5381 janvier | 2013 | B.U.L.L.E.

La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
D-libérations | 30.01.2013 - 21 h 57 | 8 COMMENTAIRES
Je veux croire en toi, Politique !

On y croit !

On y croit !

Voilà un moment que je n’ai rien publié et l’envie me démange… Un regard en coin à mon tas de copies… Mais la lumière tentatrice qui émane de mon écran me ramène encore et toujours à lui. Ce soir, je délaisse mes obligations professionnelles… Demain, je serai huée. Je devrai prétexter un empêchement quelconque, subir les foudres de mes élèves, mais qu’importe.

Initialement, j’envisageais d’écrire un post sur mes aventures de ce week-end. Des aventures exclusivements communautaires, ce qui ne m’arrive pas si souvent. Un week-end parisien qui se solde par une dédicace Gamienne dans les locaux de Yagg, un apéro des losers (enfin !) et une Manif’ pour l’Egalité des Droits… ça n’est pas rien !

Mais tout compte fait, beaucoup de choses ont déjà été dites ou partagées. Certes, la séance de dédicace, la rencontre avec Gami, Judith, Xavier, Céline-L et les yaggeurs/yaggeuses venu(e)s pour l’occasion aura été une expérience inoubliable ! C’est quelque chose de traîner régulièrement sur Yagg, ç’en est une autre de pénétrer son antre matériel et de croiser des visages, des voix, des rires… Helga/Omelette ?… Certes, l’apéro des losers fut à la hauteur de mes espérances, et là encore, ce fut un plaisir d’être introduite dans ce cercle (qui semble tellement inaccessible) des yaggeurs/yaggeuses de la capitale, surtout pour la petite provinciale que je suis ! Certes, la Manif’ était une réussite et c’était bouleversant de voir que nous étions aussi nombreux et motivés dans les rues ce dimanche, et que le soleil était, contre toute attente, au rendez-vous…

Mais depuis que je suis rentrée, les débats ont commencé et déjà, ça n’est plus le sujet. Depuis deux jours maintenant, on assiste dans l’hémicycle (et en dehors) à des moments historiques pour les LGBT. Et les actes héroïques de chaque manifestant de dimanche sont repris d’une seule voix par des femmes ou des hommes qui nous représentent et qui font que, pour la première fois depuis que je suis née, je veux croire en la politique. Je veux croire que quelque chose de bon peut ressortir de ces heures solennelles.

Alors voilà, je n’ai rien de bien nouveau à partager avec vous aujourd’hui, rien de révolutionnaire, aucun scoop, juste un petit espoir qui ne demande qu’à grandir. Plus que tout, je veux croire dans ce pays qui m’a bercée, que je nourris, dans lequel je suis investie corps et biens (voire corps et âme) de par ma profession mais aussi et surtout pour ces valeurs que j’embrasse : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. Et cette loi n’est pas seulement une question d’égalité, c’est tout autant une question de liberté et de fraternité : de liberté car comment pourrait-on se sentir libre d’aimer et de partager cet amour avec la personne qu’on aime si nous n’en avons pas « légalement » le droit ? Et quelle plus belle preuve de fraternité que d’accepter chacun pour ce qu’il est, et non pour ses orientations sexuelles ?

Il faudra sans doute du temps pour faire évoluer les mentalités, mais une chose est sûre, c’est que sans ce projet de loi (et même s’il n’est pas parfait) ce serait encore plus long ! Je viens d’une famille et d’une culture où l’homosexualité est une sorte de crime contre l’humanité. Mais je viens aussi d’une famille aimante. Je conçois (ayant été élevée dans ces tristes valeurs) que tout ne peut être digéré en un jour et qu’il n’est pas si évident de fouler des siècles de traditions bassement religieuses. Je conçois aussi qu’aux vues des images que certains médias balancent à tour de bras, il ne soit pas si simple d’accepter quelque chose que l’on ne comprend pas. Je ne suis pas de ceux qui crient « Homophobes au bûcher ! », mais plutôt « Homophobes, faites-vous soigner » ! Alors oui, il y aura des récalcitrants, des cas désespérés (de la même façon qu’il existe encore de nos jours des nazis, des racistes, et des intolérants en tous genres), mais avec du temps et des moyens (légaux, médiatiques…), nous pourrons voir évoluer ces mentalités.

Je profite de cet article pour remercier tous ceux qui contribuent activement à cette évolution : que ce soit nos glorieux politiques du moment, nos rédacs de Yagg, les contre-prieurs d’hier, les manifestants de dimanche et les militants de demain. Chacun à notre façon, nous contribuerons au changement, à cette égalité qui nous est si chère, à un monde qui sera toujours bien trop loin d’être parfait, mais dans lequel on vivra  un peu mieux !

Euh... la c'est juste pour le plaisir de voir des seins révolutionnaires !

Euh… la c’est juste pour le plaisir de voir des seins révolutionnaires !

D-libérations | 19.01.2013 - 22 h 39 | 7 COMMENTAIRES
A Nice pour l’Egalité des droits !

nice france lgbt logo

Aujourd’hui, Samedi 19 Janvier 2013, Nice manifestait pour l’égalité des droits, et en faveur du mariage pour tous. Et aujourd’hui, j’étais fière d’être niçoise !!!

Pour ceux et celles d’entre vous qui ont l’habitude de me lire, vous aurez compris que je ne suis pas une militante dans l’âme. Mais à force d’entendre des atrocités fuser de toutes parts dans les médias, et parce que j’ai décidé de perdre mon pucelage de manifestatante LGBT, aujourd’hui, j’ai rejoint les rangs de ceux et celles qui ont marché dans la pluie et le froid POUR L’EGALITE DES DROITS. J’avais même décidé de faire les choses bien : équipée de mon réflex, je me suis dit que j’allais faire un reportage photo de cette marche pour vous, yaggeurs-yaggeuses…

Sauf qu’évidemment, ma batterie était à plat… Je sais, je crains. Seule solution de secours : mon téléphone. Le résultat est assez piteux je le crains, mais cela suffit à avoir un aperçu relativement juste de ce que fut cette journée. Je vous embarque avec moi pour la balade et vous propose de compléter avec des mots ce que les pixels ne vous révèlent pas.

Le rassemblement :

DSC_0142

Les premiers courageux…

Le point de rendez-vous était donné sur la place Garibaldi à 14h30, pour un départ à 15h. Pour être sûres de ne pas rater le convoi, nous étions sur place à 14h. On ne sait jamais… Et on craignait fatalement qu’avec la pluie, une grande majorité de gens se soit démotivée… Effectivement, quand on est arrivées, quelques âmes ne se bousculaient pas sous les arcades de la place. Le temps de boire un petit café pour nous réchauffer le moral et déjà, le pavé s’était peuplé.

Et l'ambiance est chaleureuse malgré un temps plutôt hostile pour la région...

Et l’ambiance est chaleureuse malgré un temps plutôt hostile pour la région…

On prend le temps de se chercher, se trouver, s’organiser… Et pour les néofites comme moi, les organisateurs ont assuré le coup, ils ont prévu plein de pancartes à distribuer. C’était cool parce que le crayon que j’avais prévu pour me peinturlurer le visage a rendu sa mine avant de remplir son office…

On retrouve des copines...

On retrouve des copines…

DSC_0159

On attrape une pancarte au passage… quitte à manifester, autant le faire pour de vrai !

DSC_0162

Et la place se remplit, les gens affluent de partout ! On en oublierait presque la pluie…

Même les arbres y mettent du leur !

Même les arbres y mettent du leur !

Le tram , impassible, poursuit son train train quotidien et déverse une nouvelle vague LGBT sur la place...

Le tram , impassible, poursuit son train train quotidien et déverse une nouvelle vague LGBT sur la place…

Et la Police veille ... et me regarde passer d'un oeil torve...

Et la Police veille … et me regarde passer d’un oeil torve…

Le départ :

 

Et enfin, les orteils dégèlent : vive le mouvement !

Et enfin, les orteils dégèlent : vive le mouvement !

Il est maintenant 15h, passé de quelques minutes… parce qu’on ne veut pas oublier les retardataires. Les enceintes, chargées sur le mini camion-benne qui nous sert de char, annoncent le départ du cortège en scandant des slogans enflammés. Tout le monde crie sa soif d’égalité et se met en branle, traverse la place et s’engouffre sous l’architecture audacieuse du MAMAC et de la Bibliothèque Nucéra.

L’ambiance est toujours aussi sympathique. Quelques curieux non-manifestants nous observent, soit avec un sourire encourageant, soit avec cette moue dépitée du non-croyant en l’Egalité. Dans les rangs, on discute, on papote, on prévoit d’ores et déjà le café ou thé post-manifestation (parce que quand même, fait pas chaud !) et on remercie le ciel d’avoir (momentanément) modéré ses larmes.

Sur le trajet :

Devant l'ancienne gare routière

Devant l’ancienne gare routière

La marche se poursuit et on prends le temps de discuter à droite, à gauche. On reconnaît des visages dans la foule, on sourit, on salue. On lit sur la pochette plastifiée qu’une dame a suspendue autour de son cou : « Je suis hétéro mais mon fils est homexuel et a droit au bonheur, comme nous tous ». Mon coeur s’émeut de la passion de la dame qui, dans son élan d’enthousiasme a inventé le concepte « Homexuel ». Je trouve ça mignon. Je suis Femmexuelle.

Puis, comme le cortège passe devant les escaliers qui relient les deux bords du Paillon, je saute sur l’occasion d’avoir une vue d’ensemble avec mon pauvre téléphone… Et comme je gravis les marches, je me fais interpeler par un septuagénaire peu avenant. « C’est quoi encore tout ce bordel ? » me demande-t-il de façon si délicate… Je lui réponds fièrement que nous manifestons pour l’Egalité des droits et lui, en faisant un geste de la main, comme s’il balayait la foule devant lui, me rétorque : « Ah ! Ouais, c’est vrai qu’on nous entube avec ça au lieu de s’occuper des vrais problèmes… »

La nouvelle manifestante que je suis brûle de lui répondre « Mais monsieur, peut-être que si vous vous faisiez justement entuber, vous verriez les choses autrement… et peut-être même que ça vous plairait en plus ! »… Au lieu de ça, je me contente de lui faire mon plus charmant sourire et cours rejoindre le cortège. Non, il ne me gâchera pas ma manif’ !

DSC_0198

Promis, la prochaine manif’, moi aussi je serai équipée.

Heureusement, les gens autour de moi me font vite oublier ce regrettable épisode et je m’émerveille devant les slogans et les banderoles des uns et des autres.

En bout de queue, j’entends vaguement un « Et un, et deux, et trois, ZERO ! » et je trouve cela incongru… Je ne comprends pas ce que vient faire France 98 en ces lieux… Mais en tendant l’oreille plus assidument, les syllabes se détachent plus clairement et je reconnais un slogan beaucoup plus pertinent : HETERO, HOMO, DROITS EGAUX ! Oui, là, j’achète, et j’y mets du mien.

DSC_0202

C’était plus beau avec les décos de noël…

Nous arrivons bientôt sur le pavé de la place Masséna et bien que le cortège s’aère un peu trop, nous sommes toujours aussi nombreux.

On peut la rebaptiser pour l'occasion : Promenade LGBT !!!

On peut la rebaptiser pour l’occasion : Promenade LGBT !!!

On s’en rend vite compte quand on tourne pour rejoindre la Promenade des Anglais…

La pluie a redoublé ses efforts, mais nous tenons bon. Nos rangs grossissent et malgré l’eau qui s’est infiltrée partout et qui fait faire des bruits bizarres à nos chaussures, nous continuons bravement à porter les couleurs de nos croyances, scander les refrains de nos espérances.

Devant le Palais de Justice :

Moi aussi je veux être sur les marches, moi aussi, moi aussi !!!

Moi aussi je veux être sur les marches, moi aussi, moi aussi !!!

Le symbole est puissant : nous clôturons la marche après une heure et trente minutes frigorifiques sur les marches du Palais de Justice où nous sommes si nombreux que nous tenons à peine sur la place.  Le micro crache les remerciements et les congratualtions. Chaque parti ou association présent-e y va de son petit discours.

Comme je veux remplir pleinement ma mission photographique, je me fraie un passage à travers les milliers de parapluies qui pullulent autour et je cherche à me faire une place le temps d’une seconde pour prendre un cliché de la foule… sauf que je suis petite et qu’on ne me laisse pas accéder au haut des marches… alors le résultat est assez pitoyable…

DSC_0211

Résultat pitoyable mais coloré !

Miam !

Miam !

Enfin, la foule se disperse, il est temps pour nous de regagner la chaleur accueillante du Sweeties, ce merveilleux petit coffeeshop dans le vieux Nice qui nous régale de ses bagels, cookies, cupcakes… le tout fait maison et accompagné de boissons délicieusement chaudes…

Bilan de l’aventure : A renouveler !!! A Paris la semaine prochaine, avec un vrai appareil photo et une préparation en béton !

Bilan pour l’Egalité : officiellement entre 1500 et 3000 manifestants, mais j’dirais facile 2500. Et pis y’avait moi !!! 😉

Anecdote :

Le salon du Mariage a lieu ce week-end à Acropolis. Depuis des semaines, on voit des affiches un peu partout qui exploitent à fond la cause :

DSC_0217

Mariage pour TOUS !!!

Et même si le geste était essentiellement commercial, je l’ai trouvé remarquable, et j’avais même décidé d’en faire un post. La première fois que j’ai vu l’affiche, je n’avais rien pour la photographier, alors en rentrant, je me suis mise à la chercher sur Google. Et là, Ô stupeur ! Je vois que la censure est passée par là…

Sans commentaire...

Sans commentaire…

Mais qu’importe.

On était là. Et on se marira !

B'rêves d'écriture | 13.01.2013 - 19 h 28 | 6 COMMENTAIRES
Une lesbienne provinciale à Paris (2)

J’aurais presque envie de m’excuser, en cette journée lourde de bêtise humaine, de publier l’inoffensive suite (fictive, dois-je le préciser) d’aventures parisiennes…

Je  peux pas m'empêcher d'imaginer le gars pommé qui se demande vraiment s'il va se déssaper pour trouver l'issue...

Je peux pas m’empêcher d’imaginer le gars paumé qui se demande vraiment s’il va se déssaper pour trouver l’issue…

 

Tout le monde connaît quelqu’un sur Paris ou ses environs. Quelqu’un de serviable, de charitable qui vous hébergerait comme ça, sans poser de question. Alors vous retrouvez ce quelqu’un, vous confondant en excuses et en remerciements. Vous vous félicitez de ces retrouvailles impromptues, vous acceptez la paire de draps et le canapé qu’on vous offre de bon coeur et vous promettez que vous ne serez en rien une gêne, que vous partirez le matin à l’aurore et rentrerez sans vous faire remarquer. On vous confie un jeu de clés (vous espérez secrètement que ce sont les bonnes !) et on vous souhaite un bon séjour.

Le lendemain, vous vous levez avec l’irascible envie de dévorer le monde. Après une douche-éclair et un petit mot laissé courtoisement à vos hôtes, vous vous éclipsez discrètement. Dehors, le froid qui vous saisit n’entame en rien votre soif d’aventure. Vous êtes parisienne aujourd’hui. La ville est à vous. Il est à peine 7h. Les gens sont déjà bien agités. Vous savez que pour la plupart, le travail les attends alors que vous n’êtes là qu’en dilettante. Vous savourez votre plaisir égoïste en vous engouffrant dans les escaliers du métro.

Ah, le métro ! Souvent, vous entendez les gens s’en plaindre, pester contre ses odeurs, ses squatters, ses usagers maussades… Mais vous ne comprenez vraiment pas pourquoi. Pour vous, c’est toujours un lieu fascinant. Dans les entrailles parisiennes, un ver géant vous transporte au gré de vos caprices d’un tunnel à un autre. vous passez d’un ver à l’autre et tout se ressemble, mais tout est différent. Les gens autour sont d’un éclectisme paradoxalement frappant et insignifiant à la fois : votre regard s’arrête sur chacun sans que rien ne le choque. Beaucoup sont murés dans leur petite bulle, déjà au travail ou encore au lit, laissant la musique de leurs MP3 griser leurs pensées. D’autres préfèrent lire, et le transport devient alors un moment privilégié. Dans un coin, vous remarquez la jeune fille, probablement une lycéenne, qui tourne les pages du Caligula Camusien le sourire aux lèvres. Malgré vous, une bouffée d’espoir vous envahit : Le plaisir de lire demeure une réalité, quel que soit l’âge et quel que soit le lieu ! D’autres encore laissent errer leurs regards eux aussi et il arrive qu’ils croisent le vôtre. Une pseudo complicité s’instaure avec ceux-là et vous vous surprenez à leur faire un petit signe d’adieu quand ils quittent la rame avant vous.

Qu’il dure 5 minutes ou une heure, votre petit périple souterrain regorge d’intérêts. Comme Alice au fond de son trou, tout vous semble magique ici, tout vous semble différent. Quand le métro vous crache enfin à votre destination (si tant est que vous en ayez une prédéfinie…), vous en sortez presque en titubant de bonheur. Vos yeux bloquent malgré vous sur les grandes affiches qui tapissent le quai et les tunnels. En approchant de l’escalier de la sortie, le vent vous surprend, ce vent glacial du mois de janvier. Vous frissonnez des pieds à la tête, mais vous enfoncez vos oreilles dans votre cou et c’est en courant que vous montez les marches. Telle Rocky Balboa, vous avez envie de lever des poings victorieux en débouchant sur la rue encore engourdie de sommeil et de froid.

Arrivée en haut, les pieds ancrés sur le pavé humide, votre regard se lance dans un mode panoramique et très vite, vous repérez les cafés à proximité. En une fraction de seconde (mue par la température) vous arrêtez votre choix sur celui qui vous semble le plus confortable (pas le plus branché, pas le moins cher, juste le plus cosy) et vous y entrez d’un pas décidé. L’oeil toujours à l’affût, vous cherchez cette fois le coin le plus tranquille et le plus douillet. Vous avez trouvé votre table. Vous maîtrisez votre empressement pour ne pas vous jeter dessus. Vous vous y asseyez calmement et comme si vous faisiez ça tous les week-ends, vous commandez un café et un croissant à la serveuse qui s’approche de vous de sa démarche chaloupée.

Voilà. Vous êtes lesbienne, vous venez de province mais vous êtes dans la capitale, et vous faites ce qui pour vous est le must de la vie parisienne : squatter un café dès l’aube avec un bon bouquin et un croissant. Votre émotion est palpable. Oui, d’ici vous avez l’impression de pouvoir avaler le monde. Vous le tenez dans votre main comme un M&M’s qui attendrait la chaleur de votre bouche pour fondre. Et quand la serveuse vous apporte votre commande, c’est dans ses yeux que vous lisez des horizons infinis…

What else ?

What else ?

B'rêves d'écriture | 09.01.2013 - 19 h 45 | 14 COMMENTAIRES
Une lesbienne provinciale à Paris (1)

plan-du-metro

Parce qu’à Paris, moi je trouve que même le plan du métro il est Gayfriendly, avec toutes ces lignes multicolores qui s’entremêlent…

Pour une lesbienne de province, il est intimidant de monter à la capitale. Paris, c’est grand, Paris, c’est beau, Paris c’est… Paris. Alors un jour, vous craquez ! Un jour vous allez sur Easyjet.com et vous vous lancez ! Mais comme vous êtes une lesbienne provinciale, vous vous dites que comme vous avez décidé de faire un truc fou, vous n’achètez pas votre billet sur internet, NON !!! Vous allez l’acheter directement à l’aéroport pour prendre le premier avion abordable qui se présente… pour ne pas prendre le risque se faire échanger ou mal rembourser des billets….

Vous balancez en vrac (ou en pliant méthodiquement) quelques affaires dans une sacoche, vous amassez un taux raisonnablement nécessaire de culottes (shorties, caleçons, boxers, strings, c’est au choix), vous prenez un bon bouquin pour la route et ADIEU Méditerrannée ! Vous êtes folle, vous êtes kamikaze, vous devenez vous-même L’AVENTURE ! Vous trouvez un pote sympa qui fait le taxi, béat d’admiration devant votre témérité et vous lui claquez la bise, sans une larme, sans un regard en arrière.

Enfin ! Tout peut commencer ! Il est 16h, vous arrivez large pour attraper le vol de 17, surtout sans bagage en soute à enregistrer. Alors vous vous mettez dans la file, et comme tout bon voyageur qui se respecte, vous faites la queue… et là, c’est le début de la galère. Chez Easyjet, ils ont plein d’avions, plein de tarifs intéressants, plein de place dans l’aéroport… mais si peu de personnel qu’ils n’arrivent jamais à enregistrer tous les passagers avant le départ des vols. Résultat : avions à moitié pleins et passagers en colère !

Autre résultat, le billet si intéressant est devenu exorbitant, mais vous vous en moquez. Vous avez pris votre décision. Le week-end sera parisien ou ne sera pas ! Vous casquez donc, sans la moindre faiblesse cardiaque ou lacrymale et vous allez faire à nouveau la queue. En passant le portique de sécurité, vous êtes tellement émue de franchir enfin quelque chose que vous oubliez d’enlever votre monnaie de votre poche. Du coup, une charmante madame aux traits asiatiques vous demande de l’excuser et s’approche de vous avec des gants en plastique. Elle vous tâte. Vous souriez malgré vous, évidemment. Puis vous attendez deux heures supplémentaires le vol de 19h à côté d’un geek qui s’acharne sur son Ipad et un bébé qui hurle (et vous priez secrètement pour qu’il prenne un autre vol).

Mais quand votre vol s’affiche enfin et que les hôtesses vous appellent à les rejoindre et à présenter vos billets, vous oubliez tout : Fatigue, cris, déception, gouffre financier… et vous vous précipitez dans… une nouvelle queue. Là, debout, attendant patiemment que les passagers de première classe (un jour, vous en serez !) embarquent, vous lorgnez le fauteuil que vous venez de quitter en vous demandant POURQUOI ça prend aussi longtemps de passer un ticket dans une machine en souhaitant « bon vol » !

Bref. Vous montez dans l’avion. Pire… vous décollez enfin ! A des milliers de mètres au-dessus de la surface de la Terre, vous êtes intouchable. Vous allez à la capitale. Vous êtes LIBRE !!! Jusqu’à ce que le gars, qui n’est même pas à côté de vous, mais de l’autre côté de la dame qui est à vos côtés décide de vous draguer. Il vous raconte sa vie, il vous raconte Paris. Mais son Paris ne sera jamais le vôtre. Vous refusez de vous faire polluer l’esprit, vous vous endormez habilement, coupant court à ses tentatives et par la même occasion, vous emmagasinez quelques forces pour être au top. Avant même que vous n’ayez eu le temps de compter trois moutons, une voix, charmante au demeurant, vous annonce que vous arrivez à destination, et vous souriez malgré votre sommeil interrompu. Vous souriez bêtement jusqu’à ce qu’on vous annonce la température au sol… Là, votre corps tout entier se fige. Inconsciemment, il s’enfonce un peu plus dans son fauteuil pour ne pas affronter cette dure réalité…

Mais vous n’avez pas fait tout ça pour rebrousser chemin à cause du froid… NON. Vous vous secouez, vous levez et quittez enfin votre siège. Vous saluez respectueusement les hôtesses, distraitement les stewards, et vous vous confrontez tout de suite au froid de la passerelle. Vous réprimez vos frissons. Vous refusez de vous laisser anéantir si vite. Vous êtes une WARRIOR ! Et surtout, vous êtes à Orly ! Bon, ça n’est pas encore tout à fait la capitale, mais vous y êtes. Vous avez fait le plus gros.

Et demain… qui sait où vous serez demain…

Publicité