5381 corps de femme | B.U.L.L.E.

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B.U.L.L.E.
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APPRENDS-MOI… (Ep. 11)

Avec quelques semaines de retard, voilà (enfin !) la suite et fin de cette sporadique nouvelle… Toutes mes excuses pour le délai : je vous avais prévenu(e)s que j’étais rouillée !!!

(previously)

Le voile léger des rideaux invite les lumières citadines de la nuit à pénétrer la chambre qui s’engourdit de nos ébats en veille. Il y a quelques minutes, ou était-ce quelques heures, nos corps secouaient cette soirée fébrile de décembre : de nos mouvements aveugles, prescients, passionnés, nous embuions les vitres nous occultant du reste du monde. Il y a quelques heures ou quelques minutes à peine, nous créions un monde, nouveau, notre.

Je ne sais pas si j’ai succombé aux mots doux du sommeil ou si je n’ai fait que somnoler, béate et comblée. A nos frénésies voluptueuses ont succédé de touchantes confessions. Dans l’intimité encore verte de nos effusions, arrivées à épuisement de nos ressources physiques, les paroles ont pris le relai, dans une bienveillante complicité qui aurait pu sembler séculaire.

Je me suis avouée sans pudeur, blessée mais entière, avide et curieuse de sa fascinante personne. Elle s’est révélée, nouvellement forte et fière, se remettant tristement du moignon cruel de l’abandon. Sa précédente compagne l’ayant quittée sans prévenir alors qu’elles étaient supposées agrandir la famille une troisième fois, elle s’était retrouvée seule, humiliée, acculée par ses responsabilités et ses obligations familiales justement au moment de sa « promotion » professionnelle.

Son émotion, encore bien vive lors de ces aveux, faisait vibrer sa voix et trembler ses lèvres. Je n’ai pu retenir mes étreintes les plus tendres. Mais mon inspectrice, fidèle à son impertinence, en souriait de plus belle. Et Dieu qu’elle était belle ! Son sourire, même triste, surtout triste, vrillait mes chairs thoraciques, mâchait mes os, ratissait ma peau en stridences frissonnées. Alors, nous avons fait l’amour à nouveau, dans la fulgurance de nos faims, nous exposant aux souffles, aux gestes, aux cris, aux regards de l’autre.

Tout ce que je vois à cet instant, ce sont les ombres nocturnes, calmes et irrégulières, qui glissent sur la toile lisse du mur à chaque passage de voiture. L’air est encore saturé de nos odeurs, mêlées, embrassées, qui s’accordent au silence sourd du double vitrage et à l’ambiance encore chaude de nos draps froissés pour embaumer l’air du parfum, clair et apaisé du désir.

Au creux de mon épaule, ouverte et fière, Violette repose. Sa respiration quasi inaudible vient caresser la peau nue et offerte de mon sein. A mon flanc, je sens son cœur battre, lourd et paisible. A moins que ce ne soit le mien ?

Lâchés, ses cheveux s’éparpillent sur moi, sur elle, sur le coton épais que je remonte sur son épaule fraîche. Mes doigts, délicatement, osent dans la confidence de la nuit jouer avec ses boucles brunes. Comme si j’avais besoin de ce contact supplémentaire pour confirmer, pour accepter l’exactitude du moment, sa pertinence, son authenticité surréaliste. Quelque part au fond de moi, une voix grave que j’imagine être celle d’Eluard, me déverse de ses vers purs et tendres, cassants et si crument vrais qu’ils déchirent les entrailles comme ils bercent.

L’amour est ainsi. Cru, beau, tranchant, immense, pur, complexe, exaltant, intempestif. Il y a trois jours, je me confondais en désir déroutant, brutal et irrépressible. Aujourd’hui, à l’instant où ce désir, satisfait pour l’heure, sait se taire pour laisser parler ma conscience, je suis tentée de poser de grands mots sur ces émotions bouleversantes de ces derniers jours.

Où est passé mon cynisme sentimental ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de moi, Violette Paulin ? A votre contact, je redeviens guimauve, princesse en détresse et chevalier servant, « Faible ! Faible ! Faible femme ! » comme dirait Figaro.

Je devrais sans doute m’affoler de cette rechute, je devrais me protéger, réfléchir. Cette femme, merveilleuse, fière, tendre et sensuelle, cette femme si terriblement attirante est mère. La légèreté et l’inconséquence ne sont pas une option.

L’espace d’une seconde, je me projette dans un quotidien hypothétique : Violette, moi, et ces deux petits garçons aux visages radieux que je n’ai pas manqué d’observer sur bon nombre de photos un peu partout dans l’appartement. Si je ne m’étais jamais posé de question sur une éventuelle vie de famille, je suis impressionnée de voir à quel point mon imagination est brusquement fertile, cette nuit.

Sans quasiment rien savoir d’eux, et sans en éprouver le moindre vertige, je les vois déjà évoluer autour de nous. J’imagine leurs habitudes, j’anticipe leurs questions, leurs réactions, j’espère une complicité que je modère déjà, redoutant le statut de « belle-mère », avant de conclure sur une certitude : il n’y a rien que je ne sois prête à assumer pour une vie avec Violette.

Une étreinte ensommeillée de celle-ci me ramène sur Terre. Je ne peux réprimer un sourire : il n’y a sans doute rien de plus « lesbien » que de s’imaginer vivre avec quelqu’une après une seule et unique nuit passée ensemble !

L’insomnie prophétique n’est plus de rigueur et je m’endors enfin, bercée par la certitude simple et bienheureuse de me réveiller à ses côtés demain.

Je ne saurai dire qui du soleil ou du bruit léger du verre qui s’entrechoque m’aura tiré de mon sommeil. Avant même d’ouvrir les paupières, je lance mon bras en quête du corps chaud de mon amante, la tête encore toute engourdie de notre nuit tendre et passionnée. Ma main cherche en vain, sous et sur les draps. Déçue, j’ouvre péniblement les yeux pour constater tristement que je suis seule, bien trop seule dans ce grand lit !

Le grognement de mécontentement qui m’échappe est stoppé net par le son léger des pas de Violette sur le parquet. Du bout du pied, elle ouvre la porte et s’avance dans la chambre, les bras chargés d’un merveilleux plateau petit-déjeuner. Voyant ma tête émerger de la couette, elle me lance en souriant : « Déjà réveillée, petite marmotte ?

– Groumpf…

– J’espère que je n’ai pas fait trop de bruit, me dit-elle en déposant délicatement le plateau sur le chevet, de mon côté du lit. C’était trop dur de rester couchée à côté de toi et de te laisser dormir… J’ai bien failli te sauter dessus de bon matin », me confie-t-elle en riant.

Son rire et son petit air mutin me chavirent et comme elle vient s’asseoir auprès de moi, j’attire son corps contre le mien. Conciliante, elle s’allonge tout contre moi et m’enlace. L’odeur du café et du pain grillé titille mes narines, mais qu’importe à mes mains qui déjà s’aventurent sous le voile diaphane de son peignoir ? Qu’importe à ma peau qui brûle à nouveau de la sienne, retrouvée ? Qu’importe à ces milliers de lames, aiguisées de désir, nourries de ses moires, qui encore une fois pénètrent mes chairs offertes, mon âme assujettie, mon cœur tonitruant ?

Le café et le pain seront froids.

Sans trembler, ma main impudique vient tirer sur le cordon qui maintient les pans de son peignoir et, d’un geste lent et si terriblement maîtrisé, elle laisse glisser le fin tissu sur sa peau soyeuse. Le spectacle est d’une sensualité affolante. Ses épaules d’abord, puis ses seins et enfin la plaine suave de son ventre se révèlent à moi dans la lumière étrangement chaude d’un matin de décembre.

« Hum… Bonjour », dis-je à cette sublime vision qui me surplombe à califourchon. Comme mu par mon seul désir, mon corps se soulève jusqu’à ce que mes lèvres effleurent la peau constellée de sa poitrine. « Bonjour », répète doucement ma bouche à son sein gauche, avant d’y déposer un baiser. « Bonjour », s’empresse-t-elle d’ajouter à l’aréole de son sein droit. Et un nouveau baiser vient rééquilibrer les civilités. Enfin, mes lèvres se hissent vers les siennes dans un dernier élan de politesse. Elles laissent s’échapper un ultime « Bonjour », à peine murmuré cette fois, avant que nos langues n’entreprennent de se présenter leurs respects.

Dans les yeux de Violette, le désir se fait incandescent. Il en serait presque douloureux. Mes mains la parcourent, tantôt subtiles, tantôt fermes. Elles caressent, elles affleurent, elle pétrissent et ondulent son corps sur toutes les gammes du plaisir.

Je n’aurai sans doute pas la prétention de croire que je peux anticiper l’avenir sur l’échelle d’une éternité, les « toujours » et les « jamais » ne sont pas des mots à la portée des mortels. Mais ce que la vie me réserve pour les prochaines heures… J’aime.

Fin

http://fineartamerica.com/featured/lesbian-sketches-1-gordon-punt.html

Lesbian sketch, by Gordon Punt

100% manuel ! | corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | poésie | y'a que ça de vrai ! | 21.01.2015 - 13 h 31 | 16 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 9)

Puisqu’elle était lancée, voilà enfin LA scène que tout le monde attendait, livrée par @dwarfy en personne ! Je vous laisse profiter de la poésie de l’instant et vous souhaite une bonne lecture !

– Votre humble Pucedepoesir –

(previously)

C’est un vertige qui nous étreint : celui de l’intimité offerte, enfin. 

Dans le creux d’une vague, lorsque nos bouches impétueuses se ferment au ressac des langues complices, je respire à sa source le souffle qu’elle expire, alizé grisant et capiteux… je manque de défaillir et il me semble que l’azur azur se déverse et inonde chaque recoin de mon espace crânien… aussi, chaque neurone s’enivre, explose et se soumet à cette prise de possession aérienne.

Je suis obligée de me retirer, de poser doucement mon front contre le sien… ma poitrine s’est évasée et palpite. Tandis que je me remets un instant de ce fougueux dialogue, Violette s’empresse de voguer sur mon visage : ses lèvres brûlantes déposent de tendres baisers… joue… œil… tempe… front… pommette… œil … joue… mais elle ne résiste pas et, presque imperceptiblement, vient me trouver dans l’obscurité des yeux fermés, en survolant mes lèvres entrouvertes.

C’est un voile d’une extrême légèreté qui vient me recouvrir toute entière. Je capitule et ne sais plus qui je suis, où je suis, où mon corps s’arrête et où le sien commence… Nous avons disparu, évaporées, loin derrière les sensations qui nous assiègent. J’entrouvre les yeux et lui souris. Elle me répond par un sourire franc et paisible. Et pour ne faire plus qu’une, nous nous étreignons fort. Nos têtes reposent sur l’épaule de l’autre. Ses cheveux chatouillent le bord de mon visage émotif. Instinctivement, nos corps se sont mêlés et je sens mon bassin, mes cuisses, mes genoux chercher son contact.

Pourtant, je m’éloigne lentement, la regarde… L’envie irrépressible de sentir sa peau, de la goûter m’arrache à cette trêve béate. Je décide alors de me lancer à la conquête de son corps en alerte, prêt à accueillir mes explorations. C’est sa mèche que je commence par repousser du revers de la main. Mes doigts s’infiltrent dans ses cheveux soyeux et sillonnent cet univers éthéré. Sa nuque se raidit sous mes caresses et je trébuche sur ses clavicules avant de m’aventurer sur sa poitrine. Elle porte un décolleté prononcé qui m’impose et m’oppose néanmoins la frontière de sa pudeur.

Je voyage alors dans cet univers galbé et sous les encouragements de ses soupirs, j’empiète sur cette terre satinée et sacrée en passant le bout des doigts sous le tissu résistant. Prise de convulsions, elle me serre contre elle. Nos bouches se retrouvent et entament une nouvelle fois leur débat complice. Ses mains m’enserrent le visage et soudain, elle me tend son cou et gémit. Mes lèvres vagabondent et se laissent attirer par le trésor qui orne sa poitrine, ce fameux grain de beauté qui avait déjà attiré mon attention.

Je ne peux plus supporter le tissu auquel mes lèvres font face. Comme dans une valse ordonnée, elle retire rapidement cet obstacle et, en renversant sa tête en arrière, s’abandonne à mes pressions tépides et charnues. Je m’égare inconsciemment sur ce continent de douceur, enfin découvert.

Revenue à elle, elle tire sur ma chemise et son œil malicieux me prévient d’une incursion imminente. Un à un, elle déboutonne les verrous qui renferment mon cœur affolé. Comme pour dissiper un brouillard dense, elle balaie de ses deux mains le coton rayé. Elle pose son empreinte sur mes seins. Un silence immobile tournoie autour de nous. Un de ces silences qui avertit de l’orage à venir.

La chemise glisse le long de mes épaules qu’elle effleure et presse. Tout à coup, elle me prend par la main et m’entraîne dans le couloir sombre où elle demeurait il y a encore quelques instants ou bien il y a une éternité. Déboussolée, je la retiens et la plaque contre la surface froide de ce tunnel ténébreux : « Attends… ». Pas le temps d’hésiter, elle me repousse et me pivote… Aaah ! Un froid terrible et pénétrant s’empare de mon dos. « Attendre quoi ? me rétorque-t-elle, je te veux. »

Ce souffle dans le creux de mon oreille me fait chanceler. Elle le sent et maintient fermement nos mains enlacées. Commence alors une tempête impétueuse, une collision houleuse… et je ne peux qu’abandonner ce flottement prohibé. Définitivement, je renonce à toute forme d’entendement. Elle ondule son buste dénudé sur le mien et convertit ma rigidité à sa souplesse. Dans une osmose sans concession, elle me conduit dans sa chambre, éclairée par une lampe à sel. L’atmosphère embrasée de la pièce projette ce que nos sens transpirent.

Lorsque nous heurtons le bord du lit, nous nous renversons d’un commun accord. Notre tornade file sur l’océan safran des draps et mon corps, métamorphosé en chaloupe, recueille sa gravité. Nos jambes s’entrecroisent et souffrent l’épaisseur du jean. Au loin, nos baisers tumultueux troublent la sérénité du lieu : nous voguons sur les flots blanchissants… sur les vagues déchaînées du désir.

Dans la tourmente de nos caresses, je sens une chaleur terrible se propager entre nos cuisses volubiles. Violette, transie, m’agrippe et se jette en arrière. Je la dévore de baisers en bravant des rafales plaintives. Ivre, ma main s’achemine au gré des vents ardents vers sa ceinture. Débouclée. Mes doigts s’attachent alors à apprivoiser les serrures de sa toile marine, qui abdiquent en un instant. J’ose rompre cette fusion thermique, me relève et libère ses jambes magnifiques de l’écorce rugueuse qui les recouvrait. Je répète la manœuvre et me dévoile devant ses regards lumineux.

Nous voilà presque nues, telles des offrandes réciproques et la douceur de sa peau m’emporte dans un monde séraphique. Mélodie extatique de deux épidermes qui s’entretiennent et se passionnent.

Une accalmie s’empare de nous, débarrassées des carcans et légères comme des cirrus voilés. Contrairement aux ennuis maritimes, nos corps flottent et tanguent sur les ondes chatoyantes. Je me suis allongée près d’elle, versée sur son visage, la tête accoudée. D’un mouvement de bassin, elle se colle contre moi et nous ne formons plus qu’un détroit aux roches mouvantes.

Nous partons en exploration de ces territoires vierges. Les falaises escarpées de nos épaules roulent et s’enroulent. Je veux apprivoiser chaque centimètre de sa peau qui se crêpe et se fronce et bourgeonne sous mes doigts prévenants. Brûlants. Elle s’amuse à tracer des lignes et des arabesques sur ma poitrine et finit par dégager lentement la bretelle brodée qui menotte l’accès à mes seins.

Cette libération m’émeut et je veux aussi délivrer son épaule de ce joug et de tous les autres jougs qui me séparent de sa peau enivrante. D’un claquement de doigts l’accroche s’incline cataclysmique : ses chairs respirent et se détendent. Ma main s’entête et, sans que je ne puisse encore baisser mes regards courtois et discrets, ôte la matière superflue. C’en est trop ! J’explose à la vue de ces boutons roses qui fleurissent sous mes yeux. Il me semble qu’un arôme argenté brille dans le fond de mes narines… Je cède à mes pulsions et me loge au creux de ces monts merveilleux.

Une frénésie incontrôlable m’emporte et s’alimente lorsque Violette laisse échapper quelques sons indistincts au milieu des expirations de plus en plus prononcées. Elle passe ses mains entre mes cheveux et insensiblement me guide sur son plexus, puis sur son ventre que je découvre comme l’on découvre un continent inconnu. Bien sûr qu’elle veut que je poursuive cette descente infernale dans les braises de son désir palpable… mais il est trop tôt.

Je ne m’autorise pas encore le chemin qui mène à ses ruisselantes richesses. Je veux inspecter et prospecter l’étendue de son dos longuement capturé par mes doigts dilatés… Alors qu’elle croit enfin obtenir satisfaction, je la chavire, l’accoste et la domine… Ô merveille hâlée ! Ses omoplates tigrées resplendissent et sa taille subtilement marquée appelle mes baisers.

Je ne peux m’empêcher de griffer amoureusement son dos jusqu’à ses fesses tendres et rebondies. Très rapidement, j’ôte le peu de dentelles qui maquille ma poitrine et fond sur ma proie aux aguets. Je m’arrête à quelques millimètres de sa peau et l’effleure du bout des seins, durcis par l’excitation. Elle pousse un gémissement et serre mes mains enfin prisonnières des siennes. Je sens son bassin bouillonner sous mes cuisses… déflagration instantanée.

Comme répondant à l’appel, mon bassin, tel un balancier, s’ébranle et oscille. Mon sexe gorgé se laisse bercer sous les notes mélodiques de nos corps symbiotiques. Perte de connaissance… hypnose… la pièce tourbillonne autour de nous tandis que monte en moi un chant symphonique. Essoufflée, je me laisse glisser sur le lit.

C’est alors que Violette se dresse et m’habille de baisers mêlés de morsures. Corps vaporeux… poitrines frémissantes… extrémités inquisitrices… tout en ondulant, elle se faufile entre mes courbes et s’engage près du foyer fiévreux et rutilant. Mes membres contractés ne peuvent plus se retenir de rebondir sur les salves du plaisir. C’est à mon tour de tenir du bout des doigts la tête de Violette qui charme l’intérieur de mes cuisses échauffées.

Lorsqu’elle approche son visage, je sens, à travers le tissu tendu, son souffle chaud et humide. Ses lèvres se posent sur mon pubis accueillant, pincent délicatement ma peau encore défendue et s’amusent avec les frontières qui lui sont soumises. Tout à coup, un air frais me saisit : elle a soulevé et repoussé le treillage fin et contemple mon intimité émue. Lorsque nos lèvres se rencontrent pour la première fois, j’ai l’impression qu’elle susurre une formule enchanteresse et que tout mon être s’abandonne à ses ensorcellements.

Je suis otage de ces succions, otage de sa langue impétueuse et infiniment tendre, otage de sa langue qui extravague méthodique dans le chaos de mes sensations. Imperturbable, elle poursuit son œuvre tandis que j’implose, le souffle saccadé, la tête ballottée par les spasmes d’une poitrine sur le point de se déchirer. Mes orteils tyrannisés par des crampes sourdes tentent de résister à toutes les braises nerveuses qui se dispersent dans mon corps et me consument.

Soudain… éclat… débordement… convulsion… commotion… et cette larme qui coule le long de ma joue enluminée. Après ce séisme luminescent, un à un mes muscles s’apaisent et s’oxygènent tandis que Violette me retrouve et me recouvre de tout son être aux abois.

Loin de me perdre de vue dans ces nuées orgiaques, elle ne me laisse pas une seconde de répit et m’embrasse fougueusement… « J’ai aimé ton sexe… J’ai aimé tes cris et tes mots… J’ai aimé tes tremblements… Maëlle… » Sa voix me rappelle à la vie et encore engourdie, je la prends dans mes bras et la serre autant que je le peux, vidée de toute force. Nous restons un moment immobiles, comme si nous avions trouvé dans l’imbrication savante de nos corps satisfaits, l’empreinte que nous voulions laisser de nous au monde. Mais rapidement, je sens ma cuisse devenir le réceptacle sacré de son désir liquoreux. Je succombe alors à cette impérieuse invitation.

Après de doux effleurements le long de ses bras, de sa taille, de son ventre… mes doigts flirtent avec la naissance de ses seins, mes paumes tentent d’apposer leur empire sur ses pommes caramélisées… mais ma bouche ne résiste pas à l’envie de captiver l’île sauvage qui se dresse, inconstante, sous les vents du midi. Ivresse marine… et le courant m’emporte sur l’océan de ces chairs délicieuses.

Voyage insouciant vers cette faille cryptée où se distille un Opium savamment concocté… Impatiemment, j’arrache ses poèmes arachnéens et affronte le pistil qui perle. Cupide, elle tord les draps qui craquent… Non… elle ne me sent pas encore mais me devine face à la clé de voûte, déterminée et contemplative.

« Maëlle… », supplie-t-elle. Conquise, je finis par me soumettre. Je respire ses pétales gonflés et converse dans une langue lunaire avec ses palpitations embaumées. Son bijou devient le centre créatif d’une orfèvre inspirée… et dans un envoutement savoureux, je me perds dans les labyrinthes de son plaisir… Elle gémit, animale. Et ses cuisses indociles se contractent, ses fesses fébriles tremblent… à peine ai-je abordé l’antre inondé, qu’elle explose en Echinopsis Mirabilis*.

Le ciel nocturne s’est fendu sous son cri volcanique, Violette.

*Echinopsis Mirabilis

*Echinopsis Mirabilis

(la suite ici)

Photo de couverture : Man Ray.

corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | photo | Photopoésir | poésie | 26.05.2013 - 09 h 46 | 5 COMMENTAIRES
Insomnie en Galatée majeure

 

Nuit

Yeux clos

Méditation non-préméditée

Aveuglante virginité de mon écran mental

Immobilité muette et frémissante

Annonçant l’imminence

Ta genèse

 

 

Au commencement était mon fantasme

 

Comme on trousse ses émotions, j’exhume les crayons de ma mémoire

Tout est là

Comatant sous mes paupières

Palpitant faiblement en prison de côtes, en berceau de chairs

– mon corps, ton rythme –

Jusqu’au premier mouvement

Ta libération

 

Tu m’arraches, ivre d’exister, le premier trait

 

En murmures, tu m’insuffles tes courbes inspirées

...

Ici, le fascinant relief de tes seins

Là, la rondeur insolente d’une épaule

Autour, l’indéchiffrable mystère de ta chevelure

Et partout, partout ta peau

Matrice à la géographie inimitée

Veloutée, euphorisante

 

D’esquisse carbonique en mine sanguine, je te profile et t’envisage dans la frénésie insoumise du génie

– Folie ou débordement imaginaire –

Je m’exorcise mentalement de l’obsession de tes contours, des caresses hypnotiques de ta voix, de l’espoir préméditant tes gestes, et te modèle

Tu me possèdes jusqu’à ce que je t’anime, enfin

 

Toi, incarnation imperfectible de mes désirs

Si présente, si entière

Ephémère

 

A vouloir te sentir je te perds aussi intensément que je t’ai crée

 

 

Insomnie

Paupières béantes

Nouvelle morsure du réel

Une seconde artiste comblée par son chef d’œuvre

La suivante, inutile et solitaire

N’avoir été que la page

De ton message

...

100% manuel ! | anatomie | B'rêves d'écriture | corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | érotique | Fesses | y'a que ça de vrai ! | 02.04.2013 - 14 h 21 | 11 COMMENTAIRES
Dévotion thérapeutique

Voilà, voilà, j'arrive...

Voilà, voilà, j’arrive…

Chut… Tu as promis de jouer le jeu. Tu as promis de ne rien dire, ne pas bouger, te laisser faire. Tu dois pouvoir me faire confiance. Tu dois pouvoir t’abandonner pour que je puisse être efficace. De mon côté, j’ai promis aussi. Je resterai sage. Je ne m’enflammerai pas de désir à la vue de ton corps nu, au contact de ta peau. Je ne suis en cette heure que l’instrument de ton bien-être asexué.

J’ai monté la table, l’ai recouverte d’une serviette chaude. Tu n’as plus qu’à t’allonger, sur le ventre d’abord. Là, comme ça. Pas de fausse pudeur entre nous évidemment, mais je te recouvre le dos et les fesses pour que tu restes bien au chaud. Avant de commencer, un baiser, une caresse, un sourire. Me voilà chargée de toute l’énergie nécessaire.

Je débouche le flacon d’huile et j’imprègne mes mains du précieux liquide. Je le réchauffe un peu avant de poser délicatement mes paumes sur tes cuisses, puis mes doigts. J’étale dans un premier temps l’huile en prenant soin de ne pas te faire sursauter en arrivant sur tes fesses. Je l’étale soigneusement jusqu’aux creux de tes genoux que j’éviterai de perturber. Je les dépasse et répends l’excédent d’huile sur tes mollets délicats.

Quand je reviens sur tes cuisses, mes mains savent ce qu’elles ont à faire. Lentement, elles entreprennent de masser tour à tour chacun de tes muscles, en profondeur. Je sais que le massage des cuisses n’est pas la partie la plus agréable, c’est pourquoi je commence ici, c’est pourquoi j’empiète sur les fessiers qui eux reçoivent toujours mes doigts avec impatience. De mes pouces, je fais rouler ta chair alors que le reste de mes doigts caresse ta peau autour. Atténuer le travail de profondeur par une consolation de surface…

Tu ne dis pas un mot. Tu subis, patiemment.

Quand mes mains descendent sur tes mollets, tu frémis. Verbalement, je te rassure. Je sais que tu n’aimes pas qu’on touche à tes pieds. Mais encore une fois, mon but n’est pas de t’être désagréable, bien au contraire. Je ne ferai que ce que tu me laisseras faire. Je laisse mes doigts œuvrer et se plier aux caprices de ton corps. Ils lisent en toi mieux que toi-même. Ils devinent tes réactions avant toi, ils apprivoisent tes sensibilités et absorbent tes craintes pour soulager ce corps que tu négliges, comme tout un chacun. A chaque fois que j’achève le massage d’une zone, je caresse ta peau, les doigts tous légers, pour récompenser son consentement.

Pour remonter de tes pieds jusqu’à ton dos, je laisse courir les mains sur ton corps, pour ne pas interrompre le contact. D’une main, je rajoute un peu d’huile dans ma paume restée au creux de tes reins. A nouveau, je la réchauffe avant de l’étaler sur toute la surface de ton dos. Cette fois, le travail de tes muscles t’arrache un soupir de plaisir suivi d’un petit râle étouffé par la table. Partant des lombaires, mes doigts s’appliquent à leur tâche. En petits mouvements circulaires, réguliers, ils explorent aussi bien le sillon creusé par ta colonne que les courbes de tes côtes. Arrivés sur tes épaules, ils viennent d’abord soulager ta ceinture sous-scapulaire avant d’agripper toujours délicatement tes clavicules. De mes pouces, je masse patiemment la zone, depuis l’articulation de ton bras jusqu’à la base de ta nuque. Tu grognes de plaisir. En sourdine.

Mes mains reviennent en bas de ton dos, et cette fois, ce sont mes paumes qui te massent en profondeur. Elles remontent tout au long de ton dos et répètent leurs mouvements pendant quelques minutes. Puis c’est au tour de mes avant-bras de se poser entièrement sur toi. Les mains et les coudes joints, je les aligne avec ta colonne vertébrale et, comme on ouvre un compas, j’écarte mes coudes, imprimant à ta chair une nouvelle forme de soulagement. En arrivant à hauteur de tes épaules, je veille à ne pas trop écraser ta cage thoracique. La position saugrenue m’empêche de résister à la tentation de déposer un chaste baiser sur ta nuque. Je t’entends sourire, mais imperturbable, je poursuis.

Mes doigts courent maintenant sur ton bras gauche. Il me faut rajouter un peu d’huile encore. Là, c’est mieux. J’aime sentir tes muscles se relâcher sous la pression de ma main. J’aime constater que ton bras s’abandonne. Et ta main… Ton soupir de plaisir quand j’en masse la paume, quand je m’applique à détendre tour à tour chacun de tes doigts. Quand j’estime qu’elle est suffisamment molle, je l’embrasse et passe de l’autre côté. Tu anticipes mon geste et me tends ton bras droit. Tsss… ne bouge pas. Laisse-toi faire. En quelques minutes, le bras et la main droite s’abandonnent aussi. A nouveau, j’ose poser mes lèvres sur ta main.

J’entreprends alors de masser ta tête, aussi délicatement que possible. Il faut toujours être très prudent quand on masse un crâne. Et aucun crâne ne m’est plus précieux que le tien.

Je passe mes doigts dans tes cheveux, venant chercher tes tempes et remontant lentement jusqu’au sommet. De leurs extrémités, mes doigts cherchent d’abord à couvrir toute ta surface chevelue. La caresse est peu profonde, plus tendre qu’autre chose. J’aime passer mes doigts dans tes cheveux. Puis je m’atèle au réel soulagement. Mes doigts en peigne, je saisis tes cheveux à leur base et les tire très légèrement, comme pour décoller imperceptiblement ton cuir chevelu. Je répète quelques fois la chose puis te caresse à nouveau.

Tu ne bouges plus, ne parles plus…

Je viens chuchoter à ton oreille que tu dois te retourner si tu veux que je continue et de mauvaise grâce, tu t’exécutes en bougonnant. Je fais comme si je ne remarquais pas ton sourire, et j’use de toute ma bonne volonté pour ne pas arrêter mon regard sur tes seins, sur ton…

Non, concentration. Sage.

A nouveau, mes mains se posent sur ta tête et immédiatement tes yeux se referment dans un réflexe. Mes doigts courent autour de tes oreilles, descendent sur ton cou et viennent subtilement dénouer le haut de ta poitrine, cette zone de tension insoupçonnée sous les salières. Mes mains, innocentes, poursuivent leur course autour de tes seins, prenant scrupuleusement soin de ne pas effleurer tes tétons que je vois se durcir malgré mes efforts. Quand je cherche à fuir cette région tentatrice en ramenant mes doigts sur ta nuque, tu te saisis de mon poignet et…

Non…

Non…

On avait dit que…

Non… Je n’ai pas fini…

Tu…

Non ce n’est pas…

Oh et puis zut !

B'rêves d'écriture | corps de femme | éducation libéro-sexuelle | Nouvelle érotique lesbienne | 03.02.2013 - 21 h 26 | 8 COMMENTAIRES
Cher instinct…

Ou instinc de chair...

Ou instinct de chair…

Un rêve…

Ca n’était qu’un rêve…

Mon téléphone indique qu’il est 6h58. Le réveil sonnera dans deux minutes mais la notion de réveil me paraît totalement superflue tout à coup. J’ai l’habitude d’ouvrir les yeux quelques minutes avant l’heure fatidique, mais jamais de cette manière. Jamais en souhaitant aussi fort me rendormir. En souhaitant ne pas avoir à comprendre que ce que je croyais réel et qui me bouleversait il y a quelques secondes à peine, n’était qu’une version chimérique du bonheur…

Bon Dieu ! Ca sonnait tellement vrai que j’en transpire encore, que mes draps semblent avoir gardé son odeur, que ma peau se souvient des caresses brûlantes de ses doigts, de ses lèvres…

Dans un battement de paupières, c’est sa voix que j’entends encore, ses gémissements et la tension de son corps sous mes mains… L’intensité insoutenable de son regard au moment où…

Mais autour de moi, tout est calme. Mon  rythme cardiaque et mon souffle, aussi furieux l’un que l’autre, sont les seuls témoins audibles de cette tempête sensuelle que je dois à présent me persuader de ne pas avoir effectivement vécue.

Dressée, bras tendus, au milieu de ces draps en fouillis qui ne couvrent que ma solitude, je guette encore, j’espère… je creuse ma mémoire. Je la revois. Je la sais. Trop concrète pour n’avoir été qu’un rêve, trop perceptible, sensuelle pour que je me résigne à n’en faire qu’un fantasme. Je sais son odeur comme le goût de sa peau. Au souvenir des saveurs suaves d’un autre goût, plus sirupeux, mon bas-ventre se contracte violemment. Je sens alors l’humidité qui s’est répandue entre mes jambes, qui a imprégné le matelas. Sa tiédeur et son abondance m’électrisent, me renvoyant à des flashbacks enivrants.

Impossible. Impossible qu’un rêve aussi érotique soit-il, puisse provoquer ça. Je tremble encore du brun de ses pupilles, assombries par le désir. Je tremble encore de la fièvre de nos peaux si justement rencontrées. Je tremble toujours de ses caresses, du contact de ses lèvres sur les miennes, dans mon cou, de ses dents sur mes épaules, de sa langue sur mes seins, de sa bouche entière sur mon sexe…

Les réminiscences de sa chair chaude et fluide autour de mes doigts, des spasmes de son corps, de l’étreinte de ses mains, de l’évidence de ses baisers, me bouleversent. Et je reste là, haletante, impuissante, n’ayant que ma mémoire comme amarre pour ne pas sombrer dans la folie.

Le réveil sonne. Et déjà, je redoute de la perdre, de la perdre plus. De l’oublier complètement, comme on oublie nos songes après quelques minutes de réalité. Mon corps entier se révolte contre le son envahissant qui émane de mon téléphone, et c’est avec rage que je l’éteins, retenant de toutes mes forces cette irrépressible volonté de le faire voler à travers la pièce.

De mauvaise grâce, je me lève. Mais mon écran mental ne l’efface pas. Elle me sourit, comme cette nuit. Automate incrédule, j’accomplis mes ablutions matinales en cherchant à faire la lumière sur ce mystère. Qui est-elle ? Où l’ai-je rencontrée ? Pourquoi n’est-elle plus avec moi ce matin alors que je sais l’avoir aimée toute la nuit ? Que s’est-il produit ? Pas de réponse.

Les minutes passent. Elle reste. Là. Gravée dans mon être comme la seule vérité à laquelle je veux me consacrer.

Il me faut partir. Quitter mon chez  moi et risquer de la perdre encore, loin du berceau de notre intimité nocturne. Mais non, elle me suit. Je l’ai vécue cette nuit. Elle fait maintenant partie de moi.

Je ne réalise même pas que je dois faire face au jour. Que je dois faire comme si… comme si elle n’était pas partout. Je conduis, je me gare, je descends, j’entre, je m’installe, je parle. Mon travail est une farce que je joue sans sourciller. Puis il est temps de rentrer.

A peine le pas de la porte franchi, je me précipite dans la chambre, espérant la trouver dans mes draps. Mais le lit, toujours défait, se révèle infidèle aux promesses de cette nuit. Là, debout, j’observe cette pièce pourtant si familière, et je la maudis d’être si… identique, inchangée, si vide d’elle que je ne veux même plus la considérer comme « ma » chambre. Elle en est indigne désormais. Elle restera le temple de ce qui aura été… ou ce qui aurait pu être… ce qui aurait dû être.

En fait, je ne peux pas rester ici. Je ne peux plus souffrir son absence qui obscurcit chaque pièce, je ne peux pas me résoudre à accepter un exode aussi définitif, éviscérant. J’attrape mes clés, ma veste et j’essuie les larmes amères qui dévalent sur mes joues. Ce geste… Il me semble soudain me rappeler que c’est ainsi qu’elle m’a touchée la première fois. Je sens sa main caresser ma joue pour en ôter des larmes… Mais non, ça n’est que ma main, froide et stupide. Je claque la porte en partant et me dirige vers l’ascenseur.

Le voyant m’indique qu’il est occupé. J’ai l’impression que c’est la goutte d’eau qui fait déborder la vase nauséabonde dans laquelle je me noie. Un hoquet fait ressurgir ma peine et mes sanglots se déchaînent, sans que je sache exactement pourquoi. Ma seule certitude à cet instant, c’est qu’elle me manque plus que ma chair ne peut l’endurer. Là, seule dans le couloir de mon immeuble, je pleure sur son absence intolérable, sur le souvenir de ce que j’ai perdu sans même connaître, sur la pitoyable absurdité de la situation.

Le ronronnement de la machine se suspend, un bip annonce l’ouverture des portes juste là, devant moi, mais je ne peux me contenir. Par pudeur, je baisse honteusement la tête, modérant autant que possible les retentissements de mon chagrin. Mais quand les portes s’ouvrent, une odeur envahit mes narines et en une fraction de seconde, ma poitrine ainsi remplie de ces effluves se voit libérée des étaux de douleur qui l’oppressaient. C’est ELLE que je sens. Je le sais, c’est ELLE. Stoppé net, mon sanglot s’étrangle dans ma gorge… Je n’ose lever les yeux, craignant d’être déçue, mais il me faut la voir !

Je remarque d’abord ses pieds, aussi délicats que dans mon souvenir. J’escalade du regard ses longues jambes et mon attention se porte sur ses mains qui saisissent un imposant carton masquant son visage. Ses mains… je les reconnaîtrais entre mille. Ces mains qui m’ont offert tant de plaisir, ces mains qui manquent si déraisonnablement à ma peau…

Apparemment, elle ne sait pas que je suis là, ne me voit pas. Elle sort de l’ascenseur, visiblement incertaine de ses pas. Je m’efface pour la laisser passer et la voit franchir le couloir dans la direction opposée à ma porte. Elle est à deux mètres de moi. Elle est passée si près… J’observe ses formes, pleines et généreuses, pendant qu’elle dépose son fardeau à terre. Je n’ai pas encore pu revoir son visage, mais je sais que c’est elle. Quand elle se redresse, les portes de l’ascenseur se referment et dans un réflexe, elle tourne son regard vers lui, vers moi.

Je reconnais chaque courbe de son relief, chaque micro expression, et devant sa surprise, je suis pétrifiée. Elle ne me reconnaît pas.

« Bonsoir », me dit-elle en faisant un pas vers moi. « Je viens d’emménager… je vois que vous habitez ici », tente-t-elle en jetant un regard entendu aux clés qui pendouillent à ma main. Pour seule réaction, je regarde mes clés à mon tour et replonge mes yeux dans les siens aussi vite que possible, esquissant un vague acquiescement.

Sa voix… C’est bien sa voix. J’en reconnais chaque inflexion, chaque souffle… Elle est vraiment là. Comme je ne bouge pas ni ne pipe mot, elle s’avance encore et porte une main vers mon épaule, mais elle ne la touche pas. Mon cœur bat la chamade. Je voudrais parler, je voudrais lui dire… lui demander… lui expliquer… mais je ne peux rien faire d’autre que de paniquer, constatant qu’à présent, son visage est à quelques centimètres à peine du mien.

« Vous allez bien ? Vous… Vous pleurez… Vous… Est-ce que je peux faire quelque chose ? » me demande-t-elle inquiète.

Je veux la rassurer, mais je ne sais pas comment. Je suis bien incapable de parler. Se peut-il que ce rêve ait été aussi… juste, précis, prémonitoire ? Dans ce cas, comment faire… comment lui faire comprendre que je suis… qu’elle est… que nous sommes…

Comment ne pas lui paraître aussi folle que ce que je dois en avoir l’air ?

Alors je lui souris. Je lui souris aussi sincèrement et aussi sereinement que possible. Mes tourments du jour enfin apaisés, je lui souris. Mon regard trouve l’équilibre dans la chaleur de ses iris et elle me rend mon sourire en inclinant légèrement sa tête.

Avec toute la tendresse du monde, elle vient, de sa main chaude et délicate, essuyer les larmes déjà oubliées sur ma joue. Je ferme les yeux au contact de ses doigts et retrouve mon souffle quand je l’entends me dire : « Là, là, ça va aller maintenant ».

Oui, maintenant.

corps de femme | éducation libéro-sexuelle | érotique | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | 19.12.2012 - 08 h 00 | 50 COMMENTAIRES
Les dessous du corps enseignant (Nouvelle érotique lesbienne)

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Voilà un moment que je n’ai pas publié de lignes ouvertement érotiques mais une tragédie personnelle me pousse à m’y remettre : je n’ai rien de mieux à faire. Pour celles-ci, je tiens à préciser que si certain(e)s d’entre vous cherchent à faire un parallèle avec mon histoire personnelle, je vous le dis tout de suite, vous faites fausse route. Bien que basé sur des faits (et extrapolations) réel(le)s, ce qui suit n’est que fiction. Je nierai énergiquement quelque assimilation que ce soit.

De l’autre côté du miroir…

Prologue :

Quel élève n’a pas un jour fantasmé de pénétrer l’antre interdit de la salle des profs ? Quand on passe devant, on entend toujours des conversations animées, des rires gras, des engueulades parfois… On guette les voix des professeurs aimés, on redoute les inflexions des tortionnaires, on cherche à reconstituer des bribes de discussions, on espère des détails personnels pour ressentir ce plaisir ultime de détenir des secrets à divulguer au plus vite pour se faire valoir auprès de nos camarades…

Mais un jour, le mythe s’effondre, la barrière est franchie et la salle taboue devient la salle refuge. Un jour, on a un casier à son nom. Un jour, on refoule gentiment les jeunes les plus courageux qui tentent quand même de se faufiler en ce lieu sacré, prétextant un papier urgent à transmettre à untel ou unetelle. Un jour, on envahit le saint des saints en conquérant (ou en blasé), on fait cracher la machine à café, on déverse ses copies sur les tables, on consulte en souriant ou en pestant les listes des classes, on cherche désespérément le classeur contenant les emplois du temps, on râle contre celui qui a fini la dernière ramette de papier à la photocopieuse sans prendre la peine de ravitailler… Bref, un jour, on devient prof (personne n’est à l’abri de ce genre de destin).

Au début, la sensation est perturbante. On se dit à chaque instant que quelqu’un va se rendre compte de la supercherie et vous expulser à votre tour de la pièce… mais non. On vous salue, on vous demande d’où vous venez, ce que vous enseignez, on vous demande quelles classes vous avez… on vous conseille, on vous met en garde… ou on vous ignore tout simplement. Finalement, la salle des profs n’est qu’un microcosme comme un autre, avec ses codes et ses clans. Vous êtes adulte maintenant, vous devez vous adapter. La salle des profs a ses habitués, et chacun squatte son quartier préféré. Il arrive que les profs se regroupent par matière, mais ça n’a rien de systématique (sauf peut-être pour les profs d’Anglais, c’est une race à part). Et vous débarquez dans ce monde étrange mais pourtant familier.

Première partie : La rencontre

Je suis arrivée dans cet univers un peu par hasard et je commence à peine à m’acclimater à mon premier établissement. L’équipe de Lettres est plutôt sympathique et au bout de quelques semaines, je connais le nom de tous mes collègues… mais il me manque un visage. Une certaine Madame Daumas. Quand je me renseigne auprès de ma coordinatrice, on me dit « Mais si, tu la connais, c’est Val, la petite brune, assez fine et très réservée… On ne la voit pas beaucoup parce qu’elle est sur deux établissements en même temps, mais elle était là à la pré-rentrée et à la réunion info de la semaine dernière ». J’ai beau fouiller ma mémoire, rien ne me vient. Mes traits doivent trahir mon égarement car ma collègue ajoute « T’inquiète, la prochaine fois, je te montre ».

Je fonde bien malgré moi beaucoup d’espoirs sur cette Val, parce que jusqu’à maintenant, aucune de mes collègues, toutes matières confondues, ne m’a semblé fréquenter de près ou de loin la Communauté. C’est idiot, mais je me sens seule. Je n’ose pas encore m’ouvrir au cercle relativement amical qui s’est formé autour de moi, mais je sais que ça ne saurait tarder. L’ambiance est bonne et à mon habitude, je me suis orientée vers les plus débauchés.

Les jours passent et ne se ressemblent pas. En salle des profs, des guerres éclatent, des boites de chocolats pullulent, on approche des vacances de Noël. Un jour que je fais semblant de corriger quelques copies en écoutant deux collègues déblatérer sur des parents peu courtois, une prof entre deux âges fait son apparition. Elle est relativement petite et fine, ses cheveux bruns sont retenus par une queue de cheval et elle porte un jean clair avec un pull à grosses mailles. Rien dans son allure ni son aspect n’aurait retenu mon attention si je ne l’avais vu se diriger tout droit vers le casier portant le nom de Valérie Daumas. Comme elle l’ouvre, je soupire et commence à broyer du noir. Non seulement elle a tout de la prof-maman-hétéro, mais en plus elle aborde ce petit air pincé et ce sérieux qui me désespère. Elle s’installe non loin de moi et ouvre son manuel sans même un regard autour d’elle, sans un bonjour, sans le moindre signe de civilité. J’ai beau être d’un naturel réservé, je ne résiste pas à la provocation que ma déception vient d’amorcer.

–          Salut, tu dois être Valérie. Je suis nouvelle dans l’équipe.

–          Bonjour, répond-elle d’une voix à peine audible, comme si je lui avais extorqué cette politesse à force de torture psychologique.

–          J’ai appris que tu bossais sur deux établissements… ça doit être compliqué à gérer…

–          J’en ai l’habitude.

Comme visiblement chaque mot lui coûte un organe vital, je décide que j’ai atteint mon maximum de courtoisie et je la laisse à ses lectures. Décidément, ce bahut ne sera pas le théâtre de mes frasques sentimentalo-sexuelles. De mon coin de table, je l’observe. Elle n’est vraiment pas très épaisse, on dirait qu’on peut la plier juste en lui soufflant dessus. Tout chez elle vibre de fragilité. Je ne serais pas étonnée de la voir sortir un mouchoir de sa manche… Sa peau est presque translucide et un fin duvet lui confère une douceur chimérique. Nulle chaleur n’émane de sa personne, son regard presque éteint passe d’une ligne à l’autre sans que le gris de ses pupilles ne s’emballe. Ses traits sont fades et je note de légers cernes qui aggravent la tristesse de son visage. Elle pourrait avoir une trentaine d’années, ou dix de plus. Difficile de se faire un avis sur la question. La sonnerie m’arrache à mes observations stériles.

Deuxième partie : Une découverte (patience…)

L’année se poursuit et il nous arrive de nous recroiser en salle des profs. Chaque rencontre avec elle me met un peu mal à l’aise. On ressent une sorte de peine étrange et profonde en sa présence, quelque chose d’indéfinissable. Sa retenue et sa discrétion semblent cacher quelque chose de foncièrement lourd. Un poids qu’elle ne peut partager avec le commun des mortels. Pendant un temps, elle me rappelle la description que Monsieur Rochester fait de Jane Eyre, ce petit être féerique, mi-humain mi-elfe qui semble vivre dans une dimension parallèle tant les événements semblent glisser sur elle. Malgré moi, je me mets à imaginer des histoires tragiques : un veuvage, la perte d’un enfant, des parents infirmes ou grabataires dont elle aurait la charge… Au fur et à mesure des mois, le mystère qui plane autour de Val s’épaissit. Elle ne m’attire pas le moins du monde mais au moins elle stimule mon imagination romanesque ! Pourtant, elle est, comme Jane, l’être le plus insignifiant qu’il m’ait été donné de voir !

A l’approche du brevet, on nous distribue les listes pour la nouvelle épreuve au programme : un oral sur l’Histoire des Arts. Chaque élève doit passer devant un jury constitué de deux professeurs. Parce qu’elle a oublié de s’occuper de la chose, la principale adjointe nous a laissé le choix des équipes. Evidemment, les premiers arrivés sont les premiers servis, et quand je me pointe devant le tableau, il ne reste plus qu’une poignée de noms… principalement des profs d’Anglais… Quand je vois celui de Valérie, je ne résiste pas à la tentation de pouvoir donner libre cours à mon imagination toute une matinée durant.

Le matin de l’épreuve, je la trouve devant la salle, attendant patiemment. Elle répond timidement à mon « bonjour » et attend que j’ouvre la salle. Comme je lui demande si elle sait comment va se passer la matinée, elle me rassure en quelques mots sibyllins à peine murmurés. Comme les premiers jours de l’été sont arrivés, j’ouvre les fenêtres et laisse rentrer un petit air rafraîchissant.

Je l’observe installer nos bureaux face à l’espace vide que viendront bientôt combler un à un les élèves pantelants qui poireautent pour l’instant aux portes de l’établissement. J’ai presque envie d’accourir pour l’aider tant ces pseudo meubles me paraissent excessivement lourds pour sa frêle silhouette. Quand elle s’assoit, elle déballe scrupuleusement un petit bloc de feuilles et une trousse savamment garnie. Elle en sort deux stylos, un rouge et un noir, qu’elle dispose méthodiquement, l’un à droite, l’autre à gauche de son bloc. La maniaquerie m’a toujours fait sourire, mais cette fois, elle m’attriste.

Je viens prendre place à ses côtés et sors sauvagement quelques feuilles cornées et trois stylos dépareillés qui roulent bruyamment sur la table. Il est tôt encore, et il va falloir mettre un minimum d’ambiance dans cette salle, aussi, j’ose :

–          Tu veux un café avant qu’on commence ?

–          Bonne idée, me répond-elle sans réel enthousiasme.

Nous ressortons de la salle et nous dirigeons vers le sanctuaire professoral où la machine à café ronronne depuis une heure déjà. Comme nous montons les marches et qu’elle avance juste devant moi, mon regard s’arrête brusquement sur sa cheville droite. Depuis qu’il fait chaud, elle a remplacé son jean par un trois-quarts moulant, genre marin, et ses bottes se sont effacées au profit de petites sandales aux fines lanières. Là, juste au-dessus de sa malléole, je distingue vaguement un dessin aux contours finement ciselés. Je reconnais la couleur caractéristique de l’encre : elle a un tatouage. ELLE A UN TATOUAGE ! En soi, un tatouage ne veut rien dire, bien sûr… Ceci dit, je manque de rater une marche tant cela me surprend. Je trouve cela complètement en décalage par rapport au personnage que je m’étais figuré. En un quart de seconde, mon imaginaire est bouleversé. Mon cerveau se met en branle et bien vite, je me perds dans des circonvolutions toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres. Arrivées devant la machine, je me permets de l’inviter, faisant taire ses protestations en répliquant qu’elle me paierait le prochain. Comme je réfléchis à un moyen d’entamer une conversation quelconque, de nouveaux caféine-addicts font irruption. On me parle, je réponds. Pourtant je suis ailleurs. Je regarde son pied malgré moi. J’espère qu’elle ne me voit pas. J’essaie de rester discrète. Mais je regarde son pied. Je cherche à savoir ce que représente son tatouage : il s’agit d’une forme tribale, très travaillée, très réussie, indéchiffrable. La salle se remplit vite et autour de nous, le brouhaha devient assourdissant. Quand le Principal entre pour annoncer le début des hostilités, je suis presque soulagée. Comme elle me regarde, je lui fais un petit signe de tête en direction de la porte, et nous sommes les premières à regagner notre salle. Je la laisse avancer devant moi et je l’observe à nouveau. J’ai la curieuse impression de la voir pour la première fois. Je remarque les contours bien dessinés de ses épaules et la saillance de ses muscles fins. Sa nuque délicate est découverte et ses cheveux sont retenus par une large pince. Sa démarche me semble plus assurée qu’à l’accoutumée, mais peut-être n’est-ce que mon imagination…

Troisième partie : LA découverte (encore plus de patience…)

Les élèves sont entrés. Ils attendent sagement sur les chaises qui ont été disposées devant chaque salle. Quand nous passons devant les nôtres, je vois Valérie s’arrêter et engager la conversation. Elle les rassure de sa voix la plus douce. Son regard est empreint de bonté et de compassion. Je suis émue de lire la reconnaissance dans les yeux des élèves. Pour ne pas perdre contenance, je tente à mon habitude de détendre l’atmosphère en plaisantant. Elle sourit pour la première fois depuis que je la connais. Et même si je sais que son sourire était avant tout destiné à rassurer nos jeunes, je suis touchée. C’est complètement idiot.

Notre première victime nous suit à l’intérieur et nous lui laissons quelques minutes pour préparer son sujet. J’en profite pour lui demander quelles œuvres elle a fait étudier à ses élèves. Elle me retourne la politesse. Je la sens se détendre un peu au fil de la conversation qui s’amorce enfin mais il faut maintenant commencer. Le jeune homme devant nous bafouille une vague introduction et se lance dans son analyse du Cri de Munch. Le tout est assez hésitant et confus. Valérie prend des notes, consciencieuse. J’essaie d’en faire autant. Je fais mon possible pour focaliser mon attention sur notre fébrile candidat. Quand il estime avoir fait le tour de la question, nous l’interrogeons à tour de rôle. Je suis à chaque fois étonnée de la douceur de sa voix. Pendant une fraction de seconde, j’aimerais être à la place de l’élève et me laisser guider par cette voix… Mais je reviens sur Terre. Je suis prof, nom de Dieu ! Un peu de tenue et de rigueur !

Pendant les deux heures suivantes, les élèves défilent. Les exposés déclenchent nos sourires ou des crispations de nos mâchoires. Au fur et à mesure, je sens une complicité (professionnelle !) se créer entre nous. Je devine les questions qu’elle va poser, elle me laisse pinailler au gré de mes manies. Et elle sourit de plus en plus. Son visage est transfiguré quand elle sourit. Je ne la reconnais pas. Entre deux élèves, nos conversations se font de plus en plus personnelles. J’apprends qu’elle vit à quelques minutes à peine du collège, qu’elle a deux frères, qu’elle ne mange pas de viande, et qu’elle a fait Lettres Classiques, mais sans conviction. De mon côté, j’essaie de contenir mes confessions. A dix heures, nous décidons d’un commun accord que l’heure du break a sonné. Dans le couloir, le nombre d’élèves a considérablement diminué. Nous nous excusons auprès d’eux pour cette attente supplémentaire. Ils nous pardonnent de bon cœur, surtout quand je leur affirme qu’on sera encore plus indulgentes après une bonne dose de caféine. L’un d’entre eux me propose même sa monnaie, pour s’assurer notre bienveillance…

Valérie refuse poliment en précisant que c’est à elle de m’inviter cette fois, et qu’elle ne veut pas paraître grossière en se défilant dès le premier café à offrir. Le sourire qu’elle me lance alors me coupe le souffle. Aurais-je loupé un épisode ? Si je n’étais pas faible et en manque de caféine, j’aurais presque juré que c’était une avance. Impossible. Il s’agit de Valérie. Et puis même s’il s’agissait de plus, elle ne m’intéresse pas, non ? Ca n’est pas un petit tatouage qui va tout changer quand même ?!

Quand nous arrivons devant la machine à café, la salle des profs est déserte. Curieusement, cela m’inquièterait presque… Elle met une pièce dans la fente et me laisse choisir : café, long, sucré. Je la vois noter mentalement ma sélection de la même façon que j’avais relevé plus tôt qu’elle prendrait un cappuccino sans sucre. Une fois nos breuvages dans nos verres, nous nous installons sur des fauteuils l’une en face de l’autre. Pour une fois, je ne sais pas quoi dire, alors je me tais. J’essaie de ne pas trop la regarder. Je me sens ridiculement timide et dramatiquement attirée… pour une raison qui m’échappe totalement. Je sens son regard qui me scrute. Je sais qu’elle va parler, et curieusement, je ressens le besoin irrépréhensible d’entendre sa voix à nouveau, sa voix pour moi.

–          Je voulais te dire… J’ai vu que tes élèves semblaient être particulièrement attachés à toi. Et on voit à quel point tu les aimes. C’est mignon, me dit-elle.

–          Argh ! « Mignon », c’est super dur comme qualificatif… Mais on va dire que c’est un compliment alors merci !

Elle sourit à nouveau et je détourne légèrement mon regard en ajoutant :

–          Je peux te retourner le compliment. Tu es super douce avec eux. Ca les rassure un max, surtout un jour comme aujourd’hui.

–          Merci, me répond-elle, mais de toute façon, je suis contre l’agressivité. Ils sont déjà bien assez assaillis de violence pour qu’on en rajoute.

Je sais que ses propos sont sérieux et que je suis censée répondre quelque chose dans la même veine, mais une petite phrase musicale me revient, entêtante : « Tu t’entêtes à te foutre de tout mais pourvu qu’elle soit douce »… C’est le drame, il faut que je me reprenne.

–          Et ça fait longtemps que tu enseignes ?  (à défaut de dire quelque chose d’intelligent, il me faut au moins essayer d’en savoir plus sur elle).

–          Quelques années oui, j’avais besoin de trouver une occupation supplémentaire, un métier de jour qui me maintienne socialement.

Un métier de jour ? Mais que diable fait-elle de ses nuits ? Quel étrange personnage que voilà… Comme je lève un sourcil interrogateur, elle poursuit :

–          Oui, j’ai besoin de m’occuper tout le temps. Je suis insomniaque. Depuis une quinzaine d’années je sais comment meubler mes nuits : j’écris. Mais les journées me paraissaient vides de sens avant de m’orienter vers l’enseignement. J’ai longtemps hésité car je ne pensais pas avoir la carrure pour ça, et puis finalement, ça se passe très bien.

–          Tu écris ?

Je suis soufflée. Un tatouage et une occupation nocturne intéressante et la voilà en quelques minutes propulsée au premier rang de mes ambitions.

–          Tu écris quoi si ce n’est pas trop indiscret ? Tu as déjà été publiée ?

–          Je… Elle hésite quelques secondes. Elle me détaille de la tête aux pieds, semblant approuver quelque chose. Bon, je suppose qu’à toi je peux le dire… J’écris principalement des… romans. Des histoires sentimentales sans grand intérêt, mais… orientées. Pour un certain… public, exclusivement.

–          Ah bon ? Devant le rouge qui lui monte aux joues, je me demande si je dois insister mais ma curiosité l’emporte. Quel genre de public ?

–          Un public de femmes. Qui aiment les femmes.

Ben ça alors ! Merde ! Alors elle en est ?! Mais… mais… mon radar est en panne ? Comment est-ce que j’ai pu passer à côté aussi longtemps ? Pourquoi ?! Devant mon ébahissement, elle se méprend :

–          J’espère que ça ne te choque pas ? Me serais-je trompée à ton sujet ?

–          Non, non ! Pas du tout. C’est juste que je… enfin je veux dire d’habitude je suis plus intuitive que ça !

–          Oui, c’est mon drame personnel… Je passe toujours sous le radar… me dit-elle de son petit air triste.

–          Ben ça alors, c’est trop fort ! Et tu as été publiée ? Peut-être que je t’ai déjà lue…

–          On devrait y retourner, non ? me demande-t-elle gênée.

On le devrait, mais je ne veux pas. Je veux en savoir plus ! Je lui fais mon petit air de chat implorant, comme le chat potté dans Shrek, mais si cela la fait sourire, elle n’en demeure pas moins muette. Elle se lève et jette son gobelet vide dans la poubelle, attendant que j’en fasse autant. Dans ma tête, je fais circuler tous les noms des auteurs qui siègent sur mon étagère privilégiée, cherchant un éventuel pseudo qui lui correspondrait, mais je ne me risque à aucune supposition. Sur le chemin du retour à la salle, je continue de l’implorer, sans succès.

Quatrième partie : L’invitation (là, ça commence à prendre forme…)

Déjà une nouvelle élève prépare son passage. Je profite du sérieux ambiant pour détailler sous ce nouveau jour ma collègue. Si ses traits n’avaient rien de folichon il y a quelques heures à peine, je la regarde soudain sous un nouvel éclairage. Sa déroutante fragilité est maintenant contredite par une sorte de puissance hors norme. Cette femme mène deux vies de front avec une pudeur et une douceur impressionnantes. Mais si je suis admirative devant cette force, la tristesse qui émane d’elle me fait dire que je suis encore loin de connaître tout ce qu’il y a à savoir à son sujet.

Une mèche s’est échappée de sa pince, et je la vois qui joue avec, entortillant négligemment son doigt autour. Quand elle lève les yeux sur moi, je fais semblant de me concentrer brusquement sur mes grilles d’évaluation. Je sens son regard sur moi et je sais que je rougis.

Les oraux reprennent et pendant plus d’une heure encore, les élèves défilent. Pour chacun, elle se montre attentionnée et bienveillante. J’essaie de me montrer à la hauteur. Quand enfin le dernier quitte la salle, nous discutons des notes et de leurs interventions pendant quelques minutes puis nous bouclons les grilles d’évaluations et remettons les tables en place. Ce faisant, je reviens à la charge.

–          Alors ? Je suis presque sûre que tu as été publiée… S’il te plait, dis-moi…

–          Si… si je te le dis, tu acceptes de venir déjeuner avec moi ?

Je m’attendais à tout sauf à ça. Elle ne me donne pas l’impression d’être du genre à faire le premier pas… Aussi, devant son embarras, je m’empresse de répondre, sachant qu’il ne s’agit probablement que d’une invitation courtoise et désintéressée.

–          Bien sûr !

–          Alors je te le dirai tout à l’heure. Chez moi ça te va, ou tu préfères un restaurant ?

–          Chez toi c’est parfait, dis-je. Mais dis-moi ce que j’amène. Il est tôt, j’ai le temps d’aller faire deux courses si tu veux…

–          Non, non, ce ne sera pas nécessaire. Tu n’auras qu’à me ramener en voiture, j’habite vraiment juste à côté, je viens à pieds.

Je valide sans trop savoir quoi penser. Je décide de ne pas m’emballer et d’essayer d’être aussi détachée que possible, car après tout, il faut bien que je m’adapte au personnage… Je la sens quelque peu tendue, aussi, je tente de jouer la carte de la camaraderie. Le temps de ramener les notes à la principale adjointe et de gagner le parking, je plaisante et chambre quelques collègues qui passent par là. Elle me suit discrètement. Quand nous nous retrouvons dans l’habitacle étroit de mon modeste véhicule, elle me dit :

–          Tu es quelqu’un de très ouvert. Je t’envie. On voit tout de suite que tu es à l’aise avec tout le monde, et tout le monde t’apprécie.

–          Bah, tu sais, comme beaucoup, ça n’est qu’une façade. Et puis je ne suis pas vraiment à l’aise, j’ai appris à faire semblant. Avec certains, ça marche mieux qu’avec d’autres. Parfois c’est payant, et on établit de vrais rapports, mais souvent, ça reste superficiel. Ma superficialité n’est pas enviable, elle est juste pratique. Où va-t-on ?

–          Tu prends à gauche en sortant, j’habite la troisième maison sur la droite après le deuxième dos-d’âne.

–          Ah… effectivement, c’est juste à côté !

Cinquième partie : L’apéritif (encore un peu de patience…)

Nous arrivons une minute et demie plus tard devant un petit portail qui s’ouvre sur un jardin sobre mais coquet. Quand je passe le pas de la porte, je découvre encore une fois un univers qui me surprend. Je m’attendais à quelque chose de froid et impeccable. Chaque chose à l’air bien à sa place, mais un plaid trône en boule sur le canapé. Sur une table basse, un mug et la théière qui l’accompagne n’ont pas été débarrassés. Elle s’excuse pour ces traces de vie courante qu’elle s’empresse de masquer. Je profite de ses occupations domestiques pour observer son chez elle. Les murs sont d’un beige chaud. La plupart des meubles sont en bois brut, des meubles qui embaument la pièce principale, fraîchement cirés. Un peu partout, des étagères de livres, ce qui me rappelle vaguement mon propre appartement. Le salon/salle à manger dégage une réelle impression de confort. On a tout de suite envie de se vautrer dans le canapé et… Je m’égare. La cuisine est ouverte, à l’américaine. Elle est relativement petite mais très bien organisée.

Je remarque un couloir qui mène à quatre portes. Comme elle m’invite à me mettre à l’aise, je m’assois sur le canapé. La lumière rentre à grands flots dans la pièce et j’ai chaud. Quand Valérie me rejoint, elle s’est débarrassée de ses chaussures et de son sac. Elle ouvre en grand les deux baies vitrées et m’invite à m’installer sur la terrasse, pour profiter du soleil.

–          J’ai de quoi faire une grosse salade, ça t’ira ? On peut prendre l’apéro avant si tu veux.

–          Ca m’ira très bien. Apéro, je prends !

–          Qu’est-ce que tu bois ? Je n’ai pas beaucoup d’alcool, s’excuse-t-elle…

–          Oh, un jus de fruit, je préfère, je ne bois pas d’alcool.

Elle me fait un grand sourire rassuré et elle plonge son regard dans le mien. L’échange ne dure qu’une seconde, mais je sens quelque chose qui se fissure à l’intérieur de moi. Elle balbutie quelque chose d’incompréhensible et se dirige de nouveau à l’intérieur. Je la suis.

–          Je peux t’aider à faire quelque chose ?

–          Non, c’est gentil, je vais sortir quelque chose à grignoter et j’ai du jus de pomme, à moins que tu ne préfères raisin ou orange ?

–          Pomme c’est parfait. Donne-moi les verres, je vais nous servir.

Elle me tend deux verres qui s’entrechoquent entre ses doigts. Le son cristallin provoque un petit frisson le long de ma colonne vertébrale, à moins que ce ne soit le contact fugace de sa main lorsque je me saisis de la bouteille qu’elle me tend… En m’éloignant de la cuisine, je me retourne et la vois ouvrir ses placards, en sortir un paquet d’amandes grillées et un ramequin. Elle a l’air concentré, comme quand elle prenait des notes tout à l’heure. J’apprécie de la voir ainsi. Les rayons du soleil m’accueillent à nouveau sur la terrasse, et comme je nous sers deux verres bien pleins, je m’efforce de réprimer ma sensation du moment… une sorte de nœud qui se créerait quelque part sous mon estomac… Quelques secondes plus tard, elle apparaît dans la lumière, les mains chargées de victuailles. Sa présence est désormais pleinement réconfortante.

Certes, j’ai la curieuse impression de marcher sur des braises, pourtant, sa compagnie m’apaise. Pendant l’apéritif, nous revenons principalement sur notre matinée. Le déroulement des épreuves, l’indélicatesse de certains de nos collègues, le manque d’organisation de notre administration, les perles entendues… Une heure s’écoule, qui nous voit converser cordialement sur cette profession qui nous tient tant à cœur. Durant ce laps de temps, j’oublie presque mes appétits (nutritionnels et… sensuels) et j’apprécie de me retrouver face à quelqu’un qui partage ma vision de l’enseignement. Pourtant, je suis aussi fougueuse et passionnée qu’elle est modérée et pudique. Elle s’en étonne, me dit que je ne connais pas ma chance.

–          Tu as l’air si sûre de toi. Comme si tout était normal, simple, naturel…

–          Mais je suis impulsive et je gaffe souvent tu sais… c’est le revers de la médaille !

–          Mais tu sais ce que tu veux, et je suis sûre que la plupart du temps, tu dois l’obtenir…

A son sourire, je devine que le sujet pourrait facilement dériver… Est-ce l’impression que je donne ? D’être une lesbienne libérée qui branche tout ce qui bouge ? Ca c’est un comble ! Moi qui n’ai jamais été capable d’aborder qui que ce soit ! Mais puisqu’elle me tend une perche… j’en profite pour lui demander ce qu’elle a tant de mal à obtenir.

–          Tu sais, j’ai choisi un mode de vie assez particulier, me répond-elle évasivement.

–          Tu peux développer ?

–          Tu sais déjà à quel point c’est prenant d’être prof, et la nuit, j’écris en moyenne cinq à six heures. Je produis deux romans par an en moyenne. Je lis beaucoup aussi et j’écris d’autres petites choses à droite, à gauche, je ne supporte pas de ne rien faire. Il n’y a pas vraiment de place pour le hasard dans ma vie, l’inconnu me fait peur.

–          Tu veux dire que tu as peur de l’inconnuE ?

–          C’est un peu ça.

–          Attends, tu veux dire que tu racontes tout plein d’histoires sentimentales dans tes romans mais que tu n’en vis pas ? Jamais ?

–          Ca m’est arrivé. Autrefois. Mais pas depuis un bail.

–          Mais pourquoi ?!

La véhémence de mon étonnement la fait sursauter. Je la sens reculer et déjà je regrette mon emportement.

–          C’est compliqué. Tout est compliqué pour moi. Le simple fait d’inviter quelqu’un chez moi est compliqué.

–          Ah ? Je suis flattée alors.

–          Tu peux, me dit-elle en rougissant. Elle se racle la gorge. C’est assez simple de discuter avec toi. Et tu me fais rire…

–          Je ne sais pas comment je dois prendre ça, mais on va dire que c’est un compliment. Et sinon, je peux poser une question indiscrète ?

–          Euh… oui, hésite-t-elle.

–          Tu ne dors jamais ?

–          Je dors peu, lâche-t-elle dans un soupir de soulagement (manifestement, elle s’attendait à quelque chose de plus indiscret…). Une ou deux heures me suffisent.

–          Mais… mais comment tu fais ? Comment tu survis ?

–          Comme toi, un jour après l’autre, rétorque-t-elle en souriant franchement.

–          Et tu n’as… personne dans ta vie ? Ni homme, ni femme, ni enfant ?

–          Même pas un chat, j’y suis allergique ! Oui, je sais, c’est tragique pour une lesbienne.

–          Alors tu es lesbienne, exclusivement ?

–          Oui, pourquoi, toi non ?

–          Si.

Sixième partie : Les amuses bouche (ou mises en bouche)

Un curieux silence s’installe. Le nœud de mon estomac est devenu aussi envahissant que si j’attendais des triplés. A nouveau, elle m’a l’air si fragile. Peut-être espère-t-elle de moi quelque chose de précis… autre qu’une banale conversation… Parfois, j’ai l’impression qu’elle attend que je prenne les devants, mais presque aussitôt je suis amenée à revoir mon hypothèse. Elle est si seule. Et je ne comprends pas sa solitude car elle semble avoir tant à donner. La distance qu’elle peut mettre entre elle et le monde la plupart du temps disparaît dès lors qu’elle vous accepte et vous parle. Comme un de ses élèves, je me sens confiante et apprivoisée. Pourtant, je n’ose envisager d’aller plus loin, craignant de provoquer un repli radical. Elle me regarde calmement, et moi je bous à l’intérieur.

–          Valérie ?

–          Oui.

Je ne sais pas quoi dire. Mais je ne peux laisser s’instaurer le silence entre nous. Il devient insupportable. Surtout qu’il me pousse à guetter les mots qui sortiraient de sa bouche… et donc à regarder ses lèvres…

–          Non, rien…

–          Quoi ? Tu as faim peut-être… Pardon, je n’ai plus l’habitude de…

Comme elle se lève précipitamment, bousculant la table dans sa confusion, je saisis son bras pour la retenir.

–          Non, ne t’inquiète pas, je n’ai pas vraiment faim. Pas tout de suite.

Son bras me semble tout fin, si délicat, rendu brûlant par le soleil qui dore sa peau en cette heure zénithale. Je me lève et lui fais face, les yeux plongés dans les siens.

–          Alors tu veux… commence-t-elle.

–          Toi, que veux-tu ?

Elle détourne son regard une seconde et le peu d’équilibre qu’il me reste flanche. Suis-je allée trop loin ? Trop vite ? Se peut-il que je me sois trompée ? J’ai toujours été si nulle dans ce domaine… Je ne suis pas à la hauteur dans le rôle de la séductrice. J’en suis incapable. A tout moment, je m’attends à ce qu’elle coure s’enfermer dans ses toilettes en me hurlant de quitter sa maison.

Comme je desserre l’étreinte de son bras et esquisse un pas en arrière, elle attrape ma main et vient maintenir le contact de nos peaux. J’ai l’impression d’avoir trois ans et d’être sur le point de découvrir le secret de la barbe à papa.

–          C’est ridicule, me dit-elle soudain en souriant. Le cliché ultime. Deux lesbiennes qui après quelques heures de discussion et quelques affinités envisagent de passer à l’étape suivante ! J’aurais pu écrire un truc là-dessus…

–          Les besoins du corps, hein ?

–          Rien de répréhensible, au fond. Qu’une banalité attendue…

Si sa réaction pourrait me blesser, il n’en est rien. Je ris aussi. Sommes-nous si prévisibles ? Sa main serre la mienne, comme pour sceller un pacte tragicomique, mais elle ne la lâche pas pour autant. De longues secondes passent au ralenti. Notre rire se mue en sourire jusqu’à ce qu’un air grave envahisse à nouveau nos visages. Imperceptiblement, nos corps se rapprochent et mes doigts viennent croiser les siens. Incapable de réprimer mes mots, je lance :

–          Peu importent les clichés. Dis-moi ce que tu attends de moi. Je ne sais pas si…

–          Chut, fait-elle gentiment. Si je ne la sentais pas trembler, je pourrais penser être la seule à être bouleversée à cette minute. Viens, me murmure-t-elle à l’oreille. Je veux te montrer quelque chose.

Quand nous pénétrons dans le salon, le contraste de luminosité nous fait plisser les yeux ; Tout paraît si sombre tout à coup. Mais sa main oriente mes pas. Elle nous dirige vers le couloir. Mes jambes sont en coton. Malgré moi, mon esprit se perd en anticipation euphorisante. Déjà j’imagine le coton délicat de ses draps… N’importe quoi !  Comme si elle m’emmenait dans sa chambre ! Non mais ça ne va pas la tête ?! On se calme là-dedans ! Elle veut sûrement me montrer sa collection de timbres !

Quand je pense qu’elle envie mon audace, elle serait certainement morte de rire de voir à quel point je n’en mène pas large à cet instant ! Quand elle s’arrête devant une porte à notre gauche, mon esprit se vide totalement. Avant de tourner la poignée, elle me dit sur le ton de la confidence : « C’est ici que je passe le plus clair de mes nuits ».

Septième partie : Les entrées (ou mises en jambes)

Quand nous franchissons le pas de la porte, je devine que nous n’en sortirons pas de sitôt. C’est là. Son univers. Son monde. Son cœur. Cette pièce l’incarne dans toute sa force et sa fragilité. Officiellement, il s’agit de son bureau, mais c’est bien plus que cela. Trois des quatre murs sont envahis d’étagères chargées de livres. Une bibliothèque impressionnante d’une richesse et d’un hétéroclisme qui forcent mon admiration. A droite et à gauche, deux sofas encadrent un poêle central qui doit conférer à la pièce une douce chaleur en hiver. Je remarque que si le sofa de droite semble neuf, celui de gauche accuse les ans. Pourtant les modèles paraissent identiques. Contre le mur du fond, un étroit bureau en chêne massif supporte un ordinateur portable et quelques classeurs. Au-dessus du bureau, un immense dessin, magnifique, à la sanguine, représente deux femmes enlacées dans une position évocatrice : l’une visiblement au bord de l’extase et l’autre arborant une expression de concentration extrême. Leurs traits sont d’une tendresse infinie et un drapé léger vient rehausser la fluidité du mouvement suggéré. L’atmosphère de la pièce est extraordinairement calme mais la vue du dessin suffit à embraser mes sens déjà bien émoustillés. Pourtant, je maîtrise mes émotions, consciente de la solennité du moment.

–          C’est ici que j’écris, me dit Valérie d’une petite voix timide.

–          C’est une pièce magnifique. Tout le monde doit te l’envier…

–          Personne ne la voit. Jamais.

Je ne suis pas surprise, mais une peine profonde m’inonde alors. J’ai envie de la prendre dans mes bras, de la serrer suffisamment fort pour chasser cette solitude dans laquelle elle semble s’être murée. Son regard erre sur les étagères et revient sur moi régulièrement. J’avance, incertaine, et promène mes yeux sur les rayons soigneusement rangés de la bibliothèque. Je me dis que, quelque part au milieu de ces œuvres se trouvent sans doute les siennes. Mais étrangement, cela n’a plus grand intérêt tout à coup.

Sa main vient se poser sur mon épaule. Je la sens, juste là, derrière moi. Je m’efforce de ne pas me retourner.

–          Alors, tu as trouvé mon nom de plume ?

–          Euh… non. Je ne suis pas sûre de vouloir savoir finalement.

–          Ah… je comprends, tu as peur d’être déçue.

–          Non, c’est que…

Je me retourne et sa main glisse le long de mon bras. La tension est insoutenable. Elle est là, juste devant moi, incertaine, fascinante, vibrante. Je ne résiste pas à la tentation de passer un bras autour de sa taille, si fine. Ma main vient se poser sur la chute de ses reins et mes lèvres recueillent les siennes, chastement, délicatement. Je ne peux m’empêcher de relever qu’elle sent terriblement bon et que ses lèvres sont d’une douceur exquise. Elle ouvre de grands yeux étonnés et comme je me recule, prête à m’excuser, ses mains viennent saisir mes épaules et elle me rend mon baiser avec toute la délicatesse du monde. Quand finalement nous nous éloignons, je reprends :

–          Excuse-moi mais tu vois, rien de ce que tu as pu écrire ne m’intéresse plus que ça. Et pourtant, j’aime lire !

–          Je vois.

Elle semble aussi confuse que moi, et pourtant, je sens son désir faire écho au mien. Je brûle de la prendre mes bras et l’entraîner vers des tourbillons de plaisir à même le parquet, ou là, contre ces étagères, mais mon tragique sang froid reprend le dessus. Comme toujours.

–          Alors, comment ça se passe ? poursuit-elle.

–          Pardon ?

Devant mon air interrogateur, elle s’explique :

–          Dans ces clichés, dans la vraie vie, comment ça se passe ? Je t’emmène dans ma chambre ? C’est ça la prochaine étape, non ?

MAYDAY ! MAYDAY ! Code ROUGE ! Houston, on a un problème ! Là, je vais exploser, c’est sûr… Pendant une seconde, je me demande si sa candeur n’est pas feinte. Si tout cela n’était pas une ruse rondement menée pour me conduire juste ici. Aux portes de l’enfer… ou du paradis. Mon regard fiévreux balaie la pièce à la recherche d’une caméra cachée. A tout instant, je me prépare à voir débarquer mes meilleurs potes, ravis de m’avoir fait cette cruelle blague… mais il n’en est rien. Elle attend sérieusement que je lui réponde. Elle a pris mes mains et les a portées à ses lèvres.

Cette fois, impossible de résister. Je saisis son visage entre mes mains et l’embrasse avec ferveur. Quand nos langues se rencontrent, nos corps réagissent dans un même sursaut et viennent se percuter voluptueusement. Mes mains s’aventurent dans son dos alors qu’elle vient saisir ma taille. D’un mouvement impatient, elle vient coller son bassin contre le mien ce geste provoque une décharge d’une telle intensité dans mon bas-ventre que j’en ai le souffle coupé. Elle-même recule sous la violence du choc mais avant qu’elle ne s’excuse comme elle est sur le point de le faire, je renouvelle l’expérience, emprisonnant sa bouche de mes lèvres avides. Dès lors qu’ils sont soudés, nos bassins lancent des salves de désirs et de plaisir mi-réalisé, mi en suspens.

Mes jambes flageolent mais Val resserre son étreinte. Derrière moi, je sens la présence rassurante des étagères et pour plus de sécurité, je fais un pas en arrière, jusqu’à me sentir pleinement soutenue. Il y a une seconde à peine, j’avais l’impression de maîtriser la situation, mais là, tout m’échappe. Seul compte le contact de son corps contre le mien, de sa peau qui vient se frotter à la mienne. Ses lèvres viennent parcourir ma gorge et chaque poil de mon corps se dresse. Mes mains cherchent à se glisser sous son T-shirt et quand je rencontre ses tétons, je me sens défaillir.

–          Bon sang ! Je ne vais jamais tenir…

–          Je te tiendrai, me dit-elle de sa voix rassurante, bien qu’entrecoupée par un souffle irrégulier. Je te tiens.

Ce disant, elle fait glisser ma fermeture éclair et déboutonne mon jean qui tombe maladroitement à mes pieds. Je veux la déshabiller moi aussi, mais mes mains tremblent dangereusement. Je tire sur son haut pour le lui retirer quand je sens sa main se frayer un chemin dans ma culotte. Je ne peux retenir un petit cri. Et les préliminaires alors ? Femme des cavernes ! Oh et puis merde… on vient de passer cinq heures de préliminaires. Je veux ses doigts en moi, là, maintenant tout de suite ! Comme si elle lisait dans mes pensées, elle écarte légèrement mes jambes de ses genoux adroits et vient se coincer contre moi, soutenant mon corps pantelant, pendant que ses doigts rencontrent mon clitoris et constatent que l’humidité ambiante est largement suffisante pour explorer d’autres mystères. En me pénétrant, elle m’embrasse. L’explosion de plaisir est immédiate. Doucement ! ai-je envie de crier… je vais jouir en trois secondes, c’est ridicule. Mais la dame se moque de ma détresse. De sa main libre elle vient recueillir un sein au travers de ma chemise et de mon soutien-gorge pendant que, entre mes jambes, son corps entame le même mouvement de va-et-vient que ses doigts. A ce rythme-là, il me faut moins d’une minute pour exulter. Mon orgasme est violent et s’éternise, prolongé par les caresses profondes et persistantes de ma partenaire.

A quoi aurais-je dû m’attendre ? Il y a quelques jours, quelques heures, je n’aurais même pas espéré une mièvre étreinte avec elle. Là, j’en reste pantoise. Qu’est-ce que c’était que ça ? Je croyais qu’elle ne voyait personne ? Et depuis longtemps… Dans ce cas, comment… ? Impensable.

Pendant que je reprends mes esprits, Val embrasse par petites touches mes joues, mes lèvres, mon cou. Je suis surprise de lire dans ses yeux une forme de timidité totalement incongrue.

–          C’était… bon ? me demande-t-elle, hésitante.

J’explose de rire en la prenant dans mes bras.

–          Oh que oui ! D’ailleurs je suis désolée…

–          De quoi ?

–          D’avoir tenu trente malheureuses secondes !

Mon sourire fait disparaître ses craintes, mais bien vite je n’ai plus envie de plaisanter. Si mon corps est provisoirement apaisé, ma soif d’elle ne l’est pas, et je la sens frissonner contre moi. J’enlève rapidement ma chemise et mes sous-vêtements puis m’applique à la dévêtir à son tour.

–          Tu n’es pas obligée, me dit-elle d’un air entendu alors que je la libère enfin de son T-shirt.

–          Obligée de quoi ?

–          De me faire… quoi que ce soit.

–          Tu veux rire ?

Je ne suis pas sûre de comprendre. Envisage-t-elle le sexe à sens unique ? Je sais que certaines le préfèrent ainsi… mais pas moi. Ou pire, croit-elle que je puisse ne pas la désirer ? Après ce qu’il vient de se passer ? S’imagine-t-elle que je ne la toucherais que par pitié ?

–          Val, j’en ai terriblement envie, et tu es… si désirable que…

Elle ne me laisse pas finir mon plaidoyer. Ses lèvres me donnent l’absolution. C’est elle qui finit de se dénuder pendant ce baiser et nos peaux s’atteignent enfin, pleinement. A son tour, elle cherche le soutien de la bibliothèque derrière elle. Je sens ses petits seins contre ma poitrine pointer ostensiblement. Je délaisse sa bouche pour en saisir les tétons de mes lèvres. Mon geste lui arrache un gémissement. Son corps entier réagit de manière fulgurante. Elle se soulève contre moi et vient, de ses mains, saisir ma tête. Je devine son désir et le sens se répandre sur ma cuisse. Je dois résister à l’envie d’être aussi directe qu’elle. Si mes doigts brûlent d’explorer son sexe, je les contrains à rester sur ses seins. Mes lèvres, elles, poursuivent leur chemin.  Quand j’arrive à son nombril, je relève la tête et cherche son regard. Il est sans équivoque. Alors que mes mains quittent ses seins pour venir empoigner ses fesses, je m’agenouille devant elle et passe mes épaules entre ses cuisses. Déjà, sa fragrance m’enivre et je savoure mon plaisir à venir. J’observe avec gourmandise les contours de ses lèvres luisantes, en soufflant légèrement dessus. Son clitoris me fait face, tendu, écarlate. J’avance délicatement ma bouche vers lui pour lui présenter mes respects. A ce premier contact direct, Val pousse un gémissement encourageant. Elle est délicieusement salée. Ma langue l’explore alors, remontant son sexe sur toute sa longueur, puis la pénètre lentement. Nouveau gémissement. Quand je reviens vers son clitoris, j’entreprends de le sucer patiemment. Mes lèvres l’enserrent soigneusement pendant que ma langue vient lui imprimer de petites pressions. C’est alors que les mains de Val retrouvent le chemin de ma tête et se glissent dans mes cheveux pour imprimer leur propre rythme. J’aime qu’elle prenne les commandes de cette façon. Au fur et à mesure, le rythme s’accélère et les gémissements s’accentuent. Quand je sais qu’elle est à deux doigts de jouir, je sens ses mains presser de plus en plus fort contre ma tête, à tel point que j’ai peur de lui faire mal. Mais je m’exécute et son plaisir, quand il explose dans ma bouche, m’excite tellement que je suis au bord de l’orgasme à nouveau. Les spasmes qui la parcourent trahissent l’intensité de sa jouissance. Pendant un instant, je suis rassurée. J’ai toujours peur de ne pas être à la hauteur, et je sais qu’il peut arriver de tomber sur… disons des incompatibilités. Mais là, ça ne semble pas être le cas.

Comme j’allais me relever pour la prendre dans mes bras, elle tombe à genoux à côté de moi et m’étreint chaleureusement.

–          Merci, me dit-elle.

–          Euh… non mais… enfin… ce fut un plaisir !

–          Je veux dire merci parce que ça fait tellement longtemps que je n’ai pas… qu’on ne m’a pas… enfin tu vois ?

–          Je crois, oui… Mais rassure-toi, ça ne se voit pas !

L’instant a beau être touchant, il n’en demeure pas moins douloureux. Val s’en rend vite compte et m’aide à me relever.

–          Finalement, on n’est pas si cliché que ça… on a évité le lit ! Dis-je fièrement.

–          Oui, mais à quel prix ? Regarde dans quel état sont tes genoux !

–          Boh, ça, ce n’est pas grave, ça en valait la peine.

–          On aurait au moins pu opter pour un des sofas…

–          Pas le temps.

Je me tiens là, devant elle, entièrement nue, et me sentirais presque vulnérable si elle ne l’était pas plus encore que moi. Je ne peux m’empêcher de la toucher. Mes mains continuent de la caresser gentiment et je sais bien que mon désir d’elle est loin d’être assouvi. Et ce désir semble manifeste et réciproque puisqu’elle reprend :

–          Je crois que pour le bien de tes genoux… et par simple bon sens, il serait préférable que je te fasse visiter ma chambre.

–          D’accord.

Si je sens encore sa pudeur transparaître dans son regard ou ses intonations, son corps, lui, ne ment pas et tient un langage sans appel. J’enlace sa taille et avance derrière elle jusqu’à la porte d’en face. Sa chambre est petite. Il n’y a qu’un lit qui semble ne jamais avoir été foulé. Je la soupçonne de passer ses rares et précieuses heures de sommeil sur le canapé du salon où traînait le plaid à notre arrivée.

Huitième partie : Le plat de résistance (Chaud devant !)  

Elle contourne le lit sur la gauche et se penche pour en défaire les draps. Elle l’ouvre et s’y enfonce en prenant soin de bien remonter les oreillers. Je l’observe avidement et pose à mon tour un genou sur le matelas moelleux. Là, devant moi, elle s’expose dans toute la splendeur de sa nudité, repoussant ses prudes barrières jusqu’à écarter légèrement ses cuisses pour mieux m’accueillir, les yeux pleins de promesses étourdissantes…

Si je n’étais pas encore affamée, j’aurais sans doute apprécié de prendre le temps de l’observer. J’aurais pu m’étonner de la trouver si appétissante à présent alors qu’elle m’avait semblé si insignifiante jusque là. J’aurais pu me délecter du spectacle de son corps ainsi dédié à mes soins, de ses petits seins si délicieusement fiers et durcis par l’excitation, de la douceur de sa peau encore moirée de nos premiers ébats, de la force et de la vigueur de ce corps pourtant si fragile en apparence. J’aurais pu…mais déjà mes doigts atteignent son pied, ma main court sur sa jambe et revient s’enrouler autour de sa cheville. Mon pouce trace distraitement les contours de son tatouage pendant que mes lèvres s’approchent du motif tribal. Comme je l’embrasse, Val frissonne de plus belle et d’une main tendue, m’invite à la rejoindre tout contre elle. Je m’exécute en laissant ma bouche remonter sa jambe, mordiller sa hanche, lécher son ventre et venir se poser sur son sein. Ses bras capturent mes épaules et son étreinte achève de réduire à néant mes ultimes distances. Elle est là. Avec moi, pour moi. Elle. Moi. A cet instant, rien d’autre ne compte que cette vérité et notre désir l’une de l’autre. Il sera temps, plus tard, de poser des questions, connaître, prévoir. Là, je veux vivre dans l’intensité du moment. Quoi de plus grisant que de la sentir onduler sous moi ?

D’un mouvement quasi chorégraphié, nos cuisses s’entrecroisent et nos corps s’agitent au rythme de nos bouches. Son souffle est chaud et saccadé, enivrant. Les yeux fermés, elle répond dans une sorte de transe charnelle aux assauts de mon corps et déjà le plaisir irradie entre mes jambes. La chaleur du frottement entre nos sexes et nos cuisses devient insoutenable. Je sens ses mains parcourir mon dos et venir presser mes fesses contre elle, marquant un tempo de plus en plus effréné. Mes gémissements se mêlent aux siens et se hissent crescendo vers des aigus insoupçonnés. L’équilibre est là, dans cet enchevêtrement des corps dévoués à la quête du plaisir, ce plaisir égoïste et individuel qui cette fois, et sans préméditation, devient mutuel. Est-ce son orgasme qui provoque le mien ? Est-ce l’inverse ? Peu importe au final. Toujours est-il que je suis impressionnée. Je ne pensais pas pouvoir jouir de cette manière et quand les vagues de volupté déferlent en moi, je jubile de sentir Val secouée de ce plaisir simultané.

Quand les spasmes s’atténuent, mon corps se relâche et je viens peser de tout mon poids sur mon amante. Je voudrais déchiffrer l’expression de son visage mais je n’ai pas le courage de relever la tête. Là, tout contre elle, je suis merveilleusement bien. Sa poitrine et la mienne se gonflent au rythme de nos respirations encore irrégulières et nos cœurs cherchent à retrouver une cadence plus sereine. Ils martèlent si fort nos cages thoraciques que je ne distingue pas le sien du mien. J’enroule mes bras autour de ses épaules et pousse un profond soupir d’aise. Ce à quoi Valérie répond en posant sa bouche contre mon front et en caressant l’arrière de mon crâne, puis mes omoplates. J’aime ses caresses. J’aime la tendresse apaisée et apaisante de cet instant, le silence de nos lèvres, la rumeur décroissante de nos corps…

Je souris, béate de satisfaction, et je sens sur mon front un autre sourire se dessiner sur ses lèvres. Je ne résiste pas à l’envie de la regarder cette fois. Ses paupières, encore closes, se relèvent quand elle devine mon regard sur elle. L’expression de ses iris me bouleverse. Son plaisir était indiscutable, pourtant son regard reflète à nouveau une forme de tristesse infinie. Je ne sais comment réagir. Je m’apprête à lui demander ce qui ne va pas et pour cela, je cherche à la délester de mon poids. Comme je glisse à son flanc, ma jambe coulisse contre son sexe encore copieusement humide. A ce geste, son corps tout entier se cambre et sa main vient saisir la mienne dans un réflexe convulsif. En une fraction de seconde le désir s’éveille derechef. Son visage est transfiguré : ses yeux se sont refermés et ses dents pincent lascivement sa lèvre inférieure.

Hésitante, je lui demande :

–          Encore ?

En guise de réponse, elle porte ma main à sa bouche et enfourne mon index et mon majeur. Une nouvelle fois, mon cœur fait des bonds dans ma poitrine et mon entrejambe s’enflamme. Son corps se met en mouvement et je la sens se retourner contre moi. Mes doigts toujours dans sa bouche, elle vient coller son dos contre ma poitrine et se love ainsi au creux de mes bras. Alors que ma bouche vient caresser et mordiller sa nuque, elle déloge mes doigts et dirige ma main tout contre son sexe. Elle est divinement mouillée et mes doigts se fraient facilement un passage jusqu’à son clitoris. Nul besoin de l’exciter, celui-ci est d’ores et déjà turgescent. Pourtant, je le titille, je fais jouer mes doigts, tous mes doigts autour de lui. Contre moi, Val s’agite de façon convulsive. Cette fois, je veux prendre mon temps. Mes caresses se font lentes, régulières. Ma main entière vient presser sur son sexe. Parfois, quand je m’aventure de plus en plus bas, mon pouce vient frôler son clitoris et provoque une nouvelle secousse. Sa respiration est de plus en plus prononcée et je devine maintenant qu’elle va vouloir jouir, vite. Mais je suis contre. Je veux la pénétrer, je veux la sentir jouir autour de mes doigts et la maintenir comme ça contre moi. Quand elle commence à gémir, au bord de l’orgasme, je ralentis cruellement, et cette fois, mes doigts se risquent en elle. Mon incursion lui arrache un cri. L’étau de ses jambes se resserre instinctivement mais elle est tellement mouillée que rien ne peut empêcher ma main de poursuivre son va-et-vient. D’abord deux doigts, puis trois. Je m’étonne de la trouver si… dilatée. Mes gestes sont lents mais de plus en plus profonds. Quand elle vient poser sa main contre la mienne pour accompagner mes mouvements, j’ose un quatrième doigt, devinant que c’est ce qu’elle attend. Je suis complètement étourdie de sentir ainsi ma main en elle, et plus encore de sentir, d’entendre, de toucher son désir croissant. De mon bras libre, je resserre notre étreinte, mêlant nos sueurs, plaquant nos peaux embrasées. Mes fesses se contractent à chaque pénétration un peu plus contre elle et je sens mon sexe répandre ma propre humidité sur les rebonds incandescents de sa croupe. Ses petits cris étouffés m’affolent dangereusement et sans m’en rendre compte, je mords dans sa clavicule à pleine bouche. Elle jouit soudain, s’arquant de tout son long rugissant son plaisir dans un « OUI ! » éraillé et frénétique. La fureur de son orgasme m’encourage à laisser ma main poursuivre son œuvre jusqu’à l’extinction des feux. Quand d’une pression subtile elle me fait comprendre qu’elle en a assez, je cesse mes mouvements, mais sans me retirer, je la tiens tout contre moi. J’embrasse tendrement sa nuque, guettant une réaction de sa part et quand son corps finit par se relâcher, son soupir de satisfaction me comble. Comme je vais déposer un baiser délicat sur son épaule, je découvre avec stupeur que j’ai laissé l’empreinte de mes dents sur elle. Confuse et inquiète de sa réaction, je m’excuse aussitôt.

–          Ne t’excuse surtout pas, me répond-elle dans un sourire que je devine. C’était très… c’était parfait.

Elle se retourne vers moi et son visage est bel et bien lumineux. Je suis rassurée. Dans ses yeux, l’étincelle de désir scintille encore. Je la soupçonne cependant de ne rien attendre de ma part, cette fois. Intuitivement, nos corps se sont de nouveau enlacés et déjà sa main caresse mes hanches, mes fesses, mes cuisses. Elle m’embrasse langoureusement et me fait basculer délicatement sur le dos. Je suis si… prête, que j’ai peur de jouir aussi rapidement que la première fois ! Rien qu’à l’idée de ses doigts ou de sa langue, je sens que je peux exploser.

–          Val, je t’en prie, va doucement sinon je vais jouir tout de suite…

–          Mais je n’ai même pas encore commencé, s’indigne-t-elle !

–          Je suis faible…

–          Oh que non ! Tu es tout sauf faible… à moins que… Oh, tu as faim peut-être ? C’est parce qu’on n’a pas…

Comprenant qu’elle culpabilise de m’avoir privée du déjeuner promis, je l’interromps tout de suite.

–          Non, je t’assure, ma faiblesse n’a rien à voir avec la nourriture… Pourquoi, toi tu as faim ?

Je guette sa réponse, inquiète de devoir ronger mon frein le temps d’un repas… mais à mes mots, son regard se porte immédiatement entre mes jambes et l’expression qui envahit son visage ravive ma libido. Trois mots s’étranglent dans sa gorge tandis qu’elle pince à nouveau sensuellement sa lèvre inférieure : « Faim… de toi…»

La suite ici.

anatomie | corps de femme | En-quêtes | érotique | 30.04.2011 - 10 h 47 | 38 COMMENTAIRES
Voyage en chair bien connue : la fesse dans tous ses états !

Quand le regard porté sur la fesse relève d’un art de vivre

Toutes les mêmes, toutes différentes…

Pour chacun(-e) d’entre nous, il y a des attentes physiques, une base de critères plus ou moins étoffée que nous recherchons en vue du compagnon ou de la compagne idéal(-e). Couleur de cheveux, yeux, tour de taille ou de poitrine, musculature… bref. Tout un tas d’espoirs qui seront plus ou moins réalisés, bien que jamais à 100%… sauf peut-être pour les rares élus(-es) parmi nous qui peuvent prétendre à la perfection (non, la perfection n’est pas un gros mot, elle est inconstante et diffère d’une personne à l’autre).

Tout ça pour dire que trouver la bonne personne, ou du moins sans parler DU grand amour (ne tombons pas tout de suite dans un lyrisme romantique à l’excès), trouver une bonne personne, avec qui l’on aurait envie de faire un bout de chemin, c’est quelque part renoncer à un modèle fantasmé pour une réalité que je ne qualifierai pas de « décevante », ça irait contre tous mes principes, mais bien au contraire, une réalité beaucoup plus riche parce que pleine de ces petites incohérences, de ces surprises qui nous permettent à travers l’autre de nous découvrir nous-même. Comme si faire un pas vers l’autre, c’était faire un pas vers soi. S’ouvrir et apprendre.

M’enfin, ne nous lançons pas ici dans un charabia philosophico psychologique… je ne veux pas risquer la polémique !

Gaïa, Déesse de la fertilité, la terre faite femme.

Tout ça pour dire que chacun d’entre nous va avoir ses propres critères, et ils sont infinis. Cependant, il reste des valeurs sûres. Des emblèmes indiscutables de ce qui fait d’un corps, un corps. Après bien sûr, on peut parler de taille ou de couleur, ou encore de forme. N’empêche que… un sein, par exemple, reste toujours un sein. Objet de fascination depuis que le monde est monde, ou plutôt depuis que la femme est femme. Je rappelle ici la première représentation de la femme, qui à l’origine n’était que formes, formes remarquables. Et que remarque-t-on justement ?

Outre les seins (qui ont déjà fait l’objet d’un précédent article sur le blog du Lapin aux Yeux Rouges : http://akaimenousagi.yagg.com/2011/03/02/les-seins/), ce qui nous saute aux yeux ici, ce sont les fesses. Je me suis engagée auprès de certaines d’entre vous à en faire un jour un article : le voilà.

Les fesses. Vaste territoire…

Je tiens à m’excuser par avance auprès de ceux (ou celles) qui s’attendraient à une généralisation de la fesse tant masculine que féminine… j’ai bien trop peu d’expérience en l’une pour me permettre un tel amalgame. Je me contenterai donc de parler de cet attribut percutant du beau sexe.

Les fesses n’ont que deux tétons à envier aux seins (oui, désolée, c’est ce qui s’appelle une obsession).

Elles réveillent nos instincts primaires, primitifs, j’ai envie de dire. Un besoin de saisir, d’attraper, de… prendre. Jamais la polysémie du français n’aura été plus pertinente : prendre à main nue et s’approprier cette exploration sensorielle comme on est tenté de vouloir respirer une fleur, naturellement ; mais aussi « prendre » (et là, je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’illustrer mes propos).

Une grande vérité

Mettons-nous en situation.

Première situation : assise à la terrasse d’un café, regarder passer les filles dans une rue commerçante relativement bondée. Soyons honnêtes, notre regard n’a pas 36 000 points d’ancrage ! Les seins (on l’aura compris) ou les fesses sont les figures de proue du corps féminin. Bon, certes, il faudrait inventer la « figure de poupe » pour l’objet de cet article, n’empêche que voilà, à moins d’être momentanément distraite, dans ce défilé anonyme, par les couleurs extravagantes d’une mamie anglaise associant les pois, les rayures et les fleurs, les fesses des fifilles attirent immanquablement le regard.

Seconde situation (plus intimiste) : au lit avec l’élue de notre cœur, ou du moins celle du moment. Elle dort. Vous non. C’est l’été, il fait chaud. Il n’y a qu’un drap entre votre regard et sa peau. Elle vous tourne le dos, vous exposant ainsi malgré elle cette majestueuse partie de son anatomie. Résistez-vous à la tentation suprême de faire glisser délicatement le drap pour observer tout votre soul la nudité transcendantale de ses fesses… risquant peut-être d’y laisser courir votre main avide ?

Préférez-vous voir par-delà le drap, faisant appel à votre mémoire visuelle et tactile (oserais-je « gustative » ?) pour faire bouillir en vous ce désir primitif ?

Qu’importe. Nous conviendrons je pense que le même feu nous habite lorsqu’il est question de fesse. Tendre caresse ou fessée ritualisée, la dimension sexuelle, érotique, de ces doubles sphères incarnées est indéniable.

Comme pour les seins, il y a une esthétique de la fesse qui évolue au fil des siècles. Regrettons-nous (ou pas) l’époque des fesses monumentales de Gaïa ?

Rubens, « La toilette de Vénus »

 

 

 

 

Ou celle de la générosité renaissante (je suis, pour ma part, une convaincue de la rondeur) ?

 

 

 

 

Ou encore, nous adaptons-nous à la norme sculptée actuellement par la mode (et photoshop) ?

Une émouvante inconnue

Quelle que soit la paire de fesses qui nous correspond, nous sommes fervents disciples de ce culte de chair. Pour ma part, la promesse de ce truculent atour métaphysique suffirait à me réveiller d’entre les morts, et telle un Lazare converti en lesbienne, je me lèverais et marcherais vers mon voluptueux destin (sans même la moindre intervention christique) !

Je voudrais laisser cet article ouvert à toute suggestion, remarque, réflexion, susceptible d’étayer la gloire de la fesse. Je vous fais confiance pour en appeler à vos souvenirs, vos impressions, vos fantasmes, vos convictions, et les partager ici.

 

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