5381 décembre | 2014 | B.U.L.L.E.

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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
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APPRENDS-MOI (Ep. 6, le vrai)

(previously)

 

Pendant toute ma jeunesse, je me rappelle m’être questionnée sur ce qui fait de nous des « adultes ». Bien avant ma majorité, j’avais conscience du fait que je ne me réveillerai pas au matin de mes dix-huit ans en ayant brusquement gagné, autrement qu’au regard de la loi, ce grade tant espéré. J’ai plus de trente ans aujourd’hui, et si légalement j’ai le droit de conduire, de voter et de payer des impôts, je ne sais toujours pas ce que veut dire « être adulte ». Je croyais le savoir hier encore. Hier, j’étais quelqu’un de responsable, de bien ancré dans sa vie, avec la pointe de folie nécessaire pour ne pas devenir trop ennuyante. Hier, je savais qui j’étais et ce que je voulais faire de ma vie.

Mais hier, j’ai rencontré Violette.

C’est fou comme une simple rencontre peut faire voler votre vie en éclat… Enfin, la rencontre aurait été bien plus « simple » si elle ne s’était pas soldée par cette accidentelle collision de nos lèvres, ce déconcertant télescopage de nos langues, ce mariage frénétique de nos souffles…

Depuis, je n’arrive plus à penser à autre chose. Rien d’autre que l’odeur enivrante de ses cheveux et celle, plus subtile, de sa peau fraîche. Rien d’autre que le grain subitement plus foncé de ses iris, acérés par le désir, aussi étouffé soit-il. Rien d’autre que ces petits détails bouleversants : la mèche indisciplinée que mes doigts n’ont pas osé ramener derrière son oreille, le décolleté accentué de sa chemise qui m’a brièvement permis d’entrevoir un grain de beauté émouvant sur son sein gauche, la courbe atypique des commissures de ses lèvres, trahissant une exceptionnelle propension au sourire… Et quel sourire !

Je ne me remets pas de son goût, cueilli dans l’intimité partagée de sa bouche, ni de la caresse unique et sublime de ses doigts, de sa paume sur ma joue bienheureuse.

J’ai beau avoir lu, étudié, analysé, décortiqué des dizaines, des centaines des milliers de pages sur l’amour et le désir… Dès lors qu’il s’agit de le vivre, il n’est plus question de connaissance. L’expérience est aussi inutile que mes lectures. L’âge adulte est une chimère : ne reste que cette euphorie adolescente qui donne à ces fragments de souvenirs, tout chauds encore, la violence tragique de la passion.

Et rien n’est plus traître que la passion. Je le sais. J’en garde des cicatrices. Où est donc passé mon bon sens ? Mon cynisme ? L’amertume de ces dix dernières années de blessures, d’espoirs déçus ?

Si j’étais vraiment adulte, une Mme Paulin ne suffirait pas à ébranler tout ça. Si j’étais adulte, je serais rompue à ces assauts de désirs, je serais blindée contre toutes les Mme Paulin de la Terre, je me serais séparée de cette stupide vulnérabilité, j’aurais perdu mon… humanité ?

C’est ridicule. Ce n’est pas ce que je veux vraiment. Ce n’est pas ça être adulte. On ne devient pas une machine quand on est adulte, mais on se connaît. On se connaît suffisamment pour s’accepter avec ses forces et ses faiblesses. Je suis adulte, nom de…

Et Mme Paulin est ma faiblesse.

L’accepter ? Pourquoi pas. De toute façon, qu’est-ce qui peut m’arriver au pire ? Me faire piétiner ce qu’il reste de ma fierté et de mon cœur ? Que vaudrait la vie si elle n’offrait pas de tels risques ?

« Madaaaaaaame, il reste combien de temps ?

– Il vous reste un peu moins de cinq minutes.

– Nooooooooon !

– Si.

– On peut rester pour finir pendant la récré ?

– Je vous laisserai une minute ou deux pour finir, mais pas plus ». Ma bonté me perdra.

Devant les rumeurs naissant dans la classe, je retrouve ma concentration et jette quelques regards orageux en travers de la classe pour dissuader les bavardages en plein contrôle. A la sonnerie, une bonne majorité des élèves se lève comme un seul corps et vient déposer les fruits de ce dernier mois de cours sur mon bureau. Les retardataires terminent à la hâte alors que je les presse, distraitement.

La journée s’est écoulée à la fois très rapidement et d’une insupportable lenteur. Il est 16h pile quand je ferme enfin la porte de ma salle et ce jusqu’à lundi. Dans cinq minutes, les couloirs seront à nouveau envahis : il me faut sortir, et vite. Je n’aime pas la cohue qui règne aux intercours. Le bâtiment est vieux, sans doute pas conçu pour accueillir autant d’élèves. Lorsque deux classes attendent devant des portes qui se font face, il est quasi impossible de passer au travers sans en garder des séquelles physiques.

Je me hâte donc de retrouver mon casier en salle des profs. Par réflexe, je vérifie que rien n’y a été déposé avant de m’échapper. J’ai l’habitude d’y récupérer des copies en retard (plus rarement en avance) ou les sempiternels documents administratifs qui nous sont distribués quasi quotidiennement. Cette fois pourtant, mon regard hâtif est arrêté par une simple feuille A4 pliée en deux, qui laisse voir mon nom manuscrit en lettres capitales sur le dessus.

Intriguée, je m’en saisis et l’ouvre. Les initiales qui me sautent aux yeux en bas de page emballent mon rythme cardiaque : V.P. Sans respirer, je dévore ces quelques lignes : Maëlle, je crois savoir que vous finissez à 15h50 le vendredi. Je n’ai pas beaucoup de temps mais je vous attends dehors. Il faut que je vous parle.

A ma montre, il est 16h03 et je panique. Raaaaaah ! Je viens de perdre les treize minutes les plus précieuses de ma vie ! Vite, je referme mon casier et me précipite dans les escaliers. J’ai l’impression que traverser la cours me prend une éternité et avant même de passer les grilles, je la cherche parmi la foule lycéenne amassée sous un énorme nuage de fumée. Quand le portail se referme derrière moi, la cloche retentit. Dans un râle général, les cigarettes s’écrasent à terre et se piétinent, et un mouvement de masse manque de m’entraîner à nouveau à l’intérieur. Sans voir à un mètre devant moi, je bouscule et me fraie tant bien que mal un passage jusqu’à pouvoir à nouveau respirer et jeter un œil inquiet autour de moi. Mes yeux se posent sur elle au moment même ou mon pied se prend dans la sangle fourbe d’un sac abandonné au sol. Rattrapée au vol par le propriétaire coupable, un élève de deux têtes plus grand que moi qui, en me reconnaissant, s’excuse aussitôt et libère mon bras, je ne rate rien du sourire amusé de Violette qui me rejoint d’un pas léger.

Ses cheveux sont ramassés et tenus à l’aide d’un crayon savamment planté et sa chemise, plus transparente que celle d’hier, laisse deviner le galbe délicat de ses seins, sculptés par un soutien-gorge joliment travaillé. Son tailleur strict s’est effacé au profit d’une simple paire de jean’s qui moule délicieusement la rondeur irréprochable de ses fesses et le fuselage parfait de ses jambes. En une fraction de seconde, mon esprit, qui a gravé jusqu’au plus infime détail de cette nouvelle apparition, décide qu’elle est encore plus belle aujourd’hui.

« Ça va, me demande-t-elle toujours en souriant, vous ne vous êtes pas fait trop mal ?

– Non, non. C’est juste mon ego qui en prend un coup… Je suis désolée d’être en retard, je n’avais pas vu que… Et puis il y avait ce fichu contrôle… Et puis…

– Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas grave. Je suis contente de pouvoir vous voir. »

Son regard est chaleureux et timide en même temps. Je ne sais pas trop quoi faire ni quoi dire. Quand son bras saisit mon épaule et que je vois son visage s’approcher du mien, mes jambes s’amollissent subitement. Heureusement, ce sont mes joues que ses lèvres viennent chercher. Le contact n’en est pas moins bouleversant et s’attarde juste un peu plus que de raison au cours de cette bise informelle. Autour de nous, les élèves se sont faits rares. Ne restent que ceux qui attendent leurs parents en pianotant sur leurs smartphones.

Je les devine plus que je ne les vois car mon regard se perd dans celui de Violette. Le silence entre nous est un puissant vecteur de désir. En une fraction de seconde, ses yeux s’assombrissent et sa main, qui a glissé sur mon bras, se resserre dans une étreinte fiévreuse. Je dois lutter de toutes mes forces pour ne pas me jeter à son cou, là, devant tout le monde et sans le moindre scrupule, lutter pour ne pas poser mes yeux sur ses lèvres car je sais que je ne pourrais pas résister à l’envie dévastatrice de l’embrasser.

D’un raclement de gorge, elle se reprend avant moi :

« Je n’ai que quelques minutes, je dois récupérer les enfants à la sortie de l’école mais… J’aurais voulu…

– Oui ?

– Il faut que je vous parle. Mais pas ici.»

D’un geste sûr, elle passe son bras sous le mien et m’entraîne d’un pas rapide à l’abri des regards indiscrets. Arrivées dans une petite rue perpendiculaire à celle, trop fréquentée, qui passe devant le lycée, elle me pousse gentiment dans le renfoncement d’une entrée d’immeuble. Comme lorsqu’elle a évité mon baiser hier, elle maintient mes épaules contre un mur, à la distance raisonnable mais insuffisante de ses bras tendus.

« Maëlle, commence-t-elle, il faut que je vous dise…

– Oui ?

– Je… Je sais que ça ne se fait pas, que je ne devrais pas mais…

– Mais ? »

Son souffle est court, presque autant que le mien. Je sens mon cœur qui essaie de s’échapper de ma cage thoracique, le bougre. Suspendue à ses lèvres, je fais la bêtise ultime : je les regarde. Elles ne tremblent pas comme je soupçonne les miennes de le faire, mais elles ne sourient pas non plus. Leur gravité, leur tendresse charnue, leur entrouverture sensuelle me submergent de désir. Ses mots seuls me permettent de patienter… Il faut qu’elle parle.

« Nous devons parler. Il le faut absolument parce que voyez-vous, depuis hier je…

– Depuis hier, il le faut, oui, pour moi aussi.

– Je sais.

– Mais j’ai… Est-ce que je peux… Je vous en prie… »

Mes yeux ne se détachent pas de ses lèvres et les mots se dispersent dans ma gorge. Les mots n’ont plus leur place. J’ai tellement envie de l’embrasser que mes mains viennent trouver ses hanches et traduisent mon désir. Quand à son tour elle se met à fixer ma bouche, je sais que j’ai gagné. Ses mains quittent mes épaules pour se saisir de mon visage et je retrouve, émue, la caresse indicible de ses doigts. Son corps tout entier vient se fondre contre le mien et notre baiser affamé se fait étreinte, chaleur, électricité.

Impossible de savoir combien de temps s’écoule alors. Tout ce que je sais, c’est que j’en veux bien plus. Je ne serai jamais rassasiée de ses baisers et mon corps tout entier brûle d’explorer le sien.

« Attends, me dit-elle brusquement, attends. J’étais venue pour te dire… Pour te proposer de…

– Oui, tout ce que tu veux.

– Attends, me dit-elle en riant, attends. Sois sage une minute », me supplie-t-elle alors que mes mains curieuses cherchent à dessiner ses courbes, que mes lèvres se tendent à nouveau vers les siennes. Docile malgré moi, je me fige dans une expectative insupportable.

« Je dois aller chercher mes enfants… Mais ce soir, je les dépose pour le week-end chez leurs grands-parents. Est-ce que tu voudrais…

– Dis-moi juste où et quand !

– Eh ! On se calme, hein, je voulais juste qu’on se retrouve pour discuter !

– On pourra discuter aussi, si tu veux ! »

Comme je lui fais mon plus beau sourire, elle éclate de rire.

« D’accord, je crois que je ne suis pas crédible avec ma discussion… N’empêche que j’aurais voulu en parler. Je n’ai pas pour habitude de…

– Moi non plus, je t’assure.

– Alors, tu veux bien ?

– Qu’on en parle ?

– Qu’on se retrouve ce soir… et qu’éventuellement, on en parle, oui… »

Son sourire entendu me fait littéralement fondre. Plus sérieusement, je reprends :

« Je crois qu’une discussion s’impose en effet. Parce que tu vois, j’ai un sérieux problème de concentration depuis hier. Ça nuit gravement à mon travail. Il faut que j’en parle à mon inspectrice.

– Ah ! S’il s’agit en plus d’une question de conscience professionnelle, ça devient un cas de force majeure. C’est urgent. Qu’est-ce que tu penses de chez moi, à partir de 18h ? Je devrais être rentrée…

– Chez toi ? »

J’essaie de ne pas m’étrangler, à la fois intimidée, curieuse et impatiente. « D’accord », dis-je précipitamment, de peur qu’elle ne change d’avis. « Et c’est où exactement, chez toi ?

– Juste à côté, au 25 de la rue B******.

– J’y serai à 18h.

– Je… d’accord. Il faut que je file », me dit-elle en consultant sa montre.

C’est une manie, visiblement. Comme elle se retourne, prête à me laisser là, pantelante et pleine d’espoir, ma main retient fermement son avant-bras. L’estomac noué de désir et de frustration mélangés, j’ose un : « Attends, j’ai juste deux mots à te dire…»

Dans un sourire complice, sa bouche vient recueillir mes paroles directement à la source. Ce baiser, quoi que bien trop rapide à mon goût, me promet, outre les deux heures d’attente les plus longues de ma vie, tout un univers de plaisirs que je n’aurais jamais cru envisageables il y a quelques minutes à peine.

La voir partir à nouveau est un supplice. Un supplice qui cette fois ne me laisse aucunement perplexe. Au contraire. Je n’ai jamais été aussi sûre de ce que j’avais à faire. 16h15 à ma montre : il ne me reste pas même deux heures pour rentrer chez moi, prendre une douche, me rendre aussi douce que possible et revenir ici pour… discuter avec mon inspectrice !

Ah ! Être prof, quel sacerdoce ! Que ne serait-on prêt à faire par acquis de conscience professionnelle ?

(la suite ici)

Non classé | 06.12.2014 - 17 h 05 | 22 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 6) *fake

Dans la vie, faut savoir prendre des risques… Et comme j’ai besoin de me changer les idées parce que la période est… disons difficile pour moi, voilà la blague la plus cruelle jamais réalisée (en ce qui concerne ce blog)…

Ceci n’est pas un poisson d’avril, puisqu’on est en décembre… Mais ceci n’est pas non plus une suite à la nouvelle en attente depuis des semaines… 😀 😀 😀

Si je dis que je vous présente mes excuses, ça passe ?

Et l’image ? Elle est pas belle, l’image ? 

 

LA VRAIE SUITE ICI !

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