5381 l’amour comme on ne l’a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | B.U.L.L.E.

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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | y'a que ça de vrai ! | 13.02.2017 - 09 h 15 | 6 COMMENTAIRES
Rome en solo (chapitre 3)

Chapitre 1

Chapitre 2

 

Les draps avaient libéré leurs corps depuis quelques minutes, ou une éternité. Gabrielle sentait son pouls se confondre avec celui de son amante. Elle ne se lassait pas de caresser cette peau veloutée, de se laisser envahir par le parfum si singulier de Luce. Elles ne parlaient pas, mais leurs corps s’harmonisaient si parfaitement que la jeune femme aurait juré entendre un chant divin. Elle ne pouvait détacher son regard des yeux de la belle italienne. Le désir qu’elle y lisait, plus puissant et plus doux à chaque seconde, attisait son plaisir de manière démentielle.

Elles étaient nues. Luce, après l’avoir tendrement explorée du bout de ses doigts, avait ondulé de son corps félin pour la surplomber. Sans quitter sa proie du regard, elle avait lentement ployé jusqu’à ce que les pointes dures et foncées de ses seins vinssent effleurer ceux, plus clairs, de Gabrielle. A ce contact, la jeune femme crut jouir instantanément. Mais les yeux enfiévrés de l’italienne l’en empêchèrent. Ils revendiquaient des voluptés bien plus extravagantes !

Quand Luce entreprit de descendre le long du corps de Gabrielle en maintenant la caresse de ses tétons, la peau de la jeune femme s’enflamma. Elle se délectait des sillons de plaisirs que traçaient ses seins sur son corps offert. A leur passage, son estomac se contracta, puis son bas-ventre, son bassin se cambra et quand l’italienne atteignit ses cuisses, elle amorça une remontée. Cette fois, elle se décala subtilement. Gabrielle ne sentit plus qu’un seul sillon gravir l’intérieur de sa cuisse gauche pour s’immiscer entre ses lèvres humides. Là, Luce ralentit sensiblement jusqu’à ce que son téton rencontre le clitoris hardi et gonflé de la française. Le gémissement qui ne manqua pas d’échapper à Gabrielle fit plier l’italienne. Son sein s’écrasa de tout son poids contre le sexe trempé et vibrant. Leurs corps entiers subirent les répercussions palpitantes de ce contact. Elles gémirent de concert cette fois.

Quand Gabrielle recroisa le regard de Luce, elle sut que quelque chose avait changé. « Tu as eu assez de préliminaires comme ça ? » demanda l’italienne dans un sourire carnassier. Pour toute réponse, la jeune femme posa sa main sur sa nuque, l’incitant à remonter au plus vite. La belle brune obéit sans toutefois se précipiter. Elle maintint le contact de son téton le long du ventre puis sur la poitrine de la française. Sauf que cette fois, le contact était humide. Arrivée à la hauteur du visage de son amante, Luce approcha dangereusement ses lèvres. Gabrielle se dit qu’elle ne survivrait sans doute pas à ce baiser. Elle en avait tellement envie, là, sur le point de jouir de la simple réunion de leur corps et de ce regard si noir ! Mais la belle brune lécha délicatement le bout de son nez avant de poursuivre son ascension.

Gabrielle voulut protester, la retenir, lui imposer ce baiser. Cependant, avant qu’elle n’ait eu le temps d’émettre le moindre son, le sein lourd de son amante envahit sa bouche. Surprise par cette sensation bouleversante de volupté et par sa propre odeur, son propre goût, la jeune femme referma fermement ses lèvres sur la pointe de chair tentatrice qui la narguait. Le roucoulement de Luce s’accompagna du mouvement suave de ses hanches qui vinrent plaquer sa cuisse contre le sexe impétueux de Gabrielle. La jeune femme s’arqua sous le coup du plaisir. En une fraction de seconde, son corps entra en ébullition. Luce lui avait saisi la tête pour la plaquer, plus fort encore, contre son sein. L’italienne se répandait, elle aussi, contre la hanche de la jeune femme. Leurs corps suaient un plaisir imminent, un plaisir vandale, qui les dépossédait de leur équilibre, de leur libre-arbitre.

Gabrielle était subjuguée par la beauté de cette femme qui la chevauchait ; cette image la poursuivrait toute sa vie, elle en fut consciente, le temps d’un éclair. A la tension du corps de son amante, elle sut que Luce était sur le point de jouir, sans retenue, sans ménagement, sur elle. Alors elle ne retint plus rien. Leurs cris les libérèrent dans un orgasme si violent qu’elle en ferma les yeux. Son corps se disloqua sous l’effet du plaisir que cette étreinte réinventait. Jamais elle n’avait ressenti pareille explosion des sens. Des vagues de volupté soulevaient encore son corps, semblaient ne jamais vouloir s’arrêter. Le souffle court, Gabrielle rouvrit les yeux.

C’est en voyant le plafond blanc de la chambre qu’elle réalisa que Luce n’était plus sur elle. Elle ne l’avait même pas sentie se glisser à ses côtés. Impatiente de retrouver le contact de sa peau, la jeune femme envoya sa main en travers du lit. Le froid soyeux des draps la déconcerta. Ses yeux confirmèrent ce que son esprit ne voulait pas envisager. Luce n’était pas là.

Gabrielle se redressa sur le lit. Au loin, des chants religieux résonnaient dans le matin ensoleillé. Les draps n’avaient été défaits que de son côté. Luce n’avait jamais passé la nuit avec elle. Pourtant, les bourdonnements de son sexe engorgé ainsi que sa respiration toujours irrégulière, attestaient de cet orgasme dévastateur. Un instant, la jeune femme grogna de déconvenue. Un rêve érotique. Cela n’avait été qu’un rêve érotique ! Mais incontestablement le plus diaboliquement cruel de toute sa vie.

Gabrielle sourit enfin. Puis elle rit franchement avant de replonger dans son oreiller. D’une main elle remonta la couette sur son corps dépité, et de l’autre, elle vint recouvrir son sexe encore frémissant. Il n’en fallut pas plus pour que son cerveau lui restituât l’image sauvage d’une Luce luisante et tendue la surplombant, le visage extatique, mystifié par le désir. Comment pourrait-elle se défaire de cette vision ? Elle n’était pas certaine de le vouloir, bien au contraire. Malgré elle, ses doigts caressèrent les chairs sensibles de son sexe. « Luce… » : sa voix n’était qu’exigence, caprice. Elle ne se reconnaissait même pas. Mais dans la suavité de cette matinée de Noël non-conventionnelle, elle s’en moquait. Son cœur s’emballa cependant lorsqu’elle entendit frapper trois coups discrets à la porte, accompagnés d’un « Gabrielle ? » reconnaissable entre mille.

 

 

*

 

D’un bond, elle sortit du lit. En quelques enjambées, elle était devant la porte, mais elle fut coupée dans son élan par son reflet dans le miroir : ses cheveux étaient ébouriffés et elle avait encore la trace de l’oreiller sur son visage. « Oui ? », demanda-t-elle pour gagner du temps. De ses doigts, elle tenta maladroitement de défroisser sa peau et ses cheveux, mais c’était peine perdue. Dehors, Luce répondit :

– J’espère ne pas vous réveiller… Je me demandais si…

– Attendez, entrez, proposa la jeune femme, résignée à ne pas laisser mourir la belle italienne de froid par simple coquetterie.

– Merci, répondit cette dernière à la porte qui s’ouvrait.

Quand Luce posa les yeux sur Gabrielle, elle se sentit faiblir. La française venait visiblement de se lever et son hôtesse la trouva dangereusement attirante : ses traits semblaient encore tout engourdis de sommeil et ses cheveux indisciplinés s’éparpillaient, asymétriques, autour de cette bouille adorable. Un long et large T-shirt blanc, déformé par les années, lui tombait à mi-cuisse et recouvrait presque intégralement un caleçon bleu-marine.

– Ne me dites pas que je vous réveille, s’inquiéta l’italienne en essayant de ne pas laisser ses yeux traîner sur la transparence légère du coton blanc.

– Non, non… Je… Lézardais. Quelle heure est-il ?

– Bientôt midi.

Les yeux de Gabrielle s’écarquillèrent si fort que son interlocutrice pouffa de rire. La française piqua un fard et demanda à la brune de lui accorder quelques minutes. « Faites-vous un café, si ça vous tente », lui dit-elle avant de disparaître précipitamment dans la salle de bain. Elle se retrouva face à son reflet interdit. Comme ses doigts parcouraient machinalement la zébrure résiduelle de l’oreiller sur sa joue, elle sentit son odeur intime qui les imprégnait encore. Elle réprima un fou rire et s’empressa de se laver les mains et le visage à grandes eaux. Après s’être brossé les dents, elle se faufila aussi rapidement que possible de la salle de bain à la chambre. Elle entendait l’italienne s’affairer à la cuisine. En se changeant, Gabrielle s’interrogeait. Que lui valait cette visite matinale ? Comment allait-elle pouvoir se trouver face à elle sans se laisser envahir par le souvenir de son visage en extase ? Comment réprimer ce désir qui ne faisait que croître entre elles ? Et surtout, était-il nécessaire de le réprimer ?

Il ne lui fallut que quelques secondes pour s’habiller. Avant de rejoindre l’italienne, elle prit une profonde inspiration.

Luce déposa une seconde tasse fumante sur la petite table qu’elle avait dressée en l’attendant. Dans une assiette, quelques tranches de pain grillé répandaient une odeur croustillante dans le séjour. L’italienne se figea une seconde à l’arrivée de Gabrielle. La jeune femme portait une vieille paire de jeans délavée, déchirée au niveau des genoux et des cuisses et retroussée aux chevilles. Une chemise blanche, ample et diaphane, laissait percevoir un marcel pour seul sous-vêtement.

– Ça sent diablement bon, annonça Gabrielle, consciente du voile de désir qui enflammait le regard de la brune.

– J’ai pensé que peut-être… vous auriez faim, répondit l’italienne.
Elles s’assirent l’une en face de l’autre et Gabrielle remercia son hôtesse.

– Je vais finir par ne plus pouvoir me passer de vous… », ajouta-t-elle innocemment.

Luce accrocha son regard à celui de la jeune femme, muette. Nerveusement, elle fit tourner sa tasse entre ses mains. La française attrapa une tranche de pain. Pendant de longues et silencieuses secondes, elle couvrit sa tartine de beurre et de confiture. Avant de croquer dedans, elle jeta un œil attentif à son hôtesse qui ne perdait pas une miette de ses gestes. Souriant de toutes ses dents, elle tendit la tartine à la belle italienne. Celle-ci s’apprêtait à refuser quand Gabrielle lui coupa la parole : « Mangez, vous risquez d’en avoir besoin ! ».

Sans chercher à comprendre le sous-entendu, Luce accepta le pain luisant tandis que la jeune femme faisait crisser son couteau sur une nouvelle tranche. Elles croquèrent en même temps dans leur tartine, sans se lâcher du regard. Quand Luce porta sa tasse de café à la bouche, elle eut un petit haussement de sourcil et ses yeux se levèrent au ciel avant de replonger dans ceux de la française. Gabrielle reconnaissait cette marque de béatitude chez l’italienne. C’était sous ces traits que la jeune femme avait rêvé l’extase sensuelle de la belle brune. Son estomac se noua et, instinctivement, elle resserra ses cuisses. Incapable de se taire plus longtemps, elle racla sa gorge avant de briser le silence à nouveau :

– Vous ne m’avez pas dit ce que vous faites là, un matin de Noël. Non que je m’en plaigne, mais comment se fait-il que vous ne soyez pas en famille ?

La brune sembla presque soulagée de la trivialité de la question.

– Chez les D’Alba, nous célébrons Noël le 24. Généralement, le 25 est consacré aux conjoints. Quand mon frère… puis moi… nous sommes mariés, ça a été la meilleure solution pour satisfaire tout le monde.

Gabrielle s’étrangla avec sa tartine. Mariée ?

– Oui, continua Luce, j’étais mariée, Gabrielle. Et oui, avec un homme.

L’italienne paraissait s’amuser de l’air incrédule de la jeune femme. Comme celle-ci n’osait toujours pas poser de question, la brune poursuivit.

– J’ai rencontré Pascal à l’université. Il était français. Ça m’a tout de suite plu. J’ai toujours eu un faible pour… vos compatriotes. Il m’a séduite à coup de poésie, de cuisine au beurre et de voyages sur vos terres. Il était un peu plus âgé. Moi, j’étais jeune et… pure. Il ne nous a fallu que quelques mois pour envisager un mariage en grande pompe. Mes parents étaient les plus enthousiastes. J’avais toujours été une sauvage, très peu intéressée par les histoires de cœur. Peut-être se doutaient-ils que…

Le regard de l’italienne se perdit une seconde dans le fond de sa tasse. Gabrielle était suspendue à ses lèvres.

– Bref, nous nous sommes mariés. Notre mariage a duré jusqu’à la fin de ses études. Quand il a été temps pour lui de faire son entrée dans le marché du travail, il a formulé le souhait de retourner en France. Une part de moi ne demandait qu’à le suivre, mais cela aurait signifié perdre mes deux dernières années d’études. Les grandes écoles françaises ne me proposaient pas d’équivalence. Il est alors parti seul. Visiblement, cela ne lui posait pas de grand cas de conscience. J’ai passé l’année la plus pénible de ma vie. D’abord, parce qu’il me manquait. Cela faisait plus de trois ans que nous vivions ensemble et que nous partagions tout. Là, nous devions nous contenter de coups de fils, de quelques week-ends volés occasionnellement, de projets de vacances que nous n’arrivions jamais à prendre simultanément. Mais ce qui m’a le plus pesé, c’est de constater que le manque n’était pas aussi réciproque que je l’aurais voulu.

Luce avait durci sa voix. Elle plongea son regard dans celui de Gabrielle avant d’enchaîner :

– Aimer quelqu’un, au-delà de l’emportement, de la passion, c’est quelque chose de très égoïste. On a autant d’attentes que d’attentions. Et quand on s’offre pleinement, on n’en attend pas moins de l’autre. Je ne sais pas aimer autrement. Je veux tout donner et je veux tout. Pascal n’a jamais compris cela.

Gabrielle acquiesça. Le sérieux de l’italienne l’invitait au silence. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de jalouser ce français imbécile qui n’avait pas su l’aimer comme il se devait. Elle résista à l’envie de prendre la main que Luce venait de reposer calmement devant elle. Ses derniers mots résonnaient en Gabrielle comme un avertissement. Serait-elle à la hauteur, elle ? La française mesura soudain l’ampleur que prenait tout à coup ce flirt romain. Mais était-ce vraiment un flirt ? Et si l’italienne était hétéro, finalement ? Elle pouvait n’être qu’une sympathisante non pratiquante ayant entendu parlé d’OverTheRainbow par hasard… Les questions se bousculaient dans sa tête mais elle se contenta d’attendre que son hôtesse continuât.

– A la fin de cette première année de distance, j’étais complètement perdue. Notre couple n’en était plus un. J’étais presque sûre que Pascal voyait d’autres femmes. Je n’arrivais même pas à être jalouse tellement j’étais déçue. Mes amies m’encouragèrent à sortir, à voir d’autres hommes, moi aussi. Je n’en avais aucune envie. Pendant l’année suivante, j’étais déprimée. Nos rapports, avec Pascal, se limitaient à quelques échanges téléphoniques brefs. Lorsqu’il annulait nos week-ends, je ne me battais plus. Un jour, j’ai pris l’avion et l’ai rejoint sur un coup de tête. Quand il m’a vue, il a compris. Nous avons décidé de nous séparer aussi intelligemment que possible. La distance avait déjà fait le plus gros du travail de deuil.

Là, Luce marqua une pause. Elle était visiblement émue et Gabrielle posa sa main sur la sienne. Ses doigts caressèrent avec légèreté le dos de la main abandonnée. L’italienne sourit et retourna sa main pour entrelacer leurs doigts.

– Mes parents étaient furieux. Moi, j’étais soulagée, poursuivit-elle. Le soir où mon divorce a été prononcé, nous sommes sortis en bande, avec des amis. Nous avons rejoint des amis d’amis. C’est là que j’ai rencontré Flavia.

Instinctivement, Gabrielle retira sa main. Sans rien dire, elle croisa les bras. Cette Flavia l’énervait déjà.

– Flavia était fraîche et très charismatique. Les hommes et les femmes semblaient rester collés à elle comme des mouches sur une pomme au caramel. Je n’ai été qu’une mouche parmi tant d’autres, soupira l’italienne, mais cette nuit-là a véritablement changé ma vie.

Gabrielle respira profondément. Elle ne savait pas trop quoi faire des aveux de l’italienne, mais elle était rassurée : elle aimait les femmes, du moins ponctuellement. Luce l’observait avec amusement.

– Je ne sais pas pourquoi je vous ai raconté tout ça, dit-elle soudain.

– Sans doute pour ne pas que je reste bloquée sur l’idée peu encourageante d’une Luce hétéro, répondit Gabrielle.

La jeune femme se mordit la lèvre. Son intervention manquait vraiment de subtilité. Il ne fallut pas trois secondes à l’italienne pour rebondir dessus :

– Peu encourageante, hein… Dois-je comprendre que me savoir officiellement lesbienne vous encourage à… vous jeter à l’eau ?

Gabrielle hésita. Devait-elle répondre franchement ? Elle décida qu’il n’était plus l’heure d’emprunter des détours inutiles.

– Je dirais plutôt que cela m’encourage à entrer dans la lumière…

– Comme un insecte fou ?

Luce avait répondu du tac au tac. Gabrielle sourit. Les paroles de la chanson de Patricia Kaas ressurgirent dans sa mémoire. L’italienne avait-elle saisit le jeu de mot ? Probablement. Rien ne lui échappait. La jeune femme était à la fois fascinée et effrayée. Il ne s’agissait pas d’un flirt. Il n’en avait peut-être même jamais été question. Le regard de Luce était bien trop grave. La brune, confiante, reposa une main ouverte devant la blonde. Ses yeux sombres venaient faire danser le regard clair de la française. Une invitation était lancée.

Gabrielle décroisa les bras et avança lentement sa main au-dessus de la table.

– Quelle est la suite ? », demanda la française dans un souffle.

– Oh la suite vous plairait sans doute…

Gabrielle effleura du bout d’un doigt la paume offerte. Luce entreprit alors de chanter dans des graves qui la firent frissonner : « être là de passage, sans avoir rendez-vous ». Les doigts de l’italienne vinrent chercher les siens. « Avoir tous les courages… de me donner à vous ». Leurs mains s’entrelacèrent à nouveau, mais cette fois, la fièvre les scellait dans une étreinte sans équivoque. « Et vous laisser venir… comme un amant magique ». D’un même geste, leurs autres mains rejoignirent les premières. « Et vous ensevelir… sous mon cri de musique… ». Gabrielle tremblait. Cette voix… Cette voix qui ne chantait que pour elle cette fois. Cette voix qui promettait tellement plus…

La jeune femme se noya dans le noir étincelant des yeux de l’italienne. « N’arrêtez pas de chanter », supplia-t-elle. Mais elle avait beau l’implorer du regard, Luce demeurait muette. La belle brune porta le bout des doigts de Gabrielle à sa bouche. Elle ne ferma pas les yeux quand elle les embrassa presque timidement. La jeune femme, penchée sur la table, frémit de plus belle au contact de ces lèvres pulpeuses sur ses phalanges. Elle retint sa respiration. Des pieuvres s’agitaient dans son ventre. L’italienne baissa son regard sur les doigts tremblants de la blonde. Ses mains plaquèrent celles de Gabrielle contre ses joues. Luce ferma les yeux quand la jeune femme commença à la caresser de ses pouces.

– Gabrielle, souffla Luce d’une voix rauque, embrasse-moi s’il te plait.

Quelque chose explosa dans la cage thoracique de la française. Elle n’eut même pas conscience de s’être levée, pourtant, elle ressentit avec fulgurance chaque sensation de ce qui suivit. D’un pas, elle s’approcha de l’italienne, ses mains toujours collées à son visage. Comme Luce éloigna sa chaise de la table, Gabrielle vint tout naturellement s’asseoir sur ses genoux. Le parfum entêtant de ses cheveux envahissait sa narine. Elle glissa ses mains dans la masse brune avant d’offrir sa bouche aux lèvres impatientes de Luce. Les bras de celle-ci l’étreignirent alors qu’elles se goûtaient enfin.

Si Gabrielle avait espéré et redouté ce moment, elle était loin d’imaginer que qui que ce fût puisse provoquer de telles choses en elle. Luce l’avait allumée, dans tous les sens du terme. Cette femme la chavirait. Elle semblait être l’origine et la faim du moindre désir. Ce baiser la rendait si accessible que Gabrielle en eut le vertige.

De son côté, Luce était surprise. Depuis deux jours, elle n’avait été que trop consciente de cette attirance quasi débilitante qui la poussait vers la française. Pendant une minute, elle avait même formulé l’idée que ces « maudits français » ne la laisseraient jamais de marbre, décidément. Mais depuis, Gabrielle l’avait émue. Elle l’avait touchée dans son émerveillement continuel, dans sa sensibilité aux belles choses, dans la simplicité avec laquelle elle avait intégré sa famille, dans sa malléabilité, dans son incapacité à cacher son attirance pour elle. Luce s’était sentie irrémédiablement charmée. Et la jeune femme, dans chacune de ses provocations, semblait s’étonner de cette attraction. L’italienne, en refermant les bras sur elle, s’était laissée envahir par une plénitude sans restriction.

Leurs lèvres jointes, leur langue se rencontrant, elles connurent alors une forme d’apaisement, une satisfaction mutuelle qui se traduisit par de petits gémissements d’acquiescement. Quand le baiser s’intensifia, cet apaisement vola en éclat. Elles devinrent effervescence, éruption, frénésie. Gabrielle se releva pour se mettre à califourchon sur l’italienne qui attira ses fesses tout contre elle de ses mains puissantes. De ses doigts, Luce releva le coton léger du marcel sous la chemise de la jeune femme. Quand sa main se posa sur la peau nue du ventre de la française, Luce la vit se cambrer dans ses bras. Elle posa alors ses lèvres dans le décolleté de Gabrielle qui commençait déjà à en défaire les boutons. La chemise s’ouvrit sur le tissu tendu du marcel qui laissait percevoir les pointes turgescentes de ses seins. Incapable de résister, Luce les embrassa à travers le tissu. Gabrielle gémit de plus belle à ce contact quasi douloureux. Elle était désormais en fusion. Son sexe ruisselait de nouveau, mais cette fois, elle était consciente, plus éveillée qu’elle ne l’avait jamais été ! C’était bien les mains de Luce qui la touchaient, les lèvres de Luce qui la pressaient, les yeux de Luce qui la transperçaient. Il n’en fallut pas plus à son corps pour se retrouver au bord d’un abîme de folie et de délices.

– Luce…

Sa voix sonna aux oreilles de l’italienne comme un soupir de vulnérabilité. La belle brune résista tant bien que mal à son envie de la déshabiller complètement. D’une insondable tendresse, elle regarda Gabrielle en disant, d’une voix qu’elle voulait affirmée :

– J’espère que tu sais à quel point tu es désirable…

Comme la blonde reprenait peu à peu ses esprits, Luce poursuivit, l’enlaçant de plus belle :

– Si tu ne fais rien pour m’arrêter, j’ai bien peur de ne pas pouvoir te résister plus longtemps…

– Je n’ai absolument aucune intention de t’arrêter, grogna la française. De toute façon, moi je ne peux absolument pas TE résister.

– Ah ? Parce que tu as essayé ?

– Même pas en rêve !

Devant le sourire énigmatique de Gabrielle, Luce fondit encore un peu plus. Sa main se glissa dans les cheveux en bataille de la blonde et se referma dans ses mèches claires. Pendant une seconde, son regard se brouilla et elle perdit son sourire en marmonnant quelques paroles en italien. Inquiète, la française haussa un sourcil interrogateur.

– C’est vrai qu’ils sont doux, traduisit Luce, bougonne.

La jeune femme ne put retenir un éclat de rire.

– J’ai adoré vous sentir si possessive à mon égard, mademoiselle D’Alba, vous êtes trop mignonne ! Comment cette pauvre fille aurait pu soutenir la comparaison ?!

Luce sourit devant l’hilarité de la française, mais très vite son visage redevint grave.

– Seigneur, ce que tu es belle quand tu ris…

A ces mots, Gabrielle retrouva tout son sérieux. Elle plongea ses yeux dans le regard de braise de l’italienne. Déjà, leurs lèvres se retrouvaient, leurs langues se mêlaient, leurs corps se perdaient dans une étreinte qui les laissa hors d’haleine.

Gabrielle était étourdie. Embrasser cette femme, c’était jongler avec des balles de feu. Elle s’y brûlait avec détermination. Luce la faisait vibrer. Littéralement. Il fallut trois salves vrombissantes avant que l’italienne ne demande : « Ce sont tes fesses qui vibrent ? ».

Confuse et hébétée, Gabrielle récupéra vivement son téléphone dans sa poche arrière. Elle s’apprêtait à le mettre en mode avion lorsqu’elle remarqua les quatre lettres qui se dessinaient sur l’écran lumineux : « Emma ».

 

Chapitre 4

histoire érotique lesbienne | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | y'a que ça de vrai ! | 07.02.2017 - 10 h 08 | 2 COMMENTAIRES
Une dernière nouvelle érotique : Rome en solo (chapitre 1)

Fallait-il vraiment attendre l’imminence de la fermeture des blogs pour publier, dans l’urgence, ce dernier hommage à l’érotisme lesbien ? Sans doute. Merci @Yagg et à chacun-e d’entre vous d’avoir suivi, ces 7 dernières années, l’activité peu recommandable de ce blog. Une belle et heureuse vie à toutes et tous ! Et de l’amour, surtout, sous toutes ses formes. 

ROME EN SOLO

-Je croyais que tu rêvais d’aller à Rome ?

-Oh, j’irai sans doute un jour, mais pas avec toi ! avait rétorqué Emma en claquant la porte.

Larguée à une petite semaine de Noël, Gabrielle était d’une humeur massacrante. Dans deux jours, elles devaient partir célébrer leur première année de couple et les fêtes de fin d’année dans la capitale italienne. Pourtant, il n’avait pas fallu plus de deux heures à la tornade « Emma » pour débarrasser leur appartement de toutes ses affaires. Comme justification, Gabrielle avait dû se contenter d’un « T’étais plus fun avant ».

Quelques mois auparavant, quand leur couple était à son apogée, les deux jeunes femmes avaient décidé d’associer leurs compétences pour créer la première agence de locations touristiques LGBT. Emma, globe-trotter invétérée et titulaire d’un master de tourisme se chargeait des démarches humaines et culturelles. Elle était le contact. La vitrine éclatante de OverTheRainbow. Gabrielle, de son côté, gérait le côté logistique et la conception du site.

Elles avaient mis des semaines, des mois à trouver les fonds nécessaires. Elles s’étaient démenées pour concevoir, nourrir et voir naître ce projet. Alors qu’Emma s’investissait corps et âme dans la promotion et les relations publiques, Gabrielle se formait et développait leur site. Visiblement, la dévotion d’Emma impliquait plus son corps que son âme, puisque plus d’une fois, elle avait confessé à sa compagne ce qu’elle considérait comme de « petits écarts sensuels à des fins strictement professionnelles ». Blessée mais amoureuse, Gabrielle avait décidé de pardonner.

Il y a quelques semaines à peine de cela, Emma semblait littéralement prête à tout pour qu’OverTheRainbow soit le nouveau AirBNB LGBT amélioré. Aujourd’hui, elle lui annonçait que c’était terminé, qu’elle partait faire du trekking au Pérou parce qu’elle ne supportait plus le poids des responsabilités de cette nouvelle entreprise qui n’avait même pas encore tout à fait éclos. Grande princesse, elle avait même lâché un théâtral : « Tu peux garder la boîte, ne t’inquiète pas, je ne te demanderai rien ». Ce qui tombait bien, puisqu’OverTheRainbow ne valait, pour l’heure, rien du tout !

Il aurait encore fallu quelques semaines et un millier de démarches pour que le site puisse être lancé ! Gabrielle, qui avait tout misé sur ce projet, espérait se construire un avenir florissant, tant sur le plan professionnel que personnel. A trente ans, elle voulait se stabiliser, et qui sait, peut-être un jour fonder une famille ?

Amère, elle réalisait aujourd’hui que ses « rêves » n’étaient sans doute pas aussi « fun » qu’une maudite randonnée tout en sueur et en moustiques. Elle, habituellement si légère et positive, se sentait un brin désespérée.

Elle voulait se poser. Elle avait besoin de réfléchir. Que faire ? Continuer seule ? Chercher un partenaire ? Tout abandonner ? Elle savait qu’elle devait concentrer ses pensées sur son site, histoire de ne pas remuer ce nouvel échec sentimental.

Leur appartement était encore imprégné des effluves d’une crème à la vanille et au monoï dont Emma s’oignait chaque jour. Gabrielle errait d’une pièce à l’autre, remâchant sa colère et ses doutes quand le téléphone sonna.

-Allô ?

A l’autre bout du fil, une voix à l’accent chantant se fit entendre.

-Madame Duquesne ? Ici la signora D’Alba de la Villa Monteverde, di Roma.

-Ah oui… Rome…

-Dites, vous avez réservé pour dix jours, du vendredi 23 au lundi 2, c’est exact ?

-Oui, dût confirmer Gabrielle.

Elle s’apprêtait à résilier cette réservation quand elle remarqua les vibrations inimitables de la Callas qui résonnaient quelque part chez son interlocutrice. En période de fête, quoi de plus normal que d’entendre des Avé Maria un peu partout…

-A quelle heure pensez-vous arriver ? Je dois… m’organiser un peu, poursuivit l’italienne.

-Je serai là en fin d’après-midi, s’entendit répondre la jeune femme, surprise par ses propres mots.

Elle avait besoin de ces vacances. Au lieu de les passer à convoler avec celle qui ne serait jamais la mère de ses enfants, elle profiterait de chaque minute de tranquillité pour faire le point. Elle pouvait, à ce stade, laisser les choses en stand by. Elle saisirait cette occasion de tester leur questionnaire de satisfaction en direct et de visiter en prime cette ville sublime. Elle ne penserait pas à Emma. Et elle laisserait toutes les fenêtres de SON appartement ouvertes, histoire de se débarrasser de cette odeur d’huile de bronzage ridicule.

-Est-ce que vous avez besoin que je vienne vous chercher à l’aéroport ou à la gare ?

-Non, merci. Je viendrai en voiture, décida-t-elle de but en blanc.

Conduire lui avait toujours permis de faire le vide. Quand elle raccrocha, Gabrielle sourit. Rome l’attendait.

*

-Vous voulez que je vous aide, pour vos bagages ?

-Je n’ai que ce sac, merci.

-Je vois… Vous voyagez léger !

Gabrielle répondit d’un timide sourire. Un sourire qui lui fut rendu.

Déjà, la signora D’Alba tournait les talons et avançait dans l’allée d’agaves de la luxueuse villa. Gabrielle ne put s’empêcher d’observer son allure. L’italienne portait une simple paire de jeans et un T-shirt vaporeux, en mousseline blanche. Sa peau était dorée à point, même en ces prémices d’hiver, et ses cheveux détachés semblaient si légers qu’ils flottaient autour d’elle dans la lumière chaude de ce début de soirée. Des reflets fauves rehaussaient l’auburn de ses mèches aériennes. Elle sent bon, remarqua Gabrielle dans son sillage. A moins que ce ne soit le jardin.

Les allées, savamment entretenues, sillonnaient l’œuvre d’un bon paysagiste. Les plantes hivernales sublimaient la propriété. Au fond, une grande bâtisse toute blanche, visiblement d’un autre siècle mais magnifiquement bien conservée, s’érigeait derrière une petite fontaine aux sculptures finement taillées. Sur la gauche, une dépendance de taille tout à fait respectable et assortie par sa couleur et son architecture à la superbe villa, les accueillit à l’instant où les cloches d’une église voisine sonnaient 17h00.

Devant la grande porte de bois, de verre et de fer forgé, la signora D’Alba montra une grosse clé argentée à la jeune femme.

-Ici, vous vous servirez de cette clé-ci. Elle vaut à elle seule le prix de la porte, alors pitié, ne la perdez pas ! Cela dit, vu la taille, elle est difficile à égarer…

A nouveau, Gabrielle sourit et acquiesça. Elle trouvait sa nouvelle propriétaire tout à fait charmante… Sans doute une conséquence de son récent célibat.

Quand elles pénétrèrent dans le petit appartement, la jeune femme laissa courir ses yeux d’un bout à l’autre de la pièce. Deux immenses fenêtres emmagasinaient les derniers rayons d’un soleil rougeoyant derrière les immeubles voisins. Au centre, sur le parquet vieux mais magnifiquement entretenu, un tapis de facture orientale et de belle qualité habillait la pièce, en harmonie avec les rideaux d’une teinte naturelle et rassurante. Le plafond était haut, très haut. La pièce ressemblait alors à un énorme cube. Les murs étaient savamment décorés par des lithographies superbes, ainsi qu’une aquarelle immense représentant la ville à son plus grand avantage. L’atmosphère respirait le bien-être et le jasmin.

Instantanément, Gabrielle se sentit à son aise. Elle s’intéressa peu au canapé qui paraissait pourtant très confortable, passa brièvement sur les divers éléments de cuisine, éluda le meuble télé et son regard se posa à nouveau sur sa propriétaire.  Celle-ci l’observait attentivement. Visiblement, le sourire satisfait de Gabrielle comblait la belle italienne.

-Derrière cette porte, vous avez la salle de bain et les toilettes, précisa-t-elle.

La jeune femme jeta un œil dans la belle pièce d’eau. L’éclairage mettait en valeur les nuances de la pierre chaude qui revêtait les murs et le sol. La robinetterie étincelait. Gabrielle s’imaginait déjà délassant son corps de cette longue journée de voyage sous l’eau brûlante de la douche. Elle en rêvait.

Puis elle inspecta l’immense chambre à coucher qui ne détonait pas dans le bon goût ambiant. Elle tiqua sur la reproduction grandeur nature du « couple lesbien amoureux » d’Egon Schiele, qui trônait au dessus du lit. Elle ne s’attarda pas sur le petit pincement dans sa poitrine mais elle ne put s’empêcher une remarque :

-Je ne sais pas si nos couples gays l’apprécieront autant que moi !

-Oh, ne vous inquiétez pas, j’ai également un autoportrait nu, de 1916… Je n’ai qu’à adapter le décor en fonction des locataires… C’est possible, grâce à OverTheRainbow, non ?

Devant le sourire victorieux de son hôtesse, Gabrielle capitula.

-Je vois… vous pensez à tout !

-J’essaie.

La modestie était ouvertement feinte, mais la chaleur du regard de la belle italienne ne l’était pas. La jeune femme se sentit bouillir tout à coup. Elle détourna son regard que les grands yeux noirs de son interlocutrice avaient capturé et referma la porte de cette chambre engageante.

-Vous trouverez le code wifi et tout un tas d’informations sur les transports en commun ou les différents sites et monuments à visiter. Rome est une ville magnifique, et je ne dis pas cela parce que c’est la mienne !

-J’en suis certaine.

-Voilà, vous êtes chez vous pour dix jours. L’appartement vous convient-il ? s’enquit la signora D’Alba.

-Il est parfait, répondit Gabrielle. Merci beaucoup madame…

-Appelez-moi Luce, je vous en prie.

-Luce ? C’est un diminutif ?

Devant le sourire et le mouvement de négation de la belle italienne, Gabrielle continua, confuse :

-Lumière ? C’est bien le mot pour « Lumière » en italien, non ? Vous vous appelez « Lumière de l’aube » ?

-Que voulez-vous… Mes parents sont des allumés !

Elles rirent. Luce se félicita intérieurement d’arriver à faire rire son hôte. La jeune femme avait un sourire absolument merveilleux, pourtant, elle semblait presque grave. Depuis qu’elle était sortie de cette surprenante voiture, un coupé Opel jaune canari, Gabrielle l’intriguait.

Elle était mignonne. Pas de ces beautés fatales qui semblent platement sortir de pages de magazines, pas de ces belles plantes sauvages mais entretenues dont elle-même pouvait faire partie. Non, ce qui attirait chez Gabrielle, outre sa jolie frimousse et sa petite fossette au menton, c’était son regard ébloui sur le monde.

La jeune femme exhalait la candeur. Jamais Luce ne pourrait oublier le regard de Gabrielle la première fois qu’il s’était posé sur elle. Ses yeux l’avaient scrutée avec surprise, envie et innocence. Ils révélaient, malgré eux, ce que la façade sociale de la jeune femme dissimulait.

Ce regard promettait de la hanter pendant des jours ! Elle ne put s’empêcher de penser qu’elle adorerait lui servir de guide. Ce serait délicieux de la voir s’émerveiller sur les splendeurs de la Rome monumentale. De plus, cela lui permettrait sans doute de conserver une bonne opinion de la Villa Monteverde, cela leur serait donc bénéfique à toutes les deux.

Comme le moment de prendre congé était venu, Luce osa :

-Gabrielle… Je peux vous appeler Gabrielle, n’est-ce pas ?

-Bien sûr !

-J’adore ce prénom.

-Il faut croire que mes parents sont plus… Traditionnels ! Du moins, dans le choix du prénom…

La belle italienne sourit et poursuivit :

-Je n’ai pas l’occasion de le faire pour tous mes locataires mais, ayant moi aussi quelques jours devant moi, je peux vous proposer de vous faire visiter une partie de la ville, si vous le voulez…

-Oh ! C’est adorable, s’exclama Gabrielle que la perspective enchantait. Dites-moi quand cela vous convient, moi je n’ai rien de mieux à faire !

-Demain soir, c’est Noël. Je serai prise dans les préparatifs dès 16h, mais si vous êtes une lève-tôt…

-« Dormir, c’est du temps perdu », disait Piaf ! répliqua la jeune femme du tac-au-tac.

-Très bien, alors je vous dis à demain matin. Vers huit heures ?

-Huit heures, demain, le rendez-vous est pris !

-Bien, reprit Luce, ravie. Maintenant, je vous laisse, vous devez être épuisée.

-J’avoue que je prendrais volontiers une bonne douche bien chaude, concéda la jeune femme.

Luce tressaillit à l’image qui venait de s’imposer sur son écran mental : le corps nu et voluptueux de la jeune femme ruisselant sous les jets ardents de la petite salle d’eau… Elle en eut des vapeurs. Décidément, cette petite lui faisait de l’effet ! Elle se reprit néanmoins et poursuivit aussi sobrement que possible :

-Alors bonne nuit, Gabrielle. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas. Vous avez mon numéro et… j’habite la porte à côté, le bâtiment principal.

-Ah ! C’est pratique ça ! Bonne nuit, Luce.

Avant de refermer la porte sur son hôtesse, Gabrielle ajouta :

-Il vous va très bien… votre prénom.

L’italienne se contenta de sourire… et de rosir en s’effaçant sur le palier. Ses pas faisaient crisser le gravier de l’allée éclairée. Une minute plus tard, elle refermait la porte de la Villa Monteverde, le sourire toujours accroché aux lèvres.

*

            Le lendemain matin, Gabrielle fut réveillée par une voix magnifique mais lointaine : quelqu’un devait vraisemblablement écouter quelque chant religieux dans le voisinage. Elle distinguait clairement les hosannas d’un chœur et se surprit à se laisser entraîner par la voix claire et charnue qui menait les couplets. Pendant une seconde, elle se demanda si la belle Luce était la mélomane en question. Il n’y avait pas tant de voisins aux alentours…

Il n’était guère plus de sept heures, elle avait donc le temps de prendre un bon café avant de se préparer. La cafetière trônait sur l’îlot de la cuisine. Dans un petit panier d’osier, juste à côté, la jeune femme trouva une multitude de dosettes différentes. Elle salua la prévenance de son hôtesse en enclenchant la première capsule qu’elle attrapa et inhala les premiers effluves de son nectar matinal. Elle ne put s’empêcher d’exploser de rire en constatant que la machine, réglée « à l’italienne », lui avait livré l’équivalent d’une cuillère à soupe de liquide dans le mug qu’elle avait choisi par habitude.

A Rome, fais comme les romains ! Elle avala d’une seule gorgée et avec une grimace excessive le contenu de son mug en écoutant la voix lointaine entonner un émouvant « Santa Lucia ». Pendant une seconde, elle se laissa aller à penser à Emma. Comment auraient-elles passé ces vacances ensemble ? Elles auraient certainement étrenné le lit avant de parcourir la ville au rythme effréné que la jeune femme imposait systématiquement à Gabrielle lors de leurs escapades. Sans penser au nœud que leurs hypothétiques ébats avait éveillé dans ses tripes, Gabrielle décida qu’avec Luce, elle saurait profiter pleinement de la cité antique.

Elle repensa à la réaction de sa mère lorsque, la veille, elle lui avait annoncé sa séparation : « C’est un bélier, ça ne pouvait pas marcher, de toute façon, il n’y a pas plus borné et instable que ces bêtes-là ! ».

Gabrielle n’avait jamais été très proche de sa mère, ni de son père. Fille unique de parents abracadabrants, elle avait grandi dans la honte qu’ils lui infligeaient et s’était éloignée aussi vite que possible de ce couple qu’elle jugeait irrationnel et immature, limite dangereux. Jamais elle n’avait pu les considérer comme un modèle, ou s’appuyer sur eux. Toutefois, ces dernières années, elle avait décidé de ne pas les juger trop catégoriquement. Tout imparfaits qu’ils étaient, ils lui avaient donné la vie. On ne choisit pas sa famille, et même si les liens qu’elle entretenait avec eux à ce jour étaient superficiels et tendus, elle ne pouvait se résoudre à couper les ponts définitivement.

Gabrielle s’approcha de la fenêtre et s’étira. Dehors, le ciel était lourd. Le rouge du soleil levant déclinait ses nuances sans orage, sans bourrasque, si bien qu’on n’en retenait que la lumière, paradoxale, éblouissante. La jeune femme décida que la journée serait belle.

Elle passa un temps certain à choisir une tenue assez confortable pour marcher pendant des heures, mais suffisamment seyante pour ne pas repousser sa guide. Il lui avait bien semblé que l’italienne n’était pas indifférente à sa modeste personne, mais elle était loin d’en être certaine. Elle n’avait jamais été douée pour cela. Flirter, séduire, accrocher… Elle n’était pas équipée pour cela ! Luce, en revanche…

Gabrielle convoqua les traits radieux de son hôtesse. Elle soupira au souvenir de son sourire, de l’éclat sombre de son regard, de son teint impeccable sur cette peau que les années semblaient épargner. Son allure et son assurance auraient pu être le signe d’une certaine maturité, toutefois, Gabrielle n’avait pu déceler que quelques rides d’expression sur son visage.

Curieuse, elle consulta le prototype de fiche virtuelle que la signora D’Alba avait dû remplir pour s’inscrire sur OverTheRainbow. Luce D’Alba – littéralement « Lumière de l’aube » ! – 36 ans, célibataire sans enfant, responsable de la Villa Monteverde qui appartenait à Mario et Rosa D’Alba, respectivement 60 et 58 ans dont l’adresse évoquait un autre quartier de Rome.

Comme la jeune femme s’apprêtait à rentrer plus en détail dans le descriptif de la propriété que Luce avait sans doute rédigé elle-même, elle fut interrompue par quelques coups brefs à la porte.

Le sourire de Luce la cueillit sur le perron. La belle italienne l’attendait, superbe dans sa paire de jeans et sa parka crème. Chacune de ses mains tenait un casque rouge pétant, qui laissait présager une journée pétaradante.

-Vous êtes prête ?

-Je prends ma veste et je vous suis.

Gabrielle fut saisie par le froid piquant du matin. Elle suivit son hôtesse dans l’allée encore humide de cette nuit de décembre. Le ciel s’éclairait un peu. Par endroit, le soleil hivernal perçait à travers les nuages. La jeune femme le voyait caresser de ses rayons les toits de la ville. Celle-ci paraissait engourdie dans le calme de la propriété des D’Alba. Pourtant, en arrivant aux grilles de la Villa Monteverde, Gabrielle constata qu’au dehors, l’agitation battait son plein.

-C’est l’heure de pointe, expliqua Luce, sans parler de la cohue des courses de Noël… C’est pourquoi j’ai sorti la Vespa !

Fièrement, elle désignait le scooter écarlate qui les attendait devant le portail. Elle tendit un casque à Gabrielle. A l’intérieur, celle-ci trouva une paire de gants et une écharpe de laine aussi rouges que leur emblématique véhicule.

-Couvrez-vous bien, Gabrielle. En cette saison, le froid vous fait pleurer. Il s’infiltre partout !

-Oui chef !

La jeune femme imita sa guide, qui enfilait une paire de gants de cuir assortie à sa veste. Elle aida Gabrielle à s’envelopper dans la grande écharpe, qu’elle lui noua sous le cou, remontant la fermeture éclair de son blouson pour parer le moindre courant d’air. Luce se montrait maternelle dans ses gestes, mais lorsque son regard croisa celui de la jeune femme, qui dépassait à peine du bandeau de laine, il s’enflamma. Elle était irrésistible, ainsi accoutrée. D’un doigt ganté, elle ramena une mèche de cheveux derrière son oreille avant de lui proposer, dans un sourire meurtrier, le casque assorti à l’ensemble.

-Au point où j’en suis, pouffa Gabrielle en haussant les épaules.

-Croyez-moi, c’est nécessaire, raisonna Luce en ajustant le couvre-chef incarnat.

Sans quitter le regard innocent de celle qui se soumettait sagement à cette séance d’habillage, l’italienne ne put s’empêcher de se demander si la jeune femme se montrerait aussi docile si elle décidait de la dévêtir… Une onde de désir se fit sentir dans son bas-ventre et se répandit chaleureusement par vagues tranquilles dans chacun de ses membres. Elle sourit de sa propre faiblesse.

Gabrielle voulut se défendre de cette taquinerie manifeste :

-Allez-y, moquez-vous… Je me vengerai.

-Jamais je n’oserai me moquer, lui souffla-t-elle à l’oreille. Je vous trouvais simplement exquise.

Luce se retourna aussitôt pour éviter de rosir sous le regard interloqué de la française. Gabrielle se racla la gorge et attendit que Luce s’installe sur la Vespa pour oser s’approcher. A la simple idée de monter derrière elle, de sentir son corps contre le sien, Gabrielle fut parcourue par un étrange frisson. Elle ne pouvait décemment pas fondre pour cette beauté-là ! Elle n’était pas de taille… Et puis il y avait Emma…

Non, Emma n’était plus là. Emma l’avait quittée. Emma ne méritait pas une période de deuil. Emma n’avait jamais existé. Le scooter démarra dans un nuage de buée blanche.

La jeune femme enjamba la selle de cuir de la guêpe motorisée et resserra ses cuisses autour de celles de sa guide affolante. Luce tressaillit en sentant les mains de Gabrielle se poser sur ses hanches. Elle avait conscience de la chaleur de son bassin contre ses fesses, de ses jambes contre les siennes. Elle démarra un peu trop brutalement, perturbée par cet émoi qu’elle avait pourtant provoqué. Par réflexe, la pression des mains de la passagère se fit presque douloureuse, et sa poitrine vint s’écraser contre le dos rassurant de la conductrice. Luce manqua de lâcher le guidon, tant la sensation la bouleversa.

Elle prit une profonde respiration, posa un pied à terre, se saisit des mains de Gabrielle qu’elle noua sous sa poitrine maintenant un maximum de contact entre elles, et s’engouffra dans la circulation dense de cette matinée de fête, fébrile et euphorique. Derrière, la jeune française sentait son cœur battre jusque dans ses orteils. En quelques secondes, elle s’abandonna complètement contre la pilote, grisée par la vitesse et le froid, et par cette curieuse excitation qu’elle refusait de brider. Rome promettait de dépasser ses plus folles espérances !

*

            Il était près de treize heures quand elles arrêtèrent la Vespa devant « La tavola di Gigi ». Selon Luce, ce serait un souvenir culinaire inoubliable pour son hôte. Gabrielle fut surprise de pénétrer dans un petit restaurant familial à la décoration pittoresque et aux senteurs prometteuses. Sa guide était une femme d’un certain standing. La voir dans ce genre d’endroit lui paraissait totalement décalé. Pourtant, à peine la porte franchie, un homme d’une cinquantaine d’années fondit sur elles et prit sa compatriote dans ses bras. Gabrielle était familière de l’exubérance des italiens, mais leur étreinte était empreinte de sincérité. Luce lui présenta le fameux Luigi, propriétaire du lieu et Gigi se fit fort de leur trouver un coin tranquille.

Ce ne fut pas chose aisée. Le restaurant était bondé : à droite, à gauche, au fond et même en terrasse, les tables vibraient de conversations toutes plus animées les unes que les autres. On agitait les bras, on riait aux éclats, on criait sans raison apparente, juste pour se faire entendre par-dessus le brouhaha infernal, typique de cette culture méditerranéenne si… vivante.

Finalement, Gigi décida de précipiter le départ d’un couple de jeunes tourtereaux qui semblaient indécis. En quelques secondes, la table fut débarrassée et dressée de nouveau. Luce et Gabrielle s’installèrent confortablement. Grâce à la belle italienne qui décrivit patiemment le contenu des plats les plus incontournables, elles commandèrent rapidement et le prévenant restaurateur s’effaça discrètement. Une fois seules, la rumeur ambiante les rassurait. Elles se regardèrent pudiquement.

Elles avaient écumé les pavés romains toute la matinée et Luce avait pris son rôle de guide à cœur. Elle s’était évertuée à fournir des informations précieuses à la jeune femme sur chacun des points touristiques approchés. Gabrielle s’était émerveillée devant le colossal monument de Vittorio Emanuele II, le Palatin et le Colisée. Elle avait beau les avoir déjà vu maintes fois en photo, se trouver face à ces chefs-d’œuvre architecturaux l’avait laissée sans voix. Luce, de son côté, s’était repue du visage ébahi de son ouaille. Elle ne se lassait pas de la candeur de son regard, de son enthousiasme débordant à la vue de chaque fontaine, statue, colonne, église qui jalonnait sa ville. L’exaltation de Gabrielle était contagieuse. Elle-même se surprenait à s’emballer d’un commentaire à l’autre. Cette visite matinale avait creusé leurs appétits, tous leurs appétits.

Leurs regards s’étaient dits ce que leurs mots prenaient soin de retenir, leurs frôlements, leurs contacts fortuits avaient avoué le désir, promis des caresses, engagé un débat sensuel qui aurait achevé de faire disparaître la banquise. Pourtant, ce ballet se figea, l’espace d’un instant, dans ce petit restaurant familial.

Luce hésitait. Elle mourait d’envie de saisir la main délestée de son gant rouge que Gabrielle avait abandonné nonchalamment sur la table. Elle se contint, toutefois. L’italienne se souvenait fort bien que lors de la réservation de la dépendance de la Villa, la jeune femme avait annoncé deux personnes. Cette hypothétique compagne l’agaçait passablement : à chaque sourire de la petite française, l’éventualité d’une autre qui la rendrait indisponible la torturait un peu plus.

Consciente que l’une des deux devait engager la conversation, Luce prit les devants :

-Alors ? Est-ce que je peux supposer que les trois mille photos que vous avez prises en quelques heures impliquent que vous appréciez ma ville ?

-Vous pouvez le supposer, confirma Gabrielle, soulagée que son interlocutrice se lance en terrain neutre. Je sais que nous sommes loin d’avoir tout vu, mais je crois que je peux d’ores et déjà dire que Rome est spectaculaire ! Je ne saurai dire ce que j’ai préféré pour l’instant. C’est…

La jeune femme ne put s’empêcher de plonger à nouveau son regard dans celui de la belle italienne. Luce, elle, n’arrivait pas à détacher ses yeux des lèvres de Gabrielle qui s’en aperçut.

-A couper le souffle…, termina-t-elle dans un murmure.

-Je le pense aussi, renchérit Luce distraite.

Elle réalisa soudain que Gabrielle la fixait. Elle rougit sévèrement, reportant son regard sur ses propres mains, croisées sur la table.

-Vous êtes une guide efficace, tenta timidement la française. Est-ce que je peux ajouter « visite guidée proposée par l’hôtesse de maison » à votre profil sur OverTheRainbow ? Ce serait indéniablement un plus !

-Je ne le fais pas pour n’importe qui, avança l’italienne. Enfin… je veux dire, je n’aurai sans doute pas le temps de le faire pour tout le monde, se reprit-elle précipitamment. Là, ce sont les vacances…

-J’ai de la chance, alors, d’être venue pendant les fêtes, répliqua la jeune femme.

Sans oser la regarder dans les yeux, Luce saisit une occasion d’en savoir plus :

-Est-ce qu’on vous rejoint pour la fête ce soir ? Vous aviez réservé pour deux, je crois. Si vous avez besoin d’une bonne adresse pour…

-Non, je serai seule, la coupa-t-elle.

Luce lutta pour ne pas montrer son soulagement. Elle évitait toujours de croiser le regard de Gabrielle. Soudain, elle se rendit compte de ce que cela impliquait. Elle réagit d’un ton accusateur :

-Mais… Ça veut dire que vous comptez passer Noël toute seule ?

-Je n’ai jamais vraiment fêté Noël, se défendit la jeune femme.

Une seconde, elle pensa évoquer les tristement ridicules célébrations païennes que ses parents s’entêtaient à perpétrer pour les fêtes, son aversion pour ces pratiques absurdes, son adhésion indéfectible à un athéisme rationnel, mais elle s’abstint. Elle scruta le visage expressif de la belle italienne qui semblait réfléchir à toute vitesse.

-Il est hors de question que quelqu’un passe Noël seul sous mon toit, assena résolument cette dernière. Laissez-moi une minute, j’ai un coup de fil à passer.

Comme Gabrielle protestait, Luce se leva, portant déjà son téléphone à son oreille. En quelques enjambées, elle était dehors et, impuissante, la jeune femme l’observa qui remuait ses lèvres et son bras libre. Gabrielle se sentait horriblement gênée. Jamais elle n’aurait voulu s’imposer à qui que ce soit, même si elle appréciait tout particulièrement la compagnie de Luce et qu’elle aurait été ravie de veiller bien des soirs auprès d’elle…

Mortifiée, elle attendit son retour. Il ne fallut pas deux minutes à Luce pour la rejoindre.

-Voilà, c’est arrangé. Vous êtes avec nous ce soir, et c’est non négociable, affirma-t-elle.

-Mais je ne peux pas m’inviter comme ça, Luce, je vous assure, je…

-Maintenant, si vous ne venez pas, vous vexerez ma mère. À mort. Vous ne voudriez pas vexez ma mère, dites ?

Gabrielle se tut. Luce avait gagné et elle le savait. Son sourire victorieux aurait achevé de convaincre Woody Allen d’accomplir les douze travaux d’Hercule les yeux bandés. Même si elle envisageait ce Noël en immersion familiale comme une épreuve, elle décida que sa guide méritait largement qu’elle relevât le défi. Elle se contenta donc de poser des questions sur les D’Alba, histoire de se faire à la généalogie de la belle brune.

Luce la renseigna patiemment et Gabrielle ne put s’empêcher de remarquer que lorsqu’elle parlait de ses parents, l’italienne adoptait un ton particulièrement bienveillant, même si elle n’épargnait pas les anecdotes honteuses et les remarques burlesques sur les uns et les autres. La jeune femme admira le rayonnement qui émanait de son interlocutrice pendant que celle-ci détaillait les défauts et les qualités de ses proches. Elle était véritablement lumineuse.

Quand Luigi apporta les plats, elles y firent honneur et se régalèrent tout en entretenant une conversation à la fois légère et personnelle. Ayant appris que la soirée se déroulerait chez les D’Alba, et non à la résidence Monteverde, Gabrielle insista pour passer au moins chez un fleuriste.

Il était près de quinze heures quand elles sortirent du restaurant. D’un commun accord, elles rentrèrent à la villa. Elles avaient convenu de passer récupérer des affaires et d’aller directement chez les parents de Luce qui les attendaient pour confectionner une partie du repas. « Chez nous, la cuisine est une affaire de famille, surtout le soir de Noël », avait professé l’italienne. Elles se changeraient sur place, le moment venu. Elles pourraient même se doucher là-bas, avait-elle précisé dans un intervalle ambigu.

-Rejoignez-moi à la villa quand vous serez prête, lança Luce en déposant la jeune femme devant la dépendance. Nous prendrons la voiture, ce soir.

Gabrielle la regarda s’éloigner, pensive. Elle était captivée par l’assurance et la prestance de l’italienne. Elle était consciente qu’elle ne savait pas vraiment où elle mettait les pieds, ni même si elle était prête pour se lancer à la conquête d’une femme de son envergure… Sa rupture, trop récente pour être entièrement ignorée, lui laissait un goût amer de déception. Si la jeune femme avait déjà accumulé suffisamment d’expériences désastreuses pour ne pas se laisser anéantir par une nouvelle défaite, elle se surprit à redouter une autre éventualité : et si elle-même devait être une déception pour la radieuse Luce ?

L’estomac noué, Gabrielle referma la porte.

 

Chapitre 2 ici

B'rêves d'écriture | corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | texte récit | y'a que ça de vrai ! | 04.05.2015 - 22 h 42 | 12 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 11)

Avec quelques semaines de retard, voilà (enfin !) la suite et fin de cette sporadique nouvelle… Toutes mes excuses pour le délai : je vous avais prévenu(e)s que j’étais rouillée !!!

(previously)

Le voile léger des rideaux invite les lumières citadines de la nuit à pénétrer la chambre qui s’engourdit de nos ébats en veille. Il y a quelques minutes, ou était-ce quelques heures, nos corps secouaient cette soirée fébrile de décembre : de nos mouvements aveugles, prescients, passionnés, nous embuions les vitres nous occultant du reste du monde. Il y a quelques heures ou quelques minutes à peine, nous créions un monde, nouveau, notre.

Je ne sais pas si j’ai succombé aux mots doux du sommeil ou si je n’ai fait que somnoler, béate et comblée. A nos frénésies voluptueuses ont succédé de touchantes confessions. Dans l’intimité encore verte de nos effusions, arrivées à épuisement de nos ressources physiques, les paroles ont pris le relai, dans une bienveillante complicité qui aurait pu sembler séculaire.

Je me suis avouée sans pudeur, blessée mais entière, avide et curieuse de sa fascinante personne. Elle s’est révélée, nouvellement forte et fière, se remettant tristement du moignon cruel de l’abandon. Sa précédente compagne l’ayant quittée sans prévenir alors qu’elles étaient supposées agrandir la famille une troisième fois, elle s’était retrouvée seule, humiliée, acculée par ses responsabilités et ses obligations familiales justement au moment de sa « promotion » professionnelle.

Son émotion, encore bien vive lors de ces aveux, faisait vibrer sa voix et trembler ses lèvres. Je n’ai pu retenir mes étreintes les plus tendres. Mais mon inspectrice, fidèle à son impertinence, en souriait de plus belle. Et Dieu qu’elle était belle ! Son sourire, même triste, surtout triste, vrillait mes chairs thoraciques, mâchait mes os, ratissait ma peau en stridences frissonnées. Alors, nous avons fait l’amour à nouveau, dans la fulgurance de nos faims, nous exposant aux souffles, aux gestes, aux cris, aux regards de l’autre.

Tout ce que je vois à cet instant, ce sont les ombres nocturnes, calmes et irrégulières, qui glissent sur la toile lisse du mur à chaque passage de voiture. L’air est encore saturé de nos odeurs, mêlées, embrassées, qui s’accordent au silence sourd du double vitrage et à l’ambiance encore chaude de nos draps froissés pour embaumer l’air du parfum, clair et apaisé du désir.

Au creux de mon épaule, ouverte et fière, Violette repose. Sa respiration quasi inaudible vient caresser la peau nue et offerte de mon sein. A mon flanc, je sens son cœur battre, lourd et paisible. A moins que ce ne soit le mien ?

Lâchés, ses cheveux s’éparpillent sur moi, sur elle, sur le coton épais que je remonte sur son épaule fraîche. Mes doigts, délicatement, osent dans la confidence de la nuit jouer avec ses boucles brunes. Comme si j’avais besoin de ce contact supplémentaire pour confirmer, pour accepter l’exactitude du moment, sa pertinence, son authenticité surréaliste. Quelque part au fond de moi, une voix grave que j’imagine être celle d’Eluard, me déverse de ses vers purs et tendres, cassants et si crument vrais qu’ils déchirent les entrailles comme ils bercent.

L’amour est ainsi. Cru, beau, tranchant, immense, pur, complexe, exaltant, intempestif. Il y a trois jours, je me confondais en désir déroutant, brutal et irrépressible. Aujourd’hui, à l’instant où ce désir, satisfait pour l’heure, sait se taire pour laisser parler ma conscience, je suis tentée de poser de grands mots sur ces émotions bouleversantes de ces derniers jours.

Où est passé mon cynisme sentimental ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de moi, Violette Paulin ? A votre contact, je redeviens guimauve, princesse en détresse et chevalier servant, « Faible ! Faible ! Faible femme ! » comme dirait Figaro.

Je devrais sans doute m’affoler de cette rechute, je devrais me protéger, réfléchir. Cette femme, merveilleuse, fière, tendre et sensuelle, cette femme si terriblement attirante est mère. La légèreté et l’inconséquence ne sont pas une option.

L’espace d’une seconde, je me projette dans un quotidien hypothétique : Violette, moi, et ces deux petits garçons aux visages radieux que je n’ai pas manqué d’observer sur bon nombre de photos un peu partout dans l’appartement. Si je ne m’étais jamais posé de question sur une éventuelle vie de famille, je suis impressionnée de voir à quel point mon imagination est brusquement fertile, cette nuit.

Sans quasiment rien savoir d’eux, et sans en éprouver le moindre vertige, je les vois déjà évoluer autour de nous. J’imagine leurs habitudes, j’anticipe leurs questions, leurs réactions, j’espère une complicité que je modère déjà, redoutant le statut de « belle-mère », avant de conclure sur une certitude : il n’y a rien que je ne sois prête à assumer pour une vie avec Violette.

Une étreinte ensommeillée de celle-ci me ramène sur Terre. Je ne peux réprimer un sourire : il n’y a sans doute rien de plus « lesbien » que de s’imaginer vivre avec quelqu’une après une seule et unique nuit passée ensemble !

L’insomnie prophétique n’est plus de rigueur et je m’endors enfin, bercée par la certitude simple et bienheureuse de me réveiller à ses côtés demain.

Je ne saurai dire qui du soleil ou du bruit léger du verre qui s’entrechoque m’aura tiré de mon sommeil. Avant même d’ouvrir les paupières, je lance mon bras en quête du corps chaud de mon amante, la tête encore toute engourdie de notre nuit tendre et passionnée. Ma main cherche en vain, sous et sur les draps. Déçue, j’ouvre péniblement les yeux pour constater tristement que je suis seule, bien trop seule dans ce grand lit !

Le grognement de mécontentement qui m’échappe est stoppé net par le son léger des pas de Violette sur le parquet. Du bout du pied, elle ouvre la porte et s’avance dans la chambre, les bras chargés d’un merveilleux plateau petit-déjeuner. Voyant ma tête émerger de la couette, elle me lance en souriant : « Déjà réveillée, petite marmotte ?

– Groumpf…

– J’espère que je n’ai pas fait trop de bruit, me dit-elle en déposant délicatement le plateau sur le chevet, de mon côté du lit. C’était trop dur de rester couchée à côté de toi et de te laisser dormir… J’ai bien failli te sauter dessus de bon matin », me confie-t-elle en riant.

Son rire et son petit air mutin me chavirent et comme elle vient s’asseoir auprès de moi, j’attire son corps contre le mien. Conciliante, elle s’allonge tout contre moi et m’enlace. L’odeur du café et du pain grillé titille mes narines, mais qu’importe à mes mains qui déjà s’aventurent sous le voile diaphane de son peignoir ? Qu’importe à ma peau qui brûle à nouveau de la sienne, retrouvée ? Qu’importe à ces milliers de lames, aiguisées de désir, nourries de ses moires, qui encore une fois pénètrent mes chairs offertes, mon âme assujettie, mon cœur tonitruant ?

Le café et le pain seront froids.

Sans trembler, ma main impudique vient tirer sur le cordon qui maintient les pans de son peignoir et, d’un geste lent et si terriblement maîtrisé, elle laisse glisser le fin tissu sur sa peau soyeuse. Le spectacle est d’une sensualité affolante. Ses épaules d’abord, puis ses seins et enfin la plaine suave de son ventre se révèlent à moi dans la lumière étrangement chaude d’un matin de décembre.

« Hum… Bonjour », dis-je à cette sublime vision qui me surplombe à califourchon. Comme mu par mon seul désir, mon corps se soulève jusqu’à ce que mes lèvres effleurent la peau constellée de sa poitrine. « Bonjour », répète doucement ma bouche à son sein gauche, avant d’y déposer un baiser. « Bonjour », s’empresse-t-elle d’ajouter à l’aréole de son sein droit. Et un nouveau baiser vient rééquilibrer les civilités. Enfin, mes lèvres se hissent vers les siennes dans un dernier élan de politesse. Elles laissent s’échapper un ultime « Bonjour », à peine murmuré cette fois, avant que nos langues n’entreprennent de se présenter leurs respects.

Dans les yeux de Violette, le désir se fait incandescent. Il en serait presque douloureux. Mes mains la parcourent, tantôt subtiles, tantôt fermes. Elles caressent, elles affleurent, elle pétrissent et ondulent son corps sur toutes les gammes du plaisir.

Je n’aurai sans doute pas la prétention de croire que je peux anticiper l’avenir sur l’échelle d’une éternité, les « toujours » et les « jamais » ne sont pas des mots à la portée des mortels. Mais ce que la vie me réserve pour les prochaines heures… J’aime.

Fin

http://fineartamerica.com/featured/lesbian-sketches-1-gordon-punt.html

Lesbian sketch, by Gordon Punt

100% manuel ! | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | texte récit | y'a que ça de vrai ! | 29.01.2015 - 20 h 29 | 33 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 10)

@Dwarfy mérite bien un peu de repos mais reprendra la plume très prochainement, ici et/ou sur son blog, alors en attendant, je vous livre la suite de cette nouvelle. Merci de votre lecture fidèle ! 

(previously)

J’ai parfois l’impression d’avoir passé ma vie en quête d’esthétique, aussi bien dans mes lectures, mes recherches, mes ambitions poétiques que dans mon quotidien de femme sensible à la beauté sous toutes ses formes. Mais nulle forme ne m’a autant émue que celles que je caresse du bout des doigts. Avides, mes regards absorbent chacune de ces courbes délicates.

Violette frissonne. Pourtant, elle ne remontera pas le drap. Nous avons chacune besoin de cette minute de contemplation de l’autre, cette minute pour une éternité de souvenirs, de plaisirs condensés en un sens. Mes yeux sont ma peau, ma langue, mes oreilles. Ils apprennent d’un sourire, d’un souffle, d’un parfum. Je veux tout savoir d’elle, je veux prendre le temps de la découvrir. Si nous nous taisons, c’est dans le recueillement de nos cris à venir. Dans son regard, je devine le désir, encore.

Il n’y aura pas d’essoufflement ce soir.

C’est elle qui rompt l’immobilité consentie. De son bras chaud, elle vient enserrer ma taille, imposant par ce geste une indéfinissable sensation de quiétude et, simultanément, une excitation fiévreuse. D’un mouvement leste de son bassin, la voilà qui me recouvre de tout son corps, sa bouche narguant délicieusement mes lèvres. Espiègle, elle les pince délicatement de ses lèvres si douces. Je m’abandonne à son jeu, guettant docilement le meilleur moment pour rentrer dans la partie. Quand sa bouche s’applique à dessiner les reliefs de mon cou en remontant, dangereuse, jusque sur la mienne, je m’efforce de résister à l’envie de l’embrasser. Chastement, je viens poser mes mains sur ses hanches irrésistibles. Mes caresses adoptent le rythme de ses lèvres.

Je ferme les yeux, soumise à l’émotion enivrante de son corps sur le mien. Nos peaux, comme nos chairs, se reconnaissent et s’apprivoisent. L’entente est feutrée, si tendre… Partout, son contact nourrit et éveille. Prisonnière de ses charmes, je me livre et goûte à de ces libertés qui n’ont d’autre espace-temps que la rencontre de nos peaux. Tout se joue dans l’absence de vide entre nous. Rien ne m’emplit autant que notre promiscuité.

Quand ses lèvres se posent à nouveau sur les miennes, s’entrouvrant cette fois pour laisser sa langue se frayer un passage, je ne résiste plus. Notre baiser se fait aussi intense, aussi nu et passionné que nous-même. Mes bras l’étreignent sans modération. Je bois à sa bouche tous les mots que nous taisons encore, affamées de mouvements, d’actes, de vrai. Les mots viendront plus tard. Ils ne nuanceront pas, ils ne décevront rien. La conversation de nos corps ne se tarira qu’à l’heure bienheureuse de l’épuisement. Au fond de moi, un sourire satisfait : je ne rentrerai pas ce soir.

Sans la moindre innocence, Violette fait glisser sa jambe entre mes cuisses. Il n’en faut pas plus à mon sexe pour se mettre à bourdonner. Si habituellement le désir est une pulsion dévorante, qui a tendance à faire passer tout le reste au second plan, avec elle, il devient violent, annihilant réalité et conventions. Sous son corps, je ne suis plus qu’instinct primaire et animal, charnel et voluptueux.

D’une langueur quasi cruelle, elle se met à remuer sur moi et mon corps entier épouse le mouvement de ses vagues. Je sens son sexe s’ouvrir sur la peau tendue de ma cuisse et je sais que le mien a déjà inondé sa jambe de mon plaisir. Au moment où ses coudes se plantent autour de mes bras pour qu’elle puisse plonger son regard dans le mien, mes mains agrippent les rondeurs aguicheuses de ses fesses. Le rythme s’intensifie alors : nos respirations jumelles accusent les à-coups du désir et les pointes tendues de ses seins frôlent outrageusement ma poitrine brûlante. Son regard se brouille, égaré sur l’écran de son plaisir. Je l’observe, impudique. Je pense bien n’avoir jamais rien vécu de plus grisant. De mes mains, j’appuie encore le mouvement de son bassin, accélérant à peine mais creusant encore plus ce frottement délicieux, arrachant un gémissement affolant à mon inspectrice incandescente.

Ses tétons provocateurs s’accrochent aux miens, la peau souple de nos ventres se fait moite et glisse presque bruyamment, étouffée par nos halètements. Je pourrais jouir comme ça, je le sens. Mais pour l’instant, je suis totalement fascinée par les expressions de son visage. La regarder faire monter le désir en elle, en nous, par ce simple balancement des corps, voir ses traits s’abandonner à cette quête de plaisir à la fois si égoïste et partagé, c’est terriblement excitant. Je veux la voir jouir sur moi, je veux sentir son sexe couler sur le mien.

Pendant une seconde, j’interromps le rythme de nos hanches. Surprise, elle m’interroge du regard pendant que je m’efforce de glisser mon autre jambe entre les siennes. Je lui souris, elle comprend et se positionne sans ménagement à califourchon sur moi. Les lèvres humides de son sexe viennent s’écraser sur le relief prononcé de mon pubis et déjà, elle reprend sa danse ensorcelante. Ses bras se tendent, son dos se cambre et ses seins s’agitent juste sous mon nez. Impossible de résister. Mes lèvres se posent d’abord presque chastement sur son grain de beauté. Du bout de ma langue, j’en lèche les contours avant de refermer ma bouche sur la pointe ferme de son téton. Les mouvements de nos corps m’incitent à alterner d’un sein à l’autre, sans précipitation, alors que mes mains s’impriment de plus en plus fort dans la chair ferme et douce de ses fesses.

Ivre du plaisir de sentir la convexité de mon sexe s’insinuer dans la tendresse de ses chairs, ses gémissements me font perdre la tête.  Son propre plaisir coule maintenant en abondance et le frottement fluide de nos sexes l’entraîne toujours plus haut, vers une jouissance imminente. Je veux savourer cet instant. Graver chaque son, chaque sensation, chacune de ses expressions dans ma mémoire, mais surtout : je veux qu’elle explose sur moi. Frénétique, mon bassin se soulève à la rencontre de son sexe, tandis que ma bouche se fixe sur un téton qu’elle suce et mordille délicatement. Violette crie presque… Oui, elle crie ! C’est alors que son corps se tend complètement, le dos arqué, les yeux grands ouverts… et son cri devient râle et hoquets pendant que nos corps décélèrent mais s’aiment toujours.

Entre mes jambes, le bourdonnement s’est fait tremblement de terre, volcan. Son orgasme aura presque suffit à déclencher le mien ! Je suis quasiment aussi secouée qu’elle quand, enfin, son corps se relâche et vient s’étendre mollement sur le mien. Avec toute la délicatesse du monde, je passe ma main dans ses cheveux, dégageant son visage. Dieu qu’elle est belle ! Les joues rougies par l’effort, le souffle court, un franc sourire de satisfaction sur les lèvres, c’est… oui, c’est cette image que je veux garder d’elle, toujours ! Le menton posé entre mes seins, elle me renvoie la tendresse de mes regards conquis.

« Maëlle, me chuchote-t-elle, très sérieuse tout à coup.

– Oui ?

– J’ai envie de toi. »

Non, ce n’est pas l’heure des mots. Pourtant, ceux-là… D’ACCORD !

(la suite ici)

 

 

 

Photo par Harry Kerr (et je renvoie à cette sélection qui m’a bien plu et que je partage avec vous !)

à la femme de ma vie | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Photopoésir | poésie | 25.01.2015 - 16 h 47 | 19 COMMENTAIRES
Je rentre chez toi

Quelques mots d’introduction sont nécessaires ici. Pour celles et ceux qui attendent l’épisode 10 de la nouvelle en cours, ne vous inquiétez pas, il est prévu,  je m’y remets dès cette semaine. Vous l’aurez sans doute pour le week-end prochain. 😉 😀

En ce qui concerne la publication du jour… Je sais que j’ai déjà proposé des choses assez personnelles sur ce blog, des réflexions, des anecdotes, des poèmes… Ici, il s’agit aussi d’un poème. Mais j’avoue ne jamais avoir rien écrit ni partagé de plus sincère, nu, et intime que ces lignes-là. Ces mots étaient nécessaires aujourd’hui, ils sont enfin posés. Ils n’atténuent en rien la violence des sentiments qui les ont fait naître et pourtant, ils libèrent en partie ce souffle que je cherche, qui me manque depuis des semaines. Peut-être comprendrez-vous. Peut-être trouveront-ils un écho chez vous aussi. Comme il s’agit de poésie, je n’ai ni scrupule ni fausse pudeur à partager cela avec vous.

Je vous souhaite une bonne et belle fin de week-end, et tout pareil pour la semaine à venir !

Je rentre chez toi

Je rentre chez toi et, avant même que la porte ne s’ouvre, je sais que je vais être transportée. Un pas dans tes odeurs et c’est l’Italie de mon enfance que j’embrasse dans la chaleur familière de ta procuration. Bergère de mes papilles, Marianne de ma mémoire, tu révolutionnes les chemins de la félicité, casserole au poing. Le monde se tait : il entend que je suis chez moi.

Je rentre chez toi comme on s’explore, comme on apprend à s’aimer. Ce qu’il y a de bon et beau en moi, c’est ton héritage, ton visage, ma lumière. A la porte qui grince à peine, tu souris. Tu m’as pressentie plus qu’une mère ne l’aurait pu. Les béances de ton sourire, de tes bras, de ton cœur, me comblent autant que je les rassasie. Le monde n’existe pas : mon monde, c’est toi.

Je rentre chez toi pour respirer. Toi seule sais les secrets de l’air. Il est plus libre et pur au sein de ton foyer que sous n’importe quelle latitude. L’espace n’est que vide si tu ne l’habites pas. L’immensité se cache aux replis de ta robe, Dame Nature ne sublime que par tes conseils : tu es la voix, l’origine, le don. Le monde ne mesure pas sa chance : il te porte, ignorant que tu l’élèves.

Je rentre chez toi comme je suis née, innocente, vulnérable. Mon refuge m’attend au creux de tes caresses. Les nœuds de tes doigts, leur tendre rudesse, l’atmosphère douce et forte de tes paumes sur mes joues, dans mes cheveux, m’immergent dans cette transe que tes chants d’ailleurs et de jadis vibrent sourdement. Le monde ne tourne pas : il danse à ton rythme.

Je rentre chez toi et, sans question ni condition, sans révérence ni préliminaire, je jouis de la générosité de mon existence. Tu es celle qui rassemble, qui nourrit, qui enseigne. Je te suis, te dois et te reviens. De toi à moi, il n’y a pas d’écho mais une continuité : horizontale dans nos poèmes, verticale par le sang, parabolique. Le monde n’a pas de limite : tu es infinie.

Je rentre chez moi.

Je viens de te rendre visite et j’en suis morte. Ils disent que ta santé va mieux, qu’ils peuvent stabiliser ton diabète, calmer tes douleurs. Ils ne voient pas. Ils ne savent rien. Ils ne te connaîtront jamais. Pour eux, tu es ce corps malade, analphabète et décharné, aux prises avec la sénilité muette d’un Chronos en bout de course. Ils ignorent tes démons, tes pleurs, tes cris. Ils anesthésient, camouflent, entretiennent. A aucun moment ils ne mesureront la valeur de ton âme.

Je rentre chez moi.

Je n’arrive plus à regarder le vide dans tes yeux, le vide puis cette folie braillarde qui s’empare de toi et imprègne le monde autour. La bave aux lèvres, les doigts noués autour de cette corde invisible qui t’entraîne dans l’au-delà, tu implores. Tes seuls éclairs de lucidité hurlent un hymne à la mort que je ne peux entendre. Tu es déjà partie. Le monde est perdu, son balancier s’est brisé, l’équilibre est rompu. Le monde est orphelin. Je pleure.

Je rentre chez moi.

Tu es là. Toujours.

à ma grand-mère

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