5381 Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | B.U.L.L.E.

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Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | photo | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 20.02.2017 - 00 h 42 | 3 COMMENTAIRES
Rome en solo (Chapitre 4)

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

 

Luce avait regardé malgré elle. A l’expression refroidie de Gabrielle, l’italienne devina que la « Emma » en question venait d’interrompre, pour une durée indéterminée, les folies qu’elles s’apprêtaient à commettre. La jeune femme semblait indécise. Elle fixait l’écran mais son esprit était ailleurs. Les vibrations cessèrent sans qu’elle répondît.

Quand elle reporta son attention sur Luce, elle constata son inquiétude.

– Ce n’est rien, la rassura-t-elle. Elle laissera un message si c’est important.

– Emma, c’est votre…

– Mon ex-compagne, oui.

Toujours à califourchon sur la brune, Gabrielle plongea son regard dans le sien, tentant de la réconforter dans un sourire. Mais l’italienne rajouta d’une petite voix :

– Celle avec qui tu aurais dû venir, non ?

– Oui, avoua la française à contrecœur. Mais elle m’a quittée. Elle est partie et je ne…

La jeune femme n’eut pas le temps de terminer sa phrase : son téléphone vibrait à nouveau. Gabrielle était sur le point de raccrocher, énervée par l’insistance inopportune d’Emma, mais Luce la repoussa, délicatement mais fermement. Elle se releva et s’éloigna promptement.

– Visiblement, c’est important. Réponds-lui. Nous nous verrons peut-être plus tard, jeta l’italienne avant de disparaître derrière la porte d’entrée.

La française demeura interdite. Que signifiait ce départ précipité ? Pourquoi diable Luce avait paru si mal à l’aise ? Elle aurait pu répondre devant elle ou tout simplement ne pas répondre du tout, mais en aucun cas Gabrielle n’avait voulu la voir partir ainsi. Contrariée, elle décrocha sèchement en regardant par la fenêtre la belle brune qui fuyait d’un pas pressé.

A l’autre bout du fil, elle entendait des crépitements et une voix lointaine qu’elle reconnut à peine :

– Allô Gab ?

– Oui.

– C’est moi.

– Je sais. Que veux-tu Emma ? demanda la jeune femme d’un ton cassant.

Les grésillements couvrirent un silence gêné.

– Je suis désolée de te déranger avec ça, Gab, mais j’ai un petit problème.

Devant le mutisme irrité de son interlocutrice, Emma poursuivit :

– Nous nous sommes fait voler toutes nos affaires à Arequipa. Probablement le guide car nous ne l’avons pas revu depuis. La police ne peut pas faire grand chose. Ils nous conseillent de contacter nos assurances mais tous mes numéros étaient dans mon sac. J’aurais dû les enregistrer mais…

Sa voix était hachurée mais Gabrielle percevait néanmoins sa fatigue.

– Nous sommes à court d’espèces et je n’ai plus de carte. Je dois faire opposition mais je ne sais pas comment faire.

– Nous ? demanda la jeune femme que ce pronom mortifiait bien au-delà de la détresse de son ex-compagne.

Emma laissa un blanc avant de renchérir :

– Gab, s’il te plaît…

Gabrielle était outrée : non contente d’interrompre sa vie dans un instant fatidique, de la déranger pour lui réclamer de l’aide alors qu’elle l’avait elle-même abandonnée, Emma lui demandait maintenant de ne pas lui faire une scène ?

– Pourrais-tu retrouver le numéro du Crédit Lyonnais, je dois parler à ma conseillère… une Mme Valentin, je crois, son numéro est sur le frigo. Et éventuellement de m’envoyer un peu d’argent par mandat cash, je te rembourserai bien sûr…

A l’autre bout du fil, Emma parlait encore, mais pour Gabrielle, c’en fut trop.

– Emma, la coupa-t-elle sèchement. Je ne suis pas à la maison. Je ne suis même pas en France. Et il est hors de question que je…

– Pas en France ? l’arrêta-t-elle. Gab, ne me dis pas que tu es allée toute seule à Rome…

– Où je suis et avec qui, cela ne te regarde pas. Quant au pétrin dans lequel tu t’es mise, trouve une autre solution pour t’en sortir : je ne suis plus ta solution. Plus jamais. Et ne m’appelle plus. Plus jamais.

Gabrielle raccrocha sans écouter les protestations de son ex-compagne. Elle était tellement en colère qu’elle n’arrivait même pas à culpabiliser de l’avoir laissée dans une situation délicate. Elle respira profondément et se rassit sur la chaise que Luce avait quittée. Elle était encore chaude. Malgré son agacement, la jeune femme ne put s’empêcher de penser à l’italienne. Celle-ci était femme, adulte, responsable et accomplie. Emma lui donnait l’impression de ne pas être sortie de l’adolescence : totalement égocentrée, toujours en quête de sensations fortes, de nouveautés, incapable de faire face aux réalités de la vie, dépendante de la rationalité des autres dans son quotidien. La comparaison fit retomber la colère de la française. Comment avait-elle pu envisager une relation sérieuse avec une personne pareille ?

Gabrielle refusa de se perdre dans un questionnement stérile. Emma ne ferait plus du tout partie de sa vie, désormais. Luce, par contre…

La jeune femme avait été embarrassée de son départ précipité. Elles étaient si proches, si intimes, et la seconde d’après si distantes ! La brune incandescente lui avait paru si froide, tout à coup… Elle n’avait même pas eu le temps de lui expliquer… Il n’avait fallu que deux jours à Luce pour envahir ses pensées, ses rêves, sa vie. Jamais elle n’avait été si complice avec qui que ce fût. Pourtant, jamais elle n’avait à ce point craint de ne pas être digne de quelqu’un. Elles n’évoluaient pas dans les mêmes sphères et la française se trouvait insignifiante à côté d’elle. Mais à aucun moment, Luce n’avait semblé s’en soucier et Gabrielle s’était tout de suite sentie à l’aise et intégrée dans cet univers étranger.

Non, elle ne pouvait pas laisser s’installer le moindre malentendu entre elles. Il fallait qu’elle aille la retrouver, qu’elle lui parle, qu’elle la touche encore. Son corps vibrait toujours de son désir pour elle. Décidée, elle enfila une veste en hâte et sortit en prenant soin de laisser son téléphone derrière elle.

 

*

 

Elle donna trois grands coups de heurtoir contre la lourde porte de la résidence principale. Elle entendait quelques notes de musique qui descendaient de l’étage. Comme personne ne lui répondit, elle entra timidement.

Le hall était imposant et couvert de marbre du sol aux piliers. Les escaliers, taillés dans la même pierre nervurée, s’élevaient devant elle. Elle s’apprêtait à appeler l’italienne quand elle reconnut sa voix qui en doublait une autre en accompagnant la musique. Elle n’eut aucun mal à identifier à nouveau Patricia Kaas, mais cette fois-ci, la brune proposait un duo étrange et douloureux : « Je voudrais la connaître… savoir comment elle est… Est-elle ou non bien faite ? Est-elle jolie, je voudrais… »

Gabrielle s’aventura dans les escaliers. Elle montait les marches au rythme de la chanson. Elle n’en perdait pas une note, pas un mot : « … Oh je voudrais la voir… Longtemps, la regarder… Connaître son histoire… Et son décor et son passé ». La française s’approcha de la porte entrebâillée d’où provenait la musique. Elle osa jeter un œil par l’entrouverture en retenant sa respiration. Luce chantait encore d’un timbre grave et râpeux : « C’est étrange peut-être… Cette curiosité… Voir enfin pour admettre et pour ne plus imaginer ».

La jeune femme identifia la chambre de l’italienne. La pièce était vide et une lumière vive ainsi qu’un nuage de vapeur s’échappaient d’une porte ouverte, au fond. Gabrielle comprit que Luce sortait de la douche. Elle sentit son corps réagir à l’image préconçue de la belle brune, nue. Ses seins se durcirent instantanément et une vague de chaleur humide se propagea entre ses cuisses. Son cœur s’emballa. Elle devait se signaler… Elle ne pouvait pas rester là, en voyeuse indiscrète.

La voix de Luce se rapprocha : « Oh je voudrais comprendre… Même si ça me casse… ». L’italienne fit son apparition dans la chambre. Son corps mat, perlé de gouttelettes translucides, était enveloppé dans une grande serviette blanche. Le cœur de Gabrielle manqua quelques battements. « Puisqu’elle a su te prendre… » : Luce affichait un visage triste… Si triste ! La jeune femme en fut toute chavirée. Comment Luce pouvait-elle penser qu’un simple coup de fil remettrait tout en question ? Pourquoi avait-elle pris cela tellement à cœur ? Pourquoi une réaction aussi violente ?

La voix de l’italienne se déchira sur un dernier vers « … Puisqu’elle a pris ma place ». Cette fois, Gabrielle ne résista pas. Elle poussa la porte en criant presque :

– Elle n’a pas pris ta place, c’est toi qui as pris la sienne.

Luce sursauta. Instinctivement, elle croisa ses mains sur sa poitrine pour maintenir la serviette en place. Elle regarda Gabrielle comme une biche prise dans les phares d’une voiture. Comme elle demeurait coite, le visage toujours inquiet, la jeune femme s’avança, coupa la chique à Patricia Kaas et se reprit :

– Non, en fait, tu n’as pas pris sa place. Elle n’avait pas de vraie place, elle n’en a jamais voulue. Toi, tu occupes toute la place.

L’italienne écarquilla les yeux de plus belle. Gabrielle poursuivit :

– Je suis désolée d’être rentrée comme ça… Je ne voulais pas te faire peur, mais avec la musique, tu ne m’entendais pas. J’ai frappé et je t’ai entendue… et je suis montée… et je t’ai vue.

Luce esquissa un geste désinvolte de la main, comme pour signifier que ça n’était pas le problème. Devant son mutisme entretenu, la française continua :

– Je voulais venir te parler, tout de suite. Je ne sais pas pourquoi tu es partie. Je ne voulais pas que tu partes. Je voulais que tu restes. Je ne voulais pas lui parler. Je voulais te parler, être avec toi… et ne plus parler. Je voulais que nous fassions l’amour, encore et encore. Je voulais…

Gabrielle rougit. Elle était confuse. Elle n’avait pas envisagé de déballer tout cela de cette manière. Elle se sentait maladroite et craignait que sa logorrhée ne rebutât définitivement cette femme fatale. Luce s’assit sur le rebord de son lit. Elle ne quittait pas des yeux la jeune femme qui ne savait plus où se mettre.

L’italienne lui fit signe d’approcher. Incertaine, elle avança lentement, le regard plongé dans les orbes noirs de la belle brune. Quand elle arriva à sa hauteur, Luce libéra lascivement son corps du coton immaculé. La serviette glissa lourdement à leurs pieds.

Les chairs de Gabrielle s’embrasèrent. Spontanément, sa peau voulut adhérer à celle de Luce, mais, si elle était plus que consciente de sa nudité, elle n’osa pas la regarder.

Alors, Luce parcourut la distance qui les séparait.

 

*

 

La chambre était plongée dans une semi-obscurité feutrée. De lourds rideaux aux teintes naturelles étouffaient les rayons discrets du soleil hivernal. L’éclairage artificiel de la salle de bain adjacente, que personne n’avait pensé à éteindre, découpait la pièce : entre deux zones opaques, un rai lumineux projetait les ombres des deux femmes sur le lit. Elles se faisaient face et l’une avançait vers l’autre, immobile. Quand les seins nus effleurèrent la poitrine endolorie de la blonde, les corps s’éveillèrent. Dans un élan empreint de délicatesse, elles s’insinuèrent l’une contre l’autre, en multipliant les caresses. Pendant plusieurs secondes, elles embrassèrent à tour de rôles les contours de leur visage.

Quand leurs lèvres se retrouvèrent, Luce encouragea la jeune femme à se défaire de sa veste. Pour la seconde fois en moins d’une heure, la jeune femme déboutonna à nouveau sa chemise qui alla rejoindre la serviette, par terre. L’italienne glissa ses mains brûlantes sous le marcel provocant. Elle remonta jusqu’à emprisonner les petits seins de Gabrielle entre ses doigts. Celle-ci retint un gémissement le temps de retirer le vêtement inutile. Les mains de Luce glissaient sur son corps, elles en attisaient chaque parcelle et quand elles descendirent le long de ses reins, la jeune femme se cambra. L’italienne glissa sous le jean et le boxer de Gabrielle pour se poser sur le relief rebondi de ses fesses.

Incapable d’attendre plus longtemps, la blonde dégrafa sa ceinture et se débarrassa dans un même mouvement, de son jean et de son sous-vêtement. A armes égales, les deux femmes s’observèrent. Chacune scrutait l’autre, à la fois comblée et affamée. Du bout de leurs doigts, elles exploraient ce que leurs yeux taisaient. Plus elles en découvraient sur l’autre, plus elles en demandaient. Leur appétit se fit urgence, nécessité, fureur. Elles s’embrassèrent dans une étreinte qui ne supportait plus la verticalité.

Concentrées sur leurs sensations et leurs réactions, elles trouvèrent le refuge moelleux du lit de l’italienne. Gabrielle s’y étendit, accueillant le corps chaud et satiné de Luce contre le sien. Ce contact plénier les fit trembler de plus belle. La brune plongea son visage dans la peau douce et parfumée du cou de la française. Elle y fit courir ses lèvres, prospectant salières et clavicules de ses baisers délicats. Comme Gabrielle laissait vagabonder ses doigts sur le dos et les flancs vulnérables de son amante, celle-ci attrapa ses poignets et les immobilisa d’une main ferme au-dessus de sa tête. L’italienne lança un regard aigu à son otage avant de poursuivre le petit jeu lascif de ses lèvres. Quand elle l’embrassa sous les aisselles, la jeune femme frémit mais ne rit pas. Elle devinait que Luce ne s’y attarderait pas. Elle n’aurait pas à la supplier pour être satisfaite. Gabrielle le savait. Et cette certitude lui donnait le vertige.

Quand la bouche de Luce se referma sur son téton, la jeune femme réagit de tout son corps. L’italienne, enivrée et encouragée par le spasme que la française n’avait pu contenir, se mit à tourmenter, avec une lenteur insupportable, la pointe sensible et dure du sein offert. A chaque succion ou mordillement, Luce sentait les torsions incontrôlées de son amante qui s’agitait sous elle. Elle ne put résister à l’envie de glisser une cuisse intrusive entre celles, raidies de plaisir de la belle blonde. La réponse de Gabrielle ne se fit pas attendre. Elle gémit instantanément et vint écraser son sexe ruisselant contre sa jambe. Les deux femmes ondulèrent simultanément pendant que Luce continuait la torture délicieuse et consentie des seins de Gabrielle. De sa main libre, elle compléta l’ardeur de sa bouche. Les mouvements de ses lèvres, de ses dents, se coordonnèrent avec ceux de ses doigts pour que les deux tétons de la jeune femme connussent le même supplice, à l’unisson. C’en fut trop pour Gabrielle. L’orgasme la cueillit, l’emporta, la terrassa dans un cri qui la laissa sans force.

Luce s’était immobilisée au-dessus d’elle. Elle n’osait plus bouger ni respirer, de peur de perturber la plénitude qui semblait maintenant envahir son amante. La jeune femme avait tourné son regard vers des contrées que seules les extases pouvaient laisser entrevoir. Le souffle encore court, les pommettes rosies et luisantes, les yeux dans cet ailleurs bienheureux, elle était saisissante de beauté. L’italienne, émue, se risqua à déposer un baiser sur sa tempe palpitante. Gabrielle papillonna des paupières et réinvestit son corps, convoquant de nouveau sa conscience. Luce esquissa un mouvement de repli, pour la libérer de son corps tyrannique, mais la jeune femme la retint dans un grognement mécontent.

– Je ne m’en vais pas, la rassura l’italienne. Je te laisse juste respirer.

Gabrielle grogna encore et vint enfouir sa frimousse boudeuse dans le cou de son amante. « Irrésistible », pensa Luce, en resserrant son étreinte. Elle embrassa le front timide de la française qui fuyait toujours son regard. Les lèvres de la jeune femme chatouillèrent la gorge sensible de l’italienne :

– Tu… tu m’as touché les seins…

L’inflexion de Gabrielle lui parut farouche, presque chargée de reproche.

– Il m’a semblé que tu aimais ça, se défendit Luce en souriant malgré elle.

– Je veux dire…

Gabrielle balbutiait. Le ton de sa voix se fit incrédule.

– Je veux dire que tu m’as fait jouir… presque uniquement en me touchant les seins…

– Oui, confirma la brune qui ne voyait pas trop où elle voulait en venir.

– Je n’ai jamais…

Gabrielle se blottit de plus belle contre son amante. Elle la serra si fort que Luce en eut le souffle coupé. Cette dernière, confuse, s’efforça de la rassurer par de tendres caresses. A nouveau, elle vint embrasser son front. La française inspira profondément avant de dégager son visage du refuge bienveillant de son cou. Elle précipita son regard dans celui de Luce avant de poursuivre :

– Je n’ai jamais aimé qu’on me touche les seins. J’ai toujours détesté ça. Je ne comprends pas pourquoi… là… Tu m’as… tu m’as rendue folle.

Gabrielle rougit et baissa les yeux devant le sourire de son amante.

Luce saisit son menton avec délicatesse, embrassa sa fossette et lui demanda :

– Je t’ai fait mal ?

– Oh non ! Pas du tout ! s’écria la française en secouant la tête avec véhémence.

– C’était bon alors ?

– Oh oui ! Tu sais très bien que oui, confirma la jeune femme devant le sourire bravache de l’italienne.

– Alors c’est plutôt une bonne chose, non ?

La question était purement rhétorique. Gabrielle fit la moue. Une moue à la fois réprobatrice et adorable.

– Vous êtes vraiment insupportable, mademoiselle D’Alba.

Son regard s’assombrit brutalement, mais la colère n’y était pour rien. Le désir, par contre…

En une fraction de seconde, elle enfourcha le corps résolu de Luce. Quand leurs seins entrèrent en contact, le corps de Gabrielle frémit au souvenir encore trop frais de cet orgasme aussi inhabituel que fulgurant. Elle dût faire appel à toute sa bonne volonté pour ne pas succomber aux exigences voraces de son propre plaisir. Les mains de l’italienne qui couraient à nouveau sur sa peau encore trop réceptive, l’enflammaient.

Quand elle l’embrassa, Luce vint poser ses mains puissantes sur ses fesses. Leurs sexes se pressèrent alors l’un contre l’autre dans une urgence retenue. La rencontre à la fois moelleuse et abrupte de leurs moiteurs leur arracha un gémissement quasi harmonieux. Dans un premier temps, Luce écarta les cuisses et la française se fondit contre elle, affamée du contact de leurs corps. Elles ondulèrent en rythme et Luce, emportée par le frottement de Gabrielle sur ses chairs les plus tendres, haletait son plaisir croissant. Mais lorsque les mains de la jeune femme se saisirent des seins aguicheurs de son amante, cette dernière s’agrippa aux fesses de la française et interposa une de ses jambes entre elles.

Les deux corps n’en faisaient plus qu’un, les deux plaisirs se confondaient, les deux êtres se résolvaient au rythme effréné du désir. Entre deux gémissements, elles s’embrassaient, se regardaient, se perdaient, se retrouvaient et s’embrassaient encore. Tout à coup, Luce se redressa. Par un habile jeu de jambes, elle s’assit face à Gabrielle. D’un sursaut de hanches, elle maintint leurs sexes collés jusqu’à ce qu’une main inquisitrice vienne explorer les boucles blondes de la française. Celle-ci, surprise, lâcha un petit cri en sentant le doigt de sa partenaire effleurer la chair vibrante de son clitoris.

Gabrielle implosait. Elle se sentait une nouvelle fois aux portes de la jouissance et elle n’était plus maîtresse de son corps. Son désir annihilait toute forme de scrupule ou de retenue. Elle s’abandonna à la main experte de son amante sans pouvoir brider le remous de ses propres hanches. Luce chercha son regard et de sa main libre, elle vint trouver celle de la jeune femme. Quand Gabrielle comprit que Luce voulait qu’elle la touche à son tour, elle s’embrasa. Ses yeux se plantèrent dans ceux de la brune alors que ses doigts, accompagnés par la main fébrile de Luce, s’insinuaient contre son sexe brûlant. La main impatiente de l’italienne la pressait fort contre elle alors que son autre main la caressait avec une délicatesse diabolique.

Le plaisir gagnait la belle brune. Gabrielle reconnaissait ce haussement de sourcil et ses yeux qui fuyaient malgré eux vers le ciel. Pendant une seconde, elle se demanda si c’était son propre plaisir ou celui de son amante qui la propulsait aux portes de l’extase. Elle n’eut pas le temps de répondre à cette question : Luce glissa un doigt en elle, précautionneusement, profondément. Le corps de Gabrielle s’arqua, comme pour aspirer l’italienne en elle. A son tour, elle la pénétra d’un doigt, puis de deux, tant son sexe était béant.

Pendant un instant, le rythme se fit plus lent, le mouvement plus développé. Puis il s’intensifia encore. Les deux femmes se perdaient dans les frontières intimes de leur plaisir et quand leurs regards s’accrochèrent de nouveau, elles jouirent ensemble sans contenir les élans de leur passion.

Là, assises sur ce grand lit saccagé par leurs ébats, elles s’accolèrent jusqu’à ce que s’apaisent leurs corps satisfaits. Une minute passa, puis deux. Elles souriaient, immobiles et nues. Elles souriaient puis elles rirent en desserrant leur étreinte. Luce prit le visage de Gabrielle dans ses mains et l’embrassa tendrement.

– Viens, dit-elle à son amante en remontant la couette sur elles.

La jeune femme s’allongea à ses côtés, la tête sur son épaule. Luce passa ses doigts dans ses cheveux fins. Elle la caressa longuement avant de prononcer gravement, dans un italien incompréhensible pour Gabrielle, ces quelques mots : « Se vedo qualcun’altro, un’altra volta, accarezzare i tuoi capelli, l’ammazzo… e t’ammazzo ». Devant le regard interrogateur de la blonde, Luce rajouta un « Non, rien… » peu convaincant. Frustrée par cette barrière de la langue, Gabrielle se redressa sur un coude :

– Vous ne vous en tirerez pas comme ça, mademoiselle D’alba !

– Ah non ?

– Puisque vous choisissez sciemment de me parler dans une langue qui m’est inconnue, laissez-moi vous parler de la mienne ! Ou plutôt… laissez-moi vous montrer…

Déjà, Gabrielle chevauchait l’insolente en faisant courir sa langue dans son cou, entre ses seins, le long de son ventre, jusqu’à disparaître sous le couvert intime et chaleureux de la couette.

 

Voilà, ceci est une fin alternative… faute de mieux. Tout n’est pas abouti, mais je n’aurai pas le temps de faire mieux dans l’immédiat. Je propose à celles et ceux qui voudraient une vraie fin de me contacter par mail. Comme annoncé précédemment, je n’aurai pas le courage de recommencer ailleurs, mais je peux vous faire parvenir mes prochaines productions (aussi rares soient-elles) via cette adresse : pucedepoesir@gmail.com

Je remercie @Yagg de l’opportunité qui m’a été donnée de pouvoir échanger avec vous, dans ce blog et au sein de la « communauté ». Une belle vie à toutes et tous, de l’amour, des seins, des licornes, et des rêves surtout, plein les doigts, plein le coeur, plein l’avenir !

Yaggement vôtre,

Eloïse – Pucedepoesir

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | y'a que ça de vrai ! | 13.02.2017 - 09 h 15 | 6 COMMENTAIRES
Rome en solo (chapitre 3)

Chapitre 1

Chapitre 2

 

Les draps avaient libéré leurs corps depuis quelques minutes, ou une éternité. Gabrielle sentait son pouls se confondre avec celui de son amante. Elle ne se lassait pas de caresser cette peau veloutée, de se laisser envahir par le parfum si singulier de Luce. Elles ne parlaient pas, mais leurs corps s’harmonisaient si parfaitement que la jeune femme aurait juré entendre un chant divin. Elle ne pouvait détacher son regard des yeux de la belle italienne. Le désir qu’elle y lisait, plus puissant et plus doux à chaque seconde, attisait son plaisir de manière démentielle.

Elles étaient nues. Luce, après l’avoir tendrement explorée du bout de ses doigts, avait ondulé de son corps félin pour la surplomber. Sans quitter sa proie du regard, elle avait lentement ployé jusqu’à ce que les pointes dures et foncées de ses seins vinssent effleurer ceux, plus clairs, de Gabrielle. A ce contact, la jeune femme crut jouir instantanément. Mais les yeux enfiévrés de l’italienne l’en empêchèrent. Ils revendiquaient des voluptés bien plus extravagantes !

Quand Luce entreprit de descendre le long du corps de Gabrielle en maintenant la caresse de ses tétons, la peau de la jeune femme s’enflamma. Elle se délectait des sillons de plaisirs que traçaient ses seins sur son corps offert. A leur passage, son estomac se contracta, puis son bas-ventre, son bassin se cambra et quand l’italienne atteignit ses cuisses, elle amorça une remontée. Cette fois, elle se décala subtilement. Gabrielle ne sentit plus qu’un seul sillon gravir l’intérieur de sa cuisse gauche pour s’immiscer entre ses lèvres humides. Là, Luce ralentit sensiblement jusqu’à ce que son téton rencontre le clitoris hardi et gonflé de la française. Le gémissement qui ne manqua pas d’échapper à Gabrielle fit plier l’italienne. Son sein s’écrasa de tout son poids contre le sexe trempé et vibrant. Leurs corps entiers subirent les répercussions palpitantes de ce contact. Elles gémirent de concert cette fois.

Quand Gabrielle recroisa le regard de Luce, elle sut que quelque chose avait changé. « Tu as eu assez de préliminaires comme ça ? » demanda l’italienne dans un sourire carnassier. Pour toute réponse, la jeune femme posa sa main sur sa nuque, l’incitant à remonter au plus vite. La belle brune obéit sans toutefois se précipiter. Elle maintint le contact de son téton le long du ventre puis sur la poitrine de la française. Sauf que cette fois, le contact était humide. Arrivée à la hauteur du visage de son amante, Luce approcha dangereusement ses lèvres. Gabrielle se dit qu’elle ne survivrait sans doute pas à ce baiser. Elle en avait tellement envie, là, sur le point de jouir de la simple réunion de leur corps et de ce regard si noir ! Mais la belle brune lécha délicatement le bout de son nez avant de poursuivre son ascension.

Gabrielle voulut protester, la retenir, lui imposer ce baiser. Cependant, avant qu’elle n’ait eu le temps d’émettre le moindre son, le sein lourd de son amante envahit sa bouche. Surprise par cette sensation bouleversante de volupté et par sa propre odeur, son propre goût, la jeune femme referma fermement ses lèvres sur la pointe de chair tentatrice qui la narguait. Le roucoulement de Luce s’accompagna du mouvement suave de ses hanches qui vinrent plaquer sa cuisse contre le sexe impétueux de Gabrielle. La jeune femme s’arqua sous le coup du plaisir. En une fraction de seconde, son corps entra en ébullition. Luce lui avait saisi la tête pour la plaquer, plus fort encore, contre son sein. L’italienne se répandait, elle aussi, contre la hanche de la jeune femme. Leurs corps suaient un plaisir imminent, un plaisir vandale, qui les dépossédait de leur équilibre, de leur libre-arbitre.

Gabrielle était subjuguée par la beauté de cette femme qui la chevauchait ; cette image la poursuivrait toute sa vie, elle en fut consciente, le temps d’un éclair. A la tension du corps de son amante, elle sut que Luce était sur le point de jouir, sans retenue, sans ménagement, sur elle. Alors elle ne retint plus rien. Leurs cris les libérèrent dans un orgasme si violent qu’elle en ferma les yeux. Son corps se disloqua sous l’effet du plaisir que cette étreinte réinventait. Jamais elle n’avait ressenti pareille explosion des sens. Des vagues de volupté soulevaient encore son corps, semblaient ne jamais vouloir s’arrêter. Le souffle court, Gabrielle rouvrit les yeux.

C’est en voyant le plafond blanc de la chambre qu’elle réalisa que Luce n’était plus sur elle. Elle ne l’avait même pas sentie se glisser à ses côtés. Impatiente de retrouver le contact de sa peau, la jeune femme envoya sa main en travers du lit. Le froid soyeux des draps la déconcerta. Ses yeux confirmèrent ce que son esprit ne voulait pas envisager. Luce n’était pas là.

Gabrielle se redressa sur le lit. Au loin, des chants religieux résonnaient dans le matin ensoleillé. Les draps n’avaient été défaits que de son côté. Luce n’avait jamais passé la nuit avec elle. Pourtant, les bourdonnements de son sexe engorgé ainsi que sa respiration toujours irrégulière, attestaient de cet orgasme dévastateur. Un instant, la jeune femme grogna de déconvenue. Un rêve érotique. Cela n’avait été qu’un rêve érotique ! Mais incontestablement le plus diaboliquement cruel de toute sa vie.

Gabrielle sourit enfin. Puis elle rit franchement avant de replonger dans son oreiller. D’une main elle remonta la couette sur son corps dépité, et de l’autre, elle vint recouvrir son sexe encore frémissant. Il n’en fallut pas plus pour que son cerveau lui restituât l’image sauvage d’une Luce luisante et tendue la surplombant, le visage extatique, mystifié par le désir. Comment pourrait-elle se défaire de cette vision ? Elle n’était pas certaine de le vouloir, bien au contraire. Malgré elle, ses doigts caressèrent les chairs sensibles de son sexe. « Luce… » : sa voix n’était qu’exigence, caprice. Elle ne se reconnaissait même pas. Mais dans la suavité de cette matinée de Noël non-conventionnelle, elle s’en moquait. Son cœur s’emballa cependant lorsqu’elle entendit frapper trois coups discrets à la porte, accompagnés d’un « Gabrielle ? » reconnaissable entre mille.

 

 

*

 

D’un bond, elle sortit du lit. En quelques enjambées, elle était devant la porte, mais elle fut coupée dans son élan par son reflet dans le miroir : ses cheveux étaient ébouriffés et elle avait encore la trace de l’oreiller sur son visage. « Oui ? », demanda-t-elle pour gagner du temps. De ses doigts, elle tenta maladroitement de défroisser sa peau et ses cheveux, mais c’était peine perdue. Dehors, Luce répondit :

– J’espère ne pas vous réveiller… Je me demandais si…

– Attendez, entrez, proposa la jeune femme, résignée à ne pas laisser mourir la belle italienne de froid par simple coquetterie.

– Merci, répondit cette dernière à la porte qui s’ouvrait.

Quand Luce posa les yeux sur Gabrielle, elle se sentit faiblir. La française venait visiblement de se lever et son hôtesse la trouva dangereusement attirante : ses traits semblaient encore tout engourdis de sommeil et ses cheveux indisciplinés s’éparpillaient, asymétriques, autour de cette bouille adorable. Un long et large T-shirt blanc, déformé par les années, lui tombait à mi-cuisse et recouvrait presque intégralement un caleçon bleu-marine.

– Ne me dites pas que je vous réveille, s’inquiéta l’italienne en essayant de ne pas laisser ses yeux traîner sur la transparence légère du coton blanc.

– Non, non… Je… Lézardais. Quelle heure est-il ?

– Bientôt midi.

Les yeux de Gabrielle s’écarquillèrent si fort que son interlocutrice pouffa de rire. La française piqua un fard et demanda à la brune de lui accorder quelques minutes. « Faites-vous un café, si ça vous tente », lui dit-elle avant de disparaître précipitamment dans la salle de bain. Elle se retrouva face à son reflet interdit. Comme ses doigts parcouraient machinalement la zébrure résiduelle de l’oreiller sur sa joue, elle sentit son odeur intime qui les imprégnait encore. Elle réprima un fou rire et s’empressa de se laver les mains et le visage à grandes eaux. Après s’être brossé les dents, elle se faufila aussi rapidement que possible de la salle de bain à la chambre. Elle entendait l’italienne s’affairer à la cuisine. En se changeant, Gabrielle s’interrogeait. Que lui valait cette visite matinale ? Comment allait-elle pouvoir se trouver face à elle sans se laisser envahir par le souvenir de son visage en extase ? Comment réprimer ce désir qui ne faisait que croître entre elles ? Et surtout, était-il nécessaire de le réprimer ?

Il ne lui fallut que quelques secondes pour s’habiller. Avant de rejoindre l’italienne, elle prit une profonde inspiration.

Luce déposa une seconde tasse fumante sur la petite table qu’elle avait dressée en l’attendant. Dans une assiette, quelques tranches de pain grillé répandaient une odeur croustillante dans le séjour. L’italienne se figea une seconde à l’arrivée de Gabrielle. La jeune femme portait une vieille paire de jeans délavée, déchirée au niveau des genoux et des cuisses et retroussée aux chevilles. Une chemise blanche, ample et diaphane, laissait percevoir un marcel pour seul sous-vêtement.

– Ça sent diablement bon, annonça Gabrielle, consciente du voile de désir qui enflammait le regard de la brune.

– J’ai pensé que peut-être… vous auriez faim, répondit l’italienne.
Elles s’assirent l’une en face de l’autre et Gabrielle remercia son hôtesse.

– Je vais finir par ne plus pouvoir me passer de vous… », ajouta-t-elle innocemment.

Luce accrocha son regard à celui de la jeune femme, muette. Nerveusement, elle fit tourner sa tasse entre ses mains. La française attrapa une tranche de pain. Pendant de longues et silencieuses secondes, elle couvrit sa tartine de beurre et de confiture. Avant de croquer dedans, elle jeta un œil attentif à son hôtesse qui ne perdait pas une miette de ses gestes. Souriant de toutes ses dents, elle tendit la tartine à la belle italienne. Celle-ci s’apprêtait à refuser quand Gabrielle lui coupa la parole : « Mangez, vous risquez d’en avoir besoin ! ».

Sans chercher à comprendre le sous-entendu, Luce accepta le pain luisant tandis que la jeune femme faisait crisser son couteau sur une nouvelle tranche. Elles croquèrent en même temps dans leur tartine, sans se lâcher du regard. Quand Luce porta sa tasse de café à la bouche, elle eut un petit haussement de sourcil et ses yeux se levèrent au ciel avant de replonger dans ceux de la française. Gabrielle reconnaissait cette marque de béatitude chez l’italienne. C’était sous ces traits que la jeune femme avait rêvé l’extase sensuelle de la belle brune. Son estomac se noua et, instinctivement, elle resserra ses cuisses. Incapable de se taire plus longtemps, elle racla sa gorge avant de briser le silence à nouveau :

– Vous ne m’avez pas dit ce que vous faites là, un matin de Noël. Non que je m’en plaigne, mais comment se fait-il que vous ne soyez pas en famille ?

La brune sembla presque soulagée de la trivialité de la question.

– Chez les D’Alba, nous célébrons Noël le 24. Généralement, le 25 est consacré aux conjoints. Quand mon frère… puis moi… nous sommes mariés, ça a été la meilleure solution pour satisfaire tout le monde.

Gabrielle s’étrangla avec sa tartine. Mariée ?

– Oui, continua Luce, j’étais mariée, Gabrielle. Et oui, avec un homme.

L’italienne paraissait s’amuser de l’air incrédule de la jeune femme. Comme celle-ci n’osait toujours pas poser de question, la brune poursuivit.

– J’ai rencontré Pascal à l’université. Il était français. Ça m’a tout de suite plu. J’ai toujours eu un faible pour… vos compatriotes. Il m’a séduite à coup de poésie, de cuisine au beurre et de voyages sur vos terres. Il était un peu plus âgé. Moi, j’étais jeune et… pure. Il ne nous a fallu que quelques mois pour envisager un mariage en grande pompe. Mes parents étaient les plus enthousiastes. J’avais toujours été une sauvage, très peu intéressée par les histoires de cœur. Peut-être se doutaient-ils que…

Le regard de l’italienne se perdit une seconde dans le fond de sa tasse. Gabrielle était suspendue à ses lèvres.

– Bref, nous nous sommes mariés. Notre mariage a duré jusqu’à la fin de ses études. Quand il a été temps pour lui de faire son entrée dans le marché du travail, il a formulé le souhait de retourner en France. Une part de moi ne demandait qu’à le suivre, mais cela aurait signifié perdre mes deux dernières années d’études. Les grandes écoles françaises ne me proposaient pas d’équivalence. Il est alors parti seul. Visiblement, cela ne lui posait pas de grand cas de conscience. J’ai passé l’année la plus pénible de ma vie. D’abord, parce qu’il me manquait. Cela faisait plus de trois ans que nous vivions ensemble et que nous partagions tout. Là, nous devions nous contenter de coups de fils, de quelques week-ends volés occasionnellement, de projets de vacances que nous n’arrivions jamais à prendre simultanément. Mais ce qui m’a le plus pesé, c’est de constater que le manque n’était pas aussi réciproque que je l’aurais voulu.

Luce avait durci sa voix. Elle plongea son regard dans celui de Gabrielle avant d’enchaîner :

– Aimer quelqu’un, au-delà de l’emportement, de la passion, c’est quelque chose de très égoïste. On a autant d’attentes que d’attentions. Et quand on s’offre pleinement, on n’en attend pas moins de l’autre. Je ne sais pas aimer autrement. Je veux tout donner et je veux tout. Pascal n’a jamais compris cela.

Gabrielle acquiesça. Le sérieux de l’italienne l’invitait au silence. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de jalouser ce français imbécile qui n’avait pas su l’aimer comme il se devait. Elle résista à l’envie de prendre la main que Luce venait de reposer calmement devant elle. Ses derniers mots résonnaient en Gabrielle comme un avertissement. Serait-elle à la hauteur, elle ? La française mesura soudain l’ampleur que prenait tout à coup ce flirt romain. Mais était-ce vraiment un flirt ? Et si l’italienne était hétéro, finalement ? Elle pouvait n’être qu’une sympathisante non pratiquante ayant entendu parlé d’OverTheRainbow par hasard… Les questions se bousculaient dans sa tête mais elle se contenta d’attendre que son hôtesse continuât.

– A la fin de cette première année de distance, j’étais complètement perdue. Notre couple n’en était plus un. J’étais presque sûre que Pascal voyait d’autres femmes. Je n’arrivais même pas à être jalouse tellement j’étais déçue. Mes amies m’encouragèrent à sortir, à voir d’autres hommes, moi aussi. Je n’en avais aucune envie. Pendant l’année suivante, j’étais déprimée. Nos rapports, avec Pascal, se limitaient à quelques échanges téléphoniques brefs. Lorsqu’il annulait nos week-ends, je ne me battais plus. Un jour, j’ai pris l’avion et l’ai rejoint sur un coup de tête. Quand il m’a vue, il a compris. Nous avons décidé de nous séparer aussi intelligemment que possible. La distance avait déjà fait le plus gros du travail de deuil.

Là, Luce marqua une pause. Elle était visiblement émue et Gabrielle posa sa main sur la sienne. Ses doigts caressèrent avec légèreté le dos de la main abandonnée. L’italienne sourit et retourna sa main pour entrelacer leurs doigts.

– Mes parents étaient furieux. Moi, j’étais soulagée, poursuivit-elle. Le soir où mon divorce a été prononcé, nous sommes sortis en bande, avec des amis. Nous avons rejoint des amis d’amis. C’est là que j’ai rencontré Flavia.

Instinctivement, Gabrielle retira sa main. Sans rien dire, elle croisa les bras. Cette Flavia l’énervait déjà.

– Flavia était fraîche et très charismatique. Les hommes et les femmes semblaient rester collés à elle comme des mouches sur une pomme au caramel. Je n’ai été qu’une mouche parmi tant d’autres, soupira l’italienne, mais cette nuit-là a véritablement changé ma vie.

Gabrielle respira profondément. Elle ne savait pas trop quoi faire des aveux de l’italienne, mais elle était rassurée : elle aimait les femmes, du moins ponctuellement. Luce l’observait avec amusement.

– Je ne sais pas pourquoi je vous ai raconté tout ça, dit-elle soudain.

– Sans doute pour ne pas que je reste bloquée sur l’idée peu encourageante d’une Luce hétéro, répondit Gabrielle.

La jeune femme se mordit la lèvre. Son intervention manquait vraiment de subtilité. Il ne fallut pas trois secondes à l’italienne pour rebondir dessus :

– Peu encourageante, hein… Dois-je comprendre que me savoir officiellement lesbienne vous encourage à… vous jeter à l’eau ?

Gabrielle hésita. Devait-elle répondre franchement ? Elle décida qu’il n’était plus l’heure d’emprunter des détours inutiles.

– Je dirais plutôt que cela m’encourage à entrer dans la lumière…

– Comme un insecte fou ?

Luce avait répondu du tac au tac. Gabrielle sourit. Les paroles de la chanson de Patricia Kaas ressurgirent dans sa mémoire. L’italienne avait-elle saisit le jeu de mot ? Probablement. Rien ne lui échappait. La jeune femme était à la fois fascinée et effrayée. Il ne s’agissait pas d’un flirt. Il n’en avait peut-être même jamais été question. Le regard de Luce était bien trop grave. La brune, confiante, reposa une main ouverte devant la blonde. Ses yeux sombres venaient faire danser le regard clair de la française. Une invitation était lancée.

Gabrielle décroisa les bras et avança lentement sa main au-dessus de la table.

– Quelle est la suite ? », demanda la française dans un souffle.

– Oh la suite vous plairait sans doute…

Gabrielle effleura du bout d’un doigt la paume offerte. Luce entreprit alors de chanter dans des graves qui la firent frissonner : « être là de passage, sans avoir rendez-vous ». Les doigts de l’italienne vinrent chercher les siens. « Avoir tous les courages… de me donner à vous ». Leurs mains s’entrelacèrent à nouveau, mais cette fois, la fièvre les scellait dans une étreinte sans équivoque. « Et vous laisser venir… comme un amant magique ». D’un même geste, leurs autres mains rejoignirent les premières. « Et vous ensevelir… sous mon cri de musique… ». Gabrielle tremblait. Cette voix… Cette voix qui ne chantait que pour elle cette fois. Cette voix qui promettait tellement plus…

La jeune femme se noya dans le noir étincelant des yeux de l’italienne. « N’arrêtez pas de chanter », supplia-t-elle. Mais elle avait beau l’implorer du regard, Luce demeurait muette. La belle brune porta le bout des doigts de Gabrielle à sa bouche. Elle ne ferma pas les yeux quand elle les embrassa presque timidement. La jeune femme, penchée sur la table, frémit de plus belle au contact de ces lèvres pulpeuses sur ses phalanges. Elle retint sa respiration. Des pieuvres s’agitaient dans son ventre. L’italienne baissa son regard sur les doigts tremblants de la blonde. Ses mains plaquèrent celles de Gabrielle contre ses joues. Luce ferma les yeux quand la jeune femme commença à la caresser de ses pouces.

– Gabrielle, souffla Luce d’une voix rauque, embrasse-moi s’il te plait.

Quelque chose explosa dans la cage thoracique de la française. Elle n’eut même pas conscience de s’être levée, pourtant, elle ressentit avec fulgurance chaque sensation de ce qui suivit. D’un pas, elle s’approcha de l’italienne, ses mains toujours collées à son visage. Comme Luce éloigna sa chaise de la table, Gabrielle vint tout naturellement s’asseoir sur ses genoux. Le parfum entêtant de ses cheveux envahissait sa narine. Elle glissa ses mains dans la masse brune avant d’offrir sa bouche aux lèvres impatientes de Luce. Les bras de celle-ci l’étreignirent alors qu’elles se goûtaient enfin.

Si Gabrielle avait espéré et redouté ce moment, elle était loin d’imaginer que qui que ce fût puisse provoquer de telles choses en elle. Luce l’avait allumée, dans tous les sens du terme. Cette femme la chavirait. Elle semblait être l’origine et la faim du moindre désir. Ce baiser la rendait si accessible que Gabrielle en eut le vertige.

De son côté, Luce était surprise. Depuis deux jours, elle n’avait été que trop consciente de cette attirance quasi débilitante qui la poussait vers la française. Pendant une minute, elle avait même formulé l’idée que ces « maudits français » ne la laisseraient jamais de marbre, décidément. Mais depuis, Gabrielle l’avait émue. Elle l’avait touchée dans son émerveillement continuel, dans sa sensibilité aux belles choses, dans la simplicité avec laquelle elle avait intégré sa famille, dans sa malléabilité, dans son incapacité à cacher son attirance pour elle. Luce s’était sentie irrémédiablement charmée. Et la jeune femme, dans chacune de ses provocations, semblait s’étonner de cette attraction. L’italienne, en refermant les bras sur elle, s’était laissée envahir par une plénitude sans restriction.

Leurs lèvres jointes, leur langue se rencontrant, elles connurent alors une forme d’apaisement, une satisfaction mutuelle qui se traduisit par de petits gémissements d’acquiescement. Quand le baiser s’intensifia, cet apaisement vola en éclat. Elles devinrent effervescence, éruption, frénésie. Gabrielle se releva pour se mettre à califourchon sur l’italienne qui attira ses fesses tout contre elle de ses mains puissantes. De ses doigts, Luce releva le coton léger du marcel sous la chemise de la jeune femme. Quand sa main se posa sur la peau nue du ventre de la française, Luce la vit se cambrer dans ses bras. Elle posa alors ses lèvres dans le décolleté de Gabrielle qui commençait déjà à en défaire les boutons. La chemise s’ouvrit sur le tissu tendu du marcel qui laissait percevoir les pointes turgescentes de ses seins. Incapable de résister, Luce les embrassa à travers le tissu. Gabrielle gémit de plus belle à ce contact quasi douloureux. Elle était désormais en fusion. Son sexe ruisselait de nouveau, mais cette fois, elle était consciente, plus éveillée qu’elle ne l’avait jamais été ! C’était bien les mains de Luce qui la touchaient, les lèvres de Luce qui la pressaient, les yeux de Luce qui la transperçaient. Il n’en fallut pas plus à son corps pour se retrouver au bord d’un abîme de folie et de délices.

– Luce…

Sa voix sonna aux oreilles de l’italienne comme un soupir de vulnérabilité. La belle brune résista tant bien que mal à son envie de la déshabiller complètement. D’une insondable tendresse, elle regarda Gabrielle en disant, d’une voix qu’elle voulait affirmée :

– J’espère que tu sais à quel point tu es désirable…

Comme la blonde reprenait peu à peu ses esprits, Luce poursuivit, l’enlaçant de plus belle :

– Si tu ne fais rien pour m’arrêter, j’ai bien peur de ne pas pouvoir te résister plus longtemps…

– Je n’ai absolument aucune intention de t’arrêter, grogna la française. De toute façon, moi je ne peux absolument pas TE résister.

– Ah ? Parce que tu as essayé ?

– Même pas en rêve !

Devant le sourire énigmatique de Gabrielle, Luce fondit encore un peu plus. Sa main se glissa dans les cheveux en bataille de la blonde et se referma dans ses mèches claires. Pendant une seconde, son regard se brouilla et elle perdit son sourire en marmonnant quelques paroles en italien. Inquiète, la française haussa un sourcil interrogateur.

– C’est vrai qu’ils sont doux, traduisit Luce, bougonne.

La jeune femme ne put retenir un éclat de rire.

– J’ai adoré vous sentir si possessive à mon égard, mademoiselle D’Alba, vous êtes trop mignonne ! Comment cette pauvre fille aurait pu soutenir la comparaison ?!

Luce sourit devant l’hilarité de la française, mais très vite son visage redevint grave.

– Seigneur, ce que tu es belle quand tu ris…

A ces mots, Gabrielle retrouva tout son sérieux. Elle plongea ses yeux dans le regard de braise de l’italienne. Déjà, leurs lèvres se retrouvaient, leurs langues se mêlaient, leurs corps se perdaient dans une étreinte qui les laissa hors d’haleine.

Gabrielle était étourdie. Embrasser cette femme, c’était jongler avec des balles de feu. Elle s’y brûlait avec détermination. Luce la faisait vibrer. Littéralement. Il fallut trois salves vrombissantes avant que l’italienne ne demande : « Ce sont tes fesses qui vibrent ? ».

Confuse et hébétée, Gabrielle récupéra vivement son téléphone dans sa poche arrière. Elle s’apprêtait à le mettre en mode avion lorsqu’elle remarqua les quatre lettres qui se dessinaient sur l’écran lumineux : « Emma ».

 

Chapitre 4

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 13.07.2015 - 21 h 41 | 19 COMMENTAIRES
Vacances, canicule et Visiobulle (Ep.1)

Bien le bonjour, tout le monde ! Je vous livre ici la nouvelle de l’été, un été bien trop chaud pour être honnête, non ?

« Tu as l’air fatigué, Lison, tu devrais vraiment prendre des vacances », qu’ils disaient. « Pourquoi pas sur la Côte d’Azur ? Tu peux y être en quelques heures à peine et profiter du soleil et des plages ! », qu’ils disaient. « Ma tante m’a légué un petit appartement à Juan les Pins » a ajouté Marc. « Si tu veux, je te laisse les clés. Va te reposer un peu et prendre du bon temps. Tu en as clairement besoin » a-t-il insisté.

Ça sonne toujours bien, le mot « vacances », surtout sur la Côte d’Azur, même si ça fait sans doute un peu prétentieux. L’offre était trop alléchante et il fallait de toute façon que je fasse un break. Le travail n’était pas en cause, bien au contraire. C’était ma planche de salut. Mais à ce rythme, mon corps me lâcherait à coup sûr !

J’ai été faible.

J’ai accepté.

Mais POURQUOI Juan les Pins en plein été ?

Note pour plus tard : ne JAMAIS se risquer sur la Côte d’Azur au mois de juillet.

L’appartement en question est un charmant petit loft qui donne sur une cour intérieure. Il est donc relativement calme par rapport à l’ambiance de la ville surchauffée et dégorgeant de monde. Arrivée de nuit, j’ai pu m’installer tranquillement, et pendant les quelques minutes qui ont précédé mon sommeil, je me suis presque réjouie d’avoir cédé.

Mais ce matin…

Réveillée douloureusement par les coups de klaxon des touristes déjà excédés à 9h du matin, la tête lourde du voyage de la veille, de la fatigue accumulée ces derniers mois, et l’humeur aussi noire que ce que le ciel est bleu, je n’ai même pas trouvé le courage de sortir. Dans les placards de Marc, j’ai quand même trouvé quelques filtres à café et un paquet tout neuf. Tout n’était pas perdu.

 _________________________

Il est plus de 11h quand je me décide à me trainer jusque dans la douche et près de midi quand je sors faire les courses. Dehors, la chaleur est étouffante. Le soleil impitoyable fait rôtir chaque molécule et se délecte particulièrement des peaux encore trop blanches et insuffisamment badigeonnées de crème. Il se répercute de vitres en dallages et vient arrêter l’œil de ses éclats menaçants. L’air est à peine respirable : tout sent le chaud. Les poissonneries qui se targuent de vendre le poisson frais du matin dégagent des odeurs nauséabondes – surtout pour quelqu’un qui émerge à peine – et les snacks, pizzerias et restaurants en tous genres saturent l’atmosphère de relents de fritures, de sucres et d’arômes artificiels.

Ecœurée, je n’achète que le strict nécessaire avant de retourner dans le petit confort du loft pour me préparer un sandwich. Le calme de l’appartement est un réel soulagement. Je constate néanmoins que mon portable clignote. Marc m’a envoyé un message : « Je sais qu’il fait chaud, mais évite de rester cloîtrée. La Pinède est agréable à toute heure du jour et les plages sont un régal en fin de journée. Ne fais pas l’ourse et amuse-toi bien ! PS : Je ne sais pas ce qu’il reste à manger, mais les bières sont au frais ! Fais comme chez toi. »

Marc est un amour. Et il me connaît un peu trop bien visiblement.

Sur le point de digérer mon sandwich, j’envisage très sérieusement le canapé mais d’un coup d’œil culpabilisant à mon téléphone et au portrait souriant de Marc et de son épouse qui trône sur le guéridon de l’entrée, j’opte pour la petite promenade.

A peine ai-je franchi les portes de l’immeuble que la chaleur me prend à la gorge. Non, vraiment, ce genre de vacances n’est pas pour moi. Si je veux suffoquer, il me suffit de rester dans mon marasme quotidien. A contrecœur, j’entreprends de descendre vers la plage pour la longer jusqu’à ladite « Pinède ». Chaque pas me coûte. J’ai presque l’impression que mes semelles collent au trottoir et en quelques secondes à peine, je sens la sueur perler sur chaque centimètre carré de ma peau.

Il est 13h30, le soleil est au zénith. Les rues sont presque calmes comparées à tout à l’heure. Les gens, hébétés de chaleur ont trouvé refuge dans les restaurants. Contrairement à une heure plus tôt, je n’ai pas à jouer des coudes pour avancer jusqu’à la plage. Quand j’y arrive enfin, je suis un peu déçue. Certes, la mer est d’un bleu méditerranéen inégalable, mais la plage, elle, semble inaccessible. Elle est, à perte de vue, obstruée par des constructions sans intérêt qui proposent, à des prix ridiculement élevés, des matelas, des boissons et un choix de plats aux noms alambiqués, sans doute pour justifier leurs coûts exorbitants.

Un glacier me renseigne : pour la plage publique, il faut faire 7 à 800 mètres en prenant à droite. Incapable d’envisager de faire autant de pas par cette chaleur pour tremper un orteil, je reviens à mon idée initiale. « Pour la Pinède, vous faites 200 mètres sur la gauche », m’affirme le marchand de glace, déjà détourné vers une famille de touristes qui, eux, achètent.

Je m’apprête à m’engager aussitôt sur la gauche quand mon regard s’arrête à nouveau sur la mer. Juste devant mes yeux, un ponton s’avance de quelques dizaines de mètres dans l’eau. Malgré moi, je suis fascinée. C’est étrange, cette sensation que provoquent en moi les grands espaces. J’ai déjà vu la mer, des dizaines de fois, et pourtant, je suis comme aimantée par elle. J’éprouve le même sentiment curieux face aux montagnes, à l’océan, aux déserts. L’immensité de la nature, sa puissance et sa profondeur forcent mon respect. Elle m’apaise et me captive. Hypnotisée, j’oublie l’ombre des pins pour m’engager sur le ponton.

L’espace d’une seconde, mon regard est parasité par le tumulte des enfants qui agitent l’eau des plages privées. Je constate, non sans me morfondre intérieurement, que malgré leurs tarifs hallucinants, les plagistes font fureur. Les gens écrasent les matelas encore plus lourdement que ce que le soleil nous assomme. Ceux-là digèrent pendant que d’autres mangent et fument aux terrasses envahies de parasols. Tout cela fondu dans un brouhaha malvenu que fort heureusement, les vagues submergent de leur chant primaire.

Je suis seule sur le ponton. La chaleur y est indescriptible, mais au fur et à mesure que je m’avance, un petit air marin vient la rendre moins insoutenable. Sur le côté droit de ce bras de béton, un curieux bateau est amarré. Un bateau jaune. Sur son flanc, on peut lire en grosses lettres bleues : « VISION SOUS MARINE ». Il ne tangue presque pas. Comme si la mer elle même refusait de prendre le risque de suer en remuant.

Je ne suis qu’à quelques dizaines de mètres de la civilisation, pourtant ici, tout est calme et apaisant. Même l’air me semble plus pur. Pendant une minute, je ferme les yeux. Mentalement, je remercie Marc de m’avoir convaincue. Venir n’était peut-être pas une si mauvaise idée, finalement.

Quand je soulève à nouveau les paupières, le soleil m’éblouit. Les yeux plissés, mon regard se promène sur la surface d’huile que de nombreux bateaux de différentes tailles et de différents styles, ponctuent inopinément. Immanquablement, je reviens sur le bateau jaune. En le détaillant de plus près, je remarque que sur un des bancs qui meublent le pont, quelqu’un semble dormir. Sans doute un membre de l’équipage qui profite de la pause pour faire sa sieste en attendant la prochaine flopée de touristes.

Un scooter des mers attire mon attention. Il s’engage entre les bouées qui mènent jusqu’au ponton puis, arrivé à quelques mètres à peine de l’avancée bétonnée, il fait demi-tour et accélère plein gaz, ruinant ainsi la tranquillité de l’instant. Le bruit m’insupporte et apparemment je ne suis pas la seule.

Sur le bateau à vision sous-marine, le corps allongé s’anime. D’un geste nonchalant, la personne se soulève, passe un bras par-dessus le siège pour aviser le fauteur de trouble, et d’un geste mou, replace les mèches indisciplinées que le vent coiffe à sa guise.

Je ne suis pas très loin, pourtant, je n’arrive pas à distinguer s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. La silhouette est svelte et élancée. A la fois gracieuse et virile. Les muscles bien dessinés des bras et des mollets s’échappent d’un T-shirt gris dont les manches ont été roulées jusqu’aux épaules et d’un bermuda délavé. Le visage ne révèle que quelques traits fins, une coupe courte à l’allure négligée et un regard habitué à scruter les horizons. Il ou elle est d’une beauté… marine.

Saisie, par l’androgynie de cette personne, je ne perds pas une miette de chacun de ses gestes. Un étirement d’abord, suivi d’un bâillement presque bruyant. L’espace d’une seconde, une hésitation, un regard vers le banc : se recoucher ou ne pas se recoucher, telle est la question. Une main vient gratter la nuque et se perdre entre les épaules, sous le coton léger du vêtement, puis en ressort, visiblement plus moite. D’un coup, le corps s’ébranle. Il se lève et d’un geste tout naturel, défait la large ceinture de cuir du bermuda avant de le laisser tomber jusqu’aux pieds. Dans la foulée, le T-shirt disparaît lui aussi, me permettant par la même occasion de constater qu’il s’agit d’une femme. Ses seins, subtils mais indéniables, sont tout aussi bronzés que le reste de son corps. A leur vue, mon propre corps réagit étrangement. Comme s’il était surpris de reconnaître une femme là où il aurait souhaité un homme. Parce que, soyons honnête, cet être est tout ce qu’il y a de plus désirable !

Pendant une fraction de seconde, je mesure mon manque de pudeur. Mon œil curieux scrute chaque courbe de ce corps magnifique. Ses fesses sont recouvertes d’un boxer noir, merveilleusement moulant, qui ajoute encore au charme et au mystère de cette femme surprenante. Dans mon bas-ventre, la marée monte, mais dans ma tête, il n’y a plus rien que cette fascination physique. Mon cerveau est prisonnier de mes yeux. Il ne réfléchit plus.

Quand son regard croise le mien, je ne cherche même pas à me détourner, je suis figée. Une seconde. Une éternité.

Ce n’est qu’au bruit mouillé de son corps pénétrant, dans un plongeon élégant, la surface miroitante de l’eau que, tout à coup… je me souviens.

(à suivre ici)

Le Visiobulle, le seul, l'unique !

Le Visiobulle, le seul, l’unique !

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APPRENDS-MOI… (Ep. 11)

Avec quelques semaines de retard, voilà (enfin !) la suite et fin de cette sporadique nouvelle… Toutes mes excuses pour le délai : je vous avais prévenu(e)s que j’étais rouillée !!!

(previously)

Le voile léger des rideaux invite les lumières citadines de la nuit à pénétrer la chambre qui s’engourdit de nos ébats en veille. Il y a quelques minutes, ou était-ce quelques heures, nos corps secouaient cette soirée fébrile de décembre : de nos mouvements aveugles, prescients, passionnés, nous embuions les vitres nous occultant du reste du monde. Il y a quelques heures ou quelques minutes à peine, nous créions un monde, nouveau, notre.

Je ne sais pas si j’ai succombé aux mots doux du sommeil ou si je n’ai fait que somnoler, béate et comblée. A nos frénésies voluptueuses ont succédé de touchantes confessions. Dans l’intimité encore verte de nos effusions, arrivées à épuisement de nos ressources physiques, les paroles ont pris le relai, dans une bienveillante complicité qui aurait pu sembler séculaire.

Je me suis avouée sans pudeur, blessée mais entière, avide et curieuse de sa fascinante personne. Elle s’est révélée, nouvellement forte et fière, se remettant tristement du moignon cruel de l’abandon. Sa précédente compagne l’ayant quittée sans prévenir alors qu’elles étaient supposées agrandir la famille une troisième fois, elle s’était retrouvée seule, humiliée, acculée par ses responsabilités et ses obligations familiales justement au moment de sa « promotion » professionnelle.

Son émotion, encore bien vive lors de ces aveux, faisait vibrer sa voix et trembler ses lèvres. Je n’ai pu retenir mes étreintes les plus tendres. Mais mon inspectrice, fidèle à son impertinence, en souriait de plus belle. Et Dieu qu’elle était belle ! Son sourire, même triste, surtout triste, vrillait mes chairs thoraciques, mâchait mes os, ratissait ma peau en stridences frissonnées. Alors, nous avons fait l’amour à nouveau, dans la fulgurance de nos faims, nous exposant aux souffles, aux gestes, aux cris, aux regards de l’autre.

Tout ce que je vois à cet instant, ce sont les ombres nocturnes, calmes et irrégulières, qui glissent sur la toile lisse du mur à chaque passage de voiture. L’air est encore saturé de nos odeurs, mêlées, embrassées, qui s’accordent au silence sourd du double vitrage et à l’ambiance encore chaude de nos draps froissés pour embaumer l’air du parfum, clair et apaisé du désir.

Au creux de mon épaule, ouverte et fière, Violette repose. Sa respiration quasi inaudible vient caresser la peau nue et offerte de mon sein. A mon flanc, je sens son cœur battre, lourd et paisible. A moins que ce ne soit le mien ?

Lâchés, ses cheveux s’éparpillent sur moi, sur elle, sur le coton épais que je remonte sur son épaule fraîche. Mes doigts, délicatement, osent dans la confidence de la nuit jouer avec ses boucles brunes. Comme si j’avais besoin de ce contact supplémentaire pour confirmer, pour accepter l’exactitude du moment, sa pertinence, son authenticité surréaliste. Quelque part au fond de moi, une voix grave que j’imagine être celle d’Eluard, me déverse de ses vers purs et tendres, cassants et si crument vrais qu’ils déchirent les entrailles comme ils bercent.

L’amour est ainsi. Cru, beau, tranchant, immense, pur, complexe, exaltant, intempestif. Il y a trois jours, je me confondais en désir déroutant, brutal et irrépressible. Aujourd’hui, à l’instant où ce désir, satisfait pour l’heure, sait se taire pour laisser parler ma conscience, je suis tentée de poser de grands mots sur ces émotions bouleversantes de ces derniers jours.

Où est passé mon cynisme sentimental ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de moi, Violette Paulin ? A votre contact, je redeviens guimauve, princesse en détresse et chevalier servant, « Faible ! Faible ! Faible femme ! » comme dirait Figaro.

Je devrais sans doute m’affoler de cette rechute, je devrais me protéger, réfléchir. Cette femme, merveilleuse, fière, tendre et sensuelle, cette femme si terriblement attirante est mère. La légèreté et l’inconséquence ne sont pas une option.

L’espace d’une seconde, je me projette dans un quotidien hypothétique : Violette, moi, et ces deux petits garçons aux visages radieux que je n’ai pas manqué d’observer sur bon nombre de photos un peu partout dans l’appartement. Si je ne m’étais jamais posé de question sur une éventuelle vie de famille, je suis impressionnée de voir à quel point mon imagination est brusquement fertile, cette nuit.

Sans quasiment rien savoir d’eux, et sans en éprouver le moindre vertige, je les vois déjà évoluer autour de nous. J’imagine leurs habitudes, j’anticipe leurs questions, leurs réactions, j’espère une complicité que je modère déjà, redoutant le statut de « belle-mère », avant de conclure sur une certitude : il n’y a rien que je ne sois prête à assumer pour une vie avec Violette.

Une étreinte ensommeillée de celle-ci me ramène sur Terre. Je ne peux réprimer un sourire : il n’y a sans doute rien de plus « lesbien » que de s’imaginer vivre avec quelqu’une après une seule et unique nuit passée ensemble !

L’insomnie prophétique n’est plus de rigueur et je m’endors enfin, bercée par la certitude simple et bienheureuse de me réveiller à ses côtés demain.

Je ne saurai dire qui du soleil ou du bruit léger du verre qui s’entrechoque m’aura tiré de mon sommeil. Avant même d’ouvrir les paupières, je lance mon bras en quête du corps chaud de mon amante, la tête encore toute engourdie de notre nuit tendre et passionnée. Ma main cherche en vain, sous et sur les draps. Déçue, j’ouvre péniblement les yeux pour constater tristement que je suis seule, bien trop seule dans ce grand lit !

Le grognement de mécontentement qui m’échappe est stoppé net par le son léger des pas de Violette sur le parquet. Du bout du pied, elle ouvre la porte et s’avance dans la chambre, les bras chargés d’un merveilleux plateau petit-déjeuner. Voyant ma tête émerger de la couette, elle me lance en souriant : « Déjà réveillée, petite marmotte ?

– Groumpf…

– J’espère que je n’ai pas fait trop de bruit, me dit-elle en déposant délicatement le plateau sur le chevet, de mon côté du lit. C’était trop dur de rester couchée à côté de toi et de te laisser dormir… J’ai bien failli te sauter dessus de bon matin », me confie-t-elle en riant.

Son rire et son petit air mutin me chavirent et comme elle vient s’asseoir auprès de moi, j’attire son corps contre le mien. Conciliante, elle s’allonge tout contre moi et m’enlace. L’odeur du café et du pain grillé titille mes narines, mais qu’importe à mes mains qui déjà s’aventurent sous le voile diaphane de son peignoir ? Qu’importe à ma peau qui brûle à nouveau de la sienne, retrouvée ? Qu’importe à ces milliers de lames, aiguisées de désir, nourries de ses moires, qui encore une fois pénètrent mes chairs offertes, mon âme assujettie, mon cœur tonitruant ?

Le café et le pain seront froids.

Sans trembler, ma main impudique vient tirer sur le cordon qui maintient les pans de son peignoir et, d’un geste lent et si terriblement maîtrisé, elle laisse glisser le fin tissu sur sa peau soyeuse. Le spectacle est d’une sensualité affolante. Ses épaules d’abord, puis ses seins et enfin la plaine suave de son ventre se révèlent à moi dans la lumière étrangement chaude d’un matin de décembre.

« Hum… Bonjour », dis-je à cette sublime vision qui me surplombe à califourchon. Comme mu par mon seul désir, mon corps se soulève jusqu’à ce que mes lèvres effleurent la peau constellée de sa poitrine. « Bonjour », répète doucement ma bouche à son sein gauche, avant d’y déposer un baiser. « Bonjour », s’empresse-t-elle d’ajouter à l’aréole de son sein droit. Et un nouveau baiser vient rééquilibrer les civilités. Enfin, mes lèvres se hissent vers les siennes dans un dernier élan de politesse. Elles laissent s’échapper un ultime « Bonjour », à peine murmuré cette fois, avant que nos langues n’entreprennent de se présenter leurs respects.

Dans les yeux de Violette, le désir se fait incandescent. Il en serait presque douloureux. Mes mains la parcourent, tantôt subtiles, tantôt fermes. Elles caressent, elles affleurent, elle pétrissent et ondulent son corps sur toutes les gammes du plaisir.

Je n’aurai sans doute pas la prétention de croire que je peux anticiper l’avenir sur l’échelle d’une éternité, les « toujours » et les « jamais » ne sont pas des mots à la portée des mortels. Mais ce que la vie me réserve pour les prochaines heures… J’aime.

Fin

http://fineartamerica.com/featured/lesbian-sketches-1-gordon-punt.html

Lesbian sketch, by Gordon Punt

100% manuel ! | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | texte récit | y'a que ça de vrai ! | 29.01.2015 - 20 h 29 | 33 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 10)

@Dwarfy mérite bien un peu de repos mais reprendra la plume très prochainement, ici et/ou sur son blog, alors en attendant, je vous livre la suite de cette nouvelle. Merci de votre lecture fidèle ! 

(previously)

J’ai parfois l’impression d’avoir passé ma vie en quête d’esthétique, aussi bien dans mes lectures, mes recherches, mes ambitions poétiques que dans mon quotidien de femme sensible à la beauté sous toutes ses formes. Mais nulle forme ne m’a autant émue que celles que je caresse du bout des doigts. Avides, mes regards absorbent chacune de ces courbes délicates.

Violette frissonne. Pourtant, elle ne remontera pas le drap. Nous avons chacune besoin de cette minute de contemplation de l’autre, cette minute pour une éternité de souvenirs, de plaisirs condensés en un sens. Mes yeux sont ma peau, ma langue, mes oreilles. Ils apprennent d’un sourire, d’un souffle, d’un parfum. Je veux tout savoir d’elle, je veux prendre le temps de la découvrir. Si nous nous taisons, c’est dans le recueillement de nos cris à venir. Dans son regard, je devine le désir, encore.

Il n’y aura pas d’essoufflement ce soir.

C’est elle qui rompt l’immobilité consentie. De son bras chaud, elle vient enserrer ma taille, imposant par ce geste une indéfinissable sensation de quiétude et, simultanément, une excitation fiévreuse. D’un mouvement leste de son bassin, la voilà qui me recouvre de tout son corps, sa bouche narguant délicieusement mes lèvres. Espiègle, elle les pince délicatement de ses lèvres si douces. Je m’abandonne à son jeu, guettant docilement le meilleur moment pour rentrer dans la partie. Quand sa bouche s’applique à dessiner les reliefs de mon cou en remontant, dangereuse, jusque sur la mienne, je m’efforce de résister à l’envie de l’embrasser. Chastement, je viens poser mes mains sur ses hanches irrésistibles. Mes caresses adoptent le rythme de ses lèvres.

Je ferme les yeux, soumise à l’émotion enivrante de son corps sur le mien. Nos peaux, comme nos chairs, se reconnaissent et s’apprivoisent. L’entente est feutrée, si tendre… Partout, son contact nourrit et éveille. Prisonnière de ses charmes, je me livre et goûte à de ces libertés qui n’ont d’autre espace-temps que la rencontre de nos peaux. Tout se joue dans l’absence de vide entre nous. Rien ne m’emplit autant que notre promiscuité.

Quand ses lèvres se posent à nouveau sur les miennes, s’entrouvrant cette fois pour laisser sa langue se frayer un passage, je ne résiste plus. Notre baiser se fait aussi intense, aussi nu et passionné que nous-même. Mes bras l’étreignent sans modération. Je bois à sa bouche tous les mots que nous taisons encore, affamées de mouvements, d’actes, de vrai. Les mots viendront plus tard. Ils ne nuanceront pas, ils ne décevront rien. La conversation de nos corps ne se tarira qu’à l’heure bienheureuse de l’épuisement. Au fond de moi, un sourire satisfait : je ne rentrerai pas ce soir.

Sans la moindre innocence, Violette fait glisser sa jambe entre mes cuisses. Il n’en faut pas plus à mon sexe pour se mettre à bourdonner. Si habituellement le désir est une pulsion dévorante, qui a tendance à faire passer tout le reste au second plan, avec elle, il devient violent, annihilant réalité et conventions. Sous son corps, je ne suis plus qu’instinct primaire et animal, charnel et voluptueux.

D’une langueur quasi cruelle, elle se met à remuer sur moi et mon corps entier épouse le mouvement de ses vagues. Je sens son sexe s’ouvrir sur la peau tendue de ma cuisse et je sais que le mien a déjà inondé sa jambe de mon plaisir. Au moment où ses coudes se plantent autour de mes bras pour qu’elle puisse plonger son regard dans le mien, mes mains agrippent les rondeurs aguicheuses de ses fesses. Le rythme s’intensifie alors : nos respirations jumelles accusent les à-coups du désir et les pointes tendues de ses seins frôlent outrageusement ma poitrine brûlante. Son regard se brouille, égaré sur l’écran de son plaisir. Je l’observe, impudique. Je pense bien n’avoir jamais rien vécu de plus grisant. De mes mains, j’appuie encore le mouvement de son bassin, accélérant à peine mais creusant encore plus ce frottement délicieux, arrachant un gémissement affolant à mon inspectrice incandescente.

Ses tétons provocateurs s’accrochent aux miens, la peau souple de nos ventres se fait moite et glisse presque bruyamment, étouffée par nos halètements. Je pourrais jouir comme ça, je le sens. Mais pour l’instant, je suis totalement fascinée par les expressions de son visage. La regarder faire monter le désir en elle, en nous, par ce simple balancement des corps, voir ses traits s’abandonner à cette quête de plaisir à la fois si égoïste et partagé, c’est terriblement excitant. Je veux la voir jouir sur moi, je veux sentir son sexe couler sur le mien.

Pendant une seconde, j’interromps le rythme de nos hanches. Surprise, elle m’interroge du regard pendant que je m’efforce de glisser mon autre jambe entre les siennes. Je lui souris, elle comprend et se positionne sans ménagement à califourchon sur moi. Les lèvres humides de son sexe viennent s’écraser sur le relief prononcé de mon pubis et déjà, elle reprend sa danse ensorcelante. Ses bras se tendent, son dos se cambre et ses seins s’agitent juste sous mon nez. Impossible de résister. Mes lèvres se posent d’abord presque chastement sur son grain de beauté. Du bout de ma langue, j’en lèche les contours avant de refermer ma bouche sur la pointe ferme de son téton. Les mouvements de nos corps m’incitent à alterner d’un sein à l’autre, sans précipitation, alors que mes mains s’impriment de plus en plus fort dans la chair ferme et douce de ses fesses.

Ivre du plaisir de sentir la convexité de mon sexe s’insinuer dans la tendresse de ses chairs, ses gémissements me font perdre la tête.  Son propre plaisir coule maintenant en abondance et le frottement fluide de nos sexes l’entraîne toujours plus haut, vers une jouissance imminente. Je veux savourer cet instant. Graver chaque son, chaque sensation, chacune de ses expressions dans ma mémoire, mais surtout : je veux qu’elle explose sur moi. Frénétique, mon bassin se soulève à la rencontre de son sexe, tandis que ma bouche se fixe sur un téton qu’elle suce et mordille délicatement. Violette crie presque… Oui, elle crie ! C’est alors que son corps se tend complètement, le dos arqué, les yeux grands ouverts… et son cri devient râle et hoquets pendant que nos corps décélèrent mais s’aiment toujours.

Entre mes jambes, le bourdonnement s’est fait tremblement de terre, volcan. Son orgasme aura presque suffit à déclencher le mien ! Je suis quasiment aussi secouée qu’elle quand, enfin, son corps se relâche et vient s’étendre mollement sur le mien. Avec toute la délicatesse du monde, je passe ma main dans ses cheveux, dégageant son visage. Dieu qu’elle est belle ! Les joues rougies par l’effort, le souffle court, un franc sourire de satisfaction sur les lèvres, c’est… oui, c’est cette image que je veux garder d’elle, toujours ! Le menton posé entre mes seins, elle me renvoie la tendresse de mes regards conquis.

« Maëlle, me chuchote-t-elle, très sérieuse tout à coup.

– Oui ?

– J’ai envie de toi. »

Non, ce n’est pas l’heure des mots. Pourtant, ceux-là… D’ACCORD !

(la suite ici)

 

 

 

Photo par Harry Kerr (et je renvoie à cette sélection qui m’a bien plu et que je partage avec vous !)

100% manuel ! | corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | poésie | y'a que ça de vrai ! | 21.01.2015 - 13 h 31 | 16 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 9)

Puisqu’elle était lancée, voilà enfin LA scène que tout le monde attendait, livrée par @dwarfy en personne ! Je vous laisse profiter de la poésie de l’instant et vous souhaite une bonne lecture !

– Votre humble Pucedepoesir –

(previously)

C’est un vertige qui nous étreint : celui de l’intimité offerte, enfin. 

Dans le creux d’une vague, lorsque nos bouches impétueuses se ferment au ressac des langues complices, je respire à sa source le souffle qu’elle expire, alizé grisant et capiteux… je manque de défaillir et il me semble que l’azur azur se déverse et inonde chaque recoin de mon espace crânien… aussi, chaque neurone s’enivre, explose et se soumet à cette prise de possession aérienne.

Je suis obligée de me retirer, de poser doucement mon front contre le sien… ma poitrine s’est évasée et palpite. Tandis que je me remets un instant de ce fougueux dialogue, Violette s’empresse de voguer sur mon visage : ses lèvres brûlantes déposent de tendres baisers… joue… œil… tempe… front… pommette… œil … joue… mais elle ne résiste pas et, presque imperceptiblement, vient me trouver dans l’obscurité des yeux fermés, en survolant mes lèvres entrouvertes.

C’est un voile d’une extrême légèreté qui vient me recouvrir toute entière. Je capitule et ne sais plus qui je suis, où je suis, où mon corps s’arrête et où le sien commence… Nous avons disparu, évaporées, loin derrière les sensations qui nous assiègent. J’entrouvre les yeux et lui souris. Elle me répond par un sourire franc et paisible. Et pour ne faire plus qu’une, nous nous étreignons fort. Nos têtes reposent sur l’épaule de l’autre. Ses cheveux chatouillent le bord de mon visage émotif. Instinctivement, nos corps se sont mêlés et je sens mon bassin, mes cuisses, mes genoux chercher son contact.

Pourtant, je m’éloigne lentement, la regarde… L’envie irrépressible de sentir sa peau, de la goûter m’arrache à cette trêve béate. Je décide alors de me lancer à la conquête de son corps en alerte, prêt à accueillir mes explorations. C’est sa mèche que je commence par repousser du revers de la main. Mes doigts s’infiltrent dans ses cheveux soyeux et sillonnent cet univers éthéré. Sa nuque se raidit sous mes caresses et je trébuche sur ses clavicules avant de m’aventurer sur sa poitrine. Elle porte un décolleté prononcé qui m’impose et m’oppose néanmoins la frontière de sa pudeur.

Je voyage alors dans cet univers galbé et sous les encouragements de ses soupirs, j’empiète sur cette terre satinée et sacrée en passant le bout des doigts sous le tissu résistant. Prise de convulsions, elle me serre contre elle. Nos bouches se retrouvent et entament une nouvelle fois leur débat complice. Ses mains m’enserrent le visage et soudain, elle me tend son cou et gémit. Mes lèvres vagabondent et se laissent attirer par le trésor qui orne sa poitrine, ce fameux grain de beauté qui avait déjà attiré mon attention.

Je ne peux plus supporter le tissu auquel mes lèvres font face. Comme dans une valse ordonnée, elle retire rapidement cet obstacle et, en renversant sa tête en arrière, s’abandonne à mes pressions tépides et charnues. Je m’égare inconsciemment sur ce continent de douceur, enfin découvert.

Revenue à elle, elle tire sur ma chemise et son œil malicieux me prévient d’une incursion imminente. Un à un, elle déboutonne les verrous qui renferment mon cœur affolé. Comme pour dissiper un brouillard dense, elle balaie de ses deux mains le coton rayé. Elle pose son empreinte sur mes seins. Un silence immobile tournoie autour de nous. Un de ces silences qui avertit de l’orage à venir.

La chemise glisse le long de mes épaules qu’elle effleure et presse. Tout à coup, elle me prend par la main et m’entraîne dans le couloir sombre où elle demeurait il y a encore quelques instants ou bien il y a une éternité. Déboussolée, je la retiens et la plaque contre la surface froide de ce tunnel ténébreux : « Attends… ». Pas le temps d’hésiter, elle me repousse et me pivote… Aaah ! Un froid terrible et pénétrant s’empare de mon dos. « Attendre quoi ? me rétorque-t-elle, je te veux. »

Ce souffle dans le creux de mon oreille me fait chanceler. Elle le sent et maintient fermement nos mains enlacées. Commence alors une tempête impétueuse, une collision houleuse… et je ne peux qu’abandonner ce flottement prohibé. Définitivement, je renonce à toute forme d’entendement. Elle ondule son buste dénudé sur le mien et convertit ma rigidité à sa souplesse. Dans une osmose sans concession, elle me conduit dans sa chambre, éclairée par une lampe à sel. L’atmosphère embrasée de la pièce projette ce que nos sens transpirent.

Lorsque nous heurtons le bord du lit, nous nous renversons d’un commun accord. Notre tornade file sur l’océan safran des draps et mon corps, métamorphosé en chaloupe, recueille sa gravité. Nos jambes s’entrecroisent et souffrent l’épaisseur du jean. Au loin, nos baisers tumultueux troublent la sérénité du lieu : nous voguons sur les flots blanchissants… sur les vagues déchaînées du désir.

Dans la tourmente de nos caresses, je sens une chaleur terrible se propager entre nos cuisses volubiles. Violette, transie, m’agrippe et se jette en arrière. Je la dévore de baisers en bravant des rafales plaintives. Ivre, ma main s’achemine au gré des vents ardents vers sa ceinture. Débouclée. Mes doigts s’attachent alors à apprivoiser les serrures de sa toile marine, qui abdiquent en un instant. J’ose rompre cette fusion thermique, me relève et libère ses jambes magnifiques de l’écorce rugueuse qui les recouvrait. Je répète la manœuvre et me dévoile devant ses regards lumineux.

Nous voilà presque nues, telles des offrandes réciproques et la douceur de sa peau m’emporte dans un monde séraphique. Mélodie extatique de deux épidermes qui s’entretiennent et se passionnent.

Une accalmie s’empare de nous, débarrassées des carcans et légères comme des cirrus voilés. Contrairement aux ennuis maritimes, nos corps flottent et tanguent sur les ondes chatoyantes. Je me suis allongée près d’elle, versée sur son visage, la tête accoudée. D’un mouvement de bassin, elle se colle contre moi et nous ne formons plus qu’un détroit aux roches mouvantes.

Nous partons en exploration de ces territoires vierges. Les falaises escarpées de nos épaules roulent et s’enroulent. Je veux apprivoiser chaque centimètre de sa peau qui se crêpe et se fronce et bourgeonne sous mes doigts prévenants. Brûlants. Elle s’amuse à tracer des lignes et des arabesques sur ma poitrine et finit par dégager lentement la bretelle brodée qui menotte l’accès à mes seins.

Cette libération m’émeut et je veux aussi délivrer son épaule de ce joug et de tous les autres jougs qui me séparent de sa peau enivrante. D’un claquement de doigts l’accroche s’incline cataclysmique : ses chairs respirent et se détendent. Ma main s’entête et, sans que je ne puisse encore baisser mes regards courtois et discrets, ôte la matière superflue. C’en est trop ! J’explose à la vue de ces boutons roses qui fleurissent sous mes yeux. Il me semble qu’un arôme argenté brille dans le fond de mes narines… Je cède à mes pulsions et me loge au creux de ces monts merveilleux.

Une frénésie incontrôlable m’emporte et s’alimente lorsque Violette laisse échapper quelques sons indistincts au milieu des expirations de plus en plus prononcées. Elle passe ses mains entre mes cheveux et insensiblement me guide sur son plexus, puis sur son ventre que je découvre comme l’on découvre un continent inconnu. Bien sûr qu’elle veut que je poursuive cette descente infernale dans les braises de son désir palpable… mais il est trop tôt.

Je ne m’autorise pas encore le chemin qui mène à ses ruisselantes richesses. Je veux inspecter et prospecter l’étendue de son dos longuement capturé par mes doigts dilatés… Alors qu’elle croit enfin obtenir satisfaction, je la chavire, l’accoste et la domine… Ô merveille hâlée ! Ses omoplates tigrées resplendissent et sa taille subtilement marquée appelle mes baisers.

Je ne peux m’empêcher de griffer amoureusement son dos jusqu’à ses fesses tendres et rebondies. Très rapidement, j’ôte le peu de dentelles qui maquille ma poitrine et fond sur ma proie aux aguets. Je m’arrête à quelques millimètres de sa peau et l’effleure du bout des seins, durcis par l’excitation. Elle pousse un gémissement et serre mes mains enfin prisonnières des siennes. Je sens son bassin bouillonner sous mes cuisses… déflagration instantanée.

Comme répondant à l’appel, mon bassin, tel un balancier, s’ébranle et oscille. Mon sexe gorgé se laisse bercer sous les notes mélodiques de nos corps symbiotiques. Perte de connaissance… hypnose… la pièce tourbillonne autour de nous tandis que monte en moi un chant symphonique. Essoufflée, je me laisse glisser sur le lit.

C’est alors que Violette se dresse et m’habille de baisers mêlés de morsures. Corps vaporeux… poitrines frémissantes… extrémités inquisitrices… tout en ondulant, elle se faufile entre mes courbes et s’engage près du foyer fiévreux et rutilant. Mes membres contractés ne peuvent plus se retenir de rebondir sur les salves du plaisir. C’est à mon tour de tenir du bout des doigts la tête de Violette qui charme l’intérieur de mes cuisses échauffées.

Lorsqu’elle approche son visage, je sens, à travers le tissu tendu, son souffle chaud et humide. Ses lèvres se posent sur mon pubis accueillant, pincent délicatement ma peau encore défendue et s’amusent avec les frontières qui lui sont soumises. Tout à coup, un air frais me saisit : elle a soulevé et repoussé le treillage fin et contemple mon intimité émue. Lorsque nos lèvres se rencontrent pour la première fois, j’ai l’impression qu’elle susurre une formule enchanteresse et que tout mon être s’abandonne à ses ensorcellements.

Je suis otage de ces succions, otage de sa langue impétueuse et infiniment tendre, otage de sa langue qui extravague méthodique dans le chaos de mes sensations. Imperturbable, elle poursuit son œuvre tandis que j’implose, le souffle saccadé, la tête ballottée par les spasmes d’une poitrine sur le point de se déchirer. Mes orteils tyrannisés par des crampes sourdes tentent de résister à toutes les braises nerveuses qui se dispersent dans mon corps et me consument.

Soudain… éclat… débordement… convulsion… commotion… et cette larme qui coule le long de ma joue enluminée. Après ce séisme luminescent, un à un mes muscles s’apaisent et s’oxygènent tandis que Violette me retrouve et me recouvre de tout son être aux abois.

Loin de me perdre de vue dans ces nuées orgiaques, elle ne me laisse pas une seconde de répit et m’embrasse fougueusement… « J’ai aimé ton sexe… J’ai aimé tes cris et tes mots… J’ai aimé tes tremblements… Maëlle… » Sa voix me rappelle à la vie et encore engourdie, je la prends dans mes bras et la serre autant que je le peux, vidée de toute force. Nous restons un moment immobiles, comme si nous avions trouvé dans l’imbrication savante de nos corps satisfaits, l’empreinte que nous voulions laisser de nous au monde. Mais rapidement, je sens ma cuisse devenir le réceptacle sacré de son désir liquoreux. Je succombe alors à cette impérieuse invitation.

Après de doux effleurements le long de ses bras, de sa taille, de son ventre… mes doigts flirtent avec la naissance de ses seins, mes paumes tentent d’apposer leur empire sur ses pommes caramélisées… mais ma bouche ne résiste pas à l’envie de captiver l’île sauvage qui se dresse, inconstante, sous les vents du midi. Ivresse marine… et le courant m’emporte sur l’océan de ces chairs délicieuses.

Voyage insouciant vers cette faille cryptée où se distille un Opium savamment concocté… Impatiemment, j’arrache ses poèmes arachnéens et affronte le pistil qui perle. Cupide, elle tord les draps qui craquent… Non… elle ne me sent pas encore mais me devine face à la clé de voûte, déterminée et contemplative.

« Maëlle… », supplie-t-elle. Conquise, je finis par me soumettre. Je respire ses pétales gonflés et converse dans une langue lunaire avec ses palpitations embaumées. Son bijou devient le centre créatif d’une orfèvre inspirée… et dans un envoutement savoureux, je me perds dans les labyrinthes de son plaisir… Elle gémit, animale. Et ses cuisses indociles se contractent, ses fesses fébriles tremblent… à peine ai-je abordé l’antre inondé, qu’elle explose en Echinopsis Mirabilis*.

Le ciel nocturne s’est fendu sous son cri volcanique, Violette.

*Echinopsis Mirabilis

*Echinopsis Mirabilis

(la suite ici)

Photo de couverture : Man Ray.

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 16.01.2015 - 08 h 20 | 21 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 8)

Ami.e.s Yaggeuses et Yaggeurs, je vous prie d’excuser le délai de publication sur cette nouvelle. J’avoue que les événements récents y sont pour beaucoup. Difficile d’érotiser en ce moment, mais comme il faut continuer à rire de tout, il faut continuer à aimer et désirer ! 

J’ai promis aux plus impatient.e.s d’entre vous une petite surprise sur cet épisode… Et la surprise la voici : depuis quelques temps, Yagg compte une nouvelle plume parmi ses membres. Pour les curieux-ses, vous aurez relevé la création d’un nouveau blog poétique, mais @dwarfy (Jiji pour les intimes) ne s’arrêtera pas là et prochainement, elle devrait à son tour nous régaler de récits érotiques (probablement dans un nouveau blog… 😉 ). Afin de rentrer en contact avec vous et … parce que je traînais trop à vous écrire la suite, c’est donc elle qui reprend le fil de l’histoire, aujourd’hui. Si je publie ce texte, vous vous en doutez, c’est parce qu’il le vaut bien ! Et vous l’apprécierez, je l’espère, autant que moi. Amies lectrices-lecteurs, le meilleur est à venir !!! 

(previously)

Ce que j’entends en revanche, c’est une petite voix enfantine crier « Maman » derrière nous…

Surprise, je me fige un instant… puis de nouveau la voix s’élance du fond du couloir « Maman… Maman… ».

Je commence à comprendre et détecte dans le regard de Violette un certain embarras. « Excuse-moi, c’est… euh… le téléphone… ce sont les enfants qui m’appellent… Il faut que je réponde, c’est le rituel du soir, ils me racontent leur journée… » Tout en se justifiant, elle lâche ma hanche, s’extirpe de mes bras encore pétrifiés et disparaît d’un pas agile dans l’obscurité.

Je demeure interdite une ou deux secondes et reprend du poil de la bête. Je ne vais pas rester plantée là, dans l’entrée, en l’attendant… Je me décide alors à pénétrer dans l’antre intime de cette chère Violette. Le moins qu’on puisse dire, c’est que j’étais loin, très loin d’imaginer que j’explorerais un jour l’appartement de mon inspectrice… Le salon, sobrement meublé, met en valeur des objets colorés et hétéroclites, sûrement récoltés au gré de nombreux voyages dans le monde entier… Ici une tenture orientale dans les tons ocre et orange, là des bibelots africains ou encore cette poterie aux couleurs mexicaines… Au plafond, une lampe marocaine infuse la pièce d’une lumière marbrée et régulièrement teintée : bleu, rouge, vert se succèdent sur les murs habillés.

Je flâne dans le salon et trouve un magazine photo que je feuillette distraitement… Sa voix chaude et profonde me parvient et suffit à chambouler toutes mes perceptions… Le temps me paraît excessivement long ! Comment vais-je survivre à cette attente ? Tout mon corps me lance des signaux électriques. Mon cœur serré semble s’être lancé dans une folle course de formule 1, propulsant mon sang à mille à l’heure. Comme à chaque fois que je vis des émotions fortes, mes chairs s’amollissent et mes membres faiblissent. Je me sens fléchir… ce n’est pas le moment ! Assieds-toi en l’attendant.

Dans le magazine, je tombe sur des photos en noir et blanc… de femmes… ah ben ça, quelle drôle de coïncidence ! Ce n’est pas fait pour calmer mes ardeurs… Ces corps camouflés, déguisés par un simple jeu de lumière suggèrent un monde stroboscopique qui ne se révèle que par éclats et par fragments… hypnotique, envoûtant, excitant… Me promener à travers ces voies évanescentes, investiguer centimètre par centimètre cette peau suave et injonctive… véritable ode aux méandres cambrés… Je devine en me plongeant dans ces portraits le parfum subtilement brodé sur ces étoffes charnelles… À ce moment-là, je me laisse totalement happer par ce mirage de volutes qui me charme et me ravit…

            Soudain, une décharge m’incendie et me désoriente… Sur ma nuque… du bout des doigts, elle est venue se loger dans mes cheveux… mes oreilles calfeutrées bourdonnent comme un essaim insupportable, je vacille… je ne l’ai pas entendue entrer dans la pièce… Elle est toujours au téléphone, dans mon dos, et j’entends la voix fluette qu’elle écoute distraitement. Elle caresse très lentement l’arrière de ma tête tandis que je n’ose bouger d’un millimètre… Si notre baiser interrompu a pu être torride, à présent, je me sens étrangement paralysée… C’est sa douceur qui m’assiège et électrise mon désir. Presque naturellement, elle ajuste mon col de chemise et ces gestes presque insignifiants me font chavirer. Mais qu’est-ce que je fais ici ? C’est une folie ! Une folie furieuse, qui me déchire le ventre et me fourmille dans la poitrine.

            Elle finit enfin par raccrocher, se racle la gorge et s’excuse, la main posée sur mon épaule. Je me retourne alors et la vois me souriant tendrement. Je prends sa main, me lève et l’attire contre moi. Nous sommes calmes… l’infini s’étend devant nous et pourtant nos visages sont proches et se rapprochent. Je sens mon cœur, sonore, frapper ma poitrine à m’en faire mal. Ses mains enrobent mon dos des omoplates aux reins et, comme froissées par une brise, elles tremblent. Nos joues, magnétisées, se frôlent et s’appareillent… Jamais contact n’a été si doux. Nos têtes, lourdes, se balancent dans un mouvement eurythmique, harmonieux et cadencé. Caresses épidermiques presque à l’arrêt, dans l’obscurité des yeux mi-clos, mi-aveugles. Ce ballet délicat déborde… nos lèvres s’effleurent et s’interceptent et s’abordent et s’amadouent et ne se lâchent plus. Un dialogue haletant invite les étoiles qui gravitent, virevoltent et se heurtent en nous… C’est un vertige qui nous étreint : celui de l’intimité offerte, enfin.

(à suivre)

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Oui, l’image est belle et c’est pour vous faire patienter… La suite sera chaude… vraiment chaude !

 

Merci d’adresser vos éventuels compliments et surtout votre… IMPATIENCE à @dwarfy ! 😀

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 02.01.2015 - 18 h 39 | 35 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 7)

(previously)

 

Il y a comme un brin d’euphorie dans l’air. Je n’ai jamais consommé la moindre substance illicite, c’est à peine si j’ose une bière de temps en temps, et pourtant, je suppose qu’on doit ressentir à peu près ça quand on est grisé par l’alcool. Ou peut-être certaines fumées, allez savoir…

C’est une curieuse impression de flottement, comme si le temps passait au ralenti et en accéléré simultanément. La tête me tourne, je sens mon sang affluer dans mes veines et son rythme régulier et profond me berce et me tient éveillée.

Rentrer chez moi, prendre une douche en me débarrassant des résurgences de pilosité inopportune, m’habiller sobrement mais efficacement, prendre quelques minutes pour me maquiller, sans faire plus que pour une journée de cours, chercher à rester moi tout étant aussi à mon avantage que possible… Ne surtout pas en faire trop… Et tout à coup, une question philosophique : que dois-je lui apporter ? Des fleurs ? Trop couru. Des chocolats ? En cette saison de Noël, trop vu. Une bouteille ? Je ne bois pas et n’ai pas envie qu’elle soit éméchée. Je la veux consciente et consentante. Un poisson rouge ? Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice. Un livre ? Evidemment, un livre.

En quête de la perle rare, je promène mon regard le long de mes étagères. J’aime offrir des livres qui ont déjà vécu. Le seul problème, c’est que j’ai bien du mal à me séparer d’un livre que j’ai aimé, et que je ne peux décemment pas en offrir un qui ne m’a pas accrochée. Je me tourne tout naturellement vers la poésie et mon œil est arrêté par un titre, une couleur… Des textes de Paul Eluard illustrés par Man Ray : Les Mains Libres. J’ai adoré ce recueil. Et comme paradoxalement j’aimerais bien occuper mes mains ce soir, je me dis que mon choix est fait. Rapidement, je griffonne une dédicace à l’intérieur de mon plus beau stylo rouge.

En claquant la porte de mon appartement, je ne peux m’empêcher faire un vœu : « Pitié, faites que je ne rentre pas cette nuit… » !

Il est 17h58 quand j’arrive dans sa rue. Je déteste être en retard mais être en avance peut être tout aussi désagréable. J’avance donc très lentement jusqu’à l’entrée de l’immeuble. A 18h précises, mon doigt presse le bouton de l’interphone qui porte son nom. Les quelques secondes d’attente sont insoutenables. J’en tremble presque et sens tout à coup une bouffée de chaleur monter à mes joues et irradier dans tout mon corps.

Des crépitements dans l’interphone me font sursauter. « Oui ? », me demande sa voix légèrement déformée. Comme je m’annonce en essayant d’articuler, j’entends le verrou électrique de la porte se déclencher ainsi qu’un « Quatrième gauche » machinal.

En passant la porte, je suis surprise par le silence qui règne dans le bâtiment. Le hall est chaud, propre et terriblement calme, ce qui marque un contraste perturbant avec le tremblement de terre qui me secoue intérieurement. Ouvrir l’ascenseur et monter dans cette petite cage encore plus close, encore plus calme, encore plus lumineuse me fait prendre une grande inspiration. Non, je ne paniquerai pas. Non je ne suis pas si faible. Elle n’est qu’une femme. Une belle femme, certes, mais je ne la connais pas, elle ne me connaît pas non plus. Je dois temporiser. Relativiser. Rationaliser.

Quand les portes s’ouvrent sur l’étage fatidique, j’ai repris la maîtrise de mon corps, mis de l’ordre dans mon esprit, et c’est d’un pas tranquille que je vais frapper à la porte de gauche.

« J’arrive ! »

Sa voix vient de loin, elle est probablement à l’autre bout de l’appartement et j’entends son pas précipité approcher de la porte. Je racle ma gorge, ajuste ma veste, et quand la poignée s’abaisse énergiquement, elle apparaît.

Ses cheveux sont détachés et tombent follement sur ses épaules. Quelques mèches se sont glissées dans le décolleté vertigineux de sa chemise. Si elle est essoufflée, elle essaie de le cacher et son sourire accueillant se fige à ma vue, comme si elle s’apprêtait à dire quelque chose de chaleureux, et tout à coup… le silence. Ne sachant pas quoi dire, je lui souris timidement, ne perdant pas une miette des micro-expressions de son visage. Son corps tout entier s’est immobilisé, seuls ses yeux frémissent. Ils parcourent l’ensemble de ma personne, s’attardant ici ou là, trahissant un désir saisissant. Les miens sont rivés sur sa bouche. Ils s’y sont accrochés et refusent de m’obéir. Je n’ose quasiment plus respirer.

Temporiser ? Relativiser ? Rationaliser ? Si je ne peux pas l’embrasser dans les trois secondes, je vais mourir, c’est sûr.

En supplice ultime, sa langue vient humecter sa lèvre inférieure et dans un raclement de gorge, elle me tend enfin une main pour m’inviter à entrer. Ses doigts sont chauds, les miens me brûlent. Retrouver sa peau, c’est réaliser le temps perdu loin de sa caresse. Nos mains s’étreignent, elle pivote pour me laisser passer et referme la porte derrière moi. Je ne l’entends pas claquer, je suis déjà dans ses bras, sa bouche posée sur la mienne, emportée par notre baiser.

Ce que j’entends en revanche, c’est une petite voix enfantine crier « Maman ! » derrière nous…

(la suite ici)

 

ET UNE BONNE ET BELLE ANNEE A TOUTES ET TOUS !!!

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Photopoésir | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 14.12.2014 - 19 h 07 | 36 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI (Ep. 6, le vrai)

(previously)

 

Pendant toute ma jeunesse, je me rappelle m’être questionnée sur ce qui fait de nous des « adultes ». Bien avant ma majorité, j’avais conscience du fait que je ne me réveillerai pas au matin de mes dix-huit ans en ayant brusquement gagné, autrement qu’au regard de la loi, ce grade tant espéré. J’ai plus de trente ans aujourd’hui, et si légalement j’ai le droit de conduire, de voter et de payer des impôts, je ne sais toujours pas ce que veut dire « être adulte ». Je croyais le savoir hier encore. Hier, j’étais quelqu’un de responsable, de bien ancré dans sa vie, avec la pointe de folie nécessaire pour ne pas devenir trop ennuyante. Hier, je savais qui j’étais et ce que je voulais faire de ma vie.

Mais hier, j’ai rencontré Violette.

C’est fou comme une simple rencontre peut faire voler votre vie en éclat… Enfin, la rencontre aurait été bien plus « simple » si elle ne s’était pas soldée par cette accidentelle collision de nos lèvres, ce déconcertant télescopage de nos langues, ce mariage frénétique de nos souffles…

Depuis, je n’arrive plus à penser à autre chose. Rien d’autre que l’odeur enivrante de ses cheveux et celle, plus subtile, de sa peau fraîche. Rien d’autre que le grain subitement plus foncé de ses iris, acérés par le désir, aussi étouffé soit-il. Rien d’autre que ces petits détails bouleversants : la mèche indisciplinée que mes doigts n’ont pas osé ramener derrière son oreille, le décolleté accentué de sa chemise qui m’a brièvement permis d’entrevoir un grain de beauté émouvant sur son sein gauche, la courbe atypique des commissures de ses lèvres, trahissant une exceptionnelle propension au sourire… Et quel sourire !

Je ne me remets pas de son goût, cueilli dans l’intimité partagée de sa bouche, ni de la caresse unique et sublime de ses doigts, de sa paume sur ma joue bienheureuse.

J’ai beau avoir lu, étudié, analysé, décortiqué des dizaines, des centaines des milliers de pages sur l’amour et le désir… Dès lors qu’il s’agit de le vivre, il n’est plus question de connaissance. L’expérience est aussi inutile que mes lectures. L’âge adulte est une chimère : ne reste que cette euphorie adolescente qui donne à ces fragments de souvenirs, tout chauds encore, la violence tragique de la passion.

Et rien n’est plus traître que la passion. Je le sais. J’en garde des cicatrices. Où est donc passé mon bon sens ? Mon cynisme ? L’amertume de ces dix dernières années de blessures, d’espoirs déçus ?

Si j’étais vraiment adulte, une Mme Paulin ne suffirait pas à ébranler tout ça. Si j’étais adulte, je serais rompue à ces assauts de désirs, je serais blindée contre toutes les Mme Paulin de la Terre, je me serais séparée de cette stupide vulnérabilité, j’aurais perdu mon… humanité ?

C’est ridicule. Ce n’est pas ce que je veux vraiment. Ce n’est pas ça être adulte. On ne devient pas une machine quand on est adulte, mais on se connaît. On se connaît suffisamment pour s’accepter avec ses forces et ses faiblesses. Je suis adulte, nom de…

Et Mme Paulin est ma faiblesse.

L’accepter ? Pourquoi pas. De toute façon, qu’est-ce qui peut m’arriver au pire ? Me faire piétiner ce qu’il reste de ma fierté et de mon cœur ? Que vaudrait la vie si elle n’offrait pas de tels risques ?

« Madaaaaaaame, il reste combien de temps ?

– Il vous reste un peu moins de cinq minutes.

– Nooooooooon !

– Si.

– On peut rester pour finir pendant la récré ?

– Je vous laisserai une minute ou deux pour finir, mais pas plus ». Ma bonté me perdra.

Devant les rumeurs naissant dans la classe, je retrouve ma concentration et jette quelques regards orageux en travers de la classe pour dissuader les bavardages en plein contrôle. A la sonnerie, une bonne majorité des élèves se lève comme un seul corps et vient déposer les fruits de ce dernier mois de cours sur mon bureau. Les retardataires terminent à la hâte alors que je les presse, distraitement.

La journée s’est écoulée à la fois très rapidement et d’une insupportable lenteur. Il est 16h pile quand je ferme enfin la porte de ma salle et ce jusqu’à lundi. Dans cinq minutes, les couloirs seront à nouveau envahis : il me faut sortir, et vite. Je n’aime pas la cohue qui règne aux intercours. Le bâtiment est vieux, sans doute pas conçu pour accueillir autant d’élèves. Lorsque deux classes attendent devant des portes qui se font face, il est quasi impossible de passer au travers sans en garder des séquelles physiques.

Je me hâte donc de retrouver mon casier en salle des profs. Par réflexe, je vérifie que rien n’y a été déposé avant de m’échapper. J’ai l’habitude d’y récupérer des copies en retard (plus rarement en avance) ou les sempiternels documents administratifs qui nous sont distribués quasi quotidiennement. Cette fois pourtant, mon regard hâtif est arrêté par une simple feuille A4 pliée en deux, qui laisse voir mon nom manuscrit en lettres capitales sur le dessus.

Intriguée, je m’en saisis et l’ouvre. Les initiales qui me sautent aux yeux en bas de page emballent mon rythme cardiaque : V.P. Sans respirer, je dévore ces quelques lignes : Maëlle, je crois savoir que vous finissez à 15h50 le vendredi. Je n’ai pas beaucoup de temps mais je vous attends dehors. Il faut que je vous parle.

A ma montre, il est 16h03 et je panique. Raaaaaah ! Je viens de perdre les treize minutes les plus précieuses de ma vie ! Vite, je referme mon casier et me précipite dans les escaliers. J’ai l’impression que traverser la cours me prend une éternité et avant même de passer les grilles, je la cherche parmi la foule lycéenne amassée sous un énorme nuage de fumée. Quand le portail se referme derrière moi, la cloche retentit. Dans un râle général, les cigarettes s’écrasent à terre et se piétinent, et un mouvement de masse manque de m’entraîner à nouveau à l’intérieur. Sans voir à un mètre devant moi, je bouscule et me fraie tant bien que mal un passage jusqu’à pouvoir à nouveau respirer et jeter un œil inquiet autour de moi. Mes yeux se posent sur elle au moment même ou mon pied se prend dans la sangle fourbe d’un sac abandonné au sol. Rattrapée au vol par le propriétaire coupable, un élève de deux têtes plus grand que moi qui, en me reconnaissant, s’excuse aussitôt et libère mon bras, je ne rate rien du sourire amusé de Violette qui me rejoint d’un pas léger.

Ses cheveux sont ramassés et tenus à l’aide d’un crayon savamment planté et sa chemise, plus transparente que celle d’hier, laisse deviner le galbe délicat de ses seins, sculptés par un soutien-gorge joliment travaillé. Son tailleur strict s’est effacé au profit d’une simple paire de jean’s qui moule délicieusement la rondeur irréprochable de ses fesses et le fuselage parfait de ses jambes. En une fraction de seconde, mon esprit, qui a gravé jusqu’au plus infime détail de cette nouvelle apparition, décide qu’elle est encore plus belle aujourd’hui.

« Ça va, me demande-t-elle toujours en souriant, vous ne vous êtes pas fait trop mal ?

– Non, non. C’est juste mon ego qui en prend un coup… Je suis désolée d’être en retard, je n’avais pas vu que… Et puis il y avait ce fichu contrôle… Et puis…

– Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas grave. Je suis contente de pouvoir vous voir. »

Son regard est chaleureux et timide en même temps. Je ne sais pas trop quoi faire ni quoi dire. Quand son bras saisit mon épaule et que je vois son visage s’approcher du mien, mes jambes s’amollissent subitement. Heureusement, ce sont mes joues que ses lèvres viennent chercher. Le contact n’en est pas moins bouleversant et s’attarde juste un peu plus que de raison au cours de cette bise informelle. Autour de nous, les élèves se sont faits rares. Ne restent que ceux qui attendent leurs parents en pianotant sur leurs smartphones.

Je les devine plus que je ne les vois car mon regard se perd dans celui de Violette. Le silence entre nous est un puissant vecteur de désir. En une fraction de seconde, ses yeux s’assombrissent et sa main, qui a glissé sur mon bras, se resserre dans une étreinte fiévreuse. Je dois lutter de toutes mes forces pour ne pas me jeter à son cou, là, devant tout le monde et sans le moindre scrupule, lutter pour ne pas poser mes yeux sur ses lèvres car je sais que je ne pourrais pas résister à l’envie dévastatrice de l’embrasser.

D’un raclement de gorge, elle se reprend avant moi :

« Je n’ai que quelques minutes, je dois récupérer les enfants à la sortie de l’école mais… J’aurais voulu…

– Oui ?

– Il faut que je vous parle. Mais pas ici.»

D’un geste sûr, elle passe son bras sous le mien et m’entraîne d’un pas rapide à l’abri des regards indiscrets. Arrivées dans une petite rue perpendiculaire à celle, trop fréquentée, qui passe devant le lycée, elle me pousse gentiment dans le renfoncement d’une entrée d’immeuble. Comme lorsqu’elle a évité mon baiser hier, elle maintient mes épaules contre un mur, à la distance raisonnable mais insuffisante de ses bras tendus.

« Maëlle, commence-t-elle, il faut que je vous dise…

– Oui ?

– Je… Je sais que ça ne se fait pas, que je ne devrais pas mais…

– Mais ? »

Son souffle est court, presque autant que le mien. Je sens mon cœur qui essaie de s’échapper de ma cage thoracique, le bougre. Suspendue à ses lèvres, je fais la bêtise ultime : je les regarde. Elles ne tremblent pas comme je soupçonne les miennes de le faire, mais elles ne sourient pas non plus. Leur gravité, leur tendresse charnue, leur entrouverture sensuelle me submergent de désir. Ses mots seuls me permettent de patienter… Il faut qu’elle parle.

« Nous devons parler. Il le faut absolument parce que voyez-vous, depuis hier je…

– Depuis hier, il le faut, oui, pour moi aussi.

– Je sais.

– Mais j’ai… Est-ce que je peux… Je vous en prie… »

Mes yeux ne se détachent pas de ses lèvres et les mots se dispersent dans ma gorge. Les mots n’ont plus leur place. J’ai tellement envie de l’embrasser que mes mains viennent trouver ses hanches et traduisent mon désir. Quand à son tour elle se met à fixer ma bouche, je sais que j’ai gagné. Ses mains quittent mes épaules pour se saisir de mon visage et je retrouve, émue, la caresse indicible de ses doigts. Son corps tout entier vient se fondre contre le mien et notre baiser affamé se fait étreinte, chaleur, électricité.

Impossible de savoir combien de temps s’écoule alors. Tout ce que je sais, c’est que j’en veux bien plus. Je ne serai jamais rassasiée de ses baisers et mon corps tout entier brûle d’explorer le sien.

« Attends, me dit-elle brusquement, attends. J’étais venue pour te dire… Pour te proposer de…

– Oui, tout ce que tu veux.

– Attends, me dit-elle en riant, attends. Sois sage une minute », me supplie-t-elle alors que mes mains curieuses cherchent à dessiner ses courbes, que mes lèvres se tendent à nouveau vers les siennes. Docile malgré moi, je me fige dans une expectative insupportable.

« Je dois aller chercher mes enfants… Mais ce soir, je les dépose pour le week-end chez leurs grands-parents. Est-ce que tu voudrais…

– Dis-moi juste où et quand !

– Eh ! On se calme, hein, je voulais juste qu’on se retrouve pour discuter !

– On pourra discuter aussi, si tu veux ! »

Comme je lui fais mon plus beau sourire, elle éclate de rire.

« D’accord, je crois que je ne suis pas crédible avec ma discussion… N’empêche que j’aurais voulu en parler. Je n’ai pas pour habitude de…

– Moi non plus, je t’assure.

– Alors, tu veux bien ?

– Qu’on en parle ?

– Qu’on se retrouve ce soir… et qu’éventuellement, on en parle, oui… »

Son sourire entendu me fait littéralement fondre. Plus sérieusement, je reprends :

« Je crois qu’une discussion s’impose en effet. Parce que tu vois, j’ai un sérieux problème de concentration depuis hier. Ça nuit gravement à mon travail. Il faut que j’en parle à mon inspectrice.

– Ah ! S’il s’agit en plus d’une question de conscience professionnelle, ça devient un cas de force majeure. C’est urgent. Qu’est-ce que tu penses de chez moi, à partir de 18h ? Je devrais être rentrée…

– Chez toi ? »

J’essaie de ne pas m’étrangler, à la fois intimidée, curieuse et impatiente. « D’accord », dis-je précipitamment, de peur qu’elle ne change d’avis. « Et c’est où exactement, chez toi ?

– Juste à côté, au 25 de la rue B******.

– J’y serai à 18h.

– Je… d’accord. Il faut que je file », me dit-elle en consultant sa montre.

C’est une manie, visiblement. Comme elle se retourne, prête à me laisser là, pantelante et pleine d’espoir, ma main retient fermement son avant-bras. L’estomac noué de désir et de frustration mélangés, j’ose un : « Attends, j’ai juste deux mots à te dire…»

Dans un sourire complice, sa bouche vient recueillir mes paroles directement à la source. Ce baiser, quoi que bien trop rapide à mon goût, me promet, outre les deux heures d’attente les plus longues de ma vie, tout un univers de plaisirs que je n’aurais jamais cru envisageables il y a quelques minutes à peine.

La voir partir à nouveau est un supplice. Un supplice qui cette fois ne me laisse aucunement perplexe. Au contraire. Je n’ai jamais été aussi sûre de ce que j’avais à faire. 16h15 à ma montre : il ne me reste pas même deux heures pour rentrer chez moi, prendre une douche, me rendre aussi douce que possible et revenir ici pour… discuter avec mon inspectrice !

Ah ! Être prof, quel sacerdoce ! Que ne serait-on prêt à faire par acquis de conscience professionnelle ?

(la suite ici)

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APPRENDS-MOI… (ep. 5)

(previously)

La salle du restaurant est étonnamment paisible compte tenu de l’heure. Jamais je n’aurais su trouver un coin pareil et pourtant, cela va faire deux ans que j’enseigne dans cette maudite ville. J’ai écumé tous les points de ravitaillement autour de mon établissement en quête d’un lieu tranquille pour avoir une vraie coupure entre midi et deux, mais jamais je ne serais allée aussi loin, ni dans cette petite ruelle improbable.

En acceptant de déjeuner avec elle, j’espérais que mon inspectrice ne se contenterait pas d’un repas à la cantine. C’est elle même qui, alors que nous nous engagions dans le couloir tout à l’heure, m’a proposé cette bienheureuse alternative. Soulagée de ne pas avoir à affronter les élucubrations culinaires de notre néanmoins sympathique équipe du réfectoire, ni le brouhaha indigeste de l’immense salle bondée, j’ai acquiescé à sa première proposition : un modeste italien à quelques minutes de là.

Il nous a bien fallu un petit quart d’heure de marche pour arriver dans ledit italien. Un quart d’heure pendant lequel aucune de nous n’a osé dire mot. Nous avons cheminé l’une à côté de l’autre, croisant nos regards à chaque intersection, à chaque contournement d’individu venant en sens contraire ou borne obstruant le trottoir, et à chaque arrêt ou ralentissement, l’une de nous esquissait un geste vers l’autre, comme pour éviter de nous perdre. A mesure de notre progression, je constatais que nous nous rapprochions subrepticement. Son pas était régulier et s’accordait au mien. J’imaginais stupidement sa main dans la mienne, non sans me morigéner aussitôt. Je n’avais pas faim. Je ne voulais pas arriver à destination. Je voulais marcher encore, avec elle à mes côtés. J’aurais voulu lui parler, mais qu’aurais-je pu lui dire qui soit plus subtil que ce silence complice entre nous ? Un silence traître. Un silence plein d’espoir.

Il m’a semblé reconnaître une sorte de déception dans son regard quand elle s’est arrêtée aux portes du restaurant. Nous nous sommes installées, toujours en silence, mais non sans sourire courtoisement à notre serveuse. Celle-ci la connaissait, vraisemblablement, ou du moins, se souvenait d’un de ses précédents passages. Evidemment, comment l’oublier ?

Pendant une seconde, mon estomac s’est noué. Mon radar, pourtant complètement obnubilé par mon escorte, s’est emballé à la vue de notre hôtesse. Son look, sensiblement androgyne, n’en disait pas autant que ce petit air approbateur qu’elle a partagé avec mon inspectrice, son regard allant d’elle à moi, de moi à elle, dans un sourire croissant. Je ne saurai dire ce qu’elle approuvait : ma modeste personne ? Le couple que nous formions ? Le défi que je représentais dans son désir de conquérir les faveurs de Mme Paulin ? Un instant, je me suis sentie troublée. Je ne me suis jamais estimée de taille à lutter contre ces demoiselles aux dents longues, qui d’un seul regard assujettissent des peuples entiers.

Amère et surprise par la violence de ma réaction, je me suis relevée aussitôt, m’excusant auprès de Violette, invoquant l’impératif lavage de mains avant manger. Délaissant immédiatement les regards peut-être complices de notre serveuse, elle s’est proposée de m’accompagner, m’emboîtant tout de suite le pas.

Les toilettes offrent un espace exigu et pour accéder en même temps au lavabo, nos épaules n’avaient d’autre choix que de se frôler. La minute était délicieuse mais si intense que j’avais l’impression qu’elle pouvait entendre les battements de mon coeur sourdre en échos affolés à travers la minuscule pièce. A plusieurs reprises, nos doigts se sont rencontrés dans la sensualité humide et enivrante de nos ablutions. Peut-être l’ai-je fait un peu exprès… et sans doute elle aussi.

Nous venons juste de regagner nos places et mes jambes, qui fort heureusement n’ont plus à me porter, se sont mises à trembler. Sous la table, je sens son pied rejoindre le mien, sans ambition apparente. Dès lors qu’il accoste ma chaussure, il reste là, immobile, serein, comme s’il était à sa place. Paradoxalement, sa présence apaise d’emblée mes tremblements.

La serveuse revient à la charge, nous gratifiant de ses plus beaux sourires. Elle nous tend les cartes que nous survolons distraitement. Comme elle reste plantée là, nous choisissons rapidement, replions les cartes et les lui rendons dans un poli « merci » entonné de concert. J’attends que nous ayons retrouvé notre intimité pour lancer un courageux :

« Alors ?

– Alors… Hum. Je suppose que vous voulez parler de votre prestation de tout à l’heure…

– Je ne sais pas si on peut parler de prestation, dis-je en souriant, surtout si c’était si désastreux !

– D’accord, alors soyons sérieuses quelques minutes ».

Son regard plonge dans le mien et me traverse. Je sens cette douce chaleur partout autour et à l’intérieur de moi, qui irradie et s’amplifie, qui m’enveloppe et me protège tendrement. Pourtant, je ne me suis jamais sentie autant en danger… Comme je reste suspendue à ses lèvres, elle poursuit :

« Je pense que vous savez très bien que ça n’était pas si désastreux. Sur un plan humain, vous savez captiver les foules ». Ses yeux quittent les miens pour se concentrer sur ses doigts qui tordent sa serviette sur la table. Elle réprime un sourire, inspire et reprend :

« Sur un plan méthodologique, étant donné la séance en question, je n’ai pas grand chose à dire non plus. Nos directives sont d’insister sur la diversité des supports et, vu le plan de séquence et les infos que vous m’avez fournies, je sais que vous n’êtes pas à la traîne…  »

Au fur et à mesure de son discours, je me détends un peu. J’écoute presque attentivement ses réflexions et constate avec un certain plaisir que, même si elle modère ses éloges, l’inspectrice académique en elle n’a pas relevé d’entorse majeure aux pratiques règlementaires de l’enseignement des Lettres dans mon cours. Je ne réalise le silence que lorsque ses lèvres cessent de bouger depuis trop longtemps à mon sens. Le charme est rompu. Je dois dire quelque chose.

Je rassemble mes esprits et me laisse gagner par une bouffée de fierté de rigueur :

« En gros, selon vous, je fais l’affaire…

– Et quelle affaire… »

Elle a prononcé ces mots si faiblement que je les ai lus sur ses lèvres plus que je ne les ai véritablement entendus. C’est le moment que choisit la serveuse pour nous apporter nos plats. Elle les dépose sous nos regards confus et annonce triomphalement le contenu de nos assiettes. Devant notre manque de réactivité à l’égard des plats, elle s’éclipse encore trop lentement à mon goût.

Je brûle de lui demander pourquoi ce déjeuner, mais je me dis qu’il serait bas de ma part de l’acculer ainsi. Je ne veux pas me faire passer pour plus idiote que je ne suis… ou pire, plus désespérée. Entre nous, la tension devient palpable. Nos repas laissent s’échapper quelques salves de fumée et pendant une seconde, l’image d’une scène de duel dans un vieux western jaillit et manque de me faire exploser de rire.

« Si c’est tout ce que vous aviez à me dire, je suppose que nous pouvons manger tranquilles. Merci en tout cas. Je ne pouvais pas rêver d’une meilleure inspection.

– A croire que je ne suis pas un monstre finalement… Même avec vous. »

Je dois mordre mes lèvres pour retenir une réplique un peu trop audacieuse. Surtout, ne pas succomber à la provocation. Je me contente d’un sourire entendu.

L’ambiance s’apaise légèrement et nous nous saisissons de nos couverts. Comment vais-je pouvoir avaler quoi que ce soit ?

Pendant le repas, qui me surprend agréablement en saveur mais que mon estomac noué ne peut ingurgiter que partiellement, nous échangeons courtoisement sur nos expériences professionnelles, que nous ponctuons chacune de petits indices personnels. Au fil de la conversation, j’apprends ainsi qu’elle a enseigné une quinzaine d’années avant d’obtenir, il y a deux ans, son poste d’inspectrice académique. J’en conclus qu’elle a effectivement dans les quarante ans. Elle est bretonne, très attachée à ses origines (comme tout breton) mais elle a migré dans le Sud, visiblement pour fuir quelque chose. Elle vit en ville depuis deux ans, mais rêve de s’en éloigner mais « avec les enfants, l’école, tout ça, ça n’est pas envisageable dans l’immédiat ». Des enfants ?!

Je vois bien qu’elle guette ma réaction en prononçant ces mots, mais si je suis surprise, ça n’est qu’agréablement. Je me contente donc d’acquiescer en souriant à son propos et m’enquière de l’âge et des noms desdits bambins.

« Charles a six ans et Loris, bientôt dix.

– C’est mignon, dis-je. Et… ont-ils un père ? »

J’ai l’impression de marcher sur des oeufs. Décidément, cette femme me plaît et la savoir mère me la rend plus intéressante encore. Mais s’il s’agissait d’une femme heureuse en ménage avec son cher mari (bien que tout dans son comportement avec moi indique le contraire), ce serait la fin des haricots. A l’évocation de cet éventuel papa, un voile triste passe devant son regard, sans s’y attarder.

« Ils n’en ont plus, non. Mais ils vous diraient que je suis bien assez casse-pieds pour deux ! »

Je ne sais que penser de cette réponse et je suis presque soulagée lorsque la serveuse vient débarrasser notre couvert. Je veux poursuivre la conversation, je voudrais parler avec elle toute la journée, l’abreuver de questions… Mais surtout je voudrais prendre sa main. Je la contemple, abandonnée sur la nappe blanche, nue et immobile. Mon esprit, insolemment frivole, imagine la suavité d’une caresse sur cette main, de ma paume la recouvrant puis glissant sur elle jusqu’à ce que mes doigts s’entrelacent aux siens. Et mes lèvres sur cette peau tendre et délicate…

Déclinant toutes deux le dessert, nous ne refusons pas le café. Comme j’hésite à poursuivre sur ce terrain personnel, elle s’excuse et se lève gracieusement pour se diriger vers les toilettes. Pendant une seconde, j’ai envie de la suivre juste pour le plaisir de me retrouver à nouveau dans l’exigüité de la pièce à ses côtés… et qui sait ?

Mais non. Je suis raisonnable et je profite de ces précieuses minutes pour faire le point. Même si je suis loin d’avoir tendance à draguer tout ce qui bouge, je sais que nous flirtons et je sais que j’en veux plus. Pourtant, une petite alarme intérieure m’interpelle. Elle a des enfants. Je n’avais jamais désiré de femme-mère auparavant. Quelque part, je trouve ça complètement sain. Elle est une femme dans tout ce qu’il y a de plus complexe, beau, substantiel et… attirant. Oui, mais elle a des enfants. Si ça la rend encore plus sexy à mes yeux, je me dis que je dois faire attention. Je n’ai pas pour habitude de prendre les femmes à la légère, mais avec elle, je ne veux m’autoriser aucun faux pas, aucune légèreté. Je ne sais pas ce qu’elle attend. Peut-être rien ou pas grand chose. Peut-être que justement, elle ne souhaite qu’une rencontre ponctuelle, sans prise de tête.

J’essaie de me faire à l’idée de n’être qu’une friandise sexuelle de passage… Je n’aurais rien contre, évidemment, mais j’ai du mal à envisager d’être repue d’elle en une seule fois. C’est drôle de penser au désir, drôle de dériver sur des images, des envies, et se laisser glisser sur des torrents de passion. Qu’est-ce que la passion ? Le désir ? L’amour ?

Je n’ai plus quinze ou vingt ans. Ma vie sentimentale, chaotique malgré des relations essentiellement longues, m’aura au moins appris à être circonspecte en matière de désir. Pourtant je m’étonne encore de ses ravages. Une femme me trouble et toute cette soi-disant expérience est remise en question. Si je n’y prends pas garde, bientôt je vais parler de coup de foudre !

Elle réapparait dans la salle au moment où on nous dépose les cafés.

Non, un coup de foudre, lui, a au moins la décence d’être suffisamment désagréable pour ne pas qu’on ait envie d’y regoûter. Or, là, je ne me lasse pas de la regarder. J’en veux plus, incontestablement.

Et la bougresse a pris les devant : je note avec gourmandise qu’elle a accentué son décolleté en ouvrant un bouton supplémentaire. Sa gorge trahit maintenant la naissance irrésistible d’un sillon subtilement creusé entre ses seins. Je tente de maîtriser les réactions instinctives de mon corps. Une nouvelle fois, mes propres tétons se manifestent ostensiblement, se contractant sous la houle de désir qui vient s’échouer en vagues chaudes et humides entre mes cuisses. Je réprime à grand peine un grognement primaire et m’efforce de détacher mes yeux de cette diabolique tentation. Pendant une seconde, je ris sous cape : je veux être Eve condamnant l’humanité à son triste sort si je peux succomber au péché de ces pommes-là.*

Je ne sais si c’est à cause de son audace poitrinaire, mais ses joues rosissent quand elle plonge à nouveau son regard dans le mien. C’est irrésistible. Pourtant, il faut résister !

Nous buvons notre café en essayant de meubler le silence par un échange amical, insidieusement entrecoupé de regards lourds de sens.

Quand on nous apporte l’addition, nos mains se rejoignent au-dessus de la coupelle. Elles s’arrêtent à quelques millimètres à peine l’une de l’autre puis se trouvent, feignant l’innocence d’un mouvement involontaire. Ses doigts caressent les miens avec une délicatesse insupportable et j’ai l’impression d’être une statue de cristal que l’on vient de briser, n’attendant qu’un souffle pour m’éparpiller à travers la pièce.

« Maëlle ? »

Sa voix est rauque, ses yeux ne quittent pas nos doigts. Quelque part, tout au fond de moi, un géant de chair est en train d’essorer mes organes. Je suis incapable de parler. Ma gorge laisse s’échapper un « hum » interrogatif. Je suis suspendue à ses lèvres une fois de plus. J’ai tellement envie de l’embrasser que ça doit ressortir en lettres de feu sur mes joues. Les flammes brûlent et consument mes oreilles et la pointe de mes seins, mais sous ses doigts, la chaleur est d’une douceur indicible.

D’un raclement de gorge, elle se reprend se précipite dans un « Non, rien… », terriblement frustrant.

Comme répondant à un influx nerveux indépendant de mon cerveau, ma main saisit la sienne, interrompant les frôlements délicieux de ses doigts. Le contact est superbement charnel, d’une sensualité à couper le souffle. Ses doigts se referment sur les miens dans un abandon délicieux.

Mais quand son regard croise à nouveau le mien, j’y lis une peur brutale et une sorte de douleur bien trop vive pour que je n’en tienne pas compte. Une claque ne m’aurait pas fait plus mal. A regret, je libère sa main aussitôt et me lève en disant :

« Il faut y aller. On peut payer au comptoir. »

Elle se lève à son tour et me suit sans hâte. A peine sommes-nous sorties du restaurant que je sens sa main agripper l’extrémité de ma manche.

« Merci, me dit-elle en me regardant avec une intensité insoutenable.

– Ah… euh… merci à vous, pour le débrieffing.

– Non, je veux dire… Enfin… Merci. »

Je ne sais pas si je comprends bien de quoi elle me remercie, mais je décide de ne pas faire durer cette seconde qui semble toujours pénible pour elle. Je tente de faire le vide dans ma tête et oriente mes pas vers le lycée. Elle me talonne.

Nous n’avons pas fait 200 mètres quand à nouveau, elle attrape le bout de ma manche. Je m’arrête tout net et l’interroge du regard, l’estomac vrillé par le désir… et une tristesse amère, violente. D’une petite voix, elle me dit :

« Je vais continuer par là, j’habite deux rues plus bas.

– Oh… Dans ce cas… »

Je tente de cacher ma déception, sans grand succès je le crains et lui tends ma main en guise d’au revoir. S’apercevant de ma déconvenue, elle me sourit avec toute la bienveillance du monde. Retenant soudain l’élan de sa main qui s’apprêtait à saisir la mienne, elle la porte directement à ma joue, caressant de sa paume soyeuse ma peau incandescente.

Confuse, éberluée, je ne sais plus ce qui m’arrive ; je sais que mon regard en dit long, que je n’arrive pas à le détacher de ses lèvres, que mon coeur menace de faire exploser ma poitrine et que je suis totalement pétrifiée. De son pouce, elle vient jouer avec la fossette qui creuse alors ma joue bienheureuse. De sa main libre, elle vient attraper mon bras toujours naïvement tendu et le ramène jusqu’à sa taille. Ma main se pose tout naturellement sur sa hanche juste au moment où sa bouche vient chercher la mienne dans un baiser. Je sens sa poitrine s’écraser voluptueusement contre la mienne et quand mes lèvres s’ouvrent aux siennes, c’est sans la moindre pudeur, sans le plus infime compromis. Elle s’abandonne à ce baiser d’autant plus délicieusement qu’elle en a été l’instigatrice et nos souffles s’emmêlent jusqu’à impliquer nos langues. L’intimité que nous nous avouons alors et le désir qui transpire de notre étreinte nous entraînent pendant quelques secondes encore aux frontières du plaisir.

Quand sa main curieuse vient s’immiscer entre nos ventres pour remonter jusqu’à mes seins, je sursaute au passage de ses doigts sur mon téton douloureux, rompant malencontreusement le contact de nos bouches.

Réalisant subitement qu’elle était sur le point de me toucher aussi impudiquement en pleine rue, elle bondit en arrière. Comme si mon corps ne tolérait pas cette brusque distance, j’esquisse un pas vers elle. Un pas qu’elle stoppe en maintenant mes épaules à distance de ses bras tendus. Son sourire et l’envie qui embrase ses yeux me laissent doublement insatisfaite. « Ô femme ! femme ! femme » dirait Figaro… Cruelle plus que décevante à cette minute !

« J’avais raison sur vous depuis le début, dis-je faussement fâchée, vous êtes dangereuse. Monstrueusement dangereuse.

– Pas autant que vous, je le crains », me répond-elle sur le même ton.

Faisant mine de s’éloigner à reculons, elle consulte sa montre et ajoute un très suspect : « Il faut que je file ».

Incrédule, je m’apprête à m’insurger quand, revenant sur ses pas, elle se saisit à nouveau de mon visage vulnérable, y dépose un baiser presque chaste cette fois, me sourit magnifiquement, m’embrasse bien plus langoureusement et profondément, puis plongeant son regard dans le mien, elle ose un : « Soyez sage, madame Costa ! »

Hors d’haleine, frustrée, impuissante, je la regarde s’éloigner d’un pas rapide.

 

(la suite ici)

 

* A la rédaction de ce paragraphe, ce fut THE REVELATION : Eve était lesbienne !!! Peut-être est-ce là l’origine de certains déchaînements haineux à l’encontre des homos… 😀 😀 😀

 

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APPRENDS-MOI… (ep. 4)

(previously)

 

Comme tout le monde est enfin installé, que les présentations avec « la dame qu’on ne connait pas dans la classe » sont faites et que l’appel a révélé un taux nul d’absentéisme (phénomène rare, mais pas exclu, la preuve !), le cours peut commencer.

C’est drôle… Je repense subitement à ma toute première heure devant une classe. Etant d’un naturel plutôt réservé, j’avais bien eu quelques secondes d’appréhension avant de prendre la parole devant mes ouailles de l’époque. Aujourd’hui encore, à chaque rentrée scolaire, la même tension (en version atténuée) me saisit les entrailles dans les premiers instants, comme si les vacances suffisaient à me faire perdre ma contenance et ma pertinence professorale. Mais dès que le cours commence, la tension disparaît… d’habitude.

« On reprend Le Mariage à la page 195 pour ceux qui ont la même édition que moi. Je vous avais demandé de réfléchir aux axes pour une lecture analytique. Des idées, quelqu’un ? »

Les mots sont là, les gestes aussi, la concentration n’est pas loin, mais le tout me paraît bien fragile… Surtout, ne pas la regarder. Elle s’est installée dans les rangs du milieu, à côté d’une élève solitaire. Sans doute pour lui demander de jeter un oeil à son classeur… Elle me regarde, je le devine. J’essaie de rester focalisée sur mes élèves qui, adorables, m’offrent une forêt de mains tendues. Le cours s’anime, je peux enfin rentrer dans mon personnage.

Comme à mon habitude, j’arpente la salle de façon aléatoire au gré des remarques sur le monologue. Les jeunes ont travaillé, j’en suis assez fière. En deux temps trois mouvements, le plan du commentaire est fixé et nous entamons la construction d’une introduction type, en préparation du Bac. Devant la réactivité de la classe, je me détends légèrement et pendant quelques secondes, j’en oublie sa présence dans la salle. Mon enthousiasme, débordant dès lors qu’on aborde le théâtre, prend le dessus et me voilà mimant d’une voix forte les élans pathétiques d’un Figaro au désespoir. Mes élèves, bon public, rient de bon coeur.

 » Je compte sur vous, le jour de l’oral, pour présenter à votre interlocuteur une lecture VIVANTE, dis-je en souriant à mon tour ».

Une seconde d’inattention… Il n’aura fallu qu’une malheureuse seconde pour que mon regard se pose sur son visage lumineux… Une seconde et je suis perdue. Elle me sourit aussi béatement que certains de mes élèves et mon coeur manque un battement… ou deux. Plus confuse encore que moi, je la vois se reporter à sa feuille, restée visiblement vierge de tout commentaire jusqu’à présent. Je m’inquiète. Il est d’usage que les inspecteurs académiques maculent leurs fiches de remarques en tous genres tout au long du cours afin de nous éclairer, à la fin de celui-ci, aussi bien sur nos faiblesses que sur nos points forts.

Je ne sais ce que je dois penser de la blancheur immaculée de sa feuille et visiblement, elle non plus. Sans relever son regard, elle se lance dans la rédaction hâtive de commentaires. Il me semble distinguer quelques couleurs affolantes sur ses joues mais je sais que les miennes n’ont rien à leur envier. Il ne reste que quelques minutes de cours mais je dois me reprendre. Fort heureusement, certains de mes élèves saisissent au vol ces secondes de mutisme pour m’interroger sur les modalités de leur oral à venir.

J’en suis à annoncer les devoirs (sans le moindre succès cette fois, je le crains), quand la cloche retentit. Une part de moi se sent miraculeusement libérée d’un fardeau sans nom : le procès touche à sa fin, les délibérations vont tomber, les jeux sont faits. C’est fini. Pourtant, la douce chaleur qui tiraille mon bas-ventre depuis deux heures maintenant se mue en crainte… La crainte de la voir partir. Etrangement, j’aurais l’impression de perdre quelque chose que je ne connais pas encore mais qui m’est déjà indispensable. Les voies du désir sont impénétrables… Quoi que…

Hum.

Mes élèves quittent la salle avec un peu plus de précipitation que les précédents : c’est l’heure du déjeuner. Malgré l’appel de leurs estomacs, certaines élèves ne faillissent pas à leurs habitudes et viennent discuter avec moi à la fin du cours. J’ai bien du mal à être aussi attentive que de coutume. Mon regard ne peut se détacher de… Violette. Elle range ses stylos dans sa sacoche, coince sa feuille sous les rabats de sa pochette et s’apprête à quitter sa chaise. Voyant le petit troupeau autour de mon bureau, elle me sourit gentiment. Je me sens défaillir.

« Vous n’avez pas faim les filles ? Je serai encore là demain, vous savez… »

En riant, mes ouailles m’abandonnent non sans m’avoir souhaité un bon appétit et m’avoir gratifiée d’un traînant « Au revoir madaaaaame ». Réalisant que je ne suis pas la seule adulte dans la pièce, elles se retournent pour répéter leur au revoir et sortent en gloussant.

La salle est vide mais le bruit du couloir est assourdissant. Entre mon inspectrice et moi, le silence se fait pesant. D’un pas mal assuré, je vais fermer la porte pendant qu’elle me rejoint devant mon bureau. Elle ne me regarde pas, ne dit pas un mot. A l’intérieur, je bouillonne. J’ai envie de la toucher. Pas forcément de la caresser, juste de poser ma main sur son épaule ou sur sa hanche… ou encore de faire glisser derrière son oreille cette mèche rebelle qui aiguise mon désir par je ne sais quel enchantement. Une sorte d’érotisme capillaire insoutenable.

N’y tenant plus, et à défaut de la toucher, je me lance :

« Alors ?

– Alors… »

Sa voix se brise… à peine plus audible qu’un souffle. Son attention ne se détache pas de ses chaussures. Je suis suspendue à ses lèvres – Raaaaaah ses lèvres… un chef d’oeuvre de chair et de couleur, la tentation incarnée ! – et j’arrête de respirer. Soudainement, elle se redresse, comme si elle avait enfin trouvé quoi dire. Elle racle sa gorge, relève son menton et ses yeux trouvent enfin les miens. Ils sont si purs, si francs dans leur expression que j’ai l’impression de me prendre une claque en pleine figure. Une claque d’une douceur extrême, une douceur percutante.

 » Alors ça ne va pas du tout », m’affirme-t-elle. « Il y a tellement à dire que je ne sais pas par quoi commencer ».

Le souffle finit par me manquer. Je rougis dangereusement et une foule de questions dansent la tecktonik dans ma tête. Mais avant que je ne me décompose complètement sous ses yeux, elle se fend dans un sourire et, se raclant la gorge à nouveau comme pour se redonner du courage, elle poursuit : « Il y a tellement à dire que… nous devrions probablement en parler en mangeant ».

Boum boum, boum boum, boum boum… Si mes voies respiratoires sont hors service, ma pompe sanguine, elle, fonctionne à plein régime ! Je suis bien trop éberluée pour répondre quoi que ce soit d’intelligible. Je me contente d’un modeste « Hum » chevrotant. Brusquement, c’est comme si toute l’assurance qu’elle avait dû convoquer pour fixer la sentence s’envolait. Dans ses yeux, brillants d’impertinence une seconde plus tôt, un éclair lucide de défiance. Son corps tout entier se tend et sa mèche aguicheuse vient obstruer cette vue troublée.

A nouveau, le désir cruel de venir replacer ses cheveux de ma main innocente me tord les tripes. Mon regard se bloque sur cette liane bouclée et soyeuse alors que mon écran mental fait défiler au ralenti le film de ce que pourrait être cette seconde bénie de sensualité. Lisant dans mes pensées, visiblement trop explicites, elle me devance dans ce geste (que je n’aurais sans doute jamais osé) et relève son regard vers moi, laissant à mes doigts ambitieux le goût amer du regret.

Comme ses yeux m’interrogent encore, je demande :

« C’était si dramatique que ça ?

– Pire. »

La réponse est sans équivoque mais le ton de sa voix et son expression me bouleversent d’une tout autre manière. Je ne sais absolument pas ce qu’il se joue entre nous à ce moment-là, ou du moins, je n’ose ni y croire, ni l’espérer. Je me surprends à réaliser que mes préoccupations ne sont plus du tout d’ordre professionnel. Résignée, tremblante, rougissante, je boucle mon sac et lui désigne la porte. Me risquant à un sourire timide, j’ose, d’une voix que je veux assurée :

« Dans ce cas, allons manger ».

 

(next)

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APPRENDS-MOI… (ep. 3)

(previously)

 

En regagnant ma classe, je ne peux m’empêcher de penser à ce regard. Ses yeux sont d’un brun chaud, presque noir, et leur ovale délicat s’étire subtilement en amande, juste assez pour piquer ma curiosité sur ses origines. Quand elle souriait tout à l’heure, on distinguait de toutes petites rides qui subliment insolemment son charme, comme si le temps était son allié dans l’art ultime de la séduction. Sans doute n’est-ce pas un fait exprès… Ce qui est d’autant plus plaisant !

A la simple pensée de son regard posé à nouveau sur moi, je…

– Madaaaaaaaame ! On est en 302 !

– Et ?

– Elle est là la 302. Vous allez où ?

Sans commentaire.

Rentrer en classe, faire en sorte que tout le monde s’installe dans le calme, sortir mes affaires, faire l’appel, vérifier le travail… La routine reprend son droit, fort heureusement. L’imminence des vacances rend les classes plus agitées que d’ordinaire. L’attention se fait rare… Mais aujourd’hui, je ne peux décemment pas les blâmer. J’ai bien du mal à rester concentrée sur mon cours.

Quand la sonnerie retentit, j’atterris enfin.

Argh ! C’est maintenant !  Et elle est là. Elle apparaît dans l’embrasure dès que la porte s’ouvre sur mes élèves nonchalants. Etrangement, je n’ai pas envie qu’ils partent. Je voudrais qu’ils restent encore un peu, juste un peu. Je ne suis pas prête !

Comment diable pourrais-je dire quoi que ce soit d’intelligent quand elle me regarde avec ces yeux-là ?

Mais la classe se vide et je dois me ressaisir. Je l’invite à entrer dans la salle d’un geste de la main tout en demandant une minute de patience à la classe suivante, qui commence à s’entasser dans le couloir.

– Vous avez cours avec des premières L si j’ai bien compris.

– Oui, tenez, je vous ai préparé le plan de cours et ma progression. Vous pouvez consulter le cahier de texte en ligne… maintenant ou après ?

– Plus tard, rien ne presse.

Comme je lui tends le dossier que j’ai prévu pour elle, son regard plonge dans le mien. Son visage me paraît bien plus sérieux que tout à l’heure, très professionnel. Voilà qui devrait calmer mes ardeurs mais… j’avoue que ça m’excite encore plus. Je sens malgré moi cette douce tension qui se fait violente dans mon bas-ventre. Je refuse de laisser trop d’espace à ce désir importun, mais le contenir, c’est le rendre plus mordant encore. Il me faut d’urgence un moyen de relâcher la pression.

A court d’idée lumineuse, je me contente de lui sourire. Un sourire courageux ou vulnérable, un sourire contradictoire : aussi froid et chaud que possible. Un sourire de trêve, nécessaire au vu des circonstances.

L’expression qu’elle me renvoie alors manque de me faire vaciller. D’un seul coup, c’est comme si le masque professionnel qu’elle avait réussi à se composer volait en éclats. Eclat, c’est bien le mot ! Son visage explose dans un sourire atomique, le genre de sourire qui déclenche des extases et ses yeux… c’est comme si son regard avait pour effet immédiat de creuser à grands coups de pioche directement sous mes côtes.

L’instant est fugace et, entendant le remous des élèves impatients devant la porte, je la vois qui reprend contenance. Je ne peux m’empêcher de l’envier : pour ma part, je ne sais plus où j’habite. Je me racle la gorge, tortille mon marqueur entre mes mains en essayant de ne pas vérifier si mes seins se manifestent à nouveau, consciente que le moindre geste pourrait m’être fatal. En évitant de penser à la vague de désir qui sourd entre mes jambes, je reviens sur l’inspection (à défaut de fondre sur l’inspectrice) :

– Nous sommes en plein Mariage de Figaro. Aujourd’hui, on termine le commentaire sur le monologue de Figaro…

-« Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »*

– Oui, enfin… pas toujours, hein !

Son sérieux vacille, je la vois faiblir. Elle me concède un sourire presque timide. Ses joues rosissent légèrement et mon rythme cardiaque s’emballe. Ô faible ! faible ! faible femme que je suis…

Elle détourne son regard comme pour s’avouer vaincue… ou tenter de passer rapidement à autre chose. Mais en une simple et innocente question, c’est moi qu’elle piétine, qu’elle anéantit, qu’elle pulvérise sans scrupule :

– Hum. Et sinon, vous me voulez où ?

J’ai beau savoir que l’ambiguité de la question est une pure provocation, je ne peux m’empêcher d’y répondre en essayant d’y mettre autant d’aplomb que possible :

– Où vous voulez.

Elle valide ma réponse d’un petit hochement de tête et me renvoie un sourire timide, comme si brusquement elle réalisait l’impudence de notre échange.

– Je… je vais juste attendre que vos élèves s’installent, balbutie-t-elle en faisant mine de s’intéresser à mon dossier entre ses mains.

Ses mains… Je suis subitement hypnotisée par ses mains délicates. Comme le reste de sa personne, elles sont sans fioritures. Bronzée, leur peau fine laisse transparaître le relief sinueux de ses veines, sans excès, leur conférant une force tranquille. J’en viens à envier le sort bienheureux de mon dossier que ses mains effleurent, caressent, saisissent, ouvrent… Difficile de ne pas penser à la manière dont ses doigts me…

– Madaaaaaaaame, on peut rentrer ?

 

(next)

 

 

 

* »Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »: ce sont les premiers mots dudit Figaro dans le monologue de la scène 3 de l’acte V, dans l’oeuvre de Beaumarchais : Le Mariage de Figaro.

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APPRENDS-MOI… (ep. 2)

(Previously)

 

– Madaaaaaaaaame, c’est quand que vous nous rendez les copies ?

– Demandé comme ça ? Jamais.

Le plus frustrant, c’est de constater que l’élève syntaxcide* ne comprend pas pourquoi tant de haine…

Mais pourquoi ne sortent-ils pas ? C’est la récré qui vient de sonner ! Dans une minute, dix collègues me précéderont devant la machine à café, et aujourd’hui, je n’ai pas envie d’attendre. Aujourd’hui plus que jamais, j’ai BESOIN de ce café.

Quand j’entre en salle des profs, les visages se retournent sur moi et j’ai droit aux sourires compatissants des uns et des autres. J’ai l’impression de vivre mes dernières minutes avant une exécution publique.

– Hé, ça va hein, c’est juste une inspection, les gars ! J’en ai déjà eu avant et j’en aurai d’autres !

C’est qu’ils vont finir par me mettre la pression entre tous !

Une inspection, c’est un peu comme une visite chez le dentiste… Même quand tu te brosses bien les dents, tu n’es jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. Je me sens prête, autant qu’on peut l’être : mes cours sont faits, le cahier de texte est à jour, mes plans de séquences et ma progression sont quasi complets… et pourtant.

C’est une sorte de réflexe. Il faut un peu paniquer avant une inspection, parce que si on ne le fait pas, ça pourrait mal se passer !

– Ton inspectrice est arrivée ? me demande la coordinatrice de lettres pendant que je fais glisser tout ce qu’il reste de ma monnaie dans la machine à café.

– Aucune idée… Je ne sais même pas à quoi elle ressemble. C’est la nouvelle, apparemment. Paulin, je crois ?

– Ah oui, Paulin ! Enfin… nouvelle, ça fait plus d’un an qu’elle est sur le secteur. T’as de la chance, elle est sympa.

– Blablabla… Je n’écoute pas les « on dit ». Bon, d’habitude, on me prépare surtout au pire… Mais là, t’imagines ? Je vais être super déçue s’il s’avère que c’est un monstre !

Ma collègue esquisse un sourire qui brusquement se fige en grimace étonnée. Derrière moi, une voix chaude et inconnue me fait sursauter :

– Un monstre ? Pas aujourd’hui, mais pour vous, je peux peut-être faire une exception…

Non… Pitié. Ne me dites pas que…

– Maëlle, laisse-moi te présenter Violette Paulin, s’étrangle mon abominable collègue dans un fou-rire totalement inapproprié.

– Je suppose que vous êtes ma victime du jour ?

Cette voix… Un frisson me parcourt l’échine et comme je n’ose toujours pas lui faire face, la voilà qui se matérialise sur ma gauche.

– Maëlle Costa ? me demande-t-elle dans un sourire carnassier.

– Coupable…

J’adopte un air penaud en saisissant la main qu’elle me tend. Je devrais être mortifiée, mais son sourire m’en empêche.

Il y a des secondes qui passent au ralenti, des secondes qui échappent à notre contrôle et au rythme implacable du temps. C’est une seconde comme celle-là que je vis. Une seconde pendant laquelle elle m’observe et je la détaille. Une seconde pour la connaître. Je fais partie des personnes qui ont confiance en leur instinct, et il ne faut pas plus d’une seconde à mon instinct pour comprendre que cette femme est dangereuse. Est-elle belle ? Moche ? Grande ? Petite ? Grosse ? Maigre ?

En cette seconde, rien n’est clair… que cette certitude : elle est dangereuse. Est-ce un a priori ? Après tout, c’est mon inspectrice, elle est là pour… me remettre en question.

Pas d’affolement. Soyons sociable.

– Vous… vous êtes en avance.

– Oui, je sais. Ma première visite ce matin a été annulée, l’enseignant s’est fait porter pâle… Encore un qui a dû me prendre pour un monstre ! sourit-elle en remuant le couteau dans la plaie. Du coup, je me suis dit que je pourrais venir ici au plus vite. Ne vous inquiétez pas, je viendrai à onze heures dans votre classe, comme prévu. Je voulais juste profiter d’un de vos postes pour avancer sur mes rapports de la semaine.

– Je vais vous laisser mes codes d’accès. Je n’ai plus cours de la matinée, s’empresse de dire ma collègue.

Comme elles se dirigent toutes deux vers l’un des ordinateurs libres de notre espace de travail, je profite de cet instant pour mieux scruter ma tortionnaire en engloutissant mon café.

Difficile de deviner son âge… Je dirais qu’elle a un peu moins ou autour de quarante ans, assez bien faite de sa personne mais toutefois assez austère dans sa façon de s’habiller. Son tailleur pantalon bleu marine et sa chemise blanche, sans fioriture ni accessoire, lui confèrent une certaine classe, bien que l’aspect général soit un brin trop strict à mon goût. Ses cheveux sont ramassés dans un chignon anarchique. Plusieurs mèches bouclées s’en échappent et sont maintenues par une paire de lunettes à la monture noire et épaisse. Son maquillage est discret, naturel. Son visage ne nécessite pas de grands travaux de camouflage. Ses traits, à la fois fins et francs, laissent percevoir une sorte de douceur profonde dissimulée par des attitudes maîtrisées et ce masque social que nous nous imposons tous.

Oui, elle semble tout à fait à sa place dans son rôle d’inspectrice… Et pourtant, quelque chose m’interpelle.

Quand elle délaisse les explications de ma collègue pour porter son regard sur moi, je comprends tout à coup. Je n’ai aucune envie de l’associer à sa fonction. Ses yeux… En d’autres circonstances, j’aurais fondu sous ce regard insistant. D’ailleurs je…

NON ! Impossible. Ressaisis-toi nom de Dieu !

Sa victime… Sa proie… C’est bel et bien ce que je suis pour elle, professionnellement parlant, et rien d’autre !

Alors pourquoi me regarde-t-elle comme ça ? Il faut vraiment qu’elle arrête parce que je… pointe ?! Non mais c’est pas vrai !

Consternée, je ne peux que constater cette absurde vérité : mes seins impudiques trahissent ma confusion charnelle. Tout à coup, je tremble de relever la tête… Quand je croise à nouveau son regard, j’ai envie de m’enterrer. Elle sourit ! Elle a vu ! Elle a vu et elle sourit !

Je sens le rouge me monter aux joues et une vague de chaleur m’envahir alors que je croise mes bras pour essayer de cacher ma honte au reste du monde.

Diable.

Cette inspection est une tragédie. Je suis le jouet du Destin. Perchées dans leur Eternité, les Parques** s’acharnent sur moi, pauvre mortelle. Achevez-moi !

 

(next)

 

*Syntaxcide est une création verbale. Construit à partir du radical « syntax-« , relatif à la syntaxe (partie de la grammaire qui établit les règles sur l’ordre des mots dans la phrase en fonction du sens), et du suffixe « -cide » (qui tue ce qui constitue le radical). Le tout est un adjectif qualificatif qui désigne ici un élève tueur de syntaxe. C’est violent. C’est mal.

**Les Parques (du latin Parcae, provenant des mots parco, parcere, « épargner ») sont, dans la mythologie romaine, les divinités maîtresses de la destinée humaine, de la naissance à la mort. Elles sont généralement représentées comme des fileuses mesurant la vie des hommes et tranchant le destin. Elles sont le symbole de l’évolution de l’univers, du changement nécessaire qui commande aux rythmes de la vie et qui impose l’existence et la fatalité de la mort.

corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | photo | Photopoésir | poésie | 26.05.2013 - 09 h 46 | 5 COMMENTAIRES
Insomnie en Galatée majeure

 

Nuit

Yeux clos

Méditation non-préméditée

Aveuglante virginité de mon écran mental

Immobilité muette et frémissante

Annonçant l’imminence

Ta genèse

 

 

Au commencement était mon fantasme

 

Comme on trousse ses émotions, j’exhume les crayons de ma mémoire

Tout est là

Comatant sous mes paupières

Palpitant faiblement en prison de côtes, en berceau de chairs

– mon corps, ton rythme –

Jusqu’au premier mouvement

Ta libération

 

Tu m’arraches, ivre d’exister, le premier trait

 

En murmures, tu m’insuffles tes courbes inspirées

...

Ici, le fascinant relief de tes seins

Là, la rondeur insolente d’une épaule

Autour, l’indéchiffrable mystère de ta chevelure

Et partout, partout ta peau

Matrice à la géographie inimitée

Veloutée, euphorisante

 

D’esquisse carbonique en mine sanguine, je te profile et t’envisage dans la frénésie insoumise du génie

– Folie ou débordement imaginaire –

Je m’exorcise mentalement de l’obsession de tes contours, des caresses hypnotiques de ta voix, de l’espoir préméditant tes gestes, et te modèle

Tu me possèdes jusqu’à ce que je t’anime, enfin

 

Toi, incarnation imperfectible de mes désirs

Si présente, si entière

Ephémère

 

A vouloir te sentir je te perds aussi intensément que je t’ai crée

 

 

Insomnie

Paupières béantes

Nouvelle morsure du réel

Une seconde artiste comblée par son chef d’œuvre

La suivante, inutile et solitaire

N’avoir été que la page

De ton message

...

100% manuel ! | anatomie | B'rêves d'écriture | corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | érotique | Fesses | y'a que ça de vrai ! | 02.04.2013 - 14 h 21 | 11 COMMENTAIRES
Dévotion thérapeutique

Voilà, voilà, j'arrive...

Voilà, voilà, j’arrive…

Chut… Tu as promis de jouer le jeu. Tu as promis de ne rien dire, ne pas bouger, te laisser faire. Tu dois pouvoir me faire confiance. Tu dois pouvoir t’abandonner pour que je puisse être efficace. De mon côté, j’ai promis aussi. Je resterai sage. Je ne m’enflammerai pas de désir à la vue de ton corps nu, au contact de ta peau. Je ne suis en cette heure que l’instrument de ton bien-être asexué.

J’ai monté la table, l’ai recouverte d’une serviette chaude. Tu n’as plus qu’à t’allonger, sur le ventre d’abord. Là, comme ça. Pas de fausse pudeur entre nous évidemment, mais je te recouvre le dos et les fesses pour que tu restes bien au chaud. Avant de commencer, un baiser, une caresse, un sourire. Me voilà chargée de toute l’énergie nécessaire.

Je débouche le flacon d’huile et j’imprègne mes mains du précieux liquide. Je le réchauffe un peu avant de poser délicatement mes paumes sur tes cuisses, puis mes doigts. J’étale dans un premier temps l’huile en prenant soin de ne pas te faire sursauter en arrivant sur tes fesses. Je l’étale soigneusement jusqu’aux creux de tes genoux que j’éviterai de perturber. Je les dépasse et répends l’excédent d’huile sur tes mollets délicats.

Quand je reviens sur tes cuisses, mes mains savent ce qu’elles ont à faire. Lentement, elles entreprennent de masser tour à tour chacun de tes muscles, en profondeur. Je sais que le massage des cuisses n’est pas la partie la plus agréable, c’est pourquoi je commence ici, c’est pourquoi j’empiète sur les fessiers qui eux reçoivent toujours mes doigts avec impatience. De mes pouces, je fais rouler ta chair alors que le reste de mes doigts caresse ta peau autour. Atténuer le travail de profondeur par une consolation de surface…

Tu ne dis pas un mot. Tu subis, patiemment.

Quand mes mains descendent sur tes mollets, tu frémis. Verbalement, je te rassure. Je sais que tu n’aimes pas qu’on touche à tes pieds. Mais encore une fois, mon but n’est pas de t’être désagréable, bien au contraire. Je ne ferai que ce que tu me laisseras faire. Je laisse mes doigts œuvrer et se plier aux caprices de ton corps. Ils lisent en toi mieux que toi-même. Ils devinent tes réactions avant toi, ils apprivoisent tes sensibilités et absorbent tes craintes pour soulager ce corps que tu négliges, comme tout un chacun. A chaque fois que j’achève le massage d’une zone, je caresse ta peau, les doigts tous légers, pour récompenser son consentement.

Pour remonter de tes pieds jusqu’à ton dos, je laisse courir les mains sur ton corps, pour ne pas interrompre le contact. D’une main, je rajoute un peu d’huile dans ma paume restée au creux de tes reins. A nouveau, je la réchauffe avant de l’étaler sur toute la surface de ton dos. Cette fois, le travail de tes muscles t’arrache un soupir de plaisir suivi d’un petit râle étouffé par la table. Partant des lombaires, mes doigts s’appliquent à leur tâche. En petits mouvements circulaires, réguliers, ils explorent aussi bien le sillon creusé par ta colonne que les courbes de tes côtes. Arrivés sur tes épaules, ils viennent d’abord soulager ta ceinture sous-scapulaire avant d’agripper toujours délicatement tes clavicules. De mes pouces, je masse patiemment la zone, depuis l’articulation de ton bras jusqu’à la base de ta nuque. Tu grognes de plaisir. En sourdine.

Mes mains reviennent en bas de ton dos, et cette fois, ce sont mes paumes qui te massent en profondeur. Elles remontent tout au long de ton dos et répètent leurs mouvements pendant quelques minutes. Puis c’est au tour de mes avant-bras de se poser entièrement sur toi. Les mains et les coudes joints, je les aligne avec ta colonne vertébrale et, comme on ouvre un compas, j’écarte mes coudes, imprimant à ta chair une nouvelle forme de soulagement. En arrivant à hauteur de tes épaules, je veille à ne pas trop écraser ta cage thoracique. La position saugrenue m’empêche de résister à la tentation de déposer un chaste baiser sur ta nuque. Je t’entends sourire, mais imperturbable, je poursuis.

Mes doigts courent maintenant sur ton bras gauche. Il me faut rajouter un peu d’huile encore. Là, c’est mieux. J’aime sentir tes muscles se relâcher sous la pression de ma main. J’aime constater que ton bras s’abandonne. Et ta main… Ton soupir de plaisir quand j’en masse la paume, quand je m’applique à détendre tour à tour chacun de tes doigts. Quand j’estime qu’elle est suffisamment molle, je l’embrasse et passe de l’autre côté. Tu anticipes mon geste et me tends ton bras droit. Tsss… ne bouge pas. Laisse-toi faire. En quelques minutes, le bras et la main droite s’abandonnent aussi. A nouveau, j’ose poser mes lèvres sur ta main.

J’entreprends alors de masser ta tête, aussi délicatement que possible. Il faut toujours être très prudent quand on masse un crâne. Et aucun crâne ne m’est plus précieux que le tien.

Je passe mes doigts dans tes cheveux, venant chercher tes tempes et remontant lentement jusqu’au sommet. De leurs extrémités, mes doigts cherchent d’abord à couvrir toute ta surface chevelue. La caresse est peu profonde, plus tendre qu’autre chose. J’aime passer mes doigts dans tes cheveux. Puis je m’atèle au réel soulagement. Mes doigts en peigne, je saisis tes cheveux à leur base et les tire très légèrement, comme pour décoller imperceptiblement ton cuir chevelu. Je répète quelques fois la chose puis te caresse à nouveau.

Tu ne bouges plus, ne parles plus…

Je viens chuchoter à ton oreille que tu dois te retourner si tu veux que je continue et de mauvaise grâce, tu t’exécutes en bougonnant. Je fais comme si je ne remarquais pas ton sourire, et j’use de toute ma bonne volonté pour ne pas arrêter mon regard sur tes seins, sur ton…

Non, concentration. Sage.

A nouveau, mes mains se posent sur ta tête et immédiatement tes yeux se referment dans un réflexe. Mes doigts courent autour de tes oreilles, descendent sur ton cou et viennent subtilement dénouer le haut de ta poitrine, cette zone de tension insoupçonnée sous les salières. Mes mains, innocentes, poursuivent leur course autour de tes seins, prenant scrupuleusement soin de ne pas effleurer tes tétons que je vois se durcir malgré mes efforts. Quand je cherche à fuir cette région tentatrice en ramenant mes doigts sur ta nuque, tu te saisis de mon poignet et…

Non…

Non…

On avait dit que…

Non… Je n’ai pas fini…

Tu…

Non ce n’est pas…

Oh et puis zut !

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