5381 histoire érotique lesbienne | B.U.L.L.E.

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Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | photo | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 20.02.2017 - 00 h 42 | 5 COMMENTAIRES
Rome en solo (Chapitre 4)

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

 

Luce avait regardé malgré elle. A l’expression refroidie de Gabrielle, l’italienne devina que la « Emma » en question venait d’interrompre, pour une durée indéterminée, les folies qu’elles s’apprêtaient à commettre. La jeune femme semblait indécise. Elle fixait l’écran mais son esprit était ailleurs. Les vibrations cessèrent sans qu’elle répondît.

Quand elle reporta son attention sur Luce, elle constata son inquiétude.

– Ce n’est rien, la rassura-t-elle. Elle laissera un message si c’est important.

– Emma, c’est votre…

– Mon ex-compagne, oui.

Toujours à califourchon sur la brune, Gabrielle plongea son regard dans le sien, tentant de la réconforter dans un sourire. Mais l’italienne rajouta d’une petite voix :

– Celle avec qui tu aurais dû venir, non ?

– Oui, avoua la française à contrecœur. Mais elle m’a quittée. Elle est partie et je ne…

La jeune femme n’eut pas le temps de terminer sa phrase : son téléphone vibrait à nouveau. Gabrielle était sur le point de raccrocher, énervée par l’insistance inopportune d’Emma, mais Luce la repoussa, délicatement mais fermement. Elle se releva et s’éloigna promptement.

– Visiblement, c’est important. Réponds-lui. Nous nous verrons peut-être plus tard, jeta l’italienne avant de disparaître derrière la porte d’entrée.

La française demeura interdite. Que signifiait ce départ précipité ? Pourquoi diable Luce avait paru si mal à l’aise ? Elle aurait pu répondre devant elle ou tout simplement ne pas répondre du tout, mais en aucun cas Gabrielle n’avait voulu la voir partir ainsi. Contrariée, elle décrocha sèchement en regardant par la fenêtre la belle brune qui fuyait d’un pas pressé.

A l’autre bout du fil, elle entendait des crépitements et une voix lointaine qu’elle reconnut à peine :

– Allô Gab ?

– Oui.

– C’est moi.

– Je sais. Que veux-tu Emma ? demanda la jeune femme d’un ton cassant.

Les grésillements couvrirent un silence gêné.

– Je suis désolée de te déranger avec ça, Gab, mais j’ai un petit problème.

Devant le mutisme irrité de son interlocutrice, Emma poursuivit :

– Nous nous sommes fait voler toutes nos affaires à Arequipa. Probablement le guide car nous ne l’avons pas revu depuis. La police ne peut pas faire grand chose. Ils nous conseillent de contacter nos assurances mais tous mes numéros étaient dans mon sac. J’aurais dû les enregistrer mais…

Sa voix était hachurée mais Gabrielle percevait néanmoins sa fatigue.

– Nous sommes à court d’espèces et je n’ai plus de carte. Je dois faire opposition mais je ne sais pas comment faire.

– Nous ? demanda la jeune femme que ce pronom mortifiait bien au-delà de la détresse de son ex-compagne.

Emma laissa un blanc avant de renchérir :

– Gab, s’il te plaît…

Gabrielle était outrée : non contente d’interrompre sa vie dans un instant fatidique, de la déranger pour lui réclamer de l’aide alors qu’elle l’avait elle-même abandonnée, Emma lui demandait maintenant de ne pas lui faire une scène ?

– Pourrais-tu retrouver le numéro du Crédit Lyonnais, je dois parler à ma conseillère… une Mme Valentin, je crois, son numéro est sur le frigo. Et éventuellement de m’envoyer un peu d’argent par mandat cash, je te rembourserai bien sûr…

A l’autre bout du fil, Emma parlait encore, mais pour Gabrielle, c’en fut trop.

– Emma, la coupa-t-elle sèchement. Je ne suis pas à la maison. Je ne suis même pas en France. Et il est hors de question que je…

– Pas en France ? l’arrêta-t-elle. Gab, ne me dis pas que tu es allée toute seule à Rome…

– Où je suis et avec qui, cela ne te regarde pas. Quant au pétrin dans lequel tu t’es mise, trouve une autre solution pour t’en sortir : je ne suis plus ta solution. Plus jamais. Et ne m’appelle plus. Plus jamais.

Gabrielle raccrocha sans écouter les protestations de son ex-compagne. Elle était tellement en colère qu’elle n’arrivait même pas à culpabiliser de l’avoir laissée dans une situation délicate. Elle respira profondément et se rassit sur la chaise que Luce avait quittée. Elle était encore chaude. Malgré son agacement, la jeune femme ne put s’empêcher de penser à l’italienne. Celle-ci était femme, adulte, responsable et accomplie. Emma lui donnait l’impression de ne pas être sortie de l’adolescence : totalement égocentrée, toujours en quête de sensations fortes, de nouveautés, incapable de faire face aux réalités de la vie, dépendante de la rationalité des autres dans son quotidien. La comparaison fit retomber la colère de la française. Comment avait-elle pu envisager une relation sérieuse avec une personne pareille ?

Gabrielle refusa de se perdre dans un questionnement stérile. Emma ne ferait plus du tout partie de sa vie, désormais. Luce, par contre…

La jeune femme avait été embarrassée de son départ précipité. Elles étaient si proches, si intimes, et la seconde d’après si distantes ! La brune incandescente lui avait paru si froide, tout à coup… Elle n’avait même pas eu le temps de lui expliquer… Il n’avait fallu que deux jours à Luce pour envahir ses pensées, ses rêves, sa vie. Jamais elle n’avait été si complice avec qui que ce fût. Pourtant, jamais elle n’avait à ce point craint de ne pas être digne de quelqu’un. Elles n’évoluaient pas dans les mêmes sphères et la française se trouvait insignifiante à côté d’elle. Mais à aucun moment, Luce n’avait semblé s’en soucier et Gabrielle s’était tout de suite sentie à l’aise et intégrée dans cet univers étranger.

Non, elle ne pouvait pas laisser s’installer le moindre malentendu entre elles. Il fallait qu’elle aille la retrouver, qu’elle lui parle, qu’elle la touche encore. Son corps vibrait toujours de son désir pour elle. Décidée, elle enfila une veste en hâte et sortit en prenant soin de laisser son téléphone derrière elle.

 

*

 

Elle donna trois grands coups de heurtoir contre la lourde porte de la résidence principale. Elle entendait quelques notes de musique qui descendaient de l’étage. Comme personne ne lui répondit, elle entra timidement.

Le hall était imposant et couvert de marbre du sol aux piliers. Les escaliers, taillés dans la même pierre nervurée, s’élevaient devant elle. Elle s’apprêtait à appeler l’italienne quand elle reconnut sa voix qui en doublait une autre en accompagnant la musique. Elle n’eut aucun mal à identifier à nouveau Patricia Kaas, mais cette fois-ci, la brune proposait un duo étrange et douloureux : « Je voudrais la connaître… savoir comment elle est… Est-elle ou non bien faite ? Est-elle jolie, je voudrais… »

Gabrielle s’aventura dans les escaliers. Elle montait les marches au rythme de la chanson. Elle n’en perdait pas une note, pas un mot : « … Oh je voudrais la voir… Longtemps, la regarder… Connaître son histoire… Et son décor et son passé ». La française s’approcha de la porte entrebâillée d’où provenait la musique. Elle osa jeter un œil par l’entrouverture en retenant sa respiration. Luce chantait encore d’un timbre grave et râpeux : « C’est étrange peut-être… Cette curiosité… Voir enfin pour admettre et pour ne plus imaginer ».

La jeune femme identifia la chambre de l’italienne. La pièce était vide et une lumière vive ainsi qu’un nuage de vapeur s’échappaient d’une porte ouverte, au fond. Gabrielle comprit que Luce sortait de la douche. Elle sentit son corps réagir à l’image préconçue de la belle brune, nue. Ses seins se durcirent instantanément et une vague de chaleur humide se propagea entre ses cuisses. Son cœur s’emballa. Elle devait se signaler… Elle ne pouvait pas rester là, en voyeuse indiscrète.

La voix de Luce se rapprocha : « Oh je voudrais comprendre… Même si ça me casse… ». L’italienne fit son apparition dans la chambre. Son corps mat, perlé de gouttelettes translucides, était enveloppé dans une grande serviette blanche. Le cœur de Gabrielle manqua quelques battements. « Puisqu’elle a su te prendre… » : Luce affichait un visage triste… Si triste ! La jeune femme en fut toute chavirée. Comment Luce pouvait-elle penser qu’un simple coup de fil remettrait tout en question ? Pourquoi avait-elle pris cela tellement à cœur ? Pourquoi une réaction aussi violente ?

La voix de l’italienne se déchira sur un dernier vers « … Puisqu’elle a pris ma place ». Cette fois, Gabrielle ne résista pas. Elle poussa la porte en criant presque :

– Elle n’a pas pris ta place, c’est toi qui as pris la sienne.

Luce sursauta. Instinctivement, elle croisa ses mains sur sa poitrine pour maintenir la serviette en place. Elle regarda Gabrielle comme une biche prise dans les phares d’une voiture. Comme elle demeurait coite, le visage toujours inquiet, la jeune femme s’avança, coupa la chique à Patricia Kaas et se reprit :

– Non, en fait, tu n’as pas pris sa place. Elle n’avait pas de vraie place, elle n’en a jamais voulue. Toi, tu occupes toute la place.

L’italienne écarquilla les yeux de plus belle. Gabrielle poursuivit :

– Je suis désolée d’être rentrée comme ça… Je ne voulais pas te faire peur, mais avec la musique, tu ne m’entendais pas. J’ai frappé et je t’ai entendue… et je suis montée… et je t’ai vue.

Luce esquissa un geste désinvolte de la main, comme pour signifier que ça n’était pas le problème. Devant son mutisme entretenu, la française continua :

– Je voulais venir te parler, tout de suite. Je ne sais pas pourquoi tu es partie. Je ne voulais pas que tu partes. Je voulais que tu restes. Je ne voulais pas lui parler. Je voulais te parler, être avec toi… et ne plus parler. Je voulais que nous fassions l’amour, encore et encore. Je voulais…

Gabrielle rougit. Elle était confuse. Elle n’avait pas envisagé de déballer tout cela de cette manière. Elle se sentait maladroite et craignait que sa logorrhée ne rebutât définitivement cette femme fatale. Luce s’assit sur le rebord de son lit. Elle ne quittait pas des yeux la jeune femme qui ne savait plus où se mettre.

L’italienne lui fit signe d’approcher. Incertaine, elle avança lentement, le regard plongé dans les orbes noirs de la belle brune. Quand elle arriva à sa hauteur, Luce libéra lascivement son corps du coton immaculé. La serviette glissa lourdement à leurs pieds.

Les chairs de Gabrielle s’embrasèrent. Spontanément, sa peau voulut adhérer à celle de Luce, mais, si elle était plus que consciente de sa nudité, elle n’osa pas la regarder.

Alors, Luce parcourut la distance qui les séparait.

 

*

 

La chambre était plongée dans une semi-obscurité feutrée. De lourds rideaux aux teintes naturelles étouffaient les rayons discrets du soleil hivernal. L’éclairage artificiel de la salle de bain adjacente, que personne n’avait pensé à éteindre, découpait la pièce : entre deux zones opaques, un rai lumineux projetait les ombres des deux femmes sur le lit. Elles se faisaient face et l’une avançait vers l’autre, immobile. Quand les seins nus effleurèrent la poitrine endolorie de la blonde, les corps s’éveillèrent. Dans un élan empreint de délicatesse, elles s’insinuèrent l’une contre l’autre, en multipliant les caresses. Pendant plusieurs secondes, elles embrassèrent à tour de rôles les contours de leur visage.

Quand leurs lèvres se retrouvèrent, Luce encouragea la jeune femme à se défaire de sa veste. Pour la seconde fois en moins d’une heure, la jeune femme déboutonna à nouveau sa chemise qui alla rejoindre la serviette, par terre. L’italienne glissa ses mains brûlantes sous le marcel provocant. Elle remonta jusqu’à emprisonner les petits seins de Gabrielle entre ses doigts. Celle-ci retint un gémissement le temps de retirer le vêtement inutile. Les mains de Luce glissaient sur son corps, elles en attisaient chaque parcelle et quand elles descendirent le long de ses reins, la jeune femme se cambra. L’italienne glissa sous le jean et le boxer de Gabrielle pour se poser sur le relief rebondi de ses fesses.

Incapable d’attendre plus longtemps, la blonde dégrafa sa ceinture et se débarrassa dans un même mouvement, de son jean et de son sous-vêtement. A armes égales, les deux femmes s’observèrent. Chacune scrutait l’autre, à la fois comblée et affamée. Du bout de leurs doigts, elles exploraient ce que leurs yeux taisaient. Plus elles en découvraient sur l’autre, plus elles en demandaient. Leur appétit se fit urgence, nécessité, fureur. Elles s’embrassèrent dans une étreinte qui ne supportait plus la verticalité.

Concentrées sur leurs sensations et leurs réactions, elles trouvèrent le refuge moelleux du lit de l’italienne. Gabrielle s’y étendit, accueillant le corps chaud et satiné de Luce contre le sien. Ce contact plénier les fit trembler de plus belle. La brune plongea son visage dans la peau douce et parfumée du cou de la française. Elle y fit courir ses lèvres, prospectant salières et clavicules de ses baisers délicats. Comme Gabrielle laissait vagabonder ses doigts sur le dos et les flancs vulnérables de son amante, celle-ci attrapa ses poignets et les immobilisa d’une main ferme au-dessus de sa tête. L’italienne lança un regard aigu à son otage avant de poursuivre le petit jeu lascif de ses lèvres. Quand elle l’embrassa sous les aisselles, la jeune femme frémit mais ne rit pas. Elle devinait que Luce ne s’y attarderait pas. Elle n’aurait pas à la supplier pour être satisfaite. Gabrielle le savait. Et cette certitude lui donnait le vertige.

Quand la bouche de Luce se referma sur son téton, la jeune femme réagit de tout son corps. L’italienne, enivrée et encouragée par le spasme que la française n’avait pu contenir, se mit à tourmenter, avec une lenteur insupportable, la pointe sensible et dure du sein offert. A chaque succion ou mordillement, Luce sentait les torsions incontrôlées de son amante qui s’agitait sous elle. Elle ne put résister à l’envie de glisser une cuisse intrusive entre celles, raidies de plaisir de la belle blonde. La réponse de Gabrielle ne se fit pas attendre. Elle gémit instantanément et vint écraser son sexe ruisselant contre sa jambe. Les deux femmes ondulèrent simultanément pendant que Luce continuait la torture délicieuse et consentie des seins de Gabrielle. De sa main libre, elle compléta l’ardeur de sa bouche. Les mouvements de ses lèvres, de ses dents, se coordonnèrent avec ceux de ses doigts pour que les deux tétons de la jeune femme connussent le même supplice, à l’unisson. C’en fut trop pour Gabrielle. L’orgasme la cueillit, l’emporta, la terrassa dans un cri qui la laissa sans force.

Luce s’était immobilisée au-dessus d’elle. Elle n’osait plus bouger ni respirer, de peur de perturber la plénitude qui semblait maintenant envahir son amante. La jeune femme avait tourné son regard vers des contrées que seules les extases pouvaient laisser entrevoir. Le souffle encore court, les pommettes rosies et luisantes, les yeux dans cet ailleurs bienheureux, elle était saisissante de beauté. L’italienne, émue, se risqua à déposer un baiser sur sa tempe palpitante. Gabrielle papillonna des paupières et réinvestit son corps, convoquant de nouveau sa conscience. Luce esquissa un mouvement de repli, pour la libérer de son corps tyrannique, mais la jeune femme la retint dans un grognement mécontent.

– Je ne m’en vais pas, la rassura l’italienne. Je te laisse juste respirer.

Gabrielle grogna encore et vint enfouir sa frimousse boudeuse dans le cou de son amante. « Irrésistible », pensa Luce, en resserrant son étreinte. Elle embrassa le front timide de la française qui fuyait toujours son regard. Les lèvres de la jeune femme chatouillèrent la gorge sensible de l’italienne :

– Tu… tu m’as touché les seins…

L’inflexion de Gabrielle lui parut farouche, presque chargée de reproche.

– Il m’a semblé que tu aimais ça, se défendit Luce en souriant malgré elle.

– Je veux dire…

Gabrielle balbutiait. Le ton de sa voix se fit incrédule.

– Je veux dire que tu m’as fait jouir… presque uniquement en me touchant les seins…

– Oui, confirma la brune qui ne voyait pas trop où elle voulait en venir.

– Je n’ai jamais…

Gabrielle se blottit de plus belle contre son amante. Elle la serra si fort que Luce en eut le souffle coupé. Cette dernière, confuse, s’efforça de la rassurer par de tendres caresses. A nouveau, elle vint embrasser son front. La française inspira profondément avant de dégager son visage du refuge bienveillant de son cou. Elle précipita son regard dans celui de Luce avant de poursuivre :

– Je n’ai jamais aimé qu’on me touche les seins. J’ai toujours détesté ça. Je ne comprends pas pourquoi… là… Tu m’as… tu m’as rendue folle.

Gabrielle rougit et baissa les yeux devant le sourire de son amante.

Luce saisit son menton avec délicatesse, embrassa sa fossette et lui demanda :

– Je t’ai fait mal ?

– Oh non ! Pas du tout ! s’écria la française en secouant la tête avec véhémence.

– C’était bon alors ?

– Oh oui ! Tu sais très bien que oui, confirma la jeune femme devant le sourire bravache de l’italienne.

– Alors c’est plutôt une bonne chose, non ?

La question était purement rhétorique. Gabrielle fit la moue. Une moue à la fois réprobatrice et adorable.

– Vous êtes vraiment insupportable, mademoiselle D’Alba.

Son regard s’assombrit brutalement, mais la colère n’y était pour rien. Le désir, par contre…

En une fraction de seconde, elle enfourcha le corps résolu de Luce. Quand leurs seins entrèrent en contact, le corps de Gabrielle frémit au souvenir encore trop frais de cet orgasme aussi inhabituel que fulgurant. Elle dût faire appel à toute sa bonne volonté pour ne pas succomber aux exigences voraces de son propre plaisir. Les mains de l’italienne qui couraient à nouveau sur sa peau encore trop réceptive, l’enflammaient.

Quand elle l’embrassa, Luce vint poser ses mains puissantes sur ses fesses. Leurs sexes se pressèrent alors l’un contre l’autre dans une urgence retenue. La rencontre à la fois moelleuse et abrupte de leurs moiteurs leur arracha un gémissement quasi harmonieux. Dans un premier temps, Luce écarta les cuisses et la française se fondit contre elle, affamée du contact de leurs corps. Elles ondulèrent en rythme et Luce, emportée par le frottement de Gabrielle sur ses chairs les plus tendres, haletait son plaisir croissant. Mais lorsque les mains de la jeune femme se saisirent des seins aguicheurs de son amante, cette dernière s’agrippa aux fesses de la française et interposa une de ses jambes entre elles.

Les deux corps n’en faisaient plus qu’un, les deux plaisirs se confondaient, les deux êtres se résolvaient au rythme effréné du désir. Entre deux gémissements, elles s’embrassaient, se regardaient, se perdaient, se retrouvaient et s’embrassaient encore. Tout à coup, Luce se redressa. Par un habile jeu de jambes, elle s’assit face à Gabrielle. D’un sursaut de hanches, elle maintint leurs sexes collés jusqu’à ce qu’une main inquisitrice vienne explorer les boucles blondes de la française. Celle-ci, surprise, lâcha un petit cri en sentant le doigt de sa partenaire effleurer la chair vibrante de son clitoris.

Gabrielle implosait. Elle se sentait une nouvelle fois aux portes de la jouissance et elle n’était plus maîtresse de son corps. Son désir annihilait toute forme de scrupule ou de retenue. Elle s’abandonna à la main experte de son amante sans pouvoir brider le remous de ses propres hanches. Luce chercha son regard et de sa main libre, elle vint trouver celle de la jeune femme. Quand Gabrielle comprit que Luce voulait qu’elle la touche à son tour, elle s’embrasa. Ses yeux se plantèrent dans ceux de la brune alors que ses doigts, accompagnés par la main fébrile de Luce, s’insinuaient contre son sexe brûlant. La main impatiente de l’italienne la pressait fort contre elle alors que son autre main la caressait avec une délicatesse diabolique.

Le plaisir gagnait la belle brune. Gabrielle reconnaissait ce haussement de sourcil et ses yeux qui fuyaient malgré eux vers le ciel. Pendant une seconde, elle se demanda si c’était son propre plaisir ou celui de son amante qui la propulsait aux portes de l’extase. Elle n’eut pas le temps de répondre à cette question : Luce glissa un doigt en elle, précautionneusement, profondément. Le corps de Gabrielle s’arqua, comme pour aspirer l’italienne en elle. A son tour, elle la pénétra d’un doigt, puis de deux, tant son sexe était béant.

Pendant un instant, le rythme se fit plus lent, le mouvement plus développé. Puis il s’intensifia encore. Les deux femmes se perdaient dans les frontières intimes de leur plaisir et quand leurs regards s’accrochèrent de nouveau, elles jouirent ensemble sans contenir les élans de leur passion.

Là, assises sur ce grand lit saccagé par leurs ébats, elles s’accolèrent jusqu’à ce que s’apaisent leurs corps satisfaits. Une minute passa, puis deux. Elles souriaient, immobiles et nues. Elles souriaient puis elles rirent en desserrant leur étreinte. Luce prit le visage de Gabrielle dans ses mains et l’embrassa tendrement.

– Viens, dit-elle à son amante en remontant la couette sur elles.

La jeune femme s’allongea à ses côtés, la tête sur son épaule. Luce passa ses doigts dans ses cheveux fins. Elle la caressa longuement avant de prononcer gravement, dans un italien incompréhensible pour Gabrielle, ces quelques mots : « Se vedo qualcun’altro, un’altra volta, accarezzare i tuoi capelli, l’ammazzo… e t’ammazzo ». Devant le regard interrogateur de la blonde, Luce rajouta un « Non, rien… » peu convaincant. Frustrée par cette barrière de la langue, Gabrielle se redressa sur un coude :

– Vous ne vous en tirerez pas comme ça, mademoiselle D’alba !

– Ah non ?

– Puisque vous choisissez sciemment de me parler dans une langue qui m’est inconnue, laissez-moi vous parler de la mienne ! Ou plutôt… laissez-moi vous montrer…

Déjà, Gabrielle chevauchait l’insolente en faisant courir sa langue dans son cou, entre ses seins, le long de son ventre, jusqu’à disparaître sous le couvert intime et chaleureux de la couette.

 

Voilà, ceci est une fin alternative… faute de mieux. Tout n’est pas abouti, mais je n’aurai pas le temps de faire mieux dans l’immédiat. Je propose à celles et ceux qui voudraient une vraie fin de me contacter par mail. Comme annoncé précédemment, je n’aurai pas le courage de recommencer ailleurs, mais je peux vous faire parvenir mes prochaines productions (aussi rares soient-elles) via cette adresse : pucedepoesir@gmail.com

Je remercie @Yagg de l’opportunité qui m’a été donnée de pouvoir échanger avec vous, dans ce blog et au sein de la « communauté ». Une belle vie à toutes et tous, de l’amour, des seins, des licornes, et des rêves surtout, plein les doigts, plein le coeur, plein l’avenir !

Yaggement vôtre,

Eloïse – Pucedepoesir

histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | 09.02.2017 - 17 h 54 | 2 COMMENTAIRES
Rome en solo (Chapitre 2)

Précédemment…

Quand Rosa D’Alba leur ouvrit, la française fut accueillie dans sa langue maternelle. La mère de Luce était tout bonnement adorable : une vraie mamma italienne comme Gabrielle se l’était imaginée. Relativement petite, un peu ronde, ses cheveux étaient courts et aussi bruns que ceux de sa fille, toutefois, on y discernait quelques fils d’argent qui trahissaient une maturité assumée. Comme Gabrielle s’étonnait que l’on parle si bien français chez les D’Alba, Mario, qui apparut derrière sa femme, répondit avec un accent bien plus prononcé que sa femme : « C’est parce que ma femme est à moitié française, cela fait quarante ans qu’elle nous impose la langue de son père, parce que selon elle, c’est la plus belle ! ».

Ils souhaitèrent la bienvenue à la jeune femme et l’invitèrent à pénétrer dans l’appartement d’un immeuble des plus cossus du coin. Luce lui avait parlé de ce quartier populaire, très pittoresque, que les romains appréciaient tout particulièrement pour sortir manger ou boire un verre. Gabrielle avait trouvé les abords charmants et continua de s’émerveiller en entrant chez ses hôtes. La porte s’ouvrait sur un appartement vaste et prodigieusement chaleureux.

Sur ordre de ses parents, l’italienne fit visiter les lieux à leur invitée. Moins d’une heure avant, elle avait fait de même à la Villa Monteverde et Gabrielle s’était extasiée sur chaque pièce du bâtiment. L’appartement, bien qu’infiniment plus modeste, était décoré avec autant de goût et très spacieux pour un logement du centre-ville. Avant d’arriver sur place, la française s’était interrogée sur ce qui pouvait faire préférer à des gens du standing des D’Alba un appartement plutôt que leur résidence, mais en les voyant tous évoluer dans ce lieu, la jeune femme ne put les imaginer ailleurs.         Mario et Rosa étaient des personnes d’une grande simplicité. Luce lui avait expliqué qu’ils avaient fait fortune en fabriquant des pâtes. Ils avaient monté leur propre marque qui aujourd’hui s’exportait un peu partout dans le monde. L’achat de la Villa était un placement immobilier comme un autre et ils s’en servaient parfois pour des réceptions officielles mais ils en avaient confié la gérance à leur fille qui devait prochainement reprendre pleinement les rennes de l’entreprise familiale. Luce était devenue la figure de proue de la marque, elle en incarnait la face publique même si son père en restait le PDG.

Cette famille était un curieux mélange de fierté et d’humilité. Gabrielle, qui craignait d’être mal à l’aise toute la soirée, fut rassurée par leur hospitalité et leur naturel.

Quand Rosa rappela à Luce que les zeppole n’allaient pas se faire toutes seules, la jeune femme accompagna sa guide jusque dans la cuisine, curieuse et amusée. Rosa tendit un tablier à sa fille et devant l’instance de leur invitée, elle en sortit un supplémentaire. Luce attacha le sien avec dextérité et proposa d’aider la jeune femme à nouer le sien. Celle-ci ravala sa dignité juste pour le plaisir de se soumettre à un nouvel habillage de la belle italienne. Sans oser la regarder, elle se tourna pour offrir ses hanches aux mains expertes de son hôtesse.

Pendant que sa mère s’affairait à passer de la pâte dans une machine métallique pourvue d’une manivelle bruyante, Luce sortit un moulin à légume, un gros saladier, un petit bol, un kilo de farine blanche et deux petits cubes de levure de boulanger qui semblaient l’attendre dans le réfrigérateur. Sans cesser sa mécanique rotative, Rosa dit à sa fille : « Les pommes de terre sont prêtes, elles s’égouttent dans l’évier ».

Luce récupéra cinq belles patates épluchées que la Mamma avait visiblement fait cuire au préalable. Elles fumaient encore quand sa fille les transvasa dans le moulin à légumes.

-Vous voulez mettre la main à la pâte ? Tenez, moulinez donc pendant que je prépare le reste, proposa-t-elle à la française qui s’avança avec détermination.

Comme Rosa, Gabrielle activa sa manivelle à la force de ses bras, alors que Luce déliait la levure dans un bol d’eau chaude et déversait le kilo de farine dans le grand saladier. La jeune femme l’observait, fascinée. Elle semblait si sûre d’elle et à la fois si concentrée ! Elle se déplaçait avec grâce et efficacité dans cette cuisine qu’elle avait probablement toujours connue. Elle versa le sel sur le monticule de farine, comme si d’un simple regard, elle était capable de le peser au milligramme près. De son côté, la jeune femme se sentait gauche. Les pommes de terre étaient plus ou moins passées, mais quelques morceaux s’agglutinaient, d’ores et déjà transformés en purée, sur les parois du moulin. Luce la rejoint. Elle lui sourit en lui tendant une cuillère :

-Tenez, avec ça, ce sera plus pratique. Regardez… Comme ça…

L’italienne s’était placée derrière son apprentie et était venue poser sa main sur celle de Gabrielle, qui tenait le moulin. Elle assura la prise, tout en lui saisissant l’autre main, armée de la cuillère. D’un geste affirmé, elle guida les mouvements de la jeune femme pour détacher les restes de tubercules des parois et racler les filaments de purée qui s’aggloméraient de l’autre côté. Gabrielle crut défaillir. La présence de Luce dans son dos l’électrisait. Elle sentait son souffle dans sa nuque, la chaleur et la fermeté de ses doigts sur les siens, l’intensité sensuelle de leurs corps qui ne cherchaient qu’à se fondre l’un dans l’autre. Elle retint sa respiration et manqua de s’effondrer tant ses jambes flanchèrent sous la charge émotionnelle. Luce, consciente de sa faiblesse, lâcha brusquement le moulin pour venir la soutenir. D’un bras, elle ceintura sa hanche et, de son bassin, elle vint coincer celui de Gabrielle entre elle et le plan de travail. La pression mat du rebord contre son sexe ainsi que celle, plus voluptueuse, de la belle italienne contre ses fesses, eurent raison de la jeune femme. Elle gémit sous la violente déflagration de désir qui sévit entre ses jambes.

Le son en fut étouffé par les moulinets de Rosa qui, fort heureusement, ne releva même pas la tête. Mais ni le gémissement, ni l’explosive réaction du corps de Gabrielle n’avait échappé à Luce. L’italienne frissonna en libérant la jeune femme de son étreinte.

-Je suis désolée, souffla-t-elle à son oreille, avant de reculer à une distance de sécurité raisonnable.

Gabrielle n’osa pas la regarder. Elle aurait voulu s’enterrer tant elle avait honte de s’être montrée si… réactive et facilement ébranlable. Elle devait se résigner à accepter le fait que cette femme la mettait dans tous ses états. Mais elle devait également être capable de se maîtriser, bon sang ! Sa mère était juste à côté !

Derrière, elle sentit l’italienne reprendre contenance et se diriger vers l’évier. Pendant qu’elle se lavait les mains, Gabrielle prit une profonde inspiration. Elle racla sa gorge, attrapa le moulin et attendit que Luce s’éloigne pour plonger à son tour ses mains dans l’eau chaude et laver l’engin.

-Vous… voulez pétrir ? demanda presque timidement la belle italienne.

Gabrielle remarqua le rose à ses joues et soutint son regard en essayant de ne pas deviner à quel point les siennes devaient être écarlates.

-Non merci… Je pense que je devrais m’abstenir.

Elle se rapprocha néanmoins de Luce en s’essuyant nerveusement les mains. L’italienne reporta son attention sur son saladier de farine salée. Elle y ajouta les filaments friables de pommes de terre et creusa un puits. Là, elle déversa la levure déliée et elle tendit le bol à Gabrielle.

-Pourriez-vous me le remplir d’eau chaude, s’il vous plait ?

La jeune femme s’exécuta et lui rendit le récipient en prenant soin de ne pas entrer en contact avec les doigts de la cuisinière. Celle-ci lui sourit brièvement pour la remercier et se concentra à nouveau sur son mélange. De ses mains habiles, elle commença à pétrir la mixture tout en ajoutant quelques filets d’eau, de ci, de là, jusqu’à ce qu’elle juge cela suffisant. Sans ciller, elle malaxait la pâte avec vigueur et souplesse, comme si elle répétait ces gestes depuis la nuit des temps.

Gabrielle replongea dans une observation béate et muette. Bien qu’elle trouvât fascinante l’aisance évidente de l’italienne en cuisine et le plaisir qu’elle prenait à cette appétissante activité, la jeune femme était encore plus captivée par sa beauté en cet instant précis. Là, dans cette vaste cuisine familiale, sous la lumière chaude du jour finissant et celle, plus vive, du plafonnier, les muscles tendus par le travail de la pâte, le visage sérieux, absorbé par la tâche, elle était d’une splendeur à couper le souffle.

Quand elle cessa de remuer le mélange, elle donna à la mixture une belle forme régulière qu’elle perfora en trois endroits, en laissant l’empreinte profonde de son index : « Pour que la pâte lève mieux », précisa-t-elle à Gabrielle qui ne perdait aucun de ses gestes. Puis, sur l’arrête du saladier, elle déposa une cuillère en bois et elle recouvrit le tout d’un torchon propre.

-Maintenant, il faut laisser reposer cela deux bonnes heures, dit-elle à la jeune femme.

Une mèche auburn lui retombait sur le visage. Ses mains étant encore toutes collantes de pâte, elle essaya maladroitement de la repousser de son avant-bras. Sans réfléchir, Gabrielle l’aida : d’un doigt distrait, elle glissa la mèche rebelle derrière l’oreille de la belle italienne. Leurs regards s’accrochèrent inévitablement. Et quand celui de Luce quitta les pupilles brillantes de la jeune femme pour se poser sur ses lèvres, Gabrielle se figea. Son corps tout entier réclamait ce baiser, mais son esprit se fit violence pour ne pas défaillir à nouveau. Bien qu’elle ne sût résister à la tentation de regarder à son tour les lèvres charnues et si… accueillantes de la belle italienne, elle se contenta de lui sourire et de reculer lentement.

Luce demeurait interdite. Ses yeux lançaient des vagues de désir plus noires et profondes que le Styx. Le recul prudent de Gabrielle était de rigueur, bien sûr, étant données les circonstances. Toutefois, et même si elle avait toujours eu un faible pour la magie de Noël, elle aurait donné n’importe quoi pour être ailleurs, un autre soir… avec elle. Elle reprit quelque peu ses esprits en entendant résonner à nouveau la manivelle infatigable de sa mère. Le sourire lumineux s’effaça de la bouche de la jeune femme qui lui saisit l’avant-bras en avançant à nouveau dangereusement ses lèvres de son visage.

-Je suis désolée, vint murmurer Gabrielle à son oreille, en prenant soin d’effleurer fortuitement l’italienne de sa poitrine moelleuse.

Luce ne retint pas la foudre de son regard, ce qui amusa grandement son interlocutrice. Un partout ! Luce mourait d’envie de punir l’audace de Gabrielle en l’enlevant pour une petite éternité, histoire de laisser leurs corps se donner le plaisir qu’ils se promettaient.

-Mamma, tu veux de l’aide ? On a fini, de ce côté.

La voix de Luce était rauque de désir et ses yeux ne quittaient pas une Gabrielle écarlate, encore étonnée de sa hardiesse. Sa main glissa le long de l’avant-bras tremblant de l’italienne, jusqu’à ce que ses doigts effleurent la pâte encore collée à ses mains.

-Si, si, venez, accepta Rosa. A nous trois, ce sera terminé en un rien de temps !

D’un même élan, Gabrielle et Luce se dirigèrent vers l’évier. Quand l’italienne ouvrit le robinet, elles plongèrent toutes deux leurs mains sous le filet d’eau. Cette fois, elles ne cherchaient plus à s’éviter. Elles se frottèrent et se savonnèrent de concert, tout en s’éclaboussant et en riant comme des adolescentes.

Rosa souriait quand elles la rejoignirent.

-Oh ! Mais c’est magnifique, s’extasia la française.

Luce acquiesça fièrement. Sa mère était en train de préparer les raviolis de Noël. Une recette de famille. Jamais ils ne coupaient à cette tradition. Visiblement, Rosa avait déjà bien avancé. Alors que sa mère continuait à passer la pâte dans sa machine, Luce s’installa sur un tabouret et en tira un à ses côtés pour Gabrielle. Elle découvrit un saladier dans lequel reposait une farce odorante et alléchante. Elle prit deux plaques à ravioli, qu’elle disposa devant elles et qu’elle recouvrit délicatement de la pâte fine que sa mère sortait en bandes régulières de sa machine infernale. Patiemment, elle montra à son apprentie comment y déposer, aussi régulièrement et proprement que possible, les petites boules de farce qu’elle formait savamment dans le creux de sa main, du bout de ses doigts. La jeune femme s’exécutait et se révéla être une élève aussi docile qu’habile.

Il fallut près d’une heure aux trois femmes pour terminer les raviolis. Pendant leur confection, Rosa et les filles entretinrent une conversation animée et riante. La tendresse qui émanait de la mère et de la fille émut profondément Gabrielle. Jamais elle n’avait connu une telle complicité avec sa mère, et la simple idée de faire à manger avec quelqu’un qui considérait le micro-onde comme le seul élément indispensable d’une cuisine lui faisait froid dans le dos. Luce dut percevoir son trouble.

-Tout va bien, Gabrielle ?

-Oui, oui, fit-elle, gênée. C’est juste que… vous êtes adorables, toutes les deux.

-Toi aussi, ma fille, renchérit Rosa en étreignant chaleureusement la jeune femme. Maintenant, allez vous préparer et laissez-moi ranger tout ça tranquille. Allez !

 

*

 

Il était un peu moins de dix-neuf heures quand Gabrielle et Luce refirent leur apparition. Mario, tout pimpant dans un beau costume bleu nuit, ne put retenir un sifflement admiratif : « Vous êtes magnifiques, toutes les deux ! ». L’italienne remercia son père d’un baiser affectueux alors que Gabrielle se contenta de rosir. De retour dans la cuisine, elles croisèrent une Rosa survoltée.

-Je vous attendais. Est-ce que tu veux bien surveiller le four et tourner la sauce pendant que je vais me changer ?

Sans attendre la réponse de sa fille, elle s’éclipsa. Une odeur alléchante envahissait la pièce. Sur le feu, une casserole crépitait pendant que son contenu mijotait à feu doux. Les deux fours de l’imposante cuisine étaient lancés à plein régime et deux énormes volailles, farcies à craquer, doraient docilement.

-Mais… je croyais qu’on mangeait des raviolis, s’étonna Gabrielle.

-Les raviolis, c’est ce qu’on appelle « il primo ». Le premier plat. Une sorte d’entrée chaude.

-Et les… comment vous appelez ça, déjà ? Le truc que vous avez préparé en arrivant…

-Les « zeppole », il s’agit de beignets traditionnels. On ne les mange qu’à Noël, expliqua l’italienne. Mais ça, c’est plutôt… un apéritif.

-Je crois que je vais prendre deux kilos en un seul repas, s’inquiéta la jeune femme.

-Oh, je suis sûre que vous les porterez très bien…

Luce ne put s’empêcher de détailler la silhouette de Gabrielle. Elle était fine mais plutôt bien proportionnée : ses hanches et ses fesses semblaient sculptées pour être caressés, quant à ses seins, petits mais fermes, ils vallonnaient savamment cette poitrine accueillante. Ses cheveux courts et châtain clair laissaient voir une nuque élancée qui appelait immanquablement les doigts de l’italienne. Son visage, fin et ouvert, offrait des traits ingénus tout bonnement irrésistibles. Sans parler de cette adorable fossette au menton…

-Luce…

La voix de Gabrielle résonna comme une réprimande qui tira la belle brune de ses pensées.

-Oui… Pardon. Il faut… Vous voulez m’aider pour les zeppole ?

-Si je ne risque rien…

-Nous serons prudentes.

Distraitement, l’italienne sortit une grosse poêle à larges rebords dans laquelle elle déversa deux litres d’huile d’arachide et alluma le feu.

Quand Luce découvrit la préparation, Gabrielle osa se rapprocher. La pâte avait doublé, voire triplé de volume. C’était impressionnant. L’italienne ouvrit un bocal d’anchois, salés et baignant dans l’huile d’olive, et déversa son contenu dans une assiette creuse. Elle approcha également un bol dans lequel s’amoncelaient de grosses olives noires dénoyautées.

-Le but, expliqua Luce, c’est de garnir la pâte avant de la plonger dans l’huile. Mais attention, il faut qu’elle recouvre complètement la garniture, sinon, ça ne tient pas !

-Vous me montrez ?

-L’huile doit être bien chaude, mais pas trop, sinon l’extérieur brûle alors que l’intérieur reste cru… Ça ne devrait pas tarder à être à bonne température, précisa-t-elle en jetant un œil expert à la poêle.

L’italienne remplit un saladier d’eau tiède et expliqua à son apprentie :

-Pour éviter que la pâte ne colle à vos mains…

Elle trempa ensuite les siennes dans l’eau, arracha une boule de pâte de la taille d’une balle de ping-pong, qu’elle creusa légèrement avant d’y glisser un anchois. Puis, elle referma habilement le tout et le plongea dans l’huile frémissante. Gabrielle fixait la petite boule blanchâtre qui flottait et gonflait encore au contact du liquide brûlant. Luce, de son côté, réitérait l’opération.

-Si vous voulez essayer, n’hésitez pas, lança l’italienne, toujours très concentrée sur le travail méticuleux de ses mains. Mais faites bien attention quand vous le mettez à frire. Ça a tendance à gicler facilement.

Gabrielle mouilla ses mains à son tour et, comme sa professeure d’un soir, elle détacha une petite boule de pâte. Tout en continuant sa besogne, Luce regardait les doigts de la jeune femme qui essayaient de reproduire ses propres gestes avec application. Pour chaque beignet que la française mettait à tremper dans l’huile, l’italienne en faisait deux. Néanmoins, elle la félicita :

-Vous avez pris le coup de main. C’est parfait.

-Merci… Vous êtes un bon professeur. Je n’ai jamais été très habile de mes mains…

-Je suis sûre du contraire.

-Luce !

Le rouge aux joues de la jeune femme n’avait rien à voir avec la chaleur que dégageait la gazinière. L’italienne prit un air faussement contrit et se justifia :

-Vous me tendez la perche, aussi…

Les deux femmes rirent pour masquer leur trouble. Quand les zeppole remplirent quasiment la poêle, Luce interrompit leur tâche. Elle se lava les mains et encouragea Gabrielle à faire de même. Elle prit ensuite un énorme plat qu’elle tapissa de plusieurs couches de papier absorbant. Armée d’une large louche ajourée, elle remua les beignets qui doraient gentiment. Dès qu’elle estima qu’ils étaient à point, elle les sortit de leur bain les uns après les autres et les déposa dans le plat.

-Hum… ça m’a l’air… appétissant ! se pourlécha la jeune femme, qui en salivait à l’avance.

-J’espère que vous en aimerez autant le goût que la vue !

-J’en suis sûre. Quand pourrai-je vous goûter ? Euh… les goûter ? demanda la jeune femme d’un air trop peu innocent.

-Gabrielle !

Luce sentit son corps s’embraser de cette effronterie. Un partout, concéda-t-elle du regard, une nouvelle fois. Dans un silence lourd de sous-entendus, les deux femmes reprirent la confection des beignets. Une fois la poêle pleine et leurs mains à nouveau propres, Luce en choisit un de ceux qui avaient déjà un peu refroidi dans le plat et le rompit. « Il faut toujours goûter, non ? », dit-elle en portant l’une des moitiés aux lèvres de Gabrielle. Celle-ci hésita une seconde, son regard plongé dans celui de l’italienne. Elle accueillit néanmoins le morceau moelleux et chaud dans sa bouche, non sans trembler du contact subtile mais troublant de ses doigts sur ses lèvres.

-C’est… vraiment délicieux, confirma Gabrielle.

Elle était surprise par la légèreté de la pâte et raffolait de ces anchois salés, visiblement faits maison. A son tour, Luce goûta sa moitié. Elle se contenta d’approuver en hochant une épaule et s’attelait déjà à égoutter la poêlée en cours. Toutes deux répétèrent l’opération jusqu’à ce qu’il n’y eût plus de pâte, plus d’anchois et quasiment plus d’olives. Quand Rosa réapparut dans sa cuisine, elles en avaient terminé.

-Beau travail, les filles, dit-elle en chipant un beignet fumant.

C’est à ce moment-là que la sonnette retentit. Il était vingt heures. Dans les minutes qui suivirent, Luce présenta à Gabrielle tous les membres de sa famille qui arrivaient les uns après les autres. D’abord un oncle et sa femme, puis deux paires de cousins, suivis du plus jeune frère de l’italienne, Gianni, accompagné de sa nouvelle petite amie, puis une tante, ses trois fils et leurs familles, et enfin Antonio, le frère aîné, sa femme et ses deux fils. En un rien de temps, le calme chaleureux de l’appartement se mua en un brouhaha assourdissant. Ça riait, ça parlait fort, ça gesticulait dans tous les sens…

Déboussolée, la française n’eut cependant pas le temps de se sentir perdue. Luce prit soin de l’inclure dans les conversations qu’elle menait sur plusieurs fronts. Gabrielle lui en était reconnaissante, même si elle avait un peu de mal à suivre. Tous firent l’effort de s’adresser à elle en français, y compris le frère de Mario, l’oncle Tomaso, qui ne connaissait que quelques formules polies.

Quand tout le monde fut installé au salon, Rosa annonça le début des festivités. Luce et Gabrielle l’aidèrent à installer les toasts, les olives, les tranches fraîchement coupées de jambon de Serrano et leurs gressins, ainsi que les zeppole encore chauds. Quelque part, un bouchon de champagne sauta.

 

*

 

Au moment de passer à table, les parents, Mario et Rosa, offrirent leur bénédiction à toute la tablée. Gabrielle sourit. Curieusement, cette tradition ne la rebutait pas tant qu’elle ne l’aurait craint. Il ne s’agissait pas d’une prière, on d’un rite quelconque impliquant une ridicule mise en scène. Il était question de paroles bienveillantes, simples et aimantes. Les D’Alba séniors exprimèrent leur joie d’avoir leurs proches autour d’eux en ce soir de fête, remercièrent chacun de sa présence, regrettèrent les absents tout en leur conservant leurs tendres pensées, et souhaitèrent à tous un bon Noël, beaucoup d’amour et un bonheur sans borne. Le repas pouvait commencer.

La jeune femme se retrouvait face à la belle italienne. À sa gauche, Isabella, nouvelle conquête du plus jeune frère, Gianni, s’était installée en lui souriant. Blonde, pulpeuse, elle arborait un décolleté qui aurait fait chanter les pierres. Chez elle, tout transpirait l’exubérance, jusque dans les notes trop soutenues de son parfum. A la droite de Gabrielle, la tante Alma, veuve relativement terne comparée au reste de la famille. La française tenta de rester concentrée sur les conversations environnantes et d’éviter de plonger son regard dans la poitrine voisine.

Quand les raviolis furent engloutis, Luce et Gabrielle se levèrent pour débarrasser les assiettes. Isabella les imita, pleine de bonne volonté. En regagnant leurs places, la française fit tomber sa serviette à ses pieds. Sans prévenir, la blonde plantureuse se précipita pour la récupérer et, dans leur élan simultané, le visage de la française heurta la prodigieuse poitrine. Isabella s’excusa alors que Gabrielle pouffait de rire. Mais elle s’étrangla devant l’expression horrifiée de Luce qui n’avait rien perdu de la scène.

De l’autre côté de la table, les yeux noirs lancèrent des éclairs courroucés à la compatriote ingénue, qui déjà s’extasiait sur la dinde farcie. Gabrielle rit de plus belle et envoya un clin d’œil sadique à son hôtesse suppliciée. Luce passa le reste du repas sans desserrer les dents. Elle boudait et sa moue était encore plus adorable aux yeux d’une Gabrielle hilare.

Le fromage fut annoncé. La tablée, d’ores et déjà rassasiée, n’y fit pas vraiment honneur. Il n’était pas loin de vingt-trois heures et tout le monde semblait dans l’attente de quelque chose : régulièrement, chacun consultait sa montre ou demandait l’heure. Gabrielle s’en étonnait. Il restait encore une heure entière avant l’instant fatidique. Ces gens étaient-ils donc si impatients d’ouvrir leurs cadeaux ?

-Ça va être l’heure, proclama presque solennellement Mario d’une voix puissante.

Il n’en fallut pas plus à la famille pour se lever d’un seul corps. Gabrielle suivit le mouvement en interrogeant Luce du regard. Celle-ci, toujours renfrognée, grogna un « La messe de minuit » pour simple explication. La jeune française manqua de pouffer de rire à nouveau. Mais devant le sérieux et l’enthousiasme des gens autour d’elle, elle se contenta d’enfiler son manteau en espérant qu’elle aurait la force de subir cette épreuve. Alors que les certains sortaient déjà de l’appartement, Luce prit Gabrielle à part et lui murmura :

-Vous n’êtes pas obligée de venir, vous savez. J’ai bien vu à votre tête que…

-Non, non, ça va aller, répondit la jeune femme tout aussi bas. Je ne suis pas du tout religieuse, c’est vrai. Et je ne m’y attendais pas, c’est tout. Mais je ne veux rien rater de cette soirée.

Luce ne sut interpréter le sourire qu’elle avait alors sur les lèvres. Dans un relent de rancune, elle demanda :

-Vous êtes sûre ? Vous n’avez pas honoré assez de saints pour ce soir ?

-Je n’ai surtout pas honoré les bons, rétorqua Gabrielle du tac-au-tac !

Elle sourit à nouveau de la possessivité de l’italienne. Cela lui plaisait infiniment de se sentir désirée au point de susciter les étincelles de jalousie chez sa guide. Luce, en revanche, s’étonnait de se montrer si susceptible. La française profita de la seconde d’hébétude que sa réponse avait occasionnée chez son interlocutrice pour lui arracher son écharpe des mains et l’enfiler autour du cou figé de la belle italienne. Elle la noua tendrement et déposa un baiser fugace sur sa joue, avant de s’engager à son tour vers la sortie.

 

*

 

La basilique Santa Maria in Trastevere était un véritable petit bijou architectural. De l’extérieur, Gabrielle se focalisa surtout sur la foule de fidèles qui passait les grandes portes de bois béantes de cette vieille église romane. Mais une fois à l’intérieur, elle fut émue par la beauté de ce qui s’offrait à sa vue. Elle s’attendait à un sombre et sobre temple, comme c’était souvent le cas dans l’art roman. Ce fut tout l’inverse. La nef, comme les chapelles, rutilaient de dorures et de volutes en tout genre, mais surtout, la jeune femme fut subjuguée par la splendeur des mosaïques qui recouvraient une bonne partie des murs et du plafond de la basilique.

Au-dessus de l’autel, elle reconnut le Christ et la Vierge, trônant sur une assemblée qui les encadrait. La finesse et la luminosité des diverses fresques captivaient la jeune femme. Il lui était déjà arrivé d’être ébahie par les prouesses humaines et artistiques des croyants dans leurs lieux ou monuments de culte et, incontestablement, cette église resterait gravée dans sa mémoire comme l’une de ces plus belles réalisations. Elle avait du mal à baisser le regard sur la foule qui s’amassait, de plus en plus dense, dans la petite basilique. La famille d’Alba occupait deux bancs à elle seule, et les plus jeunes restèrent debout dans les allées autour. Ils saluaient les uns et les autres, sans s’asseoir. Luce, qui semblait tout à fait dans son élément, confia Gabrielle à sa mère.

-Attendez-moi là, dit-elle mystérieusement à sa locataire.

En quelques secondes, elle avait disparu par une porte entrouverte. D’autres personnes s’y engouffrèrent d’un pas pressé. Quand les prêtres firent leur entrée – Gabrielle fut surprise de constater qu’ils étaient quatre – la nef était comble, pourtant le silence se fit presque instantanément. C’est alors qu’une petite armée d’hommes et de femmes de tous âges, sobrement vêtus de grandes aubes blanches, entrèrent à leur tour par la porte qui les avait avalés précédemment. Gabrielle reconnut son italienne, pure et éthérée dans sa tenue minimaliste. De concert, la chorale entonna les premières notes d’un « Cantan gli angeli » dans un accord et une résonnance éblouissants. Malgré elle, la jeune femme se sentit emportée par l’élan vocal des gens autour d’elle. Elle s’étonna de voir que tout le monde accompagnait la chorale et chantait de bon cœur.

Elle se souvenait avoir participé à plusieurs célébrations, notamment catholiques, dans différentes paroisses françaises : des mariages, des baptêmes, des enterrements auxquels elle n’avait pu échapper. Elle en gardait de terribles souvenirs : une heure de rituel figé auquel les gens se soumettaient sans la moindre émotion, subissant les sermons et les chants du prêtre qui n’étaient repris que par quelques bigotes des premiers rangs. Chaque minute de calvaire l’avait confirmée dans son rejet total de la foi et du culte.

Là, dans cette église résonnant de ces centaines de voix ferventes et justes, elle se sentait transportée. Elle accrocha son regard médusé à celui de Luce qui l’observait en chantant. L’italienne irradiait. Gabrielle, grisée et fascinée, tant par la célébration que par son hôtesse, ne la quitta plus des yeux. A minuit, le service était sur sa fin. Tout le monde se souhaita un joyeux Noël dans l’allégresse générale et la chorale entonna un chant de clôture.

Quand Luce la rejoignit, Gabrielle était encore sous le charme de la cérémonie. Elle congratula la belle brune qui s’était débarrassée de son costume angélique. L’italienne rosit aux compliments de la jeune femme.

-Alors vous avez survécu à tout ce décorum liturgique ? Pittoresque, hein ?

-J’ai survécu, confirma Gabrielle. Luce… C’était… vraiment magnifique. Et très émouvant. Je… je ne savais pas que vous chantiez.

-Une habitude. Je suis dans cette chorale depuis mes treize ans, confia l’italienne.

-Vous êtes… surprenante. Et si c’est possible… encore plus belle quand vous chantez.

Les deux femmes rougirent. L’intensité de leurs regards les brûlait. Il fallut que Rosa les rappelât à l’ordre :

-Les filles, dépêchez-vous, les desserts nous attendent !

 

*

 

Chez les D’Alba, la veillée se poursuivit chaleureusement jusqu’au petit matin. La cérémonie avait visiblement relancé les appétits des plus gourmands qui se ruèrent sur les treize desserts qui avaient envahi la table. Les conversations, qui en début de soirée étaient essentiellement centrées sur les péripéties actuelles de tout un chacun, s’étaient faites plus commémoratives au fur et à mesure de la soirée. On évoquait les secrets de famille, les anecdotes humiliantes ou audacieuses des uns et des autres. On se rappelait de l’époque des « grandes réunions familiales », ce qui plongea Gabrielle dans un océan d’incompréhension. Ce soir-là, ils étaient déjà une bonne vingtaine à table. Que pouvaient-ils donc entendre par « grandes réunions de famille » ?

Les premiers à partir furent les oncles et tantes de Luce, les plus âgés, qui se firent raccompagner par leurs propres enfants. Sur le coup des trois heures, il ne restait plus que les frères de l’italienne, leurs compagnes, et les parents. Les petits-enfants, eux, étaient couchés depuis longtemps. Rosa et Mario semblaient ne pas vouloir les voir partir. Gabrielle était vraiment touchée par l’amour qui se dégageait de cette famille.

Elle avait beau être totalement intégrée dans les discussions et les attentions de chacun, elle se sentait un peu décalée. Il en était sans doute de même pour la frivole compagne de Gianni qui ne collait pas du tout avec le décor et l’assemblée. Elle n’avait vraisemblablement pas inventé le fil à couper le beurre et, l’alcool n’aidant pas, elle se montrait de plus en plus exubérante, limite vulgaire.

A un moment où la fatigue se faisait sentir et la conversation commençait à s’essouffler quelque peu, Isabella se tourna vers Gabrielle et lui dit quelque chose dans un italien trop rapide pour que la jeune femme saisisse ce dont il était question. Dans la foulée, et devant le regard d’incompréhension de la française, la plantureuse blonde passa ses doigts dans ses cheveux courts et ébouriffés. Elle caressa son crâne et la coiffa comme on aurait fait d’une poupée, tout en répétant une phrase que Gabrielle ne comprenait toujours pas. Rouge de confusion, elle regarda Luce. Celle-ci ne lâchait pas des yeux les doigts importuns de sa belle-sœur du moment. Ses lèvres étaient si serrées et sa mâchoire si contractée que Gabrielle l’entendait presque grincer des dents. La belle italienne foudroya Isabella du regard, mais devant l’air incertain et innocent de la française, elle traduisit d’une voix qui laissait transparaître sa colère :

-Elle adore votre coupe de cheveux. Elle aussi pense à se les faire couper depuis longtemps, sans jamais oser…

Comme Isabella rajouta quelques mots, toujours en italien, Gabrielle crut que la belle brune allait commettre un meurtre tant elle l’incendia du regard. Toutefois, elle continua à traduire :

-Vous avez les cheveux extraordinairement doux, apparemment…

La jeune femme rit nerveusement, remercia maladroitement une Isabella toujours grise et se leva en prétextant le besoin d’aller aux toilettes. Luce dut résister à l’envie de la suivre pour… Pour… Pour quoi au juste ? Lui caresser les cheveux à son tour ? Elle ne supportait pas qu’une autre ait pu la toucher aussi intimement devant elle. Il lui fallut plusieurs minutes pour retrouver son sang froid. Elle fut rassurée qu’à son retour, Gabrielle vienne se rasseoir à ses côtés. Elle évita son regard mais, d’un geste qu’elle voulait ingénu, elle fit en sorte que son bras touche celui de la jeune femme. Elle avait besoin de ce lien, de ce contact, aussi ténu fût-il.

La veillée prit fin sans incident supplémentaire, sur le coup des cinq heures du matin. Les deux femmes prirent congé des D’Alba séniors non sans leur promettre de revenir manger avec eux durant le séjour de la française. Sur le chemin du retour, elles observèrent un silence mi-épuisé, mi-gêné. Luce se gara dans le parking attenant à la propriété et proposa de raccompagner sa locataire. Il faisait froid dans les allées éclairées. Leurs respirations dégageaient des nuages blanchâtres sur leur chemin. Leurs pas faisaient croustiller les graviers chargés de rosée verglacée. Quand elles arrivèrent sur le perron, la lumière un peu trop vive qui se déclencha les aveugla inopinément.

-Merci pour cette soirée, Luce. C’était… le meilleur Noël que j’aie jamais vécu.

-Mais je vous en prie, répondit l’italienne, souriant faiblement. Vous êtes une invitée modèle, et une apprentie cuisinière hors pair !

-Merci pour ça aussi. C’était génial. Et votre famille est vraiment extraordinaire. Vous avez de la chance, vous savez ?

-Oui, enfin… Certaines personnes présentes ce soir n’avaient rien d’extraordinaire, hein… Quand je pense que…

-Luce, l’interrompit Gabrielle. Personne ne soutient la comparaison : vous êtes extraordinairement déconcertante… On n’a pas le temps de s’ennuyer avec vous, hein ?

-Je vais prendre ça comme un compliment, rosit-elle.

Gabrielle lutta contre son envie irraisonnée de l’inviter à entrer. Elle savait au fond d’elle qu’elle n’avait absolument pas la force de faire quoi que ce soit à cet instant. Elle était trop exténuée pour affronter les torrents de désirs qu’elle voyait écumer dans les yeux noirs de la belle italienne. Elle-même avait besoin d’étancher cette soif inextinguible que Luce avait réveillée dans tout son être. Mais elle voulait être en pleine possession de ses moyens à ce moment-là. Et puis… pas le premier soir !

Elle racla sa gorge, prit son élan, enlaça prestement son hôtesse et posa des lèvres presque chastes sur celles, surprises, de Luce. Avant que celle-ci ne comprenne ce qui venait de lui arriver, Gabrielle lança un « Bonne nuit, beauté fatale ! » et disparut derrière sa porte sans un dernier regard.

 

Chapitre 3 ici

histoire érotique lesbienne | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | y'a que ça de vrai ! | 07.02.2017 - 10 h 08 | 2 COMMENTAIRES
Une dernière nouvelle érotique : Rome en solo (chapitre 1)

Fallait-il vraiment attendre l’imminence de la fermeture des blogs pour publier, dans l’urgence, ce dernier hommage à l’érotisme lesbien ? Sans doute. Merci @Yagg et à chacun-e d’entre vous d’avoir suivi, ces 7 dernières années, l’activité peu recommandable de ce blog. Une belle et heureuse vie à toutes et tous ! Et de l’amour, surtout, sous toutes ses formes. 

ROME EN SOLO

-Je croyais que tu rêvais d’aller à Rome ?

-Oh, j’irai sans doute un jour, mais pas avec toi ! avait rétorqué Emma en claquant la porte.

Larguée à une petite semaine de Noël, Gabrielle était d’une humeur massacrante. Dans deux jours, elles devaient partir célébrer leur première année de couple et les fêtes de fin d’année dans la capitale italienne. Pourtant, il n’avait pas fallu plus de deux heures à la tornade « Emma » pour débarrasser leur appartement de toutes ses affaires. Comme justification, Gabrielle avait dû se contenter d’un « T’étais plus fun avant ».

Quelques mois auparavant, quand leur couple était à son apogée, les deux jeunes femmes avaient décidé d’associer leurs compétences pour créer la première agence de locations touristiques LGBT. Emma, globe-trotter invétérée et titulaire d’un master de tourisme se chargeait des démarches humaines et culturelles. Elle était le contact. La vitrine éclatante de OverTheRainbow. Gabrielle, de son côté, gérait le côté logistique et la conception du site.

Elles avaient mis des semaines, des mois à trouver les fonds nécessaires. Elles s’étaient démenées pour concevoir, nourrir et voir naître ce projet. Alors qu’Emma s’investissait corps et âme dans la promotion et les relations publiques, Gabrielle se formait et développait leur site. Visiblement, la dévotion d’Emma impliquait plus son corps que son âme, puisque plus d’une fois, elle avait confessé à sa compagne ce qu’elle considérait comme de « petits écarts sensuels à des fins strictement professionnelles ». Blessée mais amoureuse, Gabrielle avait décidé de pardonner.

Il y a quelques semaines à peine de cela, Emma semblait littéralement prête à tout pour qu’OverTheRainbow soit le nouveau AirBNB LGBT amélioré. Aujourd’hui, elle lui annonçait que c’était terminé, qu’elle partait faire du trekking au Pérou parce qu’elle ne supportait plus le poids des responsabilités de cette nouvelle entreprise qui n’avait même pas encore tout à fait éclos. Grande princesse, elle avait même lâché un théâtral : « Tu peux garder la boîte, ne t’inquiète pas, je ne te demanderai rien ». Ce qui tombait bien, puisqu’OverTheRainbow ne valait, pour l’heure, rien du tout !

Il aurait encore fallu quelques semaines et un millier de démarches pour que le site puisse être lancé ! Gabrielle, qui avait tout misé sur ce projet, espérait se construire un avenir florissant, tant sur le plan professionnel que personnel. A trente ans, elle voulait se stabiliser, et qui sait, peut-être un jour fonder une famille ?

Amère, elle réalisait aujourd’hui que ses « rêves » n’étaient sans doute pas aussi « fun » qu’une maudite randonnée tout en sueur et en moustiques. Elle, habituellement si légère et positive, se sentait un brin désespérée.

Elle voulait se poser. Elle avait besoin de réfléchir. Que faire ? Continuer seule ? Chercher un partenaire ? Tout abandonner ? Elle savait qu’elle devait concentrer ses pensées sur son site, histoire de ne pas remuer ce nouvel échec sentimental.

Leur appartement était encore imprégné des effluves d’une crème à la vanille et au monoï dont Emma s’oignait chaque jour. Gabrielle errait d’une pièce à l’autre, remâchant sa colère et ses doutes quand le téléphone sonna.

-Allô ?

A l’autre bout du fil, une voix à l’accent chantant se fit entendre.

-Madame Duquesne ? Ici la signora D’Alba de la Villa Monteverde, di Roma.

-Ah oui… Rome…

-Dites, vous avez réservé pour dix jours, du vendredi 23 au lundi 2, c’est exact ?

-Oui, dût confirmer Gabrielle.

Elle s’apprêtait à résilier cette réservation quand elle remarqua les vibrations inimitables de la Callas qui résonnaient quelque part chez son interlocutrice. En période de fête, quoi de plus normal que d’entendre des Avé Maria un peu partout…

-A quelle heure pensez-vous arriver ? Je dois… m’organiser un peu, poursuivit l’italienne.

-Je serai là en fin d’après-midi, s’entendit répondre la jeune femme, surprise par ses propres mots.

Elle avait besoin de ces vacances. Au lieu de les passer à convoler avec celle qui ne serait jamais la mère de ses enfants, elle profiterait de chaque minute de tranquillité pour faire le point. Elle pouvait, à ce stade, laisser les choses en stand by. Elle saisirait cette occasion de tester leur questionnaire de satisfaction en direct et de visiter en prime cette ville sublime. Elle ne penserait pas à Emma. Et elle laisserait toutes les fenêtres de SON appartement ouvertes, histoire de se débarrasser de cette odeur d’huile de bronzage ridicule.

-Est-ce que vous avez besoin que je vienne vous chercher à l’aéroport ou à la gare ?

-Non, merci. Je viendrai en voiture, décida-t-elle de but en blanc.

Conduire lui avait toujours permis de faire le vide. Quand elle raccrocha, Gabrielle sourit. Rome l’attendait.

*

-Vous voulez que je vous aide, pour vos bagages ?

-Je n’ai que ce sac, merci.

-Je vois… Vous voyagez léger !

Gabrielle répondit d’un timide sourire. Un sourire qui lui fut rendu.

Déjà, la signora D’Alba tournait les talons et avançait dans l’allée d’agaves de la luxueuse villa. Gabrielle ne put s’empêcher d’observer son allure. L’italienne portait une simple paire de jeans et un T-shirt vaporeux, en mousseline blanche. Sa peau était dorée à point, même en ces prémices d’hiver, et ses cheveux détachés semblaient si légers qu’ils flottaient autour d’elle dans la lumière chaude de ce début de soirée. Des reflets fauves rehaussaient l’auburn de ses mèches aériennes. Elle sent bon, remarqua Gabrielle dans son sillage. A moins que ce ne soit le jardin.

Les allées, savamment entretenues, sillonnaient l’œuvre d’un bon paysagiste. Les plantes hivernales sublimaient la propriété. Au fond, une grande bâtisse toute blanche, visiblement d’un autre siècle mais magnifiquement bien conservée, s’érigeait derrière une petite fontaine aux sculptures finement taillées. Sur la gauche, une dépendance de taille tout à fait respectable et assortie par sa couleur et son architecture à la superbe villa, les accueillit à l’instant où les cloches d’une église voisine sonnaient 17h00.

Devant la grande porte de bois, de verre et de fer forgé, la signora D’Alba montra une grosse clé argentée à la jeune femme.

-Ici, vous vous servirez de cette clé-ci. Elle vaut à elle seule le prix de la porte, alors pitié, ne la perdez pas ! Cela dit, vu la taille, elle est difficile à égarer…

A nouveau, Gabrielle sourit et acquiesça. Elle trouvait sa nouvelle propriétaire tout à fait charmante… Sans doute une conséquence de son récent célibat.

Quand elles pénétrèrent dans le petit appartement, la jeune femme laissa courir ses yeux d’un bout à l’autre de la pièce. Deux immenses fenêtres emmagasinaient les derniers rayons d’un soleil rougeoyant derrière les immeubles voisins. Au centre, sur le parquet vieux mais magnifiquement entretenu, un tapis de facture orientale et de belle qualité habillait la pièce, en harmonie avec les rideaux d’une teinte naturelle et rassurante. Le plafond était haut, très haut. La pièce ressemblait alors à un énorme cube. Les murs étaient savamment décorés par des lithographies superbes, ainsi qu’une aquarelle immense représentant la ville à son plus grand avantage. L’atmosphère respirait le bien-être et le jasmin.

Instantanément, Gabrielle se sentit à son aise. Elle s’intéressa peu au canapé qui paraissait pourtant très confortable, passa brièvement sur les divers éléments de cuisine, éluda le meuble télé et son regard se posa à nouveau sur sa propriétaire.  Celle-ci l’observait attentivement. Visiblement, le sourire satisfait de Gabrielle comblait la belle italienne.

-Derrière cette porte, vous avez la salle de bain et les toilettes, précisa-t-elle.

La jeune femme jeta un œil dans la belle pièce d’eau. L’éclairage mettait en valeur les nuances de la pierre chaude qui revêtait les murs et le sol. La robinetterie étincelait. Gabrielle s’imaginait déjà délassant son corps de cette longue journée de voyage sous l’eau brûlante de la douche. Elle en rêvait.

Puis elle inspecta l’immense chambre à coucher qui ne détonait pas dans le bon goût ambiant. Elle tiqua sur la reproduction grandeur nature du « couple lesbien amoureux » d’Egon Schiele, qui trônait au dessus du lit. Elle ne s’attarda pas sur le petit pincement dans sa poitrine mais elle ne put s’empêcher une remarque :

-Je ne sais pas si nos couples gays l’apprécieront autant que moi !

-Oh, ne vous inquiétez pas, j’ai également un autoportrait nu, de 1916… Je n’ai qu’à adapter le décor en fonction des locataires… C’est possible, grâce à OverTheRainbow, non ?

Devant le sourire victorieux de son hôtesse, Gabrielle capitula.

-Je vois… vous pensez à tout !

-J’essaie.

La modestie était ouvertement feinte, mais la chaleur du regard de la belle italienne ne l’était pas. La jeune femme se sentit bouillir tout à coup. Elle détourna son regard que les grands yeux noirs de son interlocutrice avaient capturé et referma la porte de cette chambre engageante.

-Vous trouverez le code wifi et tout un tas d’informations sur les transports en commun ou les différents sites et monuments à visiter. Rome est une ville magnifique, et je ne dis pas cela parce que c’est la mienne !

-J’en suis certaine.

-Voilà, vous êtes chez vous pour dix jours. L’appartement vous convient-il ? s’enquit la signora D’Alba.

-Il est parfait, répondit Gabrielle. Merci beaucoup madame…

-Appelez-moi Luce, je vous en prie.

-Luce ? C’est un diminutif ?

Devant le sourire et le mouvement de négation de la belle italienne, Gabrielle continua, confuse :

-Lumière ? C’est bien le mot pour « Lumière » en italien, non ? Vous vous appelez « Lumière de l’aube » ?

-Que voulez-vous… Mes parents sont des allumés !

Elles rirent. Luce se félicita intérieurement d’arriver à faire rire son hôte. La jeune femme avait un sourire absolument merveilleux, pourtant, elle semblait presque grave. Depuis qu’elle était sortie de cette surprenante voiture, un coupé Opel jaune canari, Gabrielle l’intriguait.

Elle était mignonne. Pas de ces beautés fatales qui semblent platement sortir de pages de magazines, pas de ces belles plantes sauvages mais entretenues dont elle-même pouvait faire partie. Non, ce qui attirait chez Gabrielle, outre sa jolie frimousse et sa petite fossette au menton, c’était son regard ébloui sur le monde.

La jeune femme exhalait la candeur. Jamais Luce ne pourrait oublier le regard de Gabrielle la première fois qu’il s’était posé sur elle. Ses yeux l’avaient scrutée avec surprise, envie et innocence. Ils révélaient, malgré eux, ce que la façade sociale de la jeune femme dissimulait.

Ce regard promettait de la hanter pendant des jours ! Elle ne put s’empêcher de penser qu’elle adorerait lui servir de guide. Ce serait délicieux de la voir s’émerveiller sur les splendeurs de la Rome monumentale. De plus, cela lui permettrait sans doute de conserver une bonne opinion de la Villa Monteverde, cela leur serait donc bénéfique à toutes les deux.

Comme le moment de prendre congé était venu, Luce osa :

-Gabrielle… Je peux vous appeler Gabrielle, n’est-ce pas ?

-Bien sûr !

-J’adore ce prénom.

-Il faut croire que mes parents sont plus… Traditionnels ! Du moins, dans le choix du prénom…

La belle italienne sourit et poursuivit :

-Je n’ai pas l’occasion de le faire pour tous mes locataires mais, ayant moi aussi quelques jours devant moi, je peux vous proposer de vous faire visiter une partie de la ville, si vous le voulez…

-Oh ! C’est adorable, s’exclama Gabrielle que la perspective enchantait. Dites-moi quand cela vous convient, moi je n’ai rien de mieux à faire !

-Demain soir, c’est Noël. Je serai prise dans les préparatifs dès 16h, mais si vous êtes une lève-tôt…

-« Dormir, c’est du temps perdu », disait Piaf ! répliqua la jeune femme du tac-au-tac.

-Très bien, alors je vous dis à demain matin. Vers huit heures ?

-Huit heures, demain, le rendez-vous est pris !

-Bien, reprit Luce, ravie. Maintenant, je vous laisse, vous devez être épuisée.

-J’avoue que je prendrais volontiers une bonne douche bien chaude, concéda la jeune femme.

Luce tressaillit à l’image qui venait de s’imposer sur son écran mental : le corps nu et voluptueux de la jeune femme ruisselant sous les jets ardents de la petite salle d’eau… Elle en eut des vapeurs. Décidément, cette petite lui faisait de l’effet ! Elle se reprit néanmoins et poursuivit aussi sobrement que possible :

-Alors bonne nuit, Gabrielle. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas. Vous avez mon numéro et… j’habite la porte à côté, le bâtiment principal.

-Ah ! C’est pratique ça ! Bonne nuit, Luce.

Avant de refermer la porte sur son hôtesse, Gabrielle ajouta :

-Il vous va très bien… votre prénom.

L’italienne se contenta de sourire… et de rosir en s’effaçant sur le palier. Ses pas faisaient crisser le gravier de l’allée éclairée. Une minute plus tard, elle refermait la porte de la Villa Monteverde, le sourire toujours accroché aux lèvres.

*

            Le lendemain matin, Gabrielle fut réveillée par une voix magnifique mais lointaine : quelqu’un devait vraisemblablement écouter quelque chant religieux dans le voisinage. Elle distinguait clairement les hosannas d’un chœur et se surprit à se laisser entraîner par la voix claire et charnue qui menait les couplets. Pendant une seconde, elle se demanda si la belle Luce était la mélomane en question. Il n’y avait pas tant de voisins aux alentours…

Il n’était guère plus de sept heures, elle avait donc le temps de prendre un bon café avant de se préparer. La cafetière trônait sur l’îlot de la cuisine. Dans un petit panier d’osier, juste à côté, la jeune femme trouva une multitude de dosettes différentes. Elle salua la prévenance de son hôtesse en enclenchant la première capsule qu’elle attrapa et inhala les premiers effluves de son nectar matinal. Elle ne put s’empêcher d’exploser de rire en constatant que la machine, réglée « à l’italienne », lui avait livré l’équivalent d’une cuillère à soupe de liquide dans le mug qu’elle avait choisi par habitude.

A Rome, fais comme les romains ! Elle avala d’une seule gorgée et avec une grimace excessive le contenu de son mug en écoutant la voix lointaine entonner un émouvant « Santa Lucia ». Pendant une seconde, elle se laissa aller à penser à Emma. Comment auraient-elles passé ces vacances ensemble ? Elles auraient certainement étrenné le lit avant de parcourir la ville au rythme effréné que la jeune femme imposait systématiquement à Gabrielle lors de leurs escapades. Sans penser au nœud que leurs hypothétiques ébats avait éveillé dans ses tripes, Gabrielle décida qu’avec Luce, elle saurait profiter pleinement de la cité antique.

Elle repensa à la réaction de sa mère lorsque, la veille, elle lui avait annoncé sa séparation : « C’est un bélier, ça ne pouvait pas marcher, de toute façon, il n’y a pas plus borné et instable que ces bêtes-là ! ».

Gabrielle n’avait jamais été très proche de sa mère, ni de son père. Fille unique de parents abracadabrants, elle avait grandi dans la honte qu’ils lui infligeaient et s’était éloignée aussi vite que possible de ce couple qu’elle jugeait irrationnel et immature, limite dangereux. Jamais elle n’avait pu les considérer comme un modèle, ou s’appuyer sur eux. Toutefois, ces dernières années, elle avait décidé de ne pas les juger trop catégoriquement. Tout imparfaits qu’ils étaient, ils lui avaient donné la vie. On ne choisit pas sa famille, et même si les liens qu’elle entretenait avec eux à ce jour étaient superficiels et tendus, elle ne pouvait se résoudre à couper les ponts définitivement.

Gabrielle s’approcha de la fenêtre et s’étira. Dehors, le ciel était lourd. Le rouge du soleil levant déclinait ses nuances sans orage, sans bourrasque, si bien qu’on n’en retenait que la lumière, paradoxale, éblouissante. La jeune femme décida que la journée serait belle.

Elle passa un temps certain à choisir une tenue assez confortable pour marcher pendant des heures, mais suffisamment seyante pour ne pas repousser sa guide. Il lui avait bien semblé que l’italienne n’était pas indifférente à sa modeste personne, mais elle était loin d’en être certaine. Elle n’avait jamais été douée pour cela. Flirter, séduire, accrocher… Elle n’était pas équipée pour cela ! Luce, en revanche…

Gabrielle convoqua les traits radieux de son hôtesse. Elle soupira au souvenir de son sourire, de l’éclat sombre de son regard, de son teint impeccable sur cette peau que les années semblaient épargner. Son allure et son assurance auraient pu être le signe d’une certaine maturité, toutefois, Gabrielle n’avait pu déceler que quelques rides d’expression sur son visage.

Curieuse, elle consulta le prototype de fiche virtuelle que la signora D’Alba avait dû remplir pour s’inscrire sur OverTheRainbow. Luce D’Alba – littéralement « Lumière de l’aube » ! – 36 ans, célibataire sans enfant, responsable de la Villa Monteverde qui appartenait à Mario et Rosa D’Alba, respectivement 60 et 58 ans dont l’adresse évoquait un autre quartier de Rome.

Comme la jeune femme s’apprêtait à rentrer plus en détail dans le descriptif de la propriété que Luce avait sans doute rédigé elle-même, elle fut interrompue par quelques coups brefs à la porte.

Le sourire de Luce la cueillit sur le perron. La belle italienne l’attendait, superbe dans sa paire de jeans et sa parka crème. Chacune de ses mains tenait un casque rouge pétant, qui laissait présager une journée pétaradante.

-Vous êtes prête ?

-Je prends ma veste et je vous suis.

Gabrielle fut saisie par le froid piquant du matin. Elle suivit son hôtesse dans l’allée encore humide de cette nuit de décembre. Le ciel s’éclairait un peu. Par endroit, le soleil hivernal perçait à travers les nuages. La jeune femme le voyait caresser de ses rayons les toits de la ville. Celle-ci paraissait engourdie dans le calme de la propriété des D’Alba. Pourtant, en arrivant aux grilles de la Villa Monteverde, Gabrielle constata qu’au dehors, l’agitation battait son plein.

-C’est l’heure de pointe, expliqua Luce, sans parler de la cohue des courses de Noël… C’est pourquoi j’ai sorti la Vespa !

Fièrement, elle désignait le scooter écarlate qui les attendait devant le portail. Elle tendit un casque à Gabrielle. A l’intérieur, celle-ci trouva une paire de gants et une écharpe de laine aussi rouges que leur emblématique véhicule.

-Couvrez-vous bien, Gabrielle. En cette saison, le froid vous fait pleurer. Il s’infiltre partout !

-Oui chef !

La jeune femme imita sa guide, qui enfilait une paire de gants de cuir assortie à sa veste. Elle aida Gabrielle à s’envelopper dans la grande écharpe, qu’elle lui noua sous le cou, remontant la fermeture éclair de son blouson pour parer le moindre courant d’air. Luce se montrait maternelle dans ses gestes, mais lorsque son regard croisa celui de la jeune femme, qui dépassait à peine du bandeau de laine, il s’enflamma. Elle était irrésistible, ainsi accoutrée. D’un doigt ganté, elle ramena une mèche de cheveux derrière son oreille avant de lui proposer, dans un sourire meurtrier, le casque assorti à l’ensemble.

-Au point où j’en suis, pouffa Gabrielle en haussant les épaules.

-Croyez-moi, c’est nécessaire, raisonna Luce en ajustant le couvre-chef incarnat.

Sans quitter le regard innocent de celle qui se soumettait sagement à cette séance d’habillage, l’italienne ne put s’empêcher de se demander si la jeune femme se montrerait aussi docile si elle décidait de la dévêtir… Une onde de désir se fit sentir dans son bas-ventre et se répandit chaleureusement par vagues tranquilles dans chacun de ses membres. Elle sourit de sa propre faiblesse.

Gabrielle voulut se défendre de cette taquinerie manifeste :

-Allez-y, moquez-vous… Je me vengerai.

-Jamais je n’oserai me moquer, lui souffla-t-elle à l’oreille. Je vous trouvais simplement exquise.

Luce se retourna aussitôt pour éviter de rosir sous le regard interloqué de la française. Gabrielle se racla la gorge et attendit que Luce s’installe sur la Vespa pour oser s’approcher. A la simple idée de monter derrière elle, de sentir son corps contre le sien, Gabrielle fut parcourue par un étrange frisson. Elle ne pouvait décemment pas fondre pour cette beauté-là ! Elle n’était pas de taille… Et puis il y avait Emma…

Non, Emma n’était plus là. Emma l’avait quittée. Emma ne méritait pas une période de deuil. Emma n’avait jamais existé. Le scooter démarra dans un nuage de buée blanche.

La jeune femme enjamba la selle de cuir de la guêpe motorisée et resserra ses cuisses autour de celles de sa guide affolante. Luce tressaillit en sentant les mains de Gabrielle se poser sur ses hanches. Elle avait conscience de la chaleur de son bassin contre ses fesses, de ses jambes contre les siennes. Elle démarra un peu trop brutalement, perturbée par cet émoi qu’elle avait pourtant provoqué. Par réflexe, la pression des mains de la passagère se fit presque douloureuse, et sa poitrine vint s’écraser contre le dos rassurant de la conductrice. Luce manqua de lâcher le guidon, tant la sensation la bouleversa.

Elle prit une profonde respiration, posa un pied à terre, se saisit des mains de Gabrielle qu’elle noua sous sa poitrine maintenant un maximum de contact entre elles, et s’engouffra dans la circulation dense de cette matinée de fête, fébrile et euphorique. Derrière, la jeune française sentait son cœur battre jusque dans ses orteils. En quelques secondes, elle s’abandonna complètement contre la pilote, grisée par la vitesse et le froid, et par cette curieuse excitation qu’elle refusait de brider. Rome promettait de dépasser ses plus folles espérances !

*

            Il était près de treize heures quand elles arrêtèrent la Vespa devant « La tavola di Gigi ». Selon Luce, ce serait un souvenir culinaire inoubliable pour son hôte. Gabrielle fut surprise de pénétrer dans un petit restaurant familial à la décoration pittoresque et aux senteurs prometteuses. Sa guide était une femme d’un certain standing. La voir dans ce genre d’endroit lui paraissait totalement décalé. Pourtant, à peine la porte franchie, un homme d’une cinquantaine d’années fondit sur elles et prit sa compatriote dans ses bras. Gabrielle était familière de l’exubérance des italiens, mais leur étreinte était empreinte de sincérité. Luce lui présenta le fameux Luigi, propriétaire du lieu et Gigi se fit fort de leur trouver un coin tranquille.

Ce ne fut pas chose aisée. Le restaurant était bondé : à droite, à gauche, au fond et même en terrasse, les tables vibraient de conversations toutes plus animées les unes que les autres. On agitait les bras, on riait aux éclats, on criait sans raison apparente, juste pour se faire entendre par-dessus le brouhaha infernal, typique de cette culture méditerranéenne si… vivante.

Finalement, Gigi décida de précipiter le départ d’un couple de jeunes tourtereaux qui semblaient indécis. En quelques secondes, la table fut débarrassée et dressée de nouveau. Luce et Gabrielle s’installèrent confortablement. Grâce à la belle italienne qui décrivit patiemment le contenu des plats les plus incontournables, elles commandèrent rapidement et le prévenant restaurateur s’effaça discrètement. Une fois seules, la rumeur ambiante les rassurait. Elles se regardèrent pudiquement.

Elles avaient écumé les pavés romains toute la matinée et Luce avait pris son rôle de guide à cœur. Elle s’était évertuée à fournir des informations précieuses à la jeune femme sur chacun des points touristiques approchés. Gabrielle s’était émerveillée devant le colossal monument de Vittorio Emanuele II, le Palatin et le Colisée. Elle avait beau les avoir déjà vu maintes fois en photo, se trouver face à ces chefs-d’œuvre architecturaux l’avait laissée sans voix. Luce, de son côté, s’était repue du visage ébahi de son ouaille. Elle ne se lassait pas de la candeur de son regard, de son enthousiasme débordant à la vue de chaque fontaine, statue, colonne, église qui jalonnait sa ville. L’exaltation de Gabrielle était contagieuse. Elle-même se surprenait à s’emballer d’un commentaire à l’autre. Cette visite matinale avait creusé leurs appétits, tous leurs appétits.

Leurs regards s’étaient dits ce que leurs mots prenaient soin de retenir, leurs frôlements, leurs contacts fortuits avaient avoué le désir, promis des caresses, engagé un débat sensuel qui aurait achevé de faire disparaître la banquise. Pourtant, ce ballet se figea, l’espace d’un instant, dans ce petit restaurant familial.

Luce hésitait. Elle mourait d’envie de saisir la main délestée de son gant rouge que Gabrielle avait abandonné nonchalamment sur la table. Elle se contint, toutefois. L’italienne se souvenait fort bien que lors de la réservation de la dépendance de la Villa, la jeune femme avait annoncé deux personnes. Cette hypothétique compagne l’agaçait passablement : à chaque sourire de la petite française, l’éventualité d’une autre qui la rendrait indisponible la torturait un peu plus.

Consciente que l’une des deux devait engager la conversation, Luce prit les devants :

-Alors ? Est-ce que je peux supposer que les trois mille photos que vous avez prises en quelques heures impliquent que vous appréciez ma ville ?

-Vous pouvez le supposer, confirma Gabrielle, soulagée que son interlocutrice se lance en terrain neutre. Je sais que nous sommes loin d’avoir tout vu, mais je crois que je peux d’ores et déjà dire que Rome est spectaculaire ! Je ne saurai dire ce que j’ai préféré pour l’instant. C’est…

La jeune femme ne put s’empêcher de plonger à nouveau son regard dans celui de la belle italienne. Luce, elle, n’arrivait pas à détacher ses yeux des lèvres de Gabrielle qui s’en aperçut.

-A couper le souffle…, termina-t-elle dans un murmure.

-Je le pense aussi, renchérit Luce distraite.

Elle réalisa soudain que Gabrielle la fixait. Elle rougit sévèrement, reportant son regard sur ses propres mains, croisées sur la table.

-Vous êtes une guide efficace, tenta timidement la française. Est-ce que je peux ajouter « visite guidée proposée par l’hôtesse de maison » à votre profil sur OverTheRainbow ? Ce serait indéniablement un plus !

-Je ne le fais pas pour n’importe qui, avança l’italienne. Enfin… je veux dire, je n’aurai sans doute pas le temps de le faire pour tout le monde, se reprit-elle précipitamment. Là, ce sont les vacances…

-J’ai de la chance, alors, d’être venue pendant les fêtes, répliqua la jeune femme.

Sans oser la regarder dans les yeux, Luce saisit une occasion d’en savoir plus :

-Est-ce qu’on vous rejoint pour la fête ce soir ? Vous aviez réservé pour deux, je crois. Si vous avez besoin d’une bonne adresse pour…

-Non, je serai seule, la coupa-t-elle.

Luce lutta pour ne pas montrer son soulagement. Elle évitait toujours de croiser le regard de Gabrielle. Soudain, elle se rendit compte de ce que cela impliquait. Elle réagit d’un ton accusateur :

-Mais… Ça veut dire que vous comptez passer Noël toute seule ?

-Je n’ai jamais vraiment fêté Noël, se défendit la jeune femme.

Une seconde, elle pensa évoquer les tristement ridicules célébrations païennes que ses parents s’entêtaient à perpétrer pour les fêtes, son aversion pour ces pratiques absurdes, son adhésion indéfectible à un athéisme rationnel, mais elle s’abstint. Elle scruta le visage expressif de la belle italienne qui semblait réfléchir à toute vitesse.

-Il est hors de question que quelqu’un passe Noël seul sous mon toit, assena résolument cette dernière. Laissez-moi une minute, j’ai un coup de fil à passer.

Comme Gabrielle protestait, Luce se leva, portant déjà son téléphone à son oreille. En quelques enjambées, elle était dehors et, impuissante, la jeune femme l’observa qui remuait ses lèvres et son bras libre. Gabrielle se sentait horriblement gênée. Jamais elle n’aurait voulu s’imposer à qui que ce soit, même si elle appréciait tout particulièrement la compagnie de Luce et qu’elle aurait été ravie de veiller bien des soirs auprès d’elle…

Mortifiée, elle attendit son retour. Il ne fallut pas deux minutes à Luce pour la rejoindre.

-Voilà, c’est arrangé. Vous êtes avec nous ce soir, et c’est non négociable, affirma-t-elle.

-Mais je ne peux pas m’inviter comme ça, Luce, je vous assure, je…

-Maintenant, si vous ne venez pas, vous vexerez ma mère. À mort. Vous ne voudriez pas vexez ma mère, dites ?

Gabrielle se tut. Luce avait gagné et elle le savait. Son sourire victorieux aurait achevé de convaincre Woody Allen d’accomplir les douze travaux d’Hercule les yeux bandés. Même si elle envisageait ce Noël en immersion familiale comme une épreuve, elle décida que sa guide méritait largement qu’elle relevât le défi. Elle se contenta donc de poser des questions sur les D’Alba, histoire de se faire à la généalogie de la belle brune.

Luce la renseigna patiemment et Gabrielle ne put s’empêcher de remarquer que lorsqu’elle parlait de ses parents, l’italienne adoptait un ton particulièrement bienveillant, même si elle n’épargnait pas les anecdotes honteuses et les remarques burlesques sur les uns et les autres. La jeune femme admira le rayonnement qui émanait de son interlocutrice pendant que celle-ci détaillait les défauts et les qualités de ses proches. Elle était véritablement lumineuse.

Quand Luigi apporta les plats, elles y firent honneur et se régalèrent tout en entretenant une conversation à la fois légère et personnelle. Ayant appris que la soirée se déroulerait chez les D’Alba, et non à la résidence Monteverde, Gabrielle insista pour passer au moins chez un fleuriste.

Il était près de quinze heures quand elles sortirent du restaurant. D’un commun accord, elles rentrèrent à la villa. Elles avaient convenu de passer récupérer des affaires et d’aller directement chez les parents de Luce qui les attendaient pour confectionner une partie du repas. « Chez nous, la cuisine est une affaire de famille, surtout le soir de Noël », avait professé l’italienne. Elles se changeraient sur place, le moment venu. Elles pourraient même se doucher là-bas, avait-elle précisé dans un intervalle ambigu.

-Rejoignez-moi à la villa quand vous serez prête, lança Luce en déposant la jeune femme devant la dépendance. Nous prendrons la voiture, ce soir.

Gabrielle la regarda s’éloigner, pensive. Elle était captivée par l’assurance et la prestance de l’italienne. Elle était consciente qu’elle ne savait pas vraiment où elle mettait les pieds, ni même si elle était prête pour se lancer à la conquête d’une femme de son envergure… Sa rupture, trop récente pour être entièrement ignorée, lui laissait un goût amer de déception. Si la jeune femme avait déjà accumulé suffisamment d’expériences désastreuses pour ne pas se laisser anéantir par une nouvelle défaite, elle se surprit à redouter une autre éventualité : et si elle-même devait être une déception pour la radieuse Luce ?

L’estomac noué, Gabrielle referma la porte.

 

Chapitre 2 ici

Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 12.11.2015 - 23 h 00 | 15 COMMENTAIRES
Vacances, canicule et Visiobulle (Ep. 2)

Bon… Je sais que le manque de suivi de cette nouvelle est indécent, mais rien de tel qu’une petite convalescence pour retrouver le temps nécessaire à ces… futilités ! 😉  Je vous prie donc d’excuser le délai et j’espère être plus rigoureuse à l’avenir. Je vous invite éventuellement à vous rafraîchir la mémoire…

Précédemment…

Il est étrange de se laisser surprendre par un souvenir. Il me faudrait sans doute des heures de recherche pour comprendre les mécanismes de la mémoire, mais pour l’instant, rien ne compte plus que ces images que mon esprit dépoussière.

Elle s’appelait Erika. Elle était la nouvelle et éphémère petite amie que mon frère avait emmenée au mariage de notre cousin. Elancée et anguleuse, ses traits étaient à la fois froids et attirants. Je n’avais pas tout à fait vingt ans, elle n’en avait guère plus. Nous n’avions pas échangé plus de trois mots de politesse formelle et la soirée s’éternisait platement. Mon frère, qui avait un peu trop bu, accaparait l’attention de tous en invitant chacun et chacune à danser, comme à son habitude. Lassée, je m’étais éloignée faire quelques pas sur la pelouse parfaitement entretenue du Golf qui hébergeait la fête.

Assise au versant d’une dune qui me cachait des lumières du mariage, j’observais la lune gibbeuse et son règne croissant sur les étoiles, sur la musique éculée d’un Barry White de circonstance. Je ne l’avais pas entendue arriver et quand elle me demanda si elle pouvait s’asseoir à côté de moi, je ne pus retenir un petit cri. Elle sourit et s’assit, collant son épaule contre la mienne dans un geste qui se voulait complice.

« Toi aussi, tu t’ennuies ? » fit-elle en plongeant son regard dans le mien. J’acquiesçai en retenant un frisson. Je ne comprenais pas ce contact. Mon bras me semblait brûler et geler en même temps là où sa peau si douce caressait la mienne. Et si sa peau me troublait, ce n’était rien comparé à ses yeux. La lune qui s’y reflétait leur conférait un éclat surnaturel.

Pour une raison qui m’échappait totalement, j’avais l’impression qu’elle me dévorait du regard, promenant celui-ci de mes épaules à ma gorge, de ma bouche à mes yeux, de mes oreilles à mes seins. Sur son chemin, il allumait un désir inexplicable sous ma peau innocente.

Jamais une femme ne m’avait fait cet effet-là. Et dans l’euphorie de cette soirée de fête à laquelle nous nous dérobions, bercées par les choix malencontreux d’un DJ sans talent, muettes et incertaines, nous nous sommes embrassées, enlacées, embrasées. Ses lèvres chaudes ont éveillé en moi un feu effrayant. Un feu que je pensais depuis lors avoir éteint. Un feu que je croyais dépendant d’elle et d’elle seule.

Nous ne nous sommes jamais revues après le mariage. Je n’ai même jamais voulu repenser à ce moment perturbant. Erika s’est vite évanouie, comme la plupart des petites amies de mon frère. Peut-être était-elle aussi surprise que moi de la tournure de la soirée… Toujours est-il que j’avais refoulé jusqu’à son nom, sa peau, son goût.

Pourtant, là, en une fraction de seconde, mon corps entier se rappelle de tout avec une acuité déstabilisante. Il l’appelle de toutes ses forces, il la cherche là, sur ce ponton, dans cette eau bleue et limpide…

Non, ce n’est pas elle que mon corps cherche, mais bel et bien cette étrange créature marine qui émerge là-bas. Elle n’est qu’un point au loin et en observant plus attentivement, je la vois croiser ses bras sous sa tête et faire la planche, comme si elle envisageait de poursuivre sa sieste au large. Effectivement, elle flotte ainsi une bonne dizaine de minutes, pendant lesquelles je m’assoie sur le bord du ponton.

Les jambes ballantes, je l’envie. J’aimerais la rejoindre, me laisser flotter moi aussi et dériver jusqu’à elle, trouver un prétexte pour lui parler… Mais que dire à quelqu’un qui sommeille dans l’eau ? Je souris toute seule, bêtement.

Quand elle s’ébranle à nouveau et se dirige droit sur le ponton d’un crawl parfaitement maîtrisé, je demeure pétrifiée. Que faire ? Partir précipitamment et perdre une occasion de l’observer ? Rester et lorgner sans pudeur ce corps svelte qui réveille en moi toutes ces sensations insensées ? Avant que je n’aie pu prendre la moindre décision, elle bifurque légèrement pour se hisser directement et sans le moindre effort sur la plateforme arrière de son curieux bateau.

Incapable de détourner les yeux, je contemple l’eau, que j’imagine salée, ruisseler le long de son corps gracile. Debout sur la plateforme, elle ébroue sa tignasse blonde de ses doigts fins et ses cheveux, gorgés de soleil et d’une humidité marine résiduelle, s’emmêlent anarchiquement. Dans la plus insolente négligence, elle chasse les gouttelettes d’eau de ses bras et de ses jambes avec ses seules mains, caressant lentement et effrontément chacun de ses membres.

Elle semble rêveuse, son regard absorbé par le large. Quand elle passe distraitement ses paumes sur ses seins pour en faire tomber les perles salées qui s’y accrochent, je sens mon estomac se tordre dans tous les sens, et sans que je ne puisse l’empêcher, mes cuisses se resserrent dans un réflexe suspect.

Sûrement a-t-elle perçu ce mouvement involontaire car, brusquement, la voilà qui se tourne vers moi et plonge son regard aiguisé dans le mien. Je me liquéfie et reste transie. Curieuses sensations simultanées qui me laissent complètement impuissante. Nonchalamment, elle esquisse un geste de salut et un sourire, avant de s’en retourner au banc où reposent ses vêtements.

J’ai l’impression que la lame affutée d’un poignard pénètre très lentement ma chair sous mes côtes. Comme je cherche mon souffle, je sens le tissu de ma chemise, légère pourtant, brûler les extrémités hyper-sensibles de mes seins, tendus et impétueux.

Sans la quitter du regard, je l’observe qui me tourne le dos. Sans se sécher davantage, elle enfile rapidement son bermuda et ses fesses savamment dessinées disparaissent tristement. Mais son T-shirt fin colle immédiatement à sa peau hâlée. Chacun de ses gestes me semble être une ode à la sensualité, sur laquelle mon désir veut vibrer, symphonique.

D’une souplesse fauve, elle enjambe les entraves qui lui permettent d’accéder à la cale et elle disparaît quelques secondes qui me paraissent une éternité. Quand elle remonte enfin, une paire de lunettes de soleil vient ombrer son beau visage, accentuant son sex-appeal. Elle ne marche pas, elle se déplace sur le bateau comme elle flottait au large, légère, aérienne. En un instant, elle monte à la barre, porte un regard à sa montre puis sur terre.

Au début du ponton, les gens se sont agglutinés devant ce que j’ai cru identifier tout à l’heure comme une billetterie. Je remarque alors un homme qui traverse la masse en s’excusant sur son passage, la saluant de la main. Il transporte deux cafés dans des gobelets en plastique.

Je n’aime pas le voir parcourir le ponton, comme s’il venait interrompre mes précieuses minutes de… voyeurisme. Effectivement, d’un bond averti, il monte à bord sans renverser une goutte de café. S’il rejoint la jeune femme pour lui en apporter un, il repart aussitôt et s’engouffre dans la cale. Devant la barre, la belle inconnue sirote le contenu de son gobelet en ouvrant un livre, les pieds en éventail sur le tableau de bord.

Pendant quelques minutes encore, je savoure ce plaisir égoïste de la dévorer du regard, mais quand je la vois lever les yeux de son livre et regarder à nouveau l’entrée du ponton, je constate que la billetterie a ouvert ses portes. Les premiers servis commencent déjà à avancer vers le bateau, curieux et impatients.

Le charme étant définitivement rompu, je me rappelle que je peux moi-même me considérer comme une touriste. Après tout, cela fait bien une éternité ou deux que je n’ai pas fait de bateau…

Subitement, l’excitation d’approcher l’objet de ma fascination me donne le regain d’énergie nécessaire pour la quitter momentanément des yeux. En quelques pas, je rejoins la file conséquente, soucieuse d’arriver trop tard. En effet, le bateau n’est pas bien grand, je doute qu’il puisse contenir la totalité de la foule d’ores et déjà amassée. En m’approchant, je remarque avec soulagement qu’il y a en fait deux guichets bien distincts. L’un, littéralement pris d’assaut, qui permet de se rendre sur l’île Sainte Marguerite, au large de Cannes, l’autre, raisonnablement sollicité, pour le fameux « Visiobulle ».

Mon tour arrive rapidement et je prends ma place à la gentille dame qui m’accueille chaleureusement dans son minuscule local jaune et bleu. Munie de mon billet, je retraverse le ponton, sans oser aller directement à ma destination. A gauche, un gros bateau blanc et bleu, visiblement celui qui conduira le plus gros du troupeau sur l’île, s’est amarré entre temps.

Les gens se bousculent devant la passerelle, mais les marins ne semblent pas pressés de les faire embarquer. Les plus jeunes en profitent pour courir jusqu’au kiosque le plus proche, acheter quelques boissons. Les enfants gigotent, retenus péniblement par leurs parents, écrasés par leurs responsabilités et leurs craintes autant que par le soleil. Les bébés dorment plus ou moins paisiblement dans les poussettes ombragées.

Au bout de la jetée, un labrador a pris ma place. Sa laisse pend à son côté, sans humain à son extrémité. Je le rejoins, m’accroupis près de lui, et comme il tourne son museau vers moi, sortant déjà une langue amie, je le repousse gentiment en lui grattant les oreilles. Désolée, vieux, je ne suis pas une fille facile !

Dans son enthousiasme, il envoie ses pattes en avant pour me sauter dessus. Sans que j’aie le temps de comprendre ce qu’il m’arrive, je me retrouve écrasée au sol, le coccyx douloureux et la joue humide. Dans ma chute, le billet s’est échappé de ma main… et sans prendre garde au chien que son maître rappelle d’un ton sec et mécontent, j’observe le petit bout de papier s’envoler au-dessus de l’eau et se poser à quelques mètres à peine de là, en contrebas.

Pendant une seconde, je me sens comme une enfant de huit ans que l’on vient de priver de dessert sans raison. Interdite, je regarde mon billet s’humidifier. Mes yeux font de même. D’un œil désespéré, je me tourne en direction du Visiobulle. Visiblement, quelqu’un n’a rien perdu de cette humiliante scène. Mi-amusée, mi-soucieuse, je vois mon étrange inconnue enjamber précipitamment les barrières jaunes de son bateau et sauter sur le ponton pour me rejoindre.

« Ça va ? », me demande-t-elle en posant gentiment sa main sur mon épaule. Sa voix est veloutée, son regard, mordant, sa main, électrique. Ses lunettes de soleil retiennent sur sa tête les mèches encore moites d’eau iodée et son bronzage laisse deviner les zébrures du sel que rien n’a épongé. Incapable d’articuler quoi que ce soit, je l’entends s’inquiéter : « Vous vous êtes fait mal ?

– J’ai perdu mon billet », dis-je platement, sans reconnaître ma propre voix.

Comme si nos regards étaient aimantés, je lutte pour détourner les yeux vers le petit bout de papier bleu, foncé maintenant, qui flotte insolemment sur cette mer sans vague. Elle m’imite avant de replonger ses iris fulgurants dans les miens : « Pas de panique, c’est moi le capitaine. Et je vous embarque ! », ajoute-t-elle en souriant.

Elle passe un bras sous mes épaules et m’aide à me relever, me soulevant presque. « Vous pouvez marcher ? Ça va aller ? » s’enquiert-elle. Je le lui confirme d’un hochement de tête, respirant malgré moi les embruns salés et le parfum unique de sa peau, de ses cheveux contre moi.

Je dois contenir ma frustration quand, rassurée, elle relâche son étreinte. Mon corps, pourtant, aura gravé indéfiniment le souvenir euphorisant de ses bras autour de moi, de cette force à la fois sauvage et feutrée, du toucher extatique de sa peau, de cette seconde au ralenti, qui m’aura permis de la sentir aussi pleinement, aussi furtivement.

« Ben alors, Crevette, qu’est-ce que tu nous as pêché-là ? » questionne brusquement une voix d’homme devant nous. Emergeant de la cale, je reconnais le monsieur aux cafés de tout à l’heure. « Crevette » ? Amusée, je regarde en souriant la jeune femme à mes côtés. Charmant crustacé que voilà !

« Sois galant, pour une fois, Vic, et enlève la barrière. La dame monte avec nous. »

Obéissant promptement, le dénommé Vic ôte ce qui fait office de porte au Visiobulle et mon chevalier servant m’aide à franchir l’espace vertigineux entre le ponton et le bateau. Ma main dans la sienne, j’aurais sans doute pu franchir des canyons abyssaux ! Une fois sur le pont, je suis surprise par le doux ressac. De la terre, on ne voyait presque pas l’eau bouger. Il est surprenant de sentir ce mouvement, léger mais indubitable.

Rapidement, je détaille le marin décontracté et souriant qui se tient en face de moi. Lui aussi vêtu d’un bermuda et d’un T-shirt sans fioriture, bien bâti de sa personne, dans la jeune quarantaine, Vic parait tout à fait charmant, bien que sans doute un peu trop conscient de ses qualités physiques. Le menton fort, recouvert d’une barbe dense de trois ou quatre jours, les yeux d’un noir ténébreux, les cheveux tout aussi sombres mais parsemés de fils d’argent sur les tempes, il incarne le beau méditerranéen au teint mat et au langage manuel.

« Mademoiselle », me sourit-il en me tendant la main et en s’inclinant de façon lourdement ampoulée. Voilà bien deux ou trois ans que l’on opte plutôt pour le « madame » à mon égard, mais je lui serre la main, lui rendant un sourire amusé. « Vic, à votre service, ajoute-t-il. Marin au grand cœur, homme à tout faire de la crevette que vous voyez là, et amant torride des plus belles femmes d’ici et d’ailleurs. Et vous êtes… magnifique » !

Sidérée par sa verve, je ne peux cette fois retenir un rire franc, quoi qu’un peu nerveux. Du regard, je viens chercher un soutien crustacé : « Ne vous inquiétez pas, il est inoffensif. Et l’état civil préfère m’appeler Roxane, plutôt que Crevette… ».

Sa main à nouveau tendue, je suis sur un petit nuage. Roxane…

Brusquement consciente de mon impolitesse, je me présente à mon tour. « Lise », répète-t-elle, caressant mon âme de son regard de velours. « Asseyez-vous par là, Lise, poursuit-elle, me désignant une place au pied des marches du poste de pilotage. Je dois vous garder à l’œil : vous perturbez mon marin ! Allez, au boulot, Vic ! » lance-t-elle à son collègue, un sourire ironique aux lèvres.

En quelques minutes, le beau parleur invétéré aide la vingtaine de passagers qui attendait impatiemment pour embarquer. Avant que mon banc ne soit envahi, je choisis la place qui me laisse la plus claire vision de Roxane, déjà à la barre, affairée aux différentes manettes qui bipent incidemment. Comme tout à l’heure sur le ponton, je ne peux m’empêcher de l’observer. Elle a maintenant un air sérieux et concentré. Quand elle se retourne pour vérifier que l’embarquement est terminé et convenir du départ avec Vic, elle me jette un regard souriant et un clin d’œil complice.

Une fois les amarres larguées, Vic la rejoint. Là-haut, il se saisit d’un micro et commence par souhaiter la bienvenue à bord, en français puis en anglais, d’une voix chaude et entraînante. Le regard acéré et imperturbable derrière ses lunettes de soleil, notre capitaine androgyne et diablement belle effectue un demi-tour habile et nous voilà partis !

(à suivre…)

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Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 13.07.2015 - 21 h 41 | 19 COMMENTAIRES
Vacances, canicule et Visiobulle (Ep.1)

Bien le bonjour, tout le monde ! Je vous livre ici la nouvelle de l’été, un été bien trop chaud pour être honnête, non ?

« Tu as l’air fatigué, Lison, tu devrais vraiment prendre des vacances », qu’ils disaient. « Pourquoi pas sur la Côte d’Azur ? Tu peux y être en quelques heures à peine et profiter du soleil et des plages ! », qu’ils disaient. « Ma tante m’a légué un petit appartement à Juan les Pins » a ajouté Marc. « Si tu veux, je te laisse les clés. Va te reposer un peu et prendre du bon temps. Tu en as clairement besoin » a-t-il insisté.

Ça sonne toujours bien, le mot « vacances », surtout sur la Côte d’Azur, même si ça fait sans doute un peu prétentieux. L’offre était trop alléchante et il fallait de toute façon que je fasse un break. Le travail n’était pas en cause, bien au contraire. C’était ma planche de salut. Mais à ce rythme, mon corps me lâcherait à coup sûr !

J’ai été faible.

J’ai accepté.

Mais POURQUOI Juan les Pins en plein été ?

Note pour plus tard : ne JAMAIS se risquer sur la Côte d’Azur au mois de juillet.

L’appartement en question est un charmant petit loft qui donne sur une cour intérieure. Il est donc relativement calme par rapport à l’ambiance de la ville surchauffée et dégorgeant de monde. Arrivée de nuit, j’ai pu m’installer tranquillement, et pendant les quelques minutes qui ont précédé mon sommeil, je me suis presque réjouie d’avoir cédé.

Mais ce matin…

Réveillée douloureusement par les coups de klaxon des touristes déjà excédés à 9h du matin, la tête lourde du voyage de la veille, de la fatigue accumulée ces derniers mois, et l’humeur aussi noire que ce que le ciel est bleu, je n’ai même pas trouvé le courage de sortir. Dans les placards de Marc, j’ai quand même trouvé quelques filtres à café et un paquet tout neuf. Tout n’était pas perdu.

 _________________________

Il est plus de 11h quand je me décide à me trainer jusque dans la douche et près de midi quand je sors faire les courses. Dehors, la chaleur est étouffante. Le soleil impitoyable fait rôtir chaque molécule et se délecte particulièrement des peaux encore trop blanches et insuffisamment badigeonnées de crème. Il se répercute de vitres en dallages et vient arrêter l’œil de ses éclats menaçants. L’air est à peine respirable : tout sent le chaud. Les poissonneries qui se targuent de vendre le poisson frais du matin dégagent des odeurs nauséabondes – surtout pour quelqu’un qui émerge à peine – et les snacks, pizzerias et restaurants en tous genres saturent l’atmosphère de relents de fritures, de sucres et d’arômes artificiels.

Ecœurée, je n’achète que le strict nécessaire avant de retourner dans le petit confort du loft pour me préparer un sandwich. Le calme de l’appartement est un réel soulagement. Je constate néanmoins que mon portable clignote. Marc m’a envoyé un message : « Je sais qu’il fait chaud, mais évite de rester cloîtrée. La Pinède est agréable à toute heure du jour et les plages sont un régal en fin de journée. Ne fais pas l’ourse et amuse-toi bien ! PS : Je ne sais pas ce qu’il reste à manger, mais les bières sont au frais ! Fais comme chez toi. »

Marc est un amour. Et il me connaît un peu trop bien visiblement.

Sur le point de digérer mon sandwich, j’envisage très sérieusement le canapé mais d’un coup d’œil culpabilisant à mon téléphone et au portrait souriant de Marc et de son épouse qui trône sur le guéridon de l’entrée, j’opte pour la petite promenade.

A peine ai-je franchi les portes de l’immeuble que la chaleur me prend à la gorge. Non, vraiment, ce genre de vacances n’est pas pour moi. Si je veux suffoquer, il me suffit de rester dans mon marasme quotidien. A contrecœur, j’entreprends de descendre vers la plage pour la longer jusqu’à ladite « Pinède ». Chaque pas me coûte. J’ai presque l’impression que mes semelles collent au trottoir et en quelques secondes à peine, je sens la sueur perler sur chaque centimètre carré de ma peau.

Il est 13h30, le soleil est au zénith. Les rues sont presque calmes comparées à tout à l’heure. Les gens, hébétés de chaleur ont trouvé refuge dans les restaurants. Contrairement à une heure plus tôt, je n’ai pas à jouer des coudes pour avancer jusqu’à la plage. Quand j’y arrive enfin, je suis un peu déçue. Certes, la mer est d’un bleu méditerranéen inégalable, mais la plage, elle, semble inaccessible. Elle est, à perte de vue, obstruée par des constructions sans intérêt qui proposent, à des prix ridiculement élevés, des matelas, des boissons et un choix de plats aux noms alambiqués, sans doute pour justifier leurs coûts exorbitants.

Un glacier me renseigne : pour la plage publique, il faut faire 7 à 800 mètres en prenant à droite. Incapable d’envisager de faire autant de pas par cette chaleur pour tremper un orteil, je reviens à mon idée initiale. « Pour la Pinède, vous faites 200 mètres sur la gauche », m’affirme le marchand de glace, déjà détourné vers une famille de touristes qui, eux, achètent.

Je m’apprête à m’engager aussitôt sur la gauche quand mon regard s’arrête à nouveau sur la mer. Juste devant mes yeux, un ponton s’avance de quelques dizaines de mètres dans l’eau. Malgré moi, je suis fascinée. C’est étrange, cette sensation que provoquent en moi les grands espaces. J’ai déjà vu la mer, des dizaines de fois, et pourtant, je suis comme aimantée par elle. J’éprouve le même sentiment curieux face aux montagnes, à l’océan, aux déserts. L’immensité de la nature, sa puissance et sa profondeur forcent mon respect. Elle m’apaise et me captive. Hypnotisée, j’oublie l’ombre des pins pour m’engager sur le ponton.

L’espace d’une seconde, mon regard est parasité par le tumulte des enfants qui agitent l’eau des plages privées. Je constate, non sans me morfondre intérieurement, que malgré leurs tarifs hallucinants, les plagistes font fureur. Les gens écrasent les matelas encore plus lourdement que ce que le soleil nous assomme. Ceux-là digèrent pendant que d’autres mangent et fument aux terrasses envahies de parasols. Tout cela fondu dans un brouhaha malvenu que fort heureusement, les vagues submergent de leur chant primaire.

Je suis seule sur le ponton. La chaleur y est indescriptible, mais au fur et à mesure que je m’avance, un petit air marin vient la rendre moins insoutenable. Sur le côté droit de ce bras de béton, un curieux bateau est amarré. Un bateau jaune. Sur son flanc, on peut lire en grosses lettres bleues : « VISION SOUS MARINE ». Il ne tangue presque pas. Comme si la mer elle même refusait de prendre le risque de suer en remuant.

Je ne suis qu’à quelques dizaines de mètres de la civilisation, pourtant ici, tout est calme et apaisant. Même l’air me semble plus pur. Pendant une minute, je ferme les yeux. Mentalement, je remercie Marc de m’avoir convaincue. Venir n’était peut-être pas une si mauvaise idée, finalement.

Quand je soulève à nouveau les paupières, le soleil m’éblouit. Les yeux plissés, mon regard se promène sur la surface d’huile que de nombreux bateaux de différentes tailles et de différents styles, ponctuent inopinément. Immanquablement, je reviens sur le bateau jaune. En le détaillant de plus près, je remarque que sur un des bancs qui meublent le pont, quelqu’un semble dormir. Sans doute un membre de l’équipage qui profite de la pause pour faire sa sieste en attendant la prochaine flopée de touristes.

Un scooter des mers attire mon attention. Il s’engage entre les bouées qui mènent jusqu’au ponton puis, arrivé à quelques mètres à peine de l’avancée bétonnée, il fait demi-tour et accélère plein gaz, ruinant ainsi la tranquillité de l’instant. Le bruit m’insupporte et apparemment je ne suis pas la seule.

Sur le bateau à vision sous-marine, le corps allongé s’anime. D’un geste nonchalant, la personne se soulève, passe un bras par-dessus le siège pour aviser le fauteur de trouble, et d’un geste mou, replace les mèches indisciplinées que le vent coiffe à sa guise.

Je ne suis pas très loin, pourtant, je n’arrive pas à distinguer s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. La silhouette est svelte et élancée. A la fois gracieuse et virile. Les muscles bien dessinés des bras et des mollets s’échappent d’un T-shirt gris dont les manches ont été roulées jusqu’aux épaules et d’un bermuda délavé. Le visage ne révèle que quelques traits fins, une coupe courte à l’allure négligée et un regard habitué à scruter les horizons. Il ou elle est d’une beauté… marine.

Saisie, par l’androgynie de cette personne, je ne perds pas une miette de chacun de ses gestes. Un étirement d’abord, suivi d’un bâillement presque bruyant. L’espace d’une seconde, une hésitation, un regard vers le banc : se recoucher ou ne pas se recoucher, telle est la question. Une main vient gratter la nuque et se perdre entre les épaules, sous le coton léger du vêtement, puis en ressort, visiblement plus moite. D’un coup, le corps s’ébranle. Il se lève et d’un geste tout naturel, défait la large ceinture de cuir du bermuda avant de le laisser tomber jusqu’aux pieds. Dans la foulée, le T-shirt disparaît lui aussi, me permettant par la même occasion de constater qu’il s’agit d’une femme. Ses seins, subtils mais indéniables, sont tout aussi bronzés que le reste de son corps. A leur vue, mon propre corps réagit étrangement. Comme s’il était surpris de reconnaître une femme là où il aurait souhaité un homme. Parce que, soyons honnête, cet être est tout ce qu’il y a de plus désirable !

Pendant une fraction de seconde, je mesure mon manque de pudeur. Mon œil curieux scrute chaque courbe de ce corps magnifique. Ses fesses sont recouvertes d’un boxer noir, merveilleusement moulant, qui ajoute encore au charme et au mystère de cette femme surprenante. Dans mon bas-ventre, la marée monte, mais dans ma tête, il n’y a plus rien que cette fascination physique. Mon cerveau est prisonnier de mes yeux. Il ne réfléchit plus.

Quand son regard croise le mien, je ne cherche même pas à me détourner, je suis figée. Une seconde. Une éternité.

Ce n’est qu’au bruit mouillé de son corps pénétrant, dans un plongeon élégant, la surface miroitante de l’eau que, tout à coup… je me souviens.

(à suivre ici)

Le Visiobulle, le seul, l'unique !

Le Visiobulle, le seul, l’unique !

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APPRENDS-MOI… (Ep. 11)

Avec quelques semaines de retard, voilà (enfin !) la suite et fin de cette sporadique nouvelle… Toutes mes excuses pour le délai : je vous avais prévenu(e)s que j’étais rouillée !!!

(previously)

Le voile léger des rideaux invite les lumières citadines de la nuit à pénétrer la chambre qui s’engourdit de nos ébats en veille. Il y a quelques minutes, ou était-ce quelques heures, nos corps secouaient cette soirée fébrile de décembre : de nos mouvements aveugles, prescients, passionnés, nous embuions les vitres nous occultant du reste du monde. Il y a quelques heures ou quelques minutes à peine, nous créions un monde, nouveau, notre.

Je ne sais pas si j’ai succombé aux mots doux du sommeil ou si je n’ai fait que somnoler, béate et comblée. A nos frénésies voluptueuses ont succédé de touchantes confessions. Dans l’intimité encore verte de nos effusions, arrivées à épuisement de nos ressources physiques, les paroles ont pris le relai, dans une bienveillante complicité qui aurait pu sembler séculaire.

Je me suis avouée sans pudeur, blessée mais entière, avide et curieuse de sa fascinante personne. Elle s’est révélée, nouvellement forte et fière, se remettant tristement du moignon cruel de l’abandon. Sa précédente compagne l’ayant quittée sans prévenir alors qu’elles étaient supposées agrandir la famille une troisième fois, elle s’était retrouvée seule, humiliée, acculée par ses responsabilités et ses obligations familiales justement au moment de sa « promotion » professionnelle.

Son émotion, encore bien vive lors de ces aveux, faisait vibrer sa voix et trembler ses lèvres. Je n’ai pu retenir mes étreintes les plus tendres. Mais mon inspectrice, fidèle à son impertinence, en souriait de plus belle. Et Dieu qu’elle était belle ! Son sourire, même triste, surtout triste, vrillait mes chairs thoraciques, mâchait mes os, ratissait ma peau en stridences frissonnées. Alors, nous avons fait l’amour à nouveau, dans la fulgurance de nos faims, nous exposant aux souffles, aux gestes, aux cris, aux regards de l’autre.

Tout ce que je vois à cet instant, ce sont les ombres nocturnes, calmes et irrégulières, qui glissent sur la toile lisse du mur à chaque passage de voiture. L’air est encore saturé de nos odeurs, mêlées, embrassées, qui s’accordent au silence sourd du double vitrage et à l’ambiance encore chaude de nos draps froissés pour embaumer l’air du parfum, clair et apaisé du désir.

Au creux de mon épaule, ouverte et fière, Violette repose. Sa respiration quasi inaudible vient caresser la peau nue et offerte de mon sein. A mon flanc, je sens son cœur battre, lourd et paisible. A moins que ce ne soit le mien ?

Lâchés, ses cheveux s’éparpillent sur moi, sur elle, sur le coton épais que je remonte sur son épaule fraîche. Mes doigts, délicatement, osent dans la confidence de la nuit jouer avec ses boucles brunes. Comme si j’avais besoin de ce contact supplémentaire pour confirmer, pour accepter l’exactitude du moment, sa pertinence, son authenticité surréaliste. Quelque part au fond de moi, une voix grave que j’imagine être celle d’Eluard, me déverse de ses vers purs et tendres, cassants et si crument vrais qu’ils déchirent les entrailles comme ils bercent.

L’amour est ainsi. Cru, beau, tranchant, immense, pur, complexe, exaltant, intempestif. Il y a trois jours, je me confondais en désir déroutant, brutal et irrépressible. Aujourd’hui, à l’instant où ce désir, satisfait pour l’heure, sait se taire pour laisser parler ma conscience, je suis tentée de poser de grands mots sur ces émotions bouleversantes de ces derniers jours.

Où est passé mon cynisme sentimental ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de moi, Violette Paulin ? A votre contact, je redeviens guimauve, princesse en détresse et chevalier servant, « Faible ! Faible ! Faible femme ! » comme dirait Figaro.

Je devrais sans doute m’affoler de cette rechute, je devrais me protéger, réfléchir. Cette femme, merveilleuse, fière, tendre et sensuelle, cette femme si terriblement attirante est mère. La légèreté et l’inconséquence ne sont pas une option.

L’espace d’une seconde, je me projette dans un quotidien hypothétique : Violette, moi, et ces deux petits garçons aux visages radieux que je n’ai pas manqué d’observer sur bon nombre de photos un peu partout dans l’appartement. Si je ne m’étais jamais posé de question sur une éventuelle vie de famille, je suis impressionnée de voir à quel point mon imagination est brusquement fertile, cette nuit.

Sans quasiment rien savoir d’eux, et sans en éprouver le moindre vertige, je les vois déjà évoluer autour de nous. J’imagine leurs habitudes, j’anticipe leurs questions, leurs réactions, j’espère une complicité que je modère déjà, redoutant le statut de « belle-mère », avant de conclure sur une certitude : il n’y a rien que je ne sois prête à assumer pour une vie avec Violette.

Une étreinte ensommeillée de celle-ci me ramène sur Terre. Je ne peux réprimer un sourire : il n’y a sans doute rien de plus « lesbien » que de s’imaginer vivre avec quelqu’une après une seule et unique nuit passée ensemble !

L’insomnie prophétique n’est plus de rigueur et je m’endors enfin, bercée par la certitude simple et bienheureuse de me réveiller à ses côtés demain.

Je ne saurai dire qui du soleil ou du bruit léger du verre qui s’entrechoque m’aura tiré de mon sommeil. Avant même d’ouvrir les paupières, je lance mon bras en quête du corps chaud de mon amante, la tête encore toute engourdie de notre nuit tendre et passionnée. Ma main cherche en vain, sous et sur les draps. Déçue, j’ouvre péniblement les yeux pour constater tristement que je suis seule, bien trop seule dans ce grand lit !

Le grognement de mécontentement qui m’échappe est stoppé net par le son léger des pas de Violette sur le parquet. Du bout du pied, elle ouvre la porte et s’avance dans la chambre, les bras chargés d’un merveilleux plateau petit-déjeuner. Voyant ma tête émerger de la couette, elle me lance en souriant : « Déjà réveillée, petite marmotte ?

– Groumpf…

– J’espère que je n’ai pas fait trop de bruit, me dit-elle en déposant délicatement le plateau sur le chevet, de mon côté du lit. C’était trop dur de rester couchée à côté de toi et de te laisser dormir… J’ai bien failli te sauter dessus de bon matin », me confie-t-elle en riant.

Son rire et son petit air mutin me chavirent et comme elle vient s’asseoir auprès de moi, j’attire son corps contre le mien. Conciliante, elle s’allonge tout contre moi et m’enlace. L’odeur du café et du pain grillé titille mes narines, mais qu’importe à mes mains qui déjà s’aventurent sous le voile diaphane de son peignoir ? Qu’importe à ma peau qui brûle à nouveau de la sienne, retrouvée ? Qu’importe à ces milliers de lames, aiguisées de désir, nourries de ses moires, qui encore une fois pénètrent mes chairs offertes, mon âme assujettie, mon cœur tonitruant ?

Le café et le pain seront froids.

Sans trembler, ma main impudique vient tirer sur le cordon qui maintient les pans de son peignoir et, d’un geste lent et si terriblement maîtrisé, elle laisse glisser le fin tissu sur sa peau soyeuse. Le spectacle est d’une sensualité affolante. Ses épaules d’abord, puis ses seins et enfin la plaine suave de son ventre se révèlent à moi dans la lumière étrangement chaude d’un matin de décembre.

« Hum… Bonjour », dis-je à cette sublime vision qui me surplombe à califourchon. Comme mu par mon seul désir, mon corps se soulève jusqu’à ce que mes lèvres effleurent la peau constellée de sa poitrine. « Bonjour », répète doucement ma bouche à son sein gauche, avant d’y déposer un baiser. « Bonjour », s’empresse-t-elle d’ajouter à l’aréole de son sein droit. Et un nouveau baiser vient rééquilibrer les civilités. Enfin, mes lèvres se hissent vers les siennes dans un dernier élan de politesse. Elles laissent s’échapper un ultime « Bonjour », à peine murmuré cette fois, avant que nos langues n’entreprennent de se présenter leurs respects.

Dans les yeux de Violette, le désir se fait incandescent. Il en serait presque douloureux. Mes mains la parcourent, tantôt subtiles, tantôt fermes. Elles caressent, elles affleurent, elle pétrissent et ondulent son corps sur toutes les gammes du plaisir.

Je n’aurai sans doute pas la prétention de croire que je peux anticiper l’avenir sur l’échelle d’une éternité, les « toujours » et les « jamais » ne sont pas des mots à la portée des mortels. Mais ce que la vie me réserve pour les prochaines heures… J’aime.

Fin

http://fineartamerica.com/featured/lesbian-sketches-1-gordon-punt.html

Lesbian sketch, by Gordon Punt

100% manuel ! | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | texte récit | y'a que ça de vrai ! | 29.01.2015 - 20 h 29 | 33 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 10)

@Dwarfy mérite bien un peu de repos mais reprendra la plume très prochainement, ici et/ou sur son blog, alors en attendant, je vous livre la suite de cette nouvelle. Merci de votre lecture fidèle ! 

(previously)

J’ai parfois l’impression d’avoir passé ma vie en quête d’esthétique, aussi bien dans mes lectures, mes recherches, mes ambitions poétiques que dans mon quotidien de femme sensible à la beauté sous toutes ses formes. Mais nulle forme ne m’a autant émue que celles que je caresse du bout des doigts. Avides, mes regards absorbent chacune de ces courbes délicates.

Violette frissonne. Pourtant, elle ne remontera pas le drap. Nous avons chacune besoin de cette minute de contemplation de l’autre, cette minute pour une éternité de souvenirs, de plaisirs condensés en un sens. Mes yeux sont ma peau, ma langue, mes oreilles. Ils apprennent d’un sourire, d’un souffle, d’un parfum. Je veux tout savoir d’elle, je veux prendre le temps de la découvrir. Si nous nous taisons, c’est dans le recueillement de nos cris à venir. Dans son regard, je devine le désir, encore.

Il n’y aura pas d’essoufflement ce soir.

C’est elle qui rompt l’immobilité consentie. De son bras chaud, elle vient enserrer ma taille, imposant par ce geste une indéfinissable sensation de quiétude et, simultanément, une excitation fiévreuse. D’un mouvement leste de son bassin, la voilà qui me recouvre de tout son corps, sa bouche narguant délicieusement mes lèvres. Espiègle, elle les pince délicatement de ses lèvres si douces. Je m’abandonne à son jeu, guettant docilement le meilleur moment pour rentrer dans la partie. Quand sa bouche s’applique à dessiner les reliefs de mon cou en remontant, dangereuse, jusque sur la mienne, je m’efforce de résister à l’envie de l’embrasser. Chastement, je viens poser mes mains sur ses hanches irrésistibles. Mes caresses adoptent le rythme de ses lèvres.

Je ferme les yeux, soumise à l’émotion enivrante de son corps sur le mien. Nos peaux, comme nos chairs, se reconnaissent et s’apprivoisent. L’entente est feutrée, si tendre… Partout, son contact nourrit et éveille. Prisonnière de ses charmes, je me livre et goûte à de ces libertés qui n’ont d’autre espace-temps que la rencontre de nos peaux. Tout se joue dans l’absence de vide entre nous. Rien ne m’emplit autant que notre promiscuité.

Quand ses lèvres se posent à nouveau sur les miennes, s’entrouvrant cette fois pour laisser sa langue se frayer un passage, je ne résiste plus. Notre baiser se fait aussi intense, aussi nu et passionné que nous-même. Mes bras l’étreignent sans modération. Je bois à sa bouche tous les mots que nous taisons encore, affamées de mouvements, d’actes, de vrai. Les mots viendront plus tard. Ils ne nuanceront pas, ils ne décevront rien. La conversation de nos corps ne se tarira qu’à l’heure bienheureuse de l’épuisement. Au fond de moi, un sourire satisfait : je ne rentrerai pas ce soir.

Sans la moindre innocence, Violette fait glisser sa jambe entre mes cuisses. Il n’en faut pas plus à mon sexe pour se mettre à bourdonner. Si habituellement le désir est une pulsion dévorante, qui a tendance à faire passer tout le reste au second plan, avec elle, il devient violent, annihilant réalité et conventions. Sous son corps, je ne suis plus qu’instinct primaire et animal, charnel et voluptueux.

D’une langueur quasi cruelle, elle se met à remuer sur moi et mon corps entier épouse le mouvement de ses vagues. Je sens son sexe s’ouvrir sur la peau tendue de ma cuisse et je sais que le mien a déjà inondé sa jambe de mon plaisir. Au moment où ses coudes se plantent autour de mes bras pour qu’elle puisse plonger son regard dans le mien, mes mains agrippent les rondeurs aguicheuses de ses fesses. Le rythme s’intensifie alors : nos respirations jumelles accusent les à-coups du désir et les pointes tendues de ses seins frôlent outrageusement ma poitrine brûlante. Son regard se brouille, égaré sur l’écran de son plaisir. Je l’observe, impudique. Je pense bien n’avoir jamais rien vécu de plus grisant. De mes mains, j’appuie encore le mouvement de son bassin, accélérant à peine mais creusant encore plus ce frottement délicieux, arrachant un gémissement affolant à mon inspectrice incandescente.

Ses tétons provocateurs s’accrochent aux miens, la peau souple de nos ventres se fait moite et glisse presque bruyamment, étouffée par nos halètements. Je pourrais jouir comme ça, je le sens. Mais pour l’instant, je suis totalement fascinée par les expressions de son visage. La regarder faire monter le désir en elle, en nous, par ce simple balancement des corps, voir ses traits s’abandonner à cette quête de plaisir à la fois si égoïste et partagé, c’est terriblement excitant. Je veux la voir jouir sur moi, je veux sentir son sexe couler sur le mien.

Pendant une seconde, j’interromps le rythme de nos hanches. Surprise, elle m’interroge du regard pendant que je m’efforce de glisser mon autre jambe entre les siennes. Je lui souris, elle comprend et se positionne sans ménagement à califourchon sur moi. Les lèvres humides de son sexe viennent s’écraser sur le relief prononcé de mon pubis et déjà, elle reprend sa danse ensorcelante. Ses bras se tendent, son dos se cambre et ses seins s’agitent juste sous mon nez. Impossible de résister. Mes lèvres se posent d’abord presque chastement sur son grain de beauté. Du bout de ma langue, j’en lèche les contours avant de refermer ma bouche sur la pointe ferme de son téton. Les mouvements de nos corps m’incitent à alterner d’un sein à l’autre, sans précipitation, alors que mes mains s’impriment de plus en plus fort dans la chair ferme et douce de ses fesses.

Ivre du plaisir de sentir la convexité de mon sexe s’insinuer dans la tendresse de ses chairs, ses gémissements me font perdre la tête.  Son propre plaisir coule maintenant en abondance et le frottement fluide de nos sexes l’entraîne toujours plus haut, vers une jouissance imminente. Je veux savourer cet instant. Graver chaque son, chaque sensation, chacune de ses expressions dans ma mémoire, mais surtout : je veux qu’elle explose sur moi. Frénétique, mon bassin se soulève à la rencontre de son sexe, tandis que ma bouche se fixe sur un téton qu’elle suce et mordille délicatement. Violette crie presque… Oui, elle crie ! C’est alors que son corps se tend complètement, le dos arqué, les yeux grands ouverts… et son cri devient râle et hoquets pendant que nos corps décélèrent mais s’aiment toujours.

Entre mes jambes, le bourdonnement s’est fait tremblement de terre, volcan. Son orgasme aura presque suffit à déclencher le mien ! Je suis quasiment aussi secouée qu’elle quand, enfin, son corps se relâche et vient s’étendre mollement sur le mien. Avec toute la délicatesse du monde, je passe ma main dans ses cheveux, dégageant son visage. Dieu qu’elle est belle ! Les joues rougies par l’effort, le souffle court, un franc sourire de satisfaction sur les lèvres, c’est… oui, c’est cette image que je veux garder d’elle, toujours ! Le menton posé entre mes seins, elle me renvoie la tendresse de mes regards conquis.

« Maëlle, me chuchote-t-elle, très sérieuse tout à coup.

– Oui ?

– J’ai envie de toi. »

Non, ce n’est pas l’heure des mots. Pourtant, ceux-là… D’ACCORD !

(la suite ici)

 

 

 

Photo par Harry Kerr (et je renvoie à cette sélection qui m’a bien plu et que je partage avec vous !)

100% manuel ! | corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | poésie | y'a que ça de vrai ! | 21.01.2015 - 13 h 31 | 16 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 9)

Puisqu’elle était lancée, voilà enfin LA scène que tout le monde attendait, livrée par @dwarfy en personne ! Je vous laisse profiter de la poésie de l’instant et vous souhaite une bonne lecture !

– Votre humble Pucedepoesir –

(previously)

C’est un vertige qui nous étreint : celui de l’intimité offerte, enfin. 

Dans le creux d’une vague, lorsque nos bouches impétueuses se ferment au ressac des langues complices, je respire à sa source le souffle qu’elle expire, alizé grisant et capiteux… je manque de défaillir et il me semble que l’azur azur se déverse et inonde chaque recoin de mon espace crânien… aussi, chaque neurone s’enivre, explose et se soumet à cette prise de possession aérienne.

Je suis obligée de me retirer, de poser doucement mon front contre le sien… ma poitrine s’est évasée et palpite. Tandis que je me remets un instant de ce fougueux dialogue, Violette s’empresse de voguer sur mon visage : ses lèvres brûlantes déposent de tendres baisers… joue… œil… tempe… front… pommette… œil … joue… mais elle ne résiste pas et, presque imperceptiblement, vient me trouver dans l’obscurité des yeux fermés, en survolant mes lèvres entrouvertes.

C’est un voile d’une extrême légèreté qui vient me recouvrir toute entière. Je capitule et ne sais plus qui je suis, où je suis, où mon corps s’arrête et où le sien commence… Nous avons disparu, évaporées, loin derrière les sensations qui nous assiègent. J’entrouvre les yeux et lui souris. Elle me répond par un sourire franc et paisible. Et pour ne faire plus qu’une, nous nous étreignons fort. Nos têtes reposent sur l’épaule de l’autre. Ses cheveux chatouillent le bord de mon visage émotif. Instinctivement, nos corps se sont mêlés et je sens mon bassin, mes cuisses, mes genoux chercher son contact.

Pourtant, je m’éloigne lentement, la regarde… L’envie irrépressible de sentir sa peau, de la goûter m’arrache à cette trêve béate. Je décide alors de me lancer à la conquête de son corps en alerte, prêt à accueillir mes explorations. C’est sa mèche que je commence par repousser du revers de la main. Mes doigts s’infiltrent dans ses cheveux soyeux et sillonnent cet univers éthéré. Sa nuque se raidit sous mes caresses et je trébuche sur ses clavicules avant de m’aventurer sur sa poitrine. Elle porte un décolleté prononcé qui m’impose et m’oppose néanmoins la frontière de sa pudeur.

Je voyage alors dans cet univers galbé et sous les encouragements de ses soupirs, j’empiète sur cette terre satinée et sacrée en passant le bout des doigts sous le tissu résistant. Prise de convulsions, elle me serre contre elle. Nos bouches se retrouvent et entament une nouvelle fois leur débat complice. Ses mains m’enserrent le visage et soudain, elle me tend son cou et gémit. Mes lèvres vagabondent et se laissent attirer par le trésor qui orne sa poitrine, ce fameux grain de beauté qui avait déjà attiré mon attention.

Je ne peux plus supporter le tissu auquel mes lèvres font face. Comme dans une valse ordonnée, elle retire rapidement cet obstacle et, en renversant sa tête en arrière, s’abandonne à mes pressions tépides et charnues. Je m’égare inconsciemment sur ce continent de douceur, enfin découvert.

Revenue à elle, elle tire sur ma chemise et son œil malicieux me prévient d’une incursion imminente. Un à un, elle déboutonne les verrous qui renferment mon cœur affolé. Comme pour dissiper un brouillard dense, elle balaie de ses deux mains le coton rayé. Elle pose son empreinte sur mes seins. Un silence immobile tournoie autour de nous. Un de ces silences qui avertit de l’orage à venir.

La chemise glisse le long de mes épaules qu’elle effleure et presse. Tout à coup, elle me prend par la main et m’entraîne dans le couloir sombre où elle demeurait il y a encore quelques instants ou bien il y a une éternité. Déboussolée, je la retiens et la plaque contre la surface froide de ce tunnel ténébreux : « Attends… ». Pas le temps d’hésiter, elle me repousse et me pivote… Aaah ! Un froid terrible et pénétrant s’empare de mon dos. « Attendre quoi ? me rétorque-t-elle, je te veux. »

Ce souffle dans le creux de mon oreille me fait chanceler. Elle le sent et maintient fermement nos mains enlacées. Commence alors une tempête impétueuse, une collision houleuse… et je ne peux qu’abandonner ce flottement prohibé. Définitivement, je renonce à toute forme d’entendement. Elle ondule son buste dénudé sur le mien et convertit ma rigidité à sa souplesse. Dans une osmose sans concession, elle me conduit dans sa chambre, éclairée par une lampe à sel. L’atmosphère embrasée de la pièce projette ce que nos sens transpirent.

Lorsque nous heurtons le bord du lit, nous nous renversons d’un commun accord. Notre tornade file sur l’océan safran des draps et mon corps, métamorphosé en chaloupe, recueille sa gravité. Nos jambes s’entrecroisent et souffrent l’épaisseur du jean. Au loin, nos baisers tumultueux troublent la sérénité du lieu : nous voguons sur les flots blanchissants… sur les vagues déchaînées du désir.

Dans la tourmente de nos caresses, je sens une chaleur terrible se propager entre nos cuisses volubiles. Violette, transie, m’agrippe et se jette en arrière. Je la dévore de baisers en bravant des rafales plaintives. Ivre, ma main s’achemine au gré des vents ardents vers sa ceinture. Débouclée. Mes doigts s’attachent alors à apprivoiser les serrures de sa toile marine, qui abdiquent en un instant. J’ose rompre cette fusion thermique, me relève et libère ses jambes magnifiques de l’écorce rugueuse qui les recouvrait. Je répète la manœuvre et me dévoile devant ses regards lumineux.

Nous voilà presque nues, telles des offrandes réciproques et la douceur de sa peau m’emporte dans un monde séraphique. Mélodie extatique de deux épidermes qui s’entretiennent et se passionnent.

Une accalmie s’empare de nous, débarrassées des carcans et légères comme des cirrus voilés. Contrairement aux ennuis maritimes, nos corps flottent et tanguent sur les ondes chatoyantes. Je me suis allongée près d’elle, versée sur son visage, la tête accoudée. D’un mouvement de bassin, elle se colle contre moi et nous ne formons plus qu’un détroit aux roches mouvantes.

Nous partons en exploration de ces territoires vierges. Les falaises escarpées de nos épaules roulent et s’enroulent. Je veux apprivoiser chaque centimètre de sa peau qui se crêpe et se fronce et bourgeonne sous mes doigts prévenants. Brûlants. Elle s’amuse à tracer des lignes et des arabesques sur ma poitrine et finit par dégager lentement la bretelle brodée qui menotte l’accès à mes seins.

Cette libération m’émeut et je veux aussi délivrer son épaule de ce joug et de tous les autres jougs qui me séparent de sa peau enivrante. D’un claquement de doigts l’accroche s’incline cataclysmique : ses chairs respirent et se détendent. Ma main s’entête et, sans que je ne puisse encore baisser mes regards courtois et discrets, ôte la matière superflue. C’en est trop ! J’explose à la vue de ces boutons roses qui fleurissent sous mes yeux. Il me semble qu’un arôme argenté brille dans le fond de mes narines… Je cède à mes pulsions et me loge au creux de ces monts merveilleux.

Une frénésie incontrôlable m’emporte et s’alimente lorsque Violette laisse échapper quelques sons indistincts au milieu des expirations de plus en plus prononcées. Elle passe ses mains entre mes cheveux et insensiblement me guide sur son plexus, puis sur son ventre que je découvre comme l’on découvre un continent inconnu. Bien sûr qu’elle veut que je poursuive cette descente infernale dans les braises de son désir palpable… mais il est trop tôt.

Je ne m’autorise pas encore le chemin qui mène à ses ruisselantes richesses. Je veux inspecter et prospecter l’étendue de son dos longuement capturé par mes doigts dilatés… Alors qu’elle croit enfin obtenir satisfaction, je la chavire, l’accoste et la domine… Ô merveille hâlée ! Ses omoplates tigrées resplendissent et sa taille subtilement marquée appelle mes baisers.

Je ne peux m’empêcher de griffer amoureusement son dos jusqu’à ses fesses tendres et rebondies. Très rapidement, j’ôte le peu de dentelles qui maquille ma poitrine et fond sur ma proie aux aguets. Je m’arrête à quelques millimètres de sa peau et l’effleure du bout des seins, durcis par l’excitation. Elle pousse un gémissement et serre mes mains enfin prisonnières des siennes. Je sens son bassin bouillonner sous mes cuisses… déflagration instantanée.

Comme répondant à l’appel, mon bassin, tel un balancier, s’ébranle et oscille. Mon sexe gorgé se laisse bercer sous les notes mélodiques de nos corps symbiotiques. Perte de connaissance… hypnose… la pièce tourbillonne autour de nous tandis que monte en moi un chant symphonique. Essoufflée, je me laisse glisser sur le lit.

C’est alors que Violette se dresse et m’habille de baisers mêlés de morsures. Corps vaporeux… poitrines frémissantes… extrémités inquisitrices… tout en ondulant, elle se faufile entre mes courbes et s’engage près du foyer fiévreux et rutilant. Mes membres contractés ne peuvent plus se retenir de rebondir sur les salves du plaisir. C’est à mon tour de tenir du bout des doigts la tête de Violette qui charme l’intérieur de mes cuisses échauffées.

Lorsqu’elle approche son visage, je sens, à travers le tissu tendu, son souffle chaud et humide. Ses lèvres se posent sur mon pubis accueillant, pincent délicatement ma peau encore défendue et s’amusent avec les frontières qui lui sont soumises. Tout à coup, un air frais me saisit : elle a soulevé et repoussé le treillage fin et contemple mon intimité émue. Lorsque nos lèvres se rencontrent pour la première fois, j’ai l’impression qu’elle susurre une formule enchanteresse et que tout mon être s’abandonne à ses ensorcellements.

Je suis otage de ces succions, otage de sa langue impétueuse et infiniment tendre, otage de sa langue qui extravague méthodique dans le chaos de mes sensations. Imperturbable, elle poursuit son œuvre tandis que j’implose, le souffle saccadé, la tête ballottée par les spasmes d’une poitrine sur le point de se déchirer. Mes orteils tyrannisés par des crampes sourdes tentent de résister à toutes les braises nerveuses qui se dispersent dans mon corps et me consument.

Soudain… éclat… débordement… convulsion… commotion… et cette larme qui coule le long de ma joue enluminée. Après ce séisme luminescent, un à un mes muscles s’apaisent et s’oxygènent tandis que Violette me retrouve et me recouvre de tout son être aux abois.

Loin de me perdre de vue dans ces nuées orgiaques, elle ne me laisse pas une seconde de répit et m’embrasse fougueusement… « J’ai aimé ton sexe… J’ai aimé tes cris et tes mots… J’ai aimé tes tremblements… Maëlle… » Sa voix me rappelle à la vie et encore engourdie, je la prends dans mes bras et la serre autant que je le peux, vidée de toute force. Nous restons un moment immobiles, comme si nous avions trouvé dans l’imbrication savante de nos corps satisfaits, l’empreinte que nous voulions laisser de nous au monde. Mais rapidement, je sens ma cuisse devenir le réceptacle sacré de son désir liquoreux. Je succombe alors à cette impérieuse invitation.

Après de doux effleurements le long de ses bras, de sa taille, de son ventre… mes doigts flirtent avec la naissance de ses seins, mes paumes tentent d’apposer leur empire sur ses pommes caramélisées… mais ma bouche ne résiste pas à l’envie de captiver l’île sauvage qui se dresse, inconstante, sous les vents du midi. Ivresse marine… et le courant m’emporte sur l’océan de ces chairs délicieuses.

Voyage insouciant vers cette faille cryptée où se distille un Opium savamment concocté… Impatiemment, j’arrache ses poèmes arachnéens et affronte le pistil qui perle. Cupide, elle tord les draps qui craquent… Non… elle ne me sent pas encore mais me devine face à la clé de voûte, déterminée et contemplative.

« Maëlle… », supplie-t-elle. Conquise, je finis par me soumettre. Je respire ses pétales gonflés et converse dans une langue lunaire avec ses palpitations embaumées. Son bijou devient le centre créatif d’une orfèvre inspirée… et dans un envoutement savoureux, je me perds dans les labyrinthes de son plaisir… Elle gémit, animale. Et ses cuisses indociles se contractent, ses fesses fébriles tremblent… à peine ai-je abordé l’antre inondé, qu’elle explose en Echinopsis Mirabilis*.

Le ciel nocturne s’est fendu sous son cri volcanique, Violette.

*Echinopsis Mirabilis

*Echinopsis Mirabilis

(la suite ici)

Photo de couverture : Man Ray.

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 16.01.2015 - 08 h 20 | 21 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 8)

Ami.e.s Yaggeuses et Yaggeurs, je vous prie d’excuser le délai de publication sur cette nouvelle. J’avoue que les événements récents y sont pour beaucoup. Difficile d’érotiser en ce moment, mais comme il faut continuer à rire de tout, il faut continuer à aimer et désirer ! 

J’ai promis aux plus impatient.e.s d’entre vous une petite surprise sur cet épisode… Et la surprise la voici : depuis quelques temps, Yagg compte une nouvelle plume parmi ses membres. Pour les curieux-ses, vous aurez relevé la création d’un nouveau blog poétique, mais @dwarfy (Jiji pour les intimes) ne s’arrêtera pas là et prochainement, elle devrait à son tour nous régaler de récits érotiques (probablement dans un nouveau blog… 😉 ). Afin de rentrer en contact avec vous et … parce que je traînais trop à vous écrire la suite, c’est donc elle qui reprend le fil de l’histoire, aujourd’hui. Si je publie ce texte, vous vous en doutez, c’est parce qu’il le vaut bien ! Et vous l’apprécierez, je l’espère, autant que moi. Amies lectrices-lecteurs, le meilleur est à venir !!! 

(previously)

Ce que j’entends en revanche, c’est une petite voix enfantine crier « Maman » derrière nous…

Surprise, je me fige un instant… puis de nouveau la voix s’élance du fond du couloir « Maman… Maman… ».

Je commence à comprendre et détecte dans le regard de Violette un certain embarras. « Excuse-moi, c’est… euh… le téléphone… ce sont les enfants qui m’appellent… Il faut que je réponde, c’est le rituel du soir, ils me racontent leur journée… » Tout en se justifiant, elle lâche ma hanche, s’extirpe de mes bras encore pétrifiés et disparaît d’un pas agile dans l’obscurité.

Je demeure interdite une ou deux secondes et reprend du poil de la bête. Je ne vais pas rester plantée là, dans l’entrée, en l’attendant… Je me décide alors à pénétrer dans l’antre intime de cette chère Violette. Le moins qu’on puisse dire, c’est que j’étais loin, très loin d’imaginer que j’explorerais un jour l’appartement de mon inspectrice… Le salon, sobrement meublé, met en valeur des objets colorés et hétéroclites, sûrement récoltés au gré de nombreux voyages dans le monde entier… Ici une tenture orientale dans les tons ocre et orange, là des bibelots africains ou encore cette poterie aux couleurs mexicaines… Au plafond, une lampe marocaine infuse la pièce d’une lumière marbrée et régulièrement teintée : bleu, rouge, vert se succèdent sur les murs habillés.

Je flâne dans le salon et trouve un magazine photo que je feuillette distraitement… Sa voix chaude et profonde me parvient et suffit à chambouler toutes mes perceptions… Le temps me paraît excessivement long ! Comment vais-je survivre à cette attente ? Tout mon corps me lance des signaux électriques. Mon cœur serré semble s’être lancé dans une folle course de formule 1, propulsant mon sang à mille à l’heure. Comme à chaque fois que je vis des émotions fortes, mes chairs s’amollissent et mes membres faiblissent. Je me sens fléchir… ce n’est pas le moment ! Assieds-toi en l’attendant.

Dans le magazine, je tombe sur des photos en noir et blanc… de femmes… ah ben ça, quelle drôle de coïncidence ! Ce n’est pas fait pour calmer mes ardeurs… Ces corps camouflés, déguisés par un simple jeu de lumière suggèrent un monde stroboscopique qui ne se révèle que par éclats et par fragments… hypnotique, envoûtant, excitant… Me promener à travers ces voies évanescentes, investiguer centimètre par centimètre cette peau suave et injonctive… véritable ode aux méandres cambrés… Je devine en me plongeant dans ces portraits le parfum subtilement brodé sur ces étoffes charnelles… À ce moment-là, je me laisse totalement happer par ce mirage de volutes qui me charme et me ravit…

            Soudain, une décharge m’incendie et me désoriente… Sur ma nuque… du bout des doigts, elle est venue se loger dans mes cheveux… mes oreilles calfeutrées bourdonnent comme un essaim insupportable, je vacille… je ne l’ai pas entendue entrer dans la pièce… Elle est toujours au téléphone, dans mon dos, et j’entends la voix fluette qu’elle écoute distraitement. Elle caresse très lentement l’arrière de ma tête tandis que je n’ose bouger d’un millimètre… Si notre baiser interrompu a pu être torride, à présent, je me sens étrangement paralysée… C’est sa douceur qui m’assiège et électrise mon désir. Presque naturellement, elle ajuste mon col de chemise et ces gestes presque insignifiants me font chavirer. Mais qu’est-ce que je fais ici ? C’est une folie ! Une folie furieuse, qui me déchire le ventre et me fourmille dans la poitrine.

            Elle finit enfin par raccrocher, se racle la gorge et s’excuse, la main posée sur mon épaule. Je me retourne alors et la vois me souriant tendrement. Je prends sa main, me lève et l’attire contre moi. Nous sommes calmes… l’infini s’étend devant nous et pourtant nos visages sont proches et se rapprochent. Je sens mon cœur, sonore, frapper ma poitrine à m’en faire mal. Ses mains enrobent mon dos des omoplates aux reins et, comme froissées par une brise, elles tremblent. Nos joues, magnétisées, se frôlent et s’appareillent… Jamais contact n’a été si doux. Nos têtes, lourdes, se balancent dans un mouvement eurythmique, harmonieux et cadencé. Caresses épidermiques presque à l’arrêt, dans l’obscurité des yeux mi-clos, mi-aveugles. Ce ballet délicat déborde… nos lèvres s’effleurent et s’interceptent et s’abordent et s’amadouent et ne se lâchent plus. Un dialogue haletant invite les étoiles qui gravitent, virevoltent et se heurtent en nous… C’est un vertige qui nous étreint : celui de l’intimité offerte, enfin.

(à suivre)

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Oui, l’image est belle et c’est pour vous faire patienter… La suite sera chaude… vraiment chaude !

 

Merci d’adresser vos éventuels compliments et surtout votre… IMPATIENCE à @dwarfy ! 😀

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 02.01.2015 - 18 h 39 | 35 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 7)

(previously)

 

Il y a comme un brin d’euphorie dans l’air. Je n’ai jamais consommé la moindre substance illicite, c’est à peine si j’ose une bière de temps en temps, et pourtant, je suppose qu’on doit ressentir à peu près ça quand on est grisé par l’alcool. Ou peut-être certaines fumées, allez savoir…

C’est une curieuse impression de flottement, comme si le temps passait au ralenti et en accéléré simultanément. La tête me tourne, je sens mon sang affluer dans mes veines et son rythme régulier et profond me berce et me tient éveillée.

Rentrer chez moi, prendre une douche en me débarrassant des résurgences de pilosité inopportune, m’habiller sobrement mais efficacement, prendre quelques minutes pour me maquiller, sans faire plus que pour une journée de cours, chercher à rester moi tout étant aussi à mon avantage que possible… Ne surtout pas en faire trop… Et tout à coup, une question philosophique : que dois-je lui apporter ? Des fleurs ? Trop couru. Des chocolats ? En cette saison de Noël, trop vu. Une bouteille ? Je ne bois pas et n’ai pas envie qu’elle soit éméchée. Je la veux consciente et consentante. Un poisson rouge ? Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice. Un livre ? Evidemment, un livre.

En quête de la perle rare, je promène mon regard le long de mes étagères. J’aime offrir des livres qui ont déjà vécu. Le seul problème, c’est que j’ai bien du mal à me séparer d’un livre que j’ai aimé, et que je ne peux décemment pas en offrir un qui ne m’a pas accrochée. Je me tourne tout naturellement vers la poésie et mon œil est arrêté par un titre, une couleur… Des textes de Paul Eluard illustrés par Man Ray : Les Mains Libres. J’ai adoré ce recueil. Et comme paradoxalement j’aimerais bien occuper mes mains ce soir, je me dis que mon choix est fait. Rapidement, je griffonne une dédicace à l’intérieur de mon plus beau stylo rouge.

En claquant la porte de mon appartement, je ne peux m’empêcher faire un vœu : « Pitié, faites que je ne rentre pas cette nuit… » !

Il est 17h58 quand j’arrive dans sa rue. Je déteste être en retard mais être en avance peut être tout aussi désagréable. J’avance donc très lentement jusqu’à l’entrée de l’immeuble. A 18h précises, mon doigt presse le bouton de l’interphone qui porte son nom. Les quelques secondes d’attente sont insoutenables. J’en tremble presque et sens tout à coup une bouffée de chaleur monter à mes joues et irradier dans tout mon corps.

Des crépitements dans l’interphone me font sursauter. « Oui ? », me demande sa voix légèrement déformée. Comme je m’annonce en essayant d’articuler, j’entends le verrou électrique de la porte se déclencher ainsi qu’un « Quatrième gauche » machinal.

En passant la porte, je suis surprise par le silence qui règne dans le bâtiment. Le hall est chaud, propre et terriblement calme, ce qui marque un contraste perturbant avec le tremblement de terre qui me secoue intérieurement. Ouvrir l’ascenseur et monter dans cette petite cage encore plus close, encore plus calme, encore plus lumineuse me fait prendre une grande inspiration. Non, je ne paniquerai pas. Non je ne suis pas si faible. Elle n’est qu’une femme. Une belle femme, certes, mais je ne la connais pas, elle ne me connaît pas non plus. Je dois temporiser. Relativiser. Rationaliser.

Quand les portes s’ouvrent sur l’étage fatidique, j’ai repris la maîtrise de mon corps, mis de l’ordre dans mon esprit, et c’est d’un pas tranquille que je vais frapper à la porte de gauche.

« J’arrive ! »

Sa voix vient de loin, elle est probablement à l’autre bout de l’appartement et j’entends son pas précipité approcher de la porte. Je racle ma gorge, ajuste ma veste, et quand la poignée s’abaisse énergiquement, elle apparaît.

Ses cheveux sont détachés et tombent follement sur ses épaules. Quelques mèches se sont glissées dans le décolleté vertigineux de sa chemise. Si elle est essoufflée, elle essaie de le cacher et son sourire accueillant se fige à ma vue, comme si elle s’apprêtait à dire quelque chose de chaleureux, et tout à coup… le silence. Ne sachant pas quoi dire, je lui souris timidement, ne perdant pas une miette des micro-expressions de son visage. Son corps tout entier s’est immobilisé, seuls ses yeux frémissent. Ils parcourent l’ensemble de ma personne, s’attardant ici ou là, trahissant un désir saisissant. Les miens sont rivés sur sa bouche. Ils s’y sont accrochés et refusent de m’obéir. Je n’ose quasiment plus respirer.

Temporiser ? Relativiser ? Rationaliser ? Si je ne peux pas l’embrasser dans les trois secondes, je vais mourir, c’est sûr.

En supplice ultime, sa langue vient humecter sa lèvre inférieure et dans un raclement de gorge, elle me tend enfin une main pour m’inviter à entrer. Ses doigts sont chauds, les miens me brûlent. Retrouver sa peau, c’est réaliser le temps perdu loin de sa caresse. Nos mains s’étreignent, elle pivote pour me laisser passer et referme la porte derrière moi. Je ne l’entends pas claquer, je suis déjà dans ses bras, sa bouche posée sur la mienne, emportée par notre baiser.

Ce que j’entends en revanche, c’est une petite voix enfantine crier « Maman ! » derrière nous…

(la suite ici)

 

ET UNE BONNE ET BELLE ANNEE A TOUTES ET TOUS !!!

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Photopoésir | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 14.12.2014 - 19 h 07 | 36 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI (Ep. 6, le vrai)

(previously)

 

Pendant toute ma jeunesse, je me rappelle m’être questionnée sur ce qui fait de nous des « adultes ». Bien avant ma majorité, j’avais conscience du fait que je ne me réveillerai pas au matin de mes dix-huit ans en ayant brusquement gagné, autrement qu’au regard de la loi, ce grade tant espéré. J’ai plus de trente ans aujourd’hui, et si légalement j’ai le droit de conduire, de voter et de payer des impôts, je ne sais toujours pas ce que veut dire « être adulte ». Je croyais le savoir hier encore. Hier, j’étais quelqu’un de responsable, de bien ancré dans sa vie, avec la pointe de folie nécessaire pour ne pas devenir trop ennuyante. Hier, je savais qui j’étais et ce que je voulais faire de ma vie.

Mais hier, j’ai rencontré Violette.

C’est fou comme une simple rencontre peut faire voler votre vie en éclat… Enfin, la rencontre aurait été bien plus « simple » si elle ne s’était pas soldée par cette accidentelle collision de nos lèvres, ce déconcertant télescopage de nos langues, ce mariage frénétique de nos souffles…

Depuis, je n’arrive plus à penser à autre chose. Rien d’autre que l’odeur enivrante de ses cheveux et celle, plus subtile, de sa peau fraîche. Rien d’autre que le grain subitement plus foncé de ses iris, acérés par le désir, aussi étouffé soit-il. Rien d’autre que ces petits détails bouleversants : la mèche indisciplinée que mes doigts n’ont pas osé ramener derrière son oreille, le décolleté accentué de sa chemise qui m’a brièvement permis d’entrevoir un grain de beauté émouvant sur son sein gauche, la courbe atypique des commissures de ses lèvres, trahissant une exceptionnelle propension au sourire… Et quel sourire !

Je ne me remets pas de son goût, cueilli dans l’intimité partagée de sa bouche, ni de la caresse unique et sublime de ses doigts, de sa paume sur ma joue bienheureuse.

J’ai beau avoir lu, étudié, analysé, décortiqué des dizaines, des centaines des milliers de pages sur l’amour et le désir… Dès lors qu’il s’agit de le vivre, il n’est plus question de connaissance. L’expérience est aussi inutile que mes lectures. L’âge adulte est une chimère : ne reste que cette euphorie adolescente qui donne à ces fragments de souvenirs, tout chauds encore, la violence tragique de la passion.

Et rien n’est plus traître que la passion. Je le sais. J’en garde des cicatrices. Où est donc passé mon bon sens ? Mon cynisme ? L’amertume de ces dix dernières années de blessures, d’espoirs déçus ?

Si j’étais vraiment adulte, une Mme Paulin ne suffirait pas à ébranler tout ça. Si j’étais adulte, je serais rompue à ces assauts de désirs, je serais blindée contre toutes les Mme Paulin de la Terre, je me serais séparée de cette stupide vulnérabilité, j’aurais perdu mon… humanité ?

C’est ridicule. Ce n’est pas ce que je veux vraiment. Ce n’est pas ça être adulte. On ne devient pas une machine quand on est adulte, mais on se connaît. On se connaît suffisamment pour s’accepter avec ses forces et ses faiblesses. Je suis adulte, nom de…

Et Mme Paulin est ma faiblesse.

L’accepter ? Pourquoi pas. De toute façon, qu’est-ce qui peut m’arriver au pire ? Me faire piétiner ce qu’il reste de ma fierté et de mon cœur ? Que vaudrait la vie si elle n’offrait pas de tels risques ?

« Madaaaaaaame, il reste combien de temps ?

– Il vous reste un peu moins de cinq minutes.

– Nooooooooon !

– Si.

– On peut rester pour finir pendant la récré ?

– Je vous laisserai une minute ou deux pour finir, mais pas plus ». Ma bonté me perdra.

Devant les rumeurs naissant dans la classe, je retrouve ma concentration et jette quelques regards orageux en travers de la classe pour dissuader les bavardages en plein contrôle. A la sonnerie, une bonne majorité des élèves se lève comme un seul corps et vient déposer les fruits de ce dernier mois de cours sur mon bureau. Les retardataires terminent à la hâte alors que je les presse, distraitement.

La journée s’est écoulée à la fois très rapidement et d’une insupportable lenteur. Il est 16h pile quand je ferme enfin la porte de ma salle et ce jusqu’à lundi. Dans cinq minutes, les couloirs seront à nouveau envahis : il me faut sortir, et vite. Je n’aime pas la cohue qui règne aux intercours. Le bâtiment est vieux, sans doute pas conçu pour accueillir autant d’élèves. Lorsque deux classes attendent devant des portes qui se font face, il est quasi impossible de passer au travers sans en garder des séquelles physiques.

Je me hâte donc de retrouver mon casier en salle des profs. Par réflexe, je vérifie que rien n’y a été déposé avant de m’échapper. J’ai l’habitude d’y récupérer des copies en retard (plus rarement en avance) ou les sempiternels documents administratifs qui nous sont distribués quasi quotidiennement. Cette fois pourtant, mon regard hâtif est arrêté par une simple feuille A4 pliée en deux, qui laisse voir mon nom manuscrit en lettres capitales sur le dessus.

Intriguée, je m’en saisis et l’ouvre. Les initiales qui me sautent aux yeux en bas de page emballent mon rythme cardiaque : V.P. Sans respirer, je dévore ces quelques lignes : Maëlle, je crois savoir que vous finissez à 15h50 le vendredi. Je n’ai pas beaucoup de temps mais je vous attends dehors. Il faut que je vous parle.

A ma montre, il est 16h03 et je panique. Raaaaaah ! Je viens de perdre les treize minutes les plus précieuses de ma vie ! Vite, je referme mon casier et me précipite dans les escaliers. J’ai l’impression que traverser la cours me prend une éternité et avant même de passer les grilles, je la cherche parmi la foule lycéenne amassée sous un énorme nuage de fumée. Quand le portail se referme derrière moi, la cloche retentit. Dans un râle général, les cigarettes s’écrasent à terre et se piétinent, et un mouvement de masse manque de m’entraîner à nouveau à l’intérieur. Sans voir à un mètre devant moi, je bouscule et me fraie tant bien que mal un passage jusqu’à pouvoir à nouveau respirer et jeter un œil inquiet autour de moi. Mes yeux se posent sur elle au moment même ou mon pied se prend dans la sangle fourbe d’un sac abandonné au sol. Rattrapée au vol par le propriétaire coupable, un élève de deux têtes plus grand que moi qui, en me reconnaissant, s’excuse aussitôt et libère mon bras, je ne rate rien du sourire amusé de Violette qui me rejoint d’un pas léger.

Ses cheveux sont ramassés et tenus à l’aide d’un crayon savamment planté et sa chemise, plus transparente que celle d’hier, laisse deviner le galbe délicat de ses seins, sculptés par un soutien-gorge joliment travaillé. Son tailleur strict s’est effacé au profit d’une simple paire de jean’s qui moule délicieusement la rondeur irréprochable de ses fesses et le fuselage parfait de ses jambes. En une fraction de seconde, mon esprit, qui a gravé jusqu’au plus infime détail de cette nouvelle apparition, décide qu’elle est encore plus belle aujourd’hui.

« Ça va, me demande-t-elle toujours en souriant, vous ne vous êtes pas fait trop mal ?

– Non, non. C’est juste mon ego qui en prend un coup… Je suis désolée d’être en retard, je n’avais pas vu que… Et puis il y avait ce fichu contrôle… Et puis…

– Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas grave. Je suis contente de pouvoir vous voir. »

Son regard est chaleureux et timide en même temps. Je ne sais pas trop quoi faire ni quoi dire. Quand son bras saisit mon épaule et que je vois son visage s’approcher du mien, mes jambes s’amollissent subitement. Heureusement, ce sont mes joues que ses lèvres viennent chercher. Le contact n’en est pas moins bouleversant et s’attarde juste un peu plus que de raison au cours de cette bise informelle. Autour de nous, les élèves se sont faits rares. Ne restent que ceux qui attendent leurs parents en pianotant sur leurs smartphones.

Je les devine plus que je ne les vois car mon regard se perd dans celui de Violette. Le silence entre nous est un puissant vecteur de désir. En une fraction de seconde, ses yeux s’assombrissent et sa main, qui a glissé sur mon bras, se resserre dans une étreinte fiévreuse. Je dois lutter de toutes mes forces pour ne pas me jeter à son cou, là, devant tout le monde et sans le moindre scrupule, lutter pour ne pas poser mes yeux sur ses lèvres car je sais que je ne pourrais pas résister à l’envie dévastatrice de l’embrasser.

D’un raclement de gorge, elle se reprend avant moi :

« Je n’ai que quelques minutes, je dois récupérer les enfants à la sortie de l’école mais… J’aurais voulu…

– Oui ?

– Il faut que je vous parle. Mais pas ici.»

D’un geste sûr, elle passe son bras sous le mien et m’entraîne d’un pas rapide à l’abri des regards indiscrets. Arrivées dans une petite rue perpendiculaire à celle, trop fréquentée, qui passe devant le lycée, elle me pousse gentiment dans le renfoncement d’une entrée d’immeuble. Comme lorsqu’elle a évité mon baiser hier, elle maintient mes épaules contre un mur, à la distance raisonnable mais insuffisante de ses bras tendus.

« Maëlle, commence-t-elle, il faut que je vous dise…

– Oui ?

– Je… Je sais que ça ne se fait pas, que je ne devrais pas mais…

– Mais ? »

Son souffle est court, presque autant que le mien. Je sens mon cœur qui essaie de s’échapper de ma cage thoracique, le bougre. Suspendue à ses lèvres, je fais la bêtise ultime : je les regarde. Elles ne tremblent pas comme je soupçonne les miennes de le faire, mais elles ne sourient pas non plus. Leur gravité, leur tendresse charnue, leur entrouverture sensuelle me submergent de désir. Ses mots seuls me permettent de patienter… Il faut qu’elle parle.

« Nous devons parler. Il le faut absolument parce que voyez-vous, depuis hier je…

– Depuis hier, il le faut, oui, pour moi aussi.

– Je sais.

– Mais j’ai… Est-ce que je peux… Je vous en prie… »

Mes yeux ne se détachent pas de ses lèvres et les mots se dispersent dans ma gorge. Les mots n’ont plus leur place. J’ai tellement envie de l’embrasser que mes mains viennent trouver ses hanches et traduisent mon désir. Quand à son tour elle se met à fixer ma bouche, je sais que j’ai gagné. Ses mains quittent mes épaules pour se saisir de mon visage et je retrouve, émue, la caresse indicible de ses doigts. Son corps tout entier vient se fondre contre le mien et notre baiser affamé se fait étreinte, chaleur, électricité.

Impossible de savoir combien de temps s’écoule alors. Tout ce que je sais, c’est que j’en veux bien plus. Je ne serai jamais rassasiée de ses baisers et mon corps tout entier brûle d’explorer le sien.

« Attends, me dit-elle brusquement, attends. J’étais venue pour te dire… Pour te proposer de…

– Oui, tout ce que tu veux.

– Attends, me dit-elle en riant, attends. Sois sage une minute », me supplie-t-elle alors que mes mains curieuses cherchent à dessiner ses courbes, que mes lèvres se tendent à nouveau vers les siennes. Docile malgré moi, je me fige dans une expectative insupportable.

« Je dois aller chercher mes enfants… Mais ce soir, je les dépose pour le week-end chez leurs grands-parents. Est-ce que tu voudrais…

– Dis-moi juste où et quand !

– Eh ! On se calme, hein, je voulais juste qu’on se retrouve pour discuter !

– On pourra discuter aussi, si tu veux ! »

Comme je lui fais mon plus beau sourire, elle éclate de rire.

« D’accord, je crois que je ne suis pas crédible avec ma discussion… N’empêche que j’aurais voulu en parler. Je n’ai pas pour habitude de…

– Moi non plus, je t’assure.

– Alors, tu veux bien ?

– Qu’on en parle ?

– Qu’on se retrouve ce soir… et qu’éventuellement, on en parle, oui… »

Son sourire entendu me fait littéralement fondre. Plus sérieusement, je reprends :

« Je crois qu’une discussion s’impose en effet. Parce que tu vois, j’ai un sérieux problème de concentration depuis hier. Ça nuit gravement à mon travail. Il faut que j’en parle à mon inspectrice.

– Ah ! S’il s’agit en plus d’une question de conscience professionnelle, ça devient un cas de force majeure. C’est urgent. Qu’est-ce que tu penses de chez moi, à partir de 18h ? Je devrais être rentrée…

– Chez toi ? »

J’essaie de ne pas m’étrangler, à la fois intimidée, curieuse et impatiente. « D’accord », dis-je précipitamment, de peur qu’elle ne change d’avis. « Et c’est où exactement, chez toi ?

– Juste à côté, au 25 de la rue B******.

– J’y serai à 18h.

– Je… d’accord. Il faut que je file », me dit-elle en consultant sa montre.

C’est une manie, visiblement. Comme elle se retourne, prête à me laisser là, pantelante et pleine d’espoir, ma main retient fermement son avant-bras. L’estomac noué de désir et de frustration mélangés, j’ose un : « Attends, j’ai juste deux mots à te dire…»

Dans un sourire complice, sa bouche vient recueillir mes paroles directement à la source. Ce baiser, quoi que bien trop rapide à mon goût, me promet, outre les deux heures d’attente les plus longues de ma vie, tout un univers de plaisirs que je n’aurais jamais cru envisageables il y a quelques minutes à peine.

La voir partir à nouveau est un supplice. Un supplice qui cette fois ne me laisse aucunement perplexe. Au contraire. Je n’ai jamais été aussi sûre de ce que j’avais à faire. 16h15 à ma montre : il ne me reste pas même deux heures pour rentrer chez moi, prendre une douche, me rendre aussi douce que possible et revenir ici pour… discuter avec mon inspectrice !

Ah ! Être prof, quel sacerdoce ! Que ne serait-on prêt à faire par acquis de conscience professionnelle ?

(la suite ici)

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APPRENDS-MOI… (ep. 5)

(previously)

La salle du restaurant est étonnamment paisible compte tenu de l’heure. Jamais je n’aurais su trouver un coin pareil et pourtant, cela va faire deux ans que j’enseigne dans cette maudite ville. J’ai écumé tous les points de ravitaillement autour de mon établissement en quête d’un lieu tranquille pour avoir une vraie coupure entre midi et deux, mais jamais je ne serais allée aussi loin, ni dans cette petite ruelle improbable.

En acceptant de déjeuner avec elle, j’espérais que mon inspectrice ne se contenterait pas d’un repas à la cantine. C’est elle même qui, alors que nous nous engagions dans le couloir tout à l’heure, m’a proposé cette bienheureuse alternative. Soulagée de ne pas avoir à affronter les élucubrations culinaires de notre néanmoins sympathique équipe du réfectoire, ni le brouhaha indigeste de l’immense salle bondée, j’ai acquiescé à sa première proposition : un modeste italien à quelques minutes de là.

Il nous a bien fallu un petit quart d’heure de marche pour arriver dans ledit italien. Un quart d’heure pendant lequel aucune de nous n’a osé dire mot. Nous avons cheminé l’une à côté de l’autre, croisant nos regards à chaque intersection, à chaque contournement d’individu venant en sens contraire ou borne obstruant le trottoir, et à chaque arrêt ou ralentissement, l’une de nous esquissait un geste vers l’autre, comme pour éviter de nous perdre. A mesure de notre progression, je constatais que nous nous rapprochions subrepticement. Son pas était régulier et s’accordait au mien. J’imaginais stupidement sa main dans la mienne, non sans me morigéner aussitôt. Je n’avais pas faim. Je ne voulais pas arriver à destination. Je voulais marcher encore, avec elle à mes côtés. J’aurais voulu lui parler, mais qu’aurais-je pu lui dire qui soit plus subtil que ce silence complice entre nous ? Un silence traître. Un silence plein d’espoir.

Il m’a semblé reconnaître une sorte de déception dans son regard quand elle s’est arrêtée aux portes du restaurant. Nous nous sommes installées, toujours en silence, mais non sans sourire courtoisement à notre serveuse. Celle-ci la connaissait, vraisemblablement, ou du moins, se souvenait d’un de ses précédents passages. Evidemment, comment l’oublier ?

Pendant une seconde, mon estomac s’est noué. Mon radar, pourtant complètement obnubilé par mon escorte, s’est emballé à la vue de notre hôtesse. Son look, sensiblement androgyne, n’en disait pas autant que ce petit air approbateur qu’elle a partagé avec mon inspectrice, son regard allant d’elle à moi, de moi à elle, dans un sourire croissant. Je ne saurai dire ce qu’elle approuvait : ma modeste personne ? Le couple que nous formions ? Le défi que je représentais dans son désir de conquérir les faveurs de Mme Paulin ? Un instant, je me suis sentie troublée. Je ne me suis jamais estimée de taille à lutter contre ces demoiselles aux dents longues, qui d’un seul regard assujettissent des peuples entiers.

Amère et surprise par la violence de ma réaction, je me suis relevée aussitôt, m’excusant auprès de Violette, invoquant l’impératif lavage de mains avant manger. Délaissant immédiatement les regards peut-être complices de notre serveuse, elle s’est proposée de m’accompagner, m’emboîtant tout de suite le pas.

Les toilettes offrent un espace exigu et pour accéder en même temps au lavabo, nos épaules n’avaient d’autre choix que de se frôler. La minute était délicieuse mais si intense que j’avais l’impression qu’elle pouvait entendre les battements de mon coeur sourdre en échos affolés à travers la minuscule pièce. A plusieurs reprises, nos doigts se sont rencontrés dans la sensualité humide et enivrante de nos ablutions. Peut-être l’ai-je fait un peu exprès… et sans doute elle aussi.

Nous venons juste de regagner nos places et mes jambes, qui fort heureusement n’ont plus à me porter, se sont mises à trembler. Sous la table, je sens son pied rejoindre le mien, sans ambition apparente. Dès lors qu’il accoste ma chaussure, il reste là, immobile, serein, comme s’il était à sa place. Paradoxalement, sa présence apaise d’emblée mes tremblements.

La serveuse revient à la charge, nous gratifiant de ses plus beaux sourires. Elle nous tend les cartes que nous survolons distraitement. Comme elle reste plantée là, nous choisissons rapidement, replions les cartes et les lui rendons dans un poli « merci » entonné de concert. J’attends que nous ayons retrouvé notre intimité pour lancer un courageux :

« Alors ?

– Alors… Hum. Je suppose que vous voulez parler de votre prestation de tout à l’heure…

– Je ne sais pas si on peut parler de prestation, dis-je en souriant, surtout si c’était si désastreux !

– D’accord, alors soyons sérieuses quelques minutes ».

Son regard plonge dans le mien et me traverse. Je sens cette douce chaleur partout autour et à l’intérieur de moi, qui irradie et s’amplifie, qui m’enveloppe et me protège tendrement. Pourtant, je ne me suis jamais sentie autant en danger… Comme je reste suspendue à ses lèvres, elle poursuit :

« Je pense que vous savez très bien que ça n’était pas si désastreux. Sur un plan humain, vous savez captiver les foules ». Ses yeux quittent les miens pour se concentrer sur ses doigts qui tordent sa serviette sur la table. Elle réprime un sourire, inspire et reprend :

« Sur un plan méthodologique, étant donné la séance en question, je n’ai pas grand chose à dire non plus. Nos directives sont d’insister sur la diversité des supports et, vu le plan de séquence et les infos que vous m’avez fournies, je sais que vous n’êtes pas à la traîne…  »

Au fur et à mesure de son discours, je me détends un peu. J’écoute presque attentivement ses réflexions et constate avec un certain plaisir que, même si elle modère ses éloges, l’inspectrice académique en elle n’a pas relevé d’entorse majeure aux pratiques règlementaires de l’enseignement des Lettres dans mon cours. Je ne réalise le silence que lorsque ses lèvres cessent de bouger depuis trop longtemps à mon sens. Le charme est rompu. Je dois dire quelque chose.

Je rassemble mes esprits et me laisse gagner par une bouffée de fierté de rigueur :

« En gros, selon vous, je fais l’affaire…

– Et quelle affaire… »

Elle a prononcé ces mots si faiblement que je les ai lus sur ses lèvres plus que je ne les ai véritablement entendus. C’est le moment que choisit la serveuse pour nous apporter nos plats. Elle les dépose sous nos regards confus et annonce triomphalement le contenu de nos assiettes. Devant notre manque de réactivité à l’égard des plats, elle s’éclipse encore trop lentement à mon goût.

Je brûle de lui demander pourquoi ce déjeuner, mais je me dis qu’il serait bas de ma part de l’acculer ainsi. Je ne veux pas me faire passer pour plus idiote que je ne suis… ou pire, plus désespérée. Entre nous, la tension devient palpable. Nos repas laissent s’échapper quelques salves de fumée et pendant une seconde, l’image d’une scène de duel dans un vieux western jaillit et manque de me faire exploser de rire.

« Si c’est tout ce que vous aviez à me dire, je suppose que nous pouvons manger tranquilles. Merci en tout cas. Je ne pouvais pas rêver d’une meilleure inspection.

– A croire que je ne suis pas un monstre finalement… Même avec vous. »

Je dois mordre mes lèvres pour retenir une réplique un peu trop audacieuse. Surtout, ne pas succomber à la provocation. Je me contente d’un sourire entendu.

L’ambiance s’apaise légèrement et nous nous saisissons de nos couverts. Comment vais-je pouvoir avaler quoi que ce soit ?

Pendant le repas, qui me surprend agréablement en saveur mais que mon estomac noué ne peut ingurgiter que partiellement, nous échangeons courtoisement sur nos expériences professionnelles, que nous ponctuons chacune de petits indices personnels. Au fil de la conversation, j’apprends ainsi qu’elle a enseigné une quinzaine d’années avant d’obtenir, il y a deux ans, son poste d’inspectrice académique. J’en conclus qu’elle a effectivement dans les quarante ans. Elle est bretonne, très attachée à ses origines (comme tout breton) mais elle a migré dans le Sud, visiblement pour fuir quelque chose. Elle vit en ville depuis deux ans, mais rêve de s’en éloigner mais « avec les enfants, l’école, tout ça, ça n’est pas envisageable dans l’immédiat ». Des enfants ?!

Je vois bien qu’elle guette ma réaction en prononçant ces mots, mais si je suis surprise, ça n’est qu’agréablement. Je me contente donc d’acquiescer en souriant à son propos et m’enquière de l’âge et des noms desdits bambins.

« Charles a six ans et Loris, bientôt dix.

– C’est mignon, dis-je. Et… ont-ils un père ? »

J’ai l’impression de marcher sur des oeufs. Décidément, cette femme me plaît et la savoir mère me la rend plus intéressante encore. Mais s’il s’agissait d’une femme heureuse en ménage avec son cher mari (bien que tout dans son comportement avec moi indique le contraire), ce serait la fin des haricots. A l’évocation de cet éventuel papa, un voile triste passe devant son regard, sans s’y attarder.

« Ils n’en ont plus, non. Mais ils vous diraient que je suis bien assez casse-pieds pour deux ! »

Je ne sais que penser de cette réponse et je suis presque soulagée lorsque la serveuse vient débarrasser notre couvert. Je veux poursuivre la conversation, je voudrais parler avec elle toute la journée, l’abreuver de questions… Mais surtout je voudrais prendre sa main. Je la contemple, abandonnée sur la nappe blanche, nue et immobile. Mon esprit, insolemment frivole, imagine la suavité d’une caresse sur cette main, de ma paume la recouvrant puis glissant sur elle jusqu’à ce que mes doigts s’entrelacent aux siens. Et mes lèvres sur cette peau tendre et délicate…

Déclinant toutes deux le dessert, nous ne refusons pas le café. Comme j’hésite à poursuivre sur ce terrain personnel, elle s’excuse et se lève gracieusement pour se diriger vers les toilettes. Pendant une seconde, j’ai envie de la suivre juste pour le plaisir de me retrouver à nouveau dans l’exigüité de la pièce à ses côtés… et qui sait ?

Mais non. Je suis raisonnable et je profite de ces précieuses minutes pour faire le point. Même si je suis loin d’avoir tendance à draguer tout ce qui bouge, je sais que nous flirtons et je sais que j’en veux plus. Pourtant, une petite alarme intérieure m’interpelle. Elle a des enfants. Je n’avais jamais désiré de femme-mère auparavant. Quelque part, je trouve ça complètement sain. Elle est une femme dans tout ce qu’il y a de plus complexe, beau, substantiel et… attirant. Oui, mais elle a des enfants. Si ça la rend encore plus sexy à mes yeux, je me dis que je dois faire attention. Je n’ai pas pour habitude de prendre les femmes à la légère, mais avec elle, je ne veux m’autoriser aucun faux pas, aucune légèreté. Je ne sais pas ce qu’elle attend. Peut-être rien ou pas grand chose. Peut-être que justement, elle ne souhaite qu’une rencontre ponctuelle, sans prise de tête.

J’essaie de me faire à l’idée de n’être qu’une friandise sexuelle de passage… Je n’aurais rien contre, évidemment, mais j’ai du mal à envisager d’être repue d’elle en une seule fois. C’est drôle de penser au désir, drôle de dériver sur des images, des envies, et se laisser glisser sur des torrents de passion. Qu’est-ce que la passion ? Le désir ? L’amour ?

Je n’ai plus quinze ou vingt ans. Ma vie sentimentale, chaotique malgré des relations essentiellement longues, m’aura au moins appris à être circonspecte en matière de désir. Pourtant je m’étonne encore de ses ravages. Une femme me trouble et toute cette soi-disant expérience est remise en question. Si je n’y prends pas garde, bientôt je vais parler de coup de foudre !

Elle réapparait dans la salle au moment où on nous dépose les cafés.

Non, un coup de foudre, lui, a au moins la décence d’être suffisamment désagréable pour ne pas qu’on ait envie d’y regoûter. Or, là, je ne me lasse pas de la regarder. J’en veux plus, incontestablement.

Et la bougresse a pris les devant : je note avec gourmandise qu’elle a accentué son décolleté en ouvrant un bouton supplémentaire. Sa gorge trahit maintenant la naissance irrésistible d’un sillon subtilement creusé entre ses seins. Je tente de maîtriser les réactions instinctives de mon corps. Une nouvelle fois, mes propres tétons se manifestent ostensiblement, se contractant sous la houle de désir qui vient s’échouer en vagues chaudes et humides entre mes cuisses. Je réprime à grand peine un grognement primaire et m’efforce de détacher mes yeux de cette diabolique tentation. Pendant une seconde, je ris sous cape : je veux être Eve condamnant l’humanité à son triste sort si je peux succomber au péché de ces pommes-là.*

Je ne sais si c’est à cause de son audace poitrinaire, mais ses joues rosissent quand elle plonge à nouveau son regard dans le mien. C’est irrésistible. Pourtant, il faut résister !

Nous buvons notre café en essayant de meubler le silence par un échange amical, insidieusement entrecoupé de regards lourds de sens.

Quand on nous apporte l’addition, nos mains se rejoignent au-dessus de la coupelle. Elles s’arrêtent à quelques millimètres à peine l’une de l’autre puis se trouvent, feignant l’innocence d’un mouvement involontaire. Ses doigts caressent les miens avec une délicatesse insupportable et j’ai l’impression d’être une statue de cristal que l’on vient de briser, n’attendant qu’un souffle pour m’éparpiller à travers la pièce.

« Maëlle ? »

Sa voix est rauque, ses yeux ne quittent pas nos doigts. Quelque part, tout au fond de moi, un géant de chair est en train d’essorer mes organes. Je suis incapable de parler. Ma gorge laisse s’échapper un « hum » interrogatif. Je suis suspendue à ses lèvres une fois de plus. J’ai tellement envie de l’embrasser que ça doit ressortir en lettres de feu sur mes joues. Les flammes brûlent et consument mes oreilles et la pointe de mes seins, mais sous ses doigts, la chaleur est d’une douceur indicible.

D’un raclement de gorge, elle se reprend se précipite dans un « Non, rien… », terriblement frustrant.

Comme répondant à un influx nerveux indépendant de mon cerveau, ma main saisit la sienne, interrompant les frôlements délicieux de ses doigts. Le contact est superbement charnel, d’une sensualité à couper le souffle. Ses doigts se referment sur les miens dans un abandon délicieux.

Mais quand son regard croise à nouveau le mien, j’y lis une peur brutale et une sorte de douleur bien trop vive pour que je n’en tienne pas compte. Une claque ne m’aurait pas fait plus mal. A regret, je libère sa main aussitôt et me lève en disant :

« Il faut y aller. On peut payer au comptoir. »

Elle se lève à son tour et me suit sans hâte. A peine sommes-nous sorties du restaurant que je sens sa main agripper l’extrémité de ma manche.

« Merci, me dit-elle en me regardant avec une intensité insoutenable.

– Ah… euh… merci à vous, pour le débrieffing.

– Non, je veux dire… Enfin… Merci. »

Je ne sais pas si je comprends bien de quoi elle me remercie, mais je décide de ne pas faire durer cette seconde qui semble toujours pénible pour elle. Je tente de faire le vide dans ma tête et oriente mes pas vers le lycée. Elle me talonne.

Nous n’avons pas fait 200 mètres quand à nouveau, elle attrape le bout de ma manche. Je m’arrête tout net et l’interroge du regard, l’estomac vrillé par le désir… et une tristesse amère, violente. D’une petite voix, elle me dit :

« Je vais continuer par là, j’habite deux rues plus bas.

– Oh… Dans ce cas… »

Je tente de cacher ma déception, sans grand succès je le crains et lui tends ma main en guise d’au revoir. S’apercevant de ma déconvenue, elle me sourit avec toute la bienveillance du monde. Retenant soudain l’élan de sa main qui s’apprêtait à saisir la mienne, elle la porte directement à ma joue, caressant de sa paume soyeuse ma peau incandescente.

Confuse, éberluée, je ne sais plus ce qui m’arrive ; je sais que mon regard en dit long, que je n’arrive pas à le détacher de ses lèvres, que mon coeur menace de faire exploser ma poitrine et que je suis totalement pétrifiée. De son pouce, elle vient jouer avec la fossette qui creuse alors ma joue bienheureuse. De sa main libre, elle vient attraper mon bras toujours naïvement tendu et le ramène jusqu’à sa taille. Ma main se pose tout naturellement sur sa hanche juste au moment où sa bouche vient chercher la mienne dans un baiser. Je sens sa poitrine s’écraser voluptueusement contre la mienne et quand mes lèvres s’ouvrent aux siennes, c’est sans la moindre pudeur, sans le plus infime compromis. Elle s’abandonne à ce baiser d’autant plus délicieusement qu’elle en a été l’instigatrice et nos souffles s’emmêlent jusqu’à impliquer nos langues. L’intimité que nous nous avouons alors et le désir qui transpire de notre étreinte nous entraînent pendant quelques secondes encore aux frontières du plaisir.

Quand sa main curieuse vient s’immiscer entre nos ventres pour remonter jusqu’à mes seins, je sursaute au passage de ses doigts sur mon téton douloureux, rompant malencontreusement le contact de nos bouches.

Réalisant subitement qu’elle était sur le point de me toucher aussi impudiquement en pleine rue, elle bondit en arrière. Comme si mon corps ne tolérait pas cette brusque distance, j’esquisse un pas vers elle. Un pas qu’elle stoppe en maintenant mes épaules à distance de ses bras tendus. Son sourire et l’envie qui embrase ses yeux me laissent doublement insatisfaite. « Ô femme ! femme ! femme » dirait Figaro… Cruelle plus que décevante à cette minute !

« J’avais raison sur vous depuis le début, dis-je faussement fâchée, vous êtes dangereuse. Monstrueusement dangereuse.

– Pas autant que vous, je le crains », me répond-elle sur le même ton.

Faisant mine de s’éloigner à reculons, elle consulte sa montre et ajoute un très suspect : « Il faut que je file ».

Incrédule, je m’apprête à m’insurger quand, revenant sur ses pas, elle se saisit à nouveau de mon visage vulnérable, y dépose un baiser presque chaste cette fois, me sourit magnifiquement, m’embrasse bien plus langoureusement et profondément, puis plongeant son regard dans le mien, elle ose un : « Soyez sage, madame Costa ! »

Hors d’haleine, frustrée, impuissante, je la regarde s’éloigner d’un pas rapide.

 

(la suite ici)

 

* A la rédaction de ce paragraphe, ce fut THE REVELATION : Eve était lesbienne !!! Peut-être est-ce là l’origine de certains déchaînements haineux à l’encontre des homos… 😀 😀 😀

 

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APPRENDS-MOI… (ep. 4)

(previously)

 

Comme tout le monde est enfin installé, que les présentations avec « la dame qu’on ne connait pas dans la classe » sont faites et que l’appel a révélé un taux nul d’absentéisme (phénomène rare, mais pas exclu, la preuve !), le cours peut commencer.

C’est drôle… Je repense subitement à ma toute première heure devant une classe. Etant d’un naturel plutôt réservé, j’avais bien eu quelques secondes d’appréhension avant de prendre la parole devant mes ouailles de l’époque. Aujourd’hui encore, à chaque rentrée scolaire, la même tension (en version atténuée) me saisit les entrailles dans les premiers instants, comme si les vacances suffisaient à me faire perdre ma contenance et ma pertinence professorale. Mais dès que le cours commence, la tension disparaît… d’habitude.

« On reprend Le Mariage à la page 195 pour ceux qui ont la même édition que moi. Je vous avais demandé de réfléchir aux axes pour une lecture analytique. Des idées, quelqu’un ? »

Les mots sont là, les gestes aussi, la concentration n’est pas loin, mais le tout me paraît bien fragile… Surtout, ne pas la regarder. Elle s’est installée dans les rangs du milieu, à côté d’une élève solitaire. Sans doute pour lui demander de jeter un oeil à son classeur… Elle me regarde, je le devine. J’essaie de rester focalisée sur mes élèves qui, adorables, m’offrent une forêt de mains tendues. Le cours s’anime, je peux enfin rentrer dans mon personnage.

Comme à mon habitude, j’arpente la salle de façon aléatoire au gré des remarques sur le monologue. Les jeunes ont travaillé, j’en suis assez fière. En deux temps trois mouvements, le plan du commentaire est fixé et nous entamons la construction d’une introduction type, en préparation du Bac. Devant la réactivité de la classe, je me détends légèrement et pendant quelques secondes, j’en oublie sa présence dans la salle. Mon enthousiasme, débordant dès lors qu’on aborde le théâtre, prend le dessus et me voilà mimant d’une voix forte les élans pathétiques d’un Figaro au désespoir. Mes élèves, bon public, rient de bon coeur.

 » Je compte sur vous, le jour de l’oral, pour présenter à votre interlocuteur une lecture VIVANTE, dis-je en souriant à mon tour ».

Une seconde d’inattention… Il n’aura fallu qu’une malheureuse seconde pour que mon regard se pose sur son visage lumineux… Une seconde et je suis perdue. Elle me sourit aussi béatement que certains de mes élèves et mon coeur manque un battement… ou deux. Plus confuse encore que moi, je la vois se reporter à sa feuille, restée visiblement vierge de tout commentaire jusqu’à présent. Je m’inquiète. Il est d’usage que les inspecteurs académiques maculent leurs fiches de remarques en tous genres tout au long du cours afin de nous éclairer, à la fin de celui-ci, aussi bien sur nos faiblesses que sur nos points forts.

Je ne sais ce que je dois penser de la blancheur immaculée de sa feuille et visiblement, elle non plus. Sans relever son regard, elle se lance dans la rédaction hâtive de commentaires. Il me semble distinguer quelques couleurs affolantes sur ses joues mais je sais que les miennes n’ont rien à leur envier. Il ne reste que quelques minutes de cours mais je dois me reprendre. Fort heureusement, certains de mes élèves saisissent au vol ces secondes de mutisme pour m’interroger sur les modalités de leur oral à venir.

J’en suis à annoncer les devoirs (sans le moindre succès cette fois, je le crains), quand la cloche retentit. Une part de moi se sent miraculeusement libérée d’un fardeau sans nom : le procès touche à sa fin, les délibérations vont tomber, les jeux sont faits. C’est fini. Pourtant, la douce chaleur qui tiraille mon bas-ventre depuis deux heures maintenant se mue en crainte… La crainte de la voir partir. Etrangement, j’aurais l’impression de perdre quelque chose que je ne connais pas encore mais qui m’est déjà indispensable. Les voies du désir sont impénétrables… Quoi que…

Hum.

Mes élèves quittent la salle avec un peu plus de précipitation que les précédents : c’est l’heure du déjeuner. Malgré l’appel de leurs estomacs, certaines élèves ne faillissent pas à leurs habitudes et viennent discuter avec moi à la fin du cours. J’ai bien du mal à être aussi attentive que de coutume. Mon regard ne peut se détacher de… Violette. Elle range ses stylos dans sa sacoche, coince sa feuille sous les rabats de sa pochette et s’apprête à quitter sa chaise. Voyant le petit troupeau autour de mon bureau, elle me sourit gentiment. Je me sens défaillir.

« Vous n’avez pas faim les filles ? Je serai encore là demain, vous savez… »

En riant, mes ouailles m’abandonnent non sans m’avoir souhaité un bon appétit et m’avoir gratifiée d’un traînant « Au revoir madaaaaame ». Réalisant que je ne suis pas la seule adulte dans la pièce, elles se retournent pour répéter leur au revoir et sortent en gloussant.

La salle est vide mais le bruit du couloir est assourdissant. Entre mon inspectrice et moi, le silence se fait pesant. D’un pas mal assuré, je vais fermer la porte pendant qu’elle me rejoint devant mon bureau. Elle ne me regarde pas, ne dit pas un mot. A l’intérieur, je bouillonne. J’ai envie de la toucher. Pas forcément de la caresser, juste de poser ma main sur son épaule ou sur sa hanche… ou encore de faire glisser derrière son oreille cette mèche rebelle qui aiguise mon désir par je ne sais quel enchantement. Une sorte d’érotisme capillaire insoutenable.

N’y tenant plus, et à défaut de la toucher, je me lance :

« Alors ?

– Alors… »

Sa voix se brise… à peine plus audible qu’un souffle. Son attention ne se détache pas de ses chaussures. Je suis suspendue à ses lèvres – Raaaaaah ses lèvres… un chef d’oeuvre de chair et de couleur, la tentation incarnée ! – et j’arrête de respirer. Soudainement, elle se redresse, comme si elle avait enfin trouvé quoi dire. Elle racle sa gorge, relève son menton et ses yeux trouvent enfin les miens. Ils sont si purs, si francs dans leur expression que j’ai l’impression de me prendre une claque en pleine figure. Une claque d’une douceur extrême, une douceur percutante.

 » Alors ça ne va pas du tout », m’affirme-t-elle. « Il y a tellement à dire que je ne sais pas par quoi commencer ».

Le souffle finit par me manquer. Je rougis dangereusement et une foule de questions dansent la tecktonik dans ma tête. Mais avant que je ne me décompose complètement sous ses yeux, elle se fend dans un sourire et, se raclant la gorge à nouveau comme pour se redonner du courage, elle poursuit : « Il y a tellement à dire que… nous devrions probablement en parler en mangeant ».

Boum boum, boum boum, boum boum… Si mes voies respiratoires sont hors service, ma pompe sanguine, elle, fonctionne à plein régime ! Je suis bien trop éberluée pour répondre quoi que ce soit d’intelligible. Je me contente d’un modeste « Hum » chevrotant. Brusquement, c’est comme si toute l’assurance qu’elle avait dû convoquer pour fixer la sentence s’envolait. Dans ses yeux, brillants d’impertinence une seconde plus tôt, un éclair lucide de défiance. Son corps tout entier se tend et sa mèche aguicheuse vient obstruer cette vue troublée.

A nouveau, le désir cruel de venir replacer ses cheveux de ma main innocente me tord les tripes. Mon regard se bloque sur cette liane bouclée et soyeuse alors que mon écran mental fait défiler au ralenti le film de ce que pourrait être cette seconde bénie de sensualité. Lisant dans mes pensées, visiblement trop explicites, elle me devance dans ce geste (que je n’aurais sans doute jamais osé) et relève son regard vers moi, laissant à mes doigts ambitieux le goût amer du regret.

Comme ses yeux m’interrogent encore, je demande :

« C’était si dramatique que ça ?

– Pire. »

La réponse est sans équivoque mais le ton de sa voix et son expression me bouleversent d’une tout autre manière. Je ne sais absolument pas ce qu’il se joue entre nous à ce moment-là, ou du moins, je n’ose ni y croire, ni l’espérer. Je me surprends à réaliser que mes préoccupations ne sont plus du tout d’ordre professionnel. Résignée, tremblante, rougissante, je boucle mon sac et lui désigne la porte. Me risquant à un sourire timide, j’ose, d’une voix que je veux assurée :

« Dans ce cas, allons manger ».

 

(next)

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APPRENDS-MOI… (ep. 3)

(previously)

 

En regagnant ma classe, je ne peux m’empêcher de penser à ce regard. Ses yeux sont d’un brun chaud, presque noir, et leur ovale délicat s’étire subtilement en amande, juste assez pour piquer ma curiosité sur ses origines. Quand elle souriait tout à l’heure, on distinguait de toutes petites rides qui subliment insolemment son charme, comme si le temps était son allié dans l’art ultime de la séduction. Sans doute n’est-ce pas un fait exprès… Ce qui est d’autant plus plaisant !

A la simple pensée de son regard posé à nouveau sur moi, je…

– Madaaaaaaaame ! On est en 302 !

– Et ?

– Elle est là la 302. Vous allez où ?

Sans commentaire.

Rentrer en classe, faire en sorte que tout le monde s’installe dans le calme, sortir mes affaires, faire l’appel, vérifier le travail… La routine reprend son droit, fort heureusement. L’imminence des vacances rend les classes plus agitées que d’ordinaire. L’attention se fait rare… Mais aujourd’hui, je ne peux décemment pas les blâmer. J’ai bien du mal à rester concentrée sur mon cours.

Quand la sonnerie retentit, j’atterris enfin.

Argh ! C’est maintenant !  Et elle est là. Elle apparaît dans l’embrasure dès que la porte s’ouvre sur mes élèves nonchalants. Etrangement, je n’ai pas envie qu’ils partent. Je voudrais qu’ils restent encore un peu, juste un peu. Je ne suis pas prête !

Comment diable pourrais-je dire quoi que ce soit d’intelligent quand elle me regarde avec ces yeux-là ?

Mais la classe se vide et je dois me ressaisir. Je l’invite à entrer dans la salle d’un geste de la main tout en demandant une minute de patience à la classe suivante, qui commence à s’entasser dans le couloir.

– Vous avez cours avec des premières L si j’ai bien compris.

– Oui, tenez, je vous ai préparé le plan de cours et ma progression. Vous pouvez consulter le cahier de texte en ligne… maintenant ou après ?

– Plus tard, rien ne presse.

Comme je lui tends le dossier que j’ai prévu pour elle, son regard plonge dans le mien. Son visage me paraît bien plus sérieux que tout à l’heure, très professionnel. Voilà qui devrait calmer mes ardeurs mais… j’avoue que ça m’excite encore plus. Je sens malgré moi cette douce tension qui se fait violente dans mon bas-ventre. Je refuse de laisser trop d’espace à ce désir importun, mais le contenir, c’est le rendre plus mordant encore. Il me faut d’urgence un moyen de relâcher la pression.

A court d’idée lumineuse, je me contente de lui sourire. Un sourire courageux ou vulnérable, un sourire contradictoire : aussi froid et chaud que possible. Un sourire de trêve, nécessaire au vu des circonstances.

L’expression qu’elle me renvoie alors manque de me faire vaciller. D’un seul coup, c’est comme si le masque professionnel qu’elle avait réussi à se composer volait en éclats. Eclat, c’est bien le mot ! Son visage explose dans un sourire atomique, le genre de sourire qui déclenche des extases et ses yeux… c’est comme si son regard avait pour effet immédiat de creuser à grands coups de pioche directement sous mes côtes.

L’instant est fugace et, entendant le remous des élèves impatients devant la porte, je la vois qui reprend contenance. Je ne peux m’empêcher de l’envier : pour ma part, je ne sais plus où j’habite. Je me racle la gorge, tortille mon marqueur entre mes mains en essayant de ne pas vérifier si mes seins se manifestent à nouveau, consciente que le moindre geste pourrait m’être fatal. En évitant de penser à la vague de désir qui sourd entre mes jambes, je reviens sur l’inspection (à défaut de fondre sur l’inspectrice) :

– Nous sommes en plein Mariage de Figaro. Aujourd’hui, on termine le commentaire sur le monologue de Figaro…

-« Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »*

– Oui, enfin… pas toujours, hein !

Son sérieux vacille, je la vois faiblir. Elle me concède un sourire presque timide. Ses joues rosissent légèrement et mon rythme cardiaque s’emballe. Ô faible ! faible ! faible femme que je suis…

Elle détourne son regard comme pour s’avouer vaincue… ou tenter de passer rapidement à autre chose. Mais en une simple et innocente question, c’est moi qu’elle piétine, qu’elle anéantit, qu’elle pulvérise sans scrupule :

– Hum. Et sinon, vous me voulez où ?

J’ai beau savoir que l’ambiguité de la question est une pure provocation, je ne peux m’empêcher d’y répondre en essayant d’y mettre autant d’aplomb que possible :

– Où vous voulez.

Elle valide ma réponse d’un petit hochement de tête et me renvoie un sourire timide, comme si brusquement elle réalisait l’impudence de notre échange.

– Je… je vais juste attendre que vos élèves s’installent, balbutie-t-elle en faisant mine de s’intéresser à mon dossier entre ses mains.

Ses mains… Je suis subitement hypnotisée par ses mains délicates. Comme le reste de sa personne, elles sont sans fioritures. Bronzée, leur peau fine laisse transparaître le relief sinueux de ses veines, sans excès, leur conférant une force tranquille. J’en viens à envier le sort bienheureux de mon dossier que ses mains effleurent, caressent, saisissent, ouvrent… Difficile de ne pas penser à la manière dont ses doigts me…

– Madaaaaaaaame, on peut rentrer ?

 

(next)

 

 

 

* »Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »: ce sont les premiers mots dudit Figaro dans le monologue de la scène 3 de l’acte V, dans l’oeuvre de Beaumarchais : Le Mariage de Figaro.

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APPRENDS-MOI… (ep. 2)

(Previously)

 

– Madaaaaaaaaame, c’est quand que vous nous rendez les copies ?

– Demandé comme ça ? Jamais.

Le plus frustrant, c’est de constater que l’élève syntaxcide* ne comprend pas pourquoi tant de haine…

Mais pourquoi ne sortent-ils pas ? C’est la récré qui vient de sonner ! Dans une minute, dix collègues me précéderont devant la machine à café, et aujourd’hui, je n’ai pas envie d’attendre. Aujourd’hui plus que jamais, j’ai BESOIN de ce café.

Quand j’entre en salle des profs, les visages se retournent sur moi et j’ai droit aux sourires compatissants des uns et des autres. J’ai l’impression de vivre mes dernières minutes avant une exécution publique.

– Hé, ça va hein, c’est juste une inspection, les gars ! J’en ai déjà eu avant et j’en aurai d’autres !

C’est qu’ils vont finir par me mettre la pression entre tous !

Une inspection, c’est un peu comme une visite chez le dentiste… Même quand tu te brosses bien les dents, tu n’es jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. Je me sens prête, autant qu’on peut l’être : mes cours sont faits, le cahier de texte est à jour, mes plans de séquences et ma progression sont quasi complets… et pourtant.

C’est une sorte de réflexe. Il faut un peu paniquer avant une inspection, parce que si on ne le fait pas, ça pourrait mal se passer !

– Ton inspectrice est arrivée ? me demande la coordinatrice de lettres pendant que je fais glisser tout ce qu’il reste de ma monnaie dans la machine à café.

– Aucune idée… Je ne sais même pas à quoi elle ressemble. C’est la nouvelle, apparemment. Paulin, je crois ?

– Ah oui, Paulin ! Enfin… nouvelle, ça fait plus d’un an qu’elle est sur le secteur. T’as de la chance, elle est sympa.

– Blablabla… Je n’écoute pas les « on dit ». Bon, d’habitude, on me prépare surtout au pire… Mais là, t’imagines ? Je vais être super déçue s’il s’avère que c’est un monstre !

Ma collègue esquisse un sourire qui brusquement se fige en grimace étonnée. Derrière moi, une voix chaude et inconnue me fait sursauter :

– Un monstre ? Pas aujourd’hui, mais pour vous, je peux peut-être faire une exception…

Non… Pitié. Ne me dites pas que…

– Maëlle, laisse-moi te présenter Violette Paulin, s’étrangle mon abominable collègue dans un fou-rire totalement inapproprié.

– Je suppose que vous êtes ma victime du jour ?

Cette voix… Un frisson me parcourt l’échine et comme je n’ose toujours pas lui faire face, la voilà qui se matérialise sur ma gauche.

– Maëlle Costa ? me demande-t-elle dans un sourire carnassier.

– Coupable…

J’adopte un air penaud en saisissant la main qu’elle me tend. Je devrais être mortifiée, mais son sourire m’en empêche.

Il y a des secondes qui passent au ralenti, des secondes qui échappent à notre contrôle et au rythme implacable du temps. C’est une seconde comme celle-là que je vis. Une seconde pendant laquelle elle m’observe et je la détaille. Une seconde pour la connaître. Je fais partie des personnes qui ont confiance en leur instinct, et il ne faut pas plus d’une seconde à mon instinct pour comprendre que cette femme est dangereuse. Est-elle belle ? Moche ? Grande ? Petite ? Grosse ? Maigre ?

En cette seconde, rien n’est clair… que cette certitude : elle est dangereuse. Est-ce un a priori ? Après tout, c’est mon inspectrice, elle est là pour… me remettre en question.

Pas d’affolement. Soyons sociable.

– Vous… vous êtes en avance.

– Oui, je sais. Ma première visite ce matin a été annulée, l’enseignant s’est fait porter pâle… Encore un qui a dû me prendre pour un monstre ! sourit-elle en remuant le couteau dans la plaie. Du coup, je me suis dit que je pourrais venir ici au plus vite. Ne vous inquiétez pas, je viendrai à onze heures dans votre classe, comme prévu. Je voulais juste profiter d’un de vos postes pour avancer sur mes rapports de la semaine.

– Je vais vous laisser mes codes d’accès. Je n’ai plus cours de la matinée, s’empresse de dire ma collègue.

Comme elles se dirigent toutes deux vers l’un des ordinateurs libres de notre espace de travail, je profite de cet instant pour mieux scruter ma tortionnaire en engloutissant mon café.

Difficile de deviner son âge… Je dirais qu’elle a un peu moins ou autour de quarante ans, assez bien faite de sa personne mais toutefois assez austère dans sa façon de s’habiller. Son tailleur pantalon bleu marine et sa chemise blanche, sans fioriture ni accessoire, lui confèrent une certaine classe, bien que l’aspect général soit un brin trop strict à mon goût. Ses cheveux sont ramassés dans un chignon anarchique. Plusieurs mèches bouclées s’en échappent et sont maintenues par une paire de lunettes à la monture noire et épaisse. Son maquillage est discret, naturel. Son visage ne nécessite pas de grands travaux de camouflage. Ses traits, à la fois fins et francs, laissent percevoir une sorte de douceur profonde dissimulée par des attitudes maîtrisées et ce masque social que nous nous imposons tous.

Oui, elle semble tout à fait à sa place dans son rôle d’inspectrice… Et pourtant, quelque chose m’interpelle.

Quand elle délaisse les explications de ma collègue pour porter son regard sur moi, je comprends tout à coup. Je n’ai aucune envie de l’associer à sa fonction. Ses yeux… En d’autres circonstances, j’aurais fondu sous ce regard insistant. D’ailleurs je…

NON ! Impossible. Ressaisis-toi nom de Dieu !

Sa victime… Sa proie… C’est bel et bien ce que je suis pour elle, professionnellement parlant, et rien d’autre !

Alors pourquoi me regarde-t-elle comme ça ? Il faut vraiment qu’elle arrête parce que je… pointe ?! Non mais c’est pas vrai !

Consternée, je ne peux que constater cette absurde vérité : mes seins impudiques trahissent ma confusion charnelle. Tout à coup, je tremble de relever la tête… Quand je croise à nouveau son regard, j’ai envie de m’enterrer. Elle sourit ! Elle a vu ! Elle a vu et elle sourit !

Je sens le rouge me monter aux joues et une vague de chaleur m’envahir alors que je croise mes bras pour essayer de cacher ma honte au reste du monde.

Diable.

Cette inspection est une tragédie. Je suis le jouet du Destin. Perchées dans leur Eternité, les Parques** s’acharnent sur moi, pauvre mortelle. Achevez-moi !

 

(next)

 

*Syntaxcide est une création verbale. Construit à partir du radical « syntax-« , relatif à la syntaxe (partie de la grammaire qui établit les règles sur l’ordre des mots dans la phrase en fonction du sens), et du suffixe « -cide » (qui tue ce qui constitue le radical). Le tout est un adjectif qualificatif qui désigne ici un élève tueur de syntaxe. C’est violent. C’est mal.

**Les Parques (du latin Parcae, provenant des mots parco, parcere, « épargner ») sont, dans la mythologie romaine, les divinités maîtresses de la destinée humaine, de la naissance à la mort. Elles sont généralement représentées comme des fileuses mesurant la vie des hommes et tranchant le destin. Elles sont le symbole de l’évolution de l’univers, du changement nécessaire qui commande aux rythmes de la vie et qui impose l’existence et la fatalité de la mort.

B'rêves d'écriture | Du jamais lu ! | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 14.10.2014 - 20 h 36 | 14 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (ep. 1)

Cette image n'a aucun rapport (direct) avec le texte. Derrière ce truc noir : la femme la plus belle du monde, la mienne. Vous comprendrez donc que je vous la dissimule, simple mesure de précaution. Moi, je sais.

Cette image n’a aucun rapport (direct) avec le texte. Derrière ce truc noir : la femme la plus belle du monde, la mienne. Vous comprendrez donc que je vous la dissimule, simple mesure de précaution. Moi, je sais.

Je ne sais pas encore ce que deviendront ces lignes… Soit les tribulations d’une modeste enseignante en littérature dans un lycée quelconque, soit ses affres sulfureuses et érotiques. Peut-être me contenterai-je d’anecdotes glanées au fil de mes journées, peut-être dériverai-je dans une fiction vaguement teintée d’authenticité… bien plus épicée que la « très sobre » réalité ! Quoi qu’il en soit, ça fait bien longtemps que je délaisse ce blog et l’envie me démange de m’y remettre, si le coeur vous en dit !

 

JOUR 1

 

Raaaaaah retrouver le chemin du lycée, la joie des embouteillages aux heures de pointe,  l’absurdité du manque de places de parking dans l’enceinte d’un établissement de ville, les minutes de la pause-café-d’avant-les-cours-du-matin gâchées à chercher où me garer pour finalement franchir, au son de la sonnerie, les grilles de l’entrée, au milieu d’une foule de jeunes sans la moindre motivation, trempée d’avoir dû parcourir sous une pluie battante les 200km qui me séparaient de ce havre de grâce et d’élévation…

Là, humide et hors d’haleine mais indifférente aux silhouettes hurlantes et odorantes qui me dépassent pour la plupart de vingt bons centimètres, je me fraie tant bien que mal un passage jusqu’à la porte de ma salle.

Dedans, « tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté* ». Non, en fait, dedans, c’est seulement un peu plus calme pour l’instant, mais la horde adolescente qui piétine  aux frontières de mon havre de paix s’apprête à tout gâcher.

D’un signe de tête, je me sens toute puissante : les 37 âmes sensibles et délicates qui constituent mon défi de cette première heure se ruent à l’intérieur en jouant des coudes, se chuchotant un florilège de gentillesses. Quelques uns prennent la peine infinie de me dire  « bonjour » : la journée sera faste.

C’est drôle ce qu’il se passe dans la tête d’un prof à cet instant-là. La seconde d’avant, on se demande ce qu’on fout là, ce qu’on a pu faire de si tragique, quel mauvais choix, quelle erreur fatale, quel coup du sort, quelle malédiction ultime et cruelle a bien pu faire qu’on se retrouve là, fatigué (à 8h du matin, oui, oui), énervé, mal garé, décaféiné, quasi suicidaire… devant cette masse indisciplinée, effrayante…

Et soudain, la magie opère. On se redresse malgré soi, on s’éclaircit la voix, notre regard passe de « vitreux » à « aiguisé », notre bouche dessine presque involontairement un sourire léger alors que notre main s’élève devant cette troupe que tout à coup, on considère avec une certaine… tendresse. Oui, de la tendresse, de la bienveillance. Le sourire se creuse un peu plus devant les échos qui se profilent sur les lèvres d’en face. Un « Bonjour tout le monde » s’échappe, anaphoriquement repris par un « Bonjour Madame » relativement convaincant. Tous les regards convergent enfin, le silence tombe, implacable. La scène est à nous.

Un instant à peine, une fraction de seconde et nous voilà métamorphosé, délesté des détresses humaines, affranchi de nos peurs, de nos doutes et des milliards de petits tracas du quotidien. La journée peut commencer, on existe enfin !

 

Je suis prof.

Pire, je suis prof de lettres.

Mieux, je suis prof de lettres et j’aime ça !

Certes, les élèves percutent bien plus vite à mes blagues qu’à mes références littéraires (« Zola ? Boah. Ça ressemble un peu à Ebola, non madame ? », « Gargantua ? Ah oui, j’connais, c’est une pizzeria à Grasse ! », « Racine ? Ah en français j’sais pas madame, j’sais que en maths… et encore… », etc), certes, pour bon nombre, écrire se borne à un exercice de sélection phonétique de lettres qui, juxtaposées, constituent (selon la légende) le langage « texto », certes, ils ont un peu trop souvent des capacités d’attention proche de… rien, zéro, néant, nada… et pour y remédier, on doit se surpasser, faire preuve de conviction, d’ingéniosité, de fermeté, de patience, de compassion…

Certes…

Mais aujourd’hui je le confesse (j’adore ce mot, mais ça n’est pas là la teneur de ma confession), j’adore être prof. Prof de lettres.

 

(suite)

 

*QUOI ??? T’as besoin de regarder la note de bas de page pour savoir d’où viennent ces mots célébrissimes, cultissimes, inoubliables ?! Honte à toi !!! Jamais Ô plus JAMAIS tu n’oublieras qu’ils sont le fait de Baudelaire, dans le poème « L’invitation au voyage », tiré du recueil Les fleurs du mal. JAMAIS.

histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 27.12.2012 - 01 h 13 | 54 COMMENTAIRES
Les dessous du corps enseignant vol. 2 (suite de la nouvelle érotique lesbienne… et Joyeux Noël !)

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Parce que de l’intérieur, c’est bien aussi !

Pour ceux et celles (surtout celles d’ailleurs, j’imagine) qui auraient raté le début, nous en étions.

 Neuvième partie… et tout ce qui s’en suit !

Je n’arrive toujours pas à croire à ce qui m’arrive. C’est à peine si je parviens à me lever ce matin. Presque tous les muscles de mon corps sont endoloris par mes frasques d’hier. Qui aurait pu prédire que ça se passerait ainsi ? Valérie aussi semblait surprise… Et là, je redoute grandement nos retrouvailles. Je sais d’avance qu’en croisant son regard en salle des profs tout à l’heure, mon corps aura bien du mal à masquer mon désir d’elle. Hier, ce désir nous a enflammées plus que de raison. D’abord brièvement (mais intensément) dans son bureau, mais surtout dans sa chambre. J’ai encore le souvenir de sa bouche sur moi, sa langue explorant la partie la plus intime de mon anatomie, le rythme de ses doigts cherchant mon plaisir. Je me rappelle sa douceur poignante qui s’atténuait à mesure que la passion prenait le pas sur nos ébats. Je suis encore bouleversée de ces quelques heures qui m’ont vue pénétrer son univers si fermé, si secret… et pourtant, j’ai l’impression de ne rien savoir d’elle encore. Hier, vers 20h, quand nous n’arrivions presque plus à nous mouvoir et que nous avons dû, bien malgré nous, nous extraire du lit, ce fut une première déchirure. Val m’a quand même nourrie finalement, et le repas fut serein. Je n’ai pas osé aborder les sujets qui me démangeaient par crainte de rompre ce fil ténu qui venait à peine de se tisser entre nous. Comme je ne voulais pas m’imposer, j’ai fini par prendre congé et je regrette encore qu’elle n’ait pas essayé de me retenir. Nos au revoir, bien que muets, furent empreints d’une chaleur telle qu’ils ne ressemblaient en rien à des adieux ! Du moins je l’espère.

Aujourd’hui, je tremble. Cette femme a chamboulé quelque chose au plus profond de mon être. Et pas seulement parce qu’elle m’a offert une ribambelle d’orgasmes en un après-midi ! Elle a eu une si singulière façon de s’abandonner… A la fois grave et libérée… Comme si quelque chose de vital était en jeu. Comme si le cristal le plus pur résonnait et vibrait au son d’une note énigmatique, sur le point de voler en éclat sans jamais le faire.

Je ne suis pas assez naïve pour me mettre martel en tête. Je ne sais pas comment je dois qualifier ce quelque chose entre nous, mais je sais que j’en veux plus. Je veux d’elle tout ce qu’elle voudra bien me donner.

Mes cours commençant dans une heure, je m’apprête à partir et me surprends en train de me contempler dans le miroir. J’ai choisi mes vêtements avec soin, travaillé mon look, soigné ma coiffure, fignolé un maquillage discret… Et je me trouve toujours aussi quelconque alors que je me voudrais étourdissante ! Tant pis, il faudra qu’elle se contente de moi.

En attrapant ma sacoche et ma veste, je ris nerveusement. Je ris de cette excitation mêlée à l’appréhension grandissante qui m’envahit. Il me faut m’y reprendre à trois fois pour fermer la porte, ma clé refusant de s’y introduire.  Dans la voiture, j’oublie même de mettre la musique tant je suis perdue dans mes pensées.

Quand je me gare devant le collège, mon cœur bat tellement fort dans ma poitrine que je m’imagine bêtement mourir d’une crise cardiaque avant même d’arriver dans le hall. J’y parviens pourtant, et je pousse jusqu’à la salle des profs. Avant d’y pénétrer, je prends une profonde inspiration. De l’autre côté, mes collègues sont en pleine conversation, par petits groupes de trois à cinq personnes, la plupart ont une tasse de café dans la main et tous reviennent sur les oraux d’hier. En entrant, mon regard balaie la pièce sans trouver son point d’ancrage. Elle n’est pas encore là. Si une partie de moi est soulagée, l’autre est rongée d’impatience ! Pourvu qu’elle arrive avant la sonnerie, j’ai besoin de la voir ! En désespoir de cause, je décide de prendre un café.

Quand le précieux liquide a fini de couler dans mon gobelet, la porte s’ouvre et Val fait son entrée. Elle est… je ne peux pas dire « magnifique », même si à mes yeux et à cette minute, il n’y a rien de plus vrai… mais disons qu’elle est définitivement troublante, et je suis si émue que je manque de renverser mon café quand son regard croise le mien et qu’elle me sourit. J’essaie de reprendre contenance pour faire face à son calme quand elle s’avance vers moi. Je remets des pièces dans la machine et fais couler un capuccino. Quand elle se penche vers moi pour me faire la bise, son parfum réveille mes sens et attise mon désir. J’essaie de masquer mon trouble et cherche à déchiffrer son regard. La tranquillité et la tendresse que j’y lis me paniquent. Moi j’ai envie de hurler… de balancer nos cafés, attraper sa main et l’entraîner à l’écart et lui sauter dessus sans autre forme de procès…

Au lieu de cela, je me contente de lui tendre son capuccino. En saisissant son gobelet, elle laisse ses doigts traîner plus que de raison sur les miens, et aussitôt je retrouve cette petite étincelle dans ses yeux qui m’avait tant affolée la veille. Elle me remercie d’une petite voix rauque et ses joues rosissent légèrement. A nouveau, une cruelle envie de la prendre dans mes bras s’empare de moi et un nœud se crée dans ma gorge.

Notre silence devient pesant, d’autant plus qu’autour de nous les conversations fusent, et nos regards sont si lourds de sens que je m’attends à ce que d’une seconde à l’autre, quelqu’un le remarque. Personnellement, peu m’importe, mais je ne veux rien imposer à Val…

Alors je cherche quelque banalité à énoncer. Par chance, c’est à cet instant que notre coordinatrice nous sauve la mise :

–          Alors finalement t’as su qui était Val ? me demande-t-elle de façon rhétorique.

–          Oui, finalement, dis-je dans un sourire.

–          Ah ? l’interroge Val.

–          Oui, il a quelques mois, elle me demandait qui tu étais. C’est vrai que tu es tellement discrète… et pas souvent ici alors forcément…

–          Alors tu voulais savoir qui j’étais, me demande Val droit dans les yeux. Pas trop déçue ?

Son sourire transforme mes jambes en tiges de mousse. Je manque de tomber à la renverse. Je sais que ma réaction risque de nous trahir mais fort heureusement, notre coordinatrice se fait héler par un collègue d’Histoire à l’autre bout de la salle. Sans remarquer mon émoi, elle s’excuse auprès de nous et traverse la salle pour le rejoindre.

–          Alors, déçue ? insiste Val.

–          On ne peut pas dire ça, dis-je en m’étranglant.

–          J’ai des… photocopies à faire, me confie-t-elle. Tu m’accompagnes ?

Comme j’acquiesce d’un signe de tête, mes jambes chevrotent de plus belle. La salle de la photocopieuse n’est pas exactement l’endroit le plus intime qui soit, elle s’ouvre directement sur la salle des profs, seulement, nous y serons un peu plus à l’aise pour… discuter. Coup de bol, elle est déserte. Val tape son code sur l’énorme machine et cale ses feuillets dans le chargeur. Comme elle me tourne le dos, je ne peux m’empêcher de contempler sa nuque délicate. Je suis saisie par une terrible envie de l’enlacer et de venir embrasser cette zone en particulier. L’impression lancée, le ronronnement assourdissant de la machine atténue le bruit des conversations à côté. Avant qu’elle se retourne, je ne résiste pas. Je fais un pas vers elle et pose sobrement une main sur sa hanche et de l’autre, je caresse sa nuque et le haut de ses épaules. Je la sens tressaillir et comme je redoute une réaction pudique de sa part, je retiens mon souffle quand elle pivote et me fait face. Son regard est brumeux, comme perdu dans le vague et il ne s’éclaircit que pour se poser sur mes lèvres. La tentation est trop grande. Après m’être assurée d’un coup d’œil que la porte était bien fermée, je lui tends timidement mes lèvres. Elle s’en empare avidement et notre baiser, bien que trop bref à mon goût, nous laisse haletantes.

En silence, nous nous dévisageons, nous nous invitons, nous retenons, nous provoquons, nous désirons. Val est acculée contre le copieur et mon corps à travers le sien perçoit les vibrations régulières de la machine. Rien n’est plus tragique à cette minute que notre désir l’une pour l’autre. En aimable tortionnaire, elle fait lentement remonter une de ses mains jusqu’à ma poitrine et vient pétrir mon sein d’un geste sûr. Le gémissement qui m’échappe lui arrache un « chuuut » sadique. Pour me venger, mes doigts s’aventurent entre ses jambes et pressent sur la fine toile de son pantalon à l’endroit fatidique. Je sens sa chaleur et son humidité transpercer le tissu et je perds le contrôle en voyant à nouveau son regard se brouiller.

Une voix résonne juste derrière la porte et Val se retourne précipitamment vers la machine. Je fais un pas en arrière, guettant une intrusion qui n’arrive pas. Dans ma poitrine, mon cœur fait des bonds acrobatiques et dans ma culotte, c’est un remake du tsunami de 2004 en moins mortel. Etais-je réellement sur le point de lui faire l’amour, là, comme ça ? Oui.

Sur l’instant, je ne sais si je dois remercier ou blâmer mes deux collègues qui ont visiblement décidé de discuter à un mètre de la salle du photocopieur. Quand Val part dans un petit rire nerveux, je l’accompagne et quand elle se retourne, un fou rire se déclenche, interrompu par le silence de la machine qui a fini de cracher ses copies. Presque simultanément, la sonnerie retentit. Zut… Il va nous falloir nous quitter… Mais jusqu’à quand ?

–          Tu es là jusqu’à quelle heure ?

–          Dix heures, me répond-elle. Ensuite, je file sur l’autre collège et je finis à 15h30 aujourd’hui. Et toi ?

–          Aujourd’hui, je fais journée complète, dis-je dépitée à l’idée d’être privée d’elle toute la journée. Mais si tu pars à dix heures, ça veut dire que tu restes à la récré ou pas ?

–          Non, pas le temps, je reprends quinze minutes plus tard, j’ai juste le temps de traverser la ville. Et en plus… je crois qu’il vaut mieux éviter de passer les récrés ensemble, me dit-elle dans un sourire entendu. C’est… dangereux.

Devant ma moue boudeuse, elle attrape mon menton dans sa main soyeuse et dépose un chaste baiser sur mes lèvres. Je souris malgré moi. Satisfaite d’elle-même, elle se retourne et rassemble ses copies qu’elle vient placer contre sa poitrine. Avant de me faire face à nouveau, elle commence une petite phrase timide : « Si tu veux, tu peux passer à la maison quand tu as fini… ». Quand elle croise mon regard, je vois qu’elle y cherche, fébrile, une réponse. Je suis pétrifiée autant de désir que de soulagement ou d’incompréhension : comment peut-elle seulement douter de ma réponse ?! J’essaie de me faire aussi douce que possible pour lui répondre : « Avec plaisir». Son soulagement m’émeut et comme elle précise que je peux venir dès que j’ai terminé, qu’elle m’attendra, je saisis sa main et croise nos doigts. Elle sourit. Derrière la porte, nos collègues se mettent en mouvement. Ils quittent un à un la salle des profs, et nous devons en faire autant. Val se dirige déjà vers la porte, m’entraînant de nos doigts joints. Quand elle met la main sur la poignée je me précipite pour retenir son geste. « Attends », lui dis-je d’un ton implorant. Comme elle se retourne pour m’interroger du regard, je l‘embrasse à nouveau, la plaquant précautionneusement contre la porte. Le temps nous étant compté, je savoure chaque seconde de sa langue, de son goût, de son corps brûlant contre le mien.

La séparation est douloureuse. Nous traversons en silence la salle des profs, vide à présent. Nous descendons les escaliers et gagnons la cour de récré où nos classes respectives nous attendent. Val, qui avance juste devant moi, se retourne et m’envoie un de ses plus tristes sourires juste avant de rejoindre la file d’adolescents surexcités qui s’agitent dans leur rang. Je m’évertue à retrouver mes esprits et j’ai toute la peine du monde à essayer de me concentrer sur ma propre classe. Je ne sais même plus ce que je suis censée leur faire faire ce matin…

« Ca va pas m’dame ? » s’enquiert un petit premier de la classe, observateur. Sans lui répondre, je lui souris gentiment pour le rassurer. Nous regagnons notre salle et je m’efforce de me remettre dans la peau de Madame la prof de français. Ca me semble impossible au début, mais bien vite, les bonnes vieilles habitudes reprennent le dessus. Chaque heure passe, plus lente que la précédente, comme si le destin s’acharnait à repousser sans cesse la fin des cours, la libération, nos retrouvailles.

Quand la cloche retentit à 16h30, toute la fatigue accumulée au cours de la journée s’envole. J’en oublie même de donner les devoirs à mes élèves qui en jubilent en silence, craignant sans doute que je ne change d’avis. Je ramasse mes affaires à la hâte et me précipite jusqu’à ma voiture. Une collègue de SVT m’interpelle dans le couloir mais je l’éconduis aussitôt. Je ne prends même pas la peine d’échanger comme d’habitude quelques mots avec Josiane, la dame de la loge, je lui envoie un « Bonne soirée, Jo !» auquel elle n’a même pas le temps de répondre. Ma voiture démarre à 16h32 et je coupe le contact à 16h33 devant chez Val, pestant d’avoir d’ores et déjà perdu trois précieuses minutes. Le portail est ouvert. Je sonne néanmoins pour annoncer mon arrivée et m’avance jusqu’à la porte d’entrée. Elle s’ouvre avant même que je n’aie fait la moitié du chemin et quand j’en passe le pas, Val me saute littéralement dessus. Je ne pouvais espérer meilleur accueil. Ses lèvres trouvent les miennes et déjà ses mains enflamment mon corps impatient. La voracité de notre baiser fait écho à la fièvre qui s’empare de nos corps et à peine la porte refermée, me voilà plaquée contre le mur, au bord de l’orgasme que cette journée de frustrations avait d’ores et déjà bien amorcé. La sonnerie de mon téléphone se fait entendre brusquement, interrompant notre étreinte. Gênée, Val s’écarte de moi, rougissant fortement.

–          Pardon, excuse-moi, me dit-elle. Je ne voulais pas… mais j’ai tellement envie…

Sa détresse me bouleverse une nouvelle fois et comme la sonnerie persiste, elle poursuit :

–          Tu peux répondre si tu veux, je vais faire du thé.

–          Non attends !

Elle se fige instantanément et m’interroge du regard. Je sors précipitamment mon téléphone de ma poche, raccroche au nez de ma mère et l’éteint par la même occasion. Je le range dans ma sacoche et pose celle-ci aux pieds de son portemanteau. Elle m’observe sagement et quand mes yeux se replongent dans les siens, j’ouvre mes bras pour elle. Elle vient s’y loger et je me sens alors parfaitement bien. Complète. J’ai attendu cette seconde toute ma journée… toute ma vie peut-être dirais-je si j’étais fleur bleue. Ce que je sais, c’est qu’à cet instant, c’est ce que je désire. Elle est ce que je veux. Et je peux enfin la serrer dans mes bras. J’ai l’impression de recueillir un petit oiseau blessé et je me sens étrangement honorée de sa confiance, heureuse qu’elle accepte mon étreinte, comblée qu’elle en soupire d’aise.

–          J’ai rêvé de ça toute la journée, murmure-t-elle, étouffée entre mes seins.

–          Et moi donc !

Nos poitrines se soulèvent au rythme de nos respirations et ma main caresse ses cheveux. Comme bercés par une musique acousmatique, nos corps se balancent quasi imperceptiblement. Il y a plus de tendresse entre nous à ce moment-là que je n’en ai reçu de toute ma vie (amoureuse, du moins). Sans que le désir ne disparaisse, j’ai alors le sentiment de vivre quelque chose de précieux. Quand elle lève son regard vers moi, c’est pour me tendre ses lèvres. Notre baiser, d’abord tendre, se fait langoureux puis passionné. Nos mains se rencontrent, nos doigts se croisent, s’enlacent, se disjoignent, effleurent nos peaux, cajolent sensuellement l’autre. Dès lors que j’entreprends de déboutonner sa chemise, elle recule d’un pas et, face à mon incompréhension, elle me fait un petit signe de la main pour m’encourager à la suivre : « Viens, dit-elle, sinon on est capable de faire ça là ! ».

Oh oui, j’en serais bien capable ! Mais j’obéis à ma dame et lui emboîte le pas dans le couloir tout en me défaisant de mes propres vêtements. Quand elle ouvre la porte et se retourne pour m’inviter à entrer, ma nudité provoque en elle une double réaction : pendant une demi seconde, elle sourit franchement, mais presque aussitôt son sourire disparaît et son visage reflète un air grave. Son regard, voilé de désir, se perd d’abord sur mes seins, puis entre mes jambes. Je me sens ridicule car mon jean est encore accroché à un de mes pieds et traîne par terre, pourtant à la vue de son regard j’oublie tout. Une bouffée de désir me saisit et m’enivre et quand elle me tend la main pour m’allonger délicatement sur son lit, j’ai l’impression d’être en ébullition. Je l’observe se dévêtir lentement, trop lentement, suspendant chaque geste dans une provocation intenable et délicieuse en même temps. Une légère rougeur trahit sa timidité mais, loin de s’arrêter en si bon chemin, elle tire sur mon jean pour en délivrer mon pied toujours prisonnier avant de venir s’étendre sur moi tout en souplesse. La rencontre de nos peaux achève de m’exciter et j’empoigne ses fesses à pleines mains et nous fait basculer pour inverser nos positions. Là, je l’embrasse fougueusement et la sens gémir dans ma bouche quand ma jambe vient se caler entre les siennes, frottant contre son sexe déjà bien humide.

Comme je commence à bouger tout contre elle et à glisser une main entre nous pour caresser ses seins, elle nous fait à nouveau basculer et place à son tour sa cuisse contre mon entrejambe, lui aussi généreusement hydraté. Ce faisant, elle positionne un de ses seins juste à la hauteur de ma bouche. Mes lèvres s’en emparent alors que mes mains retrouvent ses fesses. Son téton se durcit insolemment au contact de ma langue et pendant que je le suce délicatement, une de mes mains vient attraper l’autre et le fait rouler entre mon index et mon majeur. Elle gémit du plaisir que je procure à sa poitrine alors que je me cambre sous l’effet de sa cuisse sur mon sexe. J’ai tellement envie d’elle… Comme j’essaie d’inverser une nouvelle fois nos positions, elle me plaque contre le matelas avec une force surprenante. Je me laisse donc faire, surprise de deviner ses intentions, ravie et surexcitée de la voir opérer, toujours dans la plus grande souplesse et délicatesse, un habile demi-tour, m’offrant ainsi l’accès à son sexe tout en entreprenant de lécher le mien. Son premier coup de langue est déjà presque une délivrance. Mais pour ne pas succomber immédiatement au plaisir, je me concentre sur son propre sexe. De mes mains, je caresse son dos, ses fesses, ses cuisses, puis reviens sur ses fesses pour appuyer ses lèvres chaudes et luisantes contre ma bouche avide.

Entre mes jambes, la montée de plaisir est insoutenable. Je m’efforce de lui rendre la pareille, pénétrant son sexe en durcissant ma langue. Elle en gémit lascivement tout en emprisonnant mon clito entre ses lèvres et en commençant à le sucer dans une cadence lente mais entêtante. Je suis au bord de l’apoplexie mais je poursuis bravement ma mission. Ma langue caresse mollement toute la longueur de son sexe depuis son clito jusqu’à l’entrée de son vagin, puis la pénètre vigoureusement. Ses fesses remuent au rythme de ma langue et je sens les miennes s’agiter malgré moi de plus en plus vite, répondant à l’intensité croissante de ses petits bruits de succion. Je sais que je vais jouir, je sens mon plaisir se répandre dans tout mon corps, prêt à exploser dans sa bouche. J’essaie de le réprimer comme une envie d’éternuer mais en vain. Quand l’orgasme se déclare, je plaque ma bouche contre son clito. J’étouffe mes gémissements dans son humidité et pour chaque salve de plaisir, je presse de ma langue son petit morceau de chair enflé. J’aurais aimé tenir plus longtemps. J’aurais aimé qu’elle jouisse en même temps que moi. Au lieu de cela mon corps se tord sous l’extase qui s’éternise encore et encore. Sa bouche ne me laisse aucun repos, jusqu’à ce que je sois contrainte d’abandonner son sexe pour exulter. Mon cri modère enfin les ardeurs de ses lèvres et mon corps se détend lentement. Sous mon nez, son clito me nargue suavement. Malgré ma faiblesse passagère, je ne résiste pas et me jette à nouveau goulûment entre ses jambes. D’un mouvement de hanche, je chamboule nos corps emmêlés et reprends le dessus. Val halète si fort que mon corps en est soulevé et cela m’excite encore plus. Mes lèvres et ma langue s’agitent frénétiquement et s’impriment de plus en plus fort contre son sexe, oscillant rapidement de droite à gauche. A son tour, je la sens s’arquer à mesure que son plaisir monte. Quand elle jouit, les déflagrations de son plaisir provoquent des spasmes qui contractent ses cuisses autour de mon visage. Seule ma langue peut poursuivre ses errances, perpétuant aussi longtemps que possible les caprices de son orgasme.

Saturée de plaisir, elle m’invite à me retourner, attirant ma tête contre sa poitrine encore palpitante. Ses bras m’enserrent avec force, comme si elle craignait que je lui échappe. A mon tour, je resserre notre étreinte et embrasse son sein sous mes lèvres. Je ne peux réprimer un petit grognement d’aise qui la fait sourire. Comme elle se met à caresser mes cheveux, mes grognements redoublent.

–          Hum… C’est trop bon, dis-je entre deux soupirs.

–          Ca va mieux ? me demande-t-elle rieuse.

–          Oh oui ! J’en ai eu envie toute la journée. Tu…

J’hésite une seconde, prête à dire ces mots implacables que je retiens depuis des heures. Je m’étais promis de ne rien précipiter, je ne veux pas l’effrayer, je veux faire en sorte qu’elle se sente libre avec moi. Nous venons à peine de nous rencontrer et je ne veux rien gâcher… Pourtant je me lance timidement :

–          Tu m’as manqué.

Sa main se fige dans mes cheveux. Mon souffle se suspend. Ses doigts viennent se saisir de mon menton et elle relève mon visage pour m’obliger à faire face à son regard.

–          Tu m’as manqué aussi, me confirme-t-elle. Tu m’as manqué toute la journée, et toute la nuit.

Son petit sourire me rassure et je viens cueillir un baiser sur ses lèvres avant de retrouver ma position préférée, contre son sein. Sa main retrouve le chemin de ma tête et coiffe patiemment mes cheveux alors que de mon pouce, je caresse chastement son épaule nue. Je sais qu’il suffirait que je glisse ma jambe entre ses cuisses pour réveiller notre désir, mais je veux profiter de l’instant et du plaisir de savoir que le manque était réciproque. Nos respirations se font de plus en plus lentes, régulières, et je me sens malgré moi sombrer dans un coma duveteux.

J’en suis tirée par un doux frisson. La main de Val s’est posée sur mes fesses et remonte le long de ma colonne vertébrale. Je me dresse sur un coude et lui demande :

–          Je me suis endormie ?

–          Un peu. Quelques minutes.

–          Je ne peux pas croire que j’ai fait ça, dis-je mortifiée.

–          C’était mignon. Tu es… craquante.

–          Mon œil ! Super classe la fille qui s’endort après l’amour…

–          Pourquoi, on avait fini ? Me demande-t-elle mutine.

Aussitôt mon désir renaît et déjà un feu lubrique s’embrase entre mes jambes. Mais ses propos ne peuvent rester sans réponse :

–          C’est d’autant plus vexant ! Je m’endors en plein milieu… non mais tu te rends compte ?!

D’un baiser, elle me fait taire et attire mon corps contre le sien. Ma jambe vient se glisser entre les siennes et lui arrache un soupir d’excitation. Oubliant mes scrupules, je caresse sa poitrine de ma main libre et descends ma main le long de son flanc. Je sens son corps entier réagir à mes caresses. Sa peau vibre sous mes doigts et je ne connais aucune sensation aussi troublante, grisante que celle-là. J’embrasse son cou et fais courir ma langue sur ses salières avant de retrouver sa bouche pour un baiser impétueux. D’un mouvement de hanche, je ramène ma deuxième jambe entre ses cuisses et viens appuyer mon bassin contre le sien. De mes genoux, j’écarte ses jambes jusqu’à sentir nos sexes mêler nos sucs respectifs. J’apprécie qu’elle soit déjà si mouillée. Comme j’entreprends un mouvement de va-et-vient contre elle, mon pubis m’envoie de cruelles décharges de plaisir à chaque contact entre nous.

Ses mains caressent mes fesses et comme je me tends, elle vient attraper un de mes tétons dans sa bouche. Ses dents l’asticotent, engendrant un râle qui s’échappe de ma gorge. Quelle que soit sa façon de me toucher, elle provoque aussitôt une réaction violente de désir et de plaisir en moi. Ne pouvant supporter plus longtemps le sort qu’elle réserve à mes seins, je m’écrase sur elle et glisse une main entre ses jambes. A nouveau, je suis bouleversée par son humidité. Quand j’atteints son clito, elle étouffe un cri. De mon pouce, j’imprime de petits mouvements circulaires autour de lui et de mon majeur, je la pénètre lentement. Sa matrice m’accueille chaudement, elle gémit quand j’en ressors tout aussi lentement. Après avoir répété plusieurs fois l’opération, mon annulaire s’insère à son tour. Mes gestes sont lents et appliqués. Je ne veux pas lui faire mal, et je constate avec délectation qu’il n’en est rien. Son corps s’agite sous le mien. Je sens qu’à son tour, elle lutte pour ne pas précipiter les choses. Le rythme s’accélère pourtant et quand elle parvient aux portes de l’orgasme, elle vient brusquement interrompre le mouvement de ma main. « Doucement, me dit-elle, je veux que ça dure. C’est trop bon ».

Ses désirs sont des ordres, que je prends un malin plaisir à exécuter. Je retire complètement mes doigts… puis la pénètre à nouveau de mon index et mon majeur cette fois, lentement mais profondément. Quand je ressors, je l’entends râler un « Oh oui… » et je reprends de plus belle, tout en douceur. Mes doigts s’enfoncent en elle jusqu’à ce que ma main butte contre l’entrée de son vagin, puis je me retire à nouveau. Ces gestes lents m’enivrent tant et si bien que leur mécanique m’échappe. Sous la pression toujours plus intense de ma main, mes doigts glissent jusqu’à son anus et s’y engagent sans que je puisse les retenir. Quand je prends conscience de mon erreur, je me replie aussitôt mais la réaction de Val est éloquente. Elle crie son plaisir sans la moindre retenue et son corps se cambre violemment. Ne sachant si je peux continuer ainsi, je m’y risque, trop émoustillée par sa réponse inattendue. Mes doigts, se fraient à nouveau un chemin entre ses fesses et provoquent une nouvelle fois un résultat sans équivoque. Je la pénètre donc ainsi, ivre du plaisir que cela lui procure. Je me délecte de son abandon et je remercie intérieurement le ciel de m’avoir permis de rencontrer cette femme. A mesure que ses cris s’intensifient, je guette son orgasme et quand il s’approche dangereusement, je passe une de mes jambes entre ses cuisses et commence à me frotter contre elle. Les premiers râles de son orgasme déclenchent instantanément mon propre plaisir et nous jouissons aussi furieusement l’une que l’autre.

Il nous faut de longues minutes pour retrouver nos esprits. Mes doigts toujours en elle, je me rappelle que j’ai peut-être franchi des limites qu’il ne m’était pas officiellement autorisé d’outrepasser. Je me retire lentement, lui arrachant un soupir et, toujours tout contre elle, je me redresse et engage d’une petite voix :

–          Je suis désolée pour… être passée par derrière. Ca… j’ai glissé et… je ne savais pas si… alors tu vois…

–          Hum… me répond-elle dans un grognement de plaisir. Comme tu as pu le constater, je n’ai rien contre… Rien du tout, bien au contraire !

–          Val ?

–          Oui, me demande-t-elle soudain inquiète du ton sérieux de ma voix.

–          Tu es parfaite, lui dis-je dans un sourire.

Le regard qu’elle me lance alors me chavire le cœur et je l’embrasse tendrement. Quand nos peaux ne s’embrasent pas mutuellement, elles s’apaisent jusqu’à atteindre une forme de plénitude que je ne connaissais pas jusqu’à lors. A nouveau, ma tête revient se poser sur sa poitrine et sa main retrouve mes cheveux. Je voudrais rester comme cela indéfiniment. Malheureusement, nos estomacs nous rappellent à l’ordre et commencent à gronder impudiquement. Je ne veux pas me lever. Je suis prête à sauter le repas si cela implique que je peux rester passer la nuit tout contre elle, mais quand elle rompt notre silence béni pour me demander si moi aussi je meurs de faim, je dois me résoudre à accepter d’aller manger.

Comme nous nous redressons et nous apprêtons à nous lever péniblement, Val attrape ma main et me demande d’un air grave :

–          Dis, est-ce que tu accepterais de… Hier soir, je ne voulais pas te voir partir. Je n’ai pas osé te… et puis peut-être que tu ne peux pas ou ne veux pas… Il faut me le dire si c’est le cas mais… Tu veux bien rester cette nuit ?

Je n’en crois pas mes oreilles. En fait, je suis morte et je suis au paradis ! Il existe alors ce p***** de paradis ! Comme elle guette ma réponse, je la prends dans mes bras et la rassure :

–          Oui Val, bien sûr que je veux rester !

–          Merci, me dit-elle.

Est-ce que je rêve ou elle me remercie en plus ?

–          Tu crois vraiment que j’avais envie de partir hier soir ? Et ce soir ? Est-ce que j’ai l’air si détachée que ça ? Tu me rends dingue, Val, et je crois bien que je suis mordue. Je n’ai pas voulu m’imposer hier soir, et je ne l’aurais pas fait ce soir non plus parce que je ne veux rien gâcher entre nous, rien précipiter. Mais je  prendrai chaque minute de toi que tu me donneras.

–          Merci, répète-t-elle.

–          Arrête de me remercier. C’est moi qui te suis reconnaissante de m’avoir… acceptée. Je ne sais pas ce que tu as vécu, ni pourquoi tu vis en recluse depuis si longtemps, et pourtant nous sommes là, toi et moi. Je ne sais pas pourquoi moi, mais j’en suis ravie. Tout en toi m’émeut, me bouleverse. Pourquoi moi ? Moi qui ai toujours tout faux, qui mets toujours les pieds dans le plat, qui suis aussi délicate qu’un bulldozer…

–          Tu n’as rien d’un bulldozer, me dit-elle dans un petit sourire affectueux. Tu es drôle, agréable, sensible et d’une tendresse et d’une sensualité précieuses. Tu es vraiment une femme surprenante. Et je m’en veux presque d’avoir mis tant de temps à te connaître.

–          Ca, c’est vrai que tu as pris le temps de la réflexion… lui dis-je en riant.

A nouveau, une certaine tristesse transparaît dans ses traits. Je brûle de lui demander le pourquoi du comment, mais pendant que je tergiverse, elle me demande ce que je veux manger. « Chinois, ça te dit ? Y’a un petit resto qui livre dans le coin et ça n’est pas trop mauvais. » Vendu. Ce sera chinois donc. Val se lève et enfile un fin peignoir de soie alors que je passe ma chemise en reboutonnant deux boutons. Je finis par retrouver ma culotte, entortillée dans mon jean, et l’enfile à son tour.

–          Tu es vraiment… terriblement attirante dans cette tenue, me dit mon amante en pinçant sa lèvre inférieure de ses dents.

Je reconnais à présent ce petit tic comme une manifestation de son désir et ses yeux m’en disent davantage encore. C’est le moment que choisit mon estomac pour gargouiller impunément.

–          D’accord, d’accord… Manger d’abord… me dit-elle, faussement déçue.

Je la suis dans le salon et la laisse composer le numéro du restaurant, non sans m’avoir demandé au préalable ce qui me ferait plaisir. Une fois le repas commandé, elle me propose un apéritif en terrasse.

–          Peut-être que je devrais me rhabiller alors, lui fais-je remarquer.

–          Dans ce cas, le salon fera l’affaire, je vais juste ouvrir les fenêtres pour faire rentrer un peu d’air.

J’aime sa façon de voir les choses. Elle se dirige à la cuisine et en revient avec le jus de pomme de la veille et deux verres. Je nous sers pendant qu’elle ramène des pistaches. Je m’assois d’un côté du canapé et quand elle me rejoint, elle me comble en venant se poser tout contre moi. Je passe un bras autour de ses épaules et l’embrasse tendrement. Tout à l’air si simple, si évident… Pourtant, je devine que ce soir, il va nous falloir parler. Nous nous calons au fond du canapé, nos verres à la main et trinquons en silence à cet instant magique.

–          Val, lui dis-je quand mes yeux discernent à nouveau cette tristesse profonde ressurgir en elle.

–          Oui ? me répond-elle calmement, de cette voix si douce qui me charme tant.

–          Je ne sais pas si tu veux m’en parler mais… Il faut quand même que je te le demande.

–          D’accord, me dit-elle, comme si elle comprenait d’avance ce que je voulais dire. Tu as des questions précises, me demande-t-elle ?

–          Des milliers !

Son sourire soucieux m’incite à réfréner mes ardeurs. Comme elle m’encourage à continuer, je précise :

–          Val, tu es quelqu’un de merveilleux, et je le pense sincèrement. Si je tiens à en savoir plus sur toi c’est parce qu’en deux jours, tu… tu m’as conquise. Et… même si on ne s’est jamais vraiment parlé avant hier, je dois te dire que quelque chose me perturbe chez toi. Une sorte de tristesse latente, impénétrable. Ca me fait mal de te voir comme ça. J’ai toujours envie de te prendre dans mes bras et de… Mais je m’égare. Tu veux bien m’en parler ?

–          En fait, tu veux que je te raconte mon histoire, c’est ça ?

–          Voilà.

–          Et toi ? Quand connaîtrai-je la tienne ?

–          Moi je n’ai rien à cacher, rien de vraiment tragique du moins. Demande moi tout ce que tu veux, j’y répondrai.

–          D’accord. Une question chacune alors.

–          Ok, je commence.

–          D’accord, me répond-elle de mauvaise grâce.

Elle se positionne face à moi, contre l’accoudoir, de l’autre côté du canapé. Nos genoux se croisent et un de mes pieds atterrit dans ses mains pendant que je recueille un des siens. Une fois bien calées, j’attaque les hostilités.

–          D’où te vient ton petit sourire triste ?

–          Tu commences fort… J’ai…  perdu quelqu’un. Quelqu’un qui m’était très cher.

–          Une femme ?

–          Tsss Tsss… C’est à moi de poser une question !

–          Mais tu triches ! T’as pas tout dit !

–          Après. Bon alors… Ca fait longtemps que tu es lesbienne ?

–          Depuis toujours, je crois. J’ai toujours été un garçon manqué et j’ai toujours eu… une amie qui comptait plus que les autres… plus que tout. Mais officiellement, je suis « active » depuis le lycée. Elle s’appelait Sonia, elle avait un parfum envoûtant et le chic pour me mettre dans tous mes états. Elle m’a larguée dès qu’elle a eu ce qu’elle voulait. A moi maintenant.

–          Ok.

–          Cette personne que tu as perdue, c’était une femme ? Une amante ?

–          Oui.

–          Ah. Désolée.

–          Ca fait longtemps maintenant. A moi.

–          Quoi ? Non mais ça va pas ! T’as intérêt à m’en dire plus sinon je ne joue plus ! dis-je comme si nous étions en maternelle.

–     Ok, ok. Elle s’appelait Sandra, enfin… Madame Jouve. Elle était professeur de lettres, elle avait un double doctorat, l’un en civilisation latine, l’autre en littérature française du XIXe. Elle était brillante, un diamant à l’état brut. Un cerveau comme on en rencontre peu. Et comme tous les êtres brillants, elle était un peu… à part. Dès la première année, je suis tombée sous son charme. Je n’arrivais pas à me l’expliquer. A chaque semestre, je faisais en sorte d’être dans un de ses cours. En maîtrise, elle me connaissait bien et elle avait appris à m’apprécier pour mon travail. J’étais toujours super sérieuse avec elle. Je me démenais pour exceller dans ses matières, alors qu’ailleurs, je me laissais franchement vivre. Bref, en master, je lui ai demandé d’être ma directrice de recherche. Elle a accepté. Nous nous sommes beaucoup vues pour parler de mon travail. Au fur et à mesure, nos rencontres sont devenues de plus en plus intimes. Elle me recevait chez elle, je la recevais chez moi. Un jour, elle m’a ouvert sa porte à moitié nue. J’ai cru que j’allais tomber dans les pommes…

A l’évocation de ce souvenir, Val sourit avant de poursuivre avec des étoiles dans les yeux :

–          Un peu plus tard, c’était un vendredi soir, je m’en souviens, elle a pris ma main pendant que nous discutions d’un problème stylistique. Elle l’a portée à sa bouche en continuant à parler de notre dilemme et a embrassé mes doigts en interrompant brièvement son argumentation pour me dire « Valérie, vous êtes délicieusement salée ». Puis elle a repris son discours. J’étais dans tous mes états…

–          Ouais… j’imagine.

–     Ce même soir, quelques minutes plus tard, pendant que je l’observais, fascinée comme d’habitude par son charme hors du commun, elle s’est avancée vers moi et m’a dit en souriant : « Votre candeur et votre regard me bouleversent très chère. Je crois que je vais vous embrasser maintenant. Y voyez-vous une objection ? »

–          Carrément ?

–          Oui, comme ça, pouf !

–          Sacré personnage…

–         Tu l’as dit ! Elle m’a embrassée et dans la foulée, m’a déshabillée et m’a fait l’amour comme jamais je ne pensais pouvoir le vivre un jour. Quelques jours plus tard, elle m’invitait à m’installer chez elle. Elle était exubérante, excentrique, un peu folle, mais j’étais dingue d’elle. Nous nous sommes aimées d’une passion profonde, entière. Je n’ai jamais compris ce qu’elle voyait en moi. Elle trouvait que j’avais une plume très agréable et que je gâchais mon talent à écrire des textes théoriques. Elle m’a encouragée à trouver ma voie dans l’écriture lesbienne. C’est grâce à elle que j’ai réussi dans ce domaine. Elle travaillait avec moi sur mes premiers jets, elle m’aidait à les corriger, les rendre plus vivants, plus vrais, plus prenants. Quand j’ai été publiée pour la première fois, elle était si fière ! Enfin, un jour elle a commencé à avoir des malaises, qui se sont multipliés rapidement. Inquiète, j’ai insisté pour qu’elle consulte un médecin. Ils lui ont fait faire une batterie de tests qui ont révélé une énorme tumeur au cerveau. Ils n’étaient pas du tout optimises. Ils lui laissaient au plus six mois à vivre. Il n’y avait aucune intervention possible. Ils lui proposaient un traitement qui lui aurait peut-être fait gagner quelques semaines… mais les effets secondaires présentaient des conséquences que Sand n’était pas prête à accepter. Elle a accusé le coup. Pas moi. Je ne voulais pas me résoudre à la perdre. Et parfois elle était si désinvolte dans son attitude par rapport à sa mort prochaine que j’explosais de rage…

L’émotion fait trembler sa voix et ses yeux s’embuent. J’ai bien du mal à l’imaginer en train d’exploser de rage mais je me garde de faire le moindre commentaire tant je devine que cette partie du récit va lui être pénible.

–          Un jour, je suis rentrée d’un rendez-vous avec mon éditrice et je n’ai trouvé qu’une enveloppe sur cette table, me dit-elle en désignant la table basse devant nous. Dans une magnifique lettre, elle me disait adieu.

La voix de Val se brise à ce dernier mot. Je me rapproche d’elle et la prend dans mes bras. J’essaie maladroitement de… de quoi au juste ? C’est moi qui lui pose ces questions, moi qui remue sa douleur.

–          Je suis désolée Val, je ne voulais pas…

–        Non, ça va, me répond-elle en essuyant les larmes qui coulent malgré elle le long de ses joues. Ca fait aussi du bien d’en parler finalement. Dans cette lettre, elle m’expliquait qu’il fallait que je sois forte, qu’elle ne supportait pas l’idée de me faire du mal mais qu’elle ne pouvait décemment pas accepter de partir malade, affaiblie, impotente, en perdant sa dignité et son intellect, comme les médecins le lui avaient laissé entendre. Elle craignait plus que tout de devenir un poids pour moi. Elle me léguait tout. Elle avait pris ses dispositions à l’avance. Elle m’a juste demandé de ne pas trop la pleurer et de refaire ma vie. Elle a fait en sorte que je ne manque de rien… et elle a disparu. Tout simplement disparu. Pendant deux jours, j’ai cru devenir folle. J’ai remué ciel et terre pour la retrouver. Mais le surlendemain, la police m’a appelé pour m’annoncer qu’on avait retrouvé son corps sans vie dans une ville voisine. Elle s’est ouvert les veines. Depuis, la vue du sang me… perturbe. Même si je ne l’ai pas vue saigner à proprement parler.

Comme elle s’arrête de parler, je la serre à nouveau dans mes bras en répétant, impuissante : « Je suis désolée, Val, je suis désolée ».

–          Voilà, tu sais tout, me dit-elle dans un petit sourire douloureux. A moi ?

–          Oui… dis-je, encore sous le coup de l’émotion.

–          Bien. Est-ce que si je te promets de faire un effort pour éviter d’être triste, tu veux bien rester, au moins ce soir ?

–          Mais bien sûr que je vais rester, Val. Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement ! Rien de ce que tu pourras dire ce soir ne saurait m’en dissuader !

–          Ah bon ? Même si je ronfle ?

–          Tu ronfles ?

–          Je n’en sais rien, ça fait longtemps que personne n’a dormi avec moi !

–          Bah, et même si tu ronfles, je reste. C’est comme ça.

J’embrasse sa joue encore humide de larmes et l’étreint de toutes mes forces. C’est alors que l’on sonne au portail. Le livreur ! Val et moi nous regardons et détaillons nos tenues respectives…

–          Reste là, j’y vais, me dit-elle en resserrant les pans de son peignoir.

–          Je peux y aller si tu veux…

–          Comme ça ? C’est hors de question. Le seul endroit où je t’autorise à aller dans cette tenue, c’est dans mon lit !

Je souris à sa réplique et décide d’obéir sagement à ma dame. Quelques secondes plus tard, elle est de retour avec un sac fumant de victuailles. Nous installons la table et entamons le repas, affamées. La conversation se poursuit au rythme de nos baguettes. Elle me parle de sa famille, de son coming out, de ses livres, de Sandra, encore un peu. Elle me fait à mon tour déballer mes erreurs de jeunesse, mes premières amours, mes relations familiales houleuses, mon parcours universitaire, quelques anecdotes à caractère lubrique…

La soirée avance et la discussion se fait de plus en plus grivoise.  Quand la parole me revient, je pose une autre question qui me brûle les lèvres depuis deux jours :

–          Depuis Sandra, tu n’as jamais… couché avec personne ?

–          Non.

–          Mais comment c’est possible ?

–          Bah… Il y a bien des alternatives… Et puis mes livres me permettaient de faire marcher mon imagination ! Mes personnages ont vécu chacun de mes fantasmes, et quelque part, moi aussi, à travers eux.

–          Oui mais quand même… je… n’en reviens pas.

–          Je serais incapable de faire l’amour à une femme que je n’aime pas.

Comme si elle venait de se rendre compte de ce que cela impliquait, Val se reprend vite :

–          Ou du moins, une femme pour qui je n’ai pas de sentiments…

–          Alors tu as des sentiments… pour moi ?

L’occasion de creuser le sujet est trop belle. Elle rougit et bafouille.

–          Tu… tu m’as piégée !

–          Même pas vrai ! C’est toi qui l’as dit !

–          Hum, grommelle-t-elle. Il se peut que je ressente vaguement quelque chose pour toi, quelque part par là… (elle désigne son bas ventre, et comme je suis sur le point de m’insurger, elle rajoute)… et quelque part par là aussi.

Cette fois, c’est son cœur qu’elle désigne. Je pose ma main sur sa poitrine et je le sens qui s’emballe. Je ne résiste pas à l’envie de l’embrasser chastement.

–          En fait, tu es une grande romantique, me dit-elle en riant !

Pour toute réponse, je lui tire la langue. Elle me répond dans un sourire presque aussitôt étouffé par un regard empli de désir. A son tour, elle se penche vers moi et m’embrasse, beaucoup moins chastement cette fois.

Comme elle s’écarte, je prends une profonde inspiration et j’ose poser une dernière question :

–          Val, pourquoi moi ?

–          Tu sais, je crois vraiment que c’est une question qui restera toujours sans réponse pertinente. Je suppose que si je te dis que c’est parce qu’à ta manière tu es unique et que tu me plais juste comme tu es, ça ne te satisfera pas. Si j’ajoute que je te trouve particulièrement attirante, pleine d’humour et de sensibilité en même temps, merveilleusement désirable et extraordinairement douée dans tout ce que tu fais, que j’aime ta façon de me regarder, ta tendresse et ta sensualité… j’ai peur que tu prennes la grosse tête et que tu me tournes le dos pour chercher un nouveau défi, ailleurs. Moi, je suis du tout cuit !

–         Ben ça, c’est un comble… Depuis deux jours, c’est exactement ce que je redoute… que tu réalises à quel point je suis insignifiante… Tu sais, si ça fait si longtemps que tu n’as pas été… intime avec quelqu’un, ton jugement sur moi est sans doute faussé, et bientôt tu ne muselleras plus ta libido débridée et tu iras chercher ton bonheur chez de vraies femmes.

–          Tu sais, d’habitude, ce que tu dis est plutôt sensé, mais là… Tu es ridicule.

–          Ah ! Tu vois, tu me trouves déjà ridicule, dis-je dans un sourire triomphant.

–       Laisse-moi te prouver que tu es une femme. La femme que je désire, celle avec qui je veux laisser parler ma libido débridée, comme tu dis.

Et ce disant, elle m’embrasse à pleine bouche, déboutonnant les deux boutons de ma chemise. Avant que j’aie pu protester, elle s’empare de mes seins à deux mains et à la vue de cette lueur si catégorique dans ses  prunelles, je m’abandonne déjà à notre désir. D’un pied, elle éloigne la petite table où gisent les boîtes vides de notre dîner et m’allonge sur le canapé en venant poser son corps délesté de son peignoir contre moi. La douceur de sa peau alliée à la fougue qui transparaît dans chacun de ses mouvements me décontenance une nouvelle fois. Ses mains répandent une chaleur voluptueuse dans chaque fibre de mon corps. Sa bouche me dévore avidement puis vient goûter la peau de mon cou, de mes seins, mes bras, mes mains, mes seins à nouveau, et ma bouche, enfin.

Mes mains caressent sa croupe et mes jambes l’accueillent. L’étroitesse du canapé n’est pas vraiment un obstacle, pourtant, j’ose à peine bouger, de peur de la faire tomber. Quand elle insinue ses doigts entre nos sexes pour venir trouver le mien, mon corps répond par une secousse violente. Je l’agrippe pour ne pas l’éjecter et j’en profite pour me redresser. Nous voilà assises, l’une en face de l’autre. Sa main se promène sur mon sexe et je ne résiste pas à l’envie de la toucher à mon tour. Quand je glisse deux doigts entre ses lèvres, je constate qu’une fois de plus, son désir est palpable. Nos corps se meuvent au rythme de nos doigts et se caressent de nos bras libres. Nos bouches se rencontrent, se trouvent, s’épousent et notre désir croît à la cadence de nos bassins. Bientôt, nos halètements se muent en gémissements pour finir en cris de plaisirs quand la jouissance explose.

A peine les soubresauts de notre plaisir s’apaisent que déjà, elle m’invite d’une main tendue à l’accompagner dans son lit. Le désir que je lis en elle nous promet une longue nuit. Mais quelque part, je me laisse envahir par un sentiment grisant de sérénité. Cette femme avec qui j’ai l’impression de découvrir l’amour, cette femme qui consent à se donner à moi sans la moindre retenue, elle si pudique et blessée pourtant, cette femme qui m’attendrit à chaque minute, cette femme a atteint le tréfonds de mon être. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais je sais que ce soir, une chance s’offre à moi, une chance que je compte bien saisir.

Nos ébats se renouvellent jusqu’à épuisement des corps. Il est bientôt deux heures du matin et dans quelques heures, nous devrons nous lever pour affronter la terrible épreuve de la salle des profs. Il ne nous reste que quelques semaines à tenir, quelques semaines à rester discrètes en attendant sagement la fin de l’année. D’ici là, nous éviterons soigneusement la photocopieuse ! Pour l’instant en tous cas, impossible de dormir. Je pense déjà à demain, aux vacances, à l’année prochaine… Je laisse mon esprit dérailler et anticiper cet avenir enchanteur qui nous attend peut-être. Qu’il déraille donc, mais qu’il le fasse en silence. Parce que là, au creux de mon épaule, Val s’est endormie. Ses traits sont détendus et sa petite moue triste s’est estompée pour m’offrir un petit sourire satisfait. Son corps, chaud et gracile, étendu là, tout contre moi, réveille en moi un nouveau désir : son bien être. Ce sommeil est une première victoire, et je ferai tout pour qu’il y en ait bien d’autres.

 

Que la salle des profs n’en demeure pas moins un mystère pour vous, chaque collège ou lycée est différent et chaque année est unique. Les profs, comme la chance, tournent. D’autres auront leurs propres histoires à raconter, même si elles s’avèrent sales…

Anecdote : Qu’on se le dise, cette nouvelle fut un réel défi et vous ne pouvez vous imaginer à quel point. J’en ai souffert dans ma chair. Ecrite à la sueur de ma fièvre… Sachez que les antibiotiques peuvent provoquer de fortes irritations des parties intimes. Et maintenant, imaginez… imaginez mon drame !

 

corps de femme | éducation libéro-sexuelle | érotique | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | 19.12.2012 - 08 h 00 | 50 COMMENTAIRES
Les dessous du corps enseignant (Nouvelle érotique lesbienne)

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Voilà un moment que je n’ai pas publié de lignes ouvertement érotiques mais une tragédie personnelle me pousse à m’y remettre : je n’ai rien de mieux à faire. Pour celles-ci, je tiens à préciser que si certain(e)s d’entre vous cherchent à faire un parallèle avec mon histoire personnelle, je vous le dis tout de suite, vous faites fausse route. Bien que basé sur des faits (et extrapolations) réel(le)s, ce qui suit n’est que fiction. Je nierai énergiquement quelque assimilation que ce soit.

De l’autre côté du miroir…

Prologue :

Quel élève n’a pas un jour fantasmé de pénétrer l’antre interdit de la salle des profs ? Quand on passe devant, on entend toujours des conversations animées, des rires gras, des engueulades parfois… On guette les voix des professeurs aimés, on redoute les inflexions des tortionnaires, on cherche à reconstituer des bribes de discussions, on espère des détails personnels pour ressentir ce plaisir ultime de détenir des secrets à divulguer au plus vite pour se faire valoir auprès de nos camarades…

Mais un jour, le mythe s’effondre, la barrière est franchie et la salle taboue devient la salle refuge. Un jour, on a un casier à son nom. Un jour, on refoule gentiment les jeunes les plus courageux qui tentent quand même de se faufiler en ce lieu sacré, prétextant un papier urgent à transmettre à untel ou unetelle. Un jour, on envahit le saint des saints en conquérant (ou en blasé), on fait cracher la machine à café, on déverse ses copies sur les tables, on consulte en souriant ou en pestant les listes des classes, on cherche désespérément le classeur contenant les emplois du temps, on râle contre celui qui a fini la dernière ramette de papier à la photocopieuse sans prendre la peine de ravitailler… Bref, un jour, on devient prof (personne n’est à l’abri de ce genre de destin).

Au début, la sensation est perturbante. On se dit à chaque instant que quelqu’un va se rendre compte de la supercherie et vous expulser à votre tour de la pièce… mais non. On vous salue, on vous demande d’où vous venez, ce que vous enseignez, on vous demande quelles classes vous avez… on vous conseille, on vous met en garde… ou on vous ignore tout simplement. Finalement, la salle des profs n’est qu’un microcosme comme un autre, avec ses codes et ses clans. Vous êtes adulte maintenant, vous devez vous adapter. La salle des profs a ses habitués, et chacun squatte son quartier préféré. Il arrive que les profs se regroupent par matière, mais ça n’a rien de systématique (sauf peut-être pour les profs d’Anglais, c’est une race à part). Et vous débarquez dans ce monde étrange mais pourtant familier.

Première partie : La rencontre

Je suis arrivée dans cet univers un peu par hasard et je commence à peine à m’acclimater à mon premier établissement. L’équipe de Lettres est plutôt sympathique et au bout de quelques semaines, je connais le nom de tous mes collègues… mais il me manque un visage. Une certaine Madame Daumas. Quand je me renseigne auprès de ma coordinatrice, on me dit « Mais si, tu la connais, c’est Val, la petite brune, assez fine et très réservée… On ne la voit pas beaucoup parce qu’elle est sur deux établissements en même temps, mais elle était là à la pré-rentrée et à la réunion info de la semaine dernière ». J’ai beau fouiller ma mémoire, rien ne me vient. Mes traits doivent trahir mon égarement car ma collègue ajoute « T’inquiète, la prochaine fois, je te montre ».

Je fonde bien malgré moi beaucoup d’espoirs sur cette Val, parce que jusqu’à maintenant, aucune de mes collègues, toutes matières confondues, ne m’a semblé fréquenter de près ou de loin la Communauté. C’est idiot, mais je me sens seule. Je n’ose pas encore m’ouvrir au cercle relativement amical qui s’est formé autour de moi, mais je sais que ça ne saurait tarder. L’ambiance est bonne et à mon habitude, je me suis orientée vers les plus débauchés.

Les jours passent et ne se ressemblent pas. En salle des profs, des guerres éclatent, des boites de chocolats pullulent, on approche des vacances de Noël. Un jour que je fais semblant de corriger quelques copies en écoutant deux collègues déblatérer sur des parents peu courtois, une prof entre deux âges fait son apparition. Elle est relativement petite et fine, ses cheveux bruns sont retenus par une queue de cheval et elle porte un jean clair avec un pull à grosses mailles. Rien dans son allure ni son aspect n’aurait retenu mon attention si je ne l’avais vu se diriger tout droit vers le casier portant le nom de Valérie Daumas. Comme elle l’ouvre, je soupire et commence à broyer du noir. Non seulement elle a tout de la prof-maman-hétéro, mais en plus elle aborde ce petit air pincé et ce sérieux qui me désespère. Elle s’installe non loin de moi et ouvre son manuel sans même un regard autour d’elle, sans un bonjour, sans le moindre signe de civilité. J’ai beau être d’un naturel réservé, je ne résiste pas à la provocation que ma déception vient d’amorcer.

–          Salut, tu dois être Valérie. Je suis nouvelle dans l’équipe.

–          Bonjour, répond-elle d’une voix à peine audible, comme si je lui avais extorqué cette politesse à force de torture psychologique.

–          J’ai appris que tu bossais sur deux établissements… ça doit être compliqué à gérer…

–          J’en ai l’habitude.

Comme visiblement chaque mot lui coûte un organe vital, je décide que j’ai atteint mon maximum de courtoisie et je la laisse à ses lectures. Décidément, ce bahut ne sera pas le théâtre de mes frasques sentimentalo-sexuelles. De mon coin de table, je l’observe. Elle n’est vraiment pas très épaisse, on dirait qu’on peut la plier juste en lui soufflant dessus. Tout chez elle vibre de fragilité. Je ne serais pas étonnée de la voir sortir un mouchoir de sa manche… Sa peau est presque translucide et un fin duvet lui confère une douceur chimérique. Nulle chaleur n’émane de sa personne, son regard presque éteint passe d’une ligne à l’autre sans que le gris de ses pupilles ne s’emballe. Ses traits sont fades et je note de légers cernes qui aggravent la tristesse de son visage. Elle pourrait avoir une trentaine d’années, ou dix de plus. Difficile de se faire un avis sur la question. La sonnerie m’arrache à mes observations stériles.

Deuxième partie : Une découverte (patience…)

L’année se poursuit et il nous arrive de nous recroiser en salle des profs. Chaque rencontre avec elle me met un peu mal à l’aise. On ressent une sorte de peine étrange et profonde en sa présence, quelque chose d’indéfinissable. Sa retenue et sa discrétion semblent cacher quelque chose de foncièrement lourd. Un poids qu’elle ne peut partager avec le commun des mortels. Pendant un temps, elle me rappelle la description que Monsieur Rochester fait de Jane Eyre, ce petit être féerique, mi-humain mi-elfe qui semble vivre dans une dimension parallèle tant les événements semblent glisser sur elle. Malgré moi, je me mets à imaginer des histoires tragiques : un veuvage, la perte d’un enfant, des parents infirmes ou grabataires dont elle aurait la charge… Au fur et à mesure des mois, le mystère qui plane autour de Val s’épaissit. Elle ne m’attire pas le moins du monde mais au moins elle stimule mon imagination romanesque ! Pourtant, elle est, comme Jane, l’être le plus insignifiant qu’il m’ait été donné de voir !

A l’approche du brevet, on nous distribue les listes pour la nouvelle épreuve au programme : un oral sur l’Histoire des Arts. Chaque élève doit passer devant un jury constitué de deux professeurs. Parce qu’elle a oublié de s’occuper de la chose, la principale adjointe nous a laissé le choix des équipes. Evidemment, les premiers arrivés sont les premiers servis, et quand je me pointe devant le tableau, il ne reste plus qu’une poignée de noms… principalement des profs d’Anglais… Quand je vois celui de Valérie, je ne résiste pas à la tentation de pouvoir donner libre cours à mon imagination toute une matinée durant.

Le matin de l’épreuve, je la trouve devant la salle, attendant patiemment. Elle répond timidement à mon « bonjour » et attend que j’ouvre la salle. Comme je lui demande si elle sait comment va se passer la matinée, elle me rassure en quelques mots sibyllins à peine murmurés. Comme les premiers jours de l’été sont arrivés, j’ouvre les fenêtres et laisse rentrer un petit air rafraîchissant.

Je l’observe installer nos bureaux face à l’espace vide que viendront bientôt combler un à un les élèves pantelants qui poireautent pour l’instant aux portes de l’établissement. J’ai presque envie d’accourir pour l’aider tant ces pseudo meubles me paraissent excessivement lourds pour sa frêle silhouette. Quand elle s’assoit, elle déballe scrupuleusement un petit bloc de feuilles et une trousse savamment garnie. Elle en sort deux stylos, un rouge et un noir, qu’elle dispose méthodiquement, l’un à droite, l’autre à gauche de son bloc. La maniaquerie m’a toujours fait sourire, mais cette fois, elle m’attriste.

Je viens prendre place à ses côtés et sors sauvagement quelques feuilles cornées et trois stylos dépareillés qui roulent bruyamment sur la table. Il est tôt encore, et il va falloir mettre un minimum d’ambiance dans cette salle, aussi, j’ose :

–          Tu veux un café avant qu’on commence ?

–          Bonne idée, me répond-elle sans réel enthousiasme.

Nous ressortons de la salle et nous dirigeons vers le sanctuaire professoral où la machine à café ronronne depuis une heure déjà. Comme nous montons les marches et qu’elle avance juste devant moi, mon regard s’arrête brusquement sur sa cheville droite. Depuis qu’il fait chaud, elle a remplacé son jean par un trois-quarts moulant, genre marin, et ses bottes se sont effacées au profit de petites sandales aux fines lanières. Là, juste au-dessus de sa malléole, je distingue vaguement un dessin aux contours finement ciselés. Je reconnais la couleur caractéristique de l’encre : elle a un tatouage. ELLE A UN TATOUAGE ! En soi, un tatouage ne veut rien dire, bien sûr… Ceci dit, je manque de rater une marche tant cela me surprend. Je trouve cela complètement en décalage par rapport au personnage que je m’étais figuré. En un quart de seconde, mon imaginaire est bouleversé. Mon cerveau se met en branle et bien vite, je me perds dans des circonvolutions toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres. Arrivées devant la machine, je me permets de l’inviter, faisant taire ses protestations en répliquant qu’elle me paierait le prochain. Comme je réfléchis à un moyen d’entamer une conversation quelconque, de nouveaux caféine-addicts font irruption. On me parle, je réponds. Pourtant je suis ailleurs. Je regarde son pied malgré moi. J’espère qu’elle ne me voit pas. J’essaie de rester discrète. Mais je regarde son pied. Je cherche à savoir ce que représente son tatouage : il s’agit d’une forme tribale, très travaillée, très réussie, indéchiffrable. La salle se remplit vite et autour de nous, le brouhaha devient assourdissant. Quand le Principal entre pour annoncer le début des hostilités, je suis presque soulagée. Comme elle me regarde, je lui fais un petit signe de tête en direction de la porte, et nous sommes les premières à regagner notre salle. Je la laisse avancer devant moi et je l’observe à nouveau. J’ai la curieuse impression de la voir pour la première fois. Je remarque les contours bien dessinés de ses épaules et la saillance de ses muscles fins. Sa nuque délicate est découverte et ses cheveux sont retenus par une large pince. Sa démarche me semble plus assurée qu’à l’accoutumée, mais peut-être n’est-ce que mon imagination…

Troisième partie : LA découverte (encore plus de patience…)

Les élèves sont entrés. Ils attendent sagement sur les chaises qui ont été disposées devant chaque salle. Quand nous passons devant les nôtres, je vois Valérie s’arrêter et engager la conversation. Elle les rassure de sa voix la plus douce. Son regard est empreint de bonté et de compassion. Je suis émue de lire la reconnaissance dans les yeux des élèves. Pour ne pas perdre contenance, je tente à mon habitude de détendre l’atmosphère en plaisantant. Elle sourit pour la première fois depuis que je la connais. Et même si je sais que son sourire était avant tout destiné à rassurer nos jeunes, je suis touchée. C’est complètement idiot.

Notre première victime nous suit à l’intérieur et nous lui laissons quelques minutes pour préparer son sujet. J’en profite pour lui demander quelles œuvres elle a fait étudier à ses élèves. Elle me retourne la politesse. Je la sens se détendre un peu au fil de la conversation qui s’amorce enfin mais il faut maintenant commencer. Le jeune homme devant nous bafouille une vague introduction et se lance dans son analyse du Cri de Munch. Le tout est assez hésitant et confus. Valérie prend des notes, consciencieuse. J’essaie d’en faire autant. Je fais mon possible pour focaliser mon attention sur notre fébrile candidat. Quand il estime avoir fait le tour de la question, nous l’interrogeons à tour de rôle. Je suis à chaque fois étonnée de la douceur de sa voix. Pendant une fraction de seconde, j’aimerais être à la place de l’élève et me laisser guider par cette voix… Mais je reviens sur Terre. Je suis prof, nom de Dieu ! Un peu de tenue et de rigueur !

Pendant les deux heures suivantes, les élèves défilent. Les exposés déclenchent nos sourires ou des crispations de nos mâchoires. Au fur et à mesure, je sens une complicité (professionnelle !) se créer entre nous. Je devine les questions qu’elle va poser, elle me laisse pinailler au gré de mes manies. Et elle sourit de plus en plus. Son visage est transfiguré quand elle sourit. Je ne la reconnais pas. Entre deux élèves, nos conversations se font de plus en plus personnelles. J’apprends qu’elle vit à quelques minutes à peine du collège, qu’elle a deux frères, qu’elle ne mange pas de viande, et qu’elle a fait Lettres Classiques, mais sans conviction. De mon côté, j’essaie de contenir mes confessions. A dix heures, nous décidons d’un commun accord que l’heure du break a sonné. Dans le couloir, le nombre d’élèves a considérablement diminué. Nous nous excusons auprès d’eux pour cette attente supplémentaire. Ils nous pardonnent de bon cœur, surtout quand je leur affirme qu’on sera encore plus indulgentes après une bonne dose de caféine. L’un d’entre eux me propose même sa monnaie, pour s’assurer notre bienveillance…

Valérie refuse poliment en précisant que c’est à elle de m’inviter cette fois, et qu’elle ne veut pas paraître grossière en se défilant dès le premier café à offrir. Le sourire qu’elle me lance alors me coupe le souffle. Aurais-je loupé un épisode ? Si je n’étais pas faible et en manque de caféine, j’aurais presque juré que c’était une avance. Impossible. Il s’agit de Valérie. Et puis même s’il s’agissait de plus, elle ne m’intéresse pas, non ? Ca n’est pas un petit tatouage qui va tout changer quand même ?!

Quand nous arrivons devant la machine à café, la salle des profs est déserte. Curieusement, cela m’inquièterait presque… Elle met une pièce dans la fente et me laisse choisir : café, long, sucré. Je la vois noter mentalement ma sélection de la même façon que j’avais relevé plus tôt qu’elle prendrait un cappuccino sans sucre. Une fois nos breuvages dans nos verres, nous nous installons sur des fauteuils l’une en face de l’autre. Pour une fois, je ne sais pas quoi dire, alors je me tais. J’essaie de ne pas trop la regarder. Je me sens ridiculement timide et dramatiquement attirée… pour une raison qui m’échappe totalement. Je sens son regard qui me scrute. Je sais qu’elle va parler, et curieusement, je ressens le besoin irrépréhensible d’entendre sa voix à nouveau, sa voix pour moi.

–          Je voulais te dire… J’ai vu que tes élèves semblaient être particulièrement attachés à toi. Et on voit à quel point tu les aimes. C’est mignon, me dit-elle.

–          Argh ! « Mignon », c’est super dur comme qualificatif… Mais on va dire que c’est un compliment alors merci !

Elle sourit à nouveau et je détourne légèrement mon regard en ajoutant :

–          Je peux te retourner le compliment. Tu es super douce avec eux. Ca les rassure un max, surtout un jour comme aujourd’hui.

–          Merci, me répond-elle, mais de toute façon, je suis contre l’agressivité. Ils sont déjà bien assez assaillis de violence pour qu’on en rajoute.

Je sais que ses propos sont sérieux et que je suis censée répondre quelque chose dans la même veine, mais une petite phrase musicale me revient, entêtante : « Tu t’entêtes à te foutre de tout mais pourvu qu’elle soit douce »… C’est le drame, il faut que je me reprenne.

–          Et ça fait longtemps que tu enseignes ?  (à défaut de dire quelque chose d’intelligent, il me faut au moins essayer d’en savoir plus sur elle).

–          Quelques années oui, j’avais besoin de trouver une occupation supplémentaire, un métier de jour qui me maintienne socialement.

Un métier de jour ? Mais que diable fait-elle de ses nuits ? Quel étrange personnage que voilà… Comme je lève un sourcil interrogateur, elle poursuit :

–          Oui, j’ai besoin de m’occuper tout le temps. Je suis insomniaque. Depuis une quinzaine d’années je sais comment meubler mes nuits : j’écris. Mais les journées me paraissaient vides de sens avant de m’orienter vers l’enseignement. J’ai longtemps hésité car je ne pensais pas avoir la carrure pour ça, et puis finalement, ça se passe très bien.

–          Tu écris ?

Je suis soufflée. Un tatouage et une occupation nocturne intéressante et la voilà en quelques minutes propulsée au premier rang de mes ambitions.

–          Tu écris quoi si ce n’est pas trop indiscret ? Tu as déjà été publiée ?

–          Je… Elle hésite quelques secondes. Elle me détaille de la tête aux pieds, semblant approuver quelque chose. Bon, je suppose qu’à toi je peux le dire… J’écris principalement des… romans. Des histoires sentimentales sans grand intérêt, mais… orientées. Pour un certain… public, exclusivement.

–          Ah bon ? Devant le rouge qui lui monte aux joues, je me demande si je dois insister mais ma curiosité l’emporte. Quel genre de public ?

–          Un public de femmes. Qui aiment les femmes.

Ben ça alors ! Merde ! Alors elle en est ?! Mais… mais… mon radar est en panne ? Comment est-ce que j’ai pu passer à côté aussi longtemps ? Pourquoi ?! Devant mon ébahissement, elle se méprend :

–          J’espère que ça ne te choque pas ? Me serais-je trompée à ton sujet ?

–          Non, non ! Pas du tout. C’est juste que je… enfin je veux dire d’habitude je suis plus intuitive que ça !

–          Oui, c’est mon drame personnel… Je passe toujours sous le radar… me dit-elle de son petit air triste.

–          Ben ça alors, c’est trop fort ! Et tu as été publiée ? Peut-être que je t’ai déjà lue…

–          On devrait y retourner, non ? me demande-t-elle gênée.

On le devrait, mais je ne veux pas. Je veux en savoir plus ! Je lui fais mon petit air de chat implorant, comme le chat potté dans Shrek, mais si cela la fait sourire, elle n’en demeure pas moins muette. Elle se lève et jette son gobelet vide dans la poubelle, attendant que j’en fasse autant. Dans ma tête, je fais circuler tous les noms des auteurs qui siègent sur mon étagère privilégiée, cherchant un éventuel pseudo qui lui correspondrait, mais je ne me risque à aucune supposition. Sur le chemin du retour à la salle, je continue de l’implorer, sans succès.

Quatrième partie : L’invitation (là, ça commence à prendre forme…)

Déjà une nouvelle élève prépare son passage. Je profite du sérieux ambiant pour détailler sous ce nouveau jour ma collègue. Si ses traits n’avaient rien de folichon il y a quelques heures à peine, je la regarde soudain sous un nouvel éclairage. Sa déroutante fragilité est maintenant contredite par une sorte de puissance hors norme. Cette femme mène deux vies de front avec une pudeur et une douceur impressionnantes. Mais si je suis admirative devant cette force, la tristesse qui émane d’elle me fait dire que je suis encore loin de connaître tout ce qu’il y a à savoir à son sujet.

Une mèche s’est échappée de sa pince, et je la vois qui joue avec, entortillant négligemment son doigt autour. Quand elle lève les yeux sur moi, je fais semblant de me concentrer brusquement sur mes grilles d’évaluation. Je sens son regard sur moi et je sais que je rougis.

Les oraux reprennent et pendant plus d’une heure encore, les élèves défilent. Pour chacun, elle se montre attentionnée et bienveillante. J’essaie de me montrer à la hauteur. Quand enfin le dernier quitte la salle, nous discutons des notes et de leurs interventions pendant quelques minutes puis nous bouclons les grilles d’évaluations et remettons les tables en place. Ce faisant, je reviens à la charge.

–          Alors ? Je suis presque sûre que tu as été publiée… S’il te plait, dis-moi…

–          Si… si je te le dis, tu acceptes de venir déjeuner avec moi ?

Je m’attendais à tout sauf à ça. Elle ne me donne pas l’impression d’être du genre à faire le premier pas… Aussi, devant son embarras, je m’empresse de répondre, sachant qu’il ne s’agit probablement que d’une invitation courtoise et désintéressée.

–          Bien sûr !

–          Alors je te le dirai tout à l’heure. Chez moi ça te va, ou tu préfères un restaurant ?

–          Chez toi c’est parfait, dis-je. Mais dis-moi ce que j’amène. Il est tôt, j’ai le temps d’aller faire deux courses si tu veux…

–          Non, non, ce ne sera pas nécessaire. Tu n’auras qu’à me ramener en voiture, j’habite vraiment juste à côté, je viens à pieds.

Je valide sans trop savoir quoi penser. Je décide de ne pas m’emballer et d’essayer d’être aussi détachée que possible, car après tout, il faut bien que je m’adapte au personnage… Je la sens quelque peu tendue, aussi, je tente de jouer la carte de la camaraderie. Le temps de ramener les notes à la principale adjointe et de gagner le parking, je plaisante et chambre quelques collègues qui passent par là. Elle me suit discrètement. Quand nous nous retrouvons dans l’habitacle étroit de mon modeste véhicule, elle me dit :

–          Tu es quelqu’un de très ouvert. Je t’envie. On voit tout de suite que tu es à l’aise avec tout le monde, et tout le monde t’apprécie.

–          Bah, tu sais, comme beaucoup, ça n’est qu’une façade. Et puis je ne suis pas vraiment à l’aise, j’ai appris à faire semblant. Avec certains, ça marche mieux qu’avec d’autres. Parfois c’est payant, et on établit de vrais rapports, mais souvent, ça reste superficiel. Ma superficialité n’est pas enviable, elle est juste pratique. Où va-t-on ?

–          Tu prends à gauche en sortant, j’habite la troisième maison sur la droite après le deuxième dos-d’âne.

–          Ah… effectivement, c’est juste à côté !

Cinquième partie : L’apéritif (encore un peu de patience…)

Nous arrivons une minute et demie plus tard devant un petit portail qui s’ouvre sur un jardin sobre mais coquet. Quand je passe le pas de la porte, je découvre encore une fois un univers qui me surprend. Je m’attendais à quelque chose de froid et impeccable. Chaque chose à l’air bien à sa place, mais un plaid trône en boule sur le canapé. Sur une table basse, un mug et la théière qui l’accompagne n’ont pas été débarrassés. Elle s’excuse pour ces traces de vie courante qu’elle s’empresse de masquer. Je profite de ses occupations domestiques pour observer son chez elle. Les murs sont d’un beige chaud. La plupart des meubles sont en bois brut, des meubles qui embaument la pièce principale, fraîchement cirés. Un peu partout, des étagères de livres, ce qui me rappelle vaguement mon propre appartement. Le salon/salle à manger dégage une réelle impression de confort. On a tout de suite envie de se vautrer dans le canapé et… Je m’égare. La cuisine est ouverte, à l’américaine. Elle est relativement petite mais très bien organisée.

Je remarque un couloir qui mène à quatre portes. Comme elle m’invite à me mettre à l’aise, je m’assois sur le canapé. La lumière rentre à grands flots dans la pièce et j’ai chaud. Quand Valérie me rejoint, elle s’est débarrassée de ses chaussures et de son sac. Elle ouvre en grand les deux baies vitrées et m’invite à m’installer sur la terrasse, pour profiter du soleil.

–          J’ai de quoi faire une grosse salade, ça t’ira ? On peut prendre l’apéro avant si tu veux.

–          Ca m’ira très bien. Apéro, je prends !

–          Qu’est-ce que tu bois ? Je n’ai pas beaucoup d’alcool, s’excuse-t-elle…

–          Oh, un jus de fruit, je préfère, je ne bois pas d’alcool.

Elle me fait un grand sourire rassuré et elle plonge son regard dans le mien. L’échange ne dure qu’une seconde, mais je sens quelque chose qui se fissure à l’intérieur de moi. Elle balbutie quelque chose d’incompréhensible et se dirige de nouveau à l’intérieur. Je la suis.

–          Je peux t’aider à faire quelque chose ?

–          Non, c’est gentil, je vais sortir quelque chose à grignoter et j’ai du jus de pomme, à moins que tu ne préfères raisin ou orange ?

–          Pomme c’est parfait. Donne-moi les verres, je vais nous servir.

Elle me tend deux verres qui s’entrechoquent entre ses doigts. Le son cristallin provoque un petit frisson le long de ma colonne vertébrale, à moins que ce ne soit le contact fugace de sa main lorsque je me saisis de la bouteille qu’elle me tend… En m’éloignant de la cuisine, je me retourne et la vois ouvrir ses placards, en sortir un paquet d’amandes grillées et un ramequin. Elle a l’air concentré, comme quand elle prenait des notes tout à l’heure. J’apprécie de la voir ainsi. Les rayons du soleil m’accueillent à nouveau sur la terrasse, et comme je nous sers deux verres bien pleins, je m’efforce de réprimer ma sensation du moment… une sorte de nœud qui se créerait quelque part sous mon estomac… Quelques secondes plus tard, elle apparaît dans la lumière, les mains chargées de victuailles. Sa présence est désormais pleinement réconfortante.

Certes, j’ai la curieuse impression de marcher sur des braises, pourtant, sa compagnie m’apaise. Pendant l’apéritif, nous revenons principalement sur notre matinée. Le déroulement des épreuves, l’indélicatesse de certains de nos collègues, le manque d’organisation de notre administration, les perles entendues… Une heure s’écoule, qui nous voit converser cordialement sur cette profession qui nous tient tant à cœur. Durant ce laps de temps, j’oublie presque mes appétits (nutritionnels et… sensuels) et j’apprécie de me retrouver face à quelqu’un qui partage ma vision de l’enseignement. Pourtant, je suis aussi fougueuse et passionnée qu’elle est modérée et pudique. Elle s’en étonne, me dit que je ne connais pas ma chance.

–          Tu as l’air si sûre de toi. Comme si tout était normal, simple, naturel…

–          Mais je suis impulsive et je gaffe souvent tu sais… c’est le revers de la médaille !

–          Mais tu sais ce que tu veux, et je suis sûre que la plupart du temps, tu dois l’obtenir…

A son sourire, je devine que le sujet pourrait facilement dériver… Est-ce l’impression que je donne ? D’être une lesbienne libérée qui branche tout ce qui bouge ? Ca c’est un comble ! Moi qui n’ai jamais été capable d’aborder qui que ce soit ! Mais puisqu’elle me tend une perche… j’en profite pour lui demander ce qu’elle a tant de mal à obtenir.

–          Tu sais, j’ai choisi un mode de vie assez particulier, me répond-elle évasivement.

–          Tu peux développer ?

–          Tu sais déjà à quel point c’est prenant d’être prof, et la nuit, j’écris en moyenne cinq à six heures. Je produis deux romans par an en moyenne. Je lis beaucoup aussi et j’écris d’autres petites choses à droite, à gauche, je ne supporte pas de ne rien faire. Il n’y a pas vraiment de place pour le hasard dans ma vie, l’inconnu me fait peur.

–          Tu veux dire que tu as peur de l’inconnuE ?

–          C’est un peu ça.

–          Attends, tu veux dire que tu racontes tout plein d’histoires sentimentales dans tes romans mais que tu n’en vis pas ? Jamais ?

–          Ca m’est arrivé. Autrefois. Mais pas depuis un bail.

–          Mais pourquoi ?!

La véhémence de mon étonnement la fait sursauter. Je la sens reculer et déjà je regrette mon emportement.

–          C’est compliqué. Tout est compliqué pour moi. Le simple fait d’inviter quelqu’un chez moi est compliqué.

–          Ah ? Je suis flattée alors.

–          Tu peux, me dit-elle en rougissant. Elle se racle la gorge. C’est assez simple de discuter avec toi. Et tu me fais rire…

–          Je ne sais pas comment je dois prendre ça, mais on va dire que c’est un compliment. Et sinon, je peux poser une question indiscrète ?

–          Euh… oui, hésite-t-elle.

–          Tu ne dors jamais ?

–          Je dors peu, lâche-t-elle dans un soupir de soulagement (manifestement, elle s’attendait à quelque chose de plus indiscret…). Une ou deux heures me suffisent.

–          Mais… mais comment tu fais ? Comment tu survis ?

–          Comme toi, un jour après l’autre, rétorque-t-elle en souriant franchement.

–          Et tu n’as… personne dans ta vie ? Ni homme, ni femme, ni enfant ?

–          Même pas un chat, j’y suis allergique ! Oui, je sais, c’est tragique pour une lesbienne.

–          Alors tu es lesbienne, exclusivement ?

–          Oui, pourquoi, toi non ?

–          Si.

Sixième partie : Les amuses bouche (ou mises en bouche)

Un curieux silence s’installe. Le nœud de mon estomac est devenu aussi envahissant que si j’attendais des triplés. A nouveau, elle m’a l’air si fragile. Peut-être espère-t-elle de moi quelque chose de précis… autre qu’une banale conversation… Parfois, j’ai l’impression qu’elle attend que je prenne les devants, mais presque aussitôt je suis amenée à revoir mon hypothèse. Elle est si seule. Et je ne comprends pas sa solitude car elle semble avoir tant à donner. La distance qu’elle peut mettre entre elle et le monde la plupart du temps disparaît dès lors qu’elle vous accepte et vous parle. Comme un de ses élèves, je me sens confiante et apprivoisée. Pourtant, je n’ose envisager d’aller plus loin, craignant de provoquer un repli radical. Elle me regarde calmement, et moi je bous à l’intérieur.

–          Valérie ?

–          Oui.

Je ne sais pas quoi dire. Mais je ne peux laisser s’instaurer le silence entre nous. Il devient insupportable. Surtout qu’il me pousse à guetter les mots qui sortiraient de sa bouche… et donc à regarder ses lèvres…

–          Non, rien…

–          Quoi ? Tu as faim peut-être… Pardon, je n’ai plus l’habitude de…

Comme elle se lève précipitamment, bousculant la table dans sa confusion, je saisis son bras pour la retenir.

–          Non, ne t’inquiète pas, je n’ai pas vraiment faim. Pas tout de suite.

Son bras me semble tout fin, si délicat, rendu brûlant par le soleil qui dore sa peau en cette heure zénithale. Je me lève et lui fais face, les yeux plongés dans les siens.

–          Alors tu veux… commence-t-elle.

–          Toi, que veux-tu ?

Elle détourne son regard une seconde et le peu d’équilibre qu’il me reste flanche. Suis-je allée trop loin ? Trop vite ? Se peut-il que je me sois trompée ? J’ai toujours été si nulle dans ce domaine… Je ne suis pas à la hauteur dans le rôle de la séductrice. J’en suis incapable. A tout moment, je m’attends à ce qu’elle coure s’enfermer dans ses toilettes en me hurlant de quitter sa maison.

Comme je desserre l’étreinte de son bras et esquisse un pas en arrière, elle attrape ma main et vient maintenir le contact de nos peaux. J’ai l’impression d’avoir trois ans et d’être sur le point de découvrir le secret de la barbe à papa.

–          C’est ridicule, me dit-elle soudain en souriant. Le cliché ultime. Deux lesbiennes qui après quelques heures de discussion et quelques affinités envisagent de passer à l’étape suivante ! J’aurais pu écrire un truc là-dessus…

–          Les besoins du corps, hein ?

–          Rien de répréhensible, au fond. Qu’une banalité attendue…

Si sa réaction pourrait me blesser, il n’en est rien. Je ris aussi. Sommes-nous si prévisibles ? Sa main serre la mienne, comme pour sceller un pacte tragicomique, mais elle ne la lâche pas pour autant. De longues secondes passent au ralenti. Notre rire se mue en sourire jusqu’à ce qu’un air grave envahisse à nouveau nos visages. Imperceptiblement, nos corps se rapprochent et mes doigts viennent croiser les siens. Incapable de réprimer mes mots, je lance :

–          Peu importent les clichés. Dis-moi ce que tu attends de moi. Je ne sais pas si…

–          Chut, fait-elle gentiment. Si je ne la sentais pas trembler, je pourrais penser être la seule à être bouleversée à cette minute. Viens, me murmure-t-elle à l’oreille. Je veux te montrer quelque chose.

Quand nous pénétrons dans le salon, le contraste de luminosité nous fait plisser les yeux ; Tout paraît si sombre tout à coup. Mais sa main oriente mes pas. Elle nous dirige vers le couloir. Mes jambes sont en coton. Malgré moi, mon esprit se perd en anticipation euphorisante. Déjà j’imagine le coton délicat de ses draps… N’importe quoi !  Comme si elle m’emmenait dans sa chambre ! Non mais ça ne va pas la tête ?! On se calme là-dedans ! Elle veut sûrement me montrer sa collection de timbres !

Quand je pense qu’elle envie mon audace, elle serait certainement morte de rire de voir à quel point je n’en mène pas large à cet instant ! Quand elle s’arrête devant une porte à notre gauche, mon esprit se vide totalement. Avant de tourner la poignée, elle me dit sur le ton de la confidence : « C’est ici que je passe le plus clair de mes nuits ».

Septième partie : Les entrées (ou mises en jambes)

Quand nous franchissons le pas de la porte, je devine que nous n’en sortirons pas de sitôt. C’est là. Son univers. Son monde. Son cœur. Cette pièce l’incarne dans toute sa force et sa fragilité. Officiellement, il s’agit de son bureau, mais c’est bien plus que cela. Trois des quatre murs sont envahis d’étagères chargées de livres. Une bibliothèque impressionnante d’une richesse et d’un hétéroclisme qui forcent mon admiration. A droite et à gauche, deux sofas encadrent un poêle central qui doit conférer à la pièce une douce chaleur en hiver. Je remarque que si le sofa de droite semble neuf, celui de gauche accuse les ans. Pourtant les modèles paraissent identiques. Contre le mur du fond, un étroit bureau en chêne massif supporte un ordinateur portable et quelques classeurs. Au-dessus du bureau, un immense dessin, magnifique, à la sanguine, représente deux femmes enlacées dans une position évocatrice : l’une visiblement au bord de l’extase et l’autre arborant une expression de concentration extrême. Leurs traits sont d’une tendresse infinie et un drapé léger vient rehausser la fluidité du mouvement suggéré. L’atmosphère de la pièce est extraordinairement calme mais la vue du dessin suffit à embraser mes sens déjà bien émoustillés. Pourtant, je maîtrise mes émotions, consciente de la solennité du moment.

–          C’est ici que j’écris, me dit Valérie d’une petite voix timide.

–          C’est une pièce magnifique. Tout le monde doit te l’envier…

–          Personne ne la voit. Jamais.

Je ne suis pas surprise, mais une peine profonde m’inonde alors. J’ai envie de la prendre dans mes bras, de la serrer suffisamment fort pour chasser cette solitude dans laquelle elle semble s’être murée. Son regard erre sur les étagères et revient sur moi régulièrement. J’avance, incertaine, et promène mes yeux sur les rayons soigneusement rangés de la bibliothèque. Je me dis que, quelque part au milieu de ces œuvres se trouvent sans doute les siennes. Mais étrangement, cela n’a plus grand intérêt tout à coup.

Sa main vient se poser sur mon épaule. Je la sens, juste là, derrière moi. Je m’efforce de ne pas me retourner.

–          Alors, tu as trouvé mon nom de plume ?

–          Euh… non. Je ne suis pas sûre de vouloir savoir finalement.

–          Ah… je comprends, tu as peur d’être déçue.

–          Non, c’est que…

Je me retourne et sa main glisse le long de mon bras. La tension est insoutenable. Elle est là, juste devant moi, incertaine, fascinante, vibrante. Je ne résiste pas à la tentation de passer un bras autour de sa taille, si fine. Ma main vient se poser sur la chute de ses reins et mes lèvres recueillent les siennes, chastement, délicatement. Je ne peux m’empêcher de relever qu’elle sent terriblement bon et que ses lèvres sont d’une douceur exquise. Elle ouvre de grands yeux étonnés et comme je me recule, prête à m’excuser, ses mains viennent saisir mes épaules et elle me rend mon baiser avec toute la délicatesse du monde. Quand finalement nous nous éloignons, je reprends :

–          Excuse-moi mais tu vois, rien de ce que tu as pu écrire ne m’intéresse plus que ça. Et pourtant, j’aime lire !

–          Je vois.

Elle semble aussi confuse que moi, et pourtant, je sens son désir faire écho au mien. Je brûle de la prendre mes bras et l’entraîner vers des tourbillons de plaisir à même le parquet, ou là, contre ces étagères, mais mon tragique sang froid reprend le dessus. Comme toujours.

–          Alors, comment ça se passe ? poursuit-elle.

–          Pardon ?

Devant mon air interrogateur, elle s’explique :

–          Dans ces clichés, dans la vraie vie, comment ça se passe ? Je t’emmène dans ma chambre ? C’est ça la prochaine étape, non ?

MAYDAY ! MAYDAY ! Code ROUGE ! Houston, on a un problème ! Là, je vais exploser, c’est sûr… Pendant une seconde, je me demande si sa candeur n’est pas feinte. Si tout cela n’était pas une ruse rondement menée pour me conduire juste ici. Aux portes de l’enfer… ou du paradis. Mon regard fiévreux balaie la pièce à la recherche d’une caméra cachée. A tout instant, je me prépare à voir débarquer mes meilleurs potes, ravis de m’avoir fait cette cruelle blague… mais il n’en est rien. Elle attend sérieusement que je lui réponde. Elle a pris mes mains et les a portées à ses lèvres.

Cette fois, impossible de résister. Je saisis son visage entre mes mains et l’embrasse avec ferveur. Quand nos langues se rencontrent, nos corps réagissent dans un même sursaut et viennent se percuter voluptueusement. Mes mains s’aventurent dans son dos alors qu’elle vient saisir ma taille. D’un mouvement impatient, elle vient coller son bassin contre le mien ce geste provoque une décharge d’une telle intensité dans mon bas-ventre que j’en ai le souffle coupé. Elle-même recule sous la violence du choc mais avant qu’elle ne s’excuse comme elle est sur le point de le faire, je renouvelle l’expérience, emprisonnant sa bouche de mes lèvres avides. Dès lors qu’ils sont soudés, nos bassins lancent des salves de désirs et de plaisir mi-réalisé, mi en suspens.

Mes jambes flageolent mais Val resserre son étreinte. Derrière moi, je sens la présence rassurante des étagères et pour plus de sécurité, je fais un pas en arrière, jusqu’à me sentir pleinement soutenue. Il y a une seconde à peine, j’avais l’impression de maîtriser la situation, mais là, tout m’échappe. Seul compte le contact de son corps contre le mien, de sa peau qui vient se frotter à la mienne. Ses lèvres viennent parcourir ma gorge et chaque poil de mon corps se dresse. Mes mains cherchent à se glisser sous son T-shirt et quand je rencontre ses tétons, je me sens défaillir.

–          Bon sang ! Je ne vais jamais tenir…

–          Je te tiendrai, me dit-elle de sa voix rassurante, bien qu’entrecoupée par un souffle irrégulier. Je te tiens.

Ce disant, elle fait glisser ma fermeture éclair et déboutonne mon jean qui tombe maladroitement à mes pieds. Je veux la déshabiller moi aussi, mais mes mains tremblent dangereusement. Je tire sur son haut pour le lui retirer quand je sens sa main se frayer un chemin dans ma culotte. Je ne peux retenir un petit cri. Et les préliminaires alors ? Femme des cavernes ! Oh et puis merde… on vient de passer cinq heures de préliminaires. Je veux ses doigts en moi, là, maintenant tout de suite ! Comme si elle lisait dans mes pensées, elle écarte légèrement mes jambes de ses genoux adroits et vient se coincer contre moi, soutenant mon corps pantelant, pendant que ses doigts rencontrent mon clitoris et constatent que l’humidité ambiante est largement suffisante pour explorer d’autres mystères. En me pénétrant, elle m’embrasse. L’explosion de plaisir est immédiate. Doucement ! ai-je envie de crier… je vais jouir en trois secondes, c’est ridicule. Mais la dame se moque de ma détresse. De sa main libre elle vient recueillir un sein au travers de ma chemise et de mon soutien-gorge pendant que, entre mes jambes, son corps entame le même mouvement de va-et-vient que ses doigts. A ce rythme-là, il me faut moins d’une minute pour exulter. Mon orgasme est violent et s’éternise, prolongé par les caresses profondes et persistantes de ma partenaire.

A quoi aurais-je dû m’attendre ? Il y a quelques jours, quelques heures, je n’aurais même pas espéré une mièvre étreinte avec elle. Là, j’en reste pantoise. Qu’est-ce que c’était que ça ? Je croyais qu’elle ne voyait personne ? Et depuis longtemps… Dans ce cas, comment… ? Impensable.

Pendant que je reprends mes esprits, Val embrasse par petites touches mes joues, mes lèvres, mon cou. Je suis surprise de lire dans ses yeux une forme de timidité totalement incongrue.

–          C’était… bon ? me demande-t-elle, hésitante.

J’explose de rire en la prenant dans mes bras.

–          Oh que oui ! D’ailleurs je suis désolée…

–          De quoi ?

–          D’avoir tenu trente malheureuses secondes !

Mon sourire fait disparaître ses craintes, mais bien vite je n’ai plus envie de plaisanter. Si mon corps est provisoirement apaisé, ma soif d’elle ne l’est pas, et je la sens frissonner contre moi. J’enlève rapidement ma chemise et mes sous-vêtements puis m’applique à la dévêtir à son tour.

–          Tu n’es pas obligée, me dit-elle d’un air entendu alors que je la libère enfin de son T-shirt.

–          Obligée de quoi ?

–          De me faire… quoi que ce soit.

–          Tu veux rire ?

Je ne suis pas sûre de comprendre. Envisage-t-elle le sexe à sens unique ? Je sais que certaines le préfèrent ainsi… mais pas moi. Ou pire, croit-elle que je puisse ne pas la désirer ? Après ce qu’il vient de se passer ? S’imagine-t-elle que je ne la toucherais que par pitié ?

–          Val, j’en ai terriblement envie, et tu es… si désirable que…

Elle ne me laisse pas finir mon plaidoyer. Ses lèvres me donnent l’absolution. C’est elle qui finit de se dénuder pendant ce baiser et nos peaux s’atteignent enfin, pleinement. A son tour, elle cherche le soutien de la bibliothèque derrière elle. Je sens ses petits seins contre ma poitrine pointer ostensiblement. Je délaisse sa bouche pour en saisir les tétons de mes lèvres. Mon geste lui arrache un gémissement. Son corps entier réagit de manière fulgurante. Elle se soulève contre moi et vient, de ses mains, saisir ma tête. Je devine son désir et le sens se répandre sur ma cuisse. Je dois résister à l’envie d’être aussi directe qu’elle. Si mes doigts brûlent d’explorer son sexe, je les contrains à rester sur ses seins. Mes lèvres, elles, poursuivent leur chemin.  Quand j’arrive à son nombril, je relève la tête et cherche son regard. Il est sans équivoque. Alors que mes mains quittent ses seins pour venir empoigner ses fesses, je m’agenouille devant elle et passe mes épaules entre ses cuisses. Déjà, sa fragrance m’enivre et je savoure mon plaisir à venir. J’observe avec gourmandise les contours de ses lèvres luisantes, en soufflant légèrement dessus. Son clitoris me fait face, tendu, écarlate. J’avance délicatement ma bouche vers lui pour lui présenter mes respects. A ce premier contact direct, Val pousse un gémissement encourageant. Elle est délicieusement salée. Ma langue l’explore alors, remontant son sexe sur toute sa longueur, puis la pénètre lentement. Nouveau gémissement. Quand je reviens vers son clitoris, j’entreprends de le sucer patiemment. Mes lèvres l’enserrent soigneusement pendant que ma langue vient lui imprimer de petites pressions. C’est alors que les mains de Val retrouvent le chemin de ma tête et se glissent dans mes cheveux pour imprimer leur propre rythme. J’aime qu’elle prenne les commandes de cette façon. Au fur et à mesure, le rythme s’accélère et les gémissements s’accentuent. Quand je sais qu’elle est à deux doigts de jouir, je sens ses mains presser de plus en plus fort contre ma tête, à tel point que j’ai peur de lui faire mal. Mais je m’exécute et son plaisir, quand il explose dans ma bouche, m’excite tellement que je suis au bord de l’orgasme à nouveau. Les spasmes qui la parcourent trahissent l’intensité de sa jouissance. Pendant un instant, je suis rassurée. J’ai toujours peur de ne pas être à la hauteur, et je sais qu’il peut arriver de tomber sur… disons des incompatibilités. Mais là, ça ne semble pas être le cas.

Comme j’allais me relever pour la prendre dans mes bras, elle tombe à genoux à côté de moi et m’étreint chaleureusement.

–          Merci, me dit-elle.

–          Euh… non mais… enfin… ce fut un plaisir !

–          Je veux dire merci parce que ça fait tellement longtemps que je n’ai pas… qu’on ne m’a pas… enfin tu vois ?

–          Je crois, oui… Mais rassure-toi, ça ne se voit pas !

L’instant a beau être touchant, il n’en demeure pas moins douloureux. Val s’en rend vite compte et m’aide à me relever.

–          Finalement, on n’est pas si cliché que ça… on a évité le lit ! Dis-je fièrement.

–          Oui, mais à quel prix ? Regarde dans quel état sont tes genoux !

–          Boh, ça, ce n’est pas grave, ça en valait la peine.

–          On aurait au moins pu opter pour un des sofas…

–          Pas le temps.

Je me tiens là, devant elle, entièrement nue, et me sentirais presque vulnérable si elle ne l’était pas plus encore que moi. Je ne peux m’empêcher de la toucher. Mes mains continuent de la caresser gentiment et je sais bien que mon désir d’elle est loin d’être assouvi. Et ce désir semble manifeste et réciproque puisqu’elle reprend :

–          Je crois que pour le bien de tes genoux… et par simple bon sens, il serait préférable que je te fasse visiter ma chambre.

–          D’accord.

Si je sens encore sa pudeur transparaître dans son regard ou ses intonations, son corps, lui, ne ment pas et tient un langage sans appel. J’enlace sa taille et avance derrière elle jusqu’à la porte d’en face. Sa chambre est petite. Il n’y a qu’un lit qui semble ne jamais avoir été foulé. Je la soupçonne de passer ses rares et précieuses heures de sommeil sur le canapé du salon où traînait le plaid à notre arrivée.

Huitième partie : Le plat de résistance (Chaud devant !)  

Elle contourne le lit sur la gauche et se penche pour en défaire les draps. Elle l’ouvre et s’y enfonce en prenant soin de bien remonter les oreillers. Je l’observe avidement et pose à mon tour un genou sur le matelas moelleux. Là, devant moi, elle s’expose dans toute la splendeur de sa nudité, repoussant ses prudes barrières jusqu’à écarter légèrement ses cuisses pour mieux m’accueillir, les yeux pleins de promesses étourdissantes…

Si je n’étais pas encore affamée, j’aurais sans doute apprécié de prendre le temps de l’observer. J’aurais pu m’étonner de la trouver si appétissante à présent alors qu’elle m’avait semblé si insignifiante jusque là. J’aurais pu me délecter du spectacle de son corps ainsi dédié à mes soins, de ses petits seins si délicieusement fiers et durcis par l’excitation, de la douceur de sa peau encore moirée de nos premiers ébats, de la force et de la vigueur de ce corps pourtant si fragile en apparence. J’aurais pu…mais déjà mes doigts atteignent son pied, ma main court sur sa jambe et revient s’enrouler autour de sa cheville. Mon pouce trace distraitement les contours de son tatouage pendant que mes lèvres s’approchent du motif tribal. Comme je l’embrasse, Val frissonne de plus belle et d’une main tendue, m’invite à la rejoindre tout contre elle. Je m’exécute en laissant ma bouche remonter sa jambe, mordiller sa hanche, lécher son ventre et venir se poser sur son sein. Ses bras capturent mes épaules et son étreinte achève de réduire à néant mes ultimes distances. Elle est là. Avec moi, pour moi. Elle. Moi. A cet instant, rien d’autre ne compte que cette vérité et notre désir l’une de l’autre. Il sera temps, plus tard, de poser des questions, connaître, prévoir. Là, je veux vivre dans l’intensité du moment. Quoi de plus grisant que de la sentir onduler sous moi ?

D’un mouvement quasi chorégraphié, nos cuisses s’entrecroisent et nos corps s’agitent au rythme de nos bouches. Son souffle est chaud et saccadé, enivrant. Les yeux fermés, elle répond dans une sorte de transe charnelle aux assauts de mon corps et déjà le plaisir irradie entre mes jambes. La chaleur du frottement entre nos sexes et nos cuisses devient insoutenable. Je sens ses mains parcourir mon dos et venir presser mes fesses contre elle, marquant un tempo de plus en plus effréné. Mes gémissements se mêlent aux siens et se hissent crescendo vers des aigus insoupçonnés. L’équilibre est là, dans cet enchevêtrement des corps dévoués à la quête du plaisir, ce plaisir égoïste et individuel qui cette fois, et sans préméditation, devient mutuel. Est-ce son orgasme qui provoque le mien ? Est-ce l’inverse ? Peu importe au final. Toujours est-il que je suis impressionnée. Je ne pensais pas pouvoir jouir de cette manière et quand les vagues de volupté déferlent en moi, je jubile de sentir Val secouée de ce plaisir simultané.

Quand les spasmes s’atténuent, mon corps se relâche et je viens peser de tout mon poids sur mon amante. Je voudrais déchiffrer l’expression de son visage mais je n’ai pas le courage de relever la tête. Là, tout contre elle, je suis merveilleusement bien. Sa poitrine et la mienne se gonflent au rythme de nos respirations encore irrégulières et nos cœurs cherchent à retrouver une cadence plus sereine. Ils martèlent si fort nos cages thoraciques que je ne distingue pas le sien du mien. J’enroule mes bras autour de ses épaules et pousse un profond soupir d’aise. Ce à quoi Valérie répond en posant sa bouche contre mon front et en caressant l’arrière de mon crâne, puis mes omoplates. J’aime ses caresses. J’aime la tendresse apaisée et apaisante de cet instant, le silence de nos lèvres, la rumeur décroissante de nos corps…

Je souris, béate de satisfaction, et je sens sur mon front un autre sourire se dessiner sur ses lèvres. Je ne résiste pas à l’envie de la regarder cette fois. Ses paupières, encore closes, se relèvent quand elle devine mon regard sur elle. L’expression de ses iris me bouleverse. Son plaisir était indiscutable, pourtant son regard reflète à nouveau une forme de tristesse infinie. Je ne sais comment réagir. Je m’apprête à lui demander ce qui ne va pas et pour cela, je cherche à la délester de mon poids. Comme je glisse à son flanc, ma jambe coulisse contre son sexe encore copieusement humide. A ce geste, son corps tout entier se cambre et sa main vient saisir la mienne dans un réflexe convulsif. En une fraction de seconde le désir s’éveille derechef. Son visage est transfiguré : ses yeux se sont refermés et ses dents pincent lascivement sa lèvre inférieure.

Hésitante, je lui demande :

–          Encore ?

En guise de réponse, elle porte ma main à sa bouche et enfourne mon index et mon majeur. Une nouvelle fois, mon cœur fait des bonds dans ma poitrine et mon entrejambe s’enflamme. Son corps se met en mouvement et je la sens se retourner contre moi. Mes doigts toujours dans sa bouche, elle vient coller son dos contre ma poitrine et se love ainsi au creux de mes bras. Alors que ma bouche vient caresser et mordiller sa nuque, elle déloge mes doigts et dirige ma main tout contre son sexe. Elle est divinement mouillée et mes doigts se fraient facilement un passage jusqu’à son clitoris. Nul besoin de l’exciter, celui-ci est d’ores et déjà turgescent. Pourtant, je le titille, je fais jouer mes doigts, tous mes doigts autour de lui. Contre moi, Val s’agite de façon convulsive. Cette fois, je veux prendre mon temps. Mes caresses se font lentes, régulières. Ma main entière vient presser sur son sexe. Parfois, quand je m’aventure de plus en plus bas, mon pouce vient frôler son clitoris et provoque une nouvelle secousse. Sa respiration est de plus en plus prononcée et je devine maintenant qu’elle va vouloir jouir, vite. Mais je suis contre. Je veux la pénétrer, je veux la sentir jouir autour de mes doigts et la maintenir comme ça contre moi. Quand elle commence à gémir, au bord de l’orgasme, je ralentis cruellement, et cette fois, mes doigts se risquent en elle. Mon incursion lui arrache un cri. L’étau de ses jambes se resserre instinctivement mais elle est tellement mouillée que rien ne peut empêcher ma main de poursuivre son va-et-vient. D’abord deux doigts, puis trois. Je m’étonne de la trouver si… dilatée. Mes gestes sont lents mais de plus en plus profonds. Quand elle vient poser sa main contre la mienne pour accompagner mes mouvements, j’ose un quatrième doigt, devinant que c’est ce qu’elle attend. Je suis complètement étourdie de sentir ainsi ma main en elle, et plus encore de sentir, d’entendre, de toucher son désir croissant. De mon bras libre, je resserre notre étreinte, mêlant nos sueurs, plaquant nos peaux embrasées. Mes fesses se contractent à chaque pénétration un peu plus contre elle et je sens mon sexe répandre ma propre humidité sur les rebonds incandescents de sa croupe. Ses petits cris étouffés m’affolent dangereusement et sans m’en rendre compte, je mords dans sa clavicule à pleine bouche. Elle jouit soudain, s’arquant de tout son long rugissant son plaisir dans un « OUI ! » éraillé et frénétique. La fureur de son orgasme m’encourage à laisser ma main poursuivre son œuvre jusqu’à l’extinction des feux. Quand d’une pression subtile elle me fait comprendre qu’elle en a assez, je cesse mes mouvements, mais sans me retirer, je la tiens tout contre moi. J’embrasse tendrement sa nuque, guettant une réaction de sa part et quand son corps finit par se relâcher, son soupir de satisfaction me comble. Comme je vais déposer un baiser délicat sur son épaule, je découvre avec stupeur que j’ai laissé l’empreinte de mes dents sur elle. Confuse et inquiète de sa réaction, je m’excuse aussitôt.

–          Ne t’excuse surtout pas, me répond-elle dans un sourire que je devine. C’était très… c’était parfait.

Elle se retourne vers moi et son visage est bel et bien lumineux. Je suis rassurée. Dans ses yeux, l’étincelle de désir scintille encore. Je la soupçonne cependant de ne rien attendre de ma part, cette fois. Intuitivement, nos corps se sont de nouveau enlacés et déjà sa main caresse mes hanches, mes fesses, mes cuisses. Elle m’embrasse langoureusement et me fait basculer délicatement sur le dos. Je suis si… prête, que j’ai peur de jouir aussi rapidement que la première fois ! Rien qu’à l’idée de ses doigts ou de sa langue, je sens que je peux exploser.

–          Val, je t’en prie, va doucement sinon je vais jouir tout de suite…

–          Mais je n’ai même pas encore commencé, s’indigne-t-elle !

–          Je suis faible…

–          Oh que non ! Tu es tout sauf faible… à moins que… Oh, tu as faim peut-être ? C’est parce qu’on n’a pas…

Comprenant qu’elle culpabilise de m’avoir privée du déjeuner promis, je l’interromps tout de suite.

–          Non, je t’assure, ma faiblesse n’a rien à voir avec la nourriture… Pourquoi, toi tu as faim ?

Je guette sa réponse, inquiète de devoir ronger mon frein le temps d’un repas… mais à mes mots, son regard se porte immédiatement entre mes jambes et l’expression qui envahit son visage ravive ma libido. Trois mots s’étranglent dans sa gorge tandis qu’elle pince à nouveau sensuellement sa lèvre inférieure : « Faim… de toi…»

La suite ici.

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 02.06.2012 - 13 h 15 | 6 COMMENTAIRES
Roland Garros 2012 : suite érotique de la nouvelle nouvelle érotique…

Tout reste à faire…

Décidément, le temps n’en fait qu’à sa tête en ce mois de juin. Hier de violents orages avaient interrompu le match, aujourd’hui un soleil de plomb risque de le rendre presque aussi délicat. Dans les allées de Roland Garros, Zoé s’avance vers le court central sans prêter attention à la foule qui l’entoure. En ce lundi caniculaire, elle a décidé de risquer les foudres de son patron et, prétextant un rhume de printemps, là voilà qui s’apprête à regagner sa place. Elle flâne légèrement, tout en surveillant sa montre. Elle ne veut pas perdre une minute du match, mais elle ne veut pas non plus arriver trop tôt. Elle en profite pour laisser son esprit se remémorer l’après-midi de la veille. Elle a rencontré Léa. Une fille très étrange, plus ou moins du même âge qu’elle, assez bien faite de sa personne (suffisamment pour que Zoé s’y attarde), mais surtout, elle se rappelle son regard : des yeux d’un vert d’eaux profondes, dans lesquels il est si facile de se noyer. Des yeux qui, quand ils vous contemplent, scrutent votre âme et vous laissent une sensation de nudité impudique. Des yeux qui ne peuvent dissimuler les fêlures abyssales qui lézardent leur propriétaire.

Zoé n’est pas sûre de ce qu’il s’est passé, pas sûre de ce que ce baiser échangé à brûle pourpoint peut vouloir dire pour elle, et encore moins pour Léa.  Elle l’a vécu comme un instant d’une rare intensité, hors du temps, hors du domaine du qualifiable ou du quantifiable. Pendant quelques secondes, elle s’est senti perdre totalement pied. Pendant ce baiser, elle ne contrôlait plus rien. D’habitude, elle aime tout contrôler, elle aime être celle qui initie, qui oriente, qui conclue, sans pour autant parler de domination. Mais avec Léa, elle a la nette impression que la situation lui a échappé, et bizarrement, elle en est ravie. Pourtant, maintenant qu’elle s’avance vers sa place, maintenant qu’elle va la retrouver, elle se rend compte qu’elle marche sur des œufs et qu’elle ne sait pas du tout à quoi s’attendre.

Une fraction de seconde, elle se demande si Léa sera là. Et si elle ne l’était pas ? Si elle avait eu tellement peur qu’elle avait fuit définitivement le tournoi ? Hier, quand elle s’est enfuie, elle avait l’air sincèrement perturbée. Quelque chose se contracte brusquement dans le ventre de Zoé. Non, il faut qu’elle soit là. Et si elle est là ? Comment l’aborder ? Comment ne pas l’effrayer à nouveau ? Comment lui faire comprendre qu’elle aussi est perturbée par ce baiser et qu’elle ne peut pas se résigner à l’oublier comme elle a su en oublier des dizaines d’autres auparavant ?

Surtout, ne rien précipiter. Elle ne semble pas très loquace ni très à l’aise avec les gens, et si elle est hétéro, ce serait le meilleur moyen de la faire fuir. Zoé a déjà dragué, bien que maladroitement, une hétéro. Mais celle-ci n’a pas eu besoin de trop d’efforts. Sa curiosité pour les « mœurs non-conformes » avait fait tout le boulot. Avec Léa, c’est différent. Et puis il y a ce regard. Zoé doit s’avouer qu’elle appréhende légèrement ce qu’elle y verra dans quelques minutes. Hier, pendant de trop brefs instants elle y a lu, mêlé à la peur, une forme de désir. Elle en est sûre. Mais dans ces yeux, le désir n’est pas banalement brûlant. Il est incandescent et glacial à la fois. Hypnotique. Elle donnerait cher pour l’y voir à nouveau, le laisser les entraîner loin, beaucoup plus loin. Loin du court, loin de ce site bien trop peuplé, là où d’autres échanges, un autre match se jouerait dans l’intimité des corps et des sens.

Si son esprit se perd dans ses réflexions, Zoé finit pourtant par arriver dans les gradins du court. Au fur et à mesure qu’elle s’approche de sa place, elle sent son cœur s’accélérer et elle a beau se rassurer mentalement, elle est indéniablement nerveuse. Quand elle débouche dans l’allée, elle ralentit le pas et dès que son objectif est à portée de regard, elle s’arrête. Elle est là. Assise sur son siège en plastique, les jambes croisées et les mains qui triturent frénétiquement le billet d’entrée, Léa balaie le court de son regard charismatique. En la voyant, le rythme cardiaque de Zoé s’accélère à nouveau, après avoir raté quelques battements. Elle s’avance. Ce n’est que lorsqu’elle arrive juste à côté d’elle que Léa lève les yeux. Ces yeux…

Comme propulsée de son siège, Léa bondit sur ses pieds, manquant de décapiter le papi assis devant. Pour parer la frayeur qu’elle lit dans les yeux de la jeune femme, Zoé tente de la couver de son regard le plus doux.

– Tu… es là ? Mais je croyais que tu ne… Tu avais dis que… , balbutie Léa, rouge de confusion.

– Oui, je sais.

– Mais ton boulot ?

– Bah, c’est Roland Garros !

Plantée devant elle, incrédule, Léa ne semble pas satisfaite de la réponse. Elle attend quelque chose. Tout son corps est tendu, à l’affût du moindre geste de Zoé, comme si elle guettait une ouverture pour s’échapper… ou comme si elle allait lui sauter dessus pour… la frapper ? L’embrasser ?

– Excuse-moi, est-ce que je peux… passer ? demande timidement Zoé.

Sans un mot, Léa s’écarte. Comme elle s’engage entre la jeune femme et la rangée de devant pour regagner sa place, Zoé trébuche sur le sac de Léa et se rattrape à la taille de celle-ci. Le contact est brutal. Les corps se raidissent. Déjà Zoé se redresse et Léa l’aide d’une main ferme. La première bafouille une excuse pendant que la seconde peste contre son sac en le projetant d’un coup de pied sec sous son siège.

– Alors tu … n’es pas allée travailler ?

– Non, avec un peu de chance mon excuse passera… J’avais trop hâte de voir la fin du match.

Dans les yeux de Léa, une curieuse expression apparaît. Elle se concentre brusquement sur le court. Le ballet de l’arbitre, des juges et des ramasseurs de balles  commence alors, et l’ambiance monte en attendant les joueurs. Comme le silence s’installe entre elles, Zoé décide de provoquer la discussion en observant sa voisine avec insistance.

Léa n’est pas très à l’aise. Elle sait que son trouble est visible et elle sent le regard de Zoé s’attarder sur elle depuis quelques minutes. Même si secrètement elle a espéré la retrouver là, aujourd’hui, elle ne sait que dire ni quoi faire. Toute la nuit, elle a revécu leur rencontre de la veille, en particulier cette singulière conclusion. Ses lèvres… Leur souvenir brûle toujours la chaste bouche de Léa. Il lui était déjà arrivé d’embrasser un garçon, une fois. Elle n’en garde qu’une vague impression d’humidité plutôt répugnante, dramatiquement maladroite. Aussi, elle se disait toujours qu’elle n’était sans doute pas faite pour cela, qu’elle ne pouvait pas exceller dans tous les domaines, et que décidément l’intimité, même buccale, n’était pas le sien !

Pourtant, hier, tout a été différent. Évident. Nécessaire. Quand leurs lèvres se sont trouvées, Léa s’est sentie instinctivement poussée dans les bras de Zoé. Chaque mouvement de leurs bras ou de leurs langues s’est imposé comme une certitude, un besoin.

Mais à cette minute, plus rien ne coule de source. La moindre inspiration est une torture dans l’attente de ce qui doit être dit, avoué, expliqué.

Croisant pour la dixième fois le regard de Zoé braqué sur elle, Léa s’impatiente :

– Quoi ?

– Non, rien…

En bas, les joueurs font leur entrée.

– … C’est juste que… en fait je suis venue pour te revoir, continue timidement Zoé.

Les joues de son interlocutrice s’empourprent aussitôt. Ne sachant que répondre, celle-ci laisse le silence s’installer entre elles. Quand le match reprend, chacune se concentre sur le jeu. La chaleur est étouffante et le soleil est au zénith. Déjà, les joueurs suent abondamment. A la fin du troisième set, Zoé propose à Léa de partager sa bouteille d’eau en souriant.

– Je suppose que tu n’avais pas non plus prévu la chaleur ?

– J’aurais du.

Le sérieux légèrement crispé de Léa commence a peser lourdement sur la trop faible assurance de Zoé. Celle-ci n’y tient plus :

– Tu veux qu’on en parle ? demande-t-elle tout à trac.

– Quoi ?

– Du baiser, tu veux qu’on en parle ?

– Je ne saurais pas quoi en dire… ose Léa, avant de se reporter sur le match.

– Moi j’ai bien envie d’en parler, insiste Zoé.

Elle voit la gêne de son interlocutrice s’intensifier. Aussi, elle s’empresse de rajouter:

– Mais si tu préfères t’abstenir… Sache juste que si tu veux en parler… Et si toi aussi ça t’a fait quelque chose…

Mais la timide jeune femme s’enferme dans son mutisme. Les yeux plongés sur le court, elle a pourtant l’air de regarder ailleurs. Inévitablement, elle laisse dériver ses pensées : dans sa mémoire, l’odeur obsédante de Zoé, le goût et le moelleux de ses lèvres, la sensation enivrante de ses mains sur son corps. Elle n’a pas pu empêcher son esprit d’aller plus loin encore… même si elle ne sait pas exactement ce que ce « plus loin » doit impliquer. Elle  a éprouvé le besoin étrange du désir de l’autre, la saveur amère du « trop peu », le piquant de l’éventualité. Malgré elle, son regard caresse les courbes des bras nus de sa voisine, de ses épaules jusqu’au bout de ses ongles. Elle observe le relief délicat de ses veines, gonflées par la chaleur, qui remontent de ses mains sur ses avant-bras. Une légère pellicule de sueur vient faire briller cette peau déjà bien dorée en cette fin de printemps. Elle n’ose pas lever les yeux sur son visage, de peur d’y lire les mêmes tourments.

Zoé, de son côté, ne se lasse pas de l’examiner. Plus elle scrute, plus elle aime ce qu’elle trouve. Un grain de beauté par ci, une fossette par là, et la cartographie du corps de Léa devient vite un chef d’œuvre à la fois, poétique, plastique et allégorique. Zoé sait que l’attirance qui la consume dépasse le simple flash. Il y a quelque chose, elle le sent. Elle a nettement conscience de cette tension qui règne et qui devient plus irrespirable encore que l’atmosphère suffocante du court. Elle a besoin de la toucher.

Fortuitement, en rangeant sa bouteille dans son sac, son genou vient se poser contre celui de Léa. Celle-ci ne bouge pas, pas du tout. Par ce simple contact, qu’elle veut maintenir à tout prix, Zoé se sent aspirée. Ces quelques centimètres carrés de peaux partagées creusent son désir et devant l’immobilité de sa voisine, au bout de quelques minutes, elle ose une inclinaison corporelle jusqu’à ce que leurs bras se rencontrent. Très légèrement, à peine une caresse. Presque une illusion. Elle suspend son geste pour que leurs bras ne s’effleurent qu’au soulèvement de leurs corps au rythme de leurs respirations. Zoé guette une un rejet brutal, une mise à distance claire et nette… qui ne vient pas. Osant à peine s’oxygéner, Léa reste figée à ses côtés, pendant d’insoutenables minutes. Le court leur semble si lointain ! Elles entendent vaguement les balles ricocher d’une raquette à l’autre et l’arbitre annoncer les scores, le tout s’estompant comme derrière un double vitrage insonorisant.

Puis, comme par magie, le bras de Léa parcourt le semblant de distance qui le sépare de celui de Zoé et celle-ci, surprise, cherche le regard de son amie. Les magnifiques yeux verts semblent observer avec insistance le plastique du fauteuil de devant, mais timidement, ils se relèvent sur le visage interrogateur de Zoé. Pendant une fraction de seconde, cette dernière se fait l’impression d’être le Petit Prince de St Exupéry qui vient d’apprivoiser son renard. Leurs bras fondus dans les moiteurs de juin, elles se regardent, muettes. Zoé voit l’attention de Léa se porter sur ses lèvres, et elle ne peut s’empêcher de faire de même.

Le désir prend forme entre elles. Il est désormais palpable, omniprésent, ravageur. Sans rompre le charme, Léa murmure un « oui » mystérieux. Devant l’incompréhension de Zoé, elle rajoute : « Oui, bien sûr que ça m’a fait quelque chose… »

Son visage est si sérieux, si grave que Zoé s’attend à tout instant à voir naître des larmes au coin de ses yeux. Mais au lieu de cela, la jeune femme vient poser la main sur la sienne. Elle vient caresser du bout des doigts le chemin de ses veines exubérantes, chatouiller l’épiderme ultrasensible entre ses propres doigts, épouser enfin toute sa main, paume contre dos, doigts entrelacés. Zoé, transportée par la sensation, est fascinée par le regard de Léa. Ce qu’elle y lit lui fait plus d’effet encore que le contact lascif de leurs mains : curiosité, envie… découverte, envie… surprise, envie… peur, envie… envie… envie…

L’exaltation de leurs peaux, dématérialisée mais tout aussi poignante dans leurs regards, se mue en impulsion et sans qu’un seul mot ne soit prononcé, chacune d’elles attrape son sac de sa main valide et elles se lèvent d’un même élan. Sans rompre leur étreinte manuelle, elles se dirigent d’un pas lent mais décidé dans les entrailles des gradins du court. L’ombre qui y règne leur procure une première forme de soulagement ridiculement insuffisant. Zoé entraîne sa partenaire vers la sortie mais, brusquement, elle s’arrête. Elle sait que devant elles, les portes de sortie vont les propulser au beau milieu d’une aberration de gens, de stands, de bruits en tous genres qu’ elle ne se sent pas la force de traverser. Elle interroge Léa du regard. Celle-ci après quelques millièmes de secondes pour jauger la situation lui désigne du menton une allée encore plus sombre avec une petite porte au fond. Les deux jeunes femmes s’y dirigent et ouvrent la porte marquée d’un « personnel uniquement ». Elles pénètrent à la hâte dans une petite pièce obscure et referment précipitamment la porte derrière elles. Autour la pénombre n’est transpercée que de deux rais de lumières, venus d’on ne sait où.  Elle est pourtant suffisante pour percevoir un entassement de chaises et de bancs sur tout le côté droit de la pièce. A gauche un entassement de modules que Zoé reconnaît comme étant le précédent podium de Roland Garros, celui foulé par les grands vainqueurs de l’an dernier.

Un instant intimidées, toutes deux observent autour d’elles, serrant un peu plus fort leurs mains jointes. Puis, soudain consciente de la situation, Zoé se tourne vers la porte et la verrouille avant de reporter toute son attention sur Léa. Celle-ci la regarde de ses immenses yeux verts et s’approche, réduisant dangereusement l’espace trop lourd entre leurs deux corps. Zoé ne peut résister. Avec toute la tendresse du monde, elle vient recueillir les lèvres de sa compagne dans un chaste baiser, accompagnant son geste d’une main délicate qu’elle vient poser sur sa joue brûlante. Le bouillonnement du désir qui les consume se canalise le temps d’un baiser étrangement doux. Mais quand leurs langues se mêlent enfin, leurs corps entiers s’embrasent dans la folie des sens.

Là, au beau milieu d’une salle de stockage surchauffée du court central où se déroule le quart de finale de leurs rêves, elles entament un match dont leurs vies semblent subitement dépendre. La faim et la soif de l’autre ne s’étanchent pas dans ce baiser. Au contraire, elles  s’attisent, elles se provoquent, se creusent, se bombent et explosent à chaque souffle, contact, seconde. La frénésie de leurs corps les attire contre un mur agréablement frais. Zoé y plaque précieusement sa partenaire et vient se coller tout contre elle. De ses mains, elle dessine ses appétissants contours en instant sur ses fesses et ses hanches. Et quand un léger gémissement s’échappe des lèvres de Léa à travers leur baiser, elle plaque un peu plus fort son bassin contre le sien et vient poser ses mains sur sa poitrine.

Léa s’abandonne aux caresses de son amante. Elle laisse les questions pour plus tard. Pour l’instant, elle veut savoir, elle veut sentir, elle veut toucher. Elle sent, à son plus grand étonnement, grandir et circuler en elle une énergie qu’elle ne se connaît pas. Une chaleur douloureuse envahit son bas-ventre et le contact du bassin de Zoé contre le sien lui provoque une réaction physiologique dont elle a déjà entendu parler, bien sûr, mais dont elle n’a jamais fait l’expérience. Quand Zoé vient glisser une cuisse entre ses jambes, le frottement libère un nouveau flux d’une énergie si violente que tout son corps en est secoué, et elle sent entre ses jambes cette humidité envahissante. Cette fois, elle crie presque.

Zoé esquisse un mouvement de recul, interrompant leur baiser, mais Léa la retient.

– Je… on n’est pas obligées… peut-être que tu… enfin…

Zoé bafouille. Léa la dévisage de son regard le plus pénétrant et bouleversé. Elle s’éclaircit la voix avant de reprendre :

– Je comprendrais que tu veuilles arrêter là, mais si c’est le cas, il faut que tu me le dises tout  de suite, parce que quand tu me regardes comme ça… je…

– Touche-moi, la coupe Léa dont le regard est à nouveau brouillé de désir.

Déjà, leurs bouches se ressoudent et leurs mains s’explorent de plus belle. D’un geste assuré, Zoé vient presser sa main sur le sexe bombé de sa compagne. Même à travers la toile, le degré d’hygrométrie est sans appel et un nouveau gémissement s’échappe de la gorge de Léa. Encouragée par ses réactions, Zoé ôte rapidement son débardeur et son soutien-gorge, dévoilant une poitrine ferme et fière. Et dans la foulée, elle soulève habilement le T-shirt de sa partenaire et le laisse choir sur le sien. Léa semble tellement captivée par les seins de Zoé que c’est à peine si elle remarque sa propre nudité. Quand des mains entreprenantes s’aventurent dans son dos pour la libérer à son tour de son carcan à baleines, elle ne sent que la pression des pommes veloutées de Zoé sur sa propre poitrine. Celle-ci découvre les seins lourds et blancs de son amie et les recouvre promptement de ses mains.

Léa se surprend à vouloir toucher elle aussi. Elle avance lentement un doigt inquisiteur et vient titiller le téton tendu de Zoé. De l’extrémité de son doigt, elle fait le tour de l’aréole, toujours très lentement. Zoé l’observe, émue. Quand sa main se referme enfin pleinement autour du sein de son amante, Léa semble bouleversée. Plus fragile et plus forte à la fois, comme si de cette expérience, elle devenait autre. Elle sourit à la jeune femme devant elle et l’embrasse sauvagement. Peut-être était-ce cela « vivre », finalement. A moins que ce ne soit « aimer » ?  Alors elle y a droit, elle aussi ? Elle aussi en est capable ?

Mais elle n’a pas le temps de se remettre de ses émotions que déjà de nouvelles impressions viennent transcender les dernières. tétons contre tétons, ventre contre ventre, sexe contre sexe, chaque mouvement procure de délicieuses sensations qui s’amplifient dangereusement. Quand elle croit qu’elle va exploser, qu’elle ne pourra pas en supporter plus, Léa s’étonne d’en demander encore.

Intriguée, elle sent les doigts experts de Zoé s’affairer sur les boutons de son short. Maladroitement, elle l’aide tant bien que mal à se défaire du morceau de tissu et gémit à nouveau quand son amante vient glisser, sans ambages, sa main dans le coton détrempé de sa culotte. Le contact direct de sa peau, si sensible en ce lieu, avec celle des doigts de Zoé lui arrache un petit cri. Inconsciemment, elle lui attrape le bras, non pour la repousser, bien au contraire, mais pour maintenir ce contact qui tout à coup lui semble vital. Elle va en mourir, c’est certain. Et chaque micro-geste de Zoé le lui confirme. Chaque ébranlement de ses doigts contre son sexe mouillé la projette potentiellement aux limites du vraisemblable.

Quand Zoé la pénètre sans profondeur, juste en surface, et qu’elle remue sa main tout contre son sexe gonflé de désir, Zoé se sent partir. Franchir les limites du tangible. Traverser les frontières du raisonnable. Les mouvements circulaires et presque lents de cette main l’entraîne dans la fulgurance de l’instant, de façon croissante et disproportionnée, vers des abîmes de plaisir dans lesquels elle s’abandonne.

Quand elle reprend ses esprits, le souffle jusque là saccadé de Zoé s’est assagi. Sa main est restée là, contre elle, sur elle, en elle, immobile et prometteuse. Alors c’est cela que l’on appelle un « orgasme » ? Alors c’est pour cela que le sexe est…

Léa n’a pas le temps de laisser aboutir ses pensées : Zoé a bougé un doigt. Une nouvelle fois et de façon immédiate, son corps a réagit. La voilà à nouveau à l’affût du plaisir, ce plaisir débilitant mais si essentiel subitement. Zoé n’a pas l’air de vouloir en rester là. Déjà ses doigts entament un nouveau ballet. De sa main libre, elle fait glisser la culotte le long des cuisses de sa partenaire. Cette fois, elle veut la regarder quand elle la touche. Comme elle laisse ses doigts jouer avec le clitoris érigé de la jeune femme, elle admire chaque infime réaction de son corps. Elle n’est pas aussi musclée qu’elle-même, mais sa peau délicate exhale le parfum le plus excitant qui soit. Tout en elle transpire la sensualité, pourtant, elle ne semble pas s’en rendre compte. Zoé ne se lasse pas de la caresser et de l’embrasser, tout en stimulant chaque millimètre de sensibilité entre ses jambes. Le plaisir la transforme, la rend plus belle encore, et plus désirable !

N’y tenant plus, Zoé agrippe la fesse rebondie de sa partenaire et la soulève légèrement pour entrer en elle plus profondément. Léa étouffe un cri en serrant son amante. Deux doigts s’agitent maintenant en elle, au rythme de leurs hanches. Contrairement à ce qu’elle craignait, Léa ne ressent aucune douleur. La chaleur entre ses cuisses atteint encore une fois des sommets indécents et quand Zoé elle-même se met à gémir, Léa implose à nouveau sous les salves de leur désir.

Sans savoir qui soutient l’autre, elles se retiennent mutuellement pour ne pas s’effondrer. Comme le souffle leur manque pour parler, elles se regardent. La pénombre ne masque ni le plaisir ni le désir sur leurs visages. Et encore une fois, ce que Zoé lit dans les yeux de sa partenaire la trouble. De la reconnaissance ? Pourtant, Zoé elle aussi se sent redevable. Si elle a bien connu d’autres filles et d’autres moments inoubliables, jamais elle n’a vécu de bouleversement émotionnel aussi radical. Jamais elle n’a connu pareille évidence. Et jamais elle ne s’est sentie aussi puissante et fébrile à la fois. Léa a-t-elle connu d’autres femmes ? La surprise qu’elle a lu dans ses yeux pendant leurs ébats tendrait à prouver que non. Avait-elle déjà fait l’amour ? Zoé en doute. Elle réalise à présent la solennité du moment.

Léa a fermé les yeux. Zoé, incertaine, la prend dans ses bras comme pour la réconforter et lui dit :

– Ça va ? Je ne t’ai pas … fait mal ?

A quelques centimètres à peine de son visage, Léa rouvre les yeux et cette fois, Zoé saisit un éclat qu’elle n’arrive pas à identifier clairement. Un reste de désir, cela est évident, mais aussi une forme de… détermination ?

– Non, finit par articuler la jeune femme. C’est juste que… je ne savais pas que cela pouvait être… aussi bon !

Le sourire qui se dessine alors sur son visage finit de rassurer Zoé qui lui rétorque, mutine :

– Si tu as trouvé ça « bon », attend de goûter à la suite…

Elle entraîne sa partenaire vers les modules du podium et l’encourage délicatement à s’asseoir sur l’un d’entre eux. Le désir qui irradie à nouveau d’elles emplit totalement l’obscure pièce. Les yeux à la hauteur de la poitrine de sa partenaire, les lèvres de Léa s’emparent de son téton, arrachant un gémissement à la jeune femme. Celle-ci la laisse jouer quelques minutes avec ses seins, puis  se met à genoux devant son amante. Elle l’embrasse langoureusement puis fait courir sa langue dans son cou, sur sa poitrine et sur son ventre jusqu’à…

Avant d’engager sa langue dans le triangle intime de Léa, Zoé lui lance un dernier regard, plein de promesses. Quand elle goûte enfin à la chair délicate et humide qui s’offre à elle, elle sent avec une joie non dissimulée le corps de Léa se tendre dans un cri débridé. Du bout de sa langue, elle vient caresser le clitoris enflé de la jeune femme, l’excite consciencieusement et finit par l’engloutir tout entier. Elle se délecte du plaisir de son amante autant que de sa vulve. Elle lèche, elle suce, elle pénètre de sa langue jusqu’ à ce que les mains de Léa viennent lui imprimer une pression supplémentaires et que ses jambes se referment dans les sursauts incontrôlés d’un orgasme dévastateur.

Zoé a bien du mal à se détacher de sa friandise, mais elle veut voir, savoir,  être sûre de ce qu’il vient de se passer. Léa l’accueille fébrilement, le visage si sérieux, et les yeux encore mi-clos… Zoé guette le moindre geste, le moindre mot, attendant sagement que sa compagne reprenne ses esprits. D’une main légère, elle vient caresser la vallée de ses seins, et quand Léa ouvre enfin les yeux, son visage tout entier se fend dans un sourire sans équivoque.

Le mot « satisfaction » vient de trouver une toute nouvelle pertinence. Léa le sait, désormais. C’est ainsi. Mais très vite un nouveau besoin se fait sentir. Elle veut la toucher à son tour, la goûter à son tour, et, si possible, essayer de la faire jouir à son tour !

Zoé observe le regard de sa compagne qui s’obscurcit. Elle redoute un instant une fuite ou un déni. Mais quand la main de Léa vient…

 

Et voilà, certains le savent déjà, je suis sadique. J’arrête là pour aujourd’hui et vous laisse imaginer la suite ! 

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Non classé | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 28.05.2012 - 13 h 01 | 9 COMMENTAIRES
Roland Garros 2012 : nouvelle nouvelle érotique.

 

On ne nous dit pas tout…

Le soleil n’est pas vraiment au rendez-vous cet après-midi et pourtant la chaleur est étouffante dans les allées de Roland Garros. A droite comme à gauche, on se bouscule aux stands, on se bat pour avoir sa bouteille d’eau avant les autres, on s’étripe pour un T-shirt à l’effigie du tournoi. A l’affût, Léa avance dans cette ambiance électrique. C’est sa première fois sur le site, le premier match auquel elle va assister après des années d’entraînement télévisuel… Il semblerait que toute sa vie n’ait jamais tourné qu’autour de cet instant magique. Elle s’approche du court central, ELLE va y entrer. Étrangement, l’excitation ne se manifeste chez elle que par un calme profond, limite apathique, surtout comparé à l’agitation ambiante. Quand elle passe les portes du court et qu’elle cherche les escaliers qui mènent à sa place, elle remarque à quel point tout est différent. Dans les retransmissions télévisuelles, il règne toujours une sorte de tranquillité et de respect… alors que là, tout lui semble très bruyant. Les gens rient, parlent fort, échangent leurs pronostics, se racontent de petites anecdotes, traînent leurs enfants…

Léa s’isole dans sa bulle. Rien ne lui gâchera son moment. Elle est aux quarts de finale de Roland Garros, elle a sa place presque au bord du court, elle va voir jouer le n°1 mondial contre le n°3 et elle a un paquet de fraises Tagada dans sa poche. Quand elle trouve enfin son siège, elle est presque déçue de voir que quelqu’un est déjà installé à côté d’elle. Un peu comme avec la SNCF, elle s’est débrouillée pour avoir le côté couloir, mais à sa droite, la place est déjà occupée par une jeune femme dans un K-way.

Léa se rend alors compte qu’elle même n’a pas prévu l’éventualité de la pluie. Elle jette un regard inquiet au ciel, envoie une prière muette aux nuages  grisâtres et s’assoit très délicatement, comme pour essayer de dissimuler son arrivée à sa voisine. Celle-ci, pourtant occupée à papoter à sa droite, se retourne très furtivement pour l’apostropher d’un « Bonjour » à peine poli avant de se remettre à discuter. Léa répond mentalement à la capuche qui lui fait face et s’installe le plus confortablement possible sur le plastique glissant de son siège.

En bas, sur le court, on finit les préparatifs sans hâte. Tout semble parfaitement orchestré. Des gens prennent des photos. Léa se demande ce qu’il peut bien y avoir à photographier tant qu’il n’y a pas les joueurs.

– L’arbitre ne devrait pas tarder à arriver, entend-elle à sa droite.

Léa croise alors pour la première fois le regard de sa voisine. Elle la détaille en un quart de seconde : brune, les épaules carrées et le teint hâlé des sportives d’extérieur, un petit grain de beauté sur la narine gauche d’un nez délicat, un sourire aux dents blanches et lèvres pleines et quelques centimètres de plus qu’elle. Il s’en dégage une force évidente et une légère odeur de framboise. Comme elle lui sourit, Léa se sent obligée d’en faire autant mais se sent terriblement maladroite. Elle n’aime pas parler avec des gens qu’elle ne connaît pas. En fait, elle n’aime pas parler tout court. La sociabilité n’est pas son truc. Aussi, elle espère secrètement que la jeune femme va s’en retourner vers ses amis et la laisser regarder SON match tranquille.

– Le match ne commence jamais en retard à Roland Garros. C’est ta première fois ici ?

Léa, abasourdie, se tourne vers la pipelette d’à côté, pour la fusiller du regard, mais devant l’innocence de ses yeux noisette, elle ne peut que répondre un petit « oui ». Comme elle regarde son interlocutrice, elle voit l’expression de celle-ci changer brutalement.

– Ça alors… laisse échapper l’inconnue.

– Quoi ? demande Léa, presque agressive.

– Non rien… C’est juste que… je suppose que je ne suis pas la première à te le dire, mais tu as des yeux…

La jeune femme est visiblement troublée. Elle observe le visage de Léa avec tellement d’insistance que celle-ci finit par s’impatienter.

– Oui, j’ai des yeux, je sais… et toi aussi, non ?

– Non, c’est pas ça. Les tiens, ils sont…

Léa a en effet déjà entendu parler de ses yeux. Quand elle était petite, sa mère avait pour habitude de dire que ses beaux yeux la perdraient. Plus tard, au lycée puis à la fac, beaucoup de garçons l’ont accostée en usant du fameux « T’as d’beaux yeux tu sais ». Personnellement, elle trouve son regard handicapant. Ses yeux sont trop grands, trop verts, trop … Ils sont le comble du ridicule fantaisiste sur un ensemble dramatiquement quelconque. Si au moins elle était belle… Et paradoxalement, ce qui pourrait être son seul atout physique est devenu son pire complexe. Elle nourrit une susceptibilité extrême à l’égard de ses yeux. Aussi, entendre  sa voisine aborder ce sujet la crispe sur son siège et, déjà, elle est sur la défensive. Mais l’autre continue.

– Je ne sais pas. C’est comme s’il y avait un autre monde dans tes yeux, un truc parallèle. C’est beau mais c’est assez effrayant. Ça doit pas être évident à porter tous les jours… Mais ils te vont bien. Au fait, je m’appelle Zoé, et toi ?

Elle a dit ça tellement naturellement, en penchant sa tête légèrement sur le côté, comme on regarde un petit chien dans une vitrine, que Léa  ne peut répondre aussi vertement qu’elle le souhaite. Elle se contente donc d’un « Léa » en regardant avec étonnement l’étrange personne à ses côtés. Soudain, Zoé lui attrape le bras et pointe du doigt l’entrée du court :

– Regarde, l’arbitre et les juges de lignes arrivent !

Léa se contracte, consciente de chaque millimètre de peau sur son bras nu. Elle n’a pas l’habitude du contact humain. Elle le fuit. Pourtant, cette fois, le geste est d’une telle innocence qu’elle réprime son envie de se dégager. Zoé la regarde avec des yeux pleins d’excitation et reporte son attention sur le court. Mais Léa est perturbée. Elle ne comprend pas cette facilité qu’on certaines personnes à parler, échanger, s’ouvrir. Elle même se complait dans son rôle d’huître. Brandissant sa timidité comme excuse quand c’est nécessaire, elle a appris à vivre ainsi, un peu à l’écart bien que maintenant les rapports sociaux minimum. L’aisance de Zoé la bluffe, elle attise sa curiosité.  Subrepticement, elle dévisage sa voisine qui scrute chaque mouvement sur le court.

Soudain, les gradins grondent, la foule clame tumultueusement et à nouveau, une main tiède vient étreindre le bras de Léa.

– Ils sont là !

Tirée de ses réflexions, Léa succombe à son tour à l’exaltation générale. Elle applaudit l’arrivée des joueurs, regrettant presque de perdre le contact des doigts de Zoé. Après les tribulations d’usage, le calme est réclamé dans l’assistance. Le match va commencer.

– Tu supportes un joueur en particulier ? demande Zoé.

– Non.

– Comme moi alors. L’essentiel, c’est le jeu.

– Chuuuut ! entend-on derrière.

De mauvaise grâce, Zoé se tait. Léa ne peut s’empêcher de la regarder de temps en temps. Elle se surprend à aimer lire le jeu sur le visage de sa voisine : crispé quand l’un commet une faute, illuminé à chaque belle action, paradoxalement contrite et heureuse à chaque point marqué. L’empathie de Zoé pour chacun des joueurs l’émeut. Entre deux jeux, cette dernière vient plonger son regard dans celui de Léa et lui dit en souriant :

– Ils sont vraiment bons. C’est énorme comme quart de finale !

Et elle ponctue sa phrase en attrapant Léa par l’épaule, comme si elles se connaissaient depuis la maternelle. Troublée, Léa reporte son attention sur le jeu.

A la fin du premier set, courageusement disputé de chaque côté, Léa se souvient de ses fraises Tagada. Elle ouvre le paquet et devant les yeux gourmands de Zoé, elle ne peut faire autrement que de lui en proposer.

– Génial, ça fait au moins deux ans que je  n’en ai pas mangé !

Le couple à côté d’elle se lève alors et leur passe devant avant de se perdre dans l’allée. Léa ose alors un timide « Ils ne sont pas avec toi ? »

– Non, lui répond-elle. Je devais venir à la base avec ma copine, mais on a rompu avant même de prendre les places. Enfin, c’est sûrement mieux comme ça, et je sais très bien qu’elle n’aimait pas vraiment le tennis de toutes façons.

Sa copine ? Léa essaie de comprendre sans prendre un air trop surpris. Sa copine ? Mais alors Zoé aime… les femmes ?

D’un air qu’elle espère décontracté, Léa acquiesce et fait mine de se reconcentrer sur le jeu. Quand le premier service claque dans le court, c’est l’éruption dans sa tête. Zoé est lesbienne. Zoé aime les femmes. Ces personnes là existent donc pour de vrai ? Et elles semblent tout à fait normales ? Étrange.  Évidemment, ce n’est pas la première fois que Léa approche une homosexuelle. Mais d’habitude, elle les reconnait. D’habitude, elles sont beaucoup plus… masculines. Mais alors… ça veut peut-être dire qu’elle en a rencontré d’autres ! Des non-identifiables ?!

Non que leur sexualité la choque (en fait Léa ne s’est jamais vraiment posé de question sur le sujet), mais le fait que cela puisse passer inaperçu… Elle trouve soudainement cela très surprenant, et intéressant. Alors il ne faut pas forcément ressembler à un homme pour aimer une femme ? Il n’y a pas forcément de dresscode  ou de signal distinctif, pas de preuve tangible, de défaut de fabrication évident, pas de mise en garde ? Mais alors, n’importe qui peut…

Non sans doute pas n’importe qui. Il faut probablement avoir certaines prédispositions.

Étrange toutes ces questions qui se bousculent dans la tête de Léa. Elle a toujours soigneusement évité les questions de sexualité, puisque de son point de vue, le sexe c’est l’intimité absolue entre deux personnes. Et elle a toujours refusé l’intimité, elle l’a fuit comme la peste noire, comme pour cacher au reste du monde que peut-être, elle n’est pas si différente finalement. Nier sa sexualité, c’est son pouvoir de différence ultime, ce qui la rend intouchable.

Jamais elle n’a ressenti la moindre attraction, elle en est sûre, elle est différente. Mais a sa façon, Zoé vient de lui prouver qu’elle aussi est différente. Léa s’interroge. Chaque échange de balle correspond à une nouvelle question qui pointe dans son esprit. Une partie d’elle suit le match avec attention, consciente d’avoir attendu ce moment presque toute sa vie, et l’autre partie vogue vers des océans d’inconnu. Ces certitudes s’effondrent les unes après les autres.

Quand Zoé attrape une nouvelle fois son bras dans le feu du match, Léa frissonne. Le contact la perturbe, suscitant une nouvelle question : n’a-t-elle vraiment jamais été attirée par personne, ou a-t-elle tout simplement refusé quelque part au fond d’elle même  la moindre attirance ? Parce qu’il faut se rendre à l’évidence, les élans tactiles de sa voisine lui font un effet certain.

Peut-être que l’effet s’est amplifié depuis qu’elle sait que Zoé est lesbienne.

Subitement, elle prend conscience de leurs genoux qui se frôlent, de leurs épaules si proches. Léa, curieuse de ses propres sensations, se penche à l’oreille de la jeune femme et lui murmure un « Avec un peu de chance, il va égaliser. J’espère un match en cinq sets ».

Zoé se retourne et fend son visage en un large sourire, validant les propos de sa voisine d’un petit hochement de tête et dans un sursaut d’enthousiasme, elle saisit la main de Léa. Celle-ci sent quelque chose se briser sous ses côtes et le souffle lui manque. C’est à ce moment là que la première goutte de pluie atterrit sur sa cuisse.

– Merde, il pleut.

– Non ! Pas déjà ?! Pitié… implore Zoé.

– Espérons que ça se limite à quelques gouttes…

Zoé remonte la fermeture éclair de son k-way en jetant un regard sombre au ciel qui s’est épaissi. A chaque nouvelle goutte, une sursaut soulève les jeunes femmes, mais pour l’instant le jeu continue.

– Tu devrais sortir ton parapluie parce qu’on risque d’y avoir droit… suggère Zoé, pessimiste.

– C’est que… c’est idiot je sais mais… je n’avais pas prévu qu’il pleuve !

Léa lit de la surprise aussitôt suivit d’un regard moqueur sur le visage de Zoé, mais presque aussitôt, elle retrouve un sérieux quasi maternel et défait sa fermeture éclair comme pour enlever son k-way.

– Non mais ça va, tu ne vas pas me donner ton truc ! Au pire je serai un peu mouillée, ça n’est pas grave !

– T’inquiète, je ne comptais pas te le donner ! Mais on peut partager, tiens, regarde, si on le met comme ça…

Et la jeune femme agrippe l’épaule de sa voisine et glisse leurs têtes sous le tissu protecteur. Sous la tente improvisée, elles se regardent, amusées.

– Je ne suis pas sûre qu’on en sera moins mouillées pour autant, mais partager, c’est mieux non ? demande Zoé, mutine.

Léa préfère ne pas répondre. Elle se sent rougir et se concentre sur le court. Tout le monde commence à s’agiter. L’arbitre doit réclamer le silence.

Si on avait dit à Léa quelques heures auparavant que son match risquait d’être gâché à cause de la pluie, elle en aurait fait tout un pataquès, mais là, elle n’y pense même pas. Elle ne sent que le corps de Zoé contre le sien, l’humidité et la chaleur ambiante, son bras autour de ses épaules, et cette subtile odeur de framboise. Ses cheveux. Sans doute son shampoing est-il aromatisé aux fruits rouges. Il lui rappelle celui qu’elle utilisait étant enfant.

Sur le court la pluie s’intensifie et gêne le jeu. Une balle de set pour revenir à un set partout. Le point est gagné. C’est ce que l’arbitre attendait pour signifier l’interruption du match. Tout le monde se lève dans une cohue générale pour aller s’abriter pendant que l’on recouvre de sa protection le court central. Calmes, les filles attendent que le gros des troupes ait désembouteillé les allées pour se lever. Léa sent la pluie ruisseler le long de ses bras. Elle rabat le k-way sur Zoé et veille à ce que celle-ci soit protégée au mieux. Comme Zoé surprend son geste, elle la remercie chaleureusement du regard et la gratifie d’un « Tête de mule » !

Il est un peu tard et l’orage n’a pas l’air de vouloir s’apaiser.  Léa se dit qu’elle va sans doute devoir revenir demain. Alors, elle réalise qu’il va falloir qu’elle quitte l’étreinte de Zoé. En attendant la décision des organisateurs du tournoi, elles se blottissent toujours l’une contre l’autre, prétextant des frissons de fraîcheur. Léa ne se reconnait pas. Que fait-elle dans les bras d’une femme qu’elle ne connaît pas ? Et surtout, pourquoi s’y sent-elle aussi bien ?

– Merde… s’ils reportent, je ne pourrai pas voir la fin.

– Pourquoi ? demande Léa paniquée.

– Parce que demain je travaille !

– Oui, mais là c’est Roland Garros !

Zoé lui sourit d’un petit air contrit. Léa resserra l’étreinte, comme pour refuser de la laisser partir.

– Mesdames et messieurs, entend-on dans les haut-parleurs. Nous avons le regret de vous informer qu’en raison du temps, nous devons reporter la suite du match à demain 13h.

Une nouvelle fois, quelque chose se brise à l’intérieur de Léa. De ses grands yeux embués, elle regarde tristement Zoé qui se mord la lèvre pour ne pas hurler.  Autour d’elles, les gens pestent. Entre elles, le silence s’installe. Zoé se perd dans le regard de Léa, ce regard si expressif, si prégnant.  Elle y lit la douleur, la peur, l’incertitude. Elle essaie alors de la rassurer :

– Ça arrive tu sais, ce n’est pas si grave. Et puis j’ai aussi des places pour la demi finale.

– Pas moi.

Léa détourne son regard et lui dit d’un ton qu’elle veut détaché.

– Alors, eh bien travaille bien demain et amuse-toi pour la demi finale. Adieu et c’était sympa de te connaître.

Comme elle se détache de Zoé pour lui tendre froidement la main, celle-ci lui retient le bras en lui disant :

– Tu es toujours aussi radicale ? Je peux te donner mon téléphone, et toi le tien, comme ça on pourra…

Mais dans la confusion qui fait rage dans sa tête, Léa n’entend rien de tout cela. Elle veut partir. Loin de cette femme qui l’a bouleversée. Loin de ses mains, loin de ses bras, de son sourire et son regard. Loin de son empathie. Loin de son humanité. Partir là où elle serait à nouveau différente et seule. Là où il était rassurant d’être différente et seule.

D’un geste brusque, Léa se dégage et s’élance dans la foule en criant : « Je dois y aller ». Mais après quelques pas, elle se retourne, elle voit Zoé, interdite, différente et seule au milieu de tous ces gens bruyants, Zoé qui la regarde noyée dans l’incompréhension et la déception.

Sans chercher à comprendre d’où lui vient cette impulsion, Léa parcourt en sens contraire les quelques pas qui la séparent de Zoé et, devant le regard incrédule mais ravi de celle-ci, elle dépose un baiser maladroit sur sa joue gauche. Comme elle s’écarte à nouveau d’elle, Zoé la retient d’une main derrière sa nuque et vient coller ses lèvres sur celles de la jeune femme. Léa réalise alors que c’est ce qu’elle voulait depuis le début. Ses lèvres. Pourquoi n’a-t-elle pas osé ?

Curieuse sensation que ces lèvres chaudes, que cette main ferme sur sa nuque, que ces corps qui se renouent comme ils semblent destinés à l’être. Oui, Léa se découvre curieuse et avide. Quand Zoé l’embrasse, elle ne s’éloigne pas, ne s’essuie pas de dégoût, ne crie pas sa colère. Elle goûte chaque seconde, elle vit l’instant comme s’il était celui pour lequel elle était née un jour. Elle savoure le contact des lèvres charnues, elle en demande plus. Elle veut un vrai baiser, pas un baiser de cinéma, pas un baiser esthétique, elle veut le baiser de l’intimité. Celui dans lequel elle connaîtra de Zoé tout ce que celle-ci acceptera de partager avec elle. Celui dans lequel elle acceptera de se livrer plus sincère qu’elle ne l’a jamais été. Et quand la langue de Zoé demande à s’insinuer dans ses parcelles privées, elle s’ouvre à elle. Elle s’offre aux caresses de ses bras, à la chaleur de son étreinte, à la moiteur de sa bouche. Elle s’imprègne de chaque nouvelle sensation et cherche à la rendre au centuple. Enfin, elle s’abandonne.

Aucune d’elles ne veut briser l’étreinte, aucune ne veut reprendre son souffle. Pourtant cette précaution vitale s’impose instinctivement. Le temps d’un souffle et c’est à nouveau la tempête des corps. Le baiser n’est ni tendre ni violent, ni doux ni amer, ni  cruel ni généreux, et un peu tout à la fois. Les mains de Zoé glissent sur le dos de chemise humide de Léa, elles remontent de ses hanches à ses côtés pendant que celles de sa partenaire s’emploient à une danse mimétique.

Un son grésille fortement dans le haut-parleur. La magie est rompue, les corps se défont. Quelqu’un parle encore, mais aucune des deux jeunes femmes n’entend quoi que ce soit. Léa lit le désir dans les yeux de Zoé. Pire que tout : Léa lit son propre désir dans les yeux de Zoé. Mais Léa n’a jamais désiré personne. A nouveau, Zoé ressent la peur envahir le regard de la jeune femme. Une peur panique qui engloutit les vagues de désir auxquelles elles succombaient quelques secondes plus tôt.

Trop tard.

Léa se dégage brusquement de son étreinte et tourne les talons. Sous une pluie battante, Zoé la regarde s’éloigner en courant.

Qui est cette fille ? Que lui a-t-elle fait ? D’où vient cette profonde souffrance que Zoé a su voir en elle ? Que vient-il de se passer ? Pourquoi ce baiser ? Et surtout, comment accepter l’idée de ne plus jamais la revoir ?

Même si beaucoup de questions se bousculent dans sa tête, Zoé renfile son k-way avec une nouvelle détermination : demain, boulot ou pas, elle assistera à la suite du match !

 

A suivre ?

 

 

 

 

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