5381 novembre | 2015 | B.U.L.L.E.

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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
D-libérations | Itws & anecdotes | Perso | y'a que ça de vrai ! | 23.11.2015 - 13 h 30 | 25 COMMENTAIRES
A l’ombre d’une jeune femme en pleurs *

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Il y a un mois, quasiment jour pour jour, je perdais ma grand-mère. Elle était sans aucun doute, le pilier, le cœur, l’esprit, l’amour inconditionnel de ma vie, l’être fondateur, la mère spirituelle, le rocher dont je ne me séparerai jamais. Il y a un mois, elle mourait, vieille, délirante et seule dans sa maison de retraite. Je n’étais pas si loin, elle n’était pas si seule… mais je n’étais pas là et elle est morte. J’ai toujours su que ce moment arriverait et je savais depuis quelques mois qu’il se rapprochait inexorablement. J’étais convaincue de ne pas survivre à ce jour. Et la meilleure partie de moi a voulu mourir avec elle ce jour-là. J’étais convaincue que la colère m’envahirait, après le déni peut-être… puis cette écrasante et incontournable culpabilité. J’avais peur de ne pas savoir comment pleurer. Mais je n’ai connu que le manque d’elle, acéré par la certitude de son absence définitive. Et cette tristesse déchirante qui vous trempe les yeux, les mouchoirs, les cols et les manches, cette douleur spasmodique, bruyante et lancinante. Mes pleurs, pour la première fois de ma vie, étaient dénués de colère, de peur ou de culpabilité. Ils étaient aussi réels et puissants que mon amour pour elle. Pour la première fois de ma vie, j’ai pleuré vrai. J’ai pleuré d’amour.

Trois semaines plus tard, alors que j’essaie encore de comprendre comment et qui je peux être sans elle et pendant que je mesure la force de son amour et de cette profusion de belles choses qu’elle a su faire naître en moi, des connards lobotomisés décident de semer la terreur et la mort dans une ville qui m’est chère. Comme tout le monde, mes yeux et mes oreilles, incrédules, restent scotchés aux informations qui défilent, létales et nauséabondes. Le temps se suspend. Le tac ne suit plus le tic. Le tac ne peut se faire tant que je ne comprends pas comment concilier dans un même monde autant d’amour et autant de haine. Le tac ne raisonne plus, même si les aiguilles continuent de tourner. Elles tournent en rond dans un monde qui ne tourne pas rond. Quelque part en bruit de fond, les bilans et analyses des reporters. Il fait nuit. L’écran de l’ordinateur zèbre l’obscurité ambiante. Le mur est froid contre mon dos, même à travers le T-shirt. Anesthésiée de stupeur, essayant de me raccrocher à la fraîcheur du mur qui m’assure la réalité paisible de mon foyer, je guette le déni… la colère…

A mes côtés, les draps bruissent et se froissent. Des bras m’enserrent et une tête lourde et humide vient peser sur ma poitrine. Je la caresse, la berce, l’embrasse. Elle pleure. Ma femme pleure et elle pleure vrai. Elle pleure sur le monde, elle pleure ces victimes qu’elle ne connaît pas, elle pleure l’Homme et je l’aime pour ça (aussi). Je sais son amour, le mien, le nôtre et brusquement, c’est comme si j’avais conscience de tous les amours… de tout l’amour qui nous relie tous et toutes.

J’emmerde la colère et la haine. Je les laisse à ceux qui ne savent pas aimer.

Et tac !

Beaucoup ont partagé leurs maux après les attentats du 13 novembre. Chaque post, lettre, poème, image ou témoignage nous pénètre, nous vibre au diapason de notre humanité. On ne sait pas toujours quoi répondre car nos émotions ne savent pas forcément se traduire en mots. Mais on les entend et les partage, y compris sur Yagg. Pour ma part, j’ai été incapable de commenter les textes de @jamesajamaisthor , de @zphyr ou de @judith … Mais je vous ai lus et… merci. 

*référence au titre du volume 2 de La recherche du temps perdu de Marcel Proust : « A l’ombre des jeunes filles en fleurs »

Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 12.11.2015 - 23 h 00 | 15 COMMENTAIRES
Vacances, canicule et Visiobulle (Ep. 2)

Bon… Je sais que le manque de suivi de cette nouvelle est indécent, mais rien de tel qu’une petite convalescence pour retrouver le temps nécessaire à ces… futilités ! 😉  Je vous prie donc d’excuser le délai et j’espère être plus rigoureuse à l’avenir. Je vous invite éventuellement à vous rafraîchir la mémoire…

Précédemment…

Il est étrange de se laisser surprendre par un souvenir. Il me faudrait sans doute des heures de recherche pour comprendre les mécanismes de la mémoire, mais pour l’instant, rien ne compte plus que ces images que mon esprit dépoussière.

Elle s’appelait Erika. Elle était la nouvelle et éphémère petite amie que mon frère avait emmenée au mariage de notre cousin. Elancée et anguleuse, ses traits étaient à la fois froids et attirants. Je n’avais pas tout à fait vingt ans, elle n’en avait guère plus. Nous n’avions pas échangé plus de trois mots de politesse formelle et la soirée s’éternisait platement. Mon frère, qui avait un peu trop bu, accaparait l’attention de tous en invitant chacun et chacune à danser, comme à son habitude. Lassée, je m’étais éloignée faire quelques pas sur la pelouse parfaitement entretenue du Golf qui hébergeait la fête.

Assise au versant d’une dune qui me cachait des lumières du mariage, j’observais la lune gibbeuse et son règne croissant sur les étoiles, sur la musique éculée d’un Barry White de circonstance. Je ne l’avais pas entendue arriver et quand elle me demanda si elle pouvait s’asseoir à côté de moi, je ne pus retenir un petit cri. Elle sourit et s’assit, collant son épaule contre la mienne dans un geste qui se voulait complice.

« Toi aussi, tu t’ennuies ? » fit-elle en plongeant son regard dans le mien. J’acquiesçai en retenant un frisson. Je ne comprenais pas ce contact. Mon bras me semblait brûler et geler en même temps là où sa peau si douce caressait la mienne. Et si sa peau me troublait, ce n’était rien comparé à ses yeux. La lune qui s’y reflétait leur conférait un éclat surnaturel.

Pour une raison qui m’échappait totalement, j’avais l’impression qu’elle me dévorait du regard, promenant celui-ci de mes épaules à ma gorge, de ma bouche à mes yeux, de mes oreilles à mes seins. Sur son chemin, il allumait un désir inexplicable sous ma peau innocente.

Jamais une femme ne m’avait fait cet effet-là. Et dans l’euphorie de cette soirée de fête à laquelle nous nous dérobions, bercées par les choix malencontreux d’un DJ sans talent, muettes et incertaines, nous nous sommes embrassées, enlacées, embrasées. Ses lèvres chaudes ont éveillé en moi un feu effrayant. Un feu que je pensais depuis lors avoir éteint. Un feu que je croyais dépendant d’elle et d’elle seule.

Nous ne nous sommes jamais revues après le mariage. Je n’ai même jamais voulu repenser à ce moment perturbant. Erika s’est vite évanouie, comme la plupart des petites amies de mon frère. Peut-être était-elle aussi surprise que moi de la tournure de la soirée… Toujours est-il que j’avais refoulé jusqu’à son nom, sa peau, son goût.

Pourtant, là, en une fraction de seconde, mon corps entier se rappelle de tout avec une acuité déstabilisante. Il l’appelle de toutes ses forces, il la cherche là, sur ce ponton, dans cette eau bleue et limpide…

Non, ce n’est pas elle que mon corps cherche, mais bel et bien cette étrange créature marine qui émerge là-bas. Elle n’est qu’un point au loin et en observant plus attentivement, je la vois croiser ses bras sous sa tête et faire la planche, comme si elle envisageait de poursuivre sa sieste au large. Effectivement, elle flotte ainsi une bonne dizaine de minutes, pendant lesquelles je m’assoie sur le bord du ponton.

Les jambes ballantes, je l’envie. J’aimerais la rejoindre, me laisser flotter moi aussi et dériver jusqu’à elle, trouver un prétexte pour lui parler… Mais que dire à quelqu’un qui sommeille dans l’eau ? Je souris toute seule, bêtement.

Quand elle s’ébranle à nouveau et se dirige droit sur le ponton d’un crawl parfaitement maîtrisé, je demeure pétrifiée. Que faire ? Partir précipitamment et perdre une occasion de l’observer ? Rester et lorgner sans pudeur ce corps svelte qui réveille en moi toutes ces sensations insensées ? Avant que je n’aie pu prendre la moindre décision, elle bifurque légèrement pour se hisser directement et sans le moindre effort sur la plateforme arrière de son curieux bateau.

Incapable de détourner les yeux, je contemple l’eau, que j’imagine salée, ruisseler le long de son corps gracile. Debout sur la plateforme, elle ébroue sa tignasse blonde de ses doigts fins et ses cheveux, gorgés de soleil et d’une humidité marine résiduelle, s’emmêlent anarchiquement. Dans la plus insolente négligence, elle chasse les gouttelettes d’eau de ses bras et de ses jambes avec ses seules mains, caressant lentement et effrontément chacun de ses membres.

Elle semble rêveuse, son regard absorbé par le large. Quand elle passe distraitement ses paumes sur ses seins pour en faire tomber les perles salées qui s’y accrochent, je sens mon estomac se tordre dans tous les sens, et sans que je ne puisse l’empêcher, mes cuisses se resserrent dans un réflexe suspect.

Sûrement a-t-elle perçu ce mouvement involontaire car, brusquement, la voilà qui se tourne vers moi et plonge son regard aiguisé dans le mien. Je me liquéfie et reste transie. Curieuses sensations simultanées qui me laissent complètement impuissante. Nonchalamment, elle esquisse un geste de salut et un sourire, avant de s’en retourner au banc où reposent ses vêtements.

J’ai l’impression que la lame affutée d’un poignard pénètre très lentement ma chair sous mes côtes. Comme je cherche mon souffle, je sens le tissu de ma chemise, légère pourtant, brûler les extrémités hyper-sensibles de mes seins, tendus et impétueux.

Sans la quitter du regard, je l’observe qui me tourne le dos. Sans se sécher davantage, elle enfile rapidement son bermuda et ses fesses savamment dessinées disparaissent tristement. Mais son T-shirt fin colle immédiatement à sa peau hâlée. Chacun de ses gestes me semble être une ode à la sensualité, sur laquelle mon désir veut vibrer, symphonique.

D’une souplesse fauve, elle enjambe les entraves qui lui permettent d’accéder à la cale et elle disparaît quelques secondes qui me paraissent une éternité. Quand elle remonte enfin, une paire de lunettes de soleil vient ombrer son beau visage, accentuant son sex-appeal. Elle ne marche pas, elle se déplace sur le bateau comme elle flottait au large, légère, aérienne. En un instant, elle monte à la barre, porte un regard à sa montre puis sur terre.

Au début du ponton, les gens se sont agglutinés devant ce que j’ai cru identifier tout à l’heure comme une billetterie. Je remarque alors un homme qui traverse la masse en s’excusant sur son passage, la saluant de la main. Il transporte deux cafés dans des gobelets en plastique.

Je n’aime pas le voir parcourir le ponton, comme s’il venait interrompre mes précieuses minutes de… voyeurisme. Effectivement, d’un bond averti, il monte à bord sans renverser une goutte de café. S’il rejoint la jeune femme pour lui en apporter un, il repart aussitôt et s’engouffre dans la cale. Devant la barre, la belle inconnue sirote le contenu de son gobelet en ouvrant un livre, les pieds en éventail sur le tableau de bord.

Pendant quelques minutes encore, je savoure ce plaisir égoïste de la dévorer du regard, mais quand je la vois lever les yeux de son livre et regarder à nouveau l’entrée du ponton, je constate que la billetterie a ouvert ses portes. Les premiers servis commencent déjà à avancer vers le bateau, curieux et impatients.

Le charme étant définitivement rompu, je me rappelle que je peux moi-même me considérer comme une touriste. Après tout, cela fait bien une éternité ou deux que je n’ai pas fait de bateau…

Subitement, l’excitation d’approcher l’objet de ma fascination me donne le regain d’énergie nécessaire pour la quitter momentanément des yeux. En quelques pas, je rejoins la file conséquente, soucieuse d’arriver trop tard. En effet, le bateau n’est pas bien grand, je doute qu’il puisse contenir la totalité de la foule d’ores et déjà amassée. En m’approchant, je remarque avec soulagement qu’il y a en fait deux guichets bien distincts. L’un, littéralement pris d’assaut, qui permet de se rendre sur l’île Sainte Marguerite, au large de Cannes, l’autre, raisonnablement sollicité, pour le fameux « Visiobulle ».

Mon tour arrive rapidement et je prends ma place à la gentille dame qui m’accueille chaleureusement dans son minuscule local jaune et bleu. Munie de mon billet, je retraverse le ponton, sans oser aller directement à ma destination. A gauche, un gros bateau blanc et bleu, visiblement celui qui conduira le plus gros du troupeau sur l’île, s’est amarré entre temps.

Les gens se bousculent devant la passerelle, mais les marins ne semblent pas pressés de les faire embarquer. Les plus jeunes en profitent pour courir jusqu’au kiosque le plus proche, acheter quelques boissons. Les enfants gigotent, retenus péniblement par leurs parents, écrasés par leurs responsabilités et leurs craintes autant que par le soleil. Les bébés dorment plus ou moins paisiblement dans les poussettes ombragées.

Au bout de la jetée, un labrador a pris ma place. Sa laisse pend à son côté, sans humain à son extrémité. Je le rejoins, m’accroupis près de lui, et comme il tourne son museau vers moi, sortant déjà une langue amie, je le repousse gentiment en lui grattant les oreilles. Désolée, vieux, je ne suis pas une fille facile !

Dans son enthousiasme, il envoie ses pattes en avant pour me sauter dessus. Sans que j’aie le temps de comprendre ce qu’il m’arrive, je me retrouve écrasée au sol, le coccyx douloureux et la joue humide. Dans ma chute, le billet s’est échappé de ma main… et sans prendre garde au chien que son maître rappelle d’un ton sec et mécontent, j’observe le petit bout de papier s’envoler au-dessus de l’eau et se poser à quelques mètres à peine de là, en contrebas.

Pendant une seconde, je me sens comme une enfant de huit ans que l’on vient de priver de dessert sans raison. Interdite, je regarde mon billet s’humidifier. Mes yeux font de même. D’un œil désespéré, je me tourne en direction du Visiobulle. Visiblement, quelqu’un n’a rien perdu de cette humiliante scène. Mi-amusée, mi-soucieuse, je vois mon étrange inconnue enjamber précipitamment les barrières jaunes de son bateau et sauter sur le ponton pour me rejoindre.

« Ça va ? », me demande-t-elle en posant gentiment sa main sur mon épaule. Sa voix est veloutée, son regard, mordant, sa main, électrique. Ses lunettes de soleil retiennent sur sa tête les mèches encore moites d’eau iodée et son bronzage laisse deviner les zébrures du sel que rien n’a épongé. Incapable d’articuler quoi que ce soit, je l’entends s’inquiéter : « Vous vous êtes fait mal ?

– J’ai perdu mon billet », dis-je platement, sans reconnaître ma propre voix.

Comme si nos regards étaient aimantés, je lutte pour détourner les yeux vers le petit bout de papier bleu, foncé maintenant, qui flotte insolemment sur cette mer sans vague. Elle m’imite avant de replonger ses iris fulgurants dans les miens : « Pas de panique, c’est moi le capitaine. Et je vous embarque ! », ajoute-t-elle en souriant.

Elle passe un bras sous mes épaules et m’aide à me relever, me soulevant presque. « Vous pouvez marcher ? Ça va aller ? » s’enquiert-elle. Je le lui confirme d’un hochement de tête, respirant malgré moi les embruns salés et le parfum unique de sa peau, de ses cheveux contre moi.

Je dois contenir ma frustration quand, rassurée, elle relâche son étreinte. Mon corps, pourtant, aura gravé indéfiniment le souvenir euphorisant de ses bras autour de moi, de cette force à la fois sauvage et feutrée, du toucher extatique de sa peau, de cette seconde au ralenti, qui m’aura permis de la sentir aussi pleinement, aussi furtivement.

« Ben alors, Crevette, qu’est-ce que tu nous as pêché-là ? » questionne brusquement une voix d’homme devant nous. Emergeant de la cale, je reconnais le monsieur aux cafés de tout à l’heure. « Crevette » ? Amusée, je regarde en souriant la jeune femme à mes côtés. Charmant crustacé que voilà !

« Sois galant, pour une fois, Vic, et enlève la barrière. La dame monte avec nous. »

Obéissant promptement, le dénommé Vic ôte ce qui fait office de porte au Visiobulle et mon chevalier servant m’aide à franchir l’espace vertigineux entre le ponton et le bateau. Ma main dans la sienne, j’aurais sans doute pu franchir des canyons abyssaux ! Une fois sur le pont, je suis surprise par le doux ressac. De la terre, on ne voyait presque pas l’eau bouger. Il est surprenant de sentir ce mouvement, léger mais indubitable.

Rapidement, je détaille le marin décontracté et souriant qui se tient en face de moi. Lui aussi vêtu d’un bermuda et d’un T-shirt sans fioriture, bien bâti de sa personne, dans la jeune quarantaine, Vic parait tout à fait charmant, bien que sans doute un peu trop conscient de ses qualités physiques. Le menton fort, recouvert d’une barbe dense de trois ou quatre jours, les yeux d’un noir ténébreux, les cheveux tout aussi sombres mais parsemés de fils d’argent sur les tempes, il incarne le beau méditerranéen au teint mat et au langage manuel.

« Mademoiselle », me sourit-il en me tendant la main et en s’inclinant de façon lourdement ampoulée. Voilà bien deux ou trois ans que l’on opte plutôt pour le « madame » à mon égard, mais je lui serre la main, lui rendant un sourire amusé. « Vic, à votre service, ajoute-t-il. Marin au grand cœur, homme à tout faire de la crevette que vous voyez là, et amant torride des plus belles femmes d’ici et d’ailleurs. Et vous êtes… magnifique » !

Sidérée par sa verve, je ne peux cette fois retenir un rire franc, quoi qu’un peu nerveux. Du regard, je viens chercher un soutien crustacé : « Ne vous inquiétez pas, il est inoffensif. Et l’état civil préfère m’appeler Roxane, plutôt que Crevette… ».

Sa main à nouveau tendue, je suis sur un petit nuage. Roxane…

Brusquement consciente de mon impolitesse, je me présente à mon tour. « Lise », répète-t-elle, caressant mon âme de son regard de velours. « Asseyez-vous par là, Lise, poursuit-elle, me désignant une place au pied des marches du poste de pilotage. Je dois vous garder à l’œil : vous perturbez mon marin ! Allez, au boulot, Vic ! » lance-t-elle à son collègue, un sourire ironique aux lèvres.

En quelques minutes, le beau parleur invétéré aide la vingtaine de passagers qui attendait impatiemment pour embarquer. Avant que mon banc ne soit envahi, je choisis la place qui me laisse la plus claire vision de Roxane, déjà à la barre, affairée aux différentes manettes qui bipent incidemment. Comme tout à l’heure sur le ponton, je ne peux m’empêcher de l’observer. Elle a maintenant un air sérieux et concentré. Quand elle se retourne pour vérifier que l’embarquement est terminé et convenir du départ avec Vic, elle me jette un regard souriant et un clin d’œil complice.

Une fois les amarres larguées, Vic la rejoint. Là-haut, il se saisit d’un micro et commence par souhaiter la bienvenue à bord, en français puis en anglais, d’une voix chaude et entraînante. Le regard acéré et imperturbable derrière ses lunettes de soleil, notre capitaine androgyne et diablement belle effectue un demi-tour habile et nous voilà partis !

(à suivre…)

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