5381 juin | 2013 | B.U.L.L.E.

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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
B'rêves d'écriture | 30.06.2013 - 11 h 07 | 14 COMMENTAIRES
D’un battement d’elle

Photo d'Olivier Ciappa (2ème version de l'expo de la Mairie de 3ème arrondissement)

Photo d’Olivier Ciappa (2ème version de l’expo de la Mairie de 3ème arrondissement)

A la belle personne

Sa chambre, son refuge, mon asile cette nuit.

L’ambiance est feutrée, délicieusement alanguie, rythmée par le souffle léger de sa respiration sommeillante. Tout à l’heure, elle s’endormait sur mon épaule. Grisante sensation de bien-être. Comme dans ces moments où on a la certitude d’être au bon endroit, au bon moment. Depuis, elle a creusé sa place dans l’oreiller, maintenant plus ou moins consciemment un maximum de contact entre son corps et le mien.

Je retiens ma main de venir se perdre distraitement dans les boucles de ses cheveux. Son sommeil est bien trop précieux, et ce soir, j’en suis la gardienne. Je sais reconnaître le privilège qui m’est ainsi accordé.

Il est bientôt quatre heures. En bas dans la rue, la vie s’est mise entre parenthèses. Quelques soubresauts d’activité ponctuels me rappellent que non, je ne dors pas. Non, je ne rêve pas non plus. Les yeux grands ouverts, je jouis de mon insomnie aussi avidement qu’on se précipite à la rivière après une traversée du désert. Mes yeux ne se rassasient pas du spectacle de son épaule, abandonnée là, juste à portée de regard. Je suis partagée entre l’envie quasi maternelle de remonter la couette dessus pour la border tendrement, et celle de venir embrasser, croquer cette chair tentatrice.

Mais non. Je convoque de toute ma volonté les forces surpuissantes de l’Immobilisme, juste pour pouvoir continuer à la regarder encore un peu. Pouvoir la sentir, là, contre moi.

Consciente de l’éphémère de la nuit, je lance une prière au Temps. Qu’il ne hâte pas sa course. Qu’il me laisse profiter encore, encore un peu. Il me répond que ma mémoire ne faillira pas. Je sais qu’il a raison. Je ne peux qu’accepter. Accepter en guettant la fin de cette nuit magique.

Il y a quelques heures, nous ne nous savions pas, nous nous devinions à peine. Il y a quelques heures, nous nous rencontrions. En quelques heures nous nous sommes sues, nous nous sommes voulues, nous nous sommes tues. L’intensité aura exacerbé chaque instant comme elle sublime cette minute présente.

Je veux pouvoir, lovée au creux de cette nuit immortelle, graver chaque image, chaque son, chaque sensation vécue auprès d’elle. De son sourire à ses doutes, en m’éternisant sur la tendresse bouleversante, partagée, nécessaire que nous avons échangé, en dérivant sur ces vagues de sensualité qui nous ont submergées, en avouant l’émotion pure et belle, celle qui transporte autant qu’elle atteint.

Trouver à ces heures leur place quelque part entre quiétude et fascination du beau à l’autel de mes souvenirs.

Et s’envoler.

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