5381 août | 2013 | B.U.L.L.E.

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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
B'rêves d'écriture | 27.08.2013 - 12 h 11 | 17 COMMENTAIRES
La caresse, un jeu sans vainqueur ni vaincu

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Les paupières mi-closes, elle me lance un de ces regards langoureux dont elle seule a le secret, un regard qui appelle inévitablement à la caresse. Comme j’approche ma main, elle pousse l’immobilisme jusqu’à son paroxysme. Evidemment, elle ne me fera pas le plaisir de la moindre réaction. Je sais déjà que le contact de mes doigts, aussi intense soit-il, n’engendrera pas le moindre frémissement. Elle s’évertue à exceller dans cette insupportable indifférence, elle me nargue, impassible, jouissant par avance de cette partie qui commence.

Le jeu entre nous est subtil. Elle en est toujours l’instigatrice. Elle s’approche, mettant en œuvre dans chacun de ses gestes toute la provocation dont est capable son corps gracile. Elle frôle, se colle, se love au plus près, sans avoir l’air de vouloir y toucher. Comme si notre proximité n’était que le fait du hasard, comme si j’étais là précisément à l’endroit où elle a décidé de se poser, et qu’elle ne comptait pas se donner la peine de changer ses plans pour moi.

Je sais qu’elle attend ma main, mais elle ne le dira jamais. Cela fait partie du jeu. Je devrais résister, la lui refuser… mais je n’y parviens jamais. Elle me domine complètement et elle le sait, la garce ! Mais patience. Bientôt, c’est elle qui me suppliera. Je me promène impudiquement sur son corps, je savoure sa douceur, je viens respirer sa chaleur soyeuse. Du bout des doigts, j’insiste au creux de ces endroits que j’ai appris à reconnaître… ses faiblesses. Déjà, elle ne peut retenir un plaisir sonore.

Sait-elle qu’elle se trahit ?  Qu’importe. Je me repais de sa satisfaction. Je m’y consacre de toute mon âme jusqu’à ce que… les cartes changent de main. Les rôles basculent imperceptiblement au moment où je devine son abandon total. Son corps n’est plus que guimauve entre mes doigts. Il me suffit de m’en éloigner de quelques millimètres pour que, grisé par le manque, son corps vibrant cherche à combler la distance qui nous sépare. L’instant est jouissif. Je n’ai presque plus à caresser, c’est elle qui vient se frotter, en quête de ce plaisir impudique, égoïste, quasi solitaire…

Mais elle a besoin de ma main. J’aime être cette main. J’aime être son plaisir. Et je sais qu’elle aime ça aussi. Elle me le prouve en léchant patiemment chacun de mes doigts, en les croquant délicatement alors qu’elle me regarde suavement, de ses paupières toujours mi-closes.

Puis tout s’emballe. Ses yeux s’ouvrent en grand et sa bouche se referme sur moi dans une morsure trop insistante. Avant que j’aie le temps de protester, elle se lève d’un bond, saute du lit et sort de la chambre sans me quitter des yeux… Je redeviens sa chose disciplinée… C’est l’heure des croquettes.

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Itws & anecdotes | 23.08.2013 - 10 h 12 | 25 COMMENTAIRES
Elle m’a dit de pas de te le dire mais…

Étiquettes :

homosexualite

 

Conversation avec ma petite cousine de 7 ans

Nous sommes seules, ce qui n’arrive pratiquement jamais, et je la vois qui minaude et qui se tortille comme un asticot jusqu’à se figer telle le chat guettant le bon moment pour se jeter sur le lézard. A ses premiers mots, je souris …

– Euh… Elo (moi, donc), tu sais Chloé (une autre cousine, de 19 ans) elle m’a dit que… Ah, je suis bête… elle m’a dit de pas de te le dire, mais…

– Ben Emma, si elle t’a dit de ne pas me le dire, si c’est un secret entre vous, il faut le garder, et ne pas me le dire.

Nouvelles contorsions de fausse timidité, air grave de fausse indécision, un Mars et ça repart :

– Oui, mais bon, c’est un secret sur toi, alors peut-être que tu le sais déjà…

Je capitule. Je lui offre ce qu’elle attend : mon attention. Elle prend son air le plus mystérieux et poursuit :

–  Alors en fait, elle a dit que dans la famille, il y avait quelqu’un d’homosexuel… (suspense…)

– Oui.

– Et que ce quelqu’un c’était toi !

– Oui, tu as raison, Emma, ça, je le savais déjà !

– Alors c’est vrai ?

– Oui, bien sûr.

– Mais… Mais on n’est pas une famille d’homosexuels ! me dit-elle en levant les bras au ciel, et sur le ton de l’évidence.

– Ca ne marche pas par famille tu sais, c’est quelque chose de personnel, Emma. On ne décide pas forcément qui on aime, mais l’essentiel c’est d’aimer et d’être aimé. Homosexuel ou pas, ça n’a pas d’importance pour moi. Pourquoi, toi ça te choque ?

Après quelques secondes de réflexion…

– Non, moi j’aime bien l’amour.

Sourires…

Mais d’un ton sérieux, elle reprend :

– Chloé je crois que ça la choque. Parce que que quand elle me l’a dit, elle chuchotait.

– Ah ? Mais tu sais, Emma, quand on est un peu différent des fois, ça fait peur aux gens. Les gens ont l’habitude qu’un homme aime une femme, et vice versa. Alors quand ça se passe autrement, ça perturbe, ça fait un peu peur peut-être. Et quand on a peur, des fois, on a des réactions bizarres… des fois on est gêné, des fois on se moque… Mais au fond, est-ce qu’on est si différents ?

– Han ! C’est comme moi, tout le monde se moque parce que j’ai les cheveux tout frisés…

– Oui, c’est un peu pareil.

Et elle poursuit l’interrogatoire :

– Mais alors… ça veut dire que t’aimes pas les garçons ?

– Ca veut dire que, sentimentalement et physiquement, je préfère les filles. Et toi ?

– Moi je sais pas. J’aime les deux. Dis… si je deviens homosexuelle aussi, tu seras moins seule dans la famille ?

Grand sourire.

– C’est gentil ma chérie, mais je ne me sens pas seule tu sais. Et puis on ne décide pas les choses comme ça. C’est ta vie et ton amour. Quand ce sera le moment, tu le donneras à qui tu voudras.

– Elo ?

– Oui ?

– Ca doit être cool d’être homosexuelle, non ?

– Pourquoi tu dis ça, Emma ?

– Parce que toi t’es vachement cool !

Le pourquoi du comment

J’ai réalisé mon homosexualité il y a six ans. J’ai fait mon CO, il y a six ans. Je respire et je vis pleinement depuis six ans. Ma famille sait, mais n’en parle pas. Je respecte ça. Issue de l’immigration italienne et espagnole, donc fatalement catho engoncée dans cette rigidité de pensée univoque, elle demeure une famille aimante et je me contente de leur non-rejet. Mais je suis suffisamment à l’aise avec qui je suis (et pas seulement avec ma sexualité) pour me permettre de répondre à toutes les questions, des plus innocentes (comme ici), aux plus vicieuses (comme… il n’y en a pas eu pour l’instant… mais je guette, je guette… les tabous ont la peau dure) !

Je n’étais pas préparée à ce que les premières salves de curiosité viennent d’une petite fille de 7 ans. L’espoir est dans la jeunesse !

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B'rêves d'écriture | Plaisir d'écrire | 18.08.2013 - 13 h 23 | 16 COMMENTAIRES
Poétique de l’assouvissement

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Dans ma tête.

Il faut être honnête avec soi, et je sais très bien que tout est dans ma tête… mais pas seulement. Mon corps tout entier s’est plié à ce que mes yeux ne peuvent voir, ce que ma bouche ne peut goûter, ce qui manque à ma peau. C’est étourdissant, violemment intense, mordant le pouvoir du désir. Plus sournoises encore, les morsures de la mémoire.

Hier matin encore, j’ouvrais les yeux sur le souvenir saisissant de ta poitrine, fière, tendue, si insolemment comestible. Ce n’était qu’un flash, une seconde déchue qui aura suffi à ruiner l’innocence des premières heures du jour. Une seconde explosive, qui de sa déflagration muette aura soumis mon corps entier aux exigences de la chair.

Plus que cette vision fragmentée, constater ta nudité provocante, m’y arrêter comme on s’extasie devant une oeuvre d’art ou une aurore boréale, sentir le désir officier jusqu’à la plus infime fibre de mon corps : contractions bas-ventrales, palpitations, respiration aléatoire, frissons, chaleur glacée ou fraîcheur incandescente, larme (?), humidité certaine… rien n’est épargné.

Et même la foudroyante réalité de ton absence n’est pas parvenue à apaiser mon envie de toi.

Mais ce matin…

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Ce matin tu es là.

Les brûlures de l’eros sont tout aussi saisissantes et déjà elles aiguillonnent savamment mes parcelles. Mon corps s’enfle, possédé par ce désir toujours croissant, intensément vivant, dont tu es le souffle. Il est décuplé par les nouveaux souvenirs qui sont venus nous compléter cette nuit, dans le consentement de nos plaisirs pour ce qu’ils sont : nécessité, grâce et extase. Nous nous sommes offertes sans autre attente que cette certitude de chair magnifiée, et comme toujours nous n’avons pas été déçues.

Comment pourrions-nous l’être ?

Nous sommes de l’ordre de l’accord et du désordre des corps… et quand je te vois là, si hédonistement abandonnée à Morphée, je le jalouse et ne peux empêcher ma main de venir caresser tes courbes. Quand je te touche, c’est moi qui frissonne. Ta peau est un hymne à la sensualité, un hymne dont je veux jouer encore et encore toutes les notes de la gamme, ainsi que les notes qui restent à inventer.

Si mes doigts te réveillent, je comprends par tes gémissements que tu ne leur en veux pas. Et quand tu ouvres enfin les yeux pour chercher mon regard, ce sont de nouvelles heures pleines de promesses qui éclosent dans le froissement lascif des draps et les cris à peine étouffés de nos peaux.

Être, encore une fois, plaisir. Avec toi.

« Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir » René Char

Le poète fait l’amour irréalisé du désir incarné plaisir.

photo | Photopoésir | poésie | 06.08.2013 - 19 h 36 | 10 COMMENTAIRES
Champ du consentement (Faim du paradoxe)

Champ du consentement

(Faim du paradoxe)

S’écrire dans le possible, non dans la détermination, car toute volonté est œillère au champ de demain.

Pressentir le potentiel pour ne pas s’exclure, c’est là une forme authentique du destin, celui que l’on épouse dans la lumière, sous le regard bienveillant de l’univers qui consent. Pour ce faire, sortir du cirque, monter à cru et s’élever aux battements irréguliers de la folie, celle qui ne s’absout pas mais qui se permet en silence à l’heure des plénitudes.

Son zénith n’éblouit pas. Il submerge de douceur et triomphe de délicatesse. L’éclipse se peut : sa latitude s’essaime au labour de celui qui cherche sa révélation. Elle éclora dans la patience de l’acceptation de soi.

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Je ne me connaissais pas. Depuis toujours, je me cherchais aux horizons des uns, aux croisements des autres. Lasse, j’ai décidé de me rencontrer de face, affronter l’ego, remonter aux sources vives de la Mémoire Intime. De miroirs en monologues, de méditations en introspections, de cadavres en trésors, j’ai voulu exhumer l’émoi de ce peu d’être que je suis, de ce Tout que je peux être.

Escaladées les falaises de ma médiocrité, j’en ai perdu le vertige. Du haut de ce moi éventuel, culminant au toit du beau, du bon et du meilleur, j’ai mesuré l’étendue de ma méprise.

La solitude est un mirage auquel on s’accroche pour ne pas se noyer dans la nécessité de l’autre. Ma vérité est là où j’accepte mon interdépendance avec le monde. Sans servitude, sans compromis. Seule, je ne suis même pas. A peine quelques bribes peu crédibles de masques élimés que j’ai pris l’habitude de porter.

Avec, dans, par l’autre, je ne me nie pas. J’apprends à être l’humain dans sa dimension exponentielle, charnelle et spirituelle.

Maintenant, le voyage est ouvert. Mes violences se sont tues, muées en force mobile, ascensionnelle.

Maintenant, je suis unie et réceptive, libre d’explorer les possibles, intrépide.

Maintenant, je ne t’attends plus. Je viens vers toi.

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De nos peaux-cibles, je vise l’étoile du présent alors que tu fragmentes l’avenir en souvenirs lunaires.

Tu ne te connais pas. Depuis longtemps tu te cherches aux croisements des uns, aux horizons des autres. Lasse, tu as décidé de te rencontrer au reflet non-épargné de ta solitude…

Bon voyage, ma sœur

 

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Michel Cabaud comp

B'rêves d'écriture | Photopoésir | 02.08.2013 - 20 h 30 | 8 COMMENTAIRES
Autour, loin…

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La soirée est douce. Juste assez pour oublier un instant les lourdeurs de l’été. L’air ne caresse pas, il berce. Je ne m’assois pas pour trouver le repos, seulement pour écouter, sentir, me rappeler. Autour les cigales ne dissimulent pas le crépuscule. Autour, le jasmin mêle ses effluves à la chaleur des dalles de la terrasse. Autour, les ombres familières s’offrent en ballet de mystères.

Quand le grain du ciel devient suffisamment dense, je lève la tête pour guetter la première étoile. Déjà, son éclat solitaire vient faire écho à ma retraite. Paisible, j’isole mon silence au cœur des pierres, qui, seules, sauront en prendre soin. Par-delà leur mutisme, les mots se bousculent sous ma peau. Ma mémoire, trop vive, les dessine sans couleur sur l’ardoise naïve de mes pensées :

Avancer dans la sérénité de la rencontre, dans l’attente ce cette autre qui comble déjà, ce destin prémédité.

Avancer jusqu’à mesurer l’horizon de ton regard et m’y pencher pour atteindre la reconnaissance.

De toi, je contemple les sillons de l’univers, creusés à l’orée des possibles.

Tout est là.

Je peux me défaire alors de ce rôle d’interprète pour être à mon tour matière, contenu et contenant.

Mon œil suggère à ton œil ce que nos bouches taisent, ce que nos oreilles ne sont pas prêtes à entendre, ce que nos peaux anticipent, incandescentes…

Des mots et des maux qui s’essoufflent enfin, emportés par l’inévitable exactitude de la lune. Elle est là, entière et bienveillante. Tu es loin, loin, loin…

Aux silences incontinents

A la parole épidermique

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