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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 12.11.2015 - 23 h 00 | 15 COMMENTAIRES
Vacances, canicule et Visiobulle (Ep. 2)

Bon… Je sais que le manque de suivi de cette nouvelle est indécent, mais rien de tel qu’une petite convalescence pour retrouver le temps nécessaire à ces… futilités ! 😉  Je vous prie donc d’excuser le délai et j’espère être plus rigoureuse à l’avenir. Je vous invite éventuellement à vous rafraîchir la mémoire…

Précédemment…

Il est étrange de se laisser surprendre par un souvenir. Il me faudrait sans doute des heures de recherche pour comprendre les mécanismes de la mémoire, mais pour l’instant, rien ne compte plus que ces images que mon esprit dépoussière.

Elle s’appelait Erika. Elle était la nouvelle et éphémère petite amie que mon frère avait emmenée au mariage de notre cousin. Elancée et anguleuse, ses traits étaient à la fois froids et attirants. Je n’avais pas tout à fait vingt ans, elle n’en avait guère plus. Nous n’avions pas échangé plus de trois mots de politesse formelle et la soirée s’éternisait platement. Mon frère, qui avait un peu trop bu, accaparait l’attention de tous en invitant chacun et chacune à danser, comme à son habitude. Lassée, je m’étais éloignée faire quelques pas sur la pelouse parfaitement entretenue du Golf qui hébergeait la fête.

Assise au versant d’une dune qui me cachait des lumières du mariage, j’observais la lune gibbeuse et son règne croissant sur les étoiles, sur la musique éculée d’un Barry White de circonstance. Je ne l’avais pas entendue arriver et quand elle me demanda si elle pouvait s’asseoir à côté de moi, je ne pus retenir un petit cri. Elle sourit et s’assit, collant son épaule contre la mienne dans un geste qui se voulait complice.

« Toi aussi, tu t’ennuies ? » fit-elle en plongeant son regard dans le mien. J’acquiesçai en retenant un frisson. Je ne comprenais pas ce contact. Mon bras me semblait brûler et geler en même temps là où sa peau si douce caressait la mienne. Et si sa peau me troublait, ce n’était rien comparé à ses yeux. La lune qui s’y reflétait leur conférait un éclat surnaturel.

Pour une raison qui m’échappait totalement, j’avais l’impression qu’elle me dévorait du regard, promenant celui-ci de mes épaules à ma gorge, de ma bouche à mes yeux, de mes oreilles à mes seins. Sur son chemin, il allumait un désir inexplicable sous ma peau innocente.

Jamais une femme ne m’avait fait cet effet-là. Et dans l’euphorie de cette soirée de fête à laquelle nous nous dérobions, bercées par les choix malencontreux d’un DJ sans talent, muettes et incertaines, nous nous sommes embrassées, enlacées, embrasées. Ses lèvres chaudes ont éveillé en moi un feu effrayant. Un feu que je pensais depuis lors avoir éteint. Un feu que je croyais dépendant d’elle et d’elle seule.

Nous ne nous sommes jamais revues après le mariage. Je n’ai même jamais voulu repenser à ce moment perturbant. Erika s’est vite évanouie, comme la plupart des petites amies de mon frère. Peut-être était-elle aussi surprise que moi de la tournure de la soirée… Toujours est-il que j’avais refoulé jusqu’à son nom, sa peau, son goût.

Pourtant, là, en une fraction de seconde, mon corps entier se rappelle de tout avec une acuité déstabilisante. Il l’appelle de toutes ses forces, il la cherche là, sur ce ponton, dans cette eau bleue et limpide…

Non, ce n’est pas elle que mon corps cherche, mais bel et bien cette étrange créature marine qui émerge là-bas. Elle n’est qu’un point au loin et en observant plus attentivement, je la vois croiser ses bras sous sa tête et faire la planche, comme si elle envisageait de poursuivre sa sieste au large. Effectivement, elle flotte ainsi une bonne dizaine de minutes, pendant lesquelles je m’assoie sur le bord du ponton.

Les jambes ballantes, je l’envie. J’aimerais la rejoindre, me laisser flotter moi aussi et dériver jusqu’à elle, trouver un prétexte pour lui parler… Mais que dire à quelqu’un qui sommeille dans l’eau ? Je souris toute seule, bêtement.

Quand elle s’ébranle à nouveau et se dirige droit sur le ponton d’un crawl parfaitement maîtrisé, je demeure pétrifiée. Que faire ? Partir précipitamment et perdre une occasion de l’observer ? Rester et lorgner sans pudeur ce corps svelte qui réveille en moi toutes ces sensations insensées ? Avant que je n’aie pu prendre la moindre décision, elle bifurque légèrement pour se hisser directement et sans le moindre effort sur la plateforme arrière de son curieux bateau.

Incapable de détourner les yeux, je contemple l’eau, que j’imagine salée, ruisseler le long de son corps gracile. Debout sur la plateforme, elle ébroue sa tignasse blonde de ses doigts fins et ses cheveux, gorgés de soleil et d’une humidité marine résiduelle, s’emmêlent anarchiquement. Dans la plus insolente négligence, elle chasse les gouttelettes d’eau de ses bras et de ses jambes avec ses seules mains, caressant lentement et effrontément chacun de ses membres.

Elle semble rêveuse, son regard absorbé par le large. Quand elle passe distraitement ses paumes sur ses seins pour en faire tomber les perles salées qui s’y accrochent, je sens mon estomac se tordre dans tous les sens, et sans que je ne puisse l’empêcher, mes cuisses se resserrent dans un réflexe suspect.

Sûrement a-t-elle perçu ce mouvement involontaire car, brusquement, la voilà qui se tourne vers moi et plonge son regard aiguisé dans le mien. Je me liquéfie et reste transie. Curieuses sensations simultanées qui me laissent complètement impuissante. Nonchalamment, elle esquisse un geste de salut et un sourire, avant de s’en retourner au banc où reposent ses vêtements.

J’ai l’impression que la lame affutée d’un poignard pénètre très lentement ma chair sous mes côtes. Comme je cherche mon souffle, je sens le tissu de ma chemise, légère pourtant, brûler les extrémités hyper-sensibles de mes seins, tendus et impétueux.

Sans la quitter du regard, je l’observe qui me tourne le dos. Sans se sécher davantage, elle enfile rapidement son bermuda et ses fesses savamment dessinées disparaissent tristement. Mais son T-shirt fin colle immédiatement à sa peau hâlée. Chacun de ses gestes me semble être une ode à la sensualité, sur laquelle mon désir veut vibrer, symphonique.

D’une souplesse fauve, elle enjambe les entraves qui lui permettent d’accéder à la cale et elle disparaît quelques secondes qui me paraissent une éternité. Quand elle remonte enfin, une paire de lunettes de soleil vient ombrer son beau visage, accentuant son sex-appeal. Elle ne marche pas, elle se déplace sur le bateau comme elle flottait au large, légère, aérienne. En un instant, elle monte à la barre, porte un regard à sa montre puis sur terre.

Au début du ponton, les gens se sont agglutinés devant ce que j’ai cru identifier tout à l’heure comme une billetterie. Je remarque alors un homme qui traverse la masse en s’excusant sur son passage, la saluant de la main. Il transporte deux cafés dans des gobelets en plastique.

Je n’aime pas le voir parcourir le ponton, comme s’il venait interrompre mes précieuses minutes de… voyeurisme. Effectivement, d’un bond averti, il monte à bord sans renverser une goutte de café. S’il rejoint la jeune femme pour lui en apporter un, il repart aussitôt et s’engouffre dans la cale. Devant la barre, la belle inconnue sirote le contenu de son gobelet en ouvrant un livre, les pieds en éventail sur le tableau de bord.

Pendant quelques minutes encore, je savoure ce plaisir égoïste de la dévorer du regard, mais quand je la vois lever les yeux de son livre et regarder à nouveau l’entrée du ponton, je constate que la billetterie a ouvert ses portes. Les premiers servis commencent déjà à avancer vers le bateau, curieux et impatients.

Le charme étant définitivement rompu, je me rappelle que je peux moi-même me considérer comme une touriste. Après tout, cela fait bien une éternité ou deux que je n’ai pas fait de bateau…

Subitement, l’excitation d’approcher l’objet de ma fascination me donne le regain d’énergie nécessaire pour la quitter momentanément des yeux. En quelques pas, je rejoins la file conséquente, soucieuse d’arriver trop tard. En effet, le bateau n’est pas bien grand, je doute qu’il puisse contenir la totalité de la foule d’ores et déjà amassée. En m’approchant, je remarque avec soulagement qu’il y a en fait deux guichets bien distincts. L’un, littéralement pris d’assaut, qui permet de se rendre sur l’île Sainte Marguerite, au large de Cannes, l’autre, raisonnablement sollicité, pour le fameux « Visiobulle ».

Mon tour arrive rapidement et je prends ma place à la gentille dame qui m’accueille chaleureusement dans son minuscule local jaune et bleu. Munie de mon billet, je retraverse le ponton, sans oser aller directement à ma destination. A gauche, un gros bateau blanc et bleu, visiblement celui qui conduira le plus gros du troupeau sur l’île, s’est amarré entre temps.

Les gens se bousculent devant la passerelle, mais les marins ne semblent pas pressés de les faire embarquer. Les plus jeunes en profitent pour courir jusqu’au kiosque le plus proche, acheter quelques boissons. Les enfants gigotent, retenus péniblement par leurs parents, écrasés par leurs responsabilités et leurs craintes autant que par le soleil. Les bébés dorment plus ou moins paisiblement dans les poussettes ombragées.

Au bout de la jetée, un labrador a pris ma place. Sa laisse pend à son côté, sans humain à son extrémité. Je le rejoins, m’accroupis près de lui, et comme il tourne son museau vers moi, sortant déjà une langue amie, je le repousse gentiment en lui grattant les oreilles. Désolée, vieux, je ne suis pas une fille facile !

Dans son enthousiasme, il envoie ses pattes en avant pour me sauter dessus. Sans que j’aie le temps de comprendre ce qu’il m’arrive, je me retrouve écrasée au sol, le coccyx douloureux et la joue humide. Dans ma chute, le billet s’est échappé de ma main… et sans prendre garde au chien que son maître rappelle d’un ton sec et mécontent, j’observe le petit bout de papier s’envoler au-dessus de l’eau et se poser à quelques mètres à peine de là, en contrebas.

Pendant une seconde, je me sens comme une enfant de huit ans que l’on vient de priver de dessert sans raison. Interdite, je regarde mon billet s’humidifier. Mes yeux font de même. D’un œil désespéré, je me tourne en direction du Visiobulle. Visiblement, quelqu’un n’a rien perdu de cette humiliante scène. Mi-amusée, mi-soucieuse, je vois mon étrange inconnue enjamber précipitamment les barrières jaunes de son bateau et sauter sur le ponton pour me rejoindre.

« Ça va ? », me demande-t-elle en posant gentiment sa main sur mon épaule. Sa voix est veloutée, son regard, mordant, sa main, électrique. Ses lunettes de soleil retiennent sur sa tête les mèches encore moites d’eau iodée et son bronzage laisse deviner les zébrures du sel que rien n’a épongé. Incapable d’articuler quoi que ce soit, je l’entends s’inquiéter : « Vous vous êtes fait mal ?

– J’ai perdu mon billet », dis-je platement, sans reconnaître ma propre voix.

Comme si nos regards étaient aimantés, je lutte pour détourner les yeux vers le petit bout de papier bleu, foncé maintenant, qui flotte insolemment sur cette mer sans vague. Elle m’imite avant de replonger ses iris fulgurants dans les miens : « Pas de panique, c’est moi le capitaine. Et je vous embarque ! », ajoute-t-elle en souriant.

Elle passe un bras sous mes épaules et m’aide à me relever, me soulevant presque. « Vous pouvez marcher ? Ça va aller ? » s’enquiert-elle. Je le lui confirme d’un hochement de tête, respirant malgré moi les embruns salés et le parfum unique de sa peau, de ses cheveux contre moi.

Je dois contenir ma frustration quand, rassurée, elle relâche son étreinte. Mon corps, pourtant, aura gravé indéfiniment le souvenir euphorisant de ses bras autour de moi, de cette force à la fois sauvage et feutrée, du toucher extatique de sa peau, de cette seconde au ralenti, qui m’aura permis de la sentir aussi pleinement, aussi furtivement.

« Ben alors, Crevette, qu’est-ce que tu nous as pêché-là ? » questionne brusquement une voix d’homme devant nous. Emergeant de la cale, je reconnais le monsieur aux cafés de tout à l’heure. « Crevette » ? Amusée, je regarde en souriant la jeune femme à mes côtés. Charmant crustacé que voilà !

« Sois galant, pour une fois, Vic, et enlève la barrière. La dame monte avec nous. »

Obéissant promptement, le dénommé Vic ôte ce qui fait office de porte au Visiobulle et mon chevalier servant m’aide à franchir l’espace vertigineux entre le ponton et le bateau. Ma main dans la sienne, j’aurais sans doute pu franchir des canyons abyssaux ! Une fois sur le pont, je suis surprise par le doux ressac. De la terre, on ne voyait presque pas l’eau bouger. Il est surprenant de sentir ce mouvement, léger mais indubitable.

Rapidement, je détaille le marin décontracté et souriant qui se tient en face de moi. Lui aussi vêtu d’un bermuda et d’un T-shirt sans fioriture, bien bâti de sa personne, dans la jeune quarantaine, Vic parait tout à fait charmant, bien que sans doute un peu trop conscient de ses qualités physiques. Le menton fort, recouvert d’une barbe dense de trois ou quatre jours, les yeux d’un noir ténébreux, les cheveux tout aussi sombres mais parsemés de fils d’argent sur les tempes, il incarne le beau méditerranéen au teint mat et au langage manuel.

« Mademoiselle », me sourit-il en me tendant la main et en s’inclinant de façon lourdement ampoulée. Voilà bien deux ou trois ans que l’on opte plutôt pour le « madame » à mon égard, mais je lui serre la main, lui rendant un sourire amusé. « Vic, à votre service, ajoute-t-il. Marin au grand cœur, homme à tout faire de la crevette que vous voyez là, et amant torride des plus belles femmes d’ici et d’ailleurs. Et vous êtes… magnifique » !

Sidérée par sa verve, je ne peux cette fois retenir un rire franc, quoi qu’un peu nerveux. Du regard, je viens chercher un soutien crustacé : « Ne vous inquiétez pas, il est inoffensif. Et l’état civil préfère m’appeler Roxane, plutôt que Crevette… ».

Sa main à nouveau tendue, je suis sur un petit nuage. Roxane…

Brusquement consciente de mon impolitesse, je me présente à mon tour. « Lise », répète-t-elle, caressant mon âme de son regard de velours. « Asseyez-vous par là, Lise, poursuit-elle, me désignant une place au pied des marches du poste de pilotage. Je dois vous garder à l’œil : vous perturbez mon marin ! Allez, au boulot, Vic ! » lance-t-elle à son collègue, un sourire ironique aux lèvres.

En quelques minutes, le beau parleur invétéré aide la vingtaine de passagers qui attendait impatiemment pour embarquer. Avant que mon banc ne soit envahi, je choisis la place qui me laisse la plus claire vision de Roxane, déjà à la barre, affairée aux différentes manettes qui bipent incidemment. Comme tout à l’heure sur le ponton, je ne peux m’empêcher de l’observer. Elle a maintenant un air sérieux et concentré. Quand elle se retourne pour vérifier que l’embarquement est terminé et convenir du départ avec Vic, elle me jette un regard souriant et un clin d’œil complice.

Une fois les amarres larguées, Vic la rejoint. Là-haut, il se saisit d’un micro et commence par souhaiter la bienvenue à bord, en français puis en anglais, d’une voix chaude et entraînante. Le regard acéré et imperturbable derrière ses lunettes de soleil, notre capitaine androgyne et diablement belle effectue un demi-tour habile et nous voilà partis !

(à suivre…)

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APPRENDS-MOI… (Ep. 11)

Avec quelques semaines de retard, voilà (enfin !) la suite et fin de cette sporadique nouvelle… Toutes mes excuses pour le délai : je vous avais prévenu(e)s que j’étais rouillée !!!

(previously)

Le voile léger des rideaux invite les lumières citadines de la nuit à pénétrer la chambre qui s’engourdit de nos ébats en veille. Il y a quelques minutes, ou était-ce quelques heures, nos corps secouaient cette soirée fébrile de décembre : de nos mouvements aveugles, prescients, passionnés, nous embuions les vitres nous occultant du reste du monde. Il y a quelques heures ou quelques minutes à peine, nous créions un monde, nouveau, notre.

Je ne sais pas si j’ai succombé aux mots doux du sommeil ou si je n’ai fait que somnoler, béate et comblée. A nos frénésies voluptueuses ont succédé de touchantes confessions. Dans l’intimité encore verte de nos effusions, arrivées à épuisement de nos ressources physiques, les paroles ont pris le relai, dans une bienveillante complicité qui aurait pu sembler séculaire.

Je me suis avouée sans pudeur, blessée mais entière, avide et curieuse de sa fascinante personne. Elle s’est révélée, nouvellement forte et fière, se remettant tristement du moignon cruel de l’abandon. Sa précédente compagne l’ayant quittée sans prévenir alors qu’elles étaient supposées agrandir la famille une troisième fois, elle s’était retrouvée seule, humiliée, acculée par ses responsabilités et ses obligations familiales justement au moment de sa « promotion » professionnelle.

Son émotion, encore bien vive lors de ces aveux, faisait vibrer sa voix et trembler ses lèvres. Je n’ai pu retenir mes étreintes les plus tendres. Mais mon inspectrice, fidèle à son impertinence, en souriait de plus belle. Et Dieu qu’elle était belle ! Son sourire, même triste, surtout triste, vrillait mes chairs thoraciques, mâchait mes os, ratissait ma peau en stridences frissonnées. Alors, nous avons fait l’amour à nouveau, dans la fulgurance de nos faims, nous exposant aux souffles, aux gestes, aux cris, aux regards de l’autre.

Tout ce que je vois à cet instant, ce sont les ombres nocturnes, calmes et irrégulières, qui glissent sur la toile lisse du mur à chaque passage de voiture. L’air est encore saturé de nos odeurs, mêlées, embrassées, qui s’accordent au silence sourd du double vitrage et à l’ambiance encore chaude de nos draps froissés pour embaumer l’air du parfum, clair et apaisé du désir.

Au creux de mon épaule, ouverte et fière, Violette repose. Sa respiration quasi inaudible vient caresser la peau nue et offerte de mon sein. A mon flanc, je sens son cœur battre, lourd et paisible. A moins que ce ne soit le mien ?

Lâchés, ses cheveux s’éparpillent sur moi, sur elle, sur le coton épais que je remonte sur son épaule fraîche. Mes doigts, délicatement, osent dans la confidence de la nuit jouer avec ses boucles brunes. Comme si j’avais besoin de ce contact supplémentaire pour confirmer, pour accepter l’exactitude du moment, sa pertinence, son authenticité surréaliste. Quelque part au fond de moi, une voix grave que j’imagine être celle d’Eluard, me déverse de ses vers purs et tendres, cassants et si crument vrais qu’ils déchirent les entrailles comme ils bercent.

L’amour est ainsi. Cru, beau, tranchant, immense, pur, complexe, exaltant, intempestif. Il y a trois jours, je me confondais en désir déroutant, brutal et irrépressible. Aujourd’hui, à l’instant où ce désir, satisfait pour l’heure, sait se taire pour laisser parler ma conscience, je suis tentée de poser de grands mots sur ces émotions bouleversantes de ces derniers jours.

Où est passé mon cynisme sentimental ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de moi, Violette Paulin ? A votre contact, je redeviens guimauve, princesse en détresse et chevalier servant, « Faible ! Faible ! Faible femme ! » comme dirait Figaro.

Je devrais sans doute m’affoler de cette rechute, je devrais me protéger, réfléchir. Cette femme, merveilleuse, fière, tendre et sensuelle, cette femme si terriblement attirante est mère. La légèreté et l’inconséquence ne sont pas une option.

L’espace d’une seconde, je me projette dans un quotidien hypothétique : Violette, moi, et ces deux petits garçons aux visages radieux que je n’ai pas manqué d’observer sur bon nombre de photos un peu partout dans l’appartement. Si je ne m’étais jamais posé de question sur une éventuelle vie de famille, je suis impressionnée de voir à quel point mon imagination est brusquement fertile, cette nuit.

Sans quasiment rien savoir d’eux, et sans en éprouver le moindre vertige, je les vois déjà évoluer autour de nous. J’imagine leurs habitudes, j’anticipe leurs questions, leurs réactions, j’espère une complicité que je modère déjà, redoutant le statut de « belle-mère », avant de conclure sur une certitude : il n’y a rien que je ne sois prête à assumer pour une vie avec Violette.

Une étreinte ensommeillée de celle-ci me ramène sur Terre. Je ne peux réprimer un sourire : il n’y a sans doute rien de plus « lesbien » que de s’imaginer vivre avec quelqu’une après une seule et unique nuit passée ensemble !

L’insomnie prophétique n’est plus de rigueur et je m’endors enfin, bercée par la certitude simple et bienheureuse de me réveiller à ses côtés demain.

Je ne saurai dire qui du soleil ou du bruit léger du verre qui s’entrechoque m’aura tiré de mon sommeil. Avant même d’ouvrir les paupières, je lance mon bras en quête du corps chaud de mon amante, la tête encore toute engourdie de notre nuit tendre et passionnée. Ma main cherche en vain, sous et sur les draps. Déçue, j’ouvre péniblement les yeux pour constater tristement que je suis seule, bien trop seule dans ce grand lit !

Le grognement de mécontentement qui m’échappe est stoppé net par le son léger des pas de Violette sur le parquet. Du bout du pied, elle ouvre la porte et s’avance dans la chambre, les bras chargés d’un merveilleux plateau petit-déjeuner. Voyant ma tête émerger de la couette, elle me lance en souriant : « Déjà réveillée, petite marmotte ?

– Groumpf…

– J’espère que je n’ai pas fait trop de bruit, me dit-elle en déposant délicatement le plateau sur le chevet, de mon côté du lit. C’était trop dur de rester couchée à côté de toi et de te laisser dormir… J’ai bien failli te sauter dessus de bon matin », me confie-t-elle en riant.

Son rire et son petit air mutin me chavirent et comme elle vient s’asseoir auprès de moi, j’attire son corps contre le mien. Conciliante, elle s’allonge tout contre moi et m’enlace. L’odeur du café et du pain grillé titille mes narines, mais qu’importe à mes mains qui déjà s’aventurent sous le voile diaphane de son peignoir ? Qu’importe à ma peau qui brûle à nouveau de la sienne, retrouvée ? Qu’importe à ces milliers de lames, aiguisées de désir, nourries de ses moires, qui encore une fois pénètrent mes chairs offertes, mon âme assujettie, mon cœur tonitruant ?

Le café et le pain seront froids.

Sans trembler, ma main impudique vient tirer sur le cordon qui maintient les pans de son peignoir et, d’un geste lent et si terriblement maîtrisé, elle laisse glisser le fin tissu sur sa peau soyeuse. Le spectacle est d’une sensualité affolante. Ses épaules d’abord, puis ses seins et enfin la plaine suave de son ventre se révèlent à moi dans la lumière étrangement chaude d’un matin de décembre.

« Hum… Bonjour », dis-je à cette sublime vision qui me surplombe à califourchon. Comme mu par mon seul désir, mon corps se soulève jusqu’à ce que mes lèvres effleurent la peau constellée de sa poitrine. « Bonjour », répète doucement ma bouche à son sein gauche, avant d’y déposer un baiser. « Bonjour », s’empresse-t-elle d’ajouter à l’aréole de son sein droit. Et un nouveau baiser vient rééquilibrer les civilités. Enfin, mes lèvres se hissent vers les siennes dans un dernier élan de politesse. Elles laissent s’échapper un ultime « Bonjour », à peine murmuré cette fois, avant que nos langues n’entreprennent de se présenter leurs respects.

Dans les yeux de Violette, le désir se fait incandescent. Il en serait presque douloureux. Mes mains la parcourent, tantôt subtiles, tantôt fermes. Elles caressent, elles affleurent, elle pétrissent et ondulent son corps sur toutes les gammes du plaisir.

Je n’aurai sans doute pas la prétention de croire que je peux anticiper l’avenir sur l’échelle d’une éternité, les « toujours » et les « jamais » ne sont pas des mots à la portée des mortels. Mais ce que la vie me réserve pour les prochaines heures… J’aime.

Fin

http://fineartamerica.com/featured/lesbian-sketches-1-gordon-punt.html

Lesbian sketch, by Gordon Punt

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APPRENDS-MOI… (Ep. 10)

@Dwarfy mérite bien un peu de repos mais reprendra la plume très prochainement, ici et/ou sur son blog, alors en attendant, je vous livre la suite de cette nouvelle. Merci de votre lecture fidèle ! 

(previously)

J’ai parfois l’impression d’avoir passé ma vie en quête d’esthétique, aussi bien dans mes lectures, mes recherches, mes ambitions poétiques que dans mon quotidien de femme sensible à la beauté sous toutes ses formes. Mais nulle forme ne m’a autant émue que celles que je caresse du bout des doigts. Avides, mes regards absorbent chacune de ces courbes délicates.

Violette frissonne. Pourtant, elle ne remontera pas le drap. Nous avons chacune besoin de cette minute de contemplation de l’autre, cette minute pour une éternité de souvenirs, de plaisirs condensés en un sens. Mes yeux sont ma peau, ma langue, mes oreilles. Ils apprennent d’un sourire, d’un souffle, d’un parfum. Je veux tout savoir d’elle, je veux prendre le temps de la découvrir. Si nous nous taisons, c’est dans le recueillement de nos cris à venir. Dans son regard, je devine le désir, encore.

Il n’y aura pas d’essoufflement ce soir.

C’est elle qui rompt l’immobilité consentie. De son bras chaud, elle vient enserrer ma taille, imposant par ce geste une indéfinissable sensation de quiétude et, simultanément, une excitation fiévreuse. D’un mouvement leste de son bassin, la voilà qui me recouvre de tout son corps, sa bouche narguant délicieusement mes lèvres. Espiègle, elle les pince délicatement de ses lèvres si douces. Je m’abandonne à son jeu, guettant docilement le meilleur moment pour rentrer dans la partie. Quand sa bouche s’applique à dessiner les reliefs de mon cou en remontant, dangereuse, jusque sur la mienne, je m’efforce de résister à l’envie de l’embrasser. Chastement, je viens poser mes mains sur ses hanches irrésistibles. Mes caresses adoptent le rythme de ses lèvres.

Je ferme les yeux, soumise à l’émotion enivrante de son corps sur le mien. Nos peaux, comme nos chairs, se reconnaissent et s’apprivoisent. L’entente est feutrée, si tendre… Partout, son contact nourrit et éveille. Prisonnière de ses charmes, je me livre et goûte à de ces libertés qui n’ont d’autre espace-temps que la rencontre de nos peaux. Tout se joue dans l’absence de vide entre nous. Rien ne m’emplit autant que notre promiscuité.

Quand ses lèvres se posent à nouveau sur les miennes, s’entrouvrant cette fois pour laisser sa langue se frayer un passage, je ne résiste plus. Notre baiser se fait aussi intense, aussi nu et passionné que nous-même. Mes bras l’étreignent sans modération. Je bois à sa bouche tous les mots que nous taisons encore, affamées de mouvements, d’actes, de vrai. Les mots viendront plus tard. Ils ne nuanceront pas, ils ne décevront rien. La conversation de nos corps ne se tarira qu’à l’heure bienheureuse de l’épuisement. Au fond de moi, un sourire satisfait : je ne rentrerai pas ce soir.

Sans la moindre innocence, Violette fait glisser sa jambe entre mes cuisses. Il n’en faut pas plus à mon sexe pour se mettre à bourdonner. Si habituellement le désir est une pulsion dévorante, qui a tendance à faire passer tout le reste au second plan, avec elle, il devient violent, annihilant réalité et conventions. Sous son corps, je ne suis plus qu’instinct primaire et animal, charnel et voluptueux.

D’une langueur quasi cruelle, elle se met à remuer sur moi et mon corps entier épouse le mouvement de ses vagues. Je sens son sexe s’ouvrir sur la peau tendue de ma cuisse et je sais que le mien a déjà inondé sa jambe de mon plaisir. Au moment où ses coudes se plantent autour de mes bras pour qu’elle puisse plonger son regard dans le mien, mes mains agrippent les rondeurs aguicheuses de ses fesses. Le rythme s’intensifie alors : nos respirations jumelles accusent les à-coups du désir et les pointes tendues de ses seins frôlent outrageusement ma poitrine brûlante. Son regard se brouille, égaré sur l’écran de son plaisir. Je l’observe, impudique. Je pense bien n’avoir jamais rien vécu de plus grisant. De mes mains, j’appuie encore le mouvement de son bassin, accélérant à peine mais creusant encore plus ce frottement délicieux, arrachant un gémissement affolant à mon inspectrice incandescente.

Ses tétons provocateurs s’accrochent aux miens, la peau souple de nos ventres se fait moite et glisse presque bruyamment, étouffée par nos halètements. Je pourrais jouir comme ça, je le sens. Mais pour l’instant, je suis totalement fascinée par les expressions de son visage. La regarder faire monter le désir en elle, en nous, par ce simple balancement des corps, voir ses traits s’abandonner à cette quête de plaisir à la fois si égoïste et partagé, c’est terriblement excitant. Je veux la voir jouir sur moi, je veux sentir son sexe couler sur le mien.

Pendant une seconde, j’interromps le rythme de nos hanches. Surprise, elle m’interroge du regard pendant que je m’efforce de glisser mon autre jambe entre les siennes. Je lui souris, elle comprend et se positionne sans ménagement à califourchon sur moi. Les lèvres humides de son sexe viennent s’écraser sur le relief prononcé de mon pubis et déjà, elle reprend sa danse ensorcelante. Ses bras se tendent, son dos se cambre et ses seins s’agitent juste sous mon nez. Impossible de résister. Mes lèvres se posent d’abord presque chastement sur son grain de beauté. Du bout de ma langue, j’en lèche les contours avant de refermer ma bouche sur la pointe ferme de son téton. Les mouvements de nos corps m’incitent à alterner d’un sein à l’autre, sans précipitation, alors que mes mains s’impriment de plus en plus fort dans la chair ferme et douce de ses fesses.

Ivre du plaisir de sentir la convexité de mon sexe s’insinuer dans la tendresse de ses chairs, ses gémissements me font perdre la tête.  Son propre plaisir coule maintenant en abondance et le frottement fluide de nos sexes l’entraîne toujours plus haut, vers une jouissance imminente. Je veux savourer cet instant. Graver chaque son, chaque sensation, chacune de ses expressions dans ma mémoire, mais surtout : je veux qu’elle explose sur moi. Frénétique, mon bassin se soulève à la rencontre de son sexe, tandis que ma bouche se fixe sur un téton qu’elle suce et mordille délicatement. Violette crie presque… Oui, elle crie ! C’est alors que son corps se tend complètement, le dos arqué, les yeux grands ouverts… et son cri devient râle et hoquets pendant que nos corps décélèrent mais s’aiment toujours.

Entre mes jambes, le bourdonnement s’est fait tremblement de terre, volcan. Son orgasme aura presque suffit à déclencher le mien ! Je suis quasiment aussi secouée qu’elle quand, enfin, son corps se relâche et vient s’étendre mollement sur le mien. Avec toute la délicatesse du monde, je passe ma main dans ses cheveux, dégageant son visage. Dieu qu’elle est belle ! Les joues rougies par l’effort, le souffle court, un franc sourire de satisfaction sur les lèvres, c’est… oui, c’est cette image que je veux garder d’elle, toujours ! Le menton posé entre mes seins, elle me renvoie la tendresse de mes regards conquis.

« Maëlle, me chuchote-t-elle, très sérieuse tout à coup.

– Oui ?

– J’ai envie de toi. »

Non, ce n’est pas l’heure des mots. Pourtant, ceux-là… D’ACCORD !

(la suite ici)

 

 

 

Photo par Harry Kerr (et je renvoie à cette sélection qui m’a bien plu et que je partage avec vous !)

100% manuel ! | corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | poésie | y'a que ça de vrai ! | 21.01.2015 - 13 h 31 | 16 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 9)

Puisqu’elle était lancée, voilà enfin LA scène que tout le monde attendait, livrée par @dwarfy en personne ! Je vous laisse profiter de la poésie de l’instant et vous souhaite une bonne lecture !

– Votre humble Pucedepoesir –

(previously)

C’est un vertige qui nous étreint : celui de l’intimité offerte, enfin. 

Dans le creux d’une vague, lorsque nos bouches impétueuses se ferment au ressac des langues complices, je respire à sa source le souffle qu’elle expire, alizé grisant et capiteux… je manque de défaillir et il me semble que l’azur azur se déverse et inonde chaque recoin de mon espace crânien… aussi, chaque neurone s’enivre, explose et se soumet à cette prise de possession aérienne.

Je suis obligée de me retirer, de poser doucement mon front contre le sien… ma poitrine s’est évasée et palpite. Tandis que je me remets un instant de ce fougueux dialogue, Violette s’empresse de voguer sur mon visage : ses lèvres brûlantes déposent de tendres baisers… joue… œil… tempe… front… pommette… œil … joue… mais elle ne résiste pas et, presque imperceptiblement, vient me trouver dans l’obscurité des yeux fermés, en survolant mes lèvres entrouvertes.

C’est un voile d’une extrême légèreté qui vient me recouvrir toute entière. Je capitule et ne sais plus qui je suis, où je suis, où mon corps s’arrête et où le sien commence… Nous avons disparu, évaporées, loin derrière les sensations qui nous assiègent. J’entrouvre les yeux et lui souris. Elle me répond par un sourire franc et paisible. Et pour ne faire plus qu’une, nous nous étreignons fort. Nos têtes reposent sur l’épaule de l’autre. Ses cheveux chatouillent le bord de mon visage émotif. Instinctivement, nos corps se sont mêlés et je sens mon bassin, mes cuisses, mes genoux chercher son contact.

Pourtant, je m’éloigne lentement, la regarde… L’envie irrépressible de sentir sa peau, de la goûter m’arrache à cette trêve béate. Je décide alors de me lancer à la conquête de son corps en alerte, prêt à accueillir mes explorations. C’est sa mèche que je commence par repousser du revers de la main. Mes doigts s’infiltrent dans ses cheveux soyeux et sillonnent cet univers éthéré. Sa nuque se raidit sous mes caresses et je trébuche sur ses clavicules avant de m’aventurer sur sa poitrine. Elle porte un décolleté prononcé qui m’impose et m’oppose néanmoins la frontière de sa pudeur.

Je voyage alors dans cet univers galbé et sous les encouragements de ses soupirs, j’empiète sur cette terre satinée et sacrée en passant le bout des doigts sous le tissu résistant. Prise de convulsions, elle me serre contre elle. Nos bouches se retrouvent et entament une nouvelle fois leur débat complice. Ses mains m’enserrent le visage et soudain, elle me tend son cou et gémit. Mes lèvres vagabondent et se laissent attirer par le trésor qui orne sa poitrine, ce fameux grain de beauté qui avait déjà attiré mon attention.

Je ne peux plus supporter le tissu auquel mes lèvres font face. Comme dans une valse ordonnée, elle retire rapidement cet obstacle et, en renversant sa tête en arrière, s’abandonne à mes pressions tépides et charnues. Je m’égare inconsciemment sur ce continent de douceur, enfin découvert.

Revenue à elle, elle tire sur ma chemise et son œil malicieux me prévient d’une incursion imminente. Un à un, elle déboutonne les verrous qui renferment mon cœur affolé. Comme pour dissiper un brouillard dense, elle balaie de ses deux mains le coton rayé. Elle pose son empreinte sur mes seins. Un silence immobile tournoie autour de nous. Un de ces silences qui avertit de l’orage à venir.

La chemise glisse le long de mes épaules qu’elle effleure et presse. Tout à coup, elle me prend par la main et m’entraîne dans le couloir sombre où elle demeurait il y a encore quelques instants ou bien il y a une éternité. Déboussolée, je la retiens et la plaque contre la surface froide de ce tunnel ténébreux : « Attends… ». Pas le temps d’hésiter, elle me repousse et me pivote… Aaah ! Un froid terrible et pénétrant s’empare de mon dos. « Attendre quoi ? me rétorque-t-elle, je te veux. »

Ce souffle dans le creux de mon oreille me fait chanceler. Elle le sent et maintient fermement nos mains enlacées. Commence alors une tempête impétueuse, une collision houleuse… et je ne peux qu’abandonner ce flottement prohibé. Définitivement, je renonce à toute forme d’entendement. Elle ondule son buste dénudé sur le mien et convertit ma rigidité à sa souplesse. Dans une osmose sans concession, elle me conduit dans sa chambre, éclairée par une lampe à sel. L’atmosphère embrasée de la pièce projette ce que nos sens transpirent.

Lorsque nous heurtons le bord du lit, nous nous renversons d’un commun accord. Notre tornade file sur l’océan safran des draps et mon corps, métamorphosé en chaloupe, recueille sa gravité. Nos jambes s’entrecroisent et souffrent l’épaisseur du jean. Au loin, nos baisers tumultueux troublent la sérénité du lieu : nous voguons sur les flots blanchissants… sur les vagues déchaînées du désir.

Dans la tourmente de nos caresses, je sens une chaleur terrible se propager entre nos cuisses volubiles. Violette, transie, m’agrippe et se jette en arrière. Je la dévore de baisers en bravant des rafales plaintives. Ivre, ma main s’achemine au gré des vents ardents vers sa ceinture. Débouclée. Mes doigts s’attachent alors à apprivoiser les serrures de sa toile marine, qui abdiquent en un instant. J’ose rompre cette fusion thermique, me relève et libère ses jambes magnifiques de l’écorce rugueuse qui les recouvrait. Je répète la manœuvre et me dévoile devant ses regards lumineux.

Nous voilà presque nues, telles des offrandes réciproques et la douceur de sa peau m’emporte dans un monde séraphique. Mélodie extatique de deux épidermes qui s’entretiennent et se passionnent.

Une accalmie s’empare de nous, débarrassées des carcans et légères comme des cirrus voilés. Contrairement aux ennuis maritimes, nos corps flottent et tanguent sur les ondes chatoyantes. Je me suis allongée près d’elle, versée sur son visage, la tête accoudée. D’un mouvement de bassin, elle se colle contre moi et nous ne formons plus qu’un détroit aux roches mouvantes.

Nous partons en exploration de ces territoires vierges. Les falaises escarpées de nos épaules roulent et s’enroulent. Je veux apprivoiser chaque centimètre de sa peau qui se crêpe et se fronce et bourgeonne sous mes doigts prévenants. Brûlants. Elle s’amuse à tracer des lignes et des arabesques sur ma poitrine et finit par dégager lentement la bretelle brodée qui menotte l’accès à mes seins.

Cette libération m’émeut et je veux aussi délivrer son épaule de ce joug et de tous les autres jougs qui me séparent de sa peau enivrante. D’un claquement de doigts l’accroche s’incline cataclysmique : ses chairs respirent et se détendent. Ma main s’entête et, sans que je ne puisse encore baisser mes regards courtois et discrets, ôte la matière superflue. C’en est trop ! J’explose à la vue de ces boutons roses qui fleurissent sous mes yeux. Il me semble qu’un arôme argenté brille dans le fond de mes narines… Je cède à mes pulsions et me loge au creux de ces monts merveilleux.

Une frénésie incontrôlable m’emporte et s’alimente lorsque Violette laisse échapper quelques sons indistincts au milieu des expirations de plus en plus prononcées. Elle passe ses mains entre mes cheveux et insensiblement me guide sur son plexus, puis sur son ventre que je découvre comme l’on découvre un continent inconnu. Bien sûr qu’elle veut que je poursuive cette descente infernale dans les braises de son désir palpable… mais il est trop tôt.

Je ne m’autorise pas encore le chemin qui mène à ses ruisselantes richesses. Je veux inspecter et prospecter l’étendue de son dos longuement capturé par mes doigts dilatés… Alors qu’elle croit enfin obtenir satisfaction, je la chavire, l’accoste et la domine… Ô merveille hâlée ! Ses omoplates tigrées resplendissent et sa taille subtilement marquée appelle mes baisers.

Je ne peux m’empêcher de griffer amoureusement son dos jusqu’à ses fesses tendres et rebondies. Très rapidement, j’ôte le peu de dentelles qui maquille ma poitrine et fond sur ma proie aux aguets. Je m’arrête à quelques millimètres de sa peau et l’effleure du bout des seins, durcis par l’excitation. Elle pousse un gémissement et serre mes mains enfin prisonnières des siennes. Je sens son bassin bouillonner sous mes cuisses… déflagration instantanée.

Comme répondant à l’appel, mon bassin, tel un balancier, s’ébranle et oscille. Mon sexe gorgé se laisse bercer sous les notes mélodiques de nos corps symbiotiques. Perte de connaissance… hypnose… la pièce tourbillonne autour de nous tandis que monte en moi un chant symphonique. Essoufflée, je me laisse glisser sur le lit.

C’est alors que Violette se dresse et m’habille de baisers mêlés de morsures. Corps vaporeux… poitrines frémissantes… extrémités inquisitrices… tout en ondulant, elle se faufile entre mes courbes et s’engage près du foyer fiévreux et rutilant. Mes membres contractés ne peuvent plus se retenir de rebondir sur les salves du plaisir. C’est à mon tour de tenir du bout des doigts la tête de Violette qui charme l’intérieur de mes cuisses échauffées.

Lorsqu’elle approche son visage, je sens, à travers le tissu tendu, son souffle chaud et humide. Ses lèvres se posent sur mon pubis accueillant, pincent délicatement ma peau encore défendue et s’amusent avec les frontières qui lui sont soumises. Tout à coup, un air frais me saisit : elle a soulevé et repoussé le treillage fin et contemple mon intimité émue. Lorsque nos lèvres se rencontrent pour la première fois, j’ai l’impression qu’elle susurre une formule enchanteresse et que tout mon être s’abandonne à ses ensorcellements.

Je suis otage de ces succions, otage de sa langue impétueuse et infiniment tendre, otage de sa langue qui extravague méthodique dans le chaos de mes sensations. Imperturbable, elle poursuit son œuvre tandis que j’implose, le souffle saccadé, la tête ballottée par les spasmes d’une poitrine sur le point de se déchirer. Mes orteils tyrannisés par des crampes sourdes tentent de résister à toutes les braises nerveuses qui se dispersent dans mon corps et me consument.

Soudain… éclat… débordement… convulsion… commotion… et cette larme qui coule le long de ma joue enluminée. Après ce séisme luminescent, un à un mes muscles s’apaisent et s’oxygènent tandis que Violette me retrouve et me recouvre de tout son être aux abois.

Loin de me perdre de vue dans ces nuées orgiaques, elle ne me laisse pas une seconde de répit et m’embrasse fougueusement… « J’ai aimé ton sexe… J’ai aimé tes cris et tes mots… J’ai aimé tes tremblements… Maëlle… » Sa voix me rappelle à la vie et encore engourdie, je la prends dans mes bras et la serre autant que je le peux, vidée de toute force. Nous restons un moment immobiles, comme si nous avions trouvé dans l’imbrication savante de nos corps satisfaits, l’empreinte que nous voulions laisser de nous au monde. Mais rapidement, je sens ma cuisse devenir le réceptacle sacré de son désir liquoreux. Je succombe alors à cette impérieuse invitation.

Après de doux effleurements le long de ses bras, de sa taille, de son ventre… mes doigts flirtent avec la naissance de ses seins, mes paumes tentent d’apposer leur empire sur ses pommes caramélisées… mais ma bouche ne résiste pas à l’envie de captiver l’île sauvage qui se dresse, inconstante, sous les vents du midi. Ivresse marine… et le courant m’emporte sur l’océan de ces chairs délicieuses.

Voyage insouciant vers cette faille cryptée où se distille un Opium savamment concocté… Impatiemment, j’arrache ses poèmes arachnéens et affronte le pistil qui perle. Cupide, elle tord les draps qui craquent… Non… elle ne me sent pas encore mais me devine face à la clé de voûte, déterminée et contemplative.

« Maëlle… », supplie-t-elle. Conquise, je finis par me soumettre. Je respire ses pétales gonflés et converse dans une langue lunaire avec ses palpitations embaumées. Son bijou devient le centre créatif d’une orfèvre inspirée… et dans un envoutement savoureux, je me perds dans les labyrinthes de son plaisir… Elle gémit, animale. Et ses cuisses indociles se contractent, ses fesses fébriles tremblent… à peine ai-je abordé l’antre inondé, qu’elle explose en Echinopsis Mirabilis*.

Le ciel nocturne s’est fendu sous son cri volcanique, Violette.

*Echinopsis Mirabilis

*Echinopsis Mirabilis

(la suite ici)

Photo de couverture : Man Ray.

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 16.01.2015 - 08 h 20 | 21 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 8)

Ami.e.s Yaggeuses et Yaggeurs, je vous prie d’excuser le délai de publication sur cette nouvelle. J’avoue que les événements récents y sont pour beaucoup. Difficile d’érotiser en ce moment, mais comme il faut continuer à rire de tout, il faut continuer à aimer et désirer ! 

J’ai promis aux plus impatient.e.s d’entre vous une petite surprise sur cet épisode… Et la surprise la voici : depuis quelques temps, Yagg compte une nouvelle plume parmi ses membres. Pour les curieux-ses, vous aurez relevé la création d’un nouveau blog poétique, mais @dwarfy (Jiji pour les intimes) ne s’arrêtera pas là et prochainement, elle devrait à son tour nous régaler de récits érotiques (probablement dans un nouveau blog… 😉 ). Afin de rentrer en contact avec vous et … parce que je traînais trop à vous écrire la suite, c’est donc elle qui reprend le fil de l’histoire, aujourd’hui. Si je publie ce texte, vous vous en doutez, c’est parce qu’il le vaut bien ! Et vous l’apprécierez, je l’espère, autant que moi. Amies lectrices-lecteurs, le meilleur est à venir !!! 

(previously)

Ce que j’entends en revanche, c’est une petite voix enfantine crier « Maman » derrière nous…

Surprise, je me fige un instant… puis de nouveau la voix s’élance du fond du couloir « Maman… Maman… ».

Je commence à comprendre et détecte dans le regard de Violette un certain embarras. « Excuse-moi, c’est… euh… le téléphone… ce sont les enfants qui m’appellent… Il faut que je réponde, c’est le rituel du soir, ils me racontent leur journée… » Tout en se justifiant, elle lâche ma hanche, s’extirpe de mes bras encore pétrifiés et disparaît d’un pas agile dans l’obscurité.

Je demeure interdite une ou deux secondes et reprend du poil de la bête. Je ne vais pas rester plantée là, dans l’entrée, en l’attendant… Je me décide alors à pénétrer dans l’antre intime de cette chère Violette. Le moins qu’on puisse dire, c’est que j’étais loin, très loin d’imaginer que j’explorerais un jour l’appartement de mon inspectrice… Le salon, sobrement meublé, met en valeur des objets colorés et hétéroclites, sûrement récoltés au gré de nombreux voyages dans le monde entier… Ici une tenture orientale dans les tons ocre et orange, là des bibelots africains ou encore cette poterie aux couleurs mexicaines… Au plafond, une lampe marocaine infuse la pièce d’une lumière marbrée et régulièrement teintée : bleu, rouge, vert se succèdent sur les murs habillés.

Je flâne dans le salon et trouve un magazine photo que je feuillette distraitement… Sa voix chaude et profonde me parvient et suffit à chambouler toutes mes perceptions… Le temps me paraît excessivement long ! Comment vais-je survivre à cette attente ? Tout mon corps me lance des signaux électriques. Mon cœur serré semble s’être lancé dans une folle course de formule 1, propulsant mon sang à mille à l’heure. Comme à chaque fois que je vis des émotions fortes, mes chairs s’amollissent et mes membres faiblissent. Je me sens fléchir… ce n’est pas le moment ! Assieds-toi en l’attendant.

Dans le magazine, je tombe sur des photos en noir et blanc… de femmes… ah ben ça, quelle drôle de coïncidence ! Ce n’est pas fait pour calmer mes ardeurs… Ces corps camouflés, déguisés par un simple jeu de lumière suggèrent un monde stroboscopique qui ne se révèle que par éclats et par fragments… hypnotique, envoûtant, excitant… Me promener à travers ces voies évanescentes, investiguer centimètre par centimètre cette peau suave et injonctive… véritable ode aux méandres cambrés… Je devine en me plongeant dans ces portraits le parfum subtilement brodé sur ces étoffes charnelles… À ce moment-là, je me laisse totalement happer par ce mirage de volutes qui me charme et me ravit…

            Soudain, une décharge m’incendie et me désoriente… Sur ma nuque… du bout des doigts, elle est venue se loger dans mes cheveux… mes oreilles calfeutrées bourdonnent comme un essaim insupportable, je vacille… je ne l’ai pas entendue entrer dans la pièce… Elle est toujours au téléphone, dans mon dos, et j’entends la voix fluette qu’elle écoute distraitement. Elle caresse très lentement l’arrière de ma tête tandis que je n’ose bouger d’un millimètre… Si notre baiser interrompu a pu être torride, à présent, je me sens étrangement paralysée… C’est sa douceur qui m’assiège et électrise mon désir. Presque naturellement, elle ajuste mon col de chemise et ces gestes presque insignifiants me font chavirer. Mais qu’est-ce que je fais ici ? C’est une folie ! Une folie furieuse, qui me déchire le ventre et me fourmille dans la poitrine.

            Elle finit enfin par raccrocher, se racle la gorge et s’excuse, la main posée sur mon épaule. Je me retourne alors et la vois me souriant tendrement. Je prends sa main, me lève et l’attire contre moi. Nous sommes calmes… l’infini s’étend devant nous et pourtant nos visages sont proches et se rapprochent. Je sens mon cœur, sonore, frapper ma poitrine à m’en faire mal. Ses mains enrobent mon dos des omoplates aux reins et, comme froissées par une brise, elles tremblent. Nos joues, magnétisées, se frôlent et s’appareillent… Jamais contact n’a été si doux. Nos têtes, lourdes, se balancent dans un mouvement eurythmique, harmonieux et cadencé. Caresses épidermiques presque à l’arrêt, dans l’obscurité des yeux mi-clos, mi-aveugles. Ce ballet délicat déborde… nos lèvres s’effleurent et s’interceptent et s’abordent et s’amadouent et ne se lâchent plus. Un dialogue haletant invite les étoiles qui gravitent, virevoltent et se heurtent en nous… C’est un vertige qui nous étreint : celui de l’intimité offerte, enfin.

(à suivre)

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Oui, l’image est belle et c’est pour vous faire patienter… La suite sera chaude… vraiment chaude !

 

Merci d’adresser vos éventuels compliments et surtout votre… IMPATIENCE à @dwarfy ! 😀

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Photopoésir | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 14.12.2014 - 19 h 07 | 36 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI (Ep. 6, le vrai)

(previously)

 

Pendant toute ma jeunesse, je me rappelle m’être questionnée sur ce qui fait de nous des « adultes ». Bien avant ma majorité, j’avais conscience du fait que je ne me réveillerai pas au matin de mes dix-huit ans en ayant brusquement gagné, autrement qu’au regard de la loi, ce grade tant espéré. J’ai plus de trente ans aujourd’hui, et si légalement j’ai le droit de conduire, de voter et de payer des impôts, je ne sais toujours pas ce que veut dire « être adulte ». Je croyais le savoir hier encore. Hier, j’étais quelqu’un de responsable, de bien ancré dans sa vie, avec la pointe de folie nécessaire pour ne pas devenir trop ennuyante. Hier, je savais qui j’étais et ce que je voulais faire de ma vie.

Mais hier, j’ai rencontré Violette.

C’est fou comme une simple rencontre peut faire voler votre vie en éclat… Enfin, la rencontre aurait été bien plus « simple » si elle ne s’était pas soldée par cette accidentelle collision de nos lèvres, ce déconcertant télescopage de nos langues, ce mariage frénétique de nos souffles…

Depuis, je n’arrive plus à penser à autre chose. Rien d’autre que l’odeur enivrante de ses cheveux et celle, plus subtile, de sa peau fraîche. Rien d’autre que le grain subitement plus foncé de ses iris, acérés par le désir, aussi étouffé soit-il. Rien d’autre que ces petits détails bouleversants : la mèche indisciplinée que mes doigts n’ont pas osé ramener derrière son oreille, le décolleté accentué de sa chemise qui m’a brièvement permis d’entrevoir un grain de beauté émouvant sur son sein gauche, la courbe atypique des commissures de ses lèvres, trahissant une exceptionnelle propension au sourire… Et quel sourire !

Je ne me remets pas de son goût, cueilli dans l’intimité partagée de sa bouche, ni de la caresse unique et sublime de ses doigts, de sa paume sur ma joue bienheureuse.

J’ai beau avoir lu, étudié, analysé, décortiqué des dizaines, des centaines des milliers de pages sur l’amour et le désir… Dès lors qu’il s’agit de le vivre, il n’est plus question de connaissance. L’expérience est aussi inutile que mes lectures. L’âge adulte est une chimère : ne reste que cette euphorie adolescente qui donne à ces fragments de souvenirs, tout chauds encore, la violence tragique de la passion.

Et rien n’est plus traître que la passion. Je le sais. J’en garde des cicatrices. Où est donc passé mon bon sens ? Mon cynisme ? L’amertume de ces dix dernières années de blessures, d’espoirs déçus ?

Si j’étais vraiment adulte, une Mme Paulin ne suffirait pas à ébranler tout ça. Si j’étais adulte, je serais rompue à ces assauts de désirs, je serais blindée contre toutes les Mme Paulin de la Terre, je me serais séparée de cette stupide vulnérabilité, j’aurais perdu mon… humanité ?

C’est ridicule. Ce n’est pas ce que je veux vraiment. Ce n’est pas ça être adulte. On ne devient pas une machine quand on est adulte, mais on se connaît. On se connaît suffisamment pour s’accepter avec ses forces et ses faiblesses. Je suis adulte, nom de…

Et Mme Paulin est ma faiblesse.

L’accepter ? Pourquoi pas. De toute façon, qu’est-ce qui peut m’arriver au pire ? Me faire piétiner ce qu’il reste de ma fierté et de mon cœur ? Que vaudrait la vie si elle n’offrait pas de tels risques ?

« Madaaaaaaame, il reste combien de temps ?

– Il vous reste un peu moins de cinq minutes.

– Nooooooooon !

– Si.

– On peut rester pour finir pendant la récré ?

– Je vous laisserai une minute ou deux pour finir, mais pas plus ». Ma bonté me perdra.

Devant les rumeurs naissant dans la classe, je retrouve ma concentration et jette quelques regards orageux en travers de la classe pour dissuader les bavardages en plein contrôle. A la sonnerie, une bonne majorité des élèves se lève comme un seul corps et vient déposer les fruits de ce dernier mois de cours sur mon bureau. Les retardataires terminent à la hâte alors que je les presse, distraitement.

La journée s’est écoulée à la fois très rapidement et d’une insupportable lenteur. Il est 16h pile quand je ferme enfin la porte de ma salle et ce jusqu’à lundi. Dans cinq minutes, les couloirs seront à nouveau envahis : il me faut sortir, et vite. Je n’aime pas la cohue qui règne aux intercours. Le bâtiment est vieux, sans doute pas conçu pour accueillir autant d’élèves. Lorsque deux classes attendent devant des portes qui se font face, il est quasi impossible de passer au travers sans en garder des séquelles physiques.

Je me hâte donc de retrouver mon casier en salle des profs. Par réflexe, je vérifie que rien n’y a été déposé avant de m’échapper. J’ai l’habitude d’y récupérer des copies en retard (plus rarement en avance) ou les sempiternels documents administratifs qui nous sont distribués quasi quotidiennement. Cette fois pourtant, mon regard hâtif est arrêté par une simple feuille A4 pliée en deux, qui laisse voir mon nom manuscrit en lettres capitales sur le dessus.

Intriguée, je m’en saisis et l’ouvre. Les initiales qui me sautent aux yeux en bas de page emballent mon rythme cardiaque : V.P. Sans respirer, je dévore ces quelques lignes : Maëlle, je crois savoir que vous finissez à 15h50 le vendredi. Je n’ai pas beaucoup de temps mais je vous attends dehors. Il faut que je vous parle.

A ma montre, il est 16h03 et je panique. Raaaaaah ! Je viens de perdre les treize minutes les plus précieuses de ma vie ! Vite, je referme mon casier et me précipite dans les escaliers. J’ai l’impression que traverser la cours me prend une éternité et avant même de passer les grilles, je la cherche parmi la foule lycéenne amassée sous un énorme nuage de fumée. Quand le portail se referme derrière moi, la cloche retentit. Dans un râle général, les cigarettes s’écrasent à terre et se piétinent, et un mouvement de masse manque de m’entraîner à nouveau à l’intérieur. Sans voir à un mètre devant moi, je bouscule et me fraie tant bien que mal un passage jusqu’à pouvoir à nouveau respirer et jeter un œil inquiet autour de moi. Mes yeux se posent sur elle au moment même ou mon pied se prend dans la sangle fourbe d’un sac abandonné au sol. Rattrapée au vol par le propriétaire coupable, un élève de deux têtes plus grand que moi qui, en me reconnaissant, s’excuse aussitôt et libère mon bras, je ne rate rien du sourire amusé de Violette qui me rejoint d’un pas léger.

Ses cheveux sont ramassés et tenus à l’aide d’un crayon savamment planté et sa chemise, plus transparente que celle d’hier, laisse deviner le galbe délicat de ses seins, sculptés par un soutien-gorge joliment travaillé. Son tailleur strict s’est effacé au profit d’une simple paire de jean’s qui moule délicieusement la rondeur irréprochable de ses fesses et le fuselage parfait de ses jambes. En une fraction de seconde, mon esprit, qui a gravé jusqu’au plus infime détail de cette nouvelle apparition, décide qu’elle est encore plus belle aujourd’hui.

« Ça va, me demande-t-elle toujours en souriant, vous ne vous êtes pas fait trop mal ?

– Non, non. C’est juste mon ego qui en prend un coup… Je suis désolée d’être en retard, je n’avais pas vu que… Et puis il y avait ce fichu contrôle… Et puis…

– Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas grave. Je suis contente de pouvoir vous voir. »

Son regard est chaleureux et timide en même temps. Je ne sais pas trop quoi faire ni quoi dire. Quand son bras saisit mon épaule et que je vois son visage s’approcher du mien, mes jambes s’amollissent subitement. Heureusement, ce sont mes joues que ses lèvres viennent chercher. Le contact n’en est pas moins bouleversant et s’attarde juste un peu plus que de raison au cours de cette bise informelle. Autour de nous, les élèves se sont faits rares. Ne restent que ceux qui attendent leurs parents en pianotant sur leurs smartphones.

Je les devine plus que je ne les vois car mon regard se perd dans celui de Violette. Le silence entre nous est un puissant vecteur de désir. En une fraction de seconde, ses yeux s’assombrissent et sa main, qui a glissé sur mon bras, se resserre dans une étreinte fiévreuse. Je dois lutter de toutes mes forces pour ne pas me jeter à son cou, là, devant tout le monde et sans le moindre scrupule, lutter pour ne pas poser mes yeux sur ses lèvres car je sais que je ne pourrais pas résister à l’envie dévastatrice de l’embrasser.

D’un raclement de gorge, elle se reprend avant moi :

« Je n’ai que quelques minutes, je dois récupérer les enfants à la sortie de l’école mais… J’aurais voulu…

– Oui ?

– Il faut que je vous parle. Mais pas ici.»

D’un geste sûr, elle passe son bras sous le mien et m’entraîne d’un pas rapide à l’abri des regards indiscrets. Arrivées dans une petite rue perpendiculaire à celle, trop fréquentée, qui passe devant le lycée, elle me pousse gentiment dans le renfoncement d’une entrée d’immeuble. Comme lorsqu’elle a évité mon baiser hier, elle maintient mes épaules contre un mur, à la distance raisonnable mais insuffisante de ses bras tendus.

« Maëlle, commence-t-elle, il faut que je vous dise…

– Oui ?

– Je… Je sais que ça ne se fait pas, que je ne devrais pas mais…

– Mais ? »

Son souffle est court, presque autant que le mien. Je sens mon cœur qui essaie de s’échapper de ma cage thoracique, le bougre. Suspendue à ses lèvres, je fais la bêtise ultime : je les regarde. Elles ne tremblent pas comme je soupçonne les miennes de le faire, mais elles ne sourient pas non plus. Leur gravité, leur tendresse charnue, leur entrouverture sensuelle me submergent de désir. Ses mots seuls me permettent de patienter… Il faut qu’elle parle.

« Nous devons parler. Il le faut absolument parce que voyez-vous, depuis hier je…

– Depuis hier, il le faut, oui, pour moi aussi.

– Je sais.

– Mais j’ai… Est-ce que je peux… Je vous en prie… »

Mes yeux ne se détachent pas de ses lèvres et les mots se dispersent dans ma gorge. Les mots n’ont plus leur place. J’ai tellement envie de l’embrasser que mes mains viennent trouver ses hanches et traduisent mon désir. Quand à son tour elle se met à fixer ma bouche, je sais que j’ai gagné. Ses mains quittent mes épaules pour se saisir de mon visage et je retrouve, émue, la caresse indicible de ses doigts. Son corps tout entier vient se fondre contre le mien et notre baiser affamé se fait étreinte, chaleur, électricité.

Impossible de savoir combien de temps s’écoule alors. Tout ce que je sais, c’est que j’en veux bien plus. Je ne serai jamais rassasiée de ses baisers et mon corps tout entier brûle d’explorer le sien.

« Attends, me dit-elle brusquement, attends. J’étais venue pour te dire… Pour te proposer de…

– Oui, tout ce que tu veux.

– Attends, me dit-elle en riant, attends. Sois sage une minute », me supplie-t-elle alors que mes mains curieuses cherchent à dessiner ses courbes, que mes lèvres se tendent à nouveau vers les siennes. Docile malgré moi, je me fige dans une expectative insupportable.

« Je dois aller chercher mes enfants… Mais ce soir, je les dépose pour le week-end chez leurs grands-parents. Est-ce que tu voudrais…

– Dis-moi juste où et quand !

– Eh ! On se calme, hein, je voulais juste qu’on se retrouve pour discuter !

– On pourra discuter aussi, si tu veux ! »

Comme je lui fais mon plus beau sourire, elle éclate de rire.

« D’accord, je crois que je ne suis pas crédible avec ma discussion… N’empêche que j’aurais voulu en parler. Je n’ai pas pour habitude de…

– Moi non plus, je t’assure.

– Alors, tu veux bien ?

– Qu’on en parle ?

– Qu’on se retrouve ce soir… et qu’éventuellement, on en parle, oui… »

Son sourire entendu me fait littéralement fondre. Plus sérieusement, je reprends :

« Je crois qu’une discussion s’impose en effet. Parce que tu vois, j’ai un sérieux problème de concentration depuis hier. Ça nuit gravement à mon travail. Il faut que j’en parle à mon inspectrice.

– Ah ! S’il s’agit en plus d’une question de conscience professionnelle, ça devient un cas de force majeure. C’est urgent. Qu’est-ce que tu penses de chez moi, à partir de 18h ? Je devrais être rentrée…

– Chez toi ? »

J’essaie de ne pas m’étrangler, à la fois intimidée, curieuse et impatiente. « D’accord », dis-je précipitamment, de peur qu’elle ne change d’avis. « Et c’est où exactement, chez toi ?

– Juste à côté, au 25 de la rue B******.

– J’y serai à 18h.

– Je… d’accord. Il faut que je file », me dit-elle en consultant sa montre.

C’est une manie, visiblement. Comme elle se retourne, prête à me laisser là, pantelante et pleine d’espoir, ma main retient fermement son avant-bras. L’estomac noué de désir et de frustration mélangés, j’ose un : « Attends, j’ai juste deux mots à te dire…»

Dans un sourire complice, sa bouche vient recueillir mes paroles directement à la source. Ce baiser, quoi que bien trop rapide à mon goût, me promet, outre les deux heures d’attente les plus longues de ma vie, tout un univers de plaisirs que je n’aurais jamais cru envisageables il y a quelques minutes à peine.

La voir partir à nouveau est un supplice. Un supplice qui cette fois ne me laisse aucunement perplexe. Au contraire. Je n’ai jamais été aussi sûre de ce que j’avais à faire. 16h15 à ma montre : il ne me reste pas même deux heures pour rentrer chez moi, prendre une douche, me rendre aussi douce que possible et revenir ici pour… discuter avec mon inspectrice !

Ah ! Être prof, quel sacerdoce ! Que ne serait-on prêt à faire par acquis de conscience professionnelle ?

(la suite ici)

100% manuel ! | B'rêves d'écriture | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 27.10.2014 - 16 h 37 | 31 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (ep. 5)

(previously)

La salle du restaurant est étonnamment paisible compte tenu de l’heure. Jamais je n’aurais su trouver un coin pareil et pourtant, cela va faire deux ans que j’enseigne dans cette maudite ville. J’ai écumé tous les points de ravitaillement autour de mon établissement en quête d’un lieu tranquille pour avoir une vraie coupure entre midi et deux, mais jamais je ne serais allée aussi loin, ni dans cette petite ruelle improbable.

En acceptant de déjeuner avec elle, j’espérais que mon inspectrice ne se contenterait pas d’un repas à la cantine. C’est elle même qui, alors que nous nous engagions dans le couloir tout à l’heure, m’a proposé cette bienheureuse alternative. Soulagée de ne pas avoir à affronter les élucubrations culinaires de notre néanmoins sympathique équipe du réfectoire, ni le brouhaha indigeste de l’immense salle bondée, j’ai acquiescé à sa première proposition : un modeste italien à quelques minutes de là.

Il nous a bien fallu un petit quart d’heure de marche pour arriver dans ledit italien. Un quart d’heure pendant lequel aucune de nous n’a osé dire mot. Nous avons cheminé l’une à côté de l’autre, croisant nos regards à chaque intersection, à chaque contournement d’individu venant en sens contraire ou borne obstruant le trottoir, et à chaque arrêt ou ralentissement, l’une de nous esquissait un geste vers l’autre, comme pour éviter de nous perdre. A mesure de notre progression, je constatais que nous nous rapprochions subrepticement. Son pas était régulier et s’accordait au mien. J’imaginais stupidement sa main dans la mienne, non sans me morigéner aussitôt. Je n’avais pas faim. Je ne voulais pas arriver à destination. Je voulais marcher encore, avec elle à mes côtés. J’aurais voulu lui parler, mais qu’aurais-je pu lui dire qui soit plus subtil que ce silence complice entre nous ? Un silence traître. Un silence plein d’espoir.

Il m’a semblé reconnaître une sorte de déception dans son regard quand elle s’est arrêtée aux portes du restaurant. Nous nous sommes installées, toujours en silence, mais non sans sourire courtoisement à notre serveuse. Celle-ci la connaissait, vraisemblablement, ou du moins, se souvenait d’un de ses précédents passages. Evidemment, comment l’oublier ?

Pendant une seconde, mon estomac s’est noué. Mon radar, pourtant complètement obnubilé par mon escorte, s’est emballé à la vue de notre hôtesse. Son look, sensiblement androgyne, n’en disait pas autant que ce petit air approbateur qu’elle a partagé avec mon inspectrice, son regard allant d’elle à moi, de moi à elle, dans un sourire croissant. Je ne saurai dire ce qu’elle approuvait : ma modeste personne ? Le couple que nous formions ? Le défi que je représentais dans son désir de conquérir les faveurs de Mme Paulin ? Un instant, je me suis sentie troublée. Je ne me suis jamais estimée de taille à lutter contre ces demoiselles aux dents longues, qui d’un seul regard assujettissent des peuples entiers.

Amère et surprise par la violence de ma réaction, je me suis relevée aussitôt, m’excusant auprès de Violette, invoquant l’impératif lavage de mains avant manger. Délaissant immédiatement les regards peut-être complices de notre serveuse, elle s’est proposée de m’accompagner, m’emboîtant tout de suite le pas.

Les toilettes offrent un espace exigu et pour accéder en même temps au lavabo, nos épaules n’avaient d’autre choix que de se frôler. La minute était délicieuse mais si intense que j’avais l’impression qu’elle pouvait entendre les battements de mon coeur sourdre en échos affolés à travers la minuscule pièce. A plusieurs reprises, nos doigts se sont rencontrés dans la sensualité humide et enivrante de nos ablutions. Peut-être l’ai-je fait un peu exprès… et sans doute elle aussi.

Nous venons juste de regagner nos places et mes jambes, qui fort heureusement n’ont plus à me porter, se sont mises à trembler. Sous la table, je sens son pied rejoindre le mien, sans ambition apparente. Dès lors qu’il accoste ma chaussure, il reste là, immobile, serein, comme s’il était à sa place. Paradoxalement, sa présence apaise d’emblée mes tremblements.

La serveuse revient à la charge, nous gratifiant de ses plus beaux sourires. Elle nous tend les cartes que nous survolons distraitement. Comme elle reste plantée là, nous choisissons rapidement, replions les cartes et les lui rendons dans un poli « merci » entonné de concert. J’attends que nous ayons retrouvé notre intimité pour lancer un courageux :

« Alors ?

– Alors… Hum. Je suppose que vous voulez parler de votre prestation de tout à l’heure…

– Je ne sais pas si on peut parler de prestation, dis-je en souriant, surtout si c’était si désastreux !

– D’accord, alors soyons sérieuses quelques minutes ».

Son regard plonge dans le mien et me traverse. Je sens cette douce chaleur partout autour et à l’intérieur de moi, qui irradie et s’amplifie, qui m’enveloppe et me protège tendrement. Pourtant, je ne me suis jamais sentie autant en danger… Comme je reste suspendue à ses lèvres, elle poursuit :

« Je pense que vous savez très bien que ça n’était pas si désastreux. Sur un plan humain, vous savez captiver les foules ». Ses yeux quittent les miens pour se concentrer sur ses doigts qui tordent sa serviette sur la table. Elle réprime un sourire, inspire et reprend :

« Sur un plan méthodologique, étant donné la séance en question, je n’ai pas grand chose à dire non plus. Nos directives sont d’insister sur la diversité des supports et, vu le plan de séquence et les infos que vous m’avez fournies, je sais que vous n’êtes pas à la traîne…  »

Au fur et à mesure de son discours, je me détends un peu. J’écoute presque attentivement ses réflexions et constate avec un certain plaisir que, même si elle modère ses éloges, l’inspectrice académique en elle n’a pas relevé d’entorse majeure aux pratiques règlementaires de l’enseignement des Lettres dans mon cours. Je ne réalise le silence que lorsque ses lèvres cessent de bouger depuis trop longtemps à mon sens. Le charme est rompu. Je dois dire quelque chose.

Je rassemble mes esprits et me laisse gagner par une bouffée de fierté de rigueur :

« En gros, selon vous, je fais l’affaire…

– Et quelle affaire… »

Elle a prononcé ces mots si faiblement que je les ai lus sur ses lèvres plus que je ne les ai véritablement entendus. C’est le moment que choisit la serveuse pour nous apporter nos plats. Elle les dépose sous nos regards confus et annonce triomphalement le contenu de nos assiettes. Devant notre manque de réactivité à l’égard des plats, elle s’éclipse encore trop lentement à mon goût.

Je brûle de lui demander pourquoi ce déjeuner, mais je me dis qu’il serait bas de ma part de l’acculer ainsi. Je ne veux pas me faire passer pour plus idiote que je ne suis… ou pire, plus désespérée. Entre nous, la tension devient palpable. Nos repas laissent s’échapper quelques salves de fumée et pendant une seconde, l’image d’une scène de duel dans un vieux western jaillit et manque de me faire exploser de rire.

« Si c’est tout ce que vous aviez à me dire, je suppose que nous pouvons manger tranquilles. Merci en tout cas. Je ne pouvais pas rêver d’une meilleure inspection.

– A croire que je ne suis pas un monstre finalement… Même avec vous. »

Je dois mordre mes lèvres pour retenir une réplique un peu trop audacieuse. Surtout, ne pas succomber à la provocation. Je me contente d’un sourire entendu.

L’ambiance s’apaise légèrement et nous nous saisissons de nos couverts. Comment vais-je pouvoir avaler quoi que ce soit ?

Pendant le repas, qui me surprend agréablement en saveur mais que mon estomac noué ne peut ingurgiter que partiellement, nous échangeons courtoisement sur nos expériences professionnelles, que nous ponctuons chacune de petits indices personnels. Au fil de la conversation, j’apprends ainsi qu’elle a enseigné une quinzaine d’années avant d’obtenir, il y a deux ans, son poste d’inspectrice académique. J’en conclus qu’elle a effectivement dans les quarante ans. Elle est bretonne, très attachée à ses origines (comme tout breton) mais elle a migré dans le Sud, visiblement pour fuir quelque chose. Elle vit en ville depuis deux ans, mais rêve de s’en éloigner mais « avec les enfants, l’école, tout ça, ça n’est pas envisageable dans l’immédiat ». Des enfants ?!

Je vois bien qu’elle guette ma réaction en prononçant ces mots, mais si je suis surprise, ça n’est qu’agréablement. Je me contente donc d’acquiescer en souriant à son propos et m’enquière de l’âge et des noms desdits bambins.

« Charles a six ans et Loris, bientôt dix.

– C’est mignon, dis-je. Et… ont-ils un père ? »

J’ai l’impression de marcher sur des oeufs. Décidément, cette femme me plaît et la savoir mère me la rend plus intéressante encore. Mais s’il s’agissait d’une femme heureuse en ménage avec son cher mari (bien que tout dans son comportement avec moi indique le contraire), ce serait la fin des haricots. A l’évocation de cet éventuel papa, un voile triste passe devant son regard, sans s’y attarder.

« Ils n’en ont plus, non. Mais ils vous diraient que je suis bien assez casse-pieds pour deux ! »

Je ne sais que penser de cette réponse et je suis presque soulagée lorsque la serveuse vient débarrasser notre couvert. Je veux poursuivre la conversation, je voudrais parler avec elle toute la journée, l’abreuver de questions… Mais surtout je voudrais prendre sa main. Je la contemple, abandonnée sur la nappe blanche, nue et immobile. Mon esprit, insolemment frivole, imagine la suavité d’une caresse sur cette main, de ma paume la recouvrant puis glissant sur elle jusqu’à ce que mes doigts s’entrelacent aux siens. Et mes lèvres sur cette peau tendre et délicate…

Déclinant toutes deux le dessert, nous ne refusons pas le café. Comme j’hésite à poursuivre sur ce terrain personnel, elle s’excuse et se lève gracieusement pour se diriger vers les toilettes. Pendant une seconde, j’ai envie de la suivre juste pour le plaisir de me retrouver à nouveau dans l’exigüité de la pièce à ses côtés… et qui sait ?

Mais non. Je suis raisonnable et je profite de ces précieuses minutes pour faire le point. Même si je suis loin d’avoir tendance à draguer tout ce qui bouge, je sais que nous flirtons et je sais que j’en veux plus. Pourtant, une petite alarme intérieure m’interpelle. Elle a des enfants. Je n’avais jamais désiré de femme-mère auparavant. Quelque part, je trouve ça complètement sain. Elle est une femme dans tout ce qu’il y a de plus complexe, beau, substantiel et… attirant. Oui, mais elle a des enfants. Si ça la rend encore plus sexy à mes yeux, je me dis que je dois faire attention. Je n’ai pas pour habitude de prendre les femmes à la légère, mais avec elle, je ne veux m’autoriser aucun faux pas, aucune légèreté. Je ne sais pas ce qu’elle attend. Peut-être rien ou pas grand chose. Peut-être que justement, elle ne souhaite qu’une rencontre ponctuelle, sans prise de tête.

J’essaie de me faire à l’idée de n’être qu’une friandise sexuelle de passage… Je n’aurais rien contre, évidemment, mais j’ai du mal à envisager d’être repue d’elle en une seule fois. C’est drôle de penser au désir, drôle de dériver sur des images, des envies, et se laisser glisser sur des torrents de passion. Qu’est-ce que la passion ? Le désir ? L’amour ?

Je n’ai plus quinze ou vingt ans. Ma vie sentimentale, chaotique malgré des relations essentiellement longues, m’aura au moins appris à être circonspecte en matière de désir. Pourtant je m’étonne encore de ses ravages. Une femme me trouble et toute cette soi-disant expérience est remise en question. Si je n’y prends pas garde, bientôt je vais parler de coup de foudre !

Elle réapparait dans la salle au moment où on nous dépose les cafés.

Non, un coup de foudre, lui, a au moins la décence d’être suffisamment désagréable pour ne pas qu’on ait envie d’y regoûter. Or, là, je ne me lasse pas de la regarder. J’en veux plus, incontestablement.

Et la bougresse a pris les devant : je note avec gourmandise qu’elle a accentué son décolleté en ouvrant un bouton supplémentaire. Sa gorge trahit maintenant la naissance irrésistible d’un sillon subtilement creusé entre ses seins. Je tente de maîtriser les réactions instinctives de mon corps. Une nouvelle fois, mes propres tétons se manifestent ostensiblement, se contractant sous la houle de désir qui vient s’échouer en vagues chaudes et humides entre mes cuisses. Je réprime à grand peine un grognement primaire et m’efforce de détacher mes yeux de cette diabolique tentation. Pendant une seconde, je ris sous cape : je veux être Eve condamnant l’humanité à son triste sort si je peux succomber au péché de ces pommes-là.*

Je ne sais si c’est à cause de son audace poitrinaire, mais ses joues rosissent quand elle plonge à nouveau son regard dans le mien. C’est irrésistible. Pourtant, il faut résister !

Nous buvons notre café en essayant de meubler le silence par un échange amical, insidieusement entrecoupé de regards lourds de sens.

Quand on nous apporte l’addition, nos mains se rejoignent au-dessus de la coupelle. Elles s’arrêtent à quelques millimètres à peine l’une de l’autre puis se trouvent, feignant l’innocence d’un mouvement involontaire. Ses doigts caressent les miens avec une délicatesse insupportable et j’ai l’impression d’être une statue de cristal que l’on vient de briser, n’attendant qu’un souffle pour m’éparpiller à travers la pièce.

« Maëlle ? »

Sa voix est rauque, ses yeux ne quittent pas nos doigts. Quelque part, tout au fond de moi, un géant de chair est en train d’essorer mes organes. Je suis incapable de parler. Ma gorge laisse s’échapper un « hum » interrogatif. Je suis suspendue à ses lèvres une fois de plus. J’ai tellement envie de l’embrasser que ça doit ressortir en lettres de feu sur mes joues. Les flammes brûlent et consument mes oreilles et la pointe de mes seins, mais sous ses doigts, la chaleur est d’une douceur indicible.

D’un raclement de gorge, elle se reprend se précipite dans un « Non, rien… », terriblement frustrant.

Comme répondant à un influx nerveux indépendant de mon cerveau, ma main saisit la sienne, interrompant les frôlements délicieux de ses doigts. Le contact est superbement charnel, d’une sensualité à couper le souffle. Ses doigts se referment sur les miens dans un abandon délicieux.

Mais quand son regard croise à nouveau le mien, j’y lis une peur brutale et une sorte de douleur bien trop vive pour que je n’en tienne pas compte. Une claque ne m’aurait pas fait plus mal. A regret, je libère sa main aussitôt et me lève en disant :

« Il faut y aller. On peut payer au comptoir. »

Elle se lève à son tour et me suit sans hâte. A peine sommes-nous sorties du restaurant que je sens sa main agripper l’extrémité de ma manche.

« Merci, me dit-elle en me regardant avec une intensité insoutenable.

– Ah… euh… merci à vous, pour le débrieffing.

– Non, je veux dire… Enfin… Merci. »

Je ne sais pas si je comprends bien de quoi elle me remercie, mais je décide de ne pas faire durer cette seconde qui semble toujours pénible pour elle. Je tente de faire le vide dans ma tête et oriente mes pas vers le lycée. Elle me talonne.

Nous n’avons pas fait 200 mètres quand à nouveau, elle attrape le bout de ma manche. Je m’arrête tout net et l’interroge du regard, l’estomac vrillé par le désir… et une tristesse amère, violente. D’une petite voix, elle me dit :

« Je vais continuer par là, j’habite deux rues plus bas.

– Oh… Dans ce cas… »

Je tente de cacher ma déception, sans grand succès je le crains et lui tends ma main en guise d’au revoir. S’apercevant de ma déconvenue, elle me sourit avec toute la bienveillance du monde. Retenant soudain l’élan de sa main qui s’apprêtait à saisir la mienne, elle la porte directement à ma joue, caressant de sa paume soyeuse ma peau incandescente.

Confuse, éberluée, je ne sais plus ce qui m’arrive ; je sais que mon regard en dit long, que je n’arrive pas à le détacher de ses lèvres, que mon coeur menace de faire exploser ma poitrine et que je suis totalement pétrifiée. De son pouce, elle vient jouer avec la fossette qui creuse alors ma joue bienheureuse. De sa main libre, elle vient attraper mon bras toujours naïvement tendu et le ramène jusqu’à sa taille. Ma main se pose tout naturellement sur sa hanche juste au moment où sa bouche vient chercher la mienne dans un baiser. Je sens sa poitrine s’écraser voluptueusement contre la mienne et quand mes lèvres s’ouvrent aux siennes, c’est sans la moindre pudeur, sans le plus infime compromis. Elle s’abandonne à ce baiser d’autant plus délicieusement qu’elle en a été l’instigatrice et nos souffles s’emmêlent jusqu’à impliquer nos langues. L’intimité que nous nous avouons alors et le désir qui transpire de notre étreinte nous entraînent pendant quelques secondes encore aux frontières du plaisir.

Quand sa main curieuse vient s’immiscer entre nos ventres pour remonter jusqu’à mes seins, je sursaute au passage de ses doigts sur mon téton douloureux, rompant malencontreusement le contact de nos bouches.

Réalisant subitement qu’elle était sur le point de me toucher aussi impudiquement en pleine rue, elle bondit en arrière. Comme si mon corps ne tolérait pas cette brusque distance, j’esquisse un pas vers elle. Un pas qu’elle stoppe en maintenant mes épaules à distance de ses bras tendus. Son sourire et l’envie qui embrase ses yeux me laissent doublement insatisfaite. « Ô femme ! femme ! femme » dirait Figaro… Cruelle plus que décevante à cette minute !

« J’avais raison sur vous depuis le début, dis-je faussement fâchée, vous êtes dangereuse. Monstrueusement dangereuse.

– Pas autant que vous, je le crains », me répond-elle sur le même ton.

Faisant mine de s’éloigner à reculons, elle consulte sa montre et ajoute un très suspect : « Il faut que je file ».

Incrédule, je m’apprête à m’insurger quand, revenant sur ses pas, elle se saisit à nouveau de mon visage vulnérable, y dépose un baiser presque chaste cette fois, me sourit magnifiquement, m’embrasse bien plus langoureusement et profondément, puis plongeant son regard dans le mien, elle ose un : « Soyez sage, madame Costa ! »

Hors d’haleine, frustrée, impuissante, je la regarde s’éloigner d’un pas rapide.

 

(la suite ici)

 

* A la rédaction de ce paragraphe, ce fut THE REVELATION : Eve était lesbienne !!! Peut-être est-ce là l’origine de certains déchaînements haineux à l’encontre des homos… 😀 😀 😀

 

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APPRENDS-MOI… (ep. 4)

(previously)

 

Comme tout le monde est enfin installé, que les présentations avec « la dame qu’on ne connait pas dans la classe » sont faites et que l’appel a révélé un taux nul d’absentéisme (phénomène rare, mais pas exclu, la preuve !), le cours peut commencer.

C’est drôle… Je repense subitement à ma toute première heure devant une classe. Etant d’un naturel plutôt réservé, j’avais bien eu quelques secondes d’appréhension avant de prendre la parole devant mes ouailles de l’époque. Aujourd’hui encore, à chaque rentrée scolaire, la même tension (en version atténuée) me saisit les entrailles dans les premiers instants, comme si les vacances suffisaient à me faire perdre ma contenance et ma pertinence professorale. Mais dès que le cours commence, la tension disparaît… d’habitude.

« On reprend Le Mariage à la page 195 pour ceux qui ont la même édition que moi. Je vous avais demandé de réfléchir aux axes pour une lecture analytique. Des idées, quelqu’un ? »

Les mots sont là, les gestes aussi, la concentration n’est pas loin, mais le tout me paraît bien fragile… Surtout, ne pas la regarder. Elle s’est installée dans les rangs du milieu, à côté d’une élève solitaire. Sans doute pour lui demander de jeter un oeil à son classeur… Elle me regarde, je le devine. J’essaie de rester focalisée sur mes élèves qui, adorables, m’offrent une forêt de mains tendues. Le cours s’anime, je peux enfin rentrer dans mon personnage.

Comme à mon habitude, j’arpente la salle de façon aléatoire au gré des remarques sur le monologue. Les jeunes ont travaillé, j’en suis assez fière. En deux temps trois mouvements, le plan du commentaire est fixé et nous entamons la construction d’une introduction type, en préparation du Bac. Devant la réactivité de la classe, je me détends légèrement et pendant quelques secondes, j’en oublie sa présence dans la salle. Mon enthousiasme, débordant dès lors qu’on aborde le théâtre, prend le dessus et me voilà mimant d’une voix forte les élans pathétiques d’un Figaro au désespoir. Mes élèves, bon public, rient de bon coeur.

 » Je compte sur vous, le jour de l’oral, pour présenter à votre interlocuteur une lecture VIVANTE, dis-je en souriant à mon tour ».

Une seconde d’inattention… Il n’aura fallu qu’une malheureuse seconde pour que mon regard se pose sur son visage lumineux… Une seconde et je suis perdue. Elle me sourit aussi béatement que certains de mes élèves et mon coeur manque un battement… ou deux. Plus confuse encore que moi, je la vois se reporter à sa feuille, restée visiblement vierge de tout commentaire jusqu’à présent. Je m’inquiète. Il est d’usage que les inspecteurs académiques maculent leurs fiches de remarques en tous genres tout au long du cours afin de nous éclairer, à la fin de celui-ci, aussi bien sur nos faiblesses que sur nos points forts.

Je ne sais ce que je dois penser de la blancheur immaculée de sa feuille et visiblement, elle non plus. Sans relever son regard, elle se lance dans la rédaction hâtive de commentaires. Il me semble distinguer quelques couleurs affolantes sur ses joues mais je sais que les miennes n’ont rien à leur envier. Il ne reste que quelques minutes de cours mais je dois me reprendre. Fort heureusement, certains de mes élèves saisissent au vol ces secondes de mutisme pour m’interroger sur les modalités de leur oral à venir.

J’en suis à annoncer les devoirs (sans le moindre succès cette fois, je le crains), quand la cloche retentit. Une part de moi se sent miraculeusement libérée d’un fardeau sans nom : le procès touche à sa fin, les délibérations vont tomber, les jeux sont faits. C’est fini. Pourtant, la douce chaleur qui tiraille mon bas-ventre depuis deux heures maintenant se mue en crainte… La crainte de la voir partir. Etrangement, j’aurais l’impression de perdre quelque chose que je ne connais pas encore mais qui m’est déjà indispensable. Les voies du désir sont impénétrables… Quoi que…

Hum.

Mes élèves quittent la salle avec un peu plus de précipitation que les précédents : c’est l’heure du déjeuner. Malgré l’appel de leurs estomacs, certaines élèves ne faillissent pas à leurs habitudes et viennent discuter avec moi à la fin du cours. J’ai bien du mal à être aussi attentive que de coutume. Mon regard ne peut se détacher de… Violette. Elle range ses stylos dans sa sacoche, coince sa feuille sous les rabats de sa pochette et s’apprête à quitter sa chaise. Voyant le petit troupeau autour de mon bureau, elle me sourit gentiment. Je me sens défaillir.

« Vous n’avez pas faim les filles ? Je serai encore là demain, vous savez… »

En riant, mes ouailles m’abandonnent non sans m’avoir souhaité un bon appétit et m’avoir gratifiée d’un traînant « Au revoir madaaaaame ». Réalisant que je ne suis pas la seule adulte dans la pièce, elles se retournent pour répéter leur au revoir et sortent en gloussant.

La salle est vide mais le bruit du couloir est assourdissant. Entre mon inspectrice et moi, le silence se fait pesant. D’un pas mal assuré, je vais fermer la porte pendant qu’elle me rejoint devant mon bureau. Elle ne me regarde pas, ne dit pas un mot. A l’intérieur, je bouillonne. J’ai envie de la toucher. Pas forcément de la caresser, juste de poser ma main sur son épaule ou sur sa hanche… ou encore de faire glisser derrière son oreille cette mèche rebelle qui aiguise mon désir par je ne sais quel enchantement. Une sorte d’érotisme capillaire insoutenable.

N’y tenant plus, et à défaut de la toucher, je me lance :

« Alors ?

– Alors… »

Sa voix se brise… à peine plus audible qu’un souffle. Son attention ne se détache pas de ses chaussures. Je suis suspendue à ses lèvres – Raaaaaah ses lèvres… un chef d’oeuvre de chair et de couleur, la tentation incarnée ! – et j’arrête de respirer. Soudainement, elle se redresse, comme si elle avait enfin trouvé quoi dire. Elle racle sa gorge, relève son menton et ses yeux trouvent enfin les miens. Ils sont si purs, si francs dans leur expression que j’ai l’impression de me prendre une claque en pleine figure. Une claque d’une douceur extrême, une douceur percutante.

 » Alors ça ne va pas du tout », m’affirme-t-elle. « Il y a tellement à dire que je ne sais pas par quoi commencer ».

Le souffle finit par me manquer. Je rougis dangereusement et une foule de questions dansent la tecktonik dans ma tête. Mais avant que je ne me décompose complètement sous ses yeux, elle se fend dans un sourire et, se raclant la gorge à nouveau comme pour se redonner du courage, elle poursuit : « Il y a tellement à dire que… nous devrions probablement en parler en mangeant ».

Boum boum, boum boum, boum boum… Si mes voies respiratoires sont hors service, ma pompe sanguine, elle, fonctionne à plein régime ! Je suis bien trop éberluée pour répondre quoi que ce soit d’intelligible. Je me contente d’un modeste « Hum » chevrotant. Brusquement, c’est comme si toute l’assurance qu’elle avait dû convoquer pour fixer la sentence s’envolait. Dans ses yeux, brillants d’impertinence une seconde plus tôt, un éclair lucide de défiance. Son corps tout entier se tend et sa mèche aguicheuse vient obstruer cette vue troublée.

A nouveau, le désir cruel de venir replacer ses cheveux de ma main innocente me tord les tripes. Mon regard se bloque sur cette liane bouclée et soyeuse alors que mon écran mental fait défiler au ralenti le film de ce que pourrait être cette seconde bénie de sensualité. Lisant dans mes pensées, visiblement trop explicites, elle me devance dans ce geste (que je n’aurais sans doute jamais osé) et relève son regard vers moi, laissant à mes doigts ambitieux le goût amer du regret.

Comme ses yeux m’interrogent encore, je demande :

« C’était si dramatique que ça ?

– Pire. »

La réponse est sans équivoque mais le ton de sa voix et son expression me bouleversent d’une tout autre manière. Je ne sais absolument pas ce qu’il se joue entre nous à ce moment-là, ou du moins, je n’ose ni y croire, ni l’espérer. Je me surprends à réaliser que mes préoccupations ne sont plus du tout d’ordre professionnel. Résignée, tremblante, rougissante, je boucle mon sac et lui désigne la porte. Me risquant à un sourire timide, j’ose, d’une voix que je veux assurée :

« Dans ce cas, allons manger ».

 

(next)

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APPRENDS-MOI… (ep. 3)

(previously)

 

En regagnant ma classe, je ne peux m’empêcher de penser à ce regard. Ses yeux sont d’un brun chaud, presque noir, et leur ovale délicat s’étire subtilement en amande, juste assez pour piquer ma curiosité sur ses origines. Quand elle souriait tout à l’heure, on distinguait de toutes petites rides qui subliment insolemment son charme, comme si le temps était son allié dans l’art ultime de la séduction. Sans doute n’est-ce pas un fait exprès… Ce qui est d’autant plus plaisant !

A la simple pensée de son regard posé à nouveau sur moi, je…

– Madaaaaaaaame ! On est en 302 !

– Et ?

– Elle est là la 302. Vous allez où ?

Sans commentaire.

Rentrer en classe, faire en sorte que tout le monde s’installe dans le calme, sortir mes affaires, faire l’appel, vérifier le travail… La routine reprend son droit, fort heureusement. L’imminence des vacances rend les classes plus agitées que d’ordinaire. L’attention se fait rare… Mais aujourd’hui, je ne peux décemment pas les blâmer. J’ai bien du mal à rester concentrée sur mon cours.

Quand la sonnerie retentit, j’atterris enfin.

Argh ! C’est maintenant !  Et elle est là. Elle apparaît dans l’embrasure dès que la porte s’ouvre sur mes élèves nonchalants. Etrangement, je n’ai pas envie qu’ils partent. Je voudrais qu’ils restent encore un peu, juste un peu. Je ne suis pas prête !

Comment diable pourrais-je dire quoi que ce soit d’intelligent quand elle me regarde avec ces yeux-là ?

Mais la classe se vide et je dois me ressaisir. Je l’invite à entrer dans la salle d’un geste de la main tout en demandant une minute de patience à la classe suivante, qui commence à s’entasser dans le couloir.

– Vous avez cours avec des premières L si j’ai bien compris.

– Oui, tenez, je vous ai préparé le plan de cours et ma progression. Vous pouvez consulter le cahier de texte en ligne… maintenant ou après ?

– Plus tard, rien ne presse.

Comme je lui tends le dossier que j’ai prévu pour elle, son regard plonge dans le mien. Son visage me paraît bien plus sérieux que tout à l’heure, très professionnel. Voilà qui devrait calmer mes ardeurs mais… j’avoue que ça m’excite encore plus. Je sens malgré moi cette douce tension qui se fait violente dans mon bas-ventre. Je refuse de laisser trop d’espace à ce désir importun, mais le contenir, c’est le rendre plus mordant encore. Il me faut d’urgence un moyen de relâcher la pression.

A court d’idée lumineuse, je me contente de lui sourire. Un sourire courageux ou vulnérable, un sourire contradictoire : aussi froid et chaud que possible. Un sourire de trêve, nécessaire au vu des circonstances.

L’expression qu’elle me renvoie alors manque de me faire vaciller. D’un seul coup, c’est comme si le masque professionnel qu’elle avait réussi à se composer volait en éclats. Eclat, c’est bien le mot ! Son visage explose dans un sourire atomique, le genre de sourire qui déclenche des extases et ses yeux… c’est comme si son regard avait pour effet immédiat de creuser à grands coups de pioche directement sous mes côtes.

L’instant est fugace et, entendant le remous des élèves impatients devant la porte, je la vois qui reprend contenance. Je ne peux m’empêcher de l’envier : pour ma part, je ne sais plus où j’habite. Je me racle la gorge, tortille mon marqueur entre mes mains en essayant de ne pas vérifier si mes seins se manifestent à nouveau, consciente que le moindre geste pourrait m’être fatal. En évitant de penser à la vague de désir qui sourd entre mes jambes, je reviens sur l’inspection (à défaut de fondre sur l’inspectrice) :

– Nous sommes en plein Mariage de Figaro. Aujourd’hui, on termine le commentaire sur le monologue de Figaro…

-« Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »*

– Oui, enfin… pas toujours, hein !

Son sérieux vacille, je la vois faiblir. Elle me concède un sourire presque timide. Ses joues rosissent légèrement et mon rythme cardiaque s’emballe. Ô faible ! faible ! faible femme que je suis…

Elle détourne son regard comme pour s’avouer vaincue… ou tenter de passer rapidement à autre chose. Mais en une simple et innocente question, c’est moi qu’elle piétine, qu’elle anéantit, qu’elle pulvérise sans scrupule :

– Hum. Et sinon, vous me voulez où ?

J’ai beau savoir que l’ambiguité de la question est une pure provocation, je ne peux m’empêcher d’y répondre en essayant d’y mettre autant d’aplomb que possible :

– Où vous voulez.

Elle valide ma réponse d’un petit hochement de tête et me renvoie un sourire timide, comme si brusquement elle réalisait l’impudence de notre échange.

– Je… je vais juste attendre que vos élèves s’installent, balbutie-t-elle en faisant mine de s’intéresser à mon dossier entre ses mains.

Ses mains… Je suis subitement hypnotisée par ses mains délicates. Comme le reste de sa personne, elles sont sans fioritures. Bronzée, leur peau fine laisse transparaître le relief sinueux de ses veines, sans excès, leur conférant une force tranquille. J’en viens à envier le sort bienheureux de mon dossier que ses mains effleurent, caressent, saisissent, ouvrent… Difficile de ne pas penser à la manière dont ses doigts me…

– Madaaaaaaaame, on peut rentrer ?

 

(next)

 

 

 

* »Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »: ce sont les premiers mots dudit Figaro dans le monologue de la scène 3 de l’acte V, dans l’oeuvre de Beaumarchais : Le Mariage de Figaro.

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APPRENDS-MOI… (ep. 2)

(Previously)

 

– Madaaaaaaaaame, c’est quand que vous nous rendez les copies ?

– Demandé comme ça ? Jamais.

Le plus frustrant, c’est de constater que l’élève syntaxcide* ne comprend pas pourquoi tant de haine…

Mais pourquoi ne sortent-ils pas ? C’est la récré qui vient de sonner ! Dans une minute, dix collègues me précéderont devant la machine à café, et aujourd’hui, je n’ai pas envie d’attendre. Aujourd’hui plus que jamais, j’ai BESOIN de ce café.

Quand j’entre en salle des profs, les visages se retournent sur moi et j’ai droit aux sourires compatissants des uns et des autres. J’ai l’impression de vivre mes dernières minutes avant une exécution publique.

– Hé, ça va hein, c’est juste une inspection, les gars ! J’en ai déjà eu avant et j’en aurai d’autres !

C’est qu’ils vont finir par me mettre la pression entre tous !

Une inspection, c’est un peu comme une visite chez le dentiste… Même quand tu te brosses bien les dents, tu n’es jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. Je me sens prête, autant qu’on peut l’être : mes cours sont faits, le cahier de texte est à jour, mes plans de séquences et ma progression sont quasi complets… et pourtant.

C’est une sorte de réflexe. Il faut un peu paniquer avant une inspection, parce que si on ne le fait pas, ça pourrait mal se passer !

– Ton inspectrice est arrivée ? me demande la coordinatrice de lettres pendant que je fais glisser tout ce qu’il reste de ma monnaie dans la machine à café.

– Aucune idée… Je ne sais même pas à quoi elle ressemble. C’est la nouvelle, apparemment. Paulin, je crois ?

– Ah oui, Paulin ! Enfin… nouvelle, ça fait plus d’un an qu’elle est sur le secteur. T’as de la chance, elle est sympa.

– Blablabla… Je n’écoute pas les « on dit ». Bon, d’habitude, on me prépare surtout au pire… Mais là, t’imagines ? Je vais être super déçue s’il s’avère que c’est un monstre !

Ma collègue esquisse un sourire qui brusquement se fige en grimace étonnée. Derrière moi, une voix chaude et inconnue me fait sursauter :

– Un monstre ? Pas aujourd’hui, mais pour vous, je peux peut-être faire une exception…

Non… Pitié. Ne me dites pas que…

– Maëlle, laisse-moi te présenter Violette Paulin, s’étrangle mon abominable collègue dans un fou-rire totalement inapproprié.

– Je suppose que vous êtes ma victime du jour ?

Cette voix… Un frisson me parcourt l’échine et comme je n’ose toujours pas lui faire face, la voilà qui se matérialise sur ma gauche.

– Maëlle Costa ? me demande-t-elle dans un sourire carnassier.

– Coupable…

J’adopte un air penaud en saisissant la main qu’elle me tend. Je devrais être mortifiée, mais son sourire m’en empêche.

Il y a des secondes qui passent au ralenti, des secondes qui échappent à notre contrôle et au rythme implacable du temps. C’est une seconde comme celle-là que je vis. Une seconde pendant laquelle elle m’observe et je la détaille. Une seconde pour la connaître. Je fais partie des personnes qui ont confiance en leur instinct, et il ne faut pas plus d’une seconde à mon instinct pour comprendre que cette femme est dangereuse. Est-elle belle ? Moche ? Grande ? Petite ? Grosse ? Maigre ?

En cette seconde, rien n’est clair… que cette certitude : elle est dangereuse. Est-ce un a priori ? Après tout, c’est mon inspectrice, elle est là pour… me remettre en question.

Pas d’affolement. Soyons sociable.

– Vous… vous êtes en avance.

– Oui, je sais. Ma première visite ce matin a été annulée, l’enseignant s’est fait porter pâle… Encore un qui a dû me prendre pour un monstre ! sourit-elle en remuant le couteau dans la plaie. Du coup, je me suis dit que je pourrais venir ici au plus vite. Ne vous inquiétez pas, je viendrai à onze heures dans votre classe, comme prévu. Je voulais juste profiter d’un de vos postes pour avancer sur mes rapports de la semaine.

– Je vais vous laisser mes codes d’accès. Je n’ai plus cours de la matinée, s’empresse de dire ma collègue.

Comme elles se dirigent toutes deux vers l’un des ordinateurs libres de notre espace de travail, je profite de cet instant pour mieux scruter ma tortionnaire en engloutissant mon café.

Difficile de deviner son âge… Je dirais qu’elle a un peu moins ou autour de quarante ans, assez bien faite de sa personne mais toutefois assez austère dans sa façon de s’habiller. Son tailleur pantalon bleu marine et sa chemise blanche, sans fioriture ni accessoire, lui confèrent une certaine classe, bien que l’aspect général soit un brin trop strict à mon goût. Ses cheveux sont ramassés dans un chignon anarchique. Plusieurs mèches bouclées s’en échappent et sont maintenues par une paire de lunettes à la monture noire et épaisse. Son maquillage est discret, naturel. Son visage ne nécessite pas de grands travaux de camouflage. Ses traits, à la fois fins et francs, laissent percevoir une sorte de douceur profonde dissimulée par des attitudes maîtrisées et ce masque social que nous nous imposons tous.

Oui, elle semble tout à fait à sa place dans son rôle d’inspectrice… Et pourtant, quelque chose m’interpelle.

Quand elle délaisse les explications de ma collègue pour porter son regard sur moi, je comprends tout à coup. Je n’ai aucune envie de l’associer à sa fonction. Ses yeux… En d’autres circonstances, j’aurais fondu sous ce regard insistant. D’ailleurs je…

NON ! Impossible. Ressaisis-toi nom de Dieu !

Sa victime… Sa proie… C’est bel et bien ce que je suis pour elle, professionnellement parlant, et rien d’autre !

Alors pourquoi me regarde-t-elle comme ça ? Il faut vraiment qu’elle arrête parce que je… pointe ?! Non mais c’est pas vrai !

Consternée, je ne peux que constater cette absurde vérité : mes seins impudiques trahissent ma confusion charnelle. Tout à coup, je tremble de relever la tête… Quand je croise à nouveau son regard, j’ai envie de m’enterrer. Elle sourit ! Elle a vu ! Elle a vu et elle sourit !

Je sens le rouge me monter aux joues et une vague de chaleur m’envahir alors que je croise mes bras pour essayer de cacher ma honte au reste du monde.

Diable.

Cette inspection est une tragédie. Je suis le jouet du Destin. Perchées dans leur Eternité, les Parques** s’acharnent sur moi, pauvre mortelle. Achevez-moi !

 

(next)

 

*Syntaxcide est une création verbale. Construit à partir du radical « syntax-« , relatif à la syntaxe (partie de la grammaire qui établit les règles sur l’ordre des mots dans la phrase en fonction du sens), et du suffixe « -cide » (qui tue ce qui constitue le radical). Le tout est un adjectif qualificatif qui désigne ici un élève tueur de syntaxe. C’est violent. C’est mal.

**Les Parques (du latin Parcae, provenant des mots parco, parcere, « épargner ») sont, dans la mythologie romaine, les divinités maîtresses de la destinée humaine, de la naissance à la mort. Elles sont généralement représentées comme des fileuses mesurant la vie des hommes et tranchant le destin. Elles sont le symbole de l’évolution de l’univers, du changement nécessaire qui commande aux rythmes de la vie et qui impose l’existence et la fatalité de la mort.

B'rêves d'écriture | corps de femme | éducation libéro-sexuelle | Nouvelle érotique lesbienne | 03.02.2013 - 21 h 26 | 8 COMMENTAIRES
Cher instinct…

Ou instinc de chair...

Ou instinct de chair…

Un rêve…

Ca n’était qu’un rêve…

Mon téléphone indique qu’il est 6h58. Le réveil sonnera dans deux minutes mais la notion de réveil me paraît totalement superflue tout à coup. J’ai l’habitude d’ouvrir les yeux quelques minutes avant l’heure fatidique, mais jamais de cette manière. Jamais en souhaitant aussi fort me rendormir. En souhaitant ne pas avoir à comprendre que ce que je croyais réel et qui me bouleversait il y a quelques secondes à peine, n’était qu’une version chimérique du bonheur…

Bon Dieu ! Ca sonnait tellement vrai que j’en transpire encore, que mes draps semblent avoir gardé son odeur, que ma peau se souvient des caresses brûlantes de ses doigts, de ses lèvres…

Dans un battement de paupières, c’est sa voix que j’entends encore, ses gémissements et la tension de son corps sous mes mains… L’intensité insoutenable de son regard au moment où…

Mais autour de moi, tout est calme. Mon  rythme cardiaque et mon souffle, aussi furieux l’un que l’autre, sont les seuls témoins audibles de cette tempête sensuelle que je dois à présent me persuader de ne pas avoir effectivement vécue.

Dressée, bras tendus, au milieu de ces draps en fouillis qui ne couvrent que ma solitude, je guette encore, j’espère… je creuse ma mémoire. Je la revois. Je la sais. Trop concrète pour n’avoir été qu’un rêve, trop perceptible, sensuelle pour que je me résigne à n’en faire qu’un fantasme. Je sais son odeur comme le goût de sa peau. Au souvenir des saveurs suaves d’un autre goût, plus sirupeux, mon bas-ventre se contracte violemment. Je sens alors l’humidité qui s’est répandue entre mes jambes, qui a imprégné le matelas. Sa tiédeur et son abondance m’électrisent, me renvoyant à des flashbacks enivrants.

Impossible. Impossible qu’un rêve aussi érotique soit-il, puisse provoquer ça. Je tremble encore du brun de ses pupilles, assombries par le désir. Je tremble encore de la fièvre de nos peaux si justement rencontrées. Je tremble toujours de ses caresses, du contact de ses lèvres sur les miennes, dans mon cou, de ses dents sur mes épaules, de sa langue sur mes seins, de sa bouche entière sur mon sexe…

Les réminiscences de sa chair chaude et fluide autour de mes doigts, des spasmes de son corps, de l’étreinte de ses mains, de l’évidence de ses baisers, me bouleversent. Et je reste là, haletante, impuissante, n’ayant que ma mémoire comme amarre pour ne pas sombrer dans la folie.

Le réveil sonne. Et déjà, je redoute de la perdre, de la perdre plus. De l’oublier complètement, comme on oublie nos songes après quelques minutes de réalité. Mon corps entier se révolte contre le son envahissant qui émane de mon téléphone, et c’est avec rage que je l’éteins, retenant de toutes mes forces cette irrépressible volonté de le faire voler à travers la pièce.

De mauvaise grâce, je me lève. Mais mon écran mental ne l’efface pas. Elle me sourit, comme cette nuit. Automate incrédule, j’accomplis mes ablutions matinales en cherchant à faire la lumière sur ce mystère. Qui est-elle ? Où l’ai-je rencontrée ? Pourquoi n’est-elle plus avec moi ce matin alors que je sais l’avoir aimée toute la nuit ? Que s’est-il produit ? Pas de réponse.

Les minutes passent. Elle reste. Là. Gravée dans mon être comme la seule vérité à laquelle je veux me consacrer.

Il me faut partir. Quitter mon chez  moi et risquer de la perdre encore, loin du berceau de notre intimité nocturne. Mais non, elle me suit. Je l’ai vécue cette nuit. Elle fait maintenant partie de moi.

Je ne réalise même pas que je dois faire face au jour. Que je dois faire comme si… comme si elle n’était pas partout. Je conduis, je me gare, je descends, j’entre, je m’installe, je parle. Mon travail est une farce que je joue sans sourciller. Puis il est temps de rentrer.

A peine le pas de la porte franchi, je me précipite dans la chambre, espérant la trouver dans mes draps. Mais le lit, toujours défait, se révèle infidèle aux promesses de cette nuit. Là, debout, j’observe cette pièce pourtant si familière, et je la maudis d’être si… identique, inchangée, si vide d’elle que je ne veux même plus la considérer comme « ma » chambre. Elle en est indigne désormais. Elle restera le temple de ce qui aura été… ou ce qui aurait pu être… ce qui aurait dû être.

En fait, je ne peux pas rester ici. Je ne peux plus souffrir son absence qui obscurcit chaque pièce, je ne peux pas me résoudre à accepter un exode aussi définitif, éviscérant. J’attrape mes clés, ma veste et j’essuie les larmes amères qui dévalent sur mes joues. Ce geste… Il me semble soudain me rappeler que c’est ainsi qu’elle m’a touchée la première fois. Je sens sa main caresser ma joue pour en ôter des larmes… Mais non, ça n’est que ma main, froide et stupide. Je claque la porte en partant et me dirige vers l’ascenseur.

Le voyant m’indique qu’il est occupé. J’ai l’impression que c’est la goutte d’eau qui fait déborder la vase nauséabonde dans laquelle je me noie. Un hoquet fait ressurgir ma peine et mes sanglots se déchaînent, sans que je sache exactement pourquoi. Ma seule certitude à cet instant, c’est qu’elle me manque plus que ma chair ne peut l’endurer. Là, seule dans le couloir de mon immeuble, je pleure sur son absence intolérable, sur le souvenir de ce que j’ai perdu sans même connaître, sur la pitoyable absurdité de la situation.

Le ronronnement de la machine se suspend, un bip annonce l’ouverture des portes juste là, devant moi, mais je ne peux me contenir. Par pudeur, je baisse honteusement la tête, modérant autant que possible les retentissements de mon chagrin. Mais quand les portes s’ouvrent, une odeur envahit mes narines et en une fraction de seconde, ma poitrine ainsi remplie de ces effluves se voit libérée des étaux de douleur qui l’oppressaient. C’est ELLE que je sens. Je le sais, c’est ELLE. Stoppé net, mon sanglot s’étrangle dans ma gorge… Je n’ose lever les yeux, craignant d’être déçue, mais il me faut la voir !

Je remarque d’abord ses pieds, aussi délicats que dans mon souvenir. J’escalade du regard ses longues jambes et mon attention se porte sur ses mains qui saisissent un imposant carton masquant son visage. Ses mains… je les reconnaîtrais entre mille. Ces mains qui m’ont offert tant de plaisir, ces mains qui manquent si déraisonnablement à ma peau…

Apparemment, elle ne sait pas que je suis là, ne me voit pas. Elle sort de l’ascenseur, visiblement incertaine de ses pas. Je m’efface pour la laisser passer et la voit franchir le couloir dans la direction opposée à ma porte. Elle est à deux mètres de moi. Elle est passée si près… J’observe ses formes, pleines et généreuses, pendant qu’elle dépose son fardeau à terre. Je n’ai pas encore pu revoir son visage, mais je sais que c’est elle. Quand elle se redresse, les portes de l’ascenseur se referment et dans un réflexe, elle tourne son regard vers lui, vers moi.

Je reconnais chaque courbe de son relief, chaque micro expression, et devant sa surprise, je suis pétrifiée. Elle ne me reconnaît pas.

« Bonsoir », me dit-elle en faisant un pas vers moi. « Je viens d’emménager… je vois que vous habitez ici », tente-t-elle en jetant un regard entendu aux clés qui pendouillent à ma main. Pour seule réaction, je regarde mes clés à mon tour et replonge mes yeux dans les siens aussi vite que possible, esquissant un vague acquiescement.

Sa voix… C’est bien sa voix. J’en reconnais chaque inflexion, chaque souffle… Elle est vraiment là. Comme je ne bouge pas ni ne pipe mot, elle s’avance encore et porte une main vers mon épaule, mais elle ne la touche pas. Mon cœur bat la chamade. Je voudrais parler, je voudrais lui dire… lui demander… lui expliquer… mais je ne peux rien faire d’autre que de paniquer, constatant qu’à présent, son visage est à quelques centimètres à peine du mien.

« Vous allez bien ? Vous… Vous pleurez… Vous… Est-ce que je peux faire quelque chose ? » me demande-t-elle inquiète.

Je veux la rassurer, mais je ne sais pas comment. Je suis bien incapable de parler. Se peut-il que ce rêve ait été aussi… juste, précis, prémonitoire ? Dans ce cas, comment faire… comment lui faire comprendre que je suis… qu’elle est… que nous sommes…

Comment ne pas lui paraître aussi folle que ce que je dois en avoir l’air ?

Alors je lui souris. Je lui souris aussi sincèrement et aussi sereinement que possible. Mes tourments du jour enfin apaisés, je lui souris. Mon regard trouve l’équilibre dans la chaleur de ses iris et elle me rend mon sourire en inclinant légèrement sa tête.

Avec toute la tendresse du monde, elle vient, de sa main chaude et délicate, essuyer les larmes déjà oubliées sur ma joue. Je ferme les yeux au contact de ses doigts et retrouve mon souffle quand je l’entends me dire : « Là, là, ça va aller maintenant ».

Oui, maintenant.

corps de femme | éducation libéro-sexuelle | érotique | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | 19.12.2012 - 08 h 00 | 50 COMMENTAIRES
Les dessous du corps enseignant (Nouvelle érotique lesbienne)

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Voilà un moment que je n’ai pas publié de lignes ouvertement érotiques mais une tragédie personnelle me pousse à m’y remettre : je n’ai rien de mieux à faire. Pour celles-ci, je tiens à préciser que si certain(e)s d’entre vous cherchent à faire un parallèle avec mon histoire personnelle, je vous le dis tout de suite, vous faites fausse route. Bien que basé sur des faits (et extrapolations) réel(le)s, ce qui suit n’est que fiction. Je nierai énergiquement quelque assimilation que ce soit.

De l’autre côté du miroir…

Prologue :

Quel élève n’a pas un jour fantasmé de pénétrer l’antre interdit de la salle des profs ? Quand on passe devant, on entend toujours des conversations animées, des rires gras, des engueulades parfois… On guette les voix des professeurs aimés, on redoute les inflexions des tortionnaires, on cherche à reconstituer des bribes de discussions, on espère des détails personnels pour ressentir ce plaisir ultime de détenir des secrets à divulguer au plus vite pour se faire valoir auprès de nos camarades…

Mais un jour, le mythe s’effondre, la barrière est franchie et la salle taboue devient la salle refuge. Un jour, on a un casier à son nom. Un jour, on refoule gentiment les jeunes les plus courageux qui tentent quand même de se faufiler en ce lieu sacré, prétextant un papier urgent à transmettre à untel ou unetelle. Un jour, on envahit le saint des saints en conquérant (ou en blasé), on fait cracher la machine à café, on déverse ses copies sur les tables, on consulte en souriant ou en pestant les listes des classes, on cherche désespérément le classeur contenant les emplois du temps, on râle contre celui qui a fini la dernière ramette de papier à la photocopieuse sans prendre la peine de ravitailler… Bref, un jour, on devient prof (personne n’est à l’abri de ce genre de destin).

Au début, la sensation est perturbante. On se dit à chaque instant que quelqu’un va se rendre compte de la supercherie et vous expulser à votre tour de la pièce… mais non. On vous salue, on vous demande d’où vous venez, ce que vous enseignez, on vous demande quelles classes vous avez… on vous conseille, on vous met en garde… ou on vous ignore tout simplement. Finalement, la salle des profs n’est qu’un microcosme comme un autre, avec ses codes et ses clans. Vous êtes adulte maintenant, vous devez vous adapter. La salle des profs a ses habitués, et chacun squatte son quartier préféré. Il arrive que les profs se regroupent par matière, mais ça n’a rien de systématique (sauf peut-être pour les profs d’Anglais, c’est une race à part). Et vous débarquez dans ce monde étrange mais pourtant familier.

Première partie : La rencontre

Je suis arrivée dans cet univers un peu par hasard et je commence à peine à m’acclimater à mon premier établissement. L’équipe de Lettres est plutôt sympathique et au bout de quelques semaines, je connais le nom de tous mes collègues… mais il me manque un visage. Une certaine Madame Daumas. Quand je me renseigne auprès de ma coordinatrice, on me dit « Mais si, tu la connais, c’est Val, la petite brune, assez fine et très réservée… On ne la voit pas beaucoup parce qu’elle est sur deux établissements en même temps, mais elle était là à la pré-rentrée et à la réunion info de la semaine dernière ». J’ai beau fouiller ma mémoire, rien ne me vient. Mes traits doivent trahir mon égarement car ma collègue ajoute « T’inquiète, la prochaine fois, je te montre ».

Je fonde bien malgré moi beaucoup d’espoirs sur cette Val, parce que jusqu’à maintenant, aucune de mes collègues, toutes matières confondues, ne m’a semblé fréquenter de près ou de loin la Communauté. C’est idiot, mais je me sens seule. Je n’ose pas encore m’ouvrir au cercle relativement amical qui s’est formé autour de moi, mais je sais que ça ne saurait tarder. L’ambiance est bonne et à mon habitude, je me suis orientée vers les plus débauchés.

Les jours passent et ne se ressemblent pas. En salle des profs, des guerres éclatent, des boites de chocolats pullulent, on approche des vacances de Noël. Un jour que je fais semblant de corriger quelques copies en écoutant deux collègues déblatérer sur des parents peu courtois, une prof entre deux âges fait son apparition. Elle est relativement petite et fine, ses cheveux bruns sont retenus par une queue de cheval et elle porte un jean clair avec un pull à grosses mailles. Rien dans son allure ni son aspect n’aurait retenu mon attention si je ne l’avais vu se diriger tout droit vers le casier portant le nom de Valérie Daumas. Comme elle l’ouvre, je soupire et commence à broyer du noir. Non seulement elle a tout de la prof-maman-hétéro, mais en plus elle aborde ce petit air pincé et ce sérieux qui me désespère. Elle s’installe non loin de moi et ouvre son manuel sans même un regard autour d’elle, sans un bonjour, sans le moindre signe de civilité. J’ai beau être d’un naturel réservé, je ne résiste pas à la provocation que ma déception vient d’amorcer.

–          Salut, tu dois être Valérie. Je suis nouvelle dans l’équipe.

–          Bonjour, répond-elle d’une voix à peine audible, comme si je lui avais extorqué cette politesse à force de torture psychologique.

–          J’ai appris que tu bossais sur deux établissements… ça doit être compliqué à gérer…

–          J’en ai l’habitude.

Comme visiblement chaque mot lui coûte un organe vital, je décide que j’ai atteint mon maximum de courtoisie et je la laisse à ses lectures. Décidément, ce bahut ne sera pas le théâtre de mes frasques sentimentalo-sexuelles. De mon coin de table, je l’observe. Elle n’est vraiment pas très épaisse, on dirait qu’on peut la plier juste en lui soufflant dessus. Tout chez elle vibre de fragilité. Je ne serais pas étonnée de la voir sortir un mouchoir de sa manche… Sa peau est presque translucide et un fin duvet lui confère une douceur chimérique. Nulle chaleur n’émane de sa personne, son regard presque éteint passe d’une ligne à l’autre sans que le gris de ses pupilles ne s’emballe. Ses traits sont fades et je note de légers cernes qui aggravent la tristesse de son visage. Elle pourrait avoir une trentaine d’années, ou dix de plus. Difficile de se faire un avis sur la question. La sonnerie m’arrache à mes observations stériles.

Deuxième partie : Une découverte (patience…)

L’année se poursuit et il nous arrive de nous recroiser en salle des profs. Chaque rencontre avec elle me met un peu mal à l’aise. On ressent une sorte de peine étrange et profonde en sa présence, quelque chose d’indéfinissable. Sa retenue et sa discrétion semblent cacher quelque chose de foncièrement lourd. Un poids qu’elle ne peut partager avec le commun des mortels. Pendant un temps, elle me rappelle la description que Monsieur Rochester fait de Jane Eyre, ce petit être féerique, mi-humain mi-elfe qui semble vivre dans une dimension parallèle tant les événements semblent glisser sur elle. Malgré moi, je me mets à imaginer des histoires tragiques : un veuvage, la perte d’un enfant, des parents infirmes ou grabataires dont elle aurait la charge… Au fur et à mesure des mois, le mystère qui plane autour de Val s’épaissit. Elle ne m’attire pas le moins du monde mais au moins elle stimule mon imagination romanesque ! Pourtant, elle est, comme Jane, l’être le plus insignifiant qu’il m’ait été donné de voir !

A l’approche du brevet, on nous distribue les listes pour la nouvelle épreuve au programme : un oral sur l’Histoire des Arts. Chaque élève doit passer devant un jury constitué de deux professeurs. Parce qu’elle a oublié de s’occuper de la chose, la principale adjointe nous a laissé le choix des équipes. Evidemment, les premiers arrivés sont les premiers servis, et quand je me pointe devant le tableau, il ne reste plus qu’une poignée de noms… principalement des profs d’Anglais… Quand je vois celui de Valérie, je ne résiste pas à la tentation de pouvoir donner libre cours à mon imagination toute une matinée durant.

Le matin de l’épreuve, je la trouve devant la salle, attendant patiemment. Elle répond timidement à mon « bonjour » et attend que j’ouvre la salle. Comme je lui demande si elle sait comment va se passer la matinée, elle me rassure en quelques mots sibyllins à peine murmurés. Comme les premiers jours de l’été sont arrivés, j’ouvre les fenêtres et laisse rentrer un petit air rafraîchissant.

Je l’observe installer nos bureaux face à l’espace vide que viendront bientôt combler un à un les élèves pantelants qui poireautent pour l’instant aux portes de l’établissement. J’ai presque envie d’accourir pour l’aider tant ces pseudo meubles me paraissent excessivement lourds pour sa frêle silhouette. Quand elle s’assoit, elle déballe scrupuleusement un petit bloc de feuilles et une trousse savamment garnie. Elle en sort deux stylos, un rouge et un noir, qu’elle dispose méthodiquement, l’un à droite, l’autre à gauche de son bloc. La maniaquerie m’a toujours fait sourire, mais cette fois, elle m’attriste.

Je viens prendre place à ses côtés et sors sauvagement quelques feuilles cornées et trois stylos dépareillés qui roulent bruyamment sur la table. Il est tôt encore, et il va falloir mettre un minimum d’ambiance dans cette salle, aussi, j’ose :

–          Tu veux un café avant qu’on commence ?

–          Bonne idée, me répond-elle sans réel enthousiasme.

Nous ressortons de la salle et nous dirigeons vers le sanctuaire professoral où la machine à café ronronne depuis une heure déjà. Comme nous montons les marches et qu’elle avance juste devant moi, mon regard s’arrête brusquement sur sa cheville droite. Depuis qu’il fait chaud, elle a remplacé son jean par un trois-quarts moulant, genre marin, et ses bottes se sont effacées au profit de petites sandales aux fines lanières. Là, juste au-dessus de sa malléole, je distingue vaguement un dessin aux contours finement ciselés. Je reconnais la couleur caractéristique de l’encre : elle a un tatouage. ELLE A UN TATOUAGE ! En soi, un tatouage ne veut rien dire, bien sûr… Ceci dit, je manque de rater une marche tant cela me surprend. Je trouve cela complètement en décalage par rapport au personnage que je m’étais figuré. En un quart de seconde, mon imaginaire est bouleversé. Mon cerveau se met en branle et bien vite, je me perds dans des circonvolutions toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres. Arrivées devant la machine, je me permets de l’inviter, faisant taire ses protestations en répliquant qu’elle me paierait le prochain. Comme je réfléchis à un moyen d’entamer une conversation quelconque, de nouveaux caféine-addicts font irruption. On me parle, je réponds. Pourtant je suis ailleurs. Je regarde son pied malgré moi. J’espère qu’elle ne me voit pas. J’essaie de rester discrète. Mais je regarde son pied. Je cherche à savoir ce que représente son tatouage : il s’agit d’une forme tribale, très travaillée, très réussie, indéchiffrable. La salle se remplit vite et autour de nous, le brouhaha devient assourdissant. Quand le Principal entre pour annoncer le début des hostilités, je suis presque soulagée. Comme elle me regarde, je lui fais un petit signe de tête en direction de la porte, et nous sommes les premières à regagner notre salle. Je la laisse avancer devant moi et je l’observe à nouveau. J’ai la curieuse impression de la voir pour la première fois. Je remarque les contours bien dessinés de ses épaules et la saillance de ses muscles fins. Sa nuque délicate est découverte et ses cheveux sont retenus par une large pince. Sa démarche me semble plus assurée qu’à l’accoutumée, mais peut-être n’est-ce que mon imagination…

Troisième partie : LA découverte (encore plus de patience…)

Les élèves sont entrés. Ils attendent sagement sur les chaises qui ont été disposées devant chaque salle. Quand nous passons devant les nôtres, je vois Valérie s’arrêter et engager la conversation. Elle les rassure de sa voix la plus douce. Son regard est empreint de bonté et de compassion. Je suis émue de lire la reconnaissance dans les yeux des élèves. Pour ne pas perdre contenance, je tente à mon habitude de détendre l’atmosphère en plaisantant. Elle sourit pour la première fois depuis que je la connais. Et même si je sais que son sourire était avant tout destiné à rassurer nos jeunes, je suis touchée. C’est complètement idiot.

Notre première victime nous suit à l’intérieur et nous lui laissons quelques minutes pour préparer son sujet. J’en profite pour lui demander quelles œuvres elle a fait étudier à ses élèves. Elle me retourne la politesse. Je la sens se détendre un peu au fil de la conversation qui s’amorce enfin mais il faut maintenant commencer. Le jeune homme devant nous bafouille une vague introduction et se lance dans son analyse du Cri de Munch. Le tout est assez hésitant et confus. Valérie prend des notes, consciencieuse. J’essaie d’en faire autant. Je fais mon possible pour focaliser mon attention sur notre fébrile candidat. Quand il estime avoir fait le tour de la question, nous l’interrogeons à tour de rôle. Je suis à chaque fois étonnée de la douceur de sa voix. Pendant une fraction de seconde, j’aimerais être à la place de l’élève et me laisser guider par cette voix… Mais je reviens sur Terre. Je suis prof, nom de Dieu ! Un peu de tenue et de rigueur !

Pendant les deux heures suivantes, les élèves défilent. Les exposés déclenchent nos sourires ou des crispations de nos mâchoires. Au fur et à mesure, je sens une complicité (professionnelle !) se créer entre nous. Je devine les questions qu’elle va poser, elle me laisse pinailler au gré de mes manies. Et elle sourit de plus en plus. Son visage est transfiguré quand elle sourit. Je ne la reconnais pas. Entre deux élèves, nos conversations se font de plus en plus personnelles. J’apprends qu’elle vit à quelques minutes à peine du collège, qu’elle a deux frères, qu’elle ne mange pas de viande, et qu’elle a fait Lettres Classiques, mais sans conviction. De mon côté, j’essaie de contenir mes confessions. A dix heures, nous décidons d’un commun accord que l’heure du break a sonné. Dans le couloir, le nombre d’élèves a considérablement diminué. Nous nous excusons auprès d’eux pour cette attente supplémentaire. Ils nous pardonnent de bon cœur, surtout quand je leur affirme qu’on sera encore plus indulgentes après une bonne dose de caféine. L’un d’entre eux me propose même sa monnaie, pour s’assurer notre bienveillance…

Valérie refuse poliment en précisant que c’est à elle de m’inviter cette fois, et qu’elle ne veut pas paraître grossière en se défilant dès le premier café à offrir. Le sourire qu’elle me lance alors me coupe le souffle. Aurais-je loupé un épisode ? Si je n’étais pas faible et en manque de caféine, j’aurais presque juré que c’était une avance. Impossible. Il s’agit de Valérie. Et puis même s’il s’agissait de plus, elle ne m’intéresse pas, non ? Ca n’est pas un petit tatouage qui va tout changer quand même ?!

Quand nous arrivons devant la machine à café, la salle des profs est déserte. Curieusement, cela m’inquièterait presque… Elle met une pièce dans la fente et me laisse choisir : café, long, sucré. Je la vois noter mentalement ma sélection de la même façon que j’avais relevé plus tôt qu’elle prendrait un cappuccino sans sucre. Une fois nos breuvages dans nos verres, nous nous installons sur des fauteuils l’une en face de l’autre. Pour une fois, je ne sais pas quoi dire, alors je me tais. J’essaie de ne pas trop la regarder. Je me sens ridiculement timide et dramatiquement attirée… pour une raison qui m’échappe totalement. Je sens son regard qui me scrute. Je sais qu’elle va parler, et curieusement, je ressens le besoin irrépréhensible d’entendre sa voix à nouveau, sa voix pour moi.

–          Je voulais te dire… J’ai vu que tes élèves semblaient être particulièrement attachés à toi. Et on voit à quel point tu les aimes. C’est mignon, me dit-elle.

–          Argh ! « Mignon », c’est super dur comme qualificatif… Mais on va dire que c’est un compliment alors merci !

Elle sourit à nouveau et je détourne légèrement mon regard en ajoutant :

–          Je peux te retourner le compliment. Tu es super douce avec eux. Ca les rassure un max, surtout un jour comme aujourd’hui.

–          Merci, me répond-elle, mais de toute façon, je suis contre l’agressivité. Ils sont déjà bien assez assaillis de violence pour qu’on en rajoute.

Je sais que ses propos sont sérieux et que je suis censée répondre quelque chose dans la même veine, mais une petite phrase musicale me revient, entêtante : « Tu t’entêtes à te foutre de tout mais pourvu qu’elle soit douce »… C’est le drame, il faut que je me reprenne.

–          Et ça fait longtemps que tu enseignes ?  (à défaut de dire quelque chose d’intelligent, il me faut au moins essayer d’en savoir plus sur elle).

–          Quelques années oui, j’avais besoin de trouver une occupation supplémentaire, un métier de jour qui me maintienne socialement.

Un métier de jour ? Mais que diable fait-elle de ses nuits ? Quel étrange personnage que voilà… Comme je lève un sourcil interrogateur, elle poursuit :

–          Oui, j’ai besoin de m’occuper tout le temps. Je suis insomniaque. Depuis une quinzaine d’années je sais comment meubler mes nuits : j’écris. Mais les journées me paraissaient vides de sens avant de m’orienter vers l’enseignement. J’ai longtemps hésité car je ne pensais pas avoir la carrure pour ça, et puis finalement, ça se passe très bien.

–          Tu écris ?

Je suis soufflée. Un tatouage et une occupation nocturne intéressante et la voilà en quelques minutes propulsée au premier rang de mes ambitions.

–          Tu écris quoi si ce n’est pas trop indiscret ? Tu as déjà été publiée ?

–          Je… Elle hésite quelques secondes. Elle me détaille de la tête aux pieds, semblant approuver quelque chose. Bon, je suppose qu’à toi je peux le dire… J’écris principalement des… romans. Des histoires sentimentales sans grand intérêt, mais… orientées. Pour un certain… public, exclusivement.

–          Ah bon ? Devant le rouge qui lui monte aux joues, je me demande si je dois insister mais ma curiosité l’emporte. Quel genre de public ?

–          Un public de femmes. Qui aiment les femmes.

Ben ça alors ! Merde ! Alors elle en est ?! Mais… mais… mon radar est en panne ? Comment est-ce que j’ai pu passer à côté aussi longtemps ? Pourquoi ?! Devant mon ébahissement, elle se méprend :

–          J’espère que ça ne te choque pas ? Me serais-je trompée à ton sujet ?

–          Non, non ! Pas du tout. C’est juste que je… enfin je veux dire d’habitude je suis plus intuitive que ça !

–          Oui, c’est mon drame personnel… Je passe toujours sous le radar… me dit-elle de son petit air triste.

–          Ben ça alors, c’est trop fort ! Et tu as été publiée ? Peut-être que je t’ai déjà lue…

–          On devrait y retourner, non ? me demande-t-elle gênée.

On le devrait, mais je ne veux pas. Je veux en savoir plus ! Je lui fais mon petit air de chat implorant, comme le chat potté dans Shrek, mais si cela la fait sourire, elle n’en demeure pas moins muette. Elle se lève et jette son gobelet vide dans la poubelle, attendant que j’en fasse autant. Dans ma tête, je fais circuler tous les noms des auteurs qui siègent sur mon étagère privilégiée, cherchant un éventuel pseudo qui lui correspondrait, mais je ne me risque à aucune supposition. Sur le chemin du retour à la salle, je continue de l’implorer, sans succès.

Quatrième partie : L’invitation (là, ça commence à prendre forme…)

Déjà une nouvelle élève prépare son passage. Je profite du sérieux ambiant pour détailler sous ce nouveau jour ma collègue. Si ses traits n’avaient rien de folichon il y a quelques heures à peine, je la regarde soudain sous un nouvel éclairage. Sa déroutante fragilité est maintenant contredite par une sorte de puissance hors norme. Cette femme mène deux vies de front avec une pudeur et une douceur impressionnantes. Mais si je suis admirative devant cette force, la tristesse qui émane d’elle me fait dire que je suis encore loin de connaître tout ce qu’il y a à savoir à son sujet.

Une mèche s’est échappée de sa pince, et je la vois qui joue avec, entortillant négligemment son doigt autour. Quand elle lève les yeux sur moi, je fais semblant de me concentrer brusquement sur mes grilles d’évaluation. Je sens son regard sur moi et je sais que je rougis.

Les oraux reprennent et pendant plus d’une heure encore, les élèves défilent. Pour chacun, elle se montre attentionnée et bienveillante. J’essaie de me montrer à la hauteur. Quand enfin le dernier quitte la salle, nous discutons des notes et de leurs interventions pendant quelques minutes puis nous bouclons les grilles d’évaluations et remettons les tables en place. Ce faisant, je reviens à la charge.

–          Alors ? Je suis presque sûre que tu as été publiée… S’il te plait, dis-moi…

–          Si… si je te le dis, tu acceptes de venir déjeuner avec moi ?

Je m’attendais à tout sauf à ça. Elle ne me donne pas l’impression d’être du genre à faire le premier pas… Aussi, devant son embarras, je m’empresse de répondre, sachant qu’il ne s’agit probablement que d’une invitation courtoise et désintéressée.

–          Bien sûr !

–          Alors je te le dirai tout à l’heure. Chez moi ça te va, ou tu préfères un restaurant ?

–          Chez toi c’est parfait, dis-je. Mais dis-moi ce que j’amène. Il est tôt, j’ai le temps d’aller faire deux courses si tu veux…

–          Non, non, ce ne sera pas nécessaire. Tu n’auras qu’à me ramener en voiture, j’habite vraiment juste à côté, je viens à pieds.

Je valide sans trop savoir quoi penser. Je décide de ne pas m’emballer et d’essayer d’être aussi détachée que possible, car après tout, il faut bien que je m’adapte au personnage… Je la sens quelque peu tendue, aussi, je tente de jouer la carte de la camaraderie. Le temps de ramener les notes à la principale adjointe et de gagner le parking, je plaisante et chambre quelques collègues qui passent par là. Elle me suit discrètement. Quand nous nous retrouvons dans l’habitacle étroit de mon modeste véhicule, elle me dit :

–          Tu es quelqu’un de très ouvert. Je t’envie. On voit tout de suite que tu es à l’aise avec tout le monde, et tout le monde t’apprécie.

–          Bah, tu sais, comme beaucoup, ça n’est qu’une façade. Et puis je ne suis pas vraiment à l’aise, j’ai appris à faire semblant. Avec certains, ça marche mieux qu’avec d’autres. Parfois c’est payant, et on établit de vrais rapports, mais souvent, ça reste superficiel. Ma superficialité n’est pas enviable, elle est juste pratique. Où va-t-on ?

–          Tu prends à gauche en sortant, j’habite la troisième maison sur la droite après le deuxième dos-d’âne.

–          Ah… effectivement, c’est juste à côté !

Cinquième partie : L’apéritif (encore un peu de patience…)

Nous arrivons une minute et demie plus tard devant un petit portail qui s’ouvre sur un jardin sobre mais coquet. Quand je passe le pas de la porte, je découvre encore une fois un univers qui me surprend. Je m’attendais à quelque chose de froid et impeccable. Chaque chose à l’air bien à sa place, mais un plaid trône en boule sur le canapé. Sur une table basse, un mug et la théière qui l’accompagne n’ont pas été débarrassés. Elle s’excuse pour ces traces de vie courante qu’elle s’empresse de masquer. Je profite de ses occupations domestiques pour observer son chez elle. Les murs sont d’un beige chaud. La plupart des meubles sont en bois brut, des meubles qui embaument la pièce principale, fraîchement cirés. Un peu partout, des étagères de livres, ce qui me rappelle vaguement mon propre appartement. Le salon/salle à manger dégage une réelle impression de confort. On a tout de suite envie de se vautrer dans le canapé et… Je m’égare. La cuisine est ouverte, à l’américaine. Elle est relativement petite mais très bien organisée.

Je remarque un couloir qui mène à quatre portes. Comme elle m’invite à me mettre à l’aise, je m’assois sur le canapé. La lumière rentre à grands flots dans la pièce et j’ai chaud. Quand Valérie me rejoint, elle s’est débarrassée de ses chaussures et de son sac. Elle ouvre en grand les deux baies vitrées et m’invite à m’installer sur la terrasse, pour profiter du soleil.

–          J’ai de quoi faire une grosse salade, ça t’ira ? On peut prendre l’apéro avant si tu veux.

–          Ca m’ira très bien. Apéro, je prends !

–          Qu’est-ce que tu bois ? Je n’ai pas beaucoup d’alcool, s’excuse-t-elle…

–          Oh, un jus de fruit, je préfère, je ne bois pas d’alcool.

Elle me fait un grand sourire rassuré et elle plonge son regard dans le mien. L’échange ne dure qu’une seconde, mais je sens quelque chose qui se fissure à l’intérieur de moi. Elle balbutie quelque chose d’incompréhensible et se dirige de nouveau à l’intérieur. Je la suis.

–          Je peux t’aider à faire quelque chose ?

–          Non, c’est gentil, je vais sortir quelque chose à grignoter et j’ai du jus de pomme, à moins que tu ne préfères raisin ou orange ?

–          Pomme c’est parfait. Donne-moi les verres, je vais nous servir.

Elle me tend deux verres qui s’entrechoquent entre ses doigts. Le son cristallin provoque un petit frisson le long de ma colonne vertébrale, à moins que ce ne soit le contact fugace de sa main lorsque je me saisis de la bouteille qu’elle me tend… En m’éloignant de la cuisine, je me retourne et la vois ouvrir ses placards, en sortir un paquet d’amandes grillées et un ramequin. Elle a l’air concentré, comme quand elle prenait des notes tout à l’heure. J’apprécie de la voir ainsi. Les rayons du soleil m’accueillent à nouveau sur la terrasse, et comme je nous sers deux verres bien pleins, je m’efforce de réprimer ma sensation du moment… une sorte de nœud qui se créerait quelque part sous mon estomac… Quelques secondes plus tard, elle apparaît dans la lumière, les mains chargées de victuailles. Sa présence est désormais pleinement réconfortante.

Certes, j’ai la curieuse impression de marcher sur des braises, pourtant, sa compagnie m’apaise. Pendant l’apéritif, nous revenons principalement sur notre matinée. Le déroulement des épreuves, l’indélicatesse de certains de nos collègues, le manque d’organisation de notre administration, les perles entendues… Une heure s’écoule, qui nous voit converser cordialement sur cette profession qui nous tient tant à cœur. Durant ce laps de temps, j’oublie presque mes appétits (nutritionnels et… sensuels) et j’apprécie de me retrouver face à quelqu’un qui partage ma vision de l’enseignement. Pourtant, je suis aussi fougueuse et passionnée qu’elle est modérée et pudique. Elle s’en étonne, me dit que je ne connais pas ma chance.

–          Tu as l’air si sûre de toi. Comme si tout était normal, simple, naturel…

–          Mais je suis impulsive et je gaffe souvent tu sais… c’est le revers de la médaille !

–          Mais tu sais ce que tu veux, et je suis sûre que la plupart du temps, tu dois l’obtenir…

A son sourire, je devine que le sujet pourrait facilement dériver… Est-ce l’impression que je donne ? D’être une lesbienne libérée qui branche tout ce qui bouge ? Ca c’est un comble ! Moi qui n’ai jamais été capable d’aborder qui que ce soit ! Mais puisqu’elle me tend une perche… j’en profite pour lui demander ce qu’elle a tant de mal à obtenir.

–          Tu sais, j’ai choisi un mode de vie assez particulier, me répond-elle évasivement.

–          Tu peux développer ?

–          Tu sais déjà à quel point c’est prenant d’être prof, et la nuit, j’écris en moyenne cinq à six heures. Je produis deux romans par an en moyenne. Je lis beaucoup aussi et j’écris d’autres petites choses à droite, à gauche, je ne supporte pas de ne rien faire. Il n’y a pas vraiment de place pour le hasard dans ma vie, l’inconnu me fait peur.

–          Tu veux dire que tu as peur de l’inconnuE ?

–          C’est un peu ça.

–          Attends, tu veux dire que tu racontes tout plein d’histoires sentimentales dans tes romans mais que tu n’en vis pas ? Jamais ?

–          Ca m’est arrivé. Autrefois. Mais pas depuis un bail.

–          Mais pourquoi ?!

La véhémence de mon étonnement la fait sursauter. Je la sens reculer et déjà je regrette mon emportement.

–          C’est compliqué. Tout est compliqué pour moi. Le simple fait d’inviter quelqu’un chez moi est compliqué.

–          Ah ? Je suis flattée alors.

–          Tu peux, me dit-elle en rougissant. Elle se racle la gorge. C’est assez simple de discuter avec toi. Et tu me fais rire…

–          Je ne sais pas comment je dois prendre ça, mais on va dire que c’est un compliment. Et sinon, je peux poser une question indiscrète ?

–          Euh… oui, hésite-t-elle.

–          Tu ne dors jamais ?

–          Je dors peu, lâche-t-elle dans un soupir de soulagement (manifestement, elle s’attendait à quelque chose de plus indiscret…). Une ou deux heures me suffisent.

–          Mais… mais comment tu fais ? Comment tu survis ?

–          Comme toi, un jour après l’autre, rétorque-t-elle en souriant franchement.

–          Et tu n’as… personne dans ta vie ? Ni homme, ni femme, ni enfant ?

–          Même pas un chat, j’y suis allergique ! Oui, je sais, c’est tragique pour une lesbienne.

–          Alors tu es lesbienne, exclusivement ?

–          Oui, pourquoi, toi non ?

–          Si.

Sixième partie : Les amuses bouche (ou mises en bouche)

Un curieux silence s’installe. Le nœud de mon estomac est devenu aussi envahissant que si j’attendais des triplés. A nouveau, elle m’a l’air si fragile. Peut-être espère-t-elle de moi quelque chose de précis… autre qu’une banale conversation… Parfois, j’ai l’impression qu’elle attend que je prenne les devants, mais presque aussitôt je suis amenée à revoir mon hypothèse. Elle est si seule. Et je ne comprends pas sa solitude car elle semble avoir tant à donner. La distance qu’elle peut mettre entre elle et le monde la plupart du temps disparaît dès lors qu’elle vous accepte et vous parle. Comme un de ses élèves, je me sens confiante et apprivoisée. Pourtant, je n’ose envisager d’aller plus loin, craignant de provoquer un repli radical. Elle me regarde calmement, et moi je bous à l’intérieur.

–          Valérie ?

–          Oui.

Je ne sais pas quoi dire. Mais je ne peux laisser s’instaurer le silence entre nous. Il devient insupportable. Surtout qu’il me pousse à guetter les mots qui sortiraient de sa bouche… et donc à regarder ses lèvres…

–          Non, rien…

–          Quoi ? Tu as faim peut-être… Pardon, je n’ai plus l’habitude de…

Comme elle se lève précipitamment, bousculant la table dans sa confusion, je saisis son bras pour la retenir.

–          Non, ne t’inquiète pas, je n’ai pas vraiment faim. Pas tout de suite.

Son bras me semble tout fin, si délicat, rendu brûlant par le soleil qui dore sa peau en cette heure zénithale. Je me lève et lui fais face, les yeux plongés dans les siens.

–          Alors tu veux… commence-t-elle.

–          Toi, que veux-tu ?

Elle détourne son regard une seconde et le peu d’équilibre qu’il me reste flanche. Suis-je allée trop loin ? Trop vite ? Se peut-il que je me sois trompée ? J’ai toujours été si nulle dans ce domaine… Je ne suis pas à la hauteur dans le rôle de la séductrice. J’en suis incapable. A tout moment, je m’attends à ce qu’elle coure s’enfermer dans ses toilettes en me hurlant de quitter sa maison.

Comme je desserre l’étreinte de son bras et esquisse un pas en arrière, elle attrape ma main et vient maintenir le contact de nos peaux. J’ai l’impression d’avoir trois ans et d’être sur le point de découvrir le secret de la barbe à papa.

–          C’est ridicule, me dit-elle soudain en souriant. Le cliché ultime. Deux lesbiennes qui après quelques heures de discussion et quelques affinités envisagent de passer à l’étape suivante ! J’aurais pu écrire un truc là-dessus…

–          Les besoins du corps, hein ?

–          Rien de répréhensible, au fond. Qu’une banalité attendue…

Si sa réaction pourrait me blesser, il n’en est rien. Je ris aussi. Sommes-nous si prévisibles ? Sa main serre la mienne, comme pour sceller un pacte tragicomique, mais elle ne la lâche pas pour autant. De longues secondes passent au ralenti. Notre rire se mue en sourire jusqu’à ce qu’un air grave envahisse à nouveau nos visages. Imperceptiblement, nos corps se rapprochent et mes doigts viennent croiser les siens. Incapable de réprimer mes mots, je lance :

–          Peu importent les clichés. Dis-moi ce que tu attends de moi. Je ne sais pas si…

–          Chut, fait-elle gentiment. Si je ne la sentais pas trembler, je pourrais penser être la seule à être bouleversée à cette minute. Viens, me murmure-t-elle à l’oreille. Je veux te montrer quelque chose.

Quand nous pénétrons dans le salon, le contraste de luminosité nous fait plisser les yeux ; Tout paraît si sombre tout à coup. Mais sa main oriente mes pas. Elle nous dirige vers le couloir. Mes jambes sont en coton. Malgré moi, mon esprit se perd en anticipation euphorisante. Déjà j’imagine le coton délicat de ses draps… N’importe quoi !  Comme si elle m’emmenait dans sa chambre ! Non mais ça ne va pas la tête ?! On se calme là-dedans ! Elle veut sûrement me montrer sa collection de timbres !

Quand je pense qu’elle envie mon audace, elle serait certainement morte de rire de voir à quel point je n’en mène pas large à cet instant ! Quand elle s’arrête devant une porte à notre gauche, mon esprit se vide totalement. Avant de tourner la poignée, elle me dit sur le ton de la confidence : « C’est ici que je passe le plus clair de mes nuits ».

Septième partie : Les entrées (ou mises en jambes)

Quand nous franchissons le pas de la porte, je devine que nous n’en sortirons pas de sitôt. C’est là. Son univers. Son monde. Son cœur. Cette pièce l’incarne dans toute sa force et sa fragilité. Officiellement, il s’agit de son bureau, mais c’est bien plus que cela. Trois des quatre murs sont envahis d’étagères chargées de livres. Une bibliothèque impressionnante d’une richesse et d’un hétéroclisme qui forcent mon admiration. A droite et à gauche, deux sofas encadrent un poêle central qui doit conférer à la pièce une douce chaleur en hiver. Je remarque que si le sofa de droite semble neuf, celui de gauche accuse les ans. Pourtant les modèles paraissent identiques. Contre le mur du fond, un étroit bureau en chêne massif supporte un ordinateur portable et quelques classeurs. Au-dessus du bureau, un immense dessin, magnifique, à la sanguine, représente deux femmes enlacées dans une position évocatrice : l’une visiblement au bord de l’extase et l’autre arborant une expression de concentration extrême. Leurs traits sont d’une tendresse infinie et un drapé léger vient rehausser la fluidité du mouvement suggéré. L’atmosphère de la pièce est extraordinairement calme mais la vue du dessin suffit à embraser mes sens déjà bien émoustillés. Pourtant, je maîtrise mes émotions, consciente de la solennité du moment.

–          C’est ici que j’écris, me dit Valérie d’une petite voix timide.

–          C’est une pièce magnifique. Tout le monde doit te l’envier…

–          Personne ne la voit. Jamais.

Je ne suis pas surprise, mais une peine profonde m’inonde alors. J’ai envie de la prendre dans mes bras, de la serrer suffisamment fort pour chasser cette solitude dans laquelle elle semble s’être murée. Son regard erre sur les étagères et revient sur moi régulièrement. J’avance, incertaine, et promène mes yeux sur les rayons soigneusement rangés de la bibliothèque. Je me dis que, quelque part au milieu de ces œuvres se trouvent sans doute les siennes. Mais étrangement, cela n’a plus grand intérêt tout à coup.

Sa main vient se poser sur mon épaule. Je la sens, juste là, derrière moi. Je m’efforce de ne pas me retourner.

–          Alors, tu as trouvé mon nom de plume ?

–          Euh… non. Je ne suis pas sûre de vouloir savoir finalement.

–          Ah… je comprends, tu as peur d’être déçue.

–          Non, c’est que…

Je me retourne et sa main glisse le long de mon bras. La tension est insoutenable. Elle est là, juste devant moi, incertaine, fascinante, vibrante. Je ne résiste pas à la tentation de passer un bras autour de sa taille, si fine. Ma main vient se poser sur la chute de ses reins et mes lèvres recueillent les siennes, chastement, délicatement. Je ne peux m’empêcher de relever qu’elle sent terriblement bon et que ses lèvres sont d’une douceur exquise. Elle ouvre de grands yeux étonnés et comme je me recule, prête à m’excuser, ses mains viennent saisir mes épaules et elle me rend mon baiser avec toute la délicatesse du monde. Quand finalement nous nous éloignons, je reprends :

–          Excuse-moi mais tu vois, rien de ce que tu as pu écrire ne m’intéresse plus que ça. Et pourtant, j’aime lire !

–          Je vois.

Elle semble aussi confuse que moi, et pourtant, je sens son désir faire écho au mien. Je brûle de la prendre mes bras et l’entraîner vers des tourbillons de plaisir à même le parquet, ou là, contre ces étagères, mais mon tragique sang froid reprend le dessus. Comme toujours.

–          Alors, comment ça se passe ? poursuit-elle.

–          Pardon ?

Devant mon air interrogateur, elle s’explique :

–          Dans ces clichés, dans la vraie vie, comment ça se passe ? Je t’emmène dans ma chambre ? C’est ça la prochaine étape, non ?

MAYDAY ! MAYDAY ! Code ROUGE ! Houston, on a un problème ! Là, je vais exploser, c’est sûr… Pendant une seconde, je me demande si sa candeur n’est pas feinte. Si tout cela n’était pas une ruse rondement menée pour me conduire juste ici. Aux portes de l’enfer… ou du paradis. Mon regard fiévreux balaie la pièce à la recherche d’une caméra cachée. A tout instant, je me prépare à voir débarquer mes meilleurs potes, ravis de m’avoir fait cette cruelle blague… mais il n’en est rien. Elle attend sérieusement que je lui réponde. Elle a pris mes mains et les a portées à ses lèvres.

Cette fois, impossible de résister. Je saisis son visage entre mes mains et l’embrasse avec ferveur. Quand nos langues se rencontrent, nos corps réagissent dans un même sursaut et viennent se percuter voluptueusement. Mes mains s’aventurent dans son dos alors qu’elle vient saisir ma taille. D’un mouvement impatient, elle vient coller son bassin contre le mien ce geste provoque une décharge d’une telle intensité dans mon bas-ventre que j’en ai le souffle coupé. Elle-même recule sous la violence du choc mais avant qu’elle ne s’excuse comme elle est sur le point de le faire, je renouvelle l’expérience, emprisonnant sa bouche de mes lèvres avides. Dès lors qu’ils sont soudés, nos bassins lancent des salves de désirs et de plaisir mi-réalisé, mi en suspens.

Mes jambes flageolent mais Val resserre son étreinte. Derrière moi, je sens la présence rassurante des étagères et pour plus de sécurité, je fais un pas en arrière, jusqu’à me sentir pleinement soutenue. Il y a une seconde à peine, j’avais l’impression de maîtriser la situation, mais là, tout m’échappe. Seul compte le contact de son corps contre le mien, de sa peau qui vient se frotter à la mienne. Ses lèvres viennent parcourir ma gorge et chaque poil de mon corps se dresse. Mes mains cherchent à se glisser sous son T-shirt et quand je rencontre ses tétons, je me sens défaillir.

–          Bon sang ! Je ne vais jamais tenir…

–          Je te tiendrai, me dit-elle de sa voix rassurante, bien qu’entrecoupée par un souffle irrégulier. Je te tiens.

Ce disant, elle fait glisser ma fermeture éclair et déboutonne mon jean qui tombe maladroitement à mes pieds. Je veux la déshabiller moi aussi, mais mes mains tremblent dangereusement. Je tire sur son haut pour le lui retirer quand je sens sa main se frayer un chemin dans ma culotte. Je ne peux retenir un petit cri. Et les préliminaires alors ? Femme des cavernes ! Oh et puis merde… on vient de passer cinq heures de préliminaires. Je veux ses doigts en moi, là, maintenant tout de suite ! Comme si elle lisait dans mes pensées, elle écarte légèrement mes jambes de ses genoux adroits et vient se coincer contre moi, soutenant mon corps pantelant, pendant que ses doigts rencontrent mon clitoris et constatent que l’humidité ambiante est largement suffisante pour explorer d’autres mystères. En me pénétrant, elle m’embrasse. L’explosion de plaisir est immédiate. Doucement ! ai-je envie de crier… je vais jouir en trois secondes, c’est ridicule. Mais la dame se moque de ma détresse. De sa main libre elle vient recueillir un sein au travers de ma chemise et de mon soutien-gorge pendant que, entre mes jambes, son corps entame le même mouvement de va-et-vient que ses doigts. A ce rythme-là, il me faut moins d’une minute pour exulter. Mon orgasme est violent et s’éternise, prolongé par les caresses profondes et persistantes de ma partenaire.

A quoi aurais-je dû m’attendre ? Il y a quelques jours, quelques heures, je n’aurais même pas espéré une mièvre étreinte avec elle. Là, j’en reste pantoise. Qu’est-ce que c’était que ça ? Je croyais qu’elle ne voyait personne ? Et depuis longtemps… Dans ce cas, comment… ? Impensable.

Pendant que je reprends mes esprits, Val embrasse par petites touches mes joues, mes lèvres, mon cou. Je suis surprise de lire dans ses yeux une forme de timidité totalement incongrue.

–          C’était… bon ? me demande-t-elle, hésitante.

J’explose de rire en la prenant dans mes bras.

–          Oh que oui ! D’ailleurs je suis désolée…

–          De quoi ?

–          D’avoir tenu trente malheureuses secondes !

Mon sourire fait disparaître ses craintes, mais bien vite je n’ai plus envie de plaisanter. Si mon corps est provisoirement apaisé, ma soif d’elle ne l’est pas, et je la sens frissonner contre moi. J’enlève rapidement ma chemise et mes sous-vêtements puis m’applique à la dévêtir à son tour.

–          Tu n’es pas obligée, me dit-elle d’un air entendu alors que je la libère enfin de son T-shirt.

–          Obligée de quoi ?

–          De me faire… quoi que ce soit.

–          Tu veux rire ?

Je ne suis pas sûre de comprendre. Envisage-t-elle le sexe à sens unique ? Je sais que certaines le préfèrent ainsi… mais pas moi. Ou pire, croit-elle que je puisse ne pas la désirer ? Après ce qu’il vient de se passer ? S’imagine-t-elle que je ne la toucherais que par pitié ?

–          Val, j’en ai terriblement envie, et tu es… si désirable que…

Elle ne me laisse pas finir mon plaidoyer. Ses lèvres me donnent l’absolution. C’est elle qui finit de se dénuder pendant ce baiser et nos peaux s’atteignent enfin, pleinement. A son tour, elle cherche le soutien de la bibliothèque derrière elle. Je sens ses petits seins contre ma poitrine pointer ostensiblement. Je délaisse sa bouche pour en saisir les tétons de mes lèvres. Mon geste lui arrache un gémissement. Son corps entier réagit de manière fulgurante. Elle se soulève contre moi et vient, de ses mains, saisir ma tête. Je devine son désir et le sens se répandre sur ma cuisse. Je dois résister à l’envie d’être aussi directe qu’elle. Si mes doigts brûlent d’explorer son sexe, je les contrains à rester sur ses seins. Mes lèvres, elles, poursuivent leur chemin.  Quand j’arrive à son nombril, je relève la tête et cherche son regard. Il est sans équivoque. Alors que mes mains quittent ses seins pour venir empoigner ses fesses, je m’agenouille devant elle et passe mes épaules entre ses cuisses. Déjà, sa fragrance m’enivre et je savoure mon plaisir à venir. J’observe avec gourmandise les contours de ses lèvres luisantes, en soufflant légèrement dessus. Son clitoris me fait face, tendu, écarlate. J’avance délicatement ma bouche vers lui pour lui présenter mes respects. A ce premier contact direct, Val pousse un gémissement encourageant. Elle est délicieusement salée. Ma langue l’explore alors, remontant son sexe sur toute sa longueur, puis la pénètre lentement. Nouveau gémissement. Quand je reviens vers son clitoris, j’entreprends de le sucer patiemment. Mes lèvres l’enserrent soigneusement pendant que ma langue vient lui imprimer de petites pressions. C’est alors que les mains de Val retrouvent le chemin de ma tête et se glissent dans mes cheveux pour imprimer leur propre rythme. J’aime qu’elle prenne les commandes de cette façon. Au fur et à mesure, le rythme s’accélère et les gémissements s’accentuent. Quand je sais qu’elle est à deux doigts de jouir, je sens ses mains presser de plus en plus fort contre ma tête, à tel point que j’ai peur de lui faire mal. Mais je m’exécute et son plaisir, quand il explose dans ma bouche, m’excite tellement que je suis au bord de l’orgasme à nouveau. Les spasmes qui la parcourent trahissent l’intensité de sa jouissance. Pendant un instant, je suis rassurée. J’ai toujours peur de ne pas être à la hauteur, et je sais qu’il peut arriver de tomber sur… disons des incompatibilités. Mais là, ça ne semble pas être le cas.

Comme j’allais me relever pour la prendre dans mes bras, elle tombe à genoux à côté de moi et m’étreint chaleureusement.

–          Merci, me dit-elle.

–          Euh… non mais… enfin… ce fut un plaisir !

–          Je veux dire merci parce que ça fait tellement longtemps que je n’ai pas… qu’on ne m’a pas… enfin tu vois ?

–          Je crois, oui… Mais rassure-toi, ça ne se voit pas !

L’instant a beau être touchant, il n’en demeure pas moins douloureux. Val s’en rend vite compte et m’aide à me relever.

–          Finalement, on n’est pas si cliché que ça… on a évité le lit ! Dis-je fièrement.

–          Oui, mais à quel prix ? Regarde dans quel état sont tes genoux !

–          Boh, ça, ce n’est pas grave, ça en valait la peine.

–          On aurait au moins pu opter pour un des sofas…

–          Pas le temps.

Je me tiens là, devant elle, entièrement nue, et me sentirais presque vulnérable si elle ne l’était pas plus encore que moi. Je ne peux m’empêcher de la toucher. Mes mains continuent de la caresser gentiment et je sais bien que mon désir d’elle est loin d’être assouvi. Et ce désir semble manifeste et réciproque puisqu’elle reprend :

–          Je crois que pour le bien de tes genoux… et par simple bon sens, il serait préférable que je te fasse visiter ma chambre.

–          D’accord.

Si je sens encore sa pudeur transparaître dans son regard ou ses intonations, son corps, lui, ne ment pas et tient un langage sans appel. J’enlace sa taille et avance derrière elle jusqu’à la porte d’en face. Sa chambre est petite. Il n’y a qu’un lit qui semble ne jamais avoir été foulé. Je la soupçonne de passer ses rares et précieuses heures de sommeil sur le canapé du salon où traînait le plaid à notre arrivée.

Huitième partie : Le plat de résistance (Chaud devant !)  

Elle contourne le lit sur la gauche et se penche pour en défaire les draps. Elle l’ouvre et s’y enfonce en prenant soin de bien remonter les oreillers. Je l’observe avidement et pose à mon tour un genou sur le matelas moelleux. Là, devant moi, elle s’expose dans toute la splendeur de sa nudité, repoussant ses prudes barrières jusqu’à écarter légèrement ses cuisses pour mieux m’accueillir, les yeux pleins de promesses étourdissantes…

Si je n’étais pas encore affamée, j’aurais sans doute apprécié de prendre le temps de l’observer. J’aurais pu m’étonner de la trouver si appétissante à présent alors qu’elle m’avait semblé si insignifiante jusque là. J’aurais pu me délecter du spectacle de son corps ainsi dédié à mes soins, de ses petits seins si délicieusement fiers et durcis par l’excitation, de la douceur de sa peau encore moirée de nos premiers ébats, de la force et de la vigueur de ce corps pourtant si fragile en apparence. J’aurais pu…mais déjà mes doigts atteignent son pied, ma main court sur sa jambe et revient s’enrouler autour de sa cheville. Mon pouce trace distraitement les contours de son tatouage pendant que mes lèvres s’approchent du motif tribal. Comme je l’embrasse, Val frissonne de plus belle et d’une main tendue, m’invite à la rejoindre tout contre elle. Je m’exécute en laissant ma bouche remonter sa jambe, mordiller sa hanche, lécher son ventre et venir se poser sur son sein. Ses bras capturent mes épaules et son étreinte achève de réduire à néant mes ultimes distances. Elle est là. Avec moi, pour moi. Elle. Moi. A cet instant, rien d’autre ne compte que cette vérité et notre désir l’une de l’autre. Il sera temps, plus tard, de poser des questions, connaître, prévoir. Là, je veux vivre dans l’intensité du moment. Quoi de plus grisant que de la sentir onduler sous moi ?

D’un mouvement quasi chorégraphié, nos cuisses s’entrecroisent et nos corps s’agitent au rythme de nos bouches. Son souffle est chaud et saccadé, enivrant. Les yeux fermés, elle répond dans une sorte de transe charnelle aux assauts de mon corps et déjà le plaisir irradie entre mes jambes. La chaleur du frottement entre nos sexes et nos cuisses devient insoutenable. Je sens ses mains parcourir mon dos et venir presser mes fesses contre elle, marquant un tempo de plus en plus effréné. Mes gémissements se mêlent aux siens et se hissent crescendo vers des aigus insoupçonnés. L’équilibre est là, dans cet enchevêtrement des corps dévoués à la quête du plaisir, ce plaisir égoïste et individuel qui cette fois, et sans préméditation, devient mutuel. Est-ce son orgasme qui provoque le mien ? Est-ce l’inverse ? Peu importe au final. Toujours est-il que je suis impressionnée. Je ne pensais pas pouvoir jouir de cette manière et quand les vagues de volupté déferlent en moi, je jubile de sentir Val secouée de ce plaisir simultané.

Quand les spasmes s’atténuent, mon corps se relâche et je viens peser de tout mon poids sur mon amante. Je voudrais déchiffrer l’expression de son visage mais je n’ai pas le courage de relever la tête. Là, tout contre elle, je suis merveilleusement bien. Sa poitrine et la mienne se gonflent au rythme de nos respirations encore irrégulières et nos cœurs cherchent à retrouver une cadence plus sereine. Ils martèlent si fort nos cages thoraciques que je ne distingue pas le sien du mien. J’enroule mes bras autour de ses épaules et pousse un profond soupir d’aise. Ce à quoi Valérie répond en posant sa bouche contre mon front et en caressant l’arrière de mon crâne, puis mes omoplates. J’aime ses caresses. J’aime la tendresse apaisée et apaisante de cet instant, le silence de nos lèvres, la rumeur décroissante de nos corps…

Je souris, béate de satisfaction, et je sens sur mon front un autre sourire se dessiner sur ses lèvres. Je ne résiste pas à l’envie de la regarder cette fois. Ses paupières, encore closes, se relèvent quand elle devine mon regard sur elle. L’expression de ses iris me bouleverse. Son plaisir était indiscutable, pourtant son regard reflète à nouveau une forme de tristesse infinie. Je ne sais comment réagir. Je m’apprête à lui demander ce qui ne va pas et pour cela, je cherche à la délester de mon poids. Comme je glisse à son flanc, ma jambe coulisse contre son sexe encore copieusement humide. A ce geste, son corps tout entier se cambre et sa main vient saisir la mienne dans un réflexe convulsif. En une fraction de seconde le désir s’éveille derechef. Son visage est transfiguré : ses yeux se sont refermés et ses dents pincent lascivement sa lèvre inférieure.

Hésitante, je lui demande :

–          Encore ?

En guise de réponse, elle porte ma main à sa bouche et enfourne mon index et mon majeur. Une nouvelle fois, mon cœur fait des bonds dans ma poitrine et mon entrejambe s’enflamme. Son corps se met en mouvement et je la sens se retourner contre moi. Mes doigts toujours dans sa bouche, elle vient coller son dos contre ma poitrine et se love ainsi au creux de mes bras. Alors que ma bouche vient caresser et mordiller sa nuque, elle déloge mes doigts et dirige ma main tout contre son sexe. Elle est divinement mouillée et mes doigts se fraient facilement un passage jusqu’à son clitoris. Nul besoin de l’exciter, celui-ci est d’ores et déjà turgescent. Pourtant, je le titille, je fais jouer mes doigts, tous mes doigts autour de lui. Contre moi, Val s’agite de façon convulsive. Cette fois, je veux prendre mon temps. Mes caresses se font lentes, régulières. Ma main entière vient presser sur son sexe. Parfois, quand je m’aventure de plus en plus bas, mon pouce vient frôler son clitoris et provoque une nouvelle secousse. Sa respiration est de plus en plus prononcée et je devine maintenant qu’elle va vouloir jouir, vite. Mais je suis contre. Je veux la pénétrer, je veux la sentir jouir autour de mes doigts et la maintenir comme ça contre moi. Quand elle commence à gémir, au bord de l’orgasme, je ralentis cruellement, et cette fois, mes doigts se risquent en elle. Mon incursion lui arrache un cri. L’étau de ses jambes se resserre instinctivement mais elle est tellement mouillée que rien ne peut empêcher ma main de poursuivre son va-et-vient. D’abord deux doigts, puis trois. Je m’étonne de la trouver si… dilatée. Mes gestes sont lents mais de plus en plus profonds. Quand elle vient poser sa main contre la mienne pour accompagner mes mouvements, j’ose un quatrième doigt, devinant que c’est ce qu’elle attend. Je suis complètement étourdie de sentir ainsi ma main en elle, et plus encore de sentir, d’entendre, de toucher son désir croissant. De mon bras libre, je resserre notre étreinte, mêlant nos sueurs, plaquant nos peaux embrasées. Mes fesses se contractent à chaque pénétration un peu plus contre elle et je sens mon sexe répandre ma propre humidité sur les rebonds incandescents de sa croupe. Ses petits cris étouffés m’affolent dangereusement et sans m’en rendre compte, je mords dans sa clavicule à pleine bouche. Elle jouit soudain, s’arquant de tout son long rugissant son plaisir dans un « OUI ! » éraillé et frénétique. La fureur de son orgasme m’encourage à laisser ma main poursuivre son œuvre jusqu’à l’extinction des feux. Quand d’une pression subtile elle me fait comprendre qu’elle en a assez, je cesse mes mouvements, mais sans me retirer, je la tiens tout contre moi. J’embrasse tendrement sa nuque, guettant une réaction de sa part et quand son corps finit par se relâcher, son soupir de satisfaction me comble. Comme je vais déposer un baiser délicat sur son épaule, je découvre avec stupeur que j’ai laissé l’empreinte de mes dents sur elle. Confuse et inquiète de sa réaction, je m’excuse aussitôt.

–          Ne t’excuse surtout pas, me répond-elle dans un sourire que je devine. C’était très… c’était parfait.

Elle se retourne vers moi et son visage est bel et bien lumineux. Je suis rassurée. Dans ses yeux, l’étincelle de désir scintille encore. Je la soupçonne cependant de ne rien attendre de ma part, cette fois. Intuitivement, nos corps se sont de nouveau enlacés et déjà sa main caresse mes hanches, mes fesses, mes cuisses. Elle m’embrasse langoureusement et me fait basculer délicatement sur le dos. Je suis si… prête, que j’ai peur de jouir aussi rapidement que la première fois ! Rien qu’à l’idée de ses doigts ou de sa langue, je sens que je peux exploser.

–          Val, je t’en prie, va doucement sinon je vais jouir tout de suite…

–          Mais je n’ai même pas encore commencé, s’indigne-t-elle !

–          Je suis faible…

–          Oh que non ! Tu es tout sauf faible… à moins que… Oh, tu as faim peut-être ? C’est parce qu’on n’a pas…

Comprenant qu’elle culpabilise de m’avoir privée du déjeuner promis, je l’interromps tout de suite.

–          Non, je t’assure, ma faiblesse n’a rien à voir avec la nourriture… Pourquoi, toi tu as faim ?

Je guette sa réponse, inquiète de devoir ronger mon frein le temps d’un repas… mais à mes mots, son regard se porte immédiatement entre mes jambes et l’expression qui envahit son visage ravive ma libido. Trois mots s’étranglent dans sa gorge tandis qu’elle pince à nouveau sensuellement sa lèvre inférieure : « Faim… de toi…»

La suite ici.

autoportrait | critique | D-libérations | éducation libéro-sexuelle | Homosexualité et éducation | Itws & anecdotes | Non classé | poésie | 12.12.2012 - 08 h 48 | 15 COMMENTAIRES
Le Romantisme, du mythe au fast-food… La bonne blague !

Quand les chien nous surpassent au paroxisme du cliché romantique…

 

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous mais, quand j’étais petite, j’étais bercée d’images et de récits romantiques. J’avalais du Disney, du Grimm, du Perrault, du Andersen, je nourrissais mon esprit et mon coeur de galanteries, de bienveillances, d’intentions pures et nobles. J’imaginais l’Amour et l’être aimé comme un don précieux qu’il fallait chérir, protéger, choyer comme le faisaient tous ces beaux Princes et valeureux clochards amoureux, et comme le faisaient aussi à leurs façons maniérées et pleines de minauderies ces demoiselles tant convoitées.

Aussi, sans surprise, j’ai grandi dans cet univers de romantisme éloquent. Certes, je n’ai pas attendu le Prince Charmant, je me suis plutôt identifiée à lui et me suis mise en quête de ma Princesse… mais au fond de moi, je suis aussi une Princesse qui a besoin d’être savamment courtisée… Ah les lesbiennes, c’est compliqué !!!

Toujours est-il que voilà. J’avoue, je ne sais aimer que de manière romantique. Pourquoi est-ce que cet aveu me coûte tant ? Parce que visiblement  aujourd’hui, être romantique on ne trouve plus ça normal ou noble… on trouve ça DRÔLE !!! Ou pire que tout : « Trop mimi » (ce qui est encore plus affligeant que drôle, vous en conviendrez). J’ai envie de dire STOP. STOP à la « ridiculisation » du romantisme. Laissez-nous être fleur bleue ! Laissez-nous aimer vous offrir une fleur, veiller à couvrir vos épaules quand vous êtes parcourues d’un frisson, préparer un dîner aux chandelles de temps en temps, vous enlever pour un week-end en amoureuses, vous inviter solennellement à danser sur votre chanson préférée, prendre le temps de vous faire plaisir aussi souvent que possible… laissez-nous faire preuve d’attentions et de galanteries sans glousser ou nous jeter votre regard qui dit « Merci mais quand même, t’as vu comme t’es ridiculement romantique !?! »

Bref, si je vous dis tout cela c’est parce que bien sûr j’ai vécu ces humiliantes situations, et pire que tout, je sais que je les vivrai encore. Mais récemment, j’ai été confrontée au fossé des générations et là, j’ai compris.

Prenons une oeuvre romantique par excellence : Jane Eyre (la gouvernante qui tombe amoureuse du maître de maison, amour réciproque mais impossible, histoire qui finit bien). Faites lire ce chef d’oeuvre à une classe de 4ème et demandez-leur, à mi-chemin, d’écrire une scène romantique entre Jane et M. Rochester et vous obtiendrez un truc de ce genre :

Ils sont à table. Jane a faim parce qu’elle a travaillé toute la journée, mais pas M. Rochester parce que lui c’est le patron et que le patron ça travaille pas. Comme elle a fini son assiette avant lui et qu’elle semble avoir encore faim, il lui laisse finir son BigMac et ses frites, même si lui aussi a encore faim. Elle accepte. A la fin du repas, elle se lève et pour le remercier, elle l’embrasse sur la bouche. Il est content. Demain, il lui laissera peut-être finir sa pizza mais il faudra qu’il mange plus au goûter.

Mes élèves ont de la chance. Eux ils ont déjà compris que le romantisme c’était devenu une bonne blague !

 

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 02.06.2012 - 13 h 15 | 6 COMMENTAIRES
Roland Garros 2012 : suite érotique de la nouvelle nouvelle érotique…

Tout reste à faire…

Décidément, le temps n’en fait qu’à sa tête en ce mois de juin. Hier de violents orages avaient interrompu le match, aujourd’hui un soleil de plomb risque de le rendre presque aussi délicat. Dans les allées de Roland Garros, Zoé s’avance vers le court central sans prêter attention à la foule qui l’entoure. En ce lundi caniculaire, elle a décidé de risquer les foudres de son patron et, prétextant un rhume de printemps, là voilà qui s’apprête à regagner sa place. Elle flâne légèrement, tout en surveillant sa montre. Elle ne veut pas perdre une minute du match, mais elle ne veut pas non plus arriver trop tôt. Elle en profite pour laisser son esprit se remémorer l’après-midi de la veille. Elle a rencontré Léa. Une fille très étrange, plus ou moins du même âge qu’elle, assez bien faite de sa personne (suffisamment pour que Zoé s’y attarde), mais surtout, elle se rappelle son regard : des yeux d’un vert d’eaux profondes, dans lesquels il est si facile de se noyer. Des yeux qui, quand ils vous contemplent, scrutent votre âme et vous laissent une sensation de nudité impudique. Des yeux qui ne peuvent dissimuler les fêlures abyssales qui lézardent leur propriétaire.

Zoé n’est pas sûre de ce qu’il s’est passé, pas sûre de ce que ce baiser échangé à brûle pourpoint peut vouloir dire pour elle, et encore moins pour Léa.  Elle l’a vécu comme un instant d’une rare intensité, hors du temps, hors du domaine du qualifiable ou du quantifiable. Pendant quelques secondes, elle s’est senti perdre totalement pied. Pendant ce baiser, elle ne contrôlait plus rien. D’habitude, elle aime tout contrôler, elle aime être celle qui initie, qui oriente, qui conclue, sans pour autant parler de domination. Mais avec Léa, elle a la nette impression que la situation lui a échappé, et bizarrement, elle en est ravie. Pourtant, maintenant qu’elle s’avance vers sa place, maintenant qu’elle va la retrouver, elle se rend compte qu’elle marche sur des œufs et qu’elle ne sait pas du tout à quoi s’attendre.

Une fraction de seconde, elle se demande si Léa sera là. Et si elle ne l’était pas ? Si elle avait eu tellement peur qu’elle avait fuit définitivement le tournoi ? Hier, quand elle s’est enfuie, elle avait l’air sincèrement perturbée. Quelque chose se contracte brusquement dans le ventre de Zoé. Non, il faut qu’elle soit là. Et si elle est là ? Comment l’aborder ? Comment ne pas l’effrayer à nouveau ? Comment lui faire comprendre qu’elle aussi est perturbée par ce baiser et qu’elle ne peut pas se résigner à l’oublier comme elle a su en oublier des dizaines d’autres auparavant ?

Surtout, ne rien précipiter. Elle ne semble pas très loquace ni très à l’aise avec les gens, et si elle est hétéro, ce serait le meilleur moyen de la faire fuir. Zoé a déjà dragué, bien que maladroitement, une hétéro. Mais celle-ci n’a pas eu besoin de trop d’efforts. Sa curiosité pour les « mœurs non-conformes » avait fait tout le boulot. Avec Léa, c’est différent. Et puis il y a ce regard. Zoé doit s’avouer qu’elle appréhende légèrement ce qu’elle y verra dans quelques minutes. Hier, pendant de trop brefs instants elle y a lu, mêlé à la peur, une forme de désir. Elle en est sûre. Mais dans ces yeux, le désir n’est pas banalement brûlant. Il est incandescent et glacial à la fois. Hypnotique. Elle donnerait cher pour l’y voir à nouveau, le laisser les entraîner loin, beaucoup plus loin. Loin du court, loin de ce site bien trop peuplé, là où d’autres échanges, un autre match se jouerait dans l’intimité des corps et des sens.

Si son esprit se perd dans ses réflexions, Zoé finit pourtant par arriver dans les gradins du court. Au fur et à mesure qu’elle s’approche de sa place, elle sent son cœur s’accélérer et elle a beau se rassurer mentalement, elle est indéniablement nerveuse. Quand elle débouche dans l’allée, elle ralentit le pas et dès que son objectif est à portée de regard, elle s’arrête. Elle est là. Assise sur son siège en plastique, les jambes croisées et les mains qui triturent frénétiquement le billet d’entrée, Léa balaie le court de son regard charismatique. En la voyant, le rythme cardiaque de Zoé s’accélère à nouveau, après avoir raté quelques battements. Elle s’avance. Ce n’est que lorsqu’elle arrive juste à côté d’elle que Léa lève les yeux. Ces yeux…

Comme propulsée de son siège, Léa bondit sur ses pieds, manquant de décapiter le papi assis devant. Pour parer la frayeur qu’elle lit dans les yeux de la jeune femme, Zoé tente de la couver de son regard le plus doux.

– Tu… es là ? Mais je croyais que tu ne… Tu avais dis que… , balbutie Léa, rouge de confusion.

– Oui, je sais.

– Mais ton boulot ?

– Bah, c’est Roland Garros !

Plantée devant elle, incrédule, Léa ne semble pas satisfaite de la réponse. Elle attend quelque chose. Tout son corps est tendu, à l’affût du moindre geste de Zoé, comme si elle guettait une ouverture pour s’échapper… ou comme si elle allait lui sauter dessus pour… la frapper ? L’embrasser ?

– Excuse-moi, est-ce que je peux… passer ? demande timidement Zoé.

Sans un mot, Léa s’écarte. Comme elle s’engage entre la jeune femme et la rangée de devant pour regagner sa place, Zoé trébuche sur le sac de Léa et se rattrape à la taille de celle-ci. Le contact est brutal. Les corps se raidissent. Déjà Zoé se redresse et Léa l’aide d’une main ferme. La première bafouille une excuse pendant que la seconde peste contre son sac en le projetant d’un coup de pied sec sous son siège.

– Alors tu … n’es pas allée travailler ?

– Non, avec un peu de chance mon excuse passera… J’avais trop hâte de voir la fin du match.

Dans les yeux de Léa, une curieuse expression apparaît. Elle se concentre brusquement sur le court. Le ballet de l’arbitre, des juges et des ramasseurs de balles  commence alors, et l’ambiance monte en attendant les joueurs. Comme le silence s’installe entre elles, Zoé décide de provoquer la discussion en observant sa voisine avec insistance.

Léa n’est pas très à l’aise. Elle sait que son trouble est visible et elle sent le regard de Zoé s’attarder sur elle depuis quelques minutes. Même si secrètement elle a espéré la retrouver là, aujourd’hui, elle ne sait que dire ni quoi faire. Toute la nuit, elle a revécu leur rencontre de la veille, en particulier cette singulière conclusion. Ses lèvres… Leur souvenir brûle toujours la chaste bouche de Léa. Il lui était déjà arrivé d’embrasser un garçon, une fois. Elle n’en garde qu’une vague impression d’humidité plutôt répugnante, dramatiquement maladroite. Aussi, elle se disait toujours qu’elle n’était sans doute pas faite pour cela, qu’elle ne pouvait pas exceller dans tous les domaines, et que décidément l’intimité, même buccale, n’était pas le sien !

Pourtant, hier, tout a été différent. Évident. Nécessaire. Quand leurs lèvres se sont trouvées, Léa s’est sentie instinctivement poussée dans les bras de Zoé. Chaque mouvement de leurs bras ou de leurs langues s’est imposé comme une certitude, un besoin.

Mais à cette minute, plus rien ne coule de source. La moindre inspiration est une torture dans l’attente de ce qui doit être dit, avoué, expliqué.

Croisant pour la dixième fois le regard de Zoé braqué sur elle, Léa s’impatiente :

– Quoi ?

– Non, rien…

En bas, les joueurs font leur entrée.

– … C’est juste que… en fait je suis venue pour te revoir, continue timidement Zoé.

Les joues de son interlocutrice s’empourprent aussitôt. Ne sachant que répondre, celle-ci laisse le silence s’installer entre elles. Quand le match reprend, chacune se concentre sur le jeu. La chaleur est étouffante et le soleil est au zénith. Déjà, les joueurs suent abondamment. A la fin du troisième set, Zoé propose à Léa de partager sa bouteille d’eau en souriant.

– Je suppose que tu n’avais pas non plus prévu la chaleur ?

– J’aurais du.

Le sérieux légèrement crispé de Léa commence a peser lourdement sur la trop faible assurance de Zoé. Celle-ci n’y tient plus :

– Tu veux qu’on en parle ? demande-t-elle tout à trac.

– Quoi ?

– Du baiser, tu veux qu’on en parle ?

– Je ne saurais pas quoi en dire… ose Léa, avant de se reporter sur le match.

– Moi j’ai bien envie d’en parler, insiste Zoé.

Elle voit la gêne de son interlocutrice s’intensifier. Aussi, elle s’empresse de rajouter:

– Mais si tu préfères t’abstenir… Sache juste que si tu veux en parler… Et si toi aussi ça t’a fait quelque chose…

Mais la timide jeune femme s’enferme dans son mutisme. Les yeux plongés sur le court, elle a pourtant l’air de regarder ailleurs. Inévitablement, elle laisse dériver ses pensées : dans sa mémoire, l’odeur obsédante de Zoé, le goût et le moelleux de ses lèvres, la sensation enivrante de ses mains sur son corps. Elle n’a pas pu empêcher son esprit d’aller plus loin encore… même si elle ne sait pas exactement ce que ce « plus loin » doit impliquer. Elle  a éprouvé le besoin étrange du désir de l’autre, la saveur amère du « trop peu », le piquant de l’éventualité. Malgré elle, son regard caresse les courbes des bras nus de sa voisine, de ses épaules jusqu’au bout de ses ongles. Elle observe le relief délicat de ses veines, gonflées par la chaleur, qui remontent de ses mains sur ses avant-bras. Une légère pellicule de sueur vient faire briller cette peau déjà bien dorée en cette fin de printemps. Elle n’ose pas lever les yeux sur son visage, de peur d’y lire les mêmes tourments.

Zoé, de son côté, ne se lasse pas de l’examiner. Plus elle scrute, plus elle aime ce qu’elle trouve. Un grain de beauté par ci, une fossette par là, et la cartographie du corps de Léa devient vite un chef d’œuvre à la fois, poétique, plastique et allégorique. Zoé sait que l’attirance qui la consume dépasse le simple flash. Il y a quelque chose, elle le sent. Elle a nettement conscience de cette tension qui règne et qui devient plus irrespirable encore que l’atmosphère suffocante du court. Elle a besoin de la toucher.

Fortuitement, en rangeant sa bouteille dans son sac, son genou vient se poser contre celui de Léa. Celle-ci ne bouge pas, pas du tout. Par ce simple contact, qu’elle veut maintenir à tout prix, Zoé se sent aspirée. Ces quelques centimètres carrés de peaux partagées creusent son désir et devant l’immobilité de sa voisine, au bout de quelques minutes, elle ose une inclinaison corporelle jusqu’à ce que leurs bras se rencontrent. Très légèrement, à peine une caresse. Presque une illusion. Elle suspend son geste pour que leurs bras ne s’effleurent qu’au soulèvement de leurs corps au rythme de leurs respirations. Zoé guette une un rejet brutal, une mise à distance claire et nette… qui ne vient pas. Osant à peine s’oxygéner, Léa reste figée à ses côtés, pendant d’insoutenables minutes. Le court leur semble si lointain ! Elles entendent vaguement les balles ricocher d’une raquette à l’autre et l’arbitre annoncer les scores, le tout s’estompant comme derrière un double vitrage insonorisant.

Puis, comme par magie, le bras de Léa parcourt le semblant de distance qui le sépare de celui de Zoé et celle-ci, surprise, cherche le regard de son amie. Les magnifiques yeux verts semblent observer avec insistance le plastique du fauteuil de devant, mais timidement, ils se relèvent sur le visage interrogateur de Zoé. Pendant une fraction de seconde, cette dernière se fait l’impression d’être le Petit Prince de St Exupéry qui vient d’apprivoiser son renard. Leurs bras fondus dans les moiteurs de juin, elles se regardent, muettes. Zoé voit l’attention de Léa se porter sur ses lèvres, et elle ne peut s’empêcher de faire de même.

Le désir prend forme entre elles. Il est désormais palpable, omniprésent, ravageur. Sans rompre le charme, Léa murmure un « oui » mystérieux. Devant l’incompréhension de Zoé, elle rajoute : « Oui, bien sûr que ça m’a fait quelque chose… »

Son visage est si sérieux, si grave que Zoé s’attend à tout instant à voir naître des larmes au coin de ses yeux. Mais au lieu de cela, la jeune femme vient poser la main sur la sienne. Elle vient caresser du bout des doigts le chemin de ses veines exubérantes, chatouiller l’épiderme ultrasensible entre ses propres doigts, épouser enfin toute sa main, paume contre dos, doigts entrelacés. Zoé, transportée par la sensation, est fascinée par le regard de Léa. Ce qu’elle y lit lui fait plus d’effet encore que le contact lascif de leurs mains : curiosité, envie… découverte, envie… surprise, envie… peur, envie… envie… envie…

L’exaltation de leurs peaux, dématérialisée mais tout aussi poignante dans leurs regards, se mue en impulsion et sans qu’un seul mot ne soit prononcé, chacune d’elles attrape son sac de sa main valide et elles se lèvent d’un même élan. Sans rompre leur étreinte manuelle, elles se dirigent d’un pas lent mais décidé dans les entrailles des gradins du court. L’ombre qui y règne leur procure une première forme de soulagement ridiculement insuffisant. Zoé entraîne sa partenaire vers la sortie mais, brusquement, elle s’arrête. Elle sait que devant elles, les portes de sortie vont les propulser au beau milieu d’une aberration de gens, de stands, de bruits en tous genres qu’ elle ne se sent pas la force de traverser. Elle interroge Léa du regard. Celle-ci après quelques millièmes de secondes pour jauger la situation lui désigne du menton une allée encore plus sombre avec une petite porte au fond. Les deux jeunes femmes s’y dirigent et ouvrent la porte marquée d’un « personnel uniquement ». Elles pénètrent à la hâte dans une petite pièce obscure et referment précipitamment la porte derrière elles. Autour la pénombre n’est transpercée que de deux rais de lumières, venus d’on ne sait où.  Elle est pourtant suffisante pour percevoir un entassement de chaises et de bancs sur tout le côté droit de la pièce. A gauche un entassement de modules que Zoé reconnaît comme étant le précédent podium de Roland Garros, celui foulé par les grands vainqueurs de l’an dernier.

Un instant intimidées, toutes deux observent autour d’elles, serrant un peu plus fort leurs mains jointes. Puis, soudain consciente de la situation, Zoé se tourne vers la porte et la verrouille avant de reporter toute son attention sur Léa. Celle-ci la regarde de ses immenses yeux verts et s’approche, réduisant dangereusement l’espace trop lourd entre leurs deux corps. Zoé ne peut résister. Avec toute la tendresse du monde, elle vient recueillir les lèvres de sa compagne dans un chaste baiser, accompagnant son geste d’une main délicate qu’elle vient poser sur sa joue brûlante. Le bouillonnement du désir qui les consume se canalise le temps d’un baiser étrangement doux. Mais quand leurs langues se mêlent enfin, leurs corps entiers s’embrasent dans la folie des sens.

Là, au beau milieu d’une salle de stockage surchauffée du court central où se déroule le quart de finale de leurs rêves, elles entament un match dont leurs vies semblent subitement dépendre. La faim et la soif de l’autre ne s’étanchent pas dans ce baiser. Au contraire, elles  s’attisent, elles se provoquent, se creusent, se bombent et explosent à chaque souffle, contact, seconde. La frénésie de leurs corps les attire contre un mur agréablement frais. Zoé y plaque précieusement sa partenaire et vient se coller tout contre elle. De ses mains, elle dessine ses appétissants contours en instant sur ses fesses et ses hanches. Et quand un léger gémissement s’échappe des lèvres de Léa à travers leur baiser, elle plaque un peu plus fort son bassin contre le sien et vient poser ses mains sur sa poitrine.

Léa s’abandonne aux caresses de son amante. Elle laisse les questions pour plus tard. Pour l’instant, elle veut savoir, elle veut sentir, elle veut toucher. Elle sent, à son plus grand étonnement, grandir et circuler en elle une énergie qu’elle ne se connaît pas. Une chaleur douloureuse envahit son bas-ventre et le contact du bassin de Zoé contre le sien lui provoque une réaction physiologique dont elle a déjà entendu parler, bien sûr, mais dont elle n’a jamais fait l’expérience. Quand Zoé vient glisser une cuisse entre ses jambes, le frottement libère un nouveau flux d’une énergie si violente que tout son corps en est secoué, et elle sent entre ses jambes cette humidité envahissante. Cette fois, elle crie presque.

Zoé esquisse un mouvement de recul, interrompant leur baiser, mais Léa la retient.

– Je… on n’est pas obligées… peut-être que tu… enfin…

Zoé bafouille. Léa la dévisage de son regard le plus pénétrant et bouleversé. Elle s’éclaircit la voix avant de reprendre :

– Je comprendrais que tu veuilles arrêter là, mais si c’est le cas, il faut que tu me le dises tout  de suite, parce que quand tu me regardes comme ça… je…

– Touche-moi, la coupe Léa dont le regard est à nouveau brouillé de désir.

Déjà, leurs bouches se ressoudent et leurs mains s’explorent de plus belle. D’un geste assuré, Zoé vient presser sa main sur le sexe bombé de sa compagne. Même à travers la toile, le degré d’hygrométrie est sans appel et un nouveau gémissement s’échappe de la gorge de Léa. Encouragée par ses réactions, Zoé ôte rapidement son débardeur et son soutien-gorge, dévoilant une poitrine ferme et fière. Et dans la foulée, elle soulève habilement le T-shirt de sa partenaire et le laisse choir sur le sien. Léa semble tellement captivée par les seins de Zoé que c’est à peine si elle remarque sa propre nudité. Quand des mains entreprenantes s’aventurent dans son dos pour la libérer à son tour de son carcan à baleines, elle ne sent que la pression des pommes veloutées de Zoé sur sa propre poitrine. Celle-ci découvre les seins lourds et blancs de son amie et les recouvre promptement de ses mains.

Léa se surprend à vouloir toucher elle aussi. Elle avance lentement un doigt inquisiteur et vient titiller le téton tendu de Zoé. De l’extrémité de son doigt, elle fait le tour de l’aréole, toujours très lentement. Zoé l’observe, émue. Quand sa main se referme enfin pleinement autour du sein de son amante, Léa semble bouleversée. Plus fragile et plus forte à la fois, comme si de cette expérience, elle devenait autre. Elle sourit à la jeune femme devant elle et l’embrasse sauvagement. Peut-être était-ce cela « vivre », finalement. A moins que ce ne soit « aimer » ?  Alors elle y a droit, elle aussi ? Elle aussi en est capable ?

Mais elle n’a pas le temps de se remettre de ses émotions que déjà de nouvelles impressions viennent transcender les dernières. tétons contre tétons, ventre contre ventre, sexe contre sexe, chaque mouvement procure de délicieuses sensations qui s’amplifient dangereusement. Quand elle croit qu’elle va exploser, qu’elle ne pourra pas en supporter plus, Léa s’étonne d’en demander encore.

Intriguée, elle sent les doigts experts de Zoé s’affairer sur les boutons de son short. Maladroitement, elle l’aide tant bien que mal à se défaire du morceau de tissu et gémit à nouveau quand son amante vient glisser, sans ambages, sa main dans le coton détrempé de sa culotte. Le contact direct de sa peau, si sensible en ce lieu, avec celle des doigts de Zoé lui arrache un petit cri. Inconsciemment, elle lui attrape le bras, non pour la repousser, bien au contraire, mais pour maintenir ce contact qui tout à coup lui semble vital. Elle va en mourir, c’est certain. Et chaque micro-geste de Zoé le lui confirme. Chaque ébranlement de ses doigts contre son sexe mouillé la projette potentiellement aux limites du vraisemblable.

Quand Zoé la pénètre sans profondeur, juste en surface, et qu’elle remue sa main tout contre son sexe gonflé de désir, Zoé se sent partir. Franchir les limites du tangible. Traverser les frontières du raisonnable. Les mouvements circulaires et presque lents de cette main l’entraîne dans la fulgurance de l’instant, de façon croissante et disproportionnée, vers des abîmes de plaisir dans lesquels elle s’abandonne.

Quand elle reprend ses esprits, le souffle jusque là saccadé de Zoé s’est assagi. Sa main est restée là, contre elle, sur elle, en elle, immobile et prometteuse. Alors c’est cela que l’on appelle un « orgasme » ? Alors c’est pour cela que le sexe est…

Léa n’a pas le temps de laisser aboutir ses pensées : Zoé a bougé un doigt. Une nouvelle fois et de façon immédiate, son corps a réagit. La voilà à nouveau à l’affût du plaisir, ce plaisir débilitant mais si essentiel subitement. Zoé n’a pas l’air de vouloir en rester là. Déjà ses doigts entament un nouveau ballet. De sa main libre, elle fait glisser la culotte le long des cuisses de sa partenaire. Cette fois, elle veut la regarder quand elle la touche. Comme elle laisse ses doigts jouer avec le clitoris érigé de la jeune femme, elle admire chaque infime réaction de son corps. Elle n’est pas aussi musclée qu’elle-même, mais sa peau délicate exhale le parfum le plus excitant qui soit. Tout en elle transpire la sensualité, pourtant, elle ne semble pas s’en rendre compte. Zoé ne se lasse pas de la caresser et de l’embrasser, tout en stimulant chaque millimètre de sensibilité entre ses jambes. Le plaisir la transforme, la rend plus belle encore, et plus désirable !

N’y tenant plus, Zoé agrippe la fesse rebondie de sa partenaire et la soulève légèrement pour entrer en elle plus profondément. Léa étouffe un cri en serrant son amante. Deux doigts s’agitent maintenant en elle, au rythme de leurs hanches. Contrairement à ce qu’elle craignait, Léa ne ressent aucune douleur. La chaleur entre ses cuisses atteint encore une fois des sommets indécents et quand Zoé elle-même se met à gémir, Léa implose à nouveau sous les salves de leur désir.

Sans savoir qui soutient l’autre, elles se retiennent mutuellement pour ne pas s’effondrer. Comme le souffle leur manque pour parler, elles se regardent. La pénombre ne masque ni le plaisir ni le désir sur leurs visages. Et encore une fois, ce que Zoé lit dans les yeux de sa partenaire la trouble. De la reconnaissance ? Pourtant, Zoé elle aussi se sent redevable. Si elle a bien connu d’autres filles et d’autres moments inoubliables, jamais elle n’a vécu de bouleversement émotionnel aussi radical. Jamais elle n’a connu pareille évidence. Et jamais elle ne s’est sentie aussi puissante et fébrile à la fois. Léa a-t-elle connu d’autres femmes ? La surprise qu’elle a lu dans ses yeux pendant leurs ébats tendrait à prouver que non. Avait-elle déjà fait l’amour ? Zoé en doute. Elle réalise à présent la solennité du moment.

Léa a fermé les yeux. Zoé, incertaine, la prend dans ses bras comme pour la réconforter et lui dit :

– Ça va ? Je ne t’ai pas … fait mal ?

A quelques centimètres à peine de son visage, Léa rouvre les yeux et cette fois, Zoé saisit un éclat qu’elle n’arrive pas à identifier clairement. Un reste de désir, cela est évident, mais aussi une forme de… détermination ?

– Non, finit par articuler la jeune femme. C’est juste que… je ne savais pas que cela pouvait être… aussi bon !

Le sourire qui se dessine alors sur son visage finit de rassurer Zoé qui lui rétorque, mutine :

– Si tu as trouvé ça « bon », attend de goûter à la suite…

Elle entraîne sa partenaire vers les modules du podium et l’encourage délicatement à s’asseoir sur l’un d’entre eux. Le désir qui irradie à nouveau d’elles emplit totalement l’obscure pièce. Les yeux à la hauteur de la poitrine de sa partenaire, les lèvres de Léa s’emparent de son téton, arrachant un gémissement à la jeune femme. Celle-ci la laisse jouer quelques minutes avec ses seins, puis  se met à genoux devant son amante. Elle l’embrasse langoureusement puis fait courir sa langue dans son cou, sur sa poitrine et sur son ventre jusqu’à…

Avant d’engager sa langue dans le triangle intime de Léa, Zoé lui lance un dernier regard, plein de promesses. Quand elle goûte enfin à la chair délicate et humide qui s’offre à elle, elle sent avec une joie non dissimulée le corps de Léa se tendre dans un cri débridé. Du bout de sa langue, elle vient caresser le clitoris enflé de la jeune femme, l’excite consciencieusement et finit par l’engloutir tout entier. Elle se délecte du plaisir de son amante autant que de sa vulve. Elle lèche, elle suce, elle pénètre de sa langue jusqu’ à ce que les mains de Léa viennent lui imprimer une pression supplémentaires et que ses jambes se referment dans les sursauts incontrôlés d’un orgasme dévastateur.

Zoé a bien du mal à se détacher de sa friandise, mais elle veut voir, savoir,  être sûre de ce qu’il vient de se passer. Léa l’accueille fébrilement, le visage si sérieux, et les yeux encore mi-clos… Zoé guette le moindre geste, le moindre mot, attendant sagement que sa compagne reprenne ses esprits. D’une main légère, elle vient caresser la vallée de ses seins, et quand Léa ouvre enfin les yeux, son visage tout entier se fend dans un sourire sans équivoque.

Le mot « satisfaction » vient de trouver une toute nouvelle pertinence. Léa le sait, désormais. C’est ainsi. Mais très vite un nouveau besoin se fait sentir. Elle veut la toucher à son tour, la goûter à son tour, et, si possible, essayer de la faire jouir à son tour !

Zoé observe le regard de sa compagne qui s’obscurcit. Elle redoute un instant une fuite ou un déni. Mais quand la main de Léa vient…

 

Et voilà, certains le savent déjà, je suis sadique. J’arrête là pour aujourd’hui et vous laisse imaginer la suite ! 

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Non classé | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 28.05.2012 - 13 h 01 | 9 COMMENTAIRES
Roland Garros 2012 : nouvelle nouvelle érotique.

 

On ne nous dit pas tout…

Le soleil n’est pas vraiment au rendez-vous cet après-midi et pourtant la chaleur est étouffante dans les allées de Roland Garros. A droite comme à gauche, on se bouscule aux stands, on se bat pour avoir sa bouteille d’eau avant les autres, on s’étripe pour un T-shirt à l’effigie du tournoi. A l’affût, Léa avance dans cette ambiance électrique. C’est sa première fois sur le site, le premier match auquel elle va assister après des années d’entraînement télévisuel… Il semblerait que toute sa vie n’ait jamais tourné qu’autour de cet instant magique. Elle s’approche du court central, ELLE va y entrer. Étrangement, l’excitation ne se manifeste chez elle que par un calme profond, limite apathique, surtout comparé à l’agitation ambiante. Quand elle passe les portes du court et qu’elle cherche les escaliers qui mènent à sa place, elle remarque à quel point tout est différent. Dans les retransmissions télévisuelles, il règne toujours une sorte de tranquillité et de respect… alors que là, tout lui semble très bruyant. Les gens rient, parlent fort, échangent leurs pronostics, se racontent de petites anecdotes, traînent leurs enfants…

Léa s’isole dans sa bulle. Rien ne lui gâchera son moment. Elle est aux quarts de finale de Roland Garros, elle a sa place presque au bord du court, elle va voir jouer le n°1 mondial contre le n°3 et elle a un paquet de fraises Tagada dans sa poche. Quand elle trouve enfin son siège, elle est presque déçue de voir que quelqu’un est déjà installé à côté d’elle. Un peu comme avec la SNCF, elle s’est débrouillée pour avoir le côté couloir, mais à sa droite, la place est déjà occupée par une jeune femme dans un K-way.

Léa se rend alors compte qu’elle même n’a pas prévu l’éventualité de la pluie. Elle jette un regard inquiet au ciel, envoie une prière muette aux nuages  grisâtres et s’assoit très délicatement, comme pour essayer de dissimuler son arrivée à sa voisine. Celle-ci, pourtant occupée à papoter à sa droite, se retourne très furtivement pour l’apostropher d’un « Bonjour » à peine poli avant de se remettre à discuter. Léa répond mentalement à la capuche qui lui fait face et s’installe le plus confortablement possible sur le plastique glissant de son siège.

En bas, sur le court, on finit les préparatifs sans hâte. Tout semble parfaitement orchestré. Des gens prennent des photos. Léa se demande ce qu’il peut bien y avoir à photographier tant qu’il n’y a pas les joueurs.

– L’arbitre ne devrait pas tarder à arriver, entend-elle à sa droite.

Léa croise alors pour la première fois le regard de sa voisine. Elle la détaille en un quart de seconde : brune, les épaules carrées et le teint hâlé des sportives d’extérieur, un petit grain de beauté sur la narine gauche d’un nez délicat, un sourire aux dents blanches et lèvres pleines et quelques centimètres de plus qu’elle. Il s’en dégage une force évidente et une légère odeur de framboise. Comme elle lui sourit, Léa se sent obligée d’en faire autant mais se sent terriblement maladroite. Elle n’aime pas parler avec des gens qu’elle ne connaît pas. En fait, elle n’aime pas parler tout court. La sociabilité n’est pas son truc. Aussi, elle espère secrètement que la jeune femme va s’en retourner vers ses amis et la laisser regarder SON match tranquille.

– Le match ne commence jamais en retard à Roland Garros. C’est ta première fois ici ?

Léa, abasourdie, se tourne vers la pipelette d’à côté, pour la fusiller du regard, mais devant l’innocence de ses yeux noisette, elle ne peut que répondre un petit « oui ». Comme elle regarde son interlocutrice, elle voit l’expression de celle-ci changer brutalement.

– Ça alors… laisse échapper l’inconnue.

– Quoi ? demande Léa, presque agressive.

– Non rien… C’est juste que… je suppose que je ne suis pas la première à te le dire, mais tu as des yeux…

La jeune femme est visiblement troublée. Elle observe le visage de Léa avec tellement d’insistance que celle-ci finit par s’impatienter.

– Oui, j’ai des yeux, je sais… et toi aussi, non ?

– Non, c’est pas ça. Les tiens, ils sont…

Léa a en effet déjà entendu parler de ses yeux. Quand elle était petite, sa mère avait pour habitude de dire que ses beaux yeux la perdraient. Plus tard, au lycée puis à la fac, beaucoup de garçons l’ont accostée en usant du fameux « T’as d’beaux yeux tu sais ». Personnellement, elle trouve son regard handicapant. Ses yeux sont trop grands, trop verts, trop … Ils sont le comble du ridicule fantaisiste sur un ensemble dramatiquement quelconque. Si au moins elle était belle… Et paradoxalement, ce qui pourrait être son seul atout physique est devenu son pire complexe. Elle nourrit une susceptibilité extrême à l’égard de ses yeux. Aussi, entendre  sa voisine aborder ce sujet la crispe sur son siège et, déjà, elle est sur la défensive. Mais l’autre continue.

– Je ne sais pas. C’est comme s’il y avait un autre monde dans tes yeux, un truc parallèle. C’est beau mais c’est assez effrayant. Ça doit pas être évident à porter tous les jours… Mais ils te vont bien. Au fait, je m’appelle Zoé, et toi ?

Elle a dit ça tellement naturellement, en penchant sa tête légèrement sur le côté, comme on regarde un petit chien dans une vitrine, que Léa  ne peut répondre aussi vertement qu’elle le souhaite. Elle se contente donc d’un « Léa » en regardant avec étonnement l’étrange personne à ses côtés. Soudain, Zoé lui attrape le bras et pointe du doigt l’entrée du court :

– Regarde, l’arbitre et les juges de lignes arrivent !

Léa se contracte, consciente de chaque millimètre de peau sur son bras nu. Elle n’a pas l’habitude du contact humain. Elle le fuit. Pourtant, cette fois, le geste est d’une telle innocence qu’elle réprime son envie de se dégager. Zoé la regarde avec des yeux pleins d’excitation et reporte son attention sur le court. Mais Léa est perturbée. Elle ne comprend pas cette facilité qu’on certaines personnes à parler, échanger, s’ouvrir. Elle même se complait dans son rôle d’huître. Brandissant sa timidité comme excuse quand c’est nécessaire, elle a appris à vivre ainsi, un peu à l’écart bien que maintenant les rapports sociaux minimum. L’aisance de Zoé la bluffe, elle attise sa curiosité.  Subrepticement, elle dévisage sa voisine qui scrute chaque mouvement sur le court.

Soudain, les gradins grondent, la foule clame tumultueusement et à nouveau, une main tiède vient étreindre le bras de Léa.

– Ils sont là !

Tirée de ses réflexions, Léa succombe à son tour à l’exaltation générale. Elle applaudit l’arrivée des joueurs, regrettant presque de perdre le contact des doigts de Zoé. Après les tribulations d’usage, le calme est réclamé dans l’assistance. Le match va commencer.

– Tu supportes un joueur en particulier ? demande Zoé.

– Non.

– Comme moi alors. L’essentiel, c’est le jeu.

– Chuuuut ! entend-on derrière.

De mauvaise grâce, Zoé se tait. Léa ne peut s’empêcher de la regarder de temps en temps. Elle se surprend à aimer lire le jeu sur le visage de sa voisine : crispé quand l’un commet une faute, illuminé à chaque belle action, paradoxalement contrite et heureuse à chaque point marqué. L’empathie de Zoé pour chacun des joueurs l’émeut. Entre deux jeux, cette dernière vient plonger son regard dans celui de Léa et lui dit en souriant :

– Ils sont vraiment bons. C’est énorme comme quart de finale !

Et elle ponctue sa phrase en attrapant Léa par l’épaule, comme si elles se connaissaient depuis la maternelle. Troublée, Léa reporte son attention sur le jeu.

A la fin du premier set, courageusement disputé de chaque côté, Léa se souvient de ses fraises Tagada. Elle ouvre le paquet et devant les yeux gourmands de Zoé, elle ne peut faire autrement que de lui en proposer.

– Génial, ça fait au moins deux ans que je  n’en ai pas mangé !

Le couple à côté d’elle se lève alors et leur passe devant avant de se perdre dans l’allée. Léa ose alors un timide « Ils ne sont pas avec toi ? »

– Non, lui répond-elle. Je devais venir à la base avec ma copine, mais on a rompu avant même de prendre les places. Enfin, c’est sûrement mieux comme ça, et je sais très bien qu’elle n’aimait pas vraiment le tennis de toutes façons.

Sa copine ? Léa essaie de comprendre sans prendre un air trop surpris. Sa copine ? Mais alors Zoé aime… les femmes ?

D’un air qu’elle espère décontracté, Léa acquiesce et fait mine de se reconcentrer sur le jeu. Quand le premier service claque dans le court, c’est l’éruption dans sa tête. Zoé est lesbienne. Zoé aime les femmes. Ces personnes là existent donc pour de vrai ? Et elles semblent tout à fait normales ? Étrange.  Évidemment, ce n’est pas la première fois que Léa approche une homosexuelle. Mais d’habitude, elle les reconnait. D’habitude, elles sont beaucoup plus… masculines. Mais alors… ça veut peut-être dire qu’elle en a rencontré d’autres ! Des non-identifiables ?!

Non que leur sexualité la choque (en fait Léa ne s’est jamais vraiment posé de question sur le sujet), mais le fait que cela puisse passer inaperçu… Elle trouve soudainement cela très surprenant, et intéressant. Alors il ne faut pas forcément ressembler à un homme pour aimer une femme ? Il n’y a pas forcément de dresscode  ou de signal distinctif, pas de preuve tangible, de défaut de fabrication évident, pas de mise en garde ? Mais alors, n’importe qui peut…

Non sans doute pas n’importe qui. Il faut probablement avoir certaines prédispositions.

Étrange toutes ces questions qui se bousculent dans la tête de Léa. Elle a toujours soigneusement évité les questions de sexualité, puisque de son point de vue, le sexe c’est l’intimité absolue entre deux personnes. Et elle a toujours refusé l’intimité, elle l’a fuit comme la peste noire, comme pour cacher au reste du monde que peut-être, elle n’est pas si différente finalement. Nier sa sexualité, c’est son pouvoir de différence ultime, ce qui la rend intouchable.

Jamais elle n’a ressenti la moindre attraction, elle en est sûre, elle est différente. Mais a sa façon, Zoé vient de lui prouver qu’elle aussi est différente. Léa s’interroge. Chaque échange de balle correspond à une nouvelle question qui pointe dans son esprit. Une partie d’elle suit le match avec attention, consciente d’avoir attendu ce moment presque toute sa vie, et l’autre partie vogue vers des océans d’inconnu. Ces certitudes s’effondrent les unes après les autres.

Quand Zoé attrape une nouvelle fois son bras dans le feu du match, Léa frissonne. Le contact la perturbe, suscitant une nouvelle question : n’a-t-elle vraiment jamais été attirée par personne, ou a-t-elle tout simplement refusé quelque part au fond d’elle même  la moindre attirance ? Parce qu’il faut se rendre à l’évidence, les élans tactiles de sa voisine lui font un effet certain.

Peut-être que l’effet s’est amplifié depuis qu’elle sait que Zoé est lesbienne.

Subitement, elle prend conscience de leurs genoux qui se frôlent, de leurs épaules si proches. Léa, curieuse de ses propres sensations, se penche à l’oreille de la jeune femme et lui murmure un « Avec un peu de chance, il va égaliser. J’espère un match en cinq sets ».

Zoé se retourne et fend son visage en un large sourire, validant les propos de sa voisine d’un petit hochement de tête et dans un sursaut d’enthousiasme, elle saisit la main de Léa. Celle-ci sent quelque chose se briser sous ses côtes et le souffle lui manque. C’est à ce moment là que la première goutte de pluie atterrit sur sa cuisse.

– Merde, il pleut.

– Non ! Pas déjà ?! Pitié… implore Zoé.

– Espérons que ça se limite à quelques gouttes…

Zoé remonte la fermeture éclair de son k-way en jetant un regard sombre au ciel qui s’est épaissi. A chaque nouvelle goutte, une sursaut soulève les jeunes femmes, mais pour l’instant le jeu continue.

– Tu devrais sortir ton parapluie parce qu’on risque d’y avoir droit… suggère Zoé, pessimiste.

– C’est que… c’est idiot je sais mais… je n’avais pas prévu qu’il pleuve !

Léa lit de la surprise aussitôt suivit d’un regard moqueur sur le visage de Zoé, mais presque aussitôt, elle retrouve un sérieux quasi maternel et défait sa fermeture éclair comme pour enlever son k-way.

– Non mais ça va, tu ne vas pas me donner ton truc ! Au pire je serai un peu mouillée, ça n’est pas grave !

– T’inquiète, je ne comptais pas te le donner ! Mais on peut partager, tiens, regarde, si on le met comme ça…

Et la jeune femme agrippe l’épaule de sa voisine et glisse leurs têtes sous le tissu protecteur. Sous la tente improvisée, elles se regardent, amusées.

– Je ne suis pas sûre qu’on en sera moins mouillées pour autant, mais partager, c’est mieux non ? demande Zoé, mutine.

Léa préfère ne pas répondre. Elle se sent rougir et se concentre sur le court. Tout le monde commence à s’agiter. L’arbitre doit réclamer le silence.

Si on avait dit à Léa quelques heures auparavant que son match risquait d’être gâché à cause de la pluie, elle en aurait fait tout un pataquès, mais là, elle n’y pense même pas. Elle ne sent que le corps de Zoé contre le sien, l’humidité et la chaleur ambiante, son bras autour de ses épaules, et cette subtile odeur de framboise. Ses cheveux. Sans doute son shampoing est-il aromatisé aux fruits rouges. Il lui rappelle celui qu’elle utilisait étant enfant.

Sur le court la pluie s’intensifie et gêne le jeu. Une balle de set pour revenir à un set partout. Le point est gagné. C’est ce que l’arbitre attendait pour signifier l’interruption du match. Tout le monde se lève dans une cohue générale pour aller s’abriter pendant que l’on recouvre de sa protection le court central. Calmes, les filles attendent que le gros des troupes ait désembouteillé les allées pour se lever. Léa sent la pluie ruisseler le long de ses bras. Elle rabat le k-way sur Zoé et veille à ce que celle-ci soit protégée au mieux. Comme Zoé surprend son geste, elle la remercie chaleureusement du regard et la gratifie d’un « Tête de mule » !

Il est un peu tard et l’orage n’a pas l’air de vouloir s’apaiser.  Léa se dit qu’elle va sans doute devoir revenir demain. Alors, elle réalise qu’il va falloir qu’elle quitte l’étreinte de Zoé. En attendant la décision des organisateurs du tournoi, elles se blottissent toujours l’une contre l’autre, prétextant des frissons de fraîcheur. Léa ne se reconnait pas. Que fait-elle dans les bras d’une femme qu’elle ne connaît pas ? Et surtout, pourquoi s’y sent-elle aussi bien ?

– Merde… s’ils reportent, je ne pourrai pas voir la fin.

– Pourquoi ? demande Léa paniquée.

– Parce que demain je travaille !

– Oui, mais là c’est Roland Garros !

Zoé lui sourit d’un petit air contrit. Léa resserra l’étreinte, comme pour refuser de la laisser partir.

– Mesdames et messieurs, entend-on dans les haut-parleurs. Nous avons le regret de vous informer qu’en raison du temps, nous devons reporter la suite du match à demain 13h.

Une nouvelle fois, quelque chose se brise à l’intérieur de Léa. De ses grands yeux embués, elle regarde tristement Zoé qui se mord la lèvre pour ne pas hurler.  Autour d’elles, les gens pestent. Entre elles, le silence s’installe. Zoé se perd dans le regard de Léa, ce regard si expressif, si prégnant.  Elle y lit la douleur, la peur, l’incertitude. Elle essaie alors de la rassurer :

– Ça arrive tu sais, ce n’est pas si grave. Et puis j’ai aussi des places pour la demi finale.

– Pas moi.

Léa détourne son regard et lui dit d’un ton qu’elle veut détaché.

– Alors, eh bien travaille bien demain et amuse-toi pour la demi finale. Adieu et c’était sympa de te connaître.

Comme elle se détache de Zoé pour lui tendre froidement la main, celle-ci lui retient le bras en lui disant :

– Tu es toujours aussi radicale ? Je peux te donner mon téléphone, et toi le tien, comme ça on pourra…

Mais dans la confusion qui fait rage dans sa tête, Léa n’entend rien de tout cela. Elle veut partir. Loin de cette femme qui l’a bouleversée. Loin de ses mains, loin de ses bras, de son sourire et son regard. Loin de son empathie. Loin de son humanité. Partir là où elle serait à nouveau différente et seule. Là où il était rassurant d’être différente et seule.

D’un geste brusque, Léa se dégage et s’élance dans la foule en criant : « Je dois y aller ». Mais après quelques pas, elle se retourne, elle voit Zoé, interdite, différente et seule au milieu de tous ces gens bruyants, Zoé qui la regarde noyée dans l’incompréhension et la déception.

Sans chercher à comprendre d’où lui vient cette impulsion, Léa parcourt en sens contraire les quelques pas qui la séparent de Zoé et, devant le regard incrédule mais ravi de celle-ci, elle dépose un baiser maladroit sur sa joue gauche. Comme elle s’écarte à nouveau d’elle, Zoé la retient d’une main derrière sa nuque et vient coller ses lèvres sur celles de la jeune femme. Léa réalise alors que c’est ce qu’elle voulait depuis le début. Ses lèvres. Pourquoi n’a-t-elle pas osé ?

Curieuse sensation que ces lèvres chaudes, que cette main ferme sur sa nuque, que ces corps qui se renouent comme ils semblent destinés à l’être. Oui, Léa se découvre curieuse et avide. Quand Zoé l’embrasse, elle ne s’éloigne pas, ne s’essuie pas de dégoût, ne crie pas sa colère. Elle goûte chaque seconde, elle vit l’instant comme s’il était celui pour lequel elle était née un jour. Elle savoure le contact des lèvres charnues, elle en demande plus. Elle veut un vrai baiser, pas un baiser de cinéma, pas un baiser esthétique, elle veut le baiser de l’intimité. Celui dans lequel elle connaîtra de Zoé tout ce que celle-ci acceptera de partager avec elle. Celui dans lequel elle acceptera de se livrer plus sincère qu’elle ne l’a jamais été. Et quand la langue de Zoé demande à s’insinuer dans ses parcelles privées, elle s’ouvre à elle. Elle s’offre aux caresses de ses bras, à la chaleur de son étreinte, à la moiteur de sa bouche. Elle s’imprègne de chaque nouvelle sensation et cherche à la rendre au centuple. Enfin, elle s’abandonne.

Aucune d’elles ne veut briser l’étreinte, aucune ne veut reprendre son souffle. Pourtant cette précaution vitale s’impose instinctivement. Le temps d’un souffle et c’est à nouveau la tempête des corps. Le baiser n’est ni tendre ni violent, ni doux ni amer, ni  cruel ni généreux, et un peu tout à la fois. Les mains de Zoé glissent sur le dos de chemise humide de Léa, elles remontent de ses hanches à ses côtés pendant que celles de sa partenaire s’emploient à une danse mimétique.

Un son grésille fortement dans le haut-parleur. La magie est rompue, les corps se défont. Quelqu’un parle encore, mais aucune des deux jeunes femmes n’entend quoi que ce soit. Léa lit le désir dans les yeux de Zoé. Pire que tout : Léa lit son propre désir dans les yeux de Zoé. Mais Léa n’a jamais désiré personne. A nouveau, Zoé ressent la peur envahir le regard de la jeune femme. Une peur panique qui engloutit les vagues de désir auxquelles elles succombaient quelques secondes plus tôt.

Trop tard.

Léa se dégage brusquement de son étreinte et tourne les talons. Sous une pluie battante, Zoé la regarde s’éloigner en courant.

Qui est cette fille ? Que lui a-t-elle fait ? D’où vient cette profonde souffrance que Zoé a su voir en elle ? Que vient-il de se passer ? Pourquoi ce baiser ? Et surtout, comment accepter l’idée de ne plus jamais la revoir ?

Même si beaucoup de questions se bousculent dans sa tête, Zoé renfile son k-way avec une nouvelle détermination : demain, boulot ou pas, elle assistera à la suite du match !

 

A suivre ?

 

 

 

 

critique | éducation libéro-sexuelle | film | homophobie | Itws & anecdotes | 25.02.2012 - 10 h 14 | 3 COMMENTAIRES
The Full Monty : le bonheur de voir s’effondrer un a priori

Indémodable !

 

Dans le cadre de l’étude d’une critique cinématographique, j’ai proposé à mes élèves de leur montrer quelques extraits du film The Full Monty pour combler l’avant dernière heure de cours avant les vacances. Tout le monde avait bien mérité ces minutes de détente !

Comme cela faisait bien 4 ans que je n’avais pas revu le film, et comme j’essaie d’être un minimum consciencieuse, je l’ai à nouveau regardé la veille au soir. Et là, c’est la tragédie. Des injures et des grossièretés fusent toutes les 3 secondes, et ce dès les premières minutes.

Je rappelle le contexte : d’anciens ouvriers de la métallurgie se retrouvent sans boulot et tentent de s’en sortir en commettant quelques larcins. Ils s’indignent de voir que leurs femmes dépensent jusqu’à 10£ pour aller voir une bande de stripteaseurs. Dans le contexte, les injures sonnent juste, elles sont compréhensibles et ne me choquent absolument pas. Oui, mais voilà, je suis professeur de français et je suis censée présenter cela à une classe de troisième dans le cadre d’un cours sérieux. C’est le dilemme.

En plus des imprécations quotidiennes, courantes mais non moins imagées que Gaz, le personnage principal déverse (du style « merde », « putain », « fait chier », « connards », « pet d’cul », « se trémoussant les valseuses »…), on a droit dès les premières scènes à un flot de mots doux homophobes pour désigner les stripteaseurs, de la traditionnelle « pédale » jusqu’à ce que je me contenterai professionnellement de citer comme étant une métaphore pour le moins virulente et osée…

Et là je tiens à éclaircir deux points.

D’abord à l’égard de ceux qui n’auraient pas vu le film : c’est un excellent film. Vraiment. Avec tout ce que l’on peut attendre d’un grand film. Et surtout, contrairement à ce que mes propos laissent penser, c’est aussi un film communautaire. A voir sans faute.

Ensuite, ne nous voilons pas la face. Je sais très bien, et vous aussi, que les oreilles d’adolescents de 15 ans ne s’effarouchent plus depuis fort longtemps, d’entendre la moindre insulte la plus fleurie soit-elle.

Mon dilemme était donc purement un dilemme de principe. Au diable les principes !

Pendant qu’ils visionnaient ces premières scènes, je les observais (c’est effrayant de voir comment il faut se démener pour capter l’attention d’une classe en temps normal, et de constater qu’il suffit de lancer une projection quelconque pour que la trentaine de têtes se fige, fascinée… dans une autre vie, je veux être écran de ciné…)

Sur certains visages, je remarque pour chaque insulte homophobe une brève expression de mécontentement ou d’étonnement (d’autres visages sourient bêtement du début jusqu’à la fin de l’extrait). Quand j’arrête la vidéo au bout de quelques minutes, pour faire le point, une élève demande à intervenir :

« Madame, mais c’est violent quand même, contre les homos… »

Certains rient grassement, mais la plupart d’entre eux forment un chœur de soutien murmurant « ça craint, t’as vu, quand y les traite de tante, pédale et tout… », « En plus c’est même pas des pédés », « En fait y sont jaloux », « Peut-être que c’est lui le pédé refoulé ! »…

Pendant quelques secondes, j’étais émue. Je ne leur ai bien sûr rien laissé transparaître, je ne suis pas censée avoir le moindre sentiment pour ces monstres. N’empêche qu’ils ont réagi. Face à leur indignation, je leur expliquai que le film était fait de telle sorte que cette pseudo homophobie du départ serait bouleversée par la suite, puisque deux des personnages… mais je n’en dis pas plus.

Ils étaient rassurés.

Ce qui m’a fait plaisir, en plus de leur réaction, c’est que l’homophobie était à des années lumières du sujet du cours. Je devrais leur en vouloir de ne pas avoir plus tiqué sur les différences entre The Full Monty et sa tragique imitation française, Disco. Mais j’étais bien trop surprise de ne pas les voir surenchérir au contraire, à ces médisances. Il n’est pas rare d’entendre des « sale pédale » fuser dans les cours de récré. Aussi, leur réaction d’hier m’a redonné espoir. On peut changer les mentalités. On a déjà commencé à le faire. Et si la route est encore longue, nous sommes de plus en plus nombreux à l’emprunter, quel que soit notre bord.

 

 

D-libérations | éducation libéro-sexuelle | 19.02.2012 - 11 h 57 | 4 COMMENTAIRES
Réflexion géomosexuelle du dimanche

Colore le monde…

 

C’est marrant de laisser un article s’écrire et se composer tout seul. Alors que je cherchais une image pour illustrer ma micro-pensée du dimanche matin (qui ose penser en week-end ?!), je suis tombée sur cette chanson innocente qui colle si bien à mes propos que je vous l’offre en cadeau (gratuit pour moi, fortuit pour vous).

A quoi est-ce que je pensais déjà ?

Ah oui. Je regardais mon tas de copies à corriger (enseigner, c’est bien, corriger, ça craint !) et comme je n’avais pas trop le cœur à l’ouvrage, j’errais sur certains blogs de Yagg, cherchant la motivation nécessaire. Je suis tombée par hasard sur de singulières Blue Notes  (que je vous encourage à parcourir sur le blog éponyme) et au fur et à mesure de mes lectures, je repensais à un devoir que j’avais donné à mes gamins.

J’enseigne le français, mais aujourd’hui, dire qu’on enseigne une matière, c’est ridiculement hors de propos. On enseigne, un point c’est tout. On commence par enseigner la vie. Nos disciplines se mêlent en un même noyau commun à tous : LA discipline. Mais pas la discipline de jadis, à la règle et à l’humiliation, je parle juste d’une forme de discipline nécessaire bien que trop souvent insuffisante qui nous permet d’obtenir éventuellement quelques résultats dans la fameuse matière enseignée. Bref, je m’égare…

Tout ça pour vous dire que, en enseignant le français, on est amené également à avoir des notions interdisciplinaires, aussi bien en mathématiques (eh oui, la grammaire, c’est comme les maths, ça s’apprend, ça s’applique !), en Sciences et Vie de la Terre (biologie pour les anciens…), en anglais… et bien sûr en histoire-géo.

Et donc, l’autre jour, alors que je demandais à une classe de 5e de  remplir une fiche de vocabulaire sur les différentes faunes flores et coutumes dans chaque région du monde (je suis toujours navrée de constater leur manque de culture mais, à la réflexion, que savions-nous à leur âge ?), une élève inspirée me dit :

« Mais madame (ça ne loupe pas, à chaque fois qu’ils m’appellent Madame, je pense à ma mère…), c’est super compliqué, c’est tout différent de partout, on n’a pas la place d’écrire, y’en a trop ! »

Ainsi nous abordons le sujet de la diversité culturelle et identitaire, et là… c’est le drame. Par respect pour eux, et pour vous, je ne peux vous retransmettre la totalité des inepties et des non-sens qui m’ont été débités…

Je digresse…

« Madame, pourquoi vous disez ‘graisse’ ? »

« On ne dit pas ‘vous disez’, mais ‘vous dites’, et je ne dis pas … »

Bref.

Comme le cerveau est une étrange machine qui a parfois le don de faire des associations d’idées aussi sottes que grenues, et comme je suis de nature à m’accrocher aux mots,  je remarquais que, à une lettre près, pays = gays.

Et aussi sec, je m’invente prof d’Histoire et d’ouverture sociale en bouleversant les discours classiques :

« Alors vous voyez les jeunes, le monde se construit en gays qui incarnent une culture, une langue, un mode de vie commun, mais partout la différence crée la richesse de notre planète. Ils se réunissent sous un même drapeau, multicolore. Rencontrer, connaître, partager toutes ces différences, c’est ce qui fait la force et l’évolution de l’Homme.  Pour chaque gay, la vie est ce qu’il y a de plus important, et le respect de celle-ci sous toutes ses formes est capital. Les gays ont pour but l’égalité entre tous et ils militent pour cela. Ils n’ont pas de frontière, ils se tiennent tous la main dans une grande chaîne humaine, remarquablement solide. Alors comment ne pas être fier d’en être ? »

« Alors voyez-vous les enfants, le monde se divise en pays qui représentent une culture, une langue, un mode de vie commun, et la diversité nous donne parfois une image effrayante de la Terre. Chacun arbore un drapeau bien différent qu’il faut pouvoir identifier. Quantifier, qualifier, définir c’est ce qui nous aide à faire tenir tout le monde dans des cases. Pour chaque pays, on appelle « capitale » la ville la plus importante, celle qui impose aux autres le respect et la soumission. Les pays, prétendant à l’égalité, se font la guerre : c’est comme cela que les frontières changent sans cesse, au détriment de ceux qui n’ont aucun pouvoir. Généreusement, les puissants autorisent les aides humanitaires, alors pourquoi se plaindre ? »

Ok, l’un est utopique, l’autre exagéré. N’empêche…

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 03.06.2011 - 05 h 47 | 19 COMMENTAIRES
Roland Garros, jeu set et match entre deux courts (nouvelle érotique lesbienne)

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Ce post comporte des scènes adultes pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes. Parce que le sport c’est violent, ces lignes sont interdites aux moins de 16 ans. Merci de votre compréhension.

 

Jeu, set et match entre deux courts

 

 

 

Tout avait commencé par un sourire. Tout commence toujours par un sourire. Un sourire franc, avec la touche de timidité nécessaire pour ne pas être agressif. Un sourire qui en invite un autre en retour. Elle lui avait souri dans la tiédeur de l’anonymat. Et une intimité s’était alors créée d’elle-même. Une intimité anonyme.

Qui était-elle ? D’où venait-elle ? Où allait-elle ?

Peu importait finalement. N’existait que son sourire à travers la foule et la chaleur suffocante de ce début d’été à Roland Garros. Partout autour, des gens qui erraient entre deux matchs, des odeurs de friture, des noms de joueurs scandés avec ferveur. Et elle, qui lui souriait, sans raison.

Nathalie se sentait comme dans ces moments où le temps se fige, où tout semble se dérouler au ralenti, où les choses alentour basculent dans une autre dimension quand votre regard se focalise sur un point et un seul. A cet instant-là, elle ne regardait que son sourire.

La connaissait-elle ? Elle en avait l’impression. Comme si elle retrouvait sa meilleure amie d’enfance, ou sa sœur d’une autre vie, parallèle ou antérieure.

Elle était trop foncée pour être blonde, sans être brune non plus. Elle n’était ni jeune, ni vieille : ses yeux avaient l’éclat et l’insouciance de l’enfance, mais son sourire semblait avoir l’âge du monde. Adossée à un stand de boissons fraîches, sa svelte silhouette évoquait les lignes alanguies d’une déesse hédoniste en mal d’amusement. La sensualité qui émanait d’elle était palpable.

Pourquoi diable lui souriait-elle à elle ?

Nathalie regarda curieusement derrière elle, comme si elle cherchait une explication extérieure à ce sourire. Mais non, il apparaissait très clairement, qu’elle était l’unique point de fuite de l’attention de cette femme.

Comme le temps, son corps s’était figé. Sans qu’elle ne puisse s’expliquer pourquoi, son cœur frappait de plus en plus fort dans sa poitrine. Quand la femme se détacha de son point d’ancrage pour avancer, féline, droit sur elle, Nathalie crut que sa cage thoracique allait éclater. Cent cinquante-troisième joueuse mondiale, elle venait de gagner son match contre une Russe ayant plus de cent places d’avance sur elle au tableau. Elle doutait que cette victoire lui vaille le moindre intérêt de la part du public, ni la moindre reconnaissance. Et si elle venait de vivre une émotion superbe en passant le premier tour de Roland Garros, tout lui semblait soudain terriblement lointain, futile.

Elle arrivait, elle était là.

Son sourire s’accentua, et malgré elle, Nathalie le lui rendit.

Quand elle s’arrêta devant elle, Nathalie inclina la tête dans une interrogation muette.

–          Excusez-moi, mais autant vous le dire, vous avez coincé votre jupe dans votre… shorty.

–          Ah ?!…

Nathalie crut se liquéfier sur place. Hâtivement, exprimant sa honte dans un fard écarlate, elle libéra sa jupe de son sous-vêtement.

–          Tout le monde a pu voir…

–          Vos fesses, oui. Mais je pense que personne n’avait envie de s’en plaindre.

Nathalie rougit de plus belle et bafouilla :

–          Merci… de me l’avoir dit.

–          C’était stratégique, répondit la femme dans un autre sourire, carnassier cette fois. J’aurais pris un malin plaisir à vous suivre comme ça pendant des heures pour profiter du spectacle, mais d’un autre côté, ça me donnait une bonne excuse pour vous aborder.

Surprise, Nathalie en resta bouche bée.

–          Liz Anderson, se présenta la femme en tendant la main.

–          Euh… Nathalie Marques, répondit la jeune femme en saisissant la main tendue.

Leurs regards s’accrochèrent et la puissance de séduction que rencontra Nathalie dans les yeux de Liz la fit vaciller.

–          Vous… allez bien ? s’inquiéta la belle inconnue, dont le regard se troubla.

–          Euh… oui, tout va… bien.

–          Vous avez gagné votre match, vous avez dû trop puiser dans vos forces…

–          Oui… non. Ça va… Vous… vous savez que j’ai gagné ?

–          Comme la France entière, je crois. Sauf que moi j’aurais eu le privilège de vous voir jouer ce match en direct.

–          Ah… bien… Je… euh… suis désolée.

–          Mais de quoi mon Dieu ?

Pourquoi venait-elle de s’excuser ? Elle n’en savait rien. Elle ne savait plus rien que ces yeux, que ce sourire, que cette main que Liz tenait toujours de ses doigts fermes et frais. Nathalie partit dans un petit rire nerveux. D’un seul coup, toute la fatigue accumulée par ces derniers jours de préparation, le stress de s’embarquer sans réussite possible dans un tournoi du Grand Chelem, le poids à porter en tant que française chez elle, les retombées physique du match passé, les espoirs pour le match à venir, tout cela disparaissait, s’effaçait dans le regard et le sourire mi-amusé, mi-interrogatif, d’une parfaite inconnue. Nathalie se sentit soudain si légère qu’elle en rit franchement, entraînant avec elle une Liz incrédule. Leur fou rire dura une longue minute pendant laquelle elles détournèrent bien des têtes autour d’elles.

–          Je vous connais ? s’enquit Nathalie, entre deux soubresauts. J’ai l’impression que je vous connais.

–          Pas encore, non. Mais il ne tient qu’à vous de faire plus ample connaissance.

–          Qu’est-ce que vous proposez ? demanda Nathalie, se mordant subitement les lèvres, inquiète d’entendre une réponse aussi directe que ce que pouvait laisser entendre l’approche franche de Liz.

–          Ne faites pas ça, invectiva-t-elle.

Sa voix avait retrouvé tout son sérieux, et son regard se fit brûlant.

–          Pardon ? Pas quoi ?

–          Ce truc, avec vos lèvres…

–          Ah… Désolée… Mais… Euh… Pourquoi ?

–          Parce que vous êtes irrésistible quand vous faites ça.

Nathalie eut du mal à déglutir. Liz s’était rapprochée en disant ces mots. Son regard planté dans celui de Nathalie, son souffle à portée de peau, son corps à quelques centimètres à peine de l’autre, elle ajouta :

–          Maintenant, j’ai terriblement envie de vous embrasser.

–          Moi ? s’étrangla Nathalie.

L’assurance et la détermination qu’elle lut sur son visage la fit frissonner. Bien malgré elle, submergée par une nouvelle vague de chaleur et une irrépressible attirance, elle se mordit à nouveau les lèvres dans un tic nerveux. Ce petit geste, si anodin, si involontaire, venait de déclencher des foudres de désir dans les yeux de Liz. Nathalie le réalisa bien trop tard.

–          Vous avez recommencé.

–          Je…

Les mots d’excuses de Nathalie moururent sur les lèvres de Liz qui se pencha pour les recueillir dans un baiser bref mais intense. Son corps emprisonnant celui de Nathalie, Liz ne desserra pas son étreinte en libérant la bouche de la jeune femme. Ainsi enlacées, en plein milieu des allées bondées de Roland Garros, chacune sentait les pulsations furieuses soulever la poitrine de l’autre. Leurs souffles courts s’harmonisaient à la cadence folle d’un métronome emballé.

Sans se dégager mais en prenant un minimum de distance, Nathalie osa :

–          Mais que… qu’est-ce que vous me voulez ?

–          J’ai envie de vous, là, maintenant, tout de suite.

–          Vous êtes sérieuse ?

Devant la gravité du regard de Liz, Nathalie puisa en elle les ressources nécessaires pour reprendre pied dans la réalité. Sans qu’elle ne puisse expliquer pourquoi ni comment c’était possible, son corps lui criait son désir pour cette femme qu’elle ne connaissait même pas. Il lui fallait revenir sur Terre.

–          Non, mais je ne sais même pas qui vous êtes, et… et puis on est à Roland Garros ! On ne peut pas… objecta Nathalie, alors que son corps s’incrustait plus avant dans celui de cette belle femme.

–          Je m’appelle Liz, je vous l’ai dit, et j’ai envie de vous. Et je crois que vous avez aussi envie de moi. Si c’est le cas, venez, l’incita-t-elle en la libérant de son étreinte et lui tendant la main.

–          Juste comme ça ? s’enquit Nathalie, incrédule, lorgnant malgré elle cette main tendue.

–          Juste comme ça. Et plus si affinités.

Le sérieux de Liz effrayait quelque peu la jeune femme. Elle avait soudain l’impression que sa vie se jouait sur cette décision, comme une mise en danger, un risque à prendre pour une balle de match à ne pas manquer.

Les yeux fermés sur son incertitude et sa crainte, Nathalie saisit fébrilement la main de Liz, qui referma résolument ses doigts sur sa proie.

–          Je tiens à dire que je ne sais absolument pas ce que je fais…

–          T’inquiète, moi je sais. Je vais te faire jouir. Plusieurs fois, affirma Liz avant d’entraîner une Nathalie interloquée dans une marche précipitée.

Nathalie n’était même plus consciente d’où elle était. Elle avançait dans le sillage de Liz, grisée par ces derniers mots. Elle ne remarquait pas qu’elles s’éloignaient des rumeurs de la foule, de la chaleur des allées trop offertes au soleil de plomb de cette fin mai. Elle aurait été incapable de dire dans quelle direction elles étaient parties, ni comment elles s’étaient brusquement retrouvées dans cette zone déserte, à l’abri des regards des spectateurs oisifs, des organisateurs survoltés, de l’agitation humaine, sonore et importune de la foule lors d’un grand tournoi comme celui-là. Toujours était-il que Liz avait réussi à trouver probablement la seule aire tranquille du site, et que désormais, Nathalie était prise au piège.

Elle avait vaguement conscience d’un bosquet d’arbres et de buissons, d’une petite cabane en bois blanc, abritant vraisemblablement un générateur de secours dont de gros câbles sortaient pour se perdre dans un dédale de stands qui leur tournaient le dos, et un beau carré de gazon qui s’offrait à elles comme une oasis d’intimité au beau milieu de nulle part.

Liz s’arrêta au centre de cet éden improbable et se tourna vers Nathalie, la bouche fendue dans un sourire attentiste. Sans lâcher sa main, elle tendit la seconde pour amener la jeune femme à lui faire face dans un ralenti magnétique.

–          Et maintenant ? demanda Nathalie d’une voix blanche qu’elle ne reconnut pas.

–          Maintenant, tu me laisses faire.

D’un geste assuré, Liz fit remonter sa main sur la nuque de Nathalie pour venir à nouveau joindre sa bouche à la sienne. Leur baiser fut beaucoup plus long, et presque tendre cette fois. La conviction qui transparaissait dans chacun des mouvements de Liz s’accompagnait d’une profonde délicatesse, et aussi bien dans son baiser que dans les lascives caresses qu’elle prodiguait à la jeune femme, il émanait à la fois une autorité naturelle, un profond respect et une sensibilité saisissante.

Là, debout, à l’ombre des arbres encore verts d’un printemps tardif, Nathalie s’offrait, interdite, à l’ardente ferveur de Liz. Pourquoi cette femme l’avait-elle entraînée jusque-là ? Pourquoi la désirait-elle ? Et surtout comment avait-t-elle pu se laisser convaincre ? Tant de questions qui n’avaient plus vraiment d’importance. Seule comptait désormais l’envie, ce soudain appétit criant de lubricité, cette faim égoïste de son propre plaisir dont elle savait, sans savoir comment, qu’elle allait être pleinement satisfaite. Les lèvres de Liz quittèrent sa bouche pour s’aventurer dans son cou. Sous la pression du désir, Nathalie chercha à reculons un appui fixe, jusqu’à ce que son dos heurte les parois de la petite cabane. Elle sentait ses jambes fléchir depuis que la main de Liz s’était glissée sous son débardeur. Ses seins la faisaient presque souffrir tant la tension sexuelle était à son comble et tant Liz sollicitait ses tétons entre ses doigts. Dans un mouvement presque théâtral, Liz ôta le haut de Nathalie pour libérer l’accès à ses seins. Celle-ci voulut protester mais son évident manque de conviction n’aurait pas été crédible. Elle se laissa complètement aller aux caresses des mains et de la langue de sa partenaire, l’encourageant par de petits gémissements instinctifs.

La bouche de Liz dessinait les courbes et les saillances de sa gorge, s’engouffrant dans les salières à la base de son cou, remontant jusque derrière ses oreilles, mordillant ses lobes, pendant que ses mains l’effleuraient asymétriquement. L’une s’appliquait à palper ses seins, courtisant ses tétons tendus, l’autre se promenait de son épaule à ses fesses, plaquant leurs corps dans une étreinte suffocante.

Nathalie n’essayait même plus de conserver un minimum de sang-froid, elle se laissait consumer par cet emportement sensuel, animal. Elle cherchait son souffle dans le parfum fruité des cheveux de Liz, respirant sa fraîcheur autant que l’ambre charnel, le miel suintant chaudement de chaque pore de sa peau, libérant un nuage de phéromones dont elle était dorénavant captive.

–          Je t’en prie… geignit Nathalie.

–          Attends. Pas encore.

–          Mais je… s’il te plaît, viens…

Répondant à la supplique de la joueuse, Liz vint coller sa main à son entrejambe. Nathalie suffoqua. Des salves presque douloureuses de désir l’assaillirent. La fulgurance de sa réaction enivra Liz qui, sans s’encombrer de convenances formelles tira d’un geste brusque mais efficace le shorty de Nathalie vers le sol, révélant son sexe déjà copieusement mouillé. Glissant sans autre forme de procès deux doigts entre ses lèvres humides, Liz arracha un cri à Nathalie.

–          Chut… tu vas nous faire repérer…

Mais la jeune femme était déjà bien loin de ces basses considérations. Elle n’était plus que sensation. Une sensation focalisée sur le contact des doigts de Liz, tant sur ses seins qu’autour de son clitoris.

Voyant que chaque caresse sur cette parcelle particulièrement susceptible de son anatomie avait pour effet des cris à peine étouffés, Liz ne s’y attarda pas plus longtemps et pénétra de ses deux doigts l’onctueux écrin de la tenniswoman. Elle sentit son corps se tendre au fur et à mesure de sa prudente avancée. Lorsque son poignet buta contre le sexe de Nathalie, celle-ci agrippa le bassin de Liz dans un mouvement brutal pour qu’elle vienne se presser sur elle, provocant une nouvelle impulsion de ses doigts dans son vagin. Liz remarqua avec délectation que Nathalie se mordait les lèvres pour essayer de rester muette. Cette moue, ajoutée à l’impétuosité inattendue dont faisait preuve la jeune femme, rendait Liz totalement folle.

Elle souleva la joueuse du sol, la tenant plaquée contre la cabane, son bassin coincé entre ses jambes écartées, ses deux doigts toujours en elle. Nathalie lui agrippa les épaules pour plus de stabilité, et Liz imprimait de furieux mouvements de hanches, enfonçant toujours plus profondément ses doigts dans son sexe affamé. En quelques secondes, tout s’obscurcit pour Nathalie. L’orgasme la saisit si rapidement, si violemment, que son corps pris de convulsions desserra son étreinte, les faisant basculer toutes deux sur l’herbe verte.

Liz amortit habilement le choc, roulant presque aussitôt sur le côté pour atterrir au dessus de sa partenaire encore tressaillante de plaisir. Elle vint recueillir un baiser sur les lèvres de Nathalie et surprise, s’exclama en se redressant :

–          Mais tu saignes ! Tu t’es blessée ? Je t’ai fait mal ?

–          Pas du tout, parvint à répondre la joueuse, j’ai juste… du mal… à ne pas crier. Tu… me donnes envie de…

Avide du magnifique sourire renaissant sur les lèvres de Liz, Nathalie tira sur ses bras pour refaire basculer son amante jusqu’à sa bouche. Leur baiser bruyant et vorace les entraîna dans une roulade éperdue. Sans qu’il n’y ait de vraie compétition, Liz s’imposa en ce début de deuxième set. Coinçant d’une main les bras de Nathalie au-dessus de sa tête, Liz entreprit d’écarter les jambes de la jeune femme avec ses propres pieds, occupant sa main libre avec les seins aux tétons toujours érigés de la joueuse. Une fois les jambes écartées, Liz vint coller son bassin contre celui de Nathalie, se frottant dangereusement contre son entrejambe. Ayant relevé sa jupe, le sexe humide et nu de Nathalie rentrait en contact direct avec la toile tout aussi humide du short de Liz. Malgré la prise solide de la main de Liz sur ses avant-bras, la joueuse aurait voulu venir faire pression sur ce bassin, accompagner de ses mains les mouvements de va-et-vient de ce corps qui ondulait sur elle.

Déjà, elle sentait son propre plaisir renaître, grandir, s’apprêter à exploser à nouveau. De tout son corps, elle venait chercher le contact presque abrasif de sa partenaire. Leur rythme était scandé par leurs souffles, courts, sonores, enfiévrés. Quand elle se retrouva aux portes de la jouissance, Liz vint provoquer son orgasme en la pénétrant promptement de tous les doigts de sa main, excepté son pouce, qui lui, vint exercer une douce pression sur son clitoris. Liz vit le visage de Nathalie s’ouvrir de surprise, pour brusquement se crisper dans une expression de plaisir intense. A nouveau, elle mordit ses lèvres pour ne pas hurler son orgasme naissant. Tout en s’appliquant aux mouvements rapides de sa main, Liz vint empêcher la morsure de son amante dans un baiser fougueux, au goût de sang.

Quand son corps fut une nouvelle fois ébranlé par les spasmes extatiques du plaisir, Nathalie ne put s’empêcher de crier dans la bouche de Liz. Cette dernière s’affaissa de tout son poids sur la joueuse et se laissa glisser jusqu’à venir reposer sur son flanc. D’une main attentionnée, elle vint chasser une brindille d’herbe que la sueur avait collé au front d’une Nathalie encore groggy par l’extase.

–          Tu sais que tu es superbe quand tu jouis ? Tu as presque la même expression que lorsque tu gagnes un match…

–          Ah ? Parce que tu connais mon expression quand je gagne un match ?

–          Je t’ai vue tout à l’heure. Tu es vraiment magnifique.

–          Euh… merci.

Nathalie plongea son regard dans celui de cette femme si surprenante, si étrange aussi. Pendant quelques secondes, elle y lut une indescriptible satisfaction, comme si elle était fière de l’avoir fait jouir. Mais aussitôt, un voile d’une tendresse déroutante se posa sur ses yeux clairs, laissant Nathalie confuse. Au loin, derrière les stands, elles entendaient la foule grouillante. Pourtant, tout semblait si calme tout à coup…

D’une caresse, Liz dessina le contour des lèvres de sa partenaire, effaçant les traces de sang. Le coude planté dans l’herbe, la joue négligemment posée sur sa main, elle entreprit de tracer tous les contours du visage de la tenniswoman qui ferma les yeux pour en apprécier la douceur.

Quand le doigt enjôleur de Liz quitta le menton de Nathalie pour se glisser le long de son cou jusqu’à son sein gauche, la joueuse sursauta et lança à son amante un regard contestataire.

–          N’y pense même pas !

–          Quoi, ne me dis pas qu’une athlète de ton niveau est déjà fatiguée ?!

–          Je te rappelle que l’athlète que je suis vient de disputer un match en trois sets dans un tournoi du Grand Chelem. J’ai le droit d’être un peu fatiguée, non ?

–          Tu en as le droit, oui, mais tu n’as pas celui de refuser que je te lèche.

–          Argh… s’étrangla la joueuse, consciente que tous les feux qu’elle croyait rassasiés dans son bas-ventre se relançaient de plus belle.

Accompagnant la parole du geste, Liz caressa d’un regard gourmand le renflement légèrement bombé du sexe de Nathalie qui s’exposait, abandonné, encore frémissant, juste en dessous de cette petite jupe relevée.

–          Tu es dangereusement sexy, là, comme ça…

–          N’importe quoi.

–          Oh que si ! Et je vais te le montrer… affirma Liz en remontant d’un geste souple sur le corps de sa partenaire.

Après avoir pris le temps d’un langoureux baiser, Liz glissa le long du corps brûlant de Nathalie, qui se cambra un peu plus au fur et à mesure de la descente. Quand les lèvres de Liz se posèrent sur son sexe, elle coinça à nouveau ses propres lèvres dans ses dents, étouffant ses gémissements.

Liz entreprit de lécher très doucement les alentours sulfureux du clitoris de la joueuse, avant de le prendre à pleine bouche et de l’aspirer avec délectation.

–          Oh ! Doucement, je t’en prie… tu vas me faire jouir en trente secondes !

–          Chut…

Les mains ramenant vers son visage le bassin de son amante, Liz reprit le jeu cruel de sa langue et de ses lèvres. Dégustant voluptueusement chaque millimètre de cette chair singulièrement érogène tout en malaxant les fesses fermes de la jeune femme, Liz se fit violence pour contenir son plaisir. Elle adopta le rythme lent et suave du vent dans les branches au-dessus d’elles. De temps en temps, elle ne pouvait s’empêcher de retenir, elle aussi, un gémissement euphorique. Les cuisses de Nathalie se refermaient progressivement, durant la montée de son plaisir, et bientôt, elle allait jouir à nouveau.

Liz releva soudain la tête, interrompant moqueusement l’excitation grandissante de sa partenaire.

–          Je savais que j’aimerais te lécher. Mais je ne savais pas si ça te plairait…

–          Rhhaaaaa ! Tais-toi et …

Nathalie marmonna quelque chose dans sa barbe et chercha à attraper la tête de Liz pour la ramener à sa besogne, mais celle-ci insista :

–          Et… quoi ?

–          Mange-moi, dit timidement la joueuse.

La bouche fendue dans un sourire béant, Liz s’exécuta, guidée par les mains impérieuses de la jeune femme. Dès que ses lèvres retrouvèrent celles plus intimes de Nathalie, Liz la pénétra de sa langue, tout en emprisonnant son clitoris dans sa bouche. La pression des mains de la joueuse sur sa tête donna la cadence à la langue inquisitrice de Liz, et bien vite, l’excitation fut à son comble. Le corps tendu à l’extrême, les cuisses prenant en étau la tête de son amante, Nathalie sentit son orgasme déferler en elle, en vagues fulgurantes de plaisir. Prise dans les contractions d’extase de sa partenaire, Liz se régalait elle aussi de cet orgasme, le prolongeant de petits coups de langues synchronisés avec les contorsions rythmées du corps de Nathalie.

Une fois la tornade de jouissance apaisée, Liz se hissa à nouveau à la hauteur de son amante.

–          C’était délicieux, merci.

–          Euh… merci à toi ! rétorqua Nathalie, encore essoufflée. Mais, dis-moi, s’il te plait, qui tu es ? Comment ? Pourquoi ? Je…

–          C’est si important pour toi ?

–          Non mais tu crois quoi ? Que j’ai l’habitude de me faire… que j’ai l’habitude qu’on me… fasse ça, comme ça ?

–          Ah ? Ca n’est pas le cas ? interrogea Liz, mutine.

Le regard sombre de Nathalie l’encouragea à étouffer son ironie.

–          Ecoute, que veux-tu que je te dise ? Tu es mon fantasme, c’est comme ça. On n’a qu’a dire qu’au moins brièvement, j’aurai été le tien. Ça te va ?

–          Ça veut dire quoi ? demanda la tenniswoman perplexe. Ça veut dire qu’on se retrouve un beau jour de Roland Garros pour une bonne partie de jambes en l’air en plein air, sans se connaître, sans chercher à en savoir plus, et sans se revoir, c’est ça ?

–          Bah, ça peut être ça. La suite dépendra surtout de toi. Tu es en plein tournoi, ça n’est sans doute pas le bon moment pour…

–          Ça, je crois que c’est à moi d’en décider.

Retrouvant quelque peu ses esprits, Nathalie se redressa, s’assit, rabattit sa jupe sur son sexe encore bourdonnant, et se retourna sur son amante toujours allongée dans l’herbe, les bras croisés derrière sa nuque. Liz la regardait presque effrontément. Elle continuait à caresser des yeux le corps athlétique de la joueuse, encore torse nu. Nathalie, aimantée par la beauté sauvage de la femme étendue à ses côtés, entreprit de défaire la boucle de la ceinture de Liz. Celle-ci la retint d’un geste vif.

–          Qu’est-ce que tu fais ?

–          Tu croyais vraiment que t’allais… me faire ce que tu m’as fait et repartir comme ça ? Tu rêves.

–          Non, tu n’es pas obligée…

Pour la première fois depuis leur rencontre, Nathalie lut une incertitude dans le regard de Liz, un soupçon de peur et de surprise. Cette femme pensait-elle vraiment qu’elle n’aurait pas envie de partager ? Faisait-elle partie de celles qui aiment donner mais n’acceptent pas de recevoir ?

Le désir de Nathalie pour Liz était pourtant bien là. Pressant. Urgent.

–          Liz, je vais te faire jouir, que tu le veuilles ou non, mais je suis presque sûre que tu le veux, toi aussi.

–          Mais…

De ses lèvres, la joueuse vint faire taire son amante, venant peser de tout son poids sur le corps ainsi prisonnier de Liz…

 

 

 

On ne connait que trop bien la suite …

 

éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 18.05.2011 - 05 h 03 | 15 COMMENTAIRES
Délires à lire : une nouvelle érotique à (forte) tendance lesbienne (3e et dernière partie… la partie à TRES forte tendance lesbienne)

La fin c’est bien

Délires à lire

Nouvelle érotique

 

Voici enfin le troisième et dernier volet de cette nouvelle, qui laisse plus ou moins mamie Thérèse de côté pour en revenir à nos deux jeunes lesbiennes fraîchement rencontrées. Charlie reprend donc la narration :

 

 

 

Je n’arrive pas à me concentrer sur mon travail. Impossible de détacher les yeux de la porte d’entrée. Je suis tellement excitée que j’ai peur de rester collée à ma chaise. Si elle ne vient pas aujourd’hui, je ne sais pas si j’y survivrai ! Il est près de 14h et je n’ai même pas pris la peine d’aller manger de peur de la rater. Pour passer le temps, je me fais tout un tas de scénarii dans ma tête, tous plus chauds les uns que les autres, et chacun d’eux inclut Yaëlle et un régiment de livres. Malheureusement pour moi, j’ai une imagination débordante pour certaines choses. Si seulement je pouvais être aussi fertile pour ma thèse…

Une jupe longue apparaît. Un corps gracile, un visage radieux, un regard à couper le souffle… Elle est là. Elle investit toute la bibliothèque de son éclat et je me fais l’impression d’un point noir. Pour un peu je me cacherais ! Mais elle m’a vue. Elle s’approche.

–         Viens ! me dit-elle en arrivant à ma hauteur.

Elle prend ma main et m’entraîne vers le fond de la bibliothèque. Devant une porte où il est écrit « Personnel uniquement », elle m’attrape par la taille et m’embrasse à pleine bouche puis me dit :

–         J’ai rêvé de ça toute la nuit !

Et moi donc ! Et toute la matinée aussi…

D’un geste sûr, elle ouvre la porte tout en déboutonnant mon jean. Elle m’attire à l’intérieur d’une petite pièce obscure où les livres s’entassent dans le plus grand désordre. Le décor parfait !

–         Tu es sûre que ça ne craint rien ?

–         On ne le saura qu’en essayant, me dit-elle, mutine.

Déjà sa bouche court le long de mon cou, pendant qu’elle écarte le col de ma chemise pour atteindre mon épaule. Ses mains s’appliquent à défaire mes boutons et sa jambe vient appuyer sur ma braguette. Suis-je dans un de mes fantasmes ? Vais-je me réveiller d’un moment à l’autre, nez-à-nez avec mon ordinateur, un filet de salive aux commissures des lèvres trahissant mon égarement onirique ? Non, je respire ses cheveux, je l’entends gémir, je goûte sa peau, je sens partout ses mains, ses lèvres, je tremble sous la pression de son corps, je me perds dans ses yeux pétillants de désir. Son impatience est telle que sans même prendre la peine d’en finir avec mes boutons de chemise, dont le dernier semble être récalcitrant, elle glisse sa main entre mon jean et ma culotte pour venir poser ses doigts sur mon interrupteur à plaisir… Elle m’allume. Je prends feu.

–         Humm, tu es déjà si mouillée…

–         Ah, tu l’as remarqué ?

Les petits cercles qu’elle commence à décrire par-dessus ma culotte n’aident en rien à stopper l’inondation qui menace de me trahir à travers mon jean. Bientôt, je n’arrive plus à réfléchir ni à articuler, et le simple fait de devoir me concentrer pour ne pas crier m’apparaît comme la pire épreuve, digne des douze travaux d’Hercule ! J’entends vaguement son souffle à mon oreille, court, saccadé, presqu’autant que le mien. Pendant une seconde, ses doigts se détachent de leur objectif pour mieux le retrouver sans son ultime barrière de coton. A leur contact direct, j’ai l’impression que mon clitoris est sur le point d’exploser, et pour ne rien arranger, une autre main vient se poser sur mon sein, emprisonnant mon téton. Mon corps entier lui est ainsi livré sans la moindre résistance. Et c’est avec un plaisir certain que je la sens elle aussi s’abandonner quelque peu : de son sexe, elle vient frotter ma cuisse et chaque mouvement la pousse un peu plus contre moi. Quand je discerne l’horizon imminent de ma jouissance, deux de ses doigts s’égarent jusqu’à l’entrée de mon sexe et me pénètrent brutalement. Je n’ai pas le temps d’être surprise. Je jouis sous la répétition de ses assauts et me contracte en la maintenant fortement contre moi. Les vagues de plaisir qui déferlent dans mon bas-ventre semblent ne plus vouloir s’arrêter, et elle pousse le vice jusqu’à encourager la persistance de cet orgasme en continuant le déchaînement diabolique de ses doigts. Dans ma poitrine, c’est la révolution ! Dans ma culotte, c’est un cataclysme ! Dans ma tête, une rébellion ! Pour arrêter tout ça, je n’ai pas d’autre moyen que de m’arracher à son étreinte et inverser les rôles.

Presque sans précaution, je la renverse sur le bureau envahi de livres et de papiers et plaque ma bouche contre la sienne. Sa main, encore humide de mon plaisir, vient saisir ma tête par les cheveux pendant que j’écarte ses cuisses sous mon bassin. Malgré le bourdonnement qui s’y fait encore sentir, je colle mon sexe contre le sien, à travers sa jupe, à travers mon jean défait. Elle gémit un peu trop fort, et s’en mord la lèvre. Je me frotte plus fort, et la morsure du tissu sur mes chairs encore sensibles me fait vibrer dans un écho d’orgasme qui refuse de s’éteindre. J’en ai presque mal, mais c’est trop bon. De la langue, je redessine les courbes de son oreille, de son cou, pendant que nos bassins s’agitent. Elle gémit encore. Sa peau est salée, épicée, enivrante. Je veux la goûter, la manger, la dévorer. En soulevant son haut d’un geste sec, elle m’offre ses seins, libres et fiers, ronds et fermes… et je ne résiste pas à ses tétons jusqu’alors seulement devinés. Ils sont bien plus foncés que les miens, plus larges également, et leur relief me fascine. Ma langue les découvre, les recouvre, et mes lèvres les enserrent précieusement.

D’une main inquisitrice, je soulève lentement le tissu léger qui me cache ses jambes. Je le retrousse jusqu’à la taille et le bloque contre mon ventre alors que ma main repart pour une autre mission tout aussi délicate. Elle m’aide, d’un mouvement de hanches, à faire glisser sa culotte à ses pieds. Ma bouche quitte alors sa poitrine pour s’engager entre ses cuisses. Je m’immobilise à quelques millimètres à peine, et c’est elle qui vient de son sexe rencontrer mes lèvres, dans une violente tension de tout son corps. Je savoure cette seconde exquise où plus rien ne compte que ce contact fluide, cette fusion charnelle où l’inconnu se révèle dans le brasier de l’intimité. Ma langue devine ses envies, ses besoins à chacun de ses sursauts, et elle y répond de bonne grâce. Son clitoris enfle sensiblement, et à chaque coup de langue, la pression de ses mains sur ma tête augmente.

–         Oui… Oui… Oui !

Son corps semble bouger sans le moindre contrôle, ses jambes se referment sur moi dans un réflexe galvanisant. Ma détermination se renforce et mes mains viennent chercher la rondeur de ses fesses. Mes lèvres l’emprisonnent résolument et comme mes doigts, tels les griffes d’un chat satisfait, impriment leur marque dans le velouté de sa croupe, ma bouche l’aspire et se délecte de sa vulve jusqu’à ce que…

–         Oh oui ! Oui ! Oui ! Ouiiiiiiiiiii !!!!!

Oh mon Dieu ! Elle jouit sans aucune retenue, et sa voix en cet instant fait naître en moi une furieuse contradiction : je suis partagée entre la peur d’être découverte, et une excitation encore plus grande. Je suis loin d’être rassasiée.

Le souffle encore entrecoupé de gémissements, elle se redresse et porte mon visage à ses lèvres. Son baiser est sans réserve. Je prends un peu de recul pour apprécier ses traits. Un franc sourire illumine sa figure, et je ne peux m’empêcher de rire moi-même.

–         C’était… bon ?

–         Très bon.

–         Est-ce que tu veux… encore … ?

–         Encore et toujours !!!

Je n’ai pas le temps de me réjouir de sa réponse. Des pas résonnent dans le couloir juste devant la porte. Nous avons à peine le temps de nous précipiter sous le bureau que la porte s’ouvre.

–         Il y a quelqu’un ?

Difficile de garder le silence dans ces circonstances, rester immobile l’est encore plus quand on serre contre soi l’objet de ses désirs. Yaëlle est assise sur moi et a posé sa main sur ma bouche. Les pas se rapprochent de nous et la même question se fait entendre une seconde fois. Mon cœur bat tellement fort que je suis presque persuadée que c’est son bruit sourd qui va nous trahir. Yaëlle aussi s’emballe, mais plus dangereusement que moi. Dans le silence de cette atmosphère oppressante, elle vient poser sa main sur mon entrejambe. Je la regarde, incrédule, et son sérieux me précipite dans un abysse insondable. Bien malgré moi, mon sexe bouillonne et la pression de ses doigts manque de me faire gémir.

Comme par égard pour ma pauvre pompe sanguine sur le point de défaillir, le consciencieux bibliothécaire à l’affut se décide enfin à faire marche arrière. Il n’a pas encore refermé la porte quand la main de ma tortionnaire rentre en contact direct avec … ce volcan érogène qui culmine dans mon pantalon. Je me mords l’intérieur des joues jusqu’au sang pour m’empêcher de crier. Mes yeux lui envoient des foudres de fureur et d’avidité à la fois. Quand nous nous retrouvons enfin seules, j’explose en sifflant :

–         Non mais ça va pas ?!

–         Ne me dis pas que ça ne t’excite pas.

Effectivement, je ne peux pas le dire.

–         Moi aussi je veux te lécher, me dit-elle pour m’achever.

A la seule idée de sa bouche sur moi, je suis à deux doigts de l’orgasme (sans mauvais jeu de mots). Sans nous soucier du moindre confort, nous nous allongeons à même le sol et ses mains tirent frénétiquement sur mon jean. Elle ne prend pas la peine de dégager plus de surface que le strict nécessaire et se jette avec voracité sur mes lèvres que ses doigts entrouvrent. Fier et gonflé, mon clitoris l’accueille héroïquement. Malheureusement, je me sens bien moins glorieuse que lui, et je sais qu’à ce rythme-là, il ne me faudra pas deux minutes pour…

–    Oh mon Dieu ! Attends, je… je.

Mais elle n’attend pas. Et je jouis dans sa bouche, sa langue continuant imperturbablement ses circonvolutions machiavéliques. Le cri que je retiens se mêle à ma salive et le goût du sang dans ma bouche me secoue. Je reprends mes esprits presqu’instantanément, bien décidée à prendre ma revanche.

Sans ménagement, je me retourne et la maintiens face contre terre, caressant de mes dents la naissance de son cou au sommet de son épaule. Comme si elle s’était habituée à ce geste grisant, ma main remonte une nouvelle fois sa jupe pour dégager le charmant rebond de ses fesses. Emue mais résolue, elle caresse tendrement ces chairs fermes et frétillantes avant de s’engouffrer dans cette zone détrempée qui l’attire. Mes doigts s’attardent quelques secondes à l’entrée de son sexe, mais son impatience m’implore :

–         Viens ! Vite…

Ses désirs sont des ordres. Je rentre en elle comme on trouve une oasis : assoiffée. Ses gémissements me font tourner la tête, mais mes doigts, eux, ne perdent pas le nord. Ils s’affairent lascivement dans ce cocon chaud et humide. Quand j’accélère, elle se tait et se tend de plus en plus sous mon corps. Quand enfin mes doigts ne deviennent plus qu’une intense vibration, elle reprend (un peu plus en sourdine cependant) son incantation approbative :

–         Oui… Oui… OUI !!!

–         Chut… fis-je dans un sourire.

–         Humm…

 

Quand nous sortons de la salle, nous envisageons d’un commun accord de reprendre cette conversation dans un lieu plus… approprié. Je lui explique que je dois attendre une amie et nous décidons d’un rendez-vous pour le soir même. Belle perspective. Puis je dois me contenter de la regarder s’en aller. Quand elle arrive à la porte, elle croise Thérèse, avec qui elle échange quelques mots, le sourire aux lèvres.

 

 

 

–         Bonjour jeune fille !

–         Bonjour madame, me répond-elle poliment.

–         Oh ne m’appelez pas « madame » ! Je m’appelle Thérèse.

–         Bonjour Thérèse, moi c’est Yaëlle, me dit-elle gentiment, mais visiblement perplexe.

–         Enchantée Yaëlle. Vous êtes bien mignonne mon petit, vous devez en faire tourner des têtes !

–         Oh merci mad… Thérèse.

–         Vous êtes venue pour Charlie ?

–         Mais comment ?!… Ok… disons que… je suis « revenue » pour Charlie.

–         Et … est-ce que vos intentions sont honorables ?

–         J’avoue que je ne sais pas encore quelles sont mes intentions Thérèse…

Ah, l’insouciance de la jeunesse !!!

–         Mais je crois qu’elle en vaut la peine ! se rattrape-t-elle.

–         Pour sûr !

–         Et si elle veut bien nous donner une chance…

–         Parfait. Ne lui abîmez pas les ailes mon petit, ne lui abîmez pas les ailes.

–         Je ferai de mon mieux mada… Thérèse, me dit-elle dans un sourire tendre et radieux.

Je ne sais pas ce que ça peut valoir au lit, mais décidément, elle a bon goût ma Charlie. Et comme je m’apprête à la quitter elle me lance :

–         Elle a bien de la chance, Charlie de vous avoir pour amie…

Et elle s’en va dans un clin d’œil et les volutes de sa jupe longue.

 

A sa place habituelle, je vois que ma jeune amie nous a observées. J’en souris à l’avance. Je suis, comme tous les jours, impatiente de la retrouver, mais aujourd’hui peut-être plus encore. Non que je compte lui raconter en détail mes parties de jambes en l’air avec Albert, mais… les grandes lignes peut-être, parce que cette fois, j’ai quand même tiré le gros lot (si je puis me permettre…) ! En m’approchant d’elle, je devine aux rougeurs sur son visage et à ses cheveux encore plus ébouriffés que d’habitude qu’elle aussi doit avoir quelque chose à me mettre sous la dent…

–   Au diable les bouquins et ta fichue thèse aujourd’hui, viens donc prendre un coca à la maison !

–   Mes respects à votre sagesse, Thérèse !

Et nous voilà parties, bras dessus bras dessous de l’autre côté de la rue, pour éviter à tous ces rats de bibliothèque de se consumer d’exaspération à l’écoute de nos nuisances de commères, sans comprendre que rien de ce qui se trouve dans ces livres, aussi bons soient-ils, ne pourra remplacer l’expérience et le partage de la vie dans toute sa démesure.

 

 

Fin

éducation libéro-sexuelle | Histoire érotique entre vieux | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 17.05.2011 - 17 h 17 | 17 COMMENTAIRES
Délires à lire, Partie 2 (facultative pour les anti-hétéros)

Au milieu, c’est bien aussi…

Délires à lire

Nouvelle érotique

 

Suite de la première partie publiée hier ( http://bulle.yagg.com/2011/05/16/delires-a-lire-nouvelle-erotique-a-forte-tendance-lesbienne/ ), la parole est désormais à Thérèse. Âmes sensibles, s’abstenir !

 

 

 

Rolala… elle va me tuer cette petite ! Peut-être qu’elle croit que ça ne me fait plus rien à mon âge, ses péripéties sexuelles, mais moi ça me retourne comme un flan ! Le problème aujourd’hui, c’est que le caramel, il ne dégouline plus beaucoup. Faut dire que ceux qui veulent me planter la cuillère ne sont pas aussi nombreux ni vigoureux qu’autrefois… Bébert est un gourmand, ça se voit, mais il a de la barbe, et moi, la barbe, je n’aime pas. Ca me pique. S’il se rase, là je ne dis pas…

Regardez-moi cette petite, ça n’a pas un quart de siècle que ça croit tout savoir de la vie. Et que ça a des problèmes existentiels. Et que ça vit des drames sentimentaux. Et que ça n’a absolument pas conscience de la chance que ça a d’avoir un corps qui ne ressemble pas encore à la base d’une chandelle ratatinée qu’on a ruinée en prières inutiles. Elle est belle comme un cœur, même si elle se donne un peu des airs de jeune premier, avec ses cheveux courts et tout plein de gel pour les faire tenir dans tous les sens ( moi je croyais que le gel, c’était pour effacer les épis…). Avec ses jeans et ses chemises blanches ou noires, elle a des allures de professeur, strict, sexy, avec un charme fou, sauf qu’elle est étudiante et qu’elle n’a absolument pas conscience de son pouvoir de séduction. Peut-être que si j’avais eu cinquante ans de moins, je me serais laissée séduire par ces grands yeux dorés… mais je suis vieille et je n’ai jamais aimé que des hommes. Certains qui ne méritaient peut-être même pas l’appellation d’homme, mais bon. Je leur pardonne.

Charlie est un peu ma deuxième jeunesse. Celle que je n’ai pas pu vivre, celle qu’elle veut bien partager avec moi. Elle ne l’avouera même pas sous la torture, mais ce n’est sûrement pas de son âge de passer ses après-midi avec une vieille comme moi. A cet instant par exemple, je sais qu’elle préfèrerait faire des galipettes avec la petite bronzée de tout à l’heure. Comment lui en vouloir ?! Au lieu de cela…

–          Tu reveux du thé ?

–          Je veux bien, mais j’arrête les spéculos. J’ai pris deux kilos depuis que je viens chez vous Thérèse !

–          Mais qu’est-ce que tu me chantes cocotte ? Si on te suspend à l’horizontale, on dirait un fil à linge !!!

Ils me désespèrent ces jeunes. Pas étonnant qu’ils ne sachent plus vivre puisqu’ils ne savent plus manger !

–          Vous croyez qu’elle va revenir, Thérèse ?

–          Ben c’est ce qu’elle t’a fait comprendre, non ?

–          Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ?

–          Qu’est-ce qui t’arrive, mon petit ? Ce n’est quand même pas la première fois que tu te fais draguer quand même ! Rappelle-toi la russe, tu ne lui avais même pas laissé le temps d’apprendre à dire « bonjour » et « au revoir » que déjà elle pensait maîtriser toutes les nuances de ta langue de française !

–          Oui, bon… et vous Thérèse ?

–          Quoi moi ?

–          Vous en êtes où avec le voisin ?

–          Albert ?

–          Vous avez beaucoup de voisins qui vous courent derrière ?

–          Inutile de me le rappeler, jeune fille !

–          Désolée, Thérèse. Alors ?

–          Ben alors, il veut me montrer sa quéquette, mais je ne sais pas si c’et une bonne idée. Parce que  tu comprends, à mon âge, un choc ça peut m’être fatal, et je ne sais pas comment il est conservé le Bébert.

–          Il a l’air en forme. Je le vois souvent sur son vélo. C’est bien qu’il continue le sport à son âge. Et puis il est raide dingue de vous, ça se voit.

–          Dingue peut-être, mais raide ça m’étonnerait…

–          Boah, Thérèse, vous faites la difficile…

–          Dis, tu accepterais n’importe qui toi, sous prétexte que t’as plus l’âge d’avoir le choix ?

–          Pourquoi, il ne vous plait pas du tout ? C’est qui votre fantasme ?

–          Si je te le dis, tu vas te payer ma tête…

–          Non, allez, dites ! implore-t-elle de ses petits yeux curieux.

–          Julien Leperse.

–          Non !!!

–          Si. Et arrête de hennir comme un cheval ! Ma sœur, elle est amoureuse de Derrick.

–          Au secours…

Ca fait du bien de la voir rire comme ça. C’est qu’elle n’a pas eu la vie facile cette petite. Mais je ne l’ai jamais entendue se plaindre de quoi que ce soit.

Quand je referme la porte derrière elle, tout redevient triste. Même faire la vaisselle me donne envie de pleurer. Qui aurait cru que je deviendrais dépendante de la compagnie et de la bonne humeur d’une jeune étudiante, idéaliste et lesbienne de surcroit ? Ah les temps changent… et moi aussi. Pourtant, ça n’est pas parce que ma vie aujourd’hui n’est pas aussi trépidante que la sienne que j’y renonce !

D’ailleurs en parlant de ça, je me demande si Albert a compris l’allusion à sa barbe… L’autre jour, je lui ai demandé s’il la supportait bien, en disant que moi je ne pourrais pas en porter parce que j’y suis allergique. Il n’a même pas eu l’air de tiquer. Il faut dire qu’il n’est pas très perspicace le Bébert. Mais au point où j’en suis, tant pis. S’il n’a pas percuté, je vais carrément lui dire que s’il la rase, je lui offre une pipe. Peut-être que le chantage, ça marcherait… Quoi que… Il serait capable de me répondre qu’il ne fume pas !

Tiens, ça devrait être lui justement qui frappe à la porte, c’est l’heure de son retour du PMU. Oui, c’est bien lui, sa veste à carreaux, son journal, et son feutre sur la tête. Je sais que quand j’ouvrirai la porte, il l’ôtera dans une petite révérence.

–          Bonjour Al…

Mon Dieu ! Il a coupé sa barbe ! Disparue ! Pfffuit ! Envolée la barbe !!! Et là, qui est-ce qui va faire des galipettes ?!!!

–          Bonjour Thérèse, dit-il en portant la main à son chapeau.

–          Bonjour Albert ! Vous êtes magnifique ! Vous avez rajeuni de 10 ans !

–          Cela suffirait-il pour mériter le privilège de pouvoir vous faire la cour ?

–          Entrez Albert, nous avons passé l’âge des ronds de jambes et des courtoisies.

–          Bah, ne dites pas ça. J’aime vous courtiser.

–          Et vous comptez faire ça longtemps ou vous envisagez de passer à l’acte à un certain moment ? dis-je en fermant la porte.

–          Je vous demande pardon ?

–          Oh, allez Albert, ne le prenez pas mal, mais parlons franchement, dans l’honnêteté du grand âge qui est le notre. Est-ce que je vous intéresse Albert ?

–          Mais… bien sûr ! Enfin, je veux dire…. bredouille-t-il.

–          Bien, parce que vous m’intéressez aussi Albert.

–          Ah, bien bien. Et donc ?

–          Donc… vous souvenez-vous comment… on donne un baiser ?

Ciel ! J’ai l’impression de devoir faire tout le boulot à sa place. Il est tout hésitant mon Albert. Il me sourit, maladroitement. Je fais un pas vers lui. Il ne recule pas. Je l’attends.

–          Oh Thérèse ! me lance-t-il avant de se jeter passionnément dans mes bras.

 

Humm… Il est doué le Bébert. Ca n’est pas désagréable. Pour la bagatelle, je ne dis pas, mais au moins, il embrasse bien. Tendre mais pas aussi mou que je l’aurais cru. Il s’est brossé le dentier juste avant de venir on dirait. Et puis il a des mains douces. Il les a posées sur mes joues. J’aime ses mains. N’empêche qu’il va bien falloir que je respire quand même !

–          Et bien Albert ! Que de talents cachés…

–          Oh Thérèse…

Le voilà qui revient à la charge. Cette fois, sa passion nous entraîne contre la table de ma salle à manger. Aïe.

–          Albert… je … pas ici ! Je n’ai plus l’âge pour cela, et vous non plus !

–          Oh pardon Thérèse…

–          Venez par ici.

Et dire que je vais ouvrir ma chambre à un homme… Ca fait tellement longtemps ! En tous cas, mon corps lui se rappelle comment on fait ! Je suis aussi excitée qu’une adolescente !!! Qui a dit que la libido s’éteignait avec le temps ? Pour détromper les mauvaises langues, il suffirait de venir faire un tour dans ma culotte !

–          Thérèse ?

–          Oui ?

–          Vous… êtes surprenante.

–          Merci Albert. Je dois dire que vous m’étonnez aussi, dis-je en observant d’un œil bienveillant la bosse naissante à son entrejambe.

–          Est-ce que je peux… vous déshabiller ?

–          Avec plaisir, mais laissez-moi donc éteindre la lumière.

C’est que je ne voudrais pas qu’il parte en courant le bougre, en voyant que sans mon soutien-gorge, je peux me faire une écharpe de mes seins. Et puis allez savoir à quoi ça ressemble une baïonnette de septuagénaire ?! En tous cas, il est touchant le Albert : il me rend folle avec ses mains, et sitôt la lumière évanouie, il passe à la vitesse supérieure en faisant voler mon chemisier à travers la chambre.

–          Oh Thérèse… me souffle-t-il en pétrissant mes seins à travers leur prison de métal et de dentelle (c’est que je soigne mes dessous, juste au cas où…).

–          Albert, je n’arrive pas à défaire votre ceinture !

–          Voilà Thérèse, voilà, me dit-il alors que son pantalon tombe sur ses chevilles.

Ceci étant fait, il se concentre sur ma jupe, puis sur ma gaine pendant que je m’applique à défaire les boutons de sa chemise. Au fur et à mesure de notre déshabillage commun, fort agréable par ailleurs, nous nous rapprochons du lit. Quand ma cuisse vient heurter le matelas, Albert me renverse délicatement sur les draps et vient s’allonger sur moi.

–          Oh Thérèse ! Vous êtes si douce !!!

Ses mains, pleines d’arthrose certes, mais si habiles, me caressent amoureusement de ma gorge à mes hanches et je m’étonne que les miennes parcourent son dos avec autant de plaisir. Il est doux. Etrangement doux. Comme si les ans avaient érodé sa peau comme l’eau polit la pierre. Mais j’avoue que ce qui me surprend le plus, c’est la « chose » qui se durcit de plus en plus contre ma jambe droite. Honorable Albert, très honorable ! Dans un sursaut d’audace, je me permets d’effleurer ses fesses, puis de les pincer. J’ai toujours trouvé que c’était la partie la plus agréable de sa personne, et ce malgré ses pantalons de velours mal coupés. Il a de très beaux restes, ses muscles se contractent et son corps vient se presser plus fort contre le mien.

–          Oh Thérèse !

–          Humm… gémis-je comme il glisse sa main entre mes jambes.

Dans l’expectative, je guette l’avancée de ses doigts, qui s’aventurent d’abord le long de mes cuisses, puis à l’intérieur de celles-ci. Il prend son temps, mais je vais perdre patience…

–          Albert, je vous en prie…

–          Oui Thérèse.

Mon chevalier servant s’exécute en posant enfin ses doigts là où il faut. J’ai l’impression de pouvoir subitement grimper aux rideaux (ce que je me retiens de faire parce que ça m’a pris du temps d’en faire les ourlets, et je m’en voudrais de les abîmer !). Albert s’agite contre ma jambe, probablement autant que sa sciatique le permet, pendant que sa main excite mon… (Hey ! J’ai beau ne pas avoir la langue dans ma poche, je ne m’abaisserai pas à vous parler de mon…). Néanmoins, cela suffit à faire tomber mes dernières réserves. Je n’y tiens plus. Sans prendre la peine de lui ôter complètement son slip kangourou, j’y enfonce ma main pour me saisir de son… waouh ! Son gourdin !!! Décidément, je crois que je ne suis pas au bout de mes surprises…

–          Oh Thérèse ! Vous me…

–          Vous aussi Albert, vous aussi !

–          Puis-je …

–          Vous pouvez !

Afin de couper court à ses hésitations, ma main lui indique le chemin. Je suis aussi tendue que pour ma première fois ! Fort heureusement, lui aussi est tendu…

–          Attendez Thérèse… je n’ai pas de… protection…

–          M’enfin Albert ! Ca fait bien longtemps que je n’ai plus rien à protéger… et je suis même prête à mourir d’une maladie vénérienne s’il le faut ! De toute façon, je pense que je vais faire une crise cardiaque si vous ne vous décidez pas à…

–          Certes, certes…

Oh mon Dieu ! C’est… C’est… Humm… C’est… Oh Seigneur ! Waouh !! Vive la France !!! Et vive la ménopause !!!

 

LA SUITE ICI. Et naturellement, le meilleur pour la fin !

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