– Tu supportes un joueur en particulier ? demande Zoé.

– Non.

– Comme moi alors. L’essentiel, c’est le jeu.

– Chuuuut ! entend-on derrière.

De mauvaise grâce, Zoé se tait. Léa ne peut s’empêcher de la regarder de temps en temps. Elle se surprend à aimer lire le jeu sur le visage de sa voisine : crispé quand l’un commet une faute, illuminé à chaque belle action, paradoxalement contrite et heureuse à chaque point marqué. L’empathie de Zoé pour chacun des joueurs l’émeut. Entre deux jeux, cette dernière vient plonger son regard dans celui de Léa et lui dit en souriant :

– Ils sont vraiment bons. C’est énorme comme quart de finale !

Et elle ponctue sa phrase en attrapant Léa par l’épaule, comme si elles se connaissaient depuis la maternelle. Troublée, Léa reporte son attention sur le jeu.

A la fin du premier set, courageusement disputé de chaque côté, Léa se souvient de ses fraises Tagada. Elle ouvre le paquet et devant les yeux gourmands de Zoé, elle ne peut faire autrement que de lui en proposer.

– Génial, ça fait au moins deux ans que je  n’en ai pas mangé !

Le couple à côté d’elle se lève alors et leur passe devant avant de se perdre dans l’allée. Léa ose alors un timide « Ils ne sont pas avec toi ? »

– Non, lui répond-elle. Je devais venir à la base avec ma copine, mais on a rompu avant même de prendre les places. Enfin, c’est sûrement mieux comme ça, et je sais très bien qu’elle n’aimait pas vraiment le tennis de toutes façons.

Sa copine ? Léa essaie de comprendre sans prendre un air trop surpris. Sa copine ? Mais alors Zoé aime… les femmes ?

D’un air qu’elle espère décontracté, Léa acquiesce et fait mine de se reconcentrer sur le jeu. Quand le premier service claque dans le court, c’est l’éruption dans sa tête. Zoé est lesbienne. Zoé aime les femmes. Ces personnes là existent donc pour de vrai ? Et elles semblent tout à fait normales ? Étrange.  Évidemment, ce n’est pas la première fois que Léa approche une homosexuelle. Mais d’habitude, elle les reconnait. D’habitude, elles sont beaucoup plus… masculines. Mais alors… ça veut peut-être dire qu’elle en a rencontré d’autres ! Des non-identifiables ?!

Non que leur sexualité la choque (en fait Léa ne s’est jamais vraiment posé de question sur le sujet), mais le fait que cela puisse passer inaperçu… Elle trouve soudainement cela très surprenant, et intéressant. Alors il ne faut pas forcément ressembler à un homme pour aimer une femme ? Il n’y a pas forcément de dresscode  ou de signal distinctif, pas de preuve tangible, de défaut de fabrication évident, pas de mise en garde ? Mais alors, n’importe qui peut…

Non sans doute pas n’importe qui. Il faut probablement avoir certaines prédispositions.

Étrange toutes ces questions qui se bousculent dans la tête de Léa. Elle a toujours soigneusement évité les questions de sexualité, puisque de son point de vue, le sexe c’est l’intimité absolue entre deux personnes. Et elle a toujours refusé l’intimité, elle l’a fuit comme la peste noire, comme pour cacher au reste du monde que peut-être, elle n’est pas si différente finalement. Nier sa sexualité, c’est son pouvoir de différence ultime, ce qui la rend intouchable.

Jamais elle n’a ressenti la moindre attraction, elle en est sûre, elle est différente. Mais a sa façon, Zoé vient de lui prouver qu’elle aussi est différente. Léa s’interroge. Chaque échange de balle correspond à une nouvelle question qui pointe dans son esprit. Une partie d’elle suit le match avec attention, consciente d’avoir attendu ce moment presque toute sa vie, et l’autre partie vogue vers des océans d’inconnu. Ces certitudes s’effondrent les unes après les autres.

Quand Zoé attrape une nouvelle fois son bras dans le feu du match, Léa frissonne. Le contact la perturbe, suscitant une nouvelle question : n’a-t-elle vraiment jamais été attirée par personne, ou a-t-elle tout simplement refusé quelque part au fond d’elle même  la moindre attirance ? Parce qu’il faut se rendre à l’évidence, les élans tactiles de sa voisine lui font un effet certain.

Peut-être que l’effet s’est amplifié depuis qu’elle sait que Zoé est lesbienne.

Subitement, elle prend conscience de leurs genoux qui se frôlent, de leurs épaules si proches. Léa, curieuse de ses propres sensations, se penche à l’oreille de la jeune femme et lui murmure un « Avec un peu de chance, il va égaliser. J’espère un match en cinq sets ».

Zoé se retourne et fend son visage en un large sourire, validant les propos de sa voisine d’un petit hochement de tête et dans un sursaut d’enthousiasme, elle saisit la main de Léa. Celle-ci sent quelque chose se briser sous ses côtes et le souffle lui manque. C’est à ce moment là que la première goutte de pluie atterrit sur sa cuisse.

– Merde, il pleut.

– Non ! Pas déjà ?! Pitié… implore Zoé.

– Espérons que ça se limite à quelques gouttes…

Zoé remonte la fermeture éclair de son k-way en jetant un regard sombre au ciel qui s’est épaissi. A chaque nouvelle goutte, une sursaut soulève les jeunes femmes, mais pour l’instant le jeu continue.

– Tu devrais sortir ton parapluie parce qu’on risque d’y avoir droit… suggère Zoé, pessimiste.

– C’est que… c’est idiot je sais mais… je n’avais pas prévu qu’il pleuve !

Léa lit de la surprise aussitôt suivit d’un regard moqueur sur le visage de Zoé, mais presque aussitôt, elle retrouve un sérieux quasi maternel et défait sa fermeture éclair comme pour enlever son k-way.

– Non mais ça va, tu ne vas pas me donner ton truc ! Au pire je serai un peu mouillée, ça n’est pas grave !

– T’inquiète, je ne comptais pas te le donner ! Mais on peut partager, tiens, regarde, si on le met comme ça…

Et la jeune femme agrippe l’épaule de sa voisine et glisse leurs têtes sous le tissu protecteur. Sous la tente improvisée, elles se regardent, amusées.

– Je ne suis pas sûre qu’on en sera moins mouillées pour autant, mais partager, c’est mieux non ? demande Zoé, mutine.

Léa préfère ne pas répondre. Elle se sent rougir et se concentre sur le court. Tout le monde commence à s’agiter. L’arbitre doit réclamer le silence.

Si on avait dit à Léa quelques heures auparavant que son match risquait d’être gâché à cause de la pluie, elle en aurait fait tout un pataquès, mais là, elle n’y pense même pas. Elle ne sent que le corps de Zoé contre le sien, l’humidité et la chaleur ambiante, son bras autour de ses épaules, et cette subtile odeur de framboise. Ses cheveux. Sans doute son shampoing est-il aromatisé aux fruits rouges. Il lui rappelle celui qu’elle utilisait étant enfant.

Sur le court la pluie s’intensifie et gêne le jeu. Une balle de set pour revenir à un set partout. Le point est gagné. C’est ce que l’arbitre attendait pour signifier l’interruption du match. Tout le monde se lève dans une cohue générale pour aller s’abriter pendant que l’on recouvre de sa protection le court central. Calmes, les filles attendent que le gros des troupes ait désembouteillé les allées pour se lever. Léa sent la pluie ruisseler le long de ses bras. Elle rabat le k-way sur Zoé et veille à ce que celle-ci soit protégée au mieux. Comme Zoé surprend son geste, elle la remercie chaleureusement du regard et la gratifie d’un « Tête de mule » !

Il est un peu tard et l’orage n’a pas l’air de vouloir s’apaiser.  Léa se dit qu’elle va sans doute devoir revenir demain. Alors, elle réalise qu’il va falloir qu’elle quitte l’étreinte de Zoé. En attendant la décision des organisateurs du tournoi, elles se blottissent toujours l’une contre l’autre, prétextant des frissons de fraîcheur. Léa ne se reconnait pas. Que fait-elle dans les bras d’une femme qu’elle ne connaît pas ? Et surtout, pourquoi s’y sent-elle aussi bien ?

– Merde… s’ils reportent, je ne pourrai pas voir la fin.

– Pourquoi ? demande Léa paniquée.

– Parce que demain je travaille !

– Oui, mais là c’est Roland Garros !

Zoé lui sourit d’un petit air contrit. Léa resserra l’étreinte, comme pour refuser de la laisser partir.

– Mesdames et messieurs, entend-on dans les haut-parleurs. Nous avons le regret de vous informer qu’en raison du temps, nous devons reporter la suite du match à demain 13h.

Une nouvelle fois, quelque chose se brise à l’intérieur de Léa. De ses grands yeux embués, elle regarde tristement Zoé qui se mord la lèvre pour ne pas hurler.  Autour d’elles, les gens pestent. Entre elles, le silence s’installe. Zoé se perd dans le regard de Léa, ce regard si expressif, si prégnant.  Elle y lit la douleur, la peur, l’incertitude. Elle essaie alors de la rassurer :

– Ça arrive tu sais, ce n’est pas si grave. Et puis j’ai aussi des places pour la demi finale.

– Pas moi.

Léa détourne son regard et lui dit d’un ton qu’elle veut détaché.

– Alors, eh bien travaille bien demain et amuse-toi pour la demi finale. Adieu et c’était sympa de te connaître.

Comme elle se détache de Zoé pour lui tendre froidement la main, celle-ci lui retient le bras en lui disant :

– Tu es toujours aussi radicale ? Je peux te donner mon téléphone, et toi le tien, comme ça on pourra…

Mais dans la confusion qui fait rage dans sa tête, Léa n’entend rien de tout cela. Elle veut partir. Loin de cette femme qui l’a bouleversée. Loin de ses mains, loin de ses bras, de son sourire et son regard. Loin de son empathie. Loin de son humanité. Partir là où elle serait à nouveau différente et seule. Là où il était rassurant d’être différente et seule.

D’un geste brusque, Léa se dégage et s’élance dans la foule en criant : « Je dois y aller ». Mais après quelques pas, elle se retourne, elle voit Zoé, interdite, différente et seule au milieu de tous ces gens bruyants, Zoé qui la regarde noyée dans l’incompréhension et la déception.

Sans chercher à comprendre d’où lui vient cette impulsion, Léa parcourt en sens contraire les quelques pas qui la séparent de Zoé et, devant le regard incrédule mais ravi de celle-ci, elle dépose un baiser maladroit sur sa joue gauche. Comme elle s’écarte à nouveau d’elle, Zoé la retient d’une main derrière sa nuque et vient coller ses lèvres sur celles de la jeune femme. Léa réalise alors que c’est ce qu’elle voulait depuis le début. Ses lèvres. Pourquoi n’a-t-elle pas osé ?

Curieuse sensation que ces lèvres chaudes, que cette main ferme sur sa nuque, que ces corps qui se renouent comme ils semblent destinés à l’être. Oui, Léa se découvre curieuse et avide. Quand Zoé l’embrasse, elle ne s’éloigne pas, ne s’essuie pas de dégoût, ne crie pas sa colère. Elle goûte chaque seconde, elle vit l’instant comme s’il était celui pour lequel elle était née un jour. Elle savoure le contact des lèvres charnues, elle en demande plus. Elle veut un vrai baiser, pas un baiser de cinéma, pas un baiser esthétique, elle veut le baiser de l’intimité. Celui dans lequel elle connaîtra de Zoé tout ce que celle-ci acceptera de partager avec elle. Celui dans lequel elle acceptera de se livrer plus sincère qu’elle ne l’a jamais été. Et quand la langue de Zoé demande à s’insinuer dans ses parcelles privées, elle s’ouvre à elle. Elle s’offre aux caresses de ses bras, à la chaleur de son étreinte, à la moiteur de sa bouche. Elle s’imprègne de chaque nouvelle sensation et cherche à la rendre au centuple. Enfin, elle s’abandonne.

Aucune d’elles ne veut briser l’étreinte, aucune ne veut reprendre son souffle. Pourtant cette précaution vitale s’impose instinctivement. Le temps d’un souffle et c’est à nouveau la tempête des corps. Le baiser n’est ni tendre ni violent, ni doux ni amer, ni  cruel ni généreux, et un peu tout à la fois. Les mains de Zoé glissent sur le dos de chemise humide de Léa, elles remontent de ses hanches à ses côtés pendant que celles de sa partenaire s’emploient à une danse mimétique.

Un son grésille fortement dans le haut-parleur. La magie est rompue, les corps se défont. Quelqu’un parle encore, mais aucune des deux jeunes femmes n’entend quoi que ce soit. Léa lit le désir dans les yeux de Zoé. Pire que tout : Léa lit son propre désir dans les yeux de Zoé. Mais Léa n’a jamais désiré personne. A nouveau, Zoé ressent la peur envahir le regard de la jeune femme. Une peur panique qui engloutit les vagues de désir auxquelles elles succombaient quelques secondes plus tôt.

Trop tard.

Léa se dégage brusquement de son étreinte et tourne les talons. Sous une pluie battante, Zoé la regarde s’éloigner en courant.

Qui est cette fille ? Que lui a-t-elle fait ? D’où vient cette profonde souffrance que Zoé a su voir en elle ? Que vient-il de se passer ? Pourquoi ce baiser ? Et surtout, comment accepter l’idée de ne plus jamais la revoir ?

Même si beaucoup de questions se bousculent dans sa tête, Zoé renfile son k-way avec une nouvelle détermination : demain, boulot ou pas, elle assistera à la suite du match !

 

A suivre ?

 

 

 

 

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