5381 à la femme de ma vie | B.U.L.L.E.

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Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
à la femme de ma vie | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Photopoésir | poésie | 25.01.2015 - 16 h 47 | 19 COMMENTAIRES
Je rentre chez toi

Quelques mots d’introduction sont nécessaires ici. Pour celles et ceux qui attendent l’épisode 10 de la nouvelle en cours, ne vous inquiétez pas, il est prévu,  je m’y remets dès cette semaine. Vous l’aurez sans doute pour le week-end prochain. 😉 😀

En ce qui concerne la publication du jour… Je sais que j’ai déjà proposé des choses assez personnelles sur ce blog, des réflexions, des anecdotes, des poèmes… Ici, il s’agit aussi d’un poème. Mais j’avoue ne jamais avoir rien écrit ni partagé de plus sincère, nu, et intime que ces lignes-là. Ces mots étaient nécessaires aujourd’hui, ils sont enfin posés. Ils n’atténuent en rien la violence des sentiments qui les ont fait naître et pourtant, ils libèrent en partie ce souffle que je cherche, qui me manque depuis des semaines. Peut-être comprendrez-vous. Peut-être trouveront-ils un écho chez vous aussi. Comme il s’agit de poésie, je n’ai ni scrupule ni fausse pudeur à partager cela avec vous.

Je vous souhaite une bonne et belle fin de week-end, et tout pareil pour la semaine à venir !

Je rentre chez toi

Je rentre chez toi et, avant même que la porte ne s’ouvre, je sais que je vais être transportée. Un pas dans tes odeurs et c’est l’Italie de mon enfance que j’embrasse dans la chaleur familière de ta procuration. Bergère de mes papilles, Marianne de ma mémoire, tu révolutionnes les chemins de la félicité, casserole au poing. Le monde se tait : il entend que je suis chez moi.

Je rentre chez toi comme on s’explore, comme on apprend à s’aimer. Ce qu’il y a de bon et beau en moi, c’est ton héritage, ton visage, ma lumière. A la porte qui grince à peine, tu souris. Tu m’as pressentie plus qu’une mère ne l’aurait pu. Les béances de ton sourire, de tes bras, de ton cœur, me comblent autant que je les rassasie. Le monde n’existe pas : mon monde, c’est toi.

Je rentre chez toi pour respirer. Toi seule sais les secrets de l’air. Il est plus libre et pur au sein de ton foyer que sous n’importe quelle latitude. L’espace n’est que vide si tu ne l’habites pas. L’immensité se cache aux replis de ta robe, Dame Nature ne sublime que par tes conseils : tu es la voix, l’origine, le don. Le monde ne mesure pas sa chance : il te porte, ignorant que tu l’élèves.

Je rentre chez toi comme je suis née, innocente, vulnérable. Mon refuge m’attend au creux de tes caresses. Les nœuds de tes doigts, leur tendre rudesse, l’atmosphère douce et forte de tes paumes sur mes joues, dans mes cheveux, m’immergent dans cette transe que tes chants d’ailleurs et de jadis vibrent sourdement. Le monde ne tourne pas : il danse à ton rythme.

Je rentre chez toi et, sans question ni condition, sans révérence ni préliminaire, je jouis de la générosité de mon existence. Tu es celle qui rassemble, qui nourrit, qui enseigne. Je te suis, te dois et te reviens. De toi à moi, il n’y a pas d’écho mais une continuité : horizontale dans nos poèmes, verticale par le sang, parabolique. Le monde n’a pas de limite : tu es infinie.

Je rentre chez moi.

Je viens de te rendre visite et j’en suis morte. Ils disent que ta santé va mieux, qu’ils peuvent stabiliser ton diabète, calmer tes douleurs. Ils ne voient pas. Ils ne savent rien. Ils ne te connaîtront jamais. Pour eux, tu es ce corps malade, analphabète et décharné, aux prises avec la sénilité muette d’un Chronos en bout de course. Ils ignorent tes démons, tes pleurs, tes cris. Ils anesthésient, camouflent, entretiennent. A aucun moment ils ne mesureront la valeur de ton âme.

Je rentre chez moi.

Je n’arrive plus à regarder le vide dans tes yeux, le vide puis cette folie braillarde qui s’empare de toi et imprègne le monde autour. La bave aux lèvres, les doigts noués autour de cette corde invisible qui t’entraîne dans l’au-delà, tu implores. Tes seuls éclairs de lucidité hurlent un hymne à la mort que je ne peux entendre. Tu es déjà partie. Le monde est perdu, son balancier s’est brisé, l’équilibre est rompu. Le monde est orphelin. Je pleure.

Je rentre chez moi.

Tu es là. Toujours.

à ma grand-mère

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