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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
critique | D-libérations | film | Homosexualité et éducation | 31.12.2012 - 10 h 05 | 2 COMMENTAIRES
Revoir Julie

En DVD depuis 2005… ou en streaming

Encore une année qui se termine… Certains, rares, diront que 2012 fut une année heureuse et en souhaiteront autant à 2013. Pour d’autres, cela aura été une année difficile. Ce fut mon cas. Alors pour essayer de bien finir l’année, j’ai un petit rituel : je regarde Revoir Julie. (C’est ça ou Starship Troopers !)

Pour ceux et celles qui l’ont déjà vu, vous vous demandez peut-être pourquoi…

C’est sans doute le film le moins prétentieux que je connaisse. Nul besoin d’avoir fait des études cinématographiques pour savoir que le budget était probablement ridicule. Le générique remercie jusqu’à l’opticien qui a fourni les lentilles de contact ! Et pourtant, j’estime que l’objectif est joliment atteint.

C'est ici que tout commence...

C’est ici que tout commence…

Sans spoiler le film, disons qu’il s’agit d’une femme, Juliet, officiellement lesbienne, qui à la suite d’une rupture douloureuse remet sa vie en question et dresse une liste des choses à faire qu’elle repousse sans cesse. En tête de liste, on lit : REVOIR JULIE. Elle se met ainsi en quête de son amour adolescent et les retrouvailles sont pleines de sincérité et d’émotions contradictoires.

Là que les choses se développent... quant à savoir comment ça finit, mieux vaut regarder le film.

Là que les choses se développent… quant à savoir comment ça finit, mieux vaut regarder le film.

Pourquoi cette histoire plutôt qu’une autre ? Parce que tout repose sur l’espoir. Et de nos jours, quoi de plus indispensable et pourtant cruel que l’espoir ? Qui n’a pas envisagé un jour de revoir son amour d’enfance ou d’adolescence ? Et si c’était pour cette année ? Ou la suivante ? Alors bien sûr on a peur, parce que cet « amour » (dont on n’avait peut-être même pas conscience) n’était pas forcément réciproque, parce qu’on a honte de sa vie ou parce qu’on s’imagine qu’on n’aura plus rien à se dire. Parce qu’on est passé maître(-sse) dans l’art de se chercher des excuses pour ne pas aller au bout des choses… Ou parce qu’on décide que c’est le passé et que le passé ne doit pas être remué. Bref, on le fait rarement.

Ce qui me plaît dans ce film, c’est le réalisme des scènes. Les personnages ne sont pas des « bombes stéréotypées », leurs situations sont relativement quelconques, et leur interaction fonctionne dans la complexité de retrouvailles complices mais lourdes d’un passé mal vécu, chacune à sa manière. Des non-dits, des aveux, des souvenirs, des délires communs… Et puis ces petites scènes qui viennent interrompre le fil de l’histoire, et qui ont le chic de me faire bien rire.  Le tout dans un Québec profond, avec cet accent si particulier et ces paysages si chers à mon coeur.

Bref, j’aime ce film. Parce qu’il est décalé et pourtant sonne plus juste que la plupart des films lesbiens. Parce qu’il traite un lieu commun, sans autre ambition que de nous en donner une vision simple et pourtant heureuse.

Si vous l’avez vu, n’hésitez pas à me laisser votre avis, et si vous avez vécu votre propre « Revoir Julie », ça m’intéresse aussi ! 😉

Sur ce, je vous souhaite un bon réveillon et vous donne rendez-vous dans quelques heures pour de meilleurs voeux en 2013 !

autoportrait | critique | D-libérations | éducation libéro-sexuelle | Homosexualité et éducation | Itws & anecdotes | Non classé | poésie | 12.12.2012 - 08 h 48 | 15 COMMENTAIRES
Le Romantisme, du mythe au fast-food… La bonne blague !

Quand les chien nous surpassent au paroxisme du cliché romantique…

 

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous mais, quand j’étais petite, j’étais bercée d’images et de récits romantiques. J’avalais du Disney, du Grimm, du Perrault, du Andersen, je nourrissais mon esprit et mon coeur de galanteries, de bienveillances, d’intentions pures et nobles. J’imaginais l’Amour et l’être aimé comme un don précieux qu’il fallait chérir, protéger, choyer comme le faisaient tous ces beaux Princes et valeureux clochards amoureux, et comme le faisaient aussi à leurs façons maniérées et pleines de minauderies ces demoiselles tant convoitées.

Aussi, sans surprise, j’ai grandi dans cet univers de romantisme éloquent. Certes, je n’ai pas attendu le Prince Charmant, je me suis plutôt identifiée à lui et me suis mise en quête de ma Princesse… mais au fond de moi, je suis aussi une Princesse qui a besoin d’être savamment courtisée… Ah les lesbiennes, c’est compliqué !!!

Toujours est-il que voilà. J’avoue, je ne sais aimer que de manière romantique. Pourquoi est-ce que cet aveu me coûte tant ? Parce que visiblement  aujourd’hui, être romantique on ne trouve plus ça normal ou noble… on trouve ça DRÔLE !!! Ou pire que tout : « Trop mimi » (ce qui est encore plus affligeant que drôle, vous en conviendrez). J’ai envie de dire STOP. STOP à la « ridiculisation » du romantisme. Laissez-nous être fleur bleue ! Laissez-nous aimer vous offrir une fleur, veiller à couvrir vos épaules quand vous êtes parcourues d’un frisson, préparer un dîner aux chandelles de temps en temps, vous enlever pour un week-end en amoureuses, vous inviter solennellement à danser sur votre chanson préférée, prendre le temps de vous faire plaisir aussi souvent que possible… laissez-nous faire preuve d’attentions et de galanteries sans glousser ou nous jeter votre regard qui dit « Merci mais quand même, t’as vu comme t’es ridiculement romantique !?! »

Bref, si je vous dis tout cela c’est parce que bien sûr j’ai vécu ces humiliantes situations, et pire que tout, je sais que je les vivrai encore. Mais récemment, j’ai été confrontée au fossé des générations et là, j’ai compris.

Prenons une oeuvre romantique par excellence : Jane Eyre (la gouvernante qui tombe amoureuse du maître de maison, amour réciproque mais impossible, histoire qui finit bien). Faites lire ce chef d’oeuvre à une classe de 4ème et demandez-leur, à mi-chemin, d’écrire une scène romantique entre Jane et M. Rochester et vous obtiendrez un truc de ce genre :

Ils sont à table. Jane a faim parce qu’elle a travaillé toute la journée, mais pas M. Rochester parce que lui c’est le patron et que le patron ça travaille pas. Comme elle a fini son assiette avant lui et qu’elle semble avoir encore faim, il lui laisse finir son BigMac et ses frites, même si lui aussi a encore faim. Elle accepte. A la fin du repas, elle se lève et pour le remercier, elle l’embrasse sur la bouche. Il est content. Demain, il lui laissera peut-être finir sa pizza mais il faudra qu’il mange plus au goûter.

Mes élèves ont de la chance. Eux ils ont déjà compris que le romantisme c’était devenu une bonne blague !

 

critique | éducation libéro-sexuelle | film | homophobie | Itws & anecdotes | 25.02.2012 - 10 h 14 | 3 COMMENTAIRES
The Full Monty : le bonheur de voir s’effondrer un a priori

Indémodable !

 

Dans le cadre de l’étude d’une critique cinématographique, j’ai proposé à mes élèves de leur montrer quelques extraits du film The Full Monty pour combler l’avant dernière heure de cours avant les vacances. Tout le monde avait bien mérité ces minutes de détente !

Comme cela faisait bien 4 ans que je n’avais pas revu le film, et comme j’essaie d’être un minimum consciencieuse, je l’ai à nouveau regardé la veille au soir. Et là, c’est la tragédie. Des injures et des grossièretés fusent toutes les 3 secondes, et ce dès les premières minutes.

Je rappelle le contexte : d’anciens ouvriers de la métallurgie se retrouvent sans boulot et tentent de s’en sortir en commettant quelques larcins. Ils s’indignent de voir que leurs femmes dépensent jusqu’à 10£ pour aller voir une bande de stripteaseurs. Dans le contexte, les injures sonnent juste, elles sont compréhensibles et ne me choquent absolument pas. Oui, mais voilà, je suis professeur de français et je suis censée présenter cela à une classe de troisième dans le cadre d’un cours sérieux. C’est le dilemme.

En plus des imprécations quotidiennes, courantes mais non moins imagées que Gaz, le personnage principal déverse (du style « merde », « putain », « fait chier », « connards », « pet d’cul », « se trémoussant les valseuses »…), on a droit dès les premières scènes à un flot de mots doux homophobes pour désigner les stripteaseurs, de la traditionnelle « pédale » jusqu’à ce que je me contenterai professionnellement de citer comme étant une métaphore pour le moins virulente et osée…

Et là je tiens à éclaircir deux points.

D’abord à l’égard de ceux qui n’auraient pas vu le film : c’est un excellent film. Vraiment. Avec tout ce que l’on peut attendre d’un grand film. Et surtout, contrairement à ce que mes propos laissent penser, c’est aussi un film communautaire. A voir sans faute.

Ensuite, ne nous voilons pas la face. Je sais très bien, et vous aussi, que les oreilles d’adolescents de 15 ans ne s’effarouchent plus depuis fort longtemps, d’entendre la moindre insulte la plus fleurie soit-elle.

Mon dilemme était donc purement un dilemme de principe. Au diable les principes !

Pendant qu’ils visionnaient ces premières scènes, je les observais (c’est effrayant de voir comment il faut se démener pour capter l’attention d’une classe en temps normal, et de constater qu’il suffit de lancer une projection quelconque pour que la trentaine de têtes se fige, fascinée… dans une autre vie, je veux être écran de ciné…)

Sur certains visages, je remarque pour chaque insulte homophobe une brève expression de mécontentement ou d’étonnement (d’autres visages sourient bêtement du début jusqu’à la fin de l’extrait). Quand j’arrête la vidéo au bout de quelques minutes, pour faire le point, une élève demande à intervenir :

« Madame, mais c’est violent quand même, contre les homos… »

Certains rient grassement, mais la plupart d’entre eux forment un chœur de soutien murmurant « ça craint, t’as vu, quand y les traite de tante, pédale et tout… », « En plus c’est même pas des pédés », « En fait y sont jaloux », « Peut-être que c’est lui le pédé refoulé ! »…

Pendant quelques secondes, j’étais émue. Je ne leur ai bien sûr rien laissé transparaître, je ne suis pas censée avoir le moindre sentiment pour ces monstres. N’empêche qu’ils ont réagi. Face à leur indignation, je leur expliquai que le film était fait de telle sorte que cette pseudo homophobie du départ serait bouleversée par la suite, puisque deux des personnages… mais je n’en dis pas plus.

Ils étaient rassurés.

Ce qui m’a fait plaisir, en plus de leur réaction, c’est que l’homophobie était à des années lumières du sujet du cours. Je devrais leur en vouloir de ne pas avoir plus tiqué sur les différences entre The Full Monty et sa tragique imitation française, Disco. Mais j’étais bien trop surprise de ne pas les voir surenchérir au contraire, à ces médisances. Il n’est pas rare d’entendre des « sale pédale » fuser dans les cours de récré. Aussi, leur réaction d’hier m’a redonné espoir. On peut changer les mentalités. On a déjà commencé à le faire. Et si la route est encore longue, nous sommes de plus en plus nombreux à l’emprunter, quel que soit notre bord.

 

 

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