5381 APPRENDS-MOI… (Ep. 11) | B.U.L.L.E.

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APPRENDS-MOI… (Ep. 11)

Avec quelques semaines de retard, voilà (enfin !) la suite et fin de cette sporadique nouvelle… Toutes mes excuses pour le délai : je vous avais prévenu(e)s que j’étais rouillée !!!

(previously)

Le voile léger des rideaux invite les lumières citadines de la nuit à pénétrer la chambre qui s’engourdit de nos ébats en veille. Il y a quelques minutes, ou était-ce quelques heures, nos corps secouaient cette soirée fébrile de décembre : de nos mouvements aveugles, prescients, passionnés, nous embuions les vitres nous occultant du reste du monde. Il y a quelques heures ou quelques minutes à peine, nous créions un monde, nouveau, notre.

Je ne sais pas si j’ai succombé aux mots doux du sommeil ou si je n’ai fait que somnoler, béate et comblée. A nos frénésies voluptueuses ont succédé de touchantes confessions. Dans l’intimité encore verte de nos effusions, arrivées à épuisement de nos ressources physiques, les paroles ont pris le relai, dans une bienveillante complicité qui aurait pu sembler séculaire.

Je me suis avouée sans pudeur, blessée mais entière, avide et curieuse de sa fascinante personne. Elle s’est révélée, nouvellement forte et fière, se remettant tristement du moignon cruel de l’abandon. Sa précédente compagne l’ayant quittée sans prévenir alors qu’elles étaient supposées agrandir la famille une troisième fois, elle s’était retrouvée seule, humiliée, acculée par ses responsabilités et ses obligations familiales justement au moment de sa « promotion » professionnelle.

Son émotion, encore bien vive lors de ces aveux, faisait vibrer sa voix et trembler ses lèvres. Je n’ai pu retenir mes étreintes les plus tendres. Mais mon inspectrice, fidèle à son impertinence, en souriait de plus belle. Et Dieu qu’elle était belle ! Son sourire, même triste, surtout triste, vrillait mes chairs thoraciques, mâchait mes os, ratissait ma peau en stridences frissonnées. Alors, nous avons fait l’amour à nouveau, dans la fulgurance de nos faims, nous exposant aux souffles, aux gestes, aux cris, aux regards de l’autre.

Tout ce que je vois à cet instant, ce sont les ombres nocturnes, calmes et irrégulières, qui glissent sur la toile lisse du mur à chaque passage de voiture. L’air est encore saturé de nos odeurs, mêlées, embrassées, qui s’accordent au silence sourd du double vitrage et à l’ambiance encore chaude de nos draps froissés pour embaumer l’air du parfum, clair et apaisé du désir.

Au creux de mon épaule, ouverte et fière, Violette repose. Sa respiration quasi inaudible vient caresser la peau nue et offerte de mon sein. A mon flanc, je sens son cœur battre, lourd et paisible. A moins que ce ne soit le mien ?

Lâchés, ses cheveux s’éparpillent sur moi, sur elle, sur le coton épais que je remonte sur son épaule fraîche. Mes doigts, délicatement, osent dans la confidence de la nuit jouer avec ses boucles brunes. Comme si j’avais besoin de ce contact supplémentaire pour confirmer, pour accepter l’exactitude du moment, sa pertinence, son authenticité surréaliste. Quelque part au fond de moi, une voix grave que j’imagine être celle d’Eluard, me déverse de ses vers purs et tendres, cassants et si crument vrais qu’ils déchirent les entrailles comme ils bercent.

L’amour est ainsi. Cru, beau, tranchant, immense, pur, complexe, exaltant, intempestif. Il y a trois jours, je me confondais en désir déroutant, brutal et irrépressible. Aujourd’hui, à l’instant où ce désir, satisfait pour l’heure, sait se taire pour laisser parler ma conscience, je suis tentée de poser de grands mots sur ces émotions bouleversantes de ces derniers jours.

Où est passé mon cynisme sentimental ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de moi, Violette Paulin ? A votre contact, je redeviens guimauve, princesse en détresse et chevalier servant, « Faible ! Faible ! Faible femme ! » comme dirait Figaro.

Je devrais sans doute m’affoler de cette rechute, je devrais me protéger, réfléchir. Cette femme, merveilleuse, fière, tendre et sensuelle, cette femme si terriblement attirante est mère. La légèreté et l’inconséquence ne sont pas une option.

L’espace d’une seconde, je me projette dans un quotidien hypothétique : Violette, moi, et ces deux petits garçons aux visages radieux que je n’ai pas manqué d’observer sur bon nombre de photos un peu partout dans l’appartement. Si je ne m’étais jamais posé de question sur une éventuelle vie de famille, je suis impressionnée de voir à quel point mon imagination est brusquement fertile, cette nuit.

Sans quasiment rien savoir d’eux, et sans en éprouver le moindre vertige, je les vois déjà évoluer autour de nous. J’imagine leurs habitudes, j’anticipe leurs questions, leurs réactions, j’espère une complicité que je modère déjà, redoutant le statut de « belle-mère », avant de conclure sur une certitude : il n’y a rien que je ne sois prête à assumer pour une vie avec Violette.

Une étreinte ensommeillée de celle-ci me ramène sur Terre. Je ne peux réprimer un sourire : il n’y a sans doute rien de plus « lesbien » que de s’imaginer vivre avec quelqu’une après une seule et unique nuit passée ensemble !

L’insomnie prophétique n’est plus de rigueur et je m’endors enfin, bercée par la certitude simple et bienheureuse de me réveiller à ses côtés demain.

Je ne saurai dire qui du soleil ou du bruit léger du verre qui s’entrechoque m’aura tiré de mon sommeil. Avant même d’ouvrir les paupières, je lance mon bras en quête du corps chaud de mon amante, la tête encore toute engourdie de notre nuit tendre et passionnée. Ma main cherche en vain, sous et sur les draps. Déçue, j’ouvre péniblement les yeux pour constater tristement que je suis seule, bien trop seule dans ce grand lit !

Le grognement de mécontentement qui m’échappe est stoppé net par le son léger des pas de Violette sur le parquet. Du bout du pied, elle ouvre la porte et s’avance dans la chambre, les bras chargés d’un merveilleux plateau petit-déjeuner. Voyant ma tête émerger de la couette, elle me lance en souriant : « Déjà réveillée, petite marmotte ?

– Groumpf…

– J’espère que je n’ai pas fait trop de bruit, me dit-elle en déposant délicatement le plateau sur le chevet, de mon côté du lit. C’était trop dur de rester couchée à côté de toi et de te laisser dormir… J’ai bien failli te sauter dessus de bon matin », me confie-t-elle en riant.

Son rire et son petit air mutin me chavirent et comme elle vient s’asseoir auprès de moi, j’attire son corps contre le mien. Conciliante, elle s’allonge tout contre moi et m’enlace. L’odeur du café et du pain grillé titille mes narines, mais qu’importe à mes mains qui déjà s’aventurent sous le voile diaphane de son peignoir ? Qu’importe à ma peau qui brûle à nouveau de la sienne, retrouvée ? Qu’importe à ces milliers de lames, aiguisées de désir, nourries de ses moires, qui encore une fois pénètrent mes chairs offertes, mon âme assujettie, mon cœur tonitruant ?

Le café et le pain seront froids.

Sans trembler, ma main impudique vient tirer sur le cordon qui maintient les pans de son peignoir et, d’un geste lent et si terriblement maîtrisé, elle laisse glisser le fin tissu sur sa peau soyeuse. Le spectacle est d’une sensualité affolante. Ses épaules d’abord, puis ses seins et enfin la plaine suave de son ventre se révèlent à moi dans la lumière étrangement chaude d’un matin de décembre.

« Hum… Bonjour », dis-je à cette sublime vision qui me surplombe à califourchon. Comme mu par mon seul désir, mon corps se soulève jusqu’à ce que mes lèvres effleurent la peau constellée de sa poitrine. « Bonjour », répète doucement ma bouche à son sein gauche, avant d’y déposer un baiser. « Bonjour », s’empresse-t-elle d’ajouter à l’aréole de son sein droit. Et un nouveau baiser vient rééquilibrer les civilités. Enfin, mes lèvres se hissent vers les siennes dans un dernier élan de politesse. Elles laissent s’échapper un ultime « Bonjour », à peine murmuré cette fois, avant que nos langues n’entreprennent de se présenter leurs respects.

Dans les yeux de Violette, le désir se fait incandescent. Il en serait presque douloureux. Mes mains la parcourent, tantôt subtiles, tantôt fermes. Elles caressent, elles affleurent, elle pétrissent et ondulent son corps sur toutes les gammes du plaisir.

Je n’aurai sans doute pas la prétention de croire que je peux anticiper l’avenir sur l’échelle d’une éternité, les « toujours » et les « jamais » ne sont pas des mots à la portée des mortels. Mais ce que la vie me réserve pour les prochaines heures… J’aime.

Fin

http://fineartamerica.com/featured/lesbian-sketches-1-gordon-punt.html

Lesbian sketch, by Gordon Punt

LES réactions (12)
APPRENDS-MOI… (Ep. 11)
  • Par Audoscope 05 Mai 2015 - 7 H 16

    C’est… parfait. Trop parfait pour être vrai ! 😉

     
  • Par lajuile 05 Mai 2015 - 13 H 31

    Merci ! @pucedepoesir pour cette superbe fin. J’attendais ça avec impatience et tu ne m’as pas déçu 🙂
    J’adore le surnom employé par Violette pour désigner Maëlle 😀
    En effet, « petite marmotte  » colle parfaitement à la situation et renvoie un aspect vraiment mimi du personnage.
    J’imagine bien sa tête à moitié endormie avec les cheveux en pagaille émergeant de sous la couette 😀 🙂
    Cependant assimiler Maëlle à une marmotte ne fonctionne pas ! Tout le monde sait que les marmottes ne perdent pas leurs temps à dormir car elles sont bien trop occupées à mettre le chocolat dans le papier d’alu ! 😀 😀
    (Référence: Pub Milka )

     
  • Par sand 05 Mai 2015 - 14 H 16
    Photo du profil de

    @pucedepoesir
    Merci pour cette fin qui nous parlent de ces rencontres qui ont marqués nos Vie…..
    Du pourquoi elle ? De cette différence qui est là, se faisant Vie et Amour et nous libère de nos peurs, ouvrant nos coeurs aux possibilités….

     
  • Par Juls© 05 Mai 2015 - 17 H 09
    Photo du profil de Juls©

    Merci pour cette merveilleuse conclusion @pucedepoesir
    Merci merci merci. Après la journée que je viens de passer, il n’y a rien de mieux que de rentrer chez soi pour profiter de cette belle lecture…

     
  • Par sossourires 05 Mai 2015 - 17 H 22
    Photo du profil de sossourires

    comment ça fin ????
    Mais on veut savoir quelle note va lui donner l’inspectrice !!!! 😀
    Merci @pucedepoesir pour tes textes 🙂

     
  • Par pucedepoesir 05 Mai 2015 - 17 H 59
    Photo du profil de pucedepoesir

    Merci @sossourires @juls @lajuile @audoscope et @sand38 !
    @sossourires : vu qu’elle s’est donnée corps et bien, elle aura eu une bonne note sans doute… Mais tu sais, aujourd’hui, y a pas que la note qui compte. On essaie même de l’enlever et de la remplacer par la « compétence » ! 😉 😀

     
  • Par Soare 05 Mai 2015 - 19 H 23

    Je suis à ma deuxième relecture de cette épisode… ce final est un réel succès, mon préféré.
    J’aime ce déroulement poignant… et vos mots si poétiques à cette prose…
    Cette sensibilité à fleur de peau, que vous partagez à travers vos héroïnes aussi palpitantes soient-elles, rime avec tendresse, douceur et… sensualité.
    Encore merci pour cet épisode, et pour ce plaisir à partager cette nouvelle même… sporadique.
    En espérant vous relire très vite ?

     
  • Par pucedepoesir 06 Mai 2015 - 9 H 39
    Photo du profil de pucedepoesir

    Alors merci deux fois @Soare ! 😉
    Me relire risque de se faire rare… Mais qui sait ?!

     
  • Par dwarfy 09 Mai 2015 - 20 H 07
    Photo du profil de

    Une fin très tendre. J’adore le dernier paragraphe. Et j’espère que tu reprendras vite la plume… 😉

     
  • Par MyosOtis 01 Juin 2015 - 1 H 40

    Avoue, combien de temps pour les trois premières phrases (sans langue de bois hein) ?
    Je vois que t’as rien perdu É. La déflagration des mots, le mouvement du verbe, t’as encore fait des victimes !!! L’altesse de la mise en bouche a encore frappé.. Euhh en mots pardon, lapsuce..

    Pas de leurre, l’armure se fissure. Les corps dénudés sont à l’abandon. Une goutte de sueur perle sur mon front. La pudeur fait place à l’exaltation.
    Sa peau brune réfute mes hésitations, elle estompe mes inhibitions. Tout doucement, contre son murmure, mes forces récidivent, mon esprit s’agite. C’est une égérie, elle ne succombe pas. Ou plutôt, elle feint de ne pas le faire.
    Et quand tout s’écroule au milieu de soi, au chœur du chaos, je me souviens d’elle. Et je souris tendrement je crois, je sais qu’elle existe. C’est une fin en soi.

     
  • Par pucedepoesir 01 Juin 2015 - 16 H 27
    Photo du profil de pucedepoesir

    Combien de temps pour les 3 premières phrases @MyosOtis (ou M-A plutôt 😉 ) ? 3 minutes… ou plus vraisemblablement 3 mois et 3 minutes, vu le délai entre l’épisode 10 et le 11 ! 😀
    Et je pense qu’à la fin, tu veux dire que c’est un commencement en soi… Toute fin est un commencement en soi !!! 😛

     
  • Par Agathe 02 Avr 2016 - 2 H 27

    Exquise prose torride

     
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