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B.U.L.L.E.
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APPRENDS-MOI… (Ep. 11)

Avec quelques semaines de retard, voilà (enfin !) la suite et fin de cette sporadique nouvelle… Toutes mes excuses pour le délai : je vous avais prévenu(e)s que j’étais rouillée !!!

(previously)

Le voile léger des rideaux invite les lumières citadines de la nuit à pénétrer la chambre qui s’engourdit de nos ébats en veille. Il y a quelques minutes, ou était-ce quelques heures, nos corps secouaient cette soirée fébrile de décembre : de nos mouvements aveugles, prescients, passionnés, nous embuions les vitres nous occultant du reste du monde. Il y a quelques heures ou quelques minutes à peine, nous créions un monde, nouveau, notre.

Je ne sais pas si j’ai succombé aux mots doux du sommeil ou si je n’ai fait que somnoler, béate et comblée. A nos frénésies voluptueuses ont succédé de touchantes confessions. Dans l’intimité encore verte de nos effusions, arrivées à épuisement de nos ressources physiques, les paroles ont pris le relai, dans une bienveillante complicité qui aurait pu sembler séculaire.

Je me suis avouée sans pudeur, blessée mais entière, avide et curieuse de sa fascinante personne. Elle s’est révélée, nouvellement forte et fière, se remettant tristement du moignon cruel de l’abandon. Sa précédente compagne l’ayant quittée sans prévenir alors qu’elles étaient supposées agrandir la famille une troisième fois, elle s’était retrouvée seule, humiliée, acculée par ses responsabilités et ses obligations familiales justement au moment de sa « promotion » professionnelle.

Son émotion, encore bien vive lors de ces aveux, faisait vibrer sa voix et trembler ses lèvres. Je n’ai pu retenir mes étreintes les plus tendres. Mais mon inspectrice, fidèle à son impertinence, en souriait de plus belle. Et Dieu qu’elle était belle ! Son sourire, même triste, surtout triste, vrillait mes chairs thoraciques, mâchait mes os, ratissait ma peau en stridences frissonnées. Alors, nous avons fait l’amour à nouveau, dans la fulgurance de nos faims, nous exposant aux souffles, aux gestes, aux cris, aux regards de l’autre.

Tout ce que je vois à cet instant, ce sont les ombres nocturnes, calmes et irrégulières, qui glissent sur la toile lisse du mur à chaque passage de voiture. L’air est encore saturé de nos odeurs, mêlées, embrassées, qui s’accordent au silence sourd du double vitrage et à l’ambiance encore chaude de nos draps froissés pour embaumer l’air du parfum, clair et apaisé du désir.

Au creux de mon épaule, ouverte et fière, Violette repose. Sa respiration quasi inaudible vient caresser la peau nue et offerte de mon sein. A mon flanc, je sens son cœur battre, lourd et paisible. A moins que ce ne soit le mien ?

Lâchés, ses cheveux s’éparpillent sur moi, sur elle, sur le coton épais que je remonte sur son épaule fraîche. Mes doigts, délicatement, osent dans la confidence de la nuit jouer avec ses boucles brunes. Comme si j’avais besoin de ce contact supplémentaire pour confirmer, pour accepter l’exactitude du moment, sa pertinence, son authenticité surréaliste. Quelque part au fond de moi, une voix grave que j’imagine être celle d’Eluard, me déverse de ses vers purs et tendres, cassants et si crument vrais qu’ils déchirent les entrailles comme ils bercent.

L’amour est ainsi. Cru, beau, tranchant, immense, pur, complexe, exaltant, intempestif. Il y a trois jours, je me confondais en désir déroutant, brutal et irrépressible. Aujourd’hui, à l’instant où ce désir, satisfait pour l’heure, sait se taire pour laisser parler ma conscience, je suis tentée de poser de grands mots sur ces émotions bouleversantes de ces derniers jours.

Où est passé mon cynisme sentimental ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de moi, Violette Paulin ? A votre contact, je redeviens guimauve, princesse en détresse et chevalier servant, « Faible ! Faible ! Faible femme ! » comme dirait Figaro.

Je devrais sans doute m’affoler de cette rechute, je devrais me protéger, réfléchir. Cette femme, merveilleuse, fière, tendre et sensuelle, cette femme si terriblement attirante est mère. La légèreté et l’inconséquence ne sont pas une option.

L’espace d’une seconde, je me projette dans un quotidien hypothétique : Violette, moi, et ces deux petits garçons aux visages radieux que je n’ai pas manqué d’observer sur bon nombre de photos un peu partout dans l’appartement. Si je ne m’étais jamais posé de question sur une éventuelle vie de famille, je suis impressionnée de voir à quel point mon imagination est brusquement fertile, cette nuit.

Sans quasiment rien savoir d’eux, et sans en éprouver le moindre vertige, je les vois déjà évoluer autour de nous. J’imagine leurs habitudes, j’anticipe leurs questions, leurs réactions, j’espère une complicité que je modère déjà, redoutant le statut de « belle-mère », avant de conclure sur une certitude : il n’y a rien que je ne sois prête à assumer pour une vie avec Violette.

Une étreinte ensommeillée de celle-ci me ramène sur Terre. Je ne peux réprimer un sourire : il n’y a sans doute rien de plus « lesbien » que de s’imaginer vivre avec quelqu’une après une seule et unique nuit passée ensemble !

L’insomnie prophétique n’est plus de rigueur et je m’endors enfin, bercée par la certitude simple et bienheureuse de me réveiller à ses côtés demain.

Je ne saurai dire qui du soleil ou du bruit léger du verre qui s’entrechoque m’aura tiré de mon sommeil. Avant même d’ouvrir les paupières, je lance mon bras en quête du corps chaud de mon amante, la tête encore toute engourdie de notre nuit tendre et passionnée. Ma main cherche en vain, sous et sur les draps. Déçue, j’ouvre péniblement les yeux pour constater tristement que je suis seule, bien trop seule dans ce grand lit !

Le grognement de mécontentement qui m’échappe est stoppé net par le son léger des pas de Violette sur le parquet. Du bout du pied, elle ouvre la porte et s’avance dans la chambre, les bras chargés d’un merveilleux plateau petit-déjeuner. Voyant ma tête émerger de la couette, elle me lance en souriant : « Déjà réveillée, petite marmotte ?

– Groumpf…

– J’espère que je n’ai pas fait trop de bruit, me dit-elle en déposant délicatement le plateau sur le chevet, de mon côté du lit. C’était trop dur de rester couchée à côté de toi et de te laisser dormir… J’ai bien failli te sauter dessus de bon matin », me confie-t-elle en riant.

Son rire et son petit air mutin me chavirent et comme elle vient s’asseoir auprès de moi, j’attire son corps contre le mien. Conciliante, elle s’allonge tout contre moi et m’enlace. L’odeur du café et du pain grillé titille mes narines, mais qu’importe à mes mains qui déjà s’aventurent sous le voile diaphane de son peignoir ? Qu’importe à ma peau qui brûle à nouveau de la sienne, retrouvée ? Qu’importe à ces milliers de lames, aiguisées de désir, nourries de ses moires, qui encore une fois pénètrent mes chairs offertes, mon âme assujettie, mon cœur tonitruant ?

Le café et le pain seront froids.

Sans trembler, ma main impudique vient tirer sur le cordon qui maintient les pans de son peignoir et, d’un geste lent et si terriblement maîtrisé, elle laisse glisser le fin tissu sur sa peau soyeuse. Le spectacle est d’une sensualité affolante. Ses épaules d’abord, puis ses seins et enfin la plaine suave de son ventre se révèlent à moi dans la lumière étrangement chaude d’un matin de décembre.

« Hum… Bonjour », dis-je à cette sublime vision qui me surplombe à califourchon. Comme mu par mon seul désir, mon corps se soulève jusqu’à ce que mes lèvres effleurent la peau constellée de sa poitrine. « Bonjour », répète doucement ma bouche à son sein gauche, avant d’y déposer un baiser. « Bonjour », s’empresse-t-elle d’ajouter à l’aréole de son sein droit. Et un nouveau baiser vient rééquilibrer les civilités. Enfin, mes lèvres se hissent vers les siennes dans un dernier élan de politesse. Elles laissent s’échapper un ultime « Bonjour », à peine murmuré cette fois, avant que nos langues n’entreprennent de se présenter leurs respects.

Dans les yeux de Violette, le désir se fait incandescent. Il en serait presque douloureux. Mes mains la parcourent, tantôt subtiles, tantôt fermes. Elles caressent, elles affleurent, elle pétrissent et ondulent son corps sur toutes les gammes du plaisir.

Je n’aurai sans doute pas la prétention de croire que je peux anticiper l’avenir sur l’échelle d’une éternité, les « toujours » et les « jamais » ne sont pas des mots à la portée des mortels. Mais ce que la vie me réserve pour les prochaines heures… J’aime.

Fin

http://fineartamerica.com/featured/lesbian-sketches-1-gordon-punt.html

Lesbian sketch, by Gordon Punt

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APPRENDS-MOI… (ep. 5)

(previously)

La salle du restaurant est étonnamment paisible compte tenu de l’heure. Jamais je n’aurais su trouver un coin pareil et pourtant, cela va faire deux ans que j’enseigne dans cette maudite ville. J’ai écumé tous les points de ravitaillement autour de mon établissement en quête d’un lieu tranquille pour avoir une vraie coupure entre midi et deux, mais jamais je ne serais allée aussi loin, ni dans cette petite ruelle improbable.

En acceptant de déjeuner avec elle, j’espérais que mon inspectrice ne se contenterait pas d’un repas à la cantine. C’est elle même qui, alors que nous nous engagions dans le couloir tout à l’heure, m’a proposé cette bienheureuse alternative. Soulagée de ne pas avoir à affronter les élucubrations culinaires de notre néanmoins sympathique équipe du réfectoire, ni le brouhaha indigeste de l’immense salle bondée, j’ai acquiescé à sa première proposition : un modeste italien à quelques minutes de là.

Il nous a bien fallu un petit quart d’heure de marche pour arriver dans ledit italien. Un quart d’heure pendant lequel aucune de nous n’a osé dire mot. Nous avons cheminé l’une à côté de l’autre, croisant nos regards à chaque intersection, à chaque contournement d’individu venant en sens contraire ou borne obstruant le trottoir, et à chaque arrêt ou ralentissement, l’une de nous esquissait un geste vers l’autre, comme pour éviter de nous perdre. A mesure de notre progression, je constatais que nous nous rapprochions subrepticement. Son pas était régulier et s’accordait au mien. J’imaginais stupidement sa main dans la mienne, non sans me morigéner aussitôt. Je n’avais pas faim. Je ne voulais pas arriver à destination. Je voulais marcher encore, avec elle à mes côtés. J’aurais voulu lui parler, mais qu’aurais-je pu lui dire qui soit plus subtil que ce silence complice entre nous ? Un silence traître. Un silence plein d’espoir.

Il m’a semblé reconnaître une sorte de déception dans son regard quand elle s’est arrêtée aux portes du restaurant. Nous nous sommes installées, toujours en silence, mais non sans sourire courtoisement à notre serveuse. Celle-ci la connaissait, vraisemblablement, ou du moins, se souvenait d’un de ses précédents passages. Evidemment, comment l’oublier ?

Pendant une seconde, mon estomac s’est noué. Mon radar, pourtant complètement obnubilé par mon escorte, s’est emballé à la vue de notre hôtesse. Son look, sensiblement androgyne, n’en disait pas autant que ce petit air approbateur qu’elle a partagé avec mon inspectrice, son regard allant d’elle à moi, de moi à elle, dans un sourire croissant. Je ne saurai dire ce qu’elle approuvait : ma modeste personne ? Le couple que nous formions ? Le défi que je représentais dans son désir de conquérir les faveurs de Mme Paulin ? Un instant, je me suis sentie troublée. Je ne me suis jamais estimée de taille à lutter contre ces demoiselles aux dents longues, qui d’un seul regard assujettissent des peuples entiers.

Amère et surprise par la violence de ma réaction, je me suis relevée aussitôt, m’excusant auprès de Violette, invoquant l’impératif lavage de mains avant manger. Délaissant immédiatement les regards peut-être complices de notre serveuse, elle s’est proposée de m’accompagner, m’emboîtant tout de suite le pas.

Les toilettes offrent un espace exigu et pour accéder en même temps au lavabo, nos épaules n’avaient d’autre choix que de se frôler. La minute était délicieuse mais si intense que j’avais l’impression qu’elle pouvait entendre les battements de mon coeur sourdre en échos affolés à travers la minuscule pièce. A plusieurs reprises, nos doigts se sont rencontrés dans la sensualité humide et enivrante de nos ablutions. Peut-être l’ai-je fait un peu exprès… et sans doute elle aussi.

Nous venons juste de regagner nos places et mes jambes, qui fort heureusement n’ont plus à me porter, se sont mises à trembler. Sous la table, je sens son pied rejoindre le mien, sans ambition apparente. Dès lors qu’il accoste ma chaussure, il reste là, immobile, serein, comme s’il était à sa place. Paradoxalement, sa présence apaise d’emblée mes tremblements.

La serveuse revient à la charge, nous gratifiant de ses plus beaux sourires. Elle nous tend les cartes que nous survolons distraitement. Comme elle reste plantée là, nous choisissons rapidement, replions les cartes et les lui rendons dans un poli « merci » entonné de concert. J’attends que nous ayons retrouvé notre intimité pour lancer un courageux :

« Alors ?

– Alors… Hum. Je suppose que vous voulez parler de votre prestation de tout à l’heure…

– Je ne sais pas si on peut parler de prestation, dis-je en souriant, surtout si c’était si désastreux !

– D’accord, alors soyons sérieuses quelques minutes ».

Son regard plonge dans le mien et me traverse. Je sens cette douce chaleur partout autour et à l’intérieur de moi, qui irradie et s’amplifie, qui m’enveloppe et me protège tendrement. Pourtant, je ne me suis jamais sentie autant en danger… Comme je reste suspendue à ses lèvres, elle poursuit :

« Je pense que vous savez très bien que ça n’était pas si désastreux. Sur un plan humain, vous savez captiver les foules ». Ses yeux quittent les miens pour se concentrer sur ses doigts qui tordent sa serviette sur la table. Elle réprime un sourire, inspire et reprend :

« Sur un plan méthodologique, étant donné la séance en question, je n’ai pas grand chose à dire non plus. Nos directives sont d’insister sur la diversité des supports et, vu le plan de séquence et les infos que vous m’avez fournies, je sais que vous n’êtes pas à la traîne…  »

Au fur et à mesure de son discours, je me détends un peu. J’écoute presque attentivement ses réflexions et constate avec un certain plaisir que, même si elle modère ses éloges, l’inspectrice académique en elle n’a pas relevé d’entorse majeure aux pratiques règlementaires de l’enseignement des Lettres dans mon cours. Je ne réalise le silence que lorsque ses lèvres cessent de bouger depuis trop longtemps à mon sens. Le charme est rompu. Je dois dire quelque chose.

Je rassemble mes esprits et me laisse gagner par une bouffée de fierté de rigueur :

« En gros, selon vous, je fais l’affaire…

– Et quelle affaire… »

Elle a prononcé ces mots si faiblement que je les ai lus sur ses lèvres plus que je ne les ai véritablement entendus. C’est le moment que choisit la serveuse pour nous apporter nos plats. Elle les dépose sous nos regards confus et annonce triomphalement le contenu de nos assiettes. Devant notre manque de réactivité à l’égard des plats, elle s’éclipse encore trop lentement à mon goût.

Je brûle de lui demander pourquoi ce déjeuner, mais je me dis qu’il serait bas de ma part de l’acculer ainsi. Je ne veux pas me faire passer pour plus idiote que je ne suis… ou pire, plus désespérée. Entre nous, la tension devient palpable. Nos repas laissent s’échapper quelques salves de fumée et pendant une seconde, l’image d’une scène de duel dans un vieux western jaillit et manque de me faire exploser de rire.

« Si c’est tout ce que vous aviez à me dire, je suppose que nous pouvons manger tranquilles. Merci en tout cas. Je ne pouvais pas rêver d’une meilleure inspection.

– A croire que je ne suis pas un monstre finalement… Même avec vous. »

Je dois mordre mes lèvres pour retenir une réplique un peu trop audacieuse. Surtout, ne pas succomber à la provocation. Je me contente d’un sourire entendu.

L’ambiance s’apaise légèrement et nous nous saisissons de nos couverts. Comment vais-je pouvoir avaler quoi que ce soit ?

Pendant le repas, qui me surprend agréablement en saveur mais que mon estomac noué ne peut ingurgiter que partiellement, nous échangeons courtoisement sur nos expériences professionnelles, que nous ponctuons chacune de petits indices personnels. Au fil de la conversation, j’apprends ainsi qu’elle a enseigné une quinzaine d’années avant d’obtenir, il y a deux ans, son poste d’inspectrice académique. J’en conclus qu’elle a effectivement dans les quarante ans. Elle est bretonne, très attachée à ses origines (comme tout breton) mais elle a migré dans le Sud, visiblement pour fuir quelque chose. Elle vit en ville depuis deux ans, mais rêve de s’en éloigner mais « avec les enfants, l’école, tout ça, ça n’est pas envisageable dans l’immédiat ». Des enfants ?!

Je vois bien qu’elle guette ma réaction en prononçant ces mots, mais si je suis surprise, ça n’est qu’agréablement. Je me contente donc d’acquiescer en souriant à son propos et m’enquière de l’âge et des noms desdits bambins.

« Charles a six ans et Loris, bientôt dix.

– C’est mignon, dis-je. Et… ont-ils un père ? »

J’ai l’impression de marcher sur des oeufs. Décidément, cette femme me plaît et la savoir mère me la rend plus intéressante encore. Mais s’il s’agissait d’une femme heureuse en ménage avec son cher mari (bien que tout dans son comportement avec moi indique le contraire), ce serait la fin des haricots. A l’évocation de cet éventuel papa, un voile triste passe devant son regard, sans s’y attarder.

« Ils n’en ont plus, non. Mais ils vous diraient que je suis bien assez casse-pieds pour deux ! »

Je ne sais que penser de cette réponse et je suis presque soulagée lorsque la serveuse vient débarrasser notre couvert. Je veux poursuivre la conversation, je voudrais parler avec elle toute la journée, l’abreuver de questions… Mais surtout je voudrais prendre sa main. Je la contemple, abandonnée sur la nappe blanche, nue et immobile. Mon esprit, insolemment frivole, imagine la suavité d’une caresse sur cette main, de ma paume la recouvrant puis glissant sur elle jusqu’à ce que mes doigts s’entrelacent aux siens. Et mes lèvres sur cette peau tendre et délicate…

Déclinant toutes deux le dessert, nous ne refusons pas le café. Comme j’hésite à poursuivre sur ce terrain personnel, elle s’excuse et se lève gracieusement pour se diriger vers les toilettes. Pendant une seconde, j’ai envie de la suivre juste pour le plaisir de me retrouver à nouveau dans l’exigüité de la pièce à ses côtés… et qui sait ?

Mais non. Je suis raisonnable et je profite de ces précieuses minutes pour faire le point. Même si je suis loin d’avoir tendance à draguer tout ce qui bouge, je sais que nous flirtons et je sais que j’en veux plus. Pourtant, une petite alarme intérieure m’interpelle. Elle a des enfants. Je n’avais jamais désiré de femme-mère auparavant. Quelque part, je trouve ça complètement sain. Elle est une femme dans tout ce qu’il y a de plus complexe, beau, substantiel et… attirant. Oui, mais elle a des enfants. Si ça la rend encore plus sexy à mes yeux, je me dis que je dois faire attention. Je n’ai pas pour habitude de prendre les femmes à la légère, mais avec elle, je ne veux m’autoriser aucun faux pas, aucune légèreté. Je ne sais pas ce qu’elle attend. Peut-être rien ou pas grand chose. Peut-être que justement, elle ne souhaite qu’une rencontre ponctuelle, sans prise de tête.

J’essaie de me faire à l’idée de n’être qu’une friandise sexuelle de passage… Je n’aurais rien contre, évidemment, mais j’ai du mal à envisager d’être repue d’elle en une seule fois. C’est drôle de penser au désir, drôle de dériver sur des images, des envies, et se laisser glisser sur des torrents de passion. Qu’est-ce que la passion ? Le désir ? L’amour ?

Je n’ai plus quinze ou vingt ans. Ma vie sentimentale, chaotique malgré des relations essentiellement longues, m’aura au moins appris à être circonspecte en matière de désir. Pourtant je m’étonne encore de ses ravages. Une femme me trouble et toute cette soi-disant expérience est remise en question. Si je n’y prends pas garde, bientôt je vais parler de coup de foudre !

Elle réapparait dans la salle au moment où on nous dépose les cafés.

Non, un coup de foudre, lui, a au moins la décence d’être suffisamment désagréable pour ne pas qu’on ait envie d’y regoûter. Or, là, je ne me lasse pas de la regarder. J’en veux plus, incontestablement.

Et la bougresse a pris les devant : je note avec gourmandise qu’elle a accentué son décolleté en ouvrant un bouton supplémentaire. Sa gorge trahit maintenant la naissance irrésistible d’un sillon subtilement creusé entre ses seins. Je tente de maîtriser les réactions instinctives de mon corps. Une nouvelle fois, mes propres tétons se manifestent ostensiblement, se contractant sous la houle de désir qui vient s’échouer en vagues chaudes et humides entre mes cuisses. Je réprime à grand peine un grognement primaire et m’efforce de détacher mes yeux de cette diabolique tentation. Pendant une seconde, je ris sous cape : je veux être Eve condamnant l’humanité à son triste sort si je peux succomber au péché de ces pommes-là.*

Je ne sais si c’est à cause de son audace poitrinaire, mais ses joues rosissent quand elle plonge à nouveau son regard dans le mien. C’est irrésistible. Pourtant, il faut résister !

Nous buvons notre café en essayant de meubler le silence par un échange amical, insidieusement entrecoupé de regards lourds de sens.

Quand on nous apporte l’addition, nos mains se rejoignent au-dessus de la coupelle. Elles s’arrêtent à quelques millimètres à peine l’une de l’autre puis se trouvent, feignant l’innocence d’un mouvement involontaire. Ses doigts caressent les miens avec une délicatesse insupportable et j’ai l’impression d’être une statue de cristal que l’on vient de briser, n’attendant qu’un souffle pour m’éparpiller à travers la pièce.

« Maëlle ? »

Sa voix est rauque, ses yeux ne quittent pas nos doigts. Quelque part, tout au fond de moi, un géant de chair est en train d’essorer mes organes. Je suis incapable de parler. Ma gorge laisse s’échapper un « hum » interrogatif. Je suis suspendue à ses lèvres une fois de plus. J’ai tellement envie de l’embrasser que ça doit ressortir en lettres de feu sur mes joues. Les flammes brûlent et consument mes oreilles et la pointe de mes seins, mais sous ses doigts, la chaleur est d’une douceur indicible.

D’un raclement de gorge, elle se reprend se précipite dans un « Non, rien… », terriblement frustrant.

Comme répondant à un influx nerveux indépendant de mon cerveau, ma main saisit la sienne, interrompant les frôlements délicieux de ses doigts. Le contact est superbement charnel, d’une sensualité à couper le souffle. Ses doigts se referment sur les miens dans un abandon délicieux.

Mais quand son regard croise à nouveau le mien, j’y lis une peur brutale et une sorte de douleur bien trop vive pour que je n’en tienne pas compte. Une claque ne m’aurait pas fait plus mal. A regret, je libère sa main aussitôt et me lève en disant :

« Il faut y aller. On peut payer au comptoir. »

Elle se lève à son tour et me suit sans hâte. A peine sommes-nous sorties du restaurant que je sens sa main agripper l’extrémité de ma manche.

« Merci, me dit-elle en me regardant avec une intensité insoutenable.

– Ah… euh… merci à vous, pour le débrieffing.

– Non, je veux dire… Enfin… Merci. »

Je ne sais pas si je comprends bien de quoi elle me remercie, mais je décide de ne pas faire durer cette seconde qui semble toujours pénible pour elle. Je tente de faire le vide dans ma tête et oriente mes pas vers le lycée. Elle me talonne.

Nous n’avons pas fait 200 mètres quand à nouveau, elle attrape le bout de ma manche. Je m’arrête tout net et l’interroge du regard, l’estomac vrillé par le désir… et une tristesse amère, violente. D’une petite voix, elle me dit :

« Je vais continuer par là, j’habite deux rues plus bas.

– Oh… Dans ce cas… »

Je tente de cacher ma déception, sans grand succès je le crains et lui tends ma main en guise d’au revoir. S’apercevant de ma déconvenue, elle me sourit avec toute la bienveillance du monde. Retenant soudain l’élan de sa main qui s’apprêtait à saisir la mienne, elle la porte directement à ma joue, caressant de sa paume soyeuse ma peau incandescente.

Confuse, éberluée, je ne sais plus ce qui m’arrive ; je sais que mon regard en dit long, que je n’arrive pas à le détacher de ses lèvres, que mon coeur menace de faire exploser ma poitrine et que je suis totalement pétrifiée. De son pouce, elle vient jouer avec la fossette qui creuse alors ma joue bienheureuse. De sa main libre, elle vient attraper mon bras toujours naïvement tendu et le ramène jusqu’à sa taille. Ma main se pose tout naturellement sur sa hanche juste au moment où sa bouche vient chercher la mienne dans un baiser. Je sens sa poitrine s’écraser voluptueusement contre la mienne et quand mes lèvres s’ouvrent aux siennes, c’est sans la moindre pudeur, sans le plus infime compromis. Elle s’abandonne à ce baiser d’autant plus délicieusement qu’elle en a été l’instigatrice et nos souffles s’emmêlent jusqu’à impliquer nos langues. L’intimité que nous nous avouons alors et le désir qui transpire de notre étreinte nous entraînent pendant quelques secondes encore aux frontières du plaisir.

Quand sa main curieuse vient s’immiscer entre nos ventres pour remonter jusqu’à mes seins, je sursaute au passage de ses doigts sur mon téton douloureux, rompant malencontreusement le contact de nos bouches.

Réalisant subitement qu’elle était sur le point de me toucher aussi impudiquement en pleine rue, elle bondit en arrière. Comme si mon corps ne tolérait pas cette brusque distance, j’esquisse un pas vers elle. Un pas qu’elle stoppe en maintenant mes épaules à distance de ses bras tendus. Son sourire et l’envie qui embrase ses yeux me laissent doublement insatisfaite. « Ô femme ! femme ! femme » dirait Figaro… Cruelle plus que décevante à cette minute !

« J’avais raison sur vous depuis le début, dis-je faussement fâchée, vous êtes dangereuse. Monstrueusement dangereuse.

– Pas autant que vous, je le crains », me répond-elle sur le même ton.

Faisant mine de s’éloigner à reculons, elle consulte sa montre et ajoute un très suspect : « Il faut que je file ».

Incrédule, je m’apprête à m’insurger quand, revenant sur ses pas, elle se saisit à nouveau de mon visage vulnérable, y dépose un baiser presque chaste cette fois, me sourit magnifiquement, m’embrasse bien plus langoureusement et profondément, puis plongeant son regard dans le mien, elle ose un : « Soyez sage, madame Costa ! »

Hors d’haleine, frustrée, impuissante, je la regarde s’éloigner d’un pas rapide.

 

(la suite ici)

 

* A la rédaction de ce paragraphe, ce fut THE REVELATION : Eve était lesbienne !!! Peut-être est-ce là l’origine de certains déchaînements haineux à l’encontre des homos… 😀 😀 😀

 

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APPRENDS-MOI… (ep. 4)

(previously)

 

Comme tout le monde est enfin installé, que les présentations avec « la dame qu’on ne connait pas dans la classe » sont faites et que l’appel a révélé un taux nul d’absentéisme (phénomène rare, mais pas exclu, la preuve !), le cours peut commencer.

C’est drôle… Je repense subitement à ma toute première heure devant une classe. Etant d’un naturel plutôt réservé, j’avais bien eu quelques secondes d’appréhension avant de prendre la parole devant mes ouailles de l’époque. Aujourd’hui encore, à chaque rentrée scolaire, la même tension (en version atténuée) me saisit les entrailles dans les premiers instants, comme si les vacances suffisaient à me faire perdre ma contenance et ma pertinence professorale. Mais dès que le cours commence, la tension disparaît… d’habitude.

« On reprend Le Mariage à la page 195 pour ceux qui ont la même édition que moi. Je vous avais demandé de réfléchir aux axes pour une lecture analytique. Des idées, quelqu’un ? »

Les mots sont là, les gestes aussi, la concentration n’est pas loin, mais le tout me paraît bien fragile… Surtout, ne pas la regarder. Elle s’est installée dans les rangs du milieu, à côté d’une élève solitaire. Sans doute pour lui demander de jeter un oeil à son classeur… Elle me regarde, je le devine. J’essaie de rester focalisée sur mes élèves qui, adorables, m’offrent une forêt de mains tendues. Le cours s’anime, je peux enfin rentrer dans mon personnage.

Comme à mon habitude, j’arpente la salle de façon aléatoire au gré des remarques sur le monologue. Les jeunes ont travaillé, j’en suis assez fière. En deux temps trois mouvements, le plan du commentaire est fixé et nous entamons la construction d’une introduction type, en préparation du Bac. Devant la réactivité de la classe, je me détends légèrement et pendant quelques secondes, j’en oublie sa présence dans la salle. Mon enthousiasme, débordant dès lors qu’on aborde le théâtre, prend le dessus et me voilà mimant d’une voix forte les élans pathétiques d’un Figaro au désespoir. Mes élèves, bon public, rient de bon coeur.

 » Je compte sur vous, le jour de l’oral, pour présenter à votre interlocuteur une lecture VIVANTE, dis-je en souriant à mon tour ».

Une seconde d’inattention… Il n’aura fallu qu’une malheureuse seconde pour que mon regard se pose sur son visage lumineux… Une seconde et je suis perdue. Elle me sourit aussi béatement que certains de mes élèves et mon coeur manque un battement… ou deux. Plus confuse encore que moi, je la vois se reporter à sa feuille, restée visiblement vierge de tout commentaire jusqu’à présent. Je m’inquiète. Il est d’usage que les inspecteurs académiques maculent leurs fiches de remarques en tous genres tout au long du cours afin de nous éclairer, à la fin de celui-ci, aussi bien sur nos faiblesses que sur nos points forts.

Je ne sais ce que je dois penser de la blancheur immaculée de sa feuille et visiblement, elle non plus. Sans relever son regard, elle se lance dans la rédaction hâtive de commentaires. Il me semble distinguer quelques couleurs affolantes sur ses joues mais je sais que les miennes n’ont rien à leur envier. Il ne reste que quelques minutes de cours mais je dois me reprendre. Fort heureusement, certains de mes élèves saisissent au vol ces secondes de mutisme pour m’interroger sur les modalités de leur oral à venir.

J’en suis à annoncer les devoirs (sans le moindre succès cette fois, je le crains), quand la cloche retentit. Une part de moi se sent miraculeusement libérée d’un fardeau sans nom : le procès touche à sa fin, les délibérations vont tomber, les jeux sont faits. C’est fini. Pourtant, la douce chaleur qui tiraille mon bas-ventre depuis deux heures maintenant se mue en crainte… La crainte de la voir partir. Etrangement, j’aurais l’impression de perdre quelque chose que je ne connais pas encore mais qui m’est déjà indispensable. Les voies du désir sont impénétrables… Quoi que…

Hum.

Mes élèves quittent la salle avec un peu plus de précipitation que les précédents : c’est l’heure du déjeuner. Malgré l’appel de leurs estomacs, certaines élèves ne faillissent pas à leurs habitudes et viennent discuter avec moi à la fin du cours. J’ai bien du mal à être aussi attentive que de coutume. Mon regard ne peut se détacher de… Violette. Elle range ses stylos dans sa sacoche, coince sa feuille sous les rabats de sa pochette et s’apprête à quitter sa chaise. Voyant le petit troupeau autour de mon bureau, elle me sourit gentiment. Je me sens défaillir.

« Vous n’avez pas faim les filles ? Je serai encore là demain, vous savez… »

En riant, mes ouailles m’abandonnent non sans m’avoir souhaité un bon appétit et m’avoir gratifiée d’un traînant « Au revoir madaaaaame ». Réalisant que je ne suis pas la seule adulte dans la pièce, elles se retournent pour répéter leur au revoir et sortent en gloussant.

La salle est vide mais le bruit du couloir est assourdissant. Entre mon inspectrice et moi, le silence se fait pesant. D’un pas mal assuré, je vais fermer la porte pendant qu’elle me rejoint devant mon bureau. Elle ne me regarde pas, ne dit pas un mot. A l’intérieur, je bouillonne. J’ai envie de la toucher. Pas forcément de la caresser, juste de poser ma main sur son épaule ou sur sa hanche… ou encore de faire glisser derrière son oreille cette mèche rebelle qui aiguise mon désir par je ne sais quel enchantement. Une sorte d’érotisme capillaire insoutenable.

N’y tenant plus, et à défaut de la toucher, je me lance :

« Alors ?

– Alors… »

Sa voix se brise… à peine plus audible qu’un souffle. Son attention ne se détache pas de ses chaussures. Je suis suspendue à ses lèvres – Raaaaaah ses lèvres… un chef d’oeuvre de chair et de couleur, la tentation incarnée ! – et j’arrête de respirer. Soudainement, elle se redresse, comme si elle avait enfin trouvé quoi dire. Elle racle sa gorge, relève son menton et ses yeux trouvent enfin les miens. Ils sont si purs, si francs dans leur expression que j’ai l’impression de me prendre une claque en pleine figure. Une claque d’une douceur extrême, une douceur percutante.

 » Alors ça ne va pas du tout », m’affirme-t-elle. « Il y a tellement à dire que je ne sais pas par quoi commencer ».

Le souffle finit par me manquer. Je rougis dangereusement et une foule de questions dansent la tecktonik dans ma tête. Mais avant que je ne me décompose complètement sous ses yeux, elle se fend dans un sourire et, se raclant la gorge à nouveau comme pour se redonner du courage, elle poursuit : « Il y a tellement à dire que… nous devrions probablement en parler en mangeant ».

Boum boum, boum boum, boum boum… Si mes voies respiratoires sont hors service, ma pompe sanguine, elle, fonctionne à plein régime ! Je suis bien trop éberluée pour répondre quoi que ce soit d’intelligible. Je me contente d’un modeste « Hum » chevrotant. Brusquement, c’est comme si toute l’assurance qu’elle avait dû convoquer pour fixer la sentence s’envolait. Dans ses yeux, brillants d’impertinence une seconde plus tôt, un éclair lucide de défiance. Son corps tout entier se tend et sa mèche aguicheuse vient obstruer cette vue troublée.

A nouveau, le désir cruel de venir replacer ses cheveux de ma main innocente me tord les tripes. Mon regard se bloque sur cette liane bouclée et soyeuse alors que mon écran mental fait défiler au ralenti le film de ce que pourrait être cette seconde bénie de sensualité. Lisant dans mes pensées, visiblement trop explicites, elle me devance dans ce geste (que je n’aurais sans doute jamais osé) et relève son regard vers moi, laissant à mes doigts ambitieux le goût amer du regret.

Comme ses yeux m’interrogent encore, je demande :

« C’était si dramatique que ça ?

– Pire. »

La réponse est sans équivoque mais le ton de sa voix et son expression me bouleversent d’une tout autre manière. Je ne sais absolument pas ce qu’il se joue entre nous à ce moment-là, ou du moins, je n’ose ni y croire, ni l’espérer. Je me surprends à réaliser que mes préoccupations ne sont plus du tout d’ordre professionnel. Résignée, tremblante, rougissante, je boucle mon sac et lui désigne la porte. Me risquant à un sourire timide, j’ose, d’une voix que je veux assurée :

« Dans ce cas, allons manger ».

 

(next)

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APPRENDS-MOI… (ep. 3)

(previously)

 

En regagnant ma classe, je ne peux m’empêcher de penser à ce regard. Ses yeux sont d’un brun chaud, presque noir, et leur ovale délicat s’étire subtilement en amande, juste assez pour piquer ma curiosité sur ses origines. Quand elle souriait tout à l’heure, on distinguait de toutes petites rides qui subliment insolemment son charme, comme si le temps était son allié dans l’art ultime de la séduction. Sans doute n’est-ce pas un fait exprès… Ce qui est d’autant plus plaisant !

A la simple pensée de son regard posé à nouveau sur moi, je…

– Madaaaaaaaame ! On est en 302 !

– Et ?

– Elle est là la 302. Vous allez où ?

Sans commentaire.

Rentrer en classe, faire en sorte que tout le monde s’installe dans le calme, sortir mes affaires, faire l’appel, vérifier le travail… La routine reprend son droit, fort heureusement. L’imminence des vacances rend les classes plus agitées que d’ordinaire. L’attention se fait rare… Mais aujourd’hui, je ne peux décemment pas les blâmer. J’ai bien du mal à rester concentrée sur mon cours.

Quand la sonnerie retentit, j’atterris enfin.

Argh ! C’est maintenant !  Et elle est là. Elle apparaît dans l’embrasure dès que la porte s’ouvre sur mes élèves nonchalants. Etrangement, je n’ai pas envie qu’ils partent. Je voudrais qu’ils restent encore un peu, juste un peu. Je ne suis pas prête !

Comment diable pourrais-je dire quoi que ce soit d’intelligent quand elle me regarde avec ces yeux-là ?

Mais la classe se vide et je dois me ressaisir. Je l’invite à entrer dans la salle d’un geste de la main tout en demandant une minute de patience à la classe suivante, qui commence à s’entasser dans le couloir.

– Vous avez cours avec des premières L si j’ai bien compris.

– Oui, tenez, je vous ai préparé le plan de cours et ma progression. Vous pouvez consulter le cahier de texte en ligne… maintenant ou après ?

– Plus tard, rien ne presse.

Comme je lui tends le dossier que j’ai prévu pour elle, son regard plonge dans le mien. Son visage me paraît bien plus sérieux que tout à l’heure, très professionnel. Voilà qui devrait calmer mes ardeurs mais… j’avoue que ça m’excite encore plus. Je sens malgré moi cette douce tension qui se fait violente dans mon bas-ventre. Je refuse de laisser trop d’espace à ce désir importun, mais le contenir, c’est le rendre plus mordant encore. Il me faut d’urgence un moyen de relâcher la pression.

A court d’idée lumineuse, je me contente de lui sourire. Un sourire courageux ou vulnérable, un sourire contradictoire : aussi froid et chaud que possible. Un sourire de trêve, nécessaire au vu des circonstances.

L’expression qu’elle me renvoie alors manque de me faire vaciller. D’un seul coup, c’est comme si le masque professionnel qu’elle avait réussi à se composer volait en éclats. Eclat, c’est bien le mot ! Son visage explose dans un sourire atomique, le genre de sourire qui déclenche des extases et ses yeux… c’est comme si son regard avait pour effet immédiat de creuser à grands coups de pioche directement sous mes côtes.

L’instant est fugace et, entendant le remous des élèves impatients devant la porte, je la vois qui reprend contenance. Je ne peux m’empêcher de l’envier : pour ma part, je ne sais plus où j’habite. Je me racle la gorge, tortille mon marqueur entre mes mains en essayant de ne pas vérifier si mes seins se manifestent à nouveau, consciente que le moindre geste pourrait m’être fatal. En évitant de penser à la vague de désir qui sourd entre mes jambes, je reviens sur l’inspection (à défaut de fondre sur l’inspectrice) :

– Nous sommes en plein Mariage de Figaro. Aujourd’hui, on termine le commentaire sur le monologue de Figaro…

-« Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »*

– Oui, enfin… pas toujours, hein !

Son sérieux vacille, je la vois faiblir. Elle me concède un sourire presque timide. Ses joues rosissent légèrement et mon rythme cardiaque s’emballe. Ô faible ! faible ! faible femme que je suis…

Elle détourne son regard comme pour s’avouer vaincue… ou tenter de passer rapidement à autre chose. Mais en une simple et innocente question, c’est moi qu’elle piétine, qu’elle anéantit, qu’elle pulvérise sans scrupule :

– Hum. Et sinon, vous me voulez où ?

J’ai beau savoir que l’ambiguité de la question est une pure provocation, je ne peux m’empêcher d’y répondre en essayant d’y mettre autant d’aplomb que possible :

– Où vous voulez.

Elle valide ma réponse d’un petit hochement de tête et me renvoie un sourire timide, comme si brusquement elle réalisait l’impudence de notre échange.

– Je… je vais juste attendre que vos élèves s’installent, balbutie-t-elle en faisant mine de s’intéresser à mon dossier entre ses mains.

Ses mains… Je suis subitement hypnotisée par ses mains délicates. Comme le reste de sa personne, elles sont sans fioritures. Bronzée, leur peau fine laisse transparaître le relief sinueux de ses veines, sans excès, leur conférant une force tranquille. J’en viens à envier le sort bienheureux de mon dossier que ses mains effleurent, caressent, saisissent, ouvrent… Difficile de ne pas penser à la manière dont ses doigts me…

– Madaaaaaaaame, on peut rentrer ?

 

(next)

 

 

 

* »Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »: ce sont les premiers mots dudit Figaro dans le monologue de la scène 3 de l’acte V, dans l’oeuvre de Beaumarchais : Le Mariage de Figaro.

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APPRENDS-MOI… (ep. 2)

(Previously)

 

– Madaaaaaaaaame, c’est quand que vous nous rendez les copies ?

– Demandé comme ça ? Jamais.

Le plus frustrant, c’est de constater que l’élève syntaxcide* ne comprend pas pourquoi tant de haine…

Mais pourquoi ne sortent-ils pas ? C’est la récré qui vient de sonner ! Dans une minute, dix collègues me précéderont devant la machine à café, et aujourd’hui, je n’ai pas envie d’attendre. Aujourd’hui plus que jamais, j’ai BESOIN de ce café.

Quand j’entre en salle des profs, les visages se retournent sur moi et j’ai droit aux sourires compatissants des uns et des autres. J’ai l’impression de vivre mes dernières minutes avant une exécution publique.

– Hé, ça va hein, c’est juste une inspection, les gars ! J’en ai déjà eu avant et j’en aurai d’autres !

C’est qu’ils vont finir par me mettre la pression entre tous !

Une inspection, c’est un peu comme une visite chez le dentiste… Même quand tu te brosses bien les dents, tu n’es jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. Je me sens prête, autant qu’on peut l’être : mes cours sont faits, le cahier de texte est à jour, mes plans de séquences et ma progression sont quasi complets… et pourtant.

C’est une sorte de réflexe. Il faut un peu paniquer avant une inspection, parce que si on ne le fait pas, ça pourrait mal se passer !

– Ton inspectrice est arrivée ? me demande la coordinatrice de lettres pendant que je fais glisser tout ce qu’il reste de ma monnaie dans la machine à café.

– Aucune idée… Je ne sais même pas à quoi elle ressemble. C’est la nouvelle, apparemment. Paulin, je crois ?

– Ah oui, Paulin ! Enfin… nouvelle, ça fait plus d’un an qu’elle est sur le secteur. T’as de la chance, elle est sympa.

– Blablabla… Je n’écoute pas les « on dit ». Bon, d’habitude, on me prépare surtout au pire… Mais là, t’imagines ? Je vais être super déçue s’il s’avère que c’est un monstre !

Ma collègue esquisse un sourire qui brusquement se fige en grimace étonnée. Derrière moi, une voix chaude et inconnue me fait sursauter :

– Un monstre ? Pas aujourd’hui, mais pour vous, je peux peut-être faire une exception…

Non… Pitié. Ne me dites pas que…

– Maëlle, laisse-moi te présenter Violette Paulin, s’étrangle mon abominable collègue dans un fou-rire totalement inapproprié.

– Je suppose que vous êtes ma victime du jour ?

Cette voix… Un frisson me parcourt l’échine et comme je n’ose toujours pas lui faire face, la voilà qui se matérialise sur ma gauche.

– Maëlle Costa ? me demande-t-elle dans un sourire carnassier.

– Coupable…

J’adopte un air penaud en saisissant la main qu’elle me tend. Je devrais être mortifiée, mais son sourire m’en empêche.

Il y a des secondes qui passent au ralenti, des secondes qui échappent à notre contrôle et au rythme implacable du temps. C’est une seconde comme celle-là que je vis. Une seconde pendant laquelle elle m’observe et je la détaille. Une seconde pour la connaître. Je fais partie des personnes qui ont confiance en leur instinct, et il ne faut pas plus d’une seconde à mon instinct pour comprendre que cette femme est dangereuse. Est-elle belle ? Moche ? Grande ? Petite ? Grosse ? Maigre ?

En cette seconde, rien n’est clair… que cette certitude : elle est dangereuse. Est-ce un a priori ? Après tout, c’est mon inspectrice, elle est là pour… me remettre en question.

Pas d’affolement. Soyons sociable.

– Vous… vous êtes en avance.

– Oui, je sais. Ma première visite ce matin a été annulée, l’enseignant s’est fait porter pâle… Encore un qui a dû me prendre pour un monstre ! sourit-elle en remuant le couteau dans la plaie. Du coup, je me suis dit que je pourrais venir ici au plus vite. Ne vous inquiétez pas, je viendrai à onze heures dans votre classe, comme prévu. Je voulais juste profiter d’un de vos postes pour avancer sur mes rapports de la semaine.

– Je vais vous laisser mes codes d’accès. Je n’ai plus cours de la matinée, s’empresse de dire ma collègue.

Comme elles se dirigent toutes deux vers l’un des ordinateurs libres de notre espace de travail, je profite de cet instant pour mieux scruter ma tortionnaire en engloutissant mon café.

Difficile de deviner son âge… Je dirais qu’elle a un peu moins ou autour de quarante ans, assez bien faite de sa personne mais toutefois assez austère dans sa façon de s’habiller. Son tailleur pantalon bleu marine et sa chemise blanche, sans fioriture ni accessoire, lui confèrent une certaine classe, bien que l’aspect général soit un brin trop strict à mon goût. Ses cheveux sont ramassés dans un chignon anarchique. Plusieurs mèches bouclées s’en échappent et sont maintenues par une paire de lunettes à la monture noire et épaisse. Son maquillage est discret, naturel. Son visage ne nécessite pas de grands travaux de camouflage. Ses traits, à la fois fins et francs, laissent percevoir une sorte de douceur profonde dissimulée par des attitudes maîtrisées et ce masque social que nous nous imposons tous.

Oui, elle semble tout à fait à sa place dans son rôle d’inspectrice… Et pourtant, quelque chose m’interpelle.

Quand elle délaisse les explications de ma collègue pour porter son regard sur moi, je comprends tout à coup. Je n’ai aucune envie de l’associer à sa fonction. Ses yeux… En d’autres circonstances, j’aurais fondu sous ce regard insistant. D’ailleurs je…

NON ! Impossible. Ressaisis-toi nom de Dieu !

Sa victime… Sa proie… C’est bel et bien ce que je suis pour elle, professionnellement parlant, et rien d’autre !

Alors pourquoi me regarde-t-elle comme ça ? Il faut vraiment qu’elle arrête parce que je… pointe ?! Non mais c’est pas vrai !

Consternée, je ne peux que constater cette absurde vérité : mes seins impudiques trahissent ma confusion charnelle. Tout à coup, je tremble de relever la tête… Quand je croise à nouveau son regard, j’ai envie de m’enterrer. Elle sourit ! Elle a vu ! Elle a vu et elle sourit !

Je sens le rouge me monter aux joues et une vague de chaleur m’envahir alors que je croise mes bras pour essayer de cacher ma honte au reste du monde.

Diable.

Cette inspection est une tragédie. Je suis le jouet du Destin. Perchées dans leur Eternité, les Parques** s’acharnent sur moi, pauvre mortelle. Achevez-moi !

 

(next)

 

*Syntaxcide est une création verbale. Construit à partir du radical « syntax-« , relatif à la syntaxe (partie de la grammaire qui établit les règles sur l’ordre des mots dans la phrase en fonction du sens), et du suffixe « -cide » (qui tue ce qui constitue le radical). Le tout est un adjectif qualificatif qui désigne ici un élève tueur de syntaxe. C’est violent. C’est mal.

**Les Parques (du latin Parcae, provenant des mots parco, parcere, « épargner ») sont, dans la mythologie romaine, les divinités maîtresses de la destinée humaine, de la naissance à la mort. Elles sont généralement représentées comme des fileuses mesurant la vie des hommes et tranchant le destin. Elles sont le symbole de l’évolution de l’univers, du changement nécessaire qui commande aux rythmes de la vie et qui impose l’existence et la fatalité de la mort.

B'rêves d'écriture | Du jamais lu ! | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 14.10.2014 - 20 h 36 | 14 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (ep. 1)

Cette image n'a aucun rapport (direct) avec le texte. Derrière ce truc noir : la femme la plus belle du monde, la mienne. Vous comprendrez donc que je vous la dissimule, simple mesure de précaution. Moi, je sais.

Cette image n’a aucun rapport (direct) avec le texte. Derrière ce truc noir : la femme la plus belle du monde, la mienne. Vous comprendrez donc que je vous la dissimule, simple mesure de précaution. Moi, je sais.

Je ne sais pas encore ce que deviendront ces lignes… Soit les tribulations d’une modeste enseignante en littérature dans un lycée quelconque, soit ses affres sulfureuses et érotiques. Peut-être me contenterai-je d’anecdotes glanées au fil de mes journées, peut-être dériverai-je dans une fiction vaguement teintée d’authenticité… bien plus épicée que la « très sobre » réalité ! Quoi qu’il en soit, ça fait bien longtemps que je délaisse ce blog et l’envie me démange de m’y remettre, si le coeur vous en dit !

 

JOUR 1

 

Raaaaaah retrouver le chemin du lycée, la joie des embouteillages aux heures de pointe,  l’absurdité du manque de places de parking dans l’enceinte d’un établissement de ville, les minutes de la pause-café-d’avant-les-cours-du-matin gâchées à chercher où me garer pour finalement franchir, au son de la sonnerie, les grilles de l’entrée, au milieu d’une foule de jeunes sans la moindre motivation, trempée d’avoir dû parcourir sous une pluie battante les 200km qui me séparaient de ce havre de grâce et d’élévation…

Là, humide et hors d’haleine mais indifférente aux silhouettes hurlantes et odorantes qui me dépassent pour la plupart de vingt bons centimètres, je me fraie tant bien que mal un passage jusqu’à la porte de ma salle.

Dedans, « tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté* ». Non, en fait, dedans, c’est seulement un peu plus calme pour l’instant, mais la horde adolescente qui piétine  aux frontières de mon havre de paix s’apprête à tout gâcher.

D’un signe de tête, je me sens toute puissante : les 37 âmes sensibles et délicates qui constituent mon défi de cette première heure se ruent à l’intérieur en jouant des coudes, se chuchotant un florilège de gentillesses. Quelques uns prennent la peine infinie de me dire  « bonjour » : la journée sera faste.

C’est drôle ce qu’il se passe dans la tête d’un prof à cet instant-là. La seconde d’avant, on se demande ce qu’on fout là, ce qu’on a pu faire de si tragique, quel mauvais choix, quelle erreur fatale, quel coup du sort, quelle malédiction ultime et cruelle a bien pu faire qu’on se retrouve là, fatigué (à 8h du matin, oui, oui), énervé, mal garé, décaféiné, quasi suicidaire… devant cette masse indisciplinée, effrayante…

Et soudain, la magie opère. On se redresse malgré soi, on s’éclaircit la voix, notre regard passe de « vitreux » à « aiguisé », notre bouche dessine presque involontairement un sourire léger alors que notre main s’élève devant cette troupe que tout à coup, on considère avec une certaine… tendresse. Oui, de la tendresse, de la bienveillance. Le sourire se creuse un peu plus devant les échos qui se profilent sur les lèvres d’en face. Un « Bonjour tout le monde » s’échappe, anaphoriquement repris par un « Bonjour Madame » relativement convaincant. Tous les regards convergent enfin, le silence tombe, implacable. La scène est à nous.

Un instant à peine, une fraction de seconde et nous voilà métamorphosé, délesté des détresses humaines, affranchi de nos peurs, de nos doutes et des milliards de petits tracas du quotidien. La journée peut commencer, on existe enfin !

 

Je suis prof.

Pire, je suis prof de lettres.

Mieux, je suis prof de lettres et j’aime ça !

Certes, les élèves percutent bien plus vite à mes blagues qu’à mes références littéraires (« Zola ? Boah. Ça ressemble un peu à Ebola, non madame ? », « Gargantua ? Ah oui, j’connais, c’est une pizzeria à Grasse ! », « Racine ? Ah en français j’sais pas madame, j’sais que en maths… et encore… », etc), certes, pour bon nombre, écrire se borne à un exercice de sélection phonétique de lettres qui, juxtaposées, constituent (selon la légende) le langage « texto », certes, ils ont un peu trop souvent des capacités d’attention proche de… rien, zéro, néant, nada… et pour y remédier, on doit se surpasser, faire preuve de conviction, d’ingéniosité, de fermeté, de patience, de compassion…

Certes…

Mais aujourd’hui je le confesse (j’adore ce mot, mais ça n’est pas là la teneur de ma confession), j’adore être prof. Prof de lettres.

 

(suite)

 

*QUOI ??? T’as besoin de regarder la note de bas de page pour savoir d’où viennent ces mots célébrissimes, cultissimes, inoubliables ?! Honte à toi !!! Jamais Ô plus JAMAIS tu n’oublieras qu’ils sont le fait de Baudelaire, dans le poème « L’invitation au voyage », tiré du recueil Les fleurs du mal. JAMAIS.

B'rêves d'écriture | 27.08.2013 - 12 h 11 | 17 COMMENTAIRES
La caresse, un jeu sans vainqueur ni vaincu

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Les paupières mi-closes, elle me lance un de ces regards langoureux dont elle seule a le secret, un regard qui appelle inévitablement à la caresse. Comme j’approche ma main, elle pousse l’immobilisme jusqu’à son paroxysme. Evidemment, elle ne me fera pas le plaisir de la moindre réaction. Je sais déjà que le contact de mes doigts, aussi intense soit-il, n’engendrera pas le moindre frémissement. Elle s’évertue à exceller dans cette insupportable indifférence, elle me nargue, impassible, jouissant par avance de cette partie qui commence.

Le jeu entre nous est subtil. Elle en est toujours l’instigatrice. Elle s’approche, mettant en œuvre dans chacun de ses gestes toute la provocation dont est capable son corps gracile. Elle frôle, se colle, se love au plus près, sans avoir l’air de vouloir y toucher. Comme si notre proximité n’était que le fait du hasard, comme si j’étais là précisément à l’endroit où elle a décidé de se poser, et qu’elle ne comptait pas se donner la peine de changer ses plans pour moi.

Je sais qu’elle attend ma main, mais elle ne le dira jamais. Cela fait partie du jeu. Je devrais résister, la lui refuser… mais je n’y parviens jamais. Elle me domine complètement et elle le sait, la garce ! Mais patience. Bientôt, c’est elle qui me suppliera. Je me promène impudiquement sur son corps, je savoure sa douceur, je viens respirer sa chaleur soyeuse. Du bout des doigts, j’insiste au creux de ces endroits que j’ai appris à reconnaître… ses faiblesses. Déjà, elle ne peut retenir un plaisir sonore.

Sait-elle qu’elle se trahit ?  Qu’importe. Je me repais de sa satisfaction. Je m’y consacre de toute mon âme jusqu’à ce que… les cartes changent de main. Les rôles basculent imperceptiblement au moment où je devine son abandon total. Son corps n’est plus que guimauve entre mes doigts. Il me suffit de m’en éloigner de quelques millimètres pour que, grisé par le manque, son corps vibrant cherche à combler la distance qui nous sépare. L’instant est jouissif. Je n’ai presque plus à caresser, c’est elle qui vient se frotter, en quête de ce plaisir impudique, égoïste, quasi solitaire…

Mais elle a besoin de ma main. J’aime être cette main. J’aime être son plaisir. Et je sais qu’elle aime ça aussi. Elle me le prouve en léchant patiemment chacun de mes doigts, en les croquant délicatement alors qu’elle me regarde suavement, de ses paupières toujours mi-closes.

Puis tout s’emballe. Ses yeux s’ouvrent en grand et sa bouche se referme sur moi dans une morsure trop insistante. Avant que j’aie le temps de protester, elle se lève d’un bond, saute du lit et sort de la chambre sans me quitter des yeux… Je redeviens sa chose disciplinée… C’est l’heure des croquettes.

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B'rêves d'écriture | Plaisir d'écrire | 18.08.2013 - 13 h 23 | 16 COMMENTAIRES
Poétique de l’assouvissement

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Dans ma tête.

Il faut être honnête avec soi, et je sais très bien que tout est dans ma tête… mais pas seulement. Mon corps tout entier s’est plié à ce que mes yeux ne peuvent voir, ce que ma bouche ne peut goûter, ce qui manque à ma peau. C’est étourdissant, violemment intense, mordant le pouvoir du désir. Plus sournoises encore, les morsures de la mémoire.

Hier matin encore, j’ouvrais les yeux sur le souvenir saisissant de ta poitrine, fière, tendue, si insolemment comestible. Ce n’était qu’un flash, une seconde déchue qui aura suffi à ruiner l’innocence des premières heures du jour. Une seconde explosive, qui de sa déflagration muette aura soumis mon corps entier aux exigences de la chair.

Plus que cette vision fragmentée, constater ta nudité provocante, m’y arrêter comme on s’extasie devant une oeuvre d’art ou une aurore boréale, sentir le désir officier jusqu’à la plus infime fibre de mon corps : contractions bas-ventrales, palpitations, respiration aléatoire, frissons, chaleur glacée ou fraîcheur incandescente, larme (?), humidité certaine… rien n’est épargné.

Et même la foudroyante réalité de ton absence n’est pas parvenue à apaiser mon envie de toi.

Mais ce matin…

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Ce matin tu es là.

Les brûlures de l’eros sont tout aussi saisissantes et déjà elles aiguillonnent savamment mes parcelles. Mon corps s’enfle, possédé par ce désir toujours croissant, intensément vivant, dont tu es le souffle. Il est décuplé par les nouveaux souvenirs qui sont venus nous compléter cette nuit, dans le consentement de nos plaisirs pour ce qu’ils sont : nécessité, grâce et extase. Nous nous sommes offertes sans autre attente que cette certitude de chair magnifiée, et comme toujours nous n’avons pas été déçues.

Comment pourrions-nous l’être ?

Nous sommes de l’ordre de l’accord et du désordre des corps… et quand je te vois là, si hédonistement abandonnée à Morphée, je le jalouse et ne peux empêcher ma main de venir caresser tes courbes. Quand je te touche, c’est moi qui frissonne. Ta peau est un hymne à la sensualité, un hymne dont je veux jouer encore et encore toutes les notes de la gamme, ainsi que les notes qui restent à inventer.

Si mes doigts te réveillent, je comprends par tes gémissements que tu ne leur en veux pas. Et quand tu ouvres enfin les yeux pour chercher mon regard, ce sont de nouvelles heures pleines de promesses qui éclosent dans le froissement lascif des draps et les cris à peine étouffés de nos peaux.

Être, encore une fois, plaisir. Avec toi.

« Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir » René Char

Le poète fait l’amour irréalisé du désir incarné plaisir.

B'rêves d'écriture | Photopoésir | 02.08.2013 - 20 h 30 | 8 COMMENTAIRES
Autour, loin…

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La soirée est douce. Juste assez pour oublier un instant les lourdeurs de l’été. L’air ne caresse pas, il berce. Je ne m’assois pas pour trouver le repos, seulement pour écouter, sentir, me rappeler. Autour les cigales ne dissimulent pas le crépuscule. Autour, le jasmin mêle ses effluves à la chaleur des dalles de la terrasse. Autour, les ombres familières s’offrent en ballet de mystères.

Quand le grain du ciel devient suffisamment dense, je lève la tête pour guetter la première étoile. Déjà, son éclat solitaire vient faire écho à ma retraite. Paisible, j’isole mon silence au cœur des pierres, qui, seules, sauront en prendre soin. Par-delà leur mutisme, les mots se bousculent sous ma peau. Ma mémoire, trop vive, les dessine sans couleur sur l’ardoise naïve de mes pensées :

Avancer dans la sérénité de la rencontre, dans l’attente ce cette autre qui comble déjà, ce destin prémédité.

Avancer jusqu’à mesurer l’horizon de ton regard et m’y pencher pour atteindre la reconnaissance.

De toi, je contemple les sillons de l’univers, creusés à l’orée des possibles.

Tout est là.

Je peux me défaire alors de ce rôle d’interprète pour être à mon tour matière, contenu et contenant.

Mon œil suggère à ton œil ce que nos bouches taisent, ce que nos oreilles ne sont pas prêtes à entendre, ce que nos peaux anticipent, incandescentes…

Des mots et des maux qui s’essoufflent enfin, emportés par l’inévitable exactitude de la lune. Elle est là, entière et bienveillante. Tu es loin, loin, loin…

Aux silences incontinents

A la parole épidermique

B'rêves d'écriture | 30.06.2013 - 11 h 07 | 14 COMMENTAIRES
D’un battement d’elle

Photo d'Olivier Ciappa (2ème version de l'expo de la Mairie de 3ème arrondissement)

Photo d’Olivier Ciappa (2ème version de l’expo de la Mairie de 3ème arrondissement)

A la belle personne

Sa chambre, son refuge, mon asile cette nuit.

L’ambiance est feutrée, délicieusement alanguie, rythmée par le souffle léger de sa respiration sommeillante. Tout à l’heure, elle s’endormait sur mon épaule. Grisante sensation de bien-être. Comme dans ces moments où on a la certitude d’être au bon endroit, au bon moment. Depuis, elle a creusé sa place dans l’oreiller, maintenant plus ou moins consciemment un maximum de contact entre son corps et le mien.

Je retiens ma main de venir se perdre distraitement dans les boucles de ses cheveux. Son sommeil est bien trop précieux, et ce soir, j’en suis la gardienne. Je sais reconnaître le privilège qui m’est ainsi accordé.

Il est bientôt quatre heures. En bas dans la rue, la vie s’est mise entre parenthèses. Quelques soubresauts d’activité ponctuels me rappellent que non, je ne dors pas. Non, je ne rêve pas non plus. Les yeux grands ouverts, je jouis de mon insomnie aussi avidement qu’on se précipite à la rivière après une traversée du désert. Mes yeux ne se rassasient pas du spectacle de son épaule, abandonnée là, juste à portée de regard. Je suis partagée entre l’envie quasi maternelle de remonter la couette dessus pour la border tendrement, et celle de venir embrasser, croquer cette chair tentatrice.

Mais non. Je convoque de toute ma volonté les forces surpuissantes de l’Immobilisme, juste pour pouvoir continuer à la regarder encore un peu. Pouvoir la sentir, là, contre moi.

Consciente de l’éphémère de la nuit, je lance une prière au Temps. Qu’il ne hâte pas sa course. Qu’il me laisse profiter encore, encore un peu. Il me répond que ma mémoire ne faillira pas. Je sais qu’il a raison. Je ne peux qu’accepter. Accepter en guettant la fin de cette nuit magique.

Il y a quelques heures, nous ne nous savions pas, nous nous devinions à peine. Il y a quelques heures, nous nous rencontrions. En quelques heures nous nous sommes sues, nous nous sommes voulues, nous nous sommes tues. L’intensité aura exacerbé chaque instant comme elle sublime cette minute présente.

Je veux pouvoir, lovée au creux de cette nuit immortelle, graver chaque image, chaque son, chaque sensation vécue auprès d’elle. De son sourire à ses doutes, en m’éternisant sur la tendresse bouleversante, partagée, nécessaire que nous avons échangé, en dérivant sur ces vagues de sensualité qui nous ont submergées, en avouant l’émotion pure et belle, celle qui transporte autant qu’elle atteint.

Trouver à ces heures leur place quelque part entre quiétude et fascination du beau à l’autel de mes souvenirs.

Et s’envoler.

100% manuel ! | anatomie | B'rêves d'écriture | corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | érotique | Fesses | y'a que ça de vrai ! | 02.04.2013 - 14 h 21 | 11 COMMENTAIRES
Dévotion thérapeutique

Voilà, voilà, j'arrive...

Voilà, voilà, j’arrive…

Chut… Tu as promis de jouer le jeu. Tu as promis de ne rien dire, ne pas bouger, te laisser faire. Tu dois pouvoir me faire confiance. Tu dois pouvoir t’abandonner pour que je puisse être efficace. De mon côté, j’ai promis aussi. Je resterai sage. Je ne m’enflammerai pas de désir à la vue de ton corps nu, au contact de ta peau. Je ne suis en cette heure que l’instrument de ton bien-être asexué.

J’ai monté la table, l’ai recouverte d’une serviette chaude. Tu n’as plus qu’à t’allonger, sur le ventre d’abord. Là, comme ça. Pas de fausse pudeur entre nous évidemment, mais je te recouvre le dos et les fesses pour que tu restes bien au chaud. Avant de commencer, un baiser, une caresse, un sourire. Me voilà chargée de toute l’énergie nécessaire.

Je débouche le flacon d’huile et j’imprègne mes mains du précieux liquide. Je le réchauffe un peu avant de poser délicatement mes paumes sur tes cuisses, puis mes doigts. J’étale dans un premier temps l’huile en prenant soin de ne pas te faire sursauter en arrivant sur tes fesses. Je l’étale soigneusement jusqu’aux creux de tes genoux que j’éviterai de perturber. Je les dépasse et répends l’excédent d’huile sur tes mollets délicats.

Quand je reviens sur tes cuisses, mes mains savent ce qu’elles ont à faire. Lentement, elles entreprennent de masser tour à tour chacun de tes muscles, en profondeur. Je sais que le massage des cuisses n’est pas la partie la plus agréable, c’est pourquoi je commence ici, c’est pourquoi j’empiète sur les fessiers qui eux reçoivent toujours mes doigts avec impatience. De mes pouces, je fais rouler ta chair alors que le reste de mes doigts caresse ta peau autour. Atténuer le travail de profondeur par une consolation de surface…

Tu ne dis pas un mot. Tu subis, patiemment.

Quand mes mains descendent sur tes mollets, tu frémis. Verbalement, je te rassure. Je sais que tu n’aimes pas qu’on touche à tes pieds. Mais encore une fois, mon but n’est pas de t’être désagréable, bien au contraire. Je ne ferai que ce que tu me laisseras faire. Je laisse mes doigts œuvrer et se plier aux caprices de ton corps. Ils lisent en toi mieux que toi-même. Ils devinent tes réactions avant toi, ils apprivoisent tes sensibilités et absorbent tes craintes pour soulager ce corps que tu négliges, comme tout un chacun. A chaque fois que j’achève le massage d’une zone, je caresse ta peau, les doigts tous légers, pour récompenser son consentement.

Pour remonter de tes pieds jusqu’à ton dos, je laisse courir les mains sur ton corps, pour ne pas interrompre le contact. D’une main, je rajoute un peu d’huile dans ma paume restée au creux de tes reins. A nouveau, je la réchauffe avant de l’étaler sur toute la surface de ton dos. Cette fois, le travail de tes muscles t’arrache un soupir de plaisir suivi d’un petit râle étouffé par la table. Partant des lombaires, mes doigts s’appliquent à leur tâche. En petits mouvements circulaires, réguliers, ils explorent aussi bien le sillon creusé par ta colonne que les courbes de tes côtes. Arrivés sur tes épaules, ils viennent d’abord soulager ta ceinture sous-scapulaire avant d’agripper toujours délicatement tes clavicules. De mes pouces, je masse patiemment la zone, depuis l’articulation de ton bras jusqu’à la base de ta nuque. Tu grognes de plaisir. En sourdine.

Mes mains reviennent en bas de ton dos, et cette fois, ce sont mes paumes qui te massent en profondeur. Elles remontent tout au long de ton dos et répètent leurs mouvements pendant quelques minutes. Puis c’est au tour de mes avant-bras de se poser entièrement sur toi. Les mains et les coudes joints, je les aligne avec ta colonne vertébrale et, comme on ouvre un compas, j’écarte mes coudes, imprimant à ta chair une nouvelle forme de soulagement. En arrivant à hauteur de tes épaules, je veille à ne pas trop écraser ta cage thoracique. La position saugrenue m’empêche de résister à la tentation de déposer un chaste baiser sur ta nuque. Je t’entends sourire, mais imperturbable, je poursuis.

Mes doigts courent maintenant sur ton bras gauche. Il me faut rajouter un peu d’huile encore. Là, c’est mieux. J’aime sentir tes muscles se relâcher sous la pression de ma main. J’aime constater que ton bras s’abandonne. Et ta main… Ton soupir de plaisir quand j’en masse la paume, quand je m’applique à détendre tour à tour chacun de tes doigts. Quand j’estime qu’elle est suffisamment molle, je l’embrasse et passe de l’autre côté. Tu anticipes mon geste et me tends ton bras droit. Tsss… ne bouge pas. Laisse-toi faire. En quelques minutes, le bras et la main droite s’abandonnent aussi. A nouveau, j’ose poser mes lèvres sur ta main.

J’entreprends alors de masser ta tête, aussi délicatement que possible. Il faut toujours être très prudent quand on masse un crâne. Et aucun crâne ne m’est plus précieux que le tien.

Je passe mes doigts dans tes cheveux, venant chercher tes tempes et remontant lentement jusqu’au sommet. De leurs extrémités, mes doigts cherchent d’abord à couvrir toute ta surface chevelue. La caresse est peu profonde, plus tendre qu’autre chose. J’aime passer mes doigts dans tes cheveux. Puis je m’atèle au réel soulagement. Mes doigts en peigne, je saisis tes cheveux à leur base et les tire très légèrement, comme pour décoller imperceptiblement ton cuir chevelu. Je répète quelques fois la chose puis te caresse à nouveau.

Tu ne bouges plus, ne parles plus…

Je viens chuchoter à ton oreille que tu dois te retourner si tu veux que je continue et de mauvaise grâce, tu t’exécutes en bougonnant. Je fais comme si je ne remarquais pas ton sourire, et j’use de toute ma bonne volonté pour ne pas arrêter mon regard sur tes seins, sur ton…

Non, concentration. Sage.

A nouveau, mes mains se posent sur ta tête et immédiatement tes yeux se referment dans un réflexe. Mes doigts courent autour de tes oreilles, descendent sur ton cou et viennent subtilement dénouer le haut de ta poitrine, cette zone de tension insoupçonnée sous les salières. Mes mains, innocentes, poursuivent leur course autour de tes seins, prenant scrupuleusement soin de ne pas effleurer tes tétons que je vois se durcir malgré mes efforts. Quand je cherche à fuir cette région tentatrice en ramenant mes doigts sur ta nuque, tu te saisis de mon poignet et…

Non…

Non…

On avait dit que…

Non… Je n’ai pas fini…

Tu…

Non ce n’est pas…

Oh et puis zut !

B'rêves d'écriture | 31.03.2013 - 18 h 56 | 18 COMMENTAIRES
« Et pourtant je vous dis que le bonheur existe » (Aragon)

Théoule

Théoule

Théoule encore

Théoule encore

Des nuits et des nuits que je m’endors dans les bras secs et muets de mes draps. Des nuits et des nuits que mes mains caressent une peau qui n’est pas la tienne, que mes sens cherchent ta présence, que j’ai froid d’être loin de toi.

Et ces matins, cruels, insipides, qui ne remplissent pas les promesses de mes rêveries nocturnes… On dit que pour les insomniaques, il devient impossible avec le temps de faire la part des choses entre le rêve et la réalité… J’ai peur de t’avoir rêvée. Idéalisée, c’est certain, mais imaginée ? Ce sourire tantôt timide, tantôt franc, ces yeux qui reflètent chacune de tes émotions bien malgré toi (peur, désir, incompréhension, humour, éloignement, tendresse…), ces cheveux en rébellion consentie, ces grains de beauté sur ta nuque qui appellent mes lèvres, ta main, si fine, si légère…

Nice by night

Nice by night

S’il faut fuir ces frustrations matinales, fuyons donc. Et quoi de mieux pour noyer ses rêves que les flots mélancoliques de la méditerranée printanière ?

La route se fait charmeuse, elle s’offre sans pudeur au soleil et à ma course, et quand elle s’ouvre enfin sur l’étendue bleue et paisible devant, je regretterais presque de devoir m’arrêter. Les pieds nus, je m’enfonce dans le sable à peine tiède de ces dernières heures de mars. Quelques téméraires, probablement des étrangers, exposent leurs peaux blanches et inexplicablement nues à une légère brise marine qui me fait fermer ma chemise. Je retrousse mon jean pour aller constater que, oui, bien évidemment, l’eau est encore beaucoup trop froide !

Il n’y a personne sur la jetée. Pas un marin du dimanche. Pas de jeunes gens venus faire résonner leurs guitares. Pas même une mouette à l’affût des miettes d’éventuels pique-niqueurs, absents eux aussi. A croire que tout le monde a mieux à faire que de profiter de la Côte d’Azur en ce week-end pascal…

D'augustes pieds

D’augustes pieds

Je m’avance lentement sur le ponton. Arrivée au bout, je m’assois en tailleur face à la mer. Ici, j’ai l’impression d’être au bout du monde. Bien vite, j’arrive à négliger le bruit des quelques voitures qui circulent quand même le long du littoral. Seul le roulis des vagues berce mes pensées. Mon regard se perd dans le bleu des flots, encore pur en cette saison. L’eau est si limpide que je distingue sans difficulté les quelques bans de poissons qui osent s’aventurer si près des côtes. J’observe leurs fluctuations aléatoires, j’essaie de deviner leur trajectoire jusqu’à ce que ma vue se brouille.

De sympathiques poissons

De sympathiques poissons

Les yeux fermés, je m’allonge sur les pierres irrégulières et inconfortables, mais bizarrement, je trouve tout de suite une position agréable. Sans que je comprenne pourquoi, la tête me tourne. Et quand j’ouvre les yeux, c’est pire. Je les referme donc et respire une profonde bouffée d’air marin. Ici aussi, c’est ton visage que je vois apparaître sous mes paupières. Peu importe finalement. Je suis bien.

De quoi occuper son objectif...

De quoi occuper son objectif…

J’ai à peine conscience du temps qui passe. Je voudrais m’endormir là, et peut-être me laisser emporter par les vagues à venir… Mais des rires me tirent de mes rêveries. J’ouvre un œil, je relève la tête. Un nouveau groupe est arrivé sur la plage. Une demi douzaine de jeunes gens ont déployé leurs serviettes et ont sorti tout un attirail ludique. Deux jeunes hommes s’emploient à impressionner tout le monde en faisant habilement jongler un ballon sur leurs pieds, cuisses, épaules ou têtes. Deux jeunes filles applaudissent en riant alors que deux autres se sont lovées dans les bras l’une de l’autre et s’échangent des confidences dans un clin d’oeil entendu.

Je ne peux m’empêcher de me fendre dans un sourire triste mais complice.

La tendresse qui émane de leurs corps, de leurs gestes, ne trompe pas. Pourquoi la reconnaissance d’un couple lesbien me touche plus que celle d’un couple hétéro ? Je m’en veux presque de faire une distinction entre les deux parce que l’amour reste l’amour, il doit rester beau et admirable qui qu’il touche. Pourtant, c’est un fait, je suis touchée. Emue. Je surprends un furtif baiser entre elles et je décide qu’il est temps de rentrer pour moi.

Ici, l’heure n’est plus aux rêveries mais aux exigences du concret, celui des gens, celui des autres… mais aussi un peu le mien, d’une certaine façon. Etrangement, je repars satisfaite. Tu serais fière de mon sourire.

Bon et parce que quand même, faut pas déconner, c'est le printemps !!!

Bon et parce que quand même, faut pas déconner, c’est le printemps !!!

B'rêves d'écriture | 30.03.2013 - 00 h 15 | 10 COMMENTAIRES
A rebours de ce qui compte

Pas d'avant, pas d'après, juste un peu de ce qu'il y a entre.

Pas d’avant, pas d’après, juste un peu de ce qu’il y a entre.

 

Cinquième temps.

Elle l’a fait, elle m’a regardée. Elle a tourné sa tête vers moi, au ralenti. Pendant une seconde, je me serais crue dans un film… J’espérais qu’elle se retourne. Ou non, j’en avais peur. Mais elle l’a fait. Elle a plongé son regard dans le mien à quelques centimètres à peine de mon visage. Je lis dans ses yeux la même panique, mais aussi la même intension que celle que j’ose à peine m’avouer. Elle  bouge ses lèvres, comme pour dire quelque chose, mais non. Sa langue vient les humidifier… Ses lèvres que je lorgne depuis des heures. Ses lèvres vers lesquelles mon regard glisse fatalement, comme le sien se pose sur les miennes. Je ne peux m’empêcher de me mordre la lèvre inférieure dans un réflexe hésitant, mon regard oscillant de sa bouche à ses yeux qui s’affolent aux mêmes allers-retours sur mon visage. Immobile, le corps tendu dans l’expectative de l’inéluctable, je goûte l’ivresse. Le vent nous pousse à franchir les ultimes frontières. Bientôt, le doute n’aura plus de place. Une rafale fait fléchir sa nuque et m’impose de fermer les yeux. Le souffle qu’elle retient, je le cueille de ma bouche, tendrement. Le contact de ses lèvres, si chaudes, si douces, s’accompagne d’une étreinte tout aussi bouleversante. Elle passe ses bras autour de mon cou alors que mes mains rejoignent ses hanches, sagement. Le goût de nos lèvres ne nous suffit pas. Nos langues se cherchent, elles se trouvent et nous renversent dans la certitude de l’autre. Nos corps ne nous appartiendront bientôt plus. Ils s’abandonnent déjà l’un l’autre à l’envoûtement du baiser, à la fièvre de l’enlacement. L’instant n’est plus à la maladresse ni aux frissons. Il est incandescence.

Quatrième temps.

Elle s’est arrêtée sur le pont. Moi aussi. Sans grande subtilité, j’ai fait en sorte que nos épaules et nos bras se touchent. Le contact est nécessaire maintenant et la tension, délicieuse. Je me penche pour regarder en bas. Les mains sur la balustrade, je fais basculer le poids de mon corps vers l’avant, comme quand j’étais jeune. Comme quand je savais prendre des risques. Tout de suite, elle sursaute et se précipite pour me retenir. Elle ne dit rien mais me lance un regard mi-désapprobateur, mi-amusé. Ce sourire encore… et ces lèvres… Ces mains toujours agrippées à mon manteau… Elle ne dit toujours rien mais baisse les yeux dans un frisson. Je ne résiste pas à l’envie de passer mon bras autour de sa taille. Rassure-toi, je suis là et bien là. Avec toi. Et je n’ai aucunement l’intention de m’envoler ! Son regard se perd sur l’horizon devant, mais sa main vient attraper la mienne et resserre la pression de mon bras autour d’elle. Incrédule,   je l’enlace le plus naturellement du monde, le nez perdu dans le parfum grisant de ses cheveux.

Troisième temps.

Elle a souri, enfin ! Pas de ce petit sourire timide ou effrayé qu’elle me réservait jusqu’à lors. Un vrai sourire. Franc. Entier. Un sourire du cœur et de l’âme. Un sourire qui ferait s’évaporer les pierres. Comme si elle était consciente de se laisser aller, elle fronce maintenant les sourcils, peut-être gênée, peut-être rageuse de s’exposer ainsi… mais trop tard. Je l’ai vue, elle le sait. Elle rougit. Elle est adorable. Je sais d’ores et déjà que la faire sourire vient de devenir mon ambition première. Quelque chose… quelque chose remue, là au fond. C’est étrange, à la fois doux, chaud et vibrant…

Deuxième temps.

Elle est vraiment là, en face de moi, et c’est sa voix qui chante à mes oreilles… Il y a quelques heures à peine, je n’y aurais pas cru. Mais c’est bien elle. Je peux enfin la voir et l’entendre en vrai. Mes yeux avides se font aussi discrets que possible pour parcourir les traits fins de son visage. Ils s’arrêtent au pétillement de ses pupilles, se posent bien malgré moi sur ses lèvres et s’aventurent sur sa silhouette, tentant d’en déchiffrer le moindre détail. Je n’arrive pas à décider si  la distance de cette table entre nous est supportable ou si elle est nécessaire. Là, incertaine et terrorisée, je suis étrangement bien. Quelque chose… quelque chose va arriver, je le sens. Même pas peur.

Premier temps.

L’attente me semblait insupportable. Le doute aussi. Mais rien n’est plus insoutenable que cette seconde. Adieu l’attente. C’est elle que je crois reconnaître là. Oui, c’est bien elle qui s’avance. Trop tard pour fuir. Ou trop tôt.

B'rêves d'écriture | 28.03.2013 - 17 h 28 | 16 COMMENTAIRES
La pluie qui tombe ne me fait pas peur

Parce qu'il pleut encore et toujours...

Parce qu’il pleut encore et toujours… et que j’ai froid.

Il pleut et nous sommes demain, un demain loin de tout mais toujours plus proche de nous.

Dehors, je sais le silence, je le devine et il m’envahit alors que tu dors encore.

Je me suis levée tôt. J’ai relancé la cheminée et ses crépitements ponctuent mes pensées, tantôt au rythme saccadé de bulles de résines, tantôt sporadiquement, comme si le feu oubliait de consumer la bûche, comme s’il la caressait seulement de ses langues ardentes.

Ici, l’air devient autre. Ici, l’atmosphère est lourde mais s’ouvre à des dimensions insoupçonnées. Ici, je suis en apesanteur. Tu es tout ce qui me retient.

Le plancher grince à peine sous mes pas. Le thé est prêt, celui que je boirai seule, dans le respect recueilli de ton sommeil bienheureux. Je me le sers, comme tous les matins, et pourtant aujourd’hui, tout est différent. Rien ne semble machinal. Tout se révèle à la fois meilleur et pire. Tu es là et tu dors.

Le liquide se déversant dans la tasse fait écho aux clapotis du toit. Je souris tendrement aux vapeurs parfumées qui en émanent et j’emporte ma précieuse infusion jusque devant le feu. Là, au creux du vieux fauteuil au cuir usé, je laisse mon regard errer dans l’âtre et mon esprit vagabonder à la rencontre de ces heures passées sous d’autres fièvres.

D’ici, je t’imagine comme je t’ai laissée, entre les complicités fleuries des draps, rêvant à ces mondes que tu éclaires involontairement de ta simple présence onirique. Les yeux dans les flammes, je caresse ta nuque d’un souffle léger, je l’embrasse dans la distance chaste de cet étage qui nous sépare. Je devine la chaleur de ton corps ensommeillé et mon désir, bien que déjà trop aiguisé pour ne pas être tentée de te rejoindre au plus vite, s’attendrit et se plie aux caprices de ces minutes de repos égoïste.

Le thé dans ma gorge m’apparaît presque sans saveur tout à coup. Son parfum n’est pas ton odeur, son goût ne saurait rivaliser avec le tien, quant à sa température, ma peau n’y est pas aussi sensible qu’aux brûlures de tes mains, de ta bouche, de tes yeux sur moi.

Un éclair me tire de mes réflexions, immédiatement suivi du grondement sourd mais violent du tonnerre. Pourtant c’est d’un autre son que mes oreilles s’émeuvent, pour qui mon corps tout entier se soulève d’un bond. Tu bouges. J’entends le frottement frénétique des draps et ta voix qui m’appelle. Mon prénom dans ta bouche encore rauque du sommeil…

J’oublie le thé et il ne me faut qu’une seconde pour escalader le grand escalier de bois. Déjà tu ne remues plus. Peut-être t’es tu déjà rendormie… Non. Tu grognes quelque chose d’incompréhensible en rabattant la couette de mon côté du lit et me tournes le dos. Tu m’attends. Je ne me fais pas prier. J’abandonne mes chaussons aux pieds du lit et me glisse tout contre ton corps chaud. Comme je passe mon bras autour de ta taille, tu grognes à nouveau tout en te lovant un peu plus profondément dans mes bras.

Mon cœur bat dans mes tempes alors que je sens le rythme de ta respiration ralentir progressivement. De mes lèvres, je viens chercher ta nuque pour accompagner ton sommeil d’un baiser. J’attends un nouveau grognement, mais non. Tu gémis langoureusement. Je devine un sourire.

La minute est parfaite.

Les heures à suivre aussi. Et la pluie…

B'rêves d'écriture | corps de femme | éducation libéro-sexuelle | Nouvelle érotique lesbienne | 03.02.2013 - 21 h 26 | 8 COMMENTAIRES
Cher instinct…

Ou instinc de chair...

Ou instinct de chair…

Un rêve…

Ca n’était qu’un rêve…

Mon téléphone indique qu’il est 6h58. Le réveil sonnera dans deux minutes mais la notion de réveil me paraît totalement superflue tout à coup. J’ai l’habitude d’ouvrir les yeux quelques minutes avant l’heure fatidique, mais jamais de cette manière. Jamais en souhaitant aussi fort me rendormir. En souhaitant ne pas avoir à comprendre que ce que je croyais réel et qui me bouleversait il y a quelques secondes à peine, n’était qu’une version chimérique du bonheur…

Bon Dieu ! Ca sonnait tellement vrai que j’en transpire encore, que mes draps semblent avoir gardé son odeur, que ma peau se souvient des caresses brûlantes de ses doigts, de ses lèvres…

Dans un battement de paupières, c’est sa voix que j’entends encore, ses gémissements et la tension de son corps sous mes mains… L’intensité insoutenable de son regard au moment où…

Mais autour de moi, tout est calme. Mon  rythme cardiaque et mon souffle, aussi furieux l’un que l’autre, sont les seuls témoins audibles de cette tempête sensuelle que je dois à présent me persuader de ne pas avoir effectivement vécue.

Dressée, bras tendus, au milieu de ces draps en fouillis qui ne couvrent que ma solitude, je guette encore, j’espère… je creuse ma mémoire. Je la revois. Je la sais. Trop concrète pour n’avoir été qu’un rêve, trop perceptible, sensuelle pour que je me résigne à n’en faire qu’un fantasme. Je sais son odeur comme le goût de sa peau. Au souvenir des saveurs suaves d’un autre goût, plus sirupeux, mon bas-ventre se contracte violemment. Je sens alors l’humidité qui s’est répandue entre mes jambes, qui a imprégné le matelas. Sa tiédeur et son abondance m’électrisent, me renvoyant à des flashbacks enivrants.

Impossible. Impossible qu’un rêve aussi érotique soit-il, puisse provoquer ça. Je tremble encore du brun de ses pupilles, assombries par le désir. Je tremble encore de la fièvre de nos peaux si justement rencontrées. Je tremble toujours de ses caresses, du contact de ses lèvres sur les miennes, dans mon cou, de ses dents sur mes épaules, de sa langue sur mes seins, de sa bouche entière sur mon sexe…

Les réminiscences de sa chair chaude et fluide autour de mes doigts, des spasmes de son corps, de l’étreinte de ses mains, de l’évidence de ses baisers, me bouleversent. Et je reste là, haletante, impuissante, n’ayant que ma mémoire comme amarre pour ne pas sombrer dans la folie.

Le réveil sonne. Et déjà, je redoute de la perdre, de la perdre plus. De l’oublier complètement, comme on oublie nos songes après quelques minutes de réalité. Mon corps entier se révolte contre le son envahissant qui émane de mon téléphone, et c’est avec rage que je l’éteins, retenant de toutes mes forces cette irrépressible volonté de le faire voler à travers la pièce.

De mauvaise grâce, je me lève. Mais mon écran mental ne l’efface pas. Elle me sourit, comme cette nuit. Automate incrédule, j’accomplis mes ablutions matinales en cherchant à faire la lumière sur ce mystère. Qui est-elle ? Où l’ai-je rencontrée ? Pourquoi n’est-elle plus avec moi ce matin alors que je sais l’avoir aimée toute la nuit ? Que s’est-il produit ? Pas de réponse.

Les minutes passent. Elle reste. Là. Gravée dans mon être comme la seule vérité à laquelle je veux me consacrer.

Il me faut partir. Quitter mon chez  moi et risquer de la perdre encore, loin du berceau de notre intimité nocturne. Mais non, elle me suit. Je l’ai vécue cette nuit. Elle fait maintenant partie de moi.

Je ne réalise même pas que je dois faire face au jour. Que je dois faire comme si… comme si elle n’était pas partout. Je conduis, je me gare, je descends, j’entre, je m’installe, je parle. Mon travail est une farce que je joue sans sourciller. Puis il est temps de rentrer.

A peine le pas de la porte franchi, je me précipite dans la chambre, espérant la trouver dans mes draps. Mais le lit, toujours défait, se révèle infidèle aux promesses de cette nuit. Là, debout, j’observe cette pièce pourtant si familière, et je la maudis d’être si… identique, inchangée, si vide d’elle que je ne veux même plus la considérer comme « ma » chambre. Elle en est indigne désormais. Elle restera le temple de ce qui aura été… ou ce qui aurait pu être… ce qui aurait dû être.

En fait, je ne peux pas rester ici. Je ne peux plus souffrir son absence qui obscurcit chaque pièce, je ne peux pas me résoudre à accepter un exode aussi définitif, éviscérant. J’attrape mes clés, ma veste et j’essuie les larmes amères qui dévalent sur mes joues. Ce geste… Il me semble soudain me rappeler que c’est ainsi qu’elle m’a touchée la première fois. Je sens sa main caresser ma joue pour en ôter des larmes… Mais non, ça n’est que ma main, froide et stupide. Je claque la porte en partant et me dirige vers l’ascenseur.

Le voyant m’indique qu’il est occupé. J’ai l’impression que c’est la goutte d’eau qui fait déborder la vase nauséabonde dans laquelle je me noie. Un hoquet fait ressurgir ma peine et mes sanglots se déchaînent, sans que je sache exactement pourquoi. Ma seule certitude à cet instant, c’est qu’elle me manque plus que ma chair ne peut l’endurer. Là, seule dans le couloir de mon immeuble, je pleure sur son absence intolérable, sur le souvenir de ce que j’ai perdu sans même connaître, sur la pitoyable absurdité de la situation.

Le ronronnement de la machine se suspend, un bip annonce l’ouverture des portes juste là, devant moi, mais je ne peux me contenir. Par pudeur, je baisse honteusement la tête, modérant autant que possible les retentissements de mon chagrin. Mais quand les portes s’ouvrent, une odeur envahit mes narines et en une fraction de seconde, ma poitrine ainsi remplie de ces effluves se voit libérée des étaux de douleur qui l’oppressaient. C’est ELLE que je sens. Je le sais, c’est ELLE. Stoppé net, mon sanglot s’étrangle dans ma gorge… Je n’ose lever les yeux, craignant d’être déçue, mais il me faut la voir !

Je remarque d’abord ses pieds, aussi délicats que dans mon souvenir. J’escalade du regard ses longues jambes et mon attention se porte sur ses mains qui saisissent un imposant carton masquant son visage. Ses mains… je les reconnaîtrais entre mille. Ces mains qui m’ont offert tant de plaisir, ces mains qui manquent si déraisonnablement à ma peau…

Apparemment, elle ne sait pas que je suis là, ne me voit pas. Elle sort de l’ascenseur, visiblement incertaine de ses pas. Je m’efface pour la laisser passer et la voit franchir le couloir dans la direction opposée à ma porte. Elle est à deux mètres de moi. Elle est passée si près… J’observe ses formes, pleines et généreuses, pendant qu’elle dépose son fardeau à terre. Je n’ai pas encore pu revoir son visage, mais je sais que c’est elle. Quand elle se redresse, les portes de l’ascenseur se referment et dans un réflexe, elle tourne son regard vers lui, vers moi.

Je reconnais chaque courbe de son relief, chaque micro expression, et devant sa surprise, je suis pétrifiée. Elle ne me reconnaît pas.

« Bonsoir », me dit-elle en faisant un pas vers moi. « Je viens d’emménager… je vois que vous habitez ici », tente-t-elle en jetant un regard entendu aux clés qui pendouillent à ma main. Pour seule réaction, je regarde mes clés à mon tour et replonge mes yeux dans les siens aussi vite que possible, esquissant un vague acquiescement.

Sa voix… C’est bien sa voix. J’en reconnais chaque inflexion, chaque souffle… Elle est vraiment là. Comme je ne bouge pas ni ne pipe mot, elle s’avance encore et porte une main vers mon épaule, mais elle ne la touche pas. Mon cœur bat la chamade. Je voudrais parler, je voudrais lui dire… lui demander… lui expliquer… mais je ne peux rien faire d’autre que de paniquer, constatant qu’à présent, son visage est à quelques centimètres à peine du mien.

« Vous allez bien ? Vous… Vous pleurez… Vous… Est-ce que je peux faire quelque chose ? » me demande-t-elle inquiète.

Je veux la rassurer, mais je ne sais pas comment. Je suis bien incapable de parler. Se peut-il que ce rêve ait été aussi… juste, précis, prémonitoire ? Dans ce cas, comment faire… comment lui faire comprendre que je suis… qu’elle est… que nous sommes…

Comment ne pas lui paraître aussi folle que ce que je dois en avoir l’air ?

Alors je lui souris. Je lui souris aussi sincèrement et aussi sereinement que possible. Mes tourments du jour enfin apaisés, je lui souris. Mon regard trouve l’équilibre dans la chaleur de ses iris et elle me rend mon sourire en inclinant légèrement sa tête.

Avec toute la tendresse du monde, elle vient, de sa main chaude et délicate, essuyer les larmes déjà oubliées sur ma joue. Je ferme les yeux au contact de ses doigts et retrouve mon souffle quand je l’entends me dire : « Là, là, ça va aller maintenant ».

Oui, maintenant.

B'rêves d'écriture | 13.01.2013 - 19 h 28 | 6 COMMENTAIRES
Une lesbienne provinciale à Paris (2)

J’aurais presque envie de m’excuser, en cette journée lourde de bêtise humaine, de publier l’inoffensive suite (fictive, dois-je le préciser) d’aventures parisiennes…

Je  peux pas m'empêcher d'imaginer le gars pommé qui se demande vraiment s'il va se déssaper pour trouver l'issue...

Je peux pas m’empêcher d’imaginer le gars paumé qui se demande vraiment s’il va se déssaper pour trouver l’issue…

 

Tout le monde connaît quelqu’un sur Paris ou ses environs. Quelqu’un de serviable, de charitable qui vous hébergerait comme ça, sans poser de question. Alors vous retrouvez ce quelqu’un, vous confondant en excuses et en remerciements. Vous vous félicitez de ces retrouvailles impromptues, vous acceptez la paire de draps et le canapé qu’on vous offre de bon coeur et vous promettez que vous ne serez en rien une gêne, que vous partirez le matin à l’aurore et rentrerez sans vous faire remarquer. On vous confie un jeu de clés (vous espérez secrètement que ce sont les bonnes !) et on vous souhaite un bon séjour.

Le lendemain, vous vous levez avec l’irascible envie de dévorer le monde. Après une douche-éclair et un petit mot laissé courtoisement à vos hôtes, vous vous éclipsez discrètement. Dehors, le froid qui vous saisit n’entame en rien votre soif d’aventure. Vous êtes parisienne aujourd’hui. La ville est à vous. Il est à peine 7h. Les gens sont déjà bien agités. Vous savez que pour la plupart, le travail les attends alors que vous n’êtes là qu’en dilettante. Vous savourez votre plaisir égoïste en vous engouffrant dans les escaliers du métro.

Ah, le métro ! Souvent, vous entendez les gens s’en plaindre, pester contre ses odeurs, ses squatters, ses usagers maussades… Mais vous ne comprenez vraiment pas pourquoi. Pour vous, c’est toujours un lieu fascinant. Dans les entrailles parisiennes, un ver géant vous transporte au gré de vos caprices d’un tunnel à un autre. vous passez d’un ver à l’autre et tout se ressemble, mais tout est différent. Les gens autour sont d’un éclectisme paradoxalement frappant et insignifiant à la fois : votre regard s’arrête sur chacun sans que rien ne le choque. Beaucoup sont murés dans leur petite bulle, déjà au travail ou encore au lit, laissant la musique de leurs MP3 griser leurs pensées. D’autres préfèrent lire, et le transport devient alors un moment privilégié. Dans un coin, vous remarquez la jeune fille, probablement une lycéenne, qui tourne les pages du Caligula Camusien le sourire aux lèvres. Malgré vous, une bouffée d’espoir vous envahit : Le plaisir de lire demeure une réalité, quel que soit l’âge et quel que soit le lieu ! D’autres encore laissent errer leurs regards eux aussi et il arrive qu’ils croisent le vôtre. Une pseudo complicité s’instaure avec ceux-là et vous vous surprenez à leur faire un petit signe d’adieu quand ils quittent la rame avant vous.

Qu’il dure 5 minutes ou une heure, votre petit périple souterrain regorge d’intérêts. Comme Alice au fond de son trou, tout vous semble magique ici, tout vous semble différent. Quand le métro vous crache enfin à votre destination (si tant est que vous en ayez une prédéfinie…), vous en sortez presque en titubant de bonheur. Vos yeux bloquent malgré vous sur les grandes affiches qui tapissent le quai et les tunnels. En approchant de l’escalier de la sortie, le vent vous surprend, ce vent glacial du mois de janvier. Vous frissonnez des pieds à la tête, mais vous enfoncez vos oreilles dans votre cou et c’est en courant que vous montez les marches. Telle Rocky Balboa, vous avez envie de lever des poings victorieux en débouchant sur la rue encore engourdie de sommeil et de froid.

Arrivée en haut, les pieds ancrés sur le pavé humide, votre regard se lance dans un mode panoramique et très vite, vous repérez les cafés à proximité. En une fraction de seconde (mue par la température) vous arrêtez votre choix sur celui qui vous semble le plus confortable (pas le plus branché, pas le moins cher, juste le plus cosy) et vous y entrez d’un pas décidé. L’oeil toujours à l’affût, vous cherchez cette fois le coin le plus tranquille et le plus douillet. Vous avez trouvé votre table. Vous maîtrisez votre empressement pour ne pas vous jeter dessus. Vous vous y asseyez calmement et comme si vous faisiez ça tous les week-ends, vous commandez un café et un croissant à la serveuse qui s’approche de vous de sa démarche chaloupée.

Voilà. Vous êtes lesbienne, vous venez de province mais vous êtes dans la capitale, et vous faites ce qui pour vous est le must de la vie parisienne : squatter un café dès l’aube avec un bon bouquin et un croissant. Votre émotion est palpable. Oui, d’ici vous avez l’impression de pouvoir avaler le monde. Vous le tenez dans votre main comme un M&M’s qui attendrait la chaleur de votre bouche pour fondre. Et quand la serveuse vous apporte votre commande, c’est dans ses yeux que vous lisez des horizons infinis…

What else ?

What else ?

B'rêves d'écriture | 09.01.2013 - 19 h 45 | 14 COMMENTAIRES
Une lesbienne provinciale à Paris (1)

plan-du-metro

Parce qu’à Paris, moi je trouve que même le plan du métro il est Gayfriendly, avec toutes ces lignes multicolores qui s’entremêlent…

Pour une lesbienne de province, il est intimidant de monter à la capitale. Paris, c’est grand, Paris, c’est beau, Paris c’est… Paris. Alors un jour, vous craquez ! Un jour vous allez sur Easyjet.com et vous vous lancez ! Mais comme vous êtes une lesbienne provinciale, vous vous dites que comme vous avez décidé de faire un truc fou, vous n’achètez pas votre billet sur internet, NON !!! Vous allez l’acheter directement à l’aéroport pour prendre le premier avion abordable qui se présente… pour ne pas prendre le risque se faire échanger ou mal rembourser des billets….

Vous balancez en vrac (ou en pliant méthodiquement) quelques affaires dans une sacoche, vous amassez un taux raisonnablement nécessaire de culottes (shorties, caleçons, boxers, strings, c’est au choix), vous prenez un bon bouquin pour la route et ADIEU Méditerrannée ! Vous êtes folle, vous êtes kamikaze, vous devenez vous-même L’AVENTURE ! Vous trouvez un pote sympa qui fait le taxi, béat d’admiration devant votre témérité et vous lui claquez la bise, sans une larme, sans un regard en arrière.

Enfin ! Tout peut commencer ! Il est 16h, vous arrivez large pour attraper le vol de 17, surtout sans bagage en soute à enregistrer. Alors vous vous mettez dans la file, et comme tout bon voyageur qui se respecte, vous faites la queue… et là, c’est le début de la galère. Chez Easyjet, ils ont plein d’avions, plein de tarifs intéressants, plein de place dans l’aéroport… mais si peu de personnel qu’ils n’arrivent jamais à enregistrer tous les passagers avant le départ des vols. Résultat : avions à moitié pleins et passagers en colère !

Autre résultat, le billet si intéressant est devenu exorbitant, mais vous vous en moquez. Vous avez pris votre décision. Le week-end sera parisien ou ne sera pas ! Vous casquez donc, sans la moindre faiblesse cardiaque ou lacrymale et vous allez faire à nouveau la queue. En passant le portique de sécurité, vous êtes tellement émue de franchir enfin quelque chose que vous oubliez d’enlever votre monnaie de votre poche. Du coup, une charmante madame aux traits asiatiques vous demande de l’excuser et s’approche de vous avec des gants en plastique. Elle vous tâte. Vous souriez malgré vous, évidemment. Puis vous attendez deux heures supplémentaires le vol de 19h à côté d’un geek qui s’acharne sur son Ipad et un bébé qui hurle (et vous priez secrètement pour qu’il prenne un autre vol).

Mais quand votre vol s’affiche enfin et que les hôtesses vous appellent à les rejoindre et à présenter vos billets, vous oubliez tout : Fatigue, cris, déception, gouffre financier… et vous vous précipitez dans… une nouvelle queue. Là, debout, attendant patiemment que les passagers de première classe (un jour, vous en serez !) embarquent, vous lorgnez le fauteuil que vous venez de quitter en vous demandant POURQUOI ça prend aussi longtemps de passer un ticket dans une machine en souhaitant « bon vol » !

Bref. Vous montez dans l’avion. Pire… vous décollez enfin ! A des milliers de mètres au-dessus de la surface de la Terre, vous êtes intouchable. Vous allez à la capitale. Vous êtes LIBRE !!! Jusqu’à ce que le gars, qui n’est même pas à côté de vous, mais de l’autre côté de la dame qui est à vos côtés décide de vous draguer. Il vous raconte sa vie, il vous raconte Paris. Mais son Paris ne sera jamais le vôtre. Vous refusez de vous faire polluer l’esprit, vous vous endormez habilement, coupant court à ses tentatives et par la même occasion, vous emmagasinez quelques forces pour être au top. Avant même que vous n’ayez eu le temps de compter trois moutons, une voix, charmante au demeurant, vous annonce que vous arrivez à destination, et vous souriez malgré votre sommeil interrompu. Vous souriez bêtement jusqu’à ce qu’on vous annonce la température au sol… Là, votre corps tout entier se fige. Inconsciemment, il s’enfonce un peu plus dans son fauteuil pour ne pas affronter cette dure réalité…

Mais vous n’avez pas fait tout ça pour rebrousser chemin à cause du froid… NON. Vous vous secouez, vous levez et quittez enfin votre siège. Vous saluez respectueusement les hôtesses, distraitement les stewards, et vous vous confrontez tout de suite au froid de la passerelle. Vous réprimez vos frissons. Vous refusez de vous laisser anéantir si vite. Vous êtes une WARRIOR ! Et surtout, vous êtes à Orly ! Bon, ça n’est pas encore tout à fait la capitale, mais vous y êtes. Vous avez fait le plus gros.

Et demain… qui sait où vous serez demain…

B'rêves d'écriture | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | 10.10.2012 - 12 h 08 | 19 COMMENTAIRES
Le Prince et le Pirate

Aquarelle, parce que pour vous messieurs, rien n’est trop beau.

Il était une fois, dans un pays lointain, un jeune prince qui vivait dans un somptueux palais. Son père, le Roi, régnait sur un royaume paisible, où chacun vivait dans la joie et le bonheur des choses simples. La prospérité du royaume était telle qu’elle avait franchi les frontières et les mers.

L’enfance du Prince fut des plus heureuses, jusqu’au jour cruel où sa mère, la Reine, s’en alla rejoindre l’autre monde, terrassée par une mauvaise pneumonie. Le Prince était alors âgé de douze ans. Il avait toujours été très proche de sa mère, aussi, chaque jour, il rendait grâce à cette femme merveilleuse, à la bonté sans pareille. Il coupait chaque matin une rose de l’immense rosier royal qui trônait au coeur du jardin de la cour et il venait la déposer sur sa tombe majestueuse.

Des années plus tard, il se remémorait toujours avec émotion ses meilleurs souvenirs avec elle, ainsi que cette petite phrase qu’elle lui répétait sans cesse : « On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Elle avait l’habitude de le serrer dans ses bras en prononçant ces mots, et comme ils résonnaient dans sa mémoire, il sentait presque l’étreinte de ces bras qui lui manquaient tant.

Le Roi avait été inconsolable. Jamais il ne reprit d’épouse. Il éleva son fils avec amour et tendresse, veillant à son éducation et à son épanouissement. Le Prince se révélait avoir de grandes qualités : il était bien fait de sa personne, son visage reflétait un charme tout en finesse et ses traits étaient incroyablement doux. Il était rapidement devenu la plus fine lame alentours et ses prouesses au scrabble forçaient l’admiration de tout un chacun.

Un jour qu’il se promenait dans les bois, non pour chasser des animaux (parce que la chasse, c’est mal !) mais pour les observer, il aperçut sur la plus haute branche d’un arbre, un nid patiemment tressé de menus branchages. A l’intérieur, la maman oiseau commençait à s’agiter. Sous ses ailes, une couvée de trois oisillons au plumage déjà merveilleusement coloré gigotaient en tous sens. Brusquement, la mère, du dos du bec, fit basculer sa progéniture par dessus bord. Horrifié par ce geste infanticide, le Prince détourna le regard, incapable de supporter la vue de l’éventuel carnage. Quelques secondes plus tard, il reporta son attention sur le nid : « Méchante oiselle, dit-il à la mère, tu voulais les tuer, n’est-ce pas ? Comment se fait-il que la nature t’ait faite aussi cruelle ? ». Pendant un instant, il fut tenté de lui jeter quelque pierre, mais il oublia son geste en entendant avec soulagement les pépiements des oisillons éparpillés aux quatre coins de l’arbre. Il fut d’autant plus rassuré qu’il vit le plus téméraire d’entre eux s’élancer dans les airs et s’élever jusqu’à regagner hardiment son nid.

En rentrant au palais, il raconta cette terrible scène au Roi.

– Vous rendez-vous compte, mon père, elle aurait pu les tuer, tous !

– Calmez-vous mon fils, et souffrez que je vous explique son geste. C’est là le comportement naturel de la maman oiseau. Quand sa portée a atteint un âge auquel elle est censée pouvoir vivre de ses propres ailes, la mère n’a d’autre choix que de la mettre à l’épreuve : regagner le cocon familial par ses propres moyens, et surtout, apprendre à voler. Ceux qui parviennent à survivre seront saufs et pourront dès lors prétendre à une vie heureuse de volatile. La mère est un des premiers déclencheurs de ce qui s’appelle la sélection naturelle. Ainsi, ce geste, aussi cruel vous semble-t-il, est une épreuve destinée à leur enseigner les dures réalités de la vie. La vraie vie ne se joue pas à l’abri douillet d’un nid de branches et de plumes. La réalité de la nature dans sa grande sauvagerie est toute autre. La mère le sait, et c’est une des premières leçons qu’elle se doit de donner à sa progéniture.

Bouleversé par cette accablante histoire, le Prince se retira dans sa chambre, pensif. Cette nuit-là, il rêva de sa mère, douce et aimante, penchée sur sa couche, lui chantant sa berceuse préférée de sa voix chaude et profonde. Puis soudain, il observa avec horreur ses traits se déformer: un bec jaillit au beau milieu du visage maternel, un bec large et aiguisé, qui semblait rougeoyer sous la morsure de braises infernales. « Va-t’en ! Va-t’en ! Mais envole-toi donc ! » hurlait-elle d’une voix de crécelle. Et ce faisant, elle le poussait jusqu’au bord du lit d’où il finit par tomber. La chute fut vertigineuse, mais au lieu de ressentir l’immense souffrance qu’il s’attendait à vivre à l’impact, il se réveilla en sursaut, le souffle court, les draps en sueur.

Le lendemain, rongé par ses souvenirs oniriques, il alla trouver le Roi. Il avait pris une importante résolution.

– Mon père, je vais partir, annonça le Prince.

– Où voulez-vous vous rendre mon fils ? Dans notre résidence estivale, sur les bords du lac, ou bien chez votre cousin…

– Non mon père, l’interrompit-il. Je dois à mon tour expérimenter les dures réalités de la vie. Comment le pourrais-je, ici ? Ce palais est le plus merveilleux des nids, j’en conviens, mais vous me l’avez dit vous-même hier : ce n’est pas ainsi que l’on apprend la vraie vie. Comment pourrais-je espérer être un bon roi si je ne connais ni le monde, ni la réalité de mes sujets ?

– Je vois…

Le Roi, soudain soucieux, porta une main puissante sur l’épaule de son auguste descendance.

– Votre courage vous honore, mon fils, poursuivit-il. Néanmoins, je crains que vous ne soyez pas assez préparé au monde extérieur. Ces dures réalités que vous évoquez méritent leur qualificatif, et il me semble imprudent de vous laisser vous aventurer…

– Mon père, je vous en prie. Je le dois, insista le Prince. Je vous promets de ne partir que pour une durée raisonnable. Une année, pas plus.

– Une année entière ? Mais mon fils, vous n’y songez pas ! Je vous rappelle que vous aurez atteint votre vingt et unième année dans six mois à peine, et que vous devrez à cette date, épouser la princesse de votre choix.

– Mon père, je…

– Non, je suis désolé mon fils, mais vous ne pouvez déroger à cette tradition. Soyez de retour dans six mois, pas un de plus. Et il vous faudra dans ce laps de temps trouver votre mie.

Le Prince hésita. Six mois suffiraient-ils à prouver ce qu’il avait à prouver ? Il n’en savait rien. Finirait-il par se sentir homme ? Toute sa vie, il avait été conditionné pour être roi, mais à présent, il avait besoin de savoir qui il était, et s’il était un homme suffisamment bon pour devenir un bon roi, un grand roi. Résigné, il accepta les conditions paternelles : il lui faudrait se hâter dans sa quête.

Soucieux de ne point perdre de temps, le Prince partit dès le jour suivant. Il fit seller son plus beau cheval, prépara son paquetage à la hâte et fit ses adieux au Roi qui sanglotait pudiquement. Il fut convenu que le Prince partirait avec une bourse modérément garnie et le Roi lui fit promettre de le faire quérir au moindre problème. « Ce n’est point comme cela que j’envisage cette expédition, père, mais je vous promets d’être prudent et de vous revenir à la date prévue. Prenez soin de vous, et veillez à m’organiser une noce aussi stupéfiante que je me l’imagine ! » Le Prince savait que ces quelques mots suffiraient à regonfler d’espoir le coeur inquiet du bon roi. Il l’embrassa chaleureusement, enfourcha sa monture et s’en fut.

Durant les premières semaines, il sillonna forêts et campagnes, allant de villes en villages, découvrant de nouvelles odeurs, de nouvelles saveurs, et réalisant la complexité d’une vie de travail. Les paysans usaient leur santé au contact de la terre, ils en avaient l’odeur âcre et même la couleur. Les forgerons, couverts de suie, souffraient dans leurs chairs de la chaleur dévorante de la forge. Les boulangers suaient avant même l’aube et portaient le teint pâle des farines. Les femmes passaient des heures les mains dans l’eau froide des lavoirs, elles transportaient d’innombrables ballots de linge qui tassaient leurs silhouettes. Partout, le Prince se trouvait confronté à la moiteur, à la fatigue et aux basses besognes des gens du peuple. Et pourtant, chacun semblait s’en accommoder tant bien que mal. Le quotidien de ces gens, c’était cela la réalité.

Au fur et à mesure de ses pérégrinations il rencontra moult personnalités, il salua et se noua d’amitié avec des représentants de chaque corps de métier, il démontra à chacun son envie d’apprendre et de bien faire en participant aux diverses tâches des uns et des autres. Et tout cela sans que personne ne se doute de son identité. Pour garder son anonymat, il s’était trouvé un  sobriquet : on l’appelait « Loiseau ».

Un jour qu’il arrivait dans une ville côtière, il remarqua un superbe galion sur le point de s’ancrer à quelques dizaines de mètres du rivage. Arrivé au port, il l’observa plus avant. Même à cette distance, il pouvait admirer ce chef-d’oeuvre d’architecture navale et, bien qu’il n’y connaisse rien, il remarqua la figure de proue : il s’agissait d’un buste sculpté, brandissant un sabre. Le visage comme le torse ne permettaient pas de deviner s’il s’agissait de la représentation d’un homme ou d’une femme, mais les traits étaient étrangement à la fois doux et sauvages. Sur le navire, on s’affairait. Des hommes à demi vêtus râlaient en mettant les canaux à la mer. La mécanique semblait bien rodée et très rapidement, un petit groupe d’hommes embarqua sur chacun des canaux, au nombre de trois. Le Prince vit alors s’avancer un homme qu’il devinait élégamment habillé. A son côté gauche pendait un sabre. Celui-ci embraqua à son tour sur la première navette et fit un geste en direction du port. Aussitôt, le convoi se mit en branle.

Il ne leur fallut que quelques minutes pour mettre pied à terre. Le Prince les considérait avec attention. Il n’était pas encore familier du tout avec ces hommes de mer. Il étudiait scrupuleusement leur démarche, leur langage, leur attitude. Ils riaient entre eux et s’injuriaient copieusement. Ils semblèrent se concerter avant de se disperser à travers les rues de la ville. Le Prince, fasciné par ce nouveau milieu, se décida à suivre l’homme élégant. De près, il était bien plus jeune qu’il ne le pensait. Son visage était angélique, mais ses yeux brillait d’un éclat déstabilisant. Il était grand, assez large d’épaules bien que sa silhouette reste svelte et sa démarche affirmait une prestance qui n’avait rien à envier à celle du Prince. Quand il pénétra dans une taverne, Le Prince fit de même. Il restait à quelques pas de lui en essayant de suivre la discussion qui s’engageait.

– Bien le bonjour, Capitaine, le salua le tenancier. Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

– Ola mon brave, je vais commencer par une pinte bien fraîche, répondit le Capitaine.

Ce faisant, il ôta son chapeau et le Prince fut surpris de voir une cascade de cheveux noir de jais en sortir. Une mèche lui tombait sur le visage, lui masquant quasiment l’oeil droit. Pendant un instant, le Prince se fit la réflexion que ce curieux personnage ressemblait assez à la figure de proue de son navire. Intrigué, il s’approcha du comptoir et comme le tenancier l’interrogeait du regard, il commanda la même chose que son voisin. Même s’il tentait de ne pas se faire remarquer par le Capitaine, il devint très vite l’objet de son attention. Celui-ci le dévisageait avec une expression indéfinissable. Sur un ton désinvolte, le Capitaine se présenta, tendant une main fine mais solide en direction du Prince. Ce dernier s’en saisit et dit : « On m’appelle Loiseau, monsieur ».

– Alors le somptueux vaisseau qui vient d’arriver est le vôtre, Capitaine ? poursuivit-il.

– Oui, c’est ma Rikazaraï, confirma le jeune homme. Je la poursuis plus que je ne la dirige et c’est là toute l’ironie de ma situation, monsieur.

– Il est magnifique.

– Elle, le corrigea le capitaine.

– Oui, bien sûr. Elle.

Comme le Prince s’excusait, son interlocuteur se fendit d’un sourire. Son visage en fut tout illuminé et le Prince, ému, lui rendit son sourire. Une longue conversation s’engagea alors entre les deux hommes, une conversation qui ne fut entrecoupée que pour commander deux nouvelles pintes. Le Prince, curieux de savoir, posait mille questions sur la vie de marin et de capitaine au long cours. Face à lui, le jeune homme lui tenait un discours assez blasé. Bien sûr il avait sillonné les mers, vécu une infinité de situations plus cocasses ou sordides les unes que les autres, bien sûr il était libre de voyager au gré du vent, mais cette vie semblait le lasser.  « On ne se connait pas, Loiseau, aussi je peux vous confier un secret. J’ai vécu bien des aventures dans ma vie, aujourd’hui, je n’aspire plus qu’à une seule chose. Trouver le… la personne qui saura faire mon bonheur et m’établir en quelque endroit paisible ».

Étonné, le Prince s’exclama :

– Mais vous semblez si jeune ! Je ne dois pas l’être beaucoup plus que vous mais il m’apparaît que je ne voyagerai jamais assez, et je le regrette déjà !

– Oh, vous savez, aller et venir… ça va quand on sait où on veut aller.

Ce disant, le Capitaine balaya négligemment de la main sa mèche brune. Le Prince put alors plonger son regard dans l’océan ténébreux de ses yeux. Comme la mer à quelques pas d’eux, ils étaient d’un bleu profond, et si tumultueux qu’on y devinait un univers vivant de contradictions. Étrangement, le Prince trouva cela réconfortant.

Quand vint le moment de payer, le Prince chercha en vain quelque écu au fond de sa bourse. Affolé, il s’excusa auprès du tenancier, lui promettant de venir le dédommager aussi vite que possible. Il envisagea même de faire quérir une nouvelle bourse auprès de son père tant il se sentait gêné d’être pris au dépourvu devant son nouvel ami. Celui-ci, loin de s’en formaliser, calma aussitôt la colère naissante de l’homme derrière le comptoir en lui disant « C’est pour moi ! ». Il déposa insoucieusement la somme requise et rajouta royalement un bon pourboire, puis saisit son chapeau, esquissant un pas vers la sortie.

Comme le Prince se confondait en excuses et en remerciements, le Capitaine se retourna vers lui et dit : « Qu’allez-vous faire, maintenant, Loiseau ? Une vie de marin vous tenterait-elle ? Vous auriez tout le loisir de rembourser votre dette, et même de vous constituer un petit pécule si vous acceptez d’entrer à mon service sur le Rikazaraï ».

L’idée ravit le Prince qui fut tenté d’acquiescer sur le champ, cependant, n’ayant pas oublié la promesse qu’il avait faite à son père, il voulut d’abord obtenir la certitude qu’il pourrait être rentré à temps.

– Ne vous inquiétez pas pour cela mon brave. Je suis bien obligé de rentrer au port, ici ou ailleurs, toutes les quatre à six semaines, ravitaillement oblige. Et puis mes hommes perdraient vite la tête s’ils ne pouvaient jouir des plaisirs terrestres trop longtemps, expliqua le Capitaine dans un clin d’oeil entendu.

 – Dans ce cas, je suis votre obligé, mon Capitaine, répondit le Prince en se demandant si son nouvel employeur comptait également sur chaque escale pour s’adonner à certains plaisirs.

Aux cours de ces dernières semaines, il avait souvent entendu les hommes plaisanter sur les joies et les caprices de leurs dames. D’aucun semblait enclin à chanter les louanges de telle ou telle beauté, quant au plaisir de la chair… bien qu’exprimé de façon trop souvent vulgaire, il semblait être un des rouages essentiels de cette réalité qui lui échappait encore. Lui-même n’avait guère connu d’attirance, du moins rien de comparable à l’idée qu’il en avait perçu.

Il quitta ses pensées pour convenir avec le Capitaine d’une heure et d’un lieu pour l’embarquement.

Dès le lendemain, et après avoir passé une nuit à la belle étoile, il vendit son cheval à un bon maréchal ferrant, qui lui promit d’en prendre le plus grand soin et il gagna le port. Les canaux de la veille l’attendaient, de même que le Capitaine et ses matelots.

Après de sommaires présentations, ils partirent en direction du navire. Contrairement à la veille, l’ambiance était plus pâteuse ce matin, et chacun semblait nostalgique à l’idée de quitter le port, alors que le Prince, lui, bouillait d’impatience. Fort heureusement, arrivé à bord, chacun retrouva ses tâches et la bonne humeur s’installa dans les coeurs. Déjà, ils chantaient quelque chanson paillarde. Charmé, le Prince regardait partout autour de lui et s’imprégnait de ces nouvelles sensations. Mais très vite, il s’aperçut qu’il ne savait que faire. Il ne connaissait rien aux bateaux ni à la navigation, et comme il s’interrogeait soudain de son utilité à bord, le Capitaine l’interpella. Il le fit pénétrer dans une vaste cabine où trônait un magnifique bureau sculpté et doré, ainsi qu’une vaste bibliothèque et, dans un coin plus sombre, une couche sommairement établie.

« Comme je suppose que vous n’avez aucune expérience de marin, je vous propose de venir chaque jour ici, juste après le déjeuner, et me faire la lecture pendant une heure ou deux. Vous me semblez être de ceux qui sont plus familiers des livres que des cordages ou des brosses. Vous pourriez également me servir de secrétaire, occasionnellement. Le reste du temps, vous serez libre d’errer à bord et d’apprendre tout ce qu’il vous plaira d’apprendre. Vous pourrez au besoin emprunter quelques ouvrages sur ces étagères et vous vous joindrez à moi pour les repas. Cela vous convient-il ? »

Confus, le Prince demanda :

– Monsieur, cela me convient, mais pourquoi êtes-vous si bon avec moi ? Je ne mérite aucun traitement de faveur et si je suis inexpérimenté, je vous promets de mettre du coeur à l’ouvrage et de ne pas compter les efforts.

– Je n’en doute pas Loiseau, mais il en va ainsi de mon plaisir.

C’est ainsi que débuta  l’aventure maritime du Prince. Le navire était chargé de marchandises diverses qui provenaient de contrées exotiques. L’équipage devait les acheminer jusqu’à leurs commanditaires. Tous avançaient au rythme du vent et à la force de leurs bras. Le temps imposait sa loi sur l’océan et chaque journée dépendait aussi bien du ciel que de la mer. Le Prince découvrit une vie difficile mais utile, où chaque mouvement semblait chorégraphié pour convenir parfaitement à la situation. Chaque geste était mesuré, et la vie de ces hommes (et la sienne par la même occasion) dépendait de leur efficacité.

Chaque jour, il allait faire la lecture au Capitaine et ils passaient des heures ensemble, à discuter de tout et de rien. Le Capitaine semblait toujours soucieux du bien-être de sa nouvelle recrue, qu’il traitait bien plus en hôte qu’en employé. L’équipage ne paraissait pas se formaliser de cette indulgence à son égard, et chacun le saluait et le considérait avec chaleur. On lui racontait mille histoires et anecdotes et très vite, il s’était aperçu que tout le monde à bord parlait du Capitaine en le surnommant le Pirate. Il s’en étonna car rien dans l’attitude de celui-ci n’aurait laissé penser de tels agissements : jamais il n’avait rencontré quelqu’un d’aussi bon, gentil, prévenant, désintéressé que le Capitaine. Aussi voulut-il en savoir plus mais étrangement, personne ne daigna lui donner la moindre explication.

Un jour qu’ils étaient dans la cabine du Capitaine, le Prince prit son courage à deux mains et s’enquit :

– Mon Capitaine, pourrais-je savoir ce qui vous a valu le surnom de Pirate ?

– Ah… rougit-il. En fait, il y a deux explications à cela. La première, c’est que je suis le fils d’un des plus grands pirates de notre temps. Mon père a beaucoup fait parlé de lui avant ma naissance. Il sévissait sur toutes les mers, tous les océans et terrorisait bien des marchands, comme moi. Il est mort quelques semaines avant que je voie le jour. Ma mère m’en dressait un portrait bien peu glorieux et sa renommée me poursuit malgré moi.

Comme le Capitaine se taisait, le Prince demanda : « Et qu’en est-il de l’autre raison ? »

Visiblement gêné, le Capitaine poursuivit :

– L’autre raison vient du fait que… contrairement à la plupart des hommes, j’aime… autrement.

– Comment cela ? insista le Prince, innocemment.

– Je veux dire que je n’aime pas les femmes, je préfère les hommes, lâcha le Capitaine de but en blanc. Certaines personnes considèrent ces amours comme barbares. Aussi, me voilà doublement pirate ! s’exclama-t-il dans un sourire faussement enthousiaste.

– Ah. Je n’avais jamais pensé que…

Le Prince se perdit dans ses réflexions tout en observant les lèvres pincées de son interlocuteur. Il était vrai qu’il n’avait jamais entendu parler de cette forme d’amour. Il n’avait donc jamais pu l’envisager. Mais maintenant que l’idée lui était exposée, il se fit la réflexion que, loin de lui sembler « barbare », cette idée lui apparaissait… digne d’intérêt. Souvent au cours de ses dernières semaines à terre, il avait pu constater les oppositions monumentales, les incompatibilités entre les deux sexes. Il avait souri en entendant des hommes se lamenter des caprices et des manies incompréhensibles de leurs épouses. Déjà, il avait supposé qu’il ne devait pas être évident tous les jours de vivre de tels tourments… et les femmes, qui ne l’avaient jamais vraiment intrigué, avaient presque fini par l’effrayer. Il avait pensé à la promesse faite à son père et craignait de ne pouvoir en tenir le second volet. Apprenant qu’un homme pouvait en aimer un autre, il se prit à  examiner la chose différemment.

Cette nuit-là, il ne dormit guère. Dans son esprit, il se répétait : « Et les hommes ? Et un homme ? Pourrais-je aimer un homme ? »

Et comme il tentait d’y voir plus clair, le visage du Capitaine s’imposait à lui. Était-il possible qu’il aime déjà ? Ce lien particulier qu’il entretenait avec son Capitaine, cette curieuse chaleur qui l’envahissait en sa présence, ce sentiment de complétude qu’il éprouvait depuis qu’il était à bord, alors qu’il n’entendait rien au monde maritime…

Brusquement, il se leva de sa couche, convaincu mais dérouté par sa raison : il aimait. Il l’aimait, lui. Trop agité pour trouver le sommeil, il gagna le pont supérieur pour respirer l’air du large. Arrivé là-haut, il remarqua de la lumière filtrer sous la porte de la cabine du Capitaine. Surpris de le savoir éveillé à cette heure tardive et impatient de démêler le fin mot de l’histoire, il frappa doucement à la lourde porte. Il se rendit compte que son coeur battait la chamade mais ce fut pire encore quand la porte s’ouvrit. Le capitaine était torse nu. La flamme vacillante de la bougie laissait voir sa peau délicate. Ses muscles fins sculptaient un corps gracile et viril en même temps. Dans ses yeux, le Prince lut la violence d’une intention que le Capitaine réfréna aussitôt. Il se contenta de lever un sourcil interrogateur.

Le Prince ne pouvait pas bouger ni articuler quoi que ce soit. Il était totalement médusé par ce corps qui s’offrait pour la première fois à sa vue. Toute la journée, il voyait les torses nus de ses compagnons marins sans tressaillir, mais ce corps-là le bouleversa. Il se surprit même à envoyer sa main en quête de la sensation de cette peau si attractive. Mais il retint son geste à quelques centimètres du but, arrêté par la stupeur qu’il lut dans le regard du Capitaine. Entre eux, l’air se fit électrique. A nouveau, les yeux du Capitaine brillèrent d’un éclat qui trahissait un désir que désormais le Prince pouvait reconnaître comme équivalent au sien. A brûle pourpoint, il fit un pas vers la cabine. Le Capitaine s’effaça pour lui céder le passage et referma la porte derrière lui.

Quand il se retourna, le Prince fondit sur lui et sans lui laisser le temps de dire le moindre mot, il déposa maladroitement sur ses lèvres un chaste baiser.

– Mon ami, je ne pense pas que vous mesuriez la portée de ce que vous faites… commença le Capitaine.

– Vous avez raison, je ne mesure plus rien. Je sais juste, comme on sait que l’on doit respirer, que si je ne vous embrasse pas, ni ne vous touche, je risque fort d’en mourir, répondit le Prince se laissant emporter par sa passion.

Ému, le Capitaine saisit la main tremblotante du Prince et la porta à sa nuque. Puis il fit passer son bras vacant autour de sa taille, se constituant ainsi prisonnier de son soupirant. Le Prince, lui, osait à peine respirer. Conscient de tenir dans ses bras l’objet de son désir, il se risqua à resserrer son étreinte, ce qui fit naître un sourire rassurant sur le visage sérieux du Capitaine. Ce dernier porta lentement ses lèvres à la hauteur de celles du Prince et l’embrassa à son tour. Cette fois, le baiser se fit tendre et gagna en intensité. Leurs corps, désormais soudés, s’entrelaçaient au rythme de leurs bouches, de leurs langues. Comme ils durent retrouver leurs respirations, le Capitaine entraîna le Prince vers sa couche et l’y fit asseoir aussi délicatement que possible.

– Vous êtes surprenant, Loiseau. Mais avant d’aller plus loin, je dois vous dire que, si je vous aime et vous désire depuis fort longtemps, le voyage que nous entreprendrons là est souvent sans retour. Vous pourriez y laisser vos ailes, Loiseau, s’inquiéta le Capitaine dans un tendre murmure.

– Au contraire, c’est donc avec vous que j’apprendrai enfin à voler, s’entendit dire le Prince. Et il attira le le Capitaine contre lui en l’étreignant dans un nouveau baiser.

Cette nuit-là, ils s’aimèrent dans la certitude d’une aventure aux lendemains heureux, bercés par une houle légère.

A l’aube, ils atteignaient leur destination. Les deux hommes n’avaient guère dormi et, outre leurs ébats, ils avaient passé une bonne partie de la nuit à discuter de la suite. Le Prince avait confessé sa véritable identité à l’élu de son coeur et celui-ci, bien qu’impressionné, n’en fut pas vraiment surpris. Arrivés au port, leur projet était formé. Le Capitaine se rendit à la Capitainerie et annonça haut et fort qu’il désirait céder son navire au plus offrant. Comme le Rikazaraï était un galion de grande classe, il trouva très rapidement preneur. Quelques heures plus tard, il rejoignit le Prince qui s’était chargé de leur trouver des chevaux.

Ils partirent aussitôt et regagnèrent le palais Royal. Quand ils firent leur apparition à la cour, le Roi fut stupéfait. Il ne s’attendait pas à un retour prématuré de son fils et il craignait que quelque malheur ne l’ait empêché de poursuivre son expédition plus avant. Il se précipita à sa rencontre et après l’avoir maintes fois embrassé, il s’enquit de la raison de cette avance. Rien n’était prêt pour le mariage qui ne devait pas avoir lieu avant cinq bonnes semaines. « Seriez-vous souffrant, mon fils, que vous voilà rentré si tôt ? », s’inquiéta le bon Roi.

Mais le Prince au contraire, rayonnait de santé et de vigueur. Jamais son visage n’avait exprimé autant de joie et de bonheur.

– Au contraire, mon père, au contraire.

– Alors pourquoi ? s’étonna le Roi.

– Parce que je l’ai trouvé, mon père. J’ai trouvé ma raison de vivre, mon équilibre et la motivation à faire le bien. Je l’ai trouvé mon père, répéta le Prince, ému.

En guise d’explication pour le Roi qui semblait de plus en plus perplexe, il lui présenta le Capitaine qui se trouvait à un pas de là. Le jeune homme s’inclina respectueusement devant son futur beau-père pendant que son amant poursuivait :

– J’ai vécu avec lui les meilleurs moments de ma vie, père, et je ne veux qu’une vie pleine de ces moments-là. Avec lui, je saurai être un roi digne de vous succéder, aimant et juste. Avec lui, je sais que je pourrai tout affronter.

– Mais… mais… commença le Roi.

Incapable de formuler la moindre phrase, il demeura coi quelques secondes durant, trop éberlué pour réagir de façon rationnelle. Conscient que son fils attendait néanmoins son approbation, le bon Roi sourit.

– Votre mère avait coutume de dire que vous nous surprendriez toujours, mon fils.

– Au moins est-ce là une attente que je suis ravi de combler cette fois, mon père ! s’exclama le Prince, qu’un sourire radieux ne quittait pas.

En son for intérieur, le Prince n’avait jamais douté de l’affection de son père, ni de sa capacité à accepter ses orientations quelles qu’elles soient. Il savait avoir sa confiance et son amour inconditionnel. Toutefois, il fut soulagé de voir que son amour pour le Capitaine devenait une évidence, tant pour lui que pour la personne qui comptait jusque-là le plus à ses yeux.

Le soir, ils parlèrent de longues heures pendant le dîner, ils racontèrent au Roi leur rencontre, leur vie à bord du Rikazaraï, leurs projets… A chaque mot, le Roi s’attendrissait sur l’heureux couple. Ils décidèrent de conserver la date du mariage pour les vingt et un ans du Prince et le Roi leur promit un concert privé de Mylène Farmer pour l’occasion.

Avant d’aller se coucher, le bon père que toutes ces émotions avaient chamboulé, fit un détour par la tombe de sa défunte femme. Là, il découvrit qu’on avait déposé deux roses sur le marbre éclatant.

« Tu vois, dit-il en adressant ses paroles aux étoiles, il a finalement su regarder avec son coeur. Tu peux reposer tranquille maintenant. »

J’aurais pu rajouter un « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » mais je trouve que c’est mieux comme ça.

Bon, évidemment, c’est moins intéressant la deuxième fois, et comme j’ai déjà balancé mon projet politique de « Tout le monde il est beau, tout le monde il est content de vivre et partager son homosexualité en toute légalité »dans le conte précédent, il était inutile de réitérer ici. Cela reste néanmoins une histoire comme on pourrait avoir envie d’en lire… 

B'rêves d'écriture | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | 08.10.2012 - 08 h 11 | 22 COMMENTAIRES
Parce que les contes forment la jeunesse !

Ici, le Château de conte de fées de Thomas Kinkade

Il était une fois, dans un pays pas si lointain, une jeune princesse dont la beauté s’épanouissait de jour en jour en l’écrin de son palais. Ses parents, aimants et fiers, avaient fait pour elle de grands projets : « Notre fille sera une grande reine, disaient-ils. Elle fera un heureux mariage avec quelque valeureux et richissime prince, et elle sera adulée par le peuple. Jamais elle ne manquera ni d’amour, ni de biens. »

Dès son plus jeune âge, ils lui enseignèrent l’art de se comporter en reine. Cours de maintien, de politique, de lecture, de broderie, de musique, de dessin… Soucieux de son éducation, et comme ils étaient de bons parents, ils oeuvrèrent patiemment pour en faire quelqu’un de curieux et de concerné. La jeune fille grandit dans un univers où le savoir était à sa portée. Comme elle était brillante, elle excella rapidement dans bien des domaines.

Arrivée à l’âge fatidique de la maturité et comme ses parents envisageaient de se mettre en quête d’un bon parti, elle exprima son désir de ne pas se marier tout de suite. Elle pressentait qu’il lui restait bien des choses à apprendre. Ils respectèrent évidemment son choix et promirent de ne plus aborder le sujet jusqu’à nouvel ordre.

Un jour qu’elle rentrait de sa balade quotidienne, elle aperçut deux jeunes enfants, probablement la progéniture de quelque domestique, qui observaient patiemment le sol. Comme elle arrivait à leur hauteur, elle se pencha à son tour et découvrit deux escargots en train de s’accoupler.

– Ils vont faire des bébés, lui expliqua la fillette, avec une étincelle d’innocence dans le regard.

– C’est le papa escargot qui a commencé, renchérit le garçon. Je l’ai vu. Il est tombé amoureux de la maman escargot et il a commencé à lui faire des câlins. Comme papa avec maman.

– Voyons, les enfants, cela n’a rien à voir, commença la princesse. Voyez-vous, les escargots ont un mode de reproduction à part. L’escargot est hermaphrodite, c’est-à-dire qu’il est à la fois mâle et femelle. Néanmoins, cet hermaphrodisme n’est pas simultané mais protérandrique : les produits génitaux mâles (spermatozoïdes) arrivent à maturité avant les produits génitaux femelles. Un même individu est donc capable de produire des spermatozoïdes et des ovules, mais l’autofécondation étant impossible, il doit s’accoupler avec un partenaire : c’est la fécondation croisée.

– Je comprends rien à ce que tu dis, lui fit remarquer le garçon. Comment on peut être « mâle et femelle » en même temps ?

– Je… je ne sais pas. C’est ainsi, voilà tout ! C’est une des très rares espèces animales à posséder ce genre de…

– Mais même ! Peu importe, non ? On voit bien qu’ils s’aiment ! l’interrompit la fillette.

– Certes…

Troublée par cet échange, notre princesse prit poliment congé de ses nouveaux jeunes amis. En regagnant ses appartements, elle était plongée dans une profonde réflexion. Comment pouvait-elle être à même de juger ou de parler d’un sujet aussi complexe que l’amour puisqu’elle-même ne l’avait jamais vécu. Oh, elle avait bien remarqué les oeillades languissantes de certains courtisans plus aventureux que d’autres, mais si cela l’avait amusée, elle n’en avait jamais ressenti le moindre désir. Elle avait lu de nombreux ouvrages sur l’amour : aussi bien des romans que des manuels scientifiques expliquant les processus chimiques en action. Elle avait lu les poètes et leur vision tantôt passionnée, tantôt cynique de cette notion si… abstraite. Elle aurait pu citer des pages et des pages d’amour en condensé, mais elle devait se rendre à l’évidence, cela demeurait pour elle un mystère.

Le lendemain, elle en parla à son professeur de littérature.

– Monsieur, comment sait-on que l’on aime quelqu’un ? Quel rapport avec la sexualité ? Qu’est-ce que l’amour ? Et comment décide-t-on de le vivre ? J’en ai si souvent entendu parler… Je suis curieuse de le connaître.

Le vieux sage se gratta la barbe et leva les yeux au ciel.

– Mon enfant, je crains de ne pas être la personne adéquate pour vous répondre. Voilà bien longtemps que ma défunte épouse nous a quittés, mais laissez-moi vous dire ceci : on ne décide pas de l’amour. Il vous tombe dessus que vous l’attendiez ou pas, et il vous submerge tant et si bien que dans la seconde, et même si jusqu’alors il vous était totalement inconnu, vous l’acceptez et le reconnaissez comme la seule réalité qui ait jamais compté. L’amour n’est qu’une notion comme une autre, jusqu’à ce que vous en fassiez l’expérience. C’est ce qui doit être vécu.

– Et si je voulais vivre cette expérience ? Que devrais-je faire ?

– C’est là que demeure tout le mystère, mon enfant.

A compter de ce jour, la princesse se documenta. Elle chercha patiemment pendant de nombreux mois des réponses à ses questions dans de nouveaux livres que son père faisait venir des quatre coins du globe. Au bout d’un an, et suite à ses lectures, elle décida d’entreprendre un voyage. Elle était parvenue à la conclusion que, puisque l’amour n’était pas encore arrivé jusqu’à elle, c’était à elle d’aller le chercher.  Comme elle voulait cacher sa quête à ses parents, qui, elle le savait, se seraient démenés pour faire défiler devant elle tous les beaux partis des environs, elle prétexta un voyage initiatique pour prendre conscience des réalités extérieures à son royaume. Charmés par l’idée et le courage de leur fille, le roi et la reine mirent une escorte à sa disposition et lui firent mille recommandations.

Elle partit le coeur lourd d’avoir menti à ceux qu’elle aimait le plus au monde, mais bien vite, sa quête égaya ses pensées. En six mois, elle visita toutes les villes environnantes, des palais jusqu’aux étables. Elle rencontra des gens de toutes sortes : des riches, des pauvres, des laids, des beaux, des grands des petits, des gentils, des méchants… Et tout le temps, elle guettait l’étincelle qui enflammerait son coeur.

Comme elle commençait à désespérer, elle arriva aux abords d’un curieux village, au beau milieu d’une forêt verdoyante. Là, elle fut reçue par le chef du village. C’était un homme bon, qui vivait dans une modeste cahute, mais qui acceptait de les loger, elle et ses gens, pour le temps qu’elle voudrait bien leur consacrer. Le soir, il organisa un banquet en l’honneur de son invitée. Tout le village était présent. Les couples arrivaient au fur et à mesure et venaient combler les places autour de la table. La jeune femme remarqua bien vite que certains couples étaient composés de personnes de même sexe. Etonnée, elle s’informa auprès de son hôte.

– Pourquoi ne serait-on pas libre d’aimer une personne sous prétexte qu’elle a le même sexe que soi ? rétorqua-t-il.

– Mais l’amour entre deux personnes de même sexe pose forcément un problème ! Nous ne sommes pas hermaphrodites, monsieur. Comment ces couples-là peuvent-ils procréer ?

– Effectivement, ils ne le peuvent pas. Mais est-ce une raison pour ne pas s’aimer ? L’amour dépend-il de notre capacité à procréer ? Ainsi, une femme ou un homme stérile ne serait-il pas digne d’aimer ou d’être aimé ? L’amour ne se décide pas, votre Majesté. Il se vit, c’est tout.

Émue et convaincue par la logique sans faille de ce raisonnement (qui faisait par ailleurs écho à celui de son précepteur), la princesse voulut alors savoir pourquoi elle n’avait jamais vu cela auparavant.

– C’est que, Majesté, ce qui vous apparaît visiblement comme une évidence maintenant vous choquait il y a quelques minutes encore. Malheureusement, beaucoup de gens ont peur de ce qu’ils ne comprennent pas. Aussi cet amour-là est-il proscrit un peu partout dans le monde.

Horrifiée de ce qu’elle venait d’entendre, la princesse se fit la promesse d’en discuter avec son père dès son retour. Jamais elle ne tolérerait cela en son royaume. Elle observait d’un oeil affectueux les deux jeunes hommes qui se tenaient la main tendrement à quelques mètres de là. Eux avaient visiblement la chance de posséder ce qu’elle cherchait depuis des mois.

Alors qu’on amenait le dessert à table, une jeune fille rousse, toute de vert vêtue, fit son apparition à la droite du chef du village.

– Ah ! Elyn, te voilà ! Viens que je te présente à notre princesse. Votre Majesté, voici ma fille, Elyn.

Comme la jeune fille s’inclinait, la princesse l’observait. Elle était un peu plus grande qu’elle-même, et sur ses joues, de petites taches de rousseur ponctuaient un teint de rose. Ses jupes dévoilaient une cheville fine mais solide. L’épais tissu s’ouvrait sous sa gorge, dévoilant la naissance d’une poitrine généreuse et deux épaules bien rondes. Ses cheveux tombaient sauvagement dans son dos, excepté une mèche qui se perdait au commissures de sa bouche. Quand elle se redressa, elle planta un regard émeraude dans les yeux de la princesse. Sa mèche quitta ses lèvres, encore humide de leur contact. Elle sourit.

La princesse demeura figée. Perdue dans le regard vert d’Elyn, elle entendait à peine le vieil homme s’enquérir du retard de sa fille.

– Pardon mon père. J’étais… je… c’est à cause des lucioles.

La voix qui jaillit du cou délicat d’Elyn s’infiltra lentement des oreilles de la princesse jusqu’au plus profond de son être. Elle n’avait jamais rien entendu de plus agréable, de plus plaisant que cette voix-là. Cette jeune femme venait de parler en continuant à la fixer de ses yeux envoûtants. La princesse, fort troublée, fit un pas en arrière, et ce faisant, manqua de chuter en heurtant de son pied le coin de la table. Pour la rattraper, Elyn bondit sur elle en enserrant sa taille d’un bras plus puissant qu’on ne l’aurait cru. Elle posa sa main libre sur l’épaule frémissante de la future reine et, alors qu’elle la redressait lentement, elle murmura à son oreille :

– Attention à vous, Majesté. Là…  je vous tiens.

Comme Elyn relâchait son étreinte, la princesse crut que sa vie l’abandonnait. Déjà son corps hurlait le manque et pleurait sa solitude. Comment cela était-il possible ? Que venait-il de se passer ? Partout sur elle brûlait le souvenir de ce contact si brusque, si bref… trop bref. N’étant pas capable de rationaliser ses émotions, la jeune femme repoussa gentiment son hôtesse et la remercia dans un sourire.

– Je… euh… je crois que le voyage m’a quelque peu fatiguée. Je vous prie de bien vouloir m’excuser.

– Bien sûr votre Altesse, répondit le vieil homme, soucieux de son bien être. Elyn va vous raccompagner jusqu’à votre chambre.

Sa fille inclina la tête en signe d’approbation et tendit la main à la princesse. Celle-ci, encore toute chamboulée, lui tendit la sienne en retenant son souffle. Le contact des doigts chauds d’Elyn était magnétique. Elle n’osait la regarder dans les yeux, craignant d’être à nouveau happée par cette lueur mystique. Elle remarqua cependant que, dans la précipitation, la mèche s’était retrouvée entre les lèvres charnues d’Elyn. Elle l’observait mâchouiller ses cheveux nerveusement.

Elle prit congé de l’assemblée bienveillante et avança dans le sillage de son hôtesse. Arrivée devant une petite porte savamment sculptée, Elyn s’arrêta. Elle se retourna et expliqua à la princesse :

-Voilà ma chambre, votre Majesté. Acceptez d’y dormir cette nuit, c’est la plus confortable que nous ayons.

Leurs mains ne s’étant pas quittées, la princesse resserra son étreinte en objectant :

– Mais et vous ? Où allez-vous donc dormir ? Je ne veux pas vous priver de votre ch….

– Je préfère dormir dehors votre Majesté, l’interrompit-elle en rougissant.

– Dehors ?

– Oui Majesté. J’aime contempler les étoiles en m’endormant.  J’ai… une cabane dans un arbre, par là-bas. J’y dors souvent quand les beaux jours sont là. Il fait très doux cette nuit, aussi ne craignez pas de me priver de quoi que ce soit.

– Dehors…

La princesse semblait songeuse tout à coup. Elle fit un pas vers la rouquine, porta sa main à son visage et repoussa la mèche détrempée jusque derrière ses oreilles. Elle fut étonnée de lire de la surprise dans les yeux d’Elyn. Elle-même ne savait pas pourquoi elle s’était permis ce geste. Elle en avait eu envie. Elle n’avait pu faire autrement. Comme elle se noyait dans le vert de son regard, la princesse le vit brusquement s’obscurcir. Elle n’aurait su dire comment s’était opéré le changement, mais le visage d’Elyn brilla subitement d’un éclat plus éblouissant encore. Elle semblait si concentrée à présent, elle la fixait comme si sa vie en dépendait. Elle était sur le point de dire quelque chose mais visiblement, le souffle lui manquait.

La princesse ne savait pas vraiment quoi faire, ni quoi penser. Elle se sentait brusquement submergée par une vague d’émotions plus contradictoires les unes que les autres. Et tout bascula quand le regard d’Elyn quitta le sien pour se perdre sur ses lèvres. A cet instant, la princesse n’eut pas d’autre choix que de l’embrasser. Curieuse de ses propres intentions, elle laissa son corps agir comme il semblait devoir le faire. Elle présenta ses lèvres au souffle de son hôtesse qui franchit précipitamment les derniers millimètres qui les séparaient. Leurs corps se retrouvèrent alors que leurs bouches se découvraient. Le baiser était avide. Il emplit l’espace et le temps  comme l’assouvissement d’une nécessité.

Quand le souffle leur manqua, la princesse fit un pas en arrière. Son éducation et des années de réflexion et de raison lui imposaient d’expliquer ce qu’il venait de se produire. Était-ce cela que l’on appelait l’amour ? Les questions se bousculaient dans sa tête. Un brouillard épais menaçait de se former dans son esprit, comme cela lui arrivait parfois quand un de ses précepteurs lui posait un problème insoluble. Pourtant, cette fois, le brouillard n’eut pas le temps de s’installer. Elyn, qui ne la quittait pas des yeux, posa une main délicate sur son épaule et murmura : « Votre Majesté… ».

Quelque part au creux de son ventre, une chaleur douce et réconfortante envahit la future reine, et quand elle plongea à nouveau son regard dans celui d’Elyn, ce fut pour s’entendre dire « Emmenez-moi voir vos étoiles ».

Cette nuit-là, les jeunes femmes s’unirent sous une lune bienveillante, bercées par les scintillements de la voûte céleste.

Quand les rayons du soleil commencèrent à percer les doux feuillages de l’arbre protecteur, notre princesse encore ébahie de sa nuit de passion, observa le jeu des couleurs aurorales éclairer la peau encore luisante de sueur de son amante. Déjà, elle ressentait le besoin d’elle à nouveau. Dès lors, elle n’imaginait pas pouvoir la quitter. Alors, elle sut.

Enfin elle aimait. Pleinement, follement, passionnément, totalement, elle aimait. Elle aimait cette femme. Et mieux encore, elle se sentait aimée.

Quand Elyn se leva, elles allèrent ensemble parler à son père. Le brave homme, tout ému, fut transporté de joie à l’idée du bonheur de sa fille. La princesse lui demanda sa permission d’emmener Elyn, pour la présenter à sa famille et en faire sa femme. Il accepta en promettant de leur faire parvenir une dot qui, quoique modeste, représentait tout ce qu’il pouvait leur offrir. Il se flatta d’être le plus heureux des hommes et organisa une fête en leur honneur.

Le lendemain, elles partirent de bonne heure pour arriver avant la tombée de la nuit au palais du Roi. Celui-ci, à l’annonce de l’arrivée de sa fille, pleura de joie et fit quérir son épouse. Quand elle pénétra dans la cour en tenant sa compagne par la main, la princesse se précipita à la rencontre des souverains et les étreignit en disant « Père, mère, ça y est. Je l’ai trouvée. Je l’ai trouvée ».

Sous le coup de l’émotion, les parents ne comprirent pas ces propos, et comme ils s’étonnaient de voir une jeune inconnue se mêler à leurs embrassades, elle leur présenta Elyn : « Père, Mère, voici Elyn. Celle que j’aime et que je veux épouser ».

Le Roi et la Reine se figèrent de stupeur.

– Mais… commença le Roi.

– Mais, mon enfant, c’est une femme ! poursuivit la Reine. Vous ne… Vous ne pouvez pas…

– Mère, Père, je l’aime. Peu importe le reste. C’est avec elle que je veux faire ma vie. Acceptez qu’elle devienne ma femme.

Et là, on pourrait s’attendre à ce que, horrifiés par l’attitude indécente de leur descendance, le roi et la reine décident de les décapiter toutes les deux et les exposer en place publique pour dénoncer l’infamie d’une alliance homosexuelle, mais comme je suis lesbienne et que c’est moi qui écris l’histoire…

Le Roi et la Reine, abasourdis dans un premier temps, virent l’étincelle de bonheur illuminer le regard de leur fille chérie quand elle regardait ladite Elyn. Certes, celle-ci était loin d’être le gendre idéal qu’ils attendaient, toutefois, elle avait le mérite d’être bien jolie, et surtout, de combler le coeur de leur enfant. Ainsi, sans qu’une autre objection ne soit prononcée, ils délivrèrent leur consentement. Ils donnèrent à Elyn un baiser filial et l’accueillirent au sein de leur auguste famille.

La semaine suivante, on célébrait la noce en grandes pompes, et dans le même temps, un décret royal parvenait dans toutes les provinces du royaume pour autoriser le mariage des couples de même sexe.

Elyn et sa princesse vécurent heureuses jusqu’à la fin des temps et eurent beaucoup d’enfants. La renommée de leur couple bouleversa les mentalités. Bientôt dans le royaume, plus personne ne s’étonnait de ce que l’on appelle désormais « l’homosexualité ».

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