5381 décembre | 2012 | B.U.L.L.E.

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B.U.L.L.E.
Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
critique | D-libérations | film | Homosexualité et éducation | 31.12.2012 - 10 h 05 | 2 COMMENTAIRES
Revoir Julie

En DVD depuis 2005… ou en streaming

Encore une année qui se termine… Certains, rares, diront que 2012 fut une année heureuse et en souhaiteront autant à 2013. Pour d’autres, cela aura été une année difficile. Ce fut mon cas. Alors pour essayer de bien finir l’année, j’ai un petit rituel : je regarde Revoir Julie. (C’est ça ou Starship Troopers !)

Pour ceux et celles qui l’ont déjà vu, vous vous demandez peut-être pourquoi…

C’est sans doute le film le moins prétentieux que je connaisse. Nul besoin d’avoir fait des études cinématographiques pour savoir que le budget était probablement ridicule. Le générique remercie jusqu’à l’opticien qui a fourni les lentilles de contact ! Et pourtant, j’estime que l’objectif est joliment atteint.

C'est ici que tout commence...

C’est ici que tout commence…

Sans spoiler le film, disons qu’il s’agit d’une femme, Juliet, officiellement lesbienne, qui à la suite d’une rupture douloureuse remet sa vie en question et dresse une liste des choses à faire qu’elle repousse sans cesse. En tête de liste, on lit : REVOIR JULIE. Elle se met ainsi en quête de son amour adolescent et les retrouvailles sont pleines de sincérité et d’émotions contradictoires.

Là que les choses se développent... quant à savoir comment ça finit, mieux vaut regarder le film.

Là que les choses se développent… quant à savoir comment ça finit, mieux vaut regarder le film.

Pourquoi cette histoire plutôt qu’une autre ? Parce que tout repose sur l’espoir. Et de nos jours, quoi de plus indispensable et pourtant cruel que l’espoir ? Qui n’a pas envisagé un jour de revoir son amour d’enfance ou d’adolescence ? Et si c’était pour cette année ? Ou la suivante ? Alors bien sûr on a peur, parce que cet « amour » (dont on n’avait peut-être même pas conscience) n’était pas forcément réciproque, parce qu’on a honte de sa vie ou parce qu’on s’imagine qu’on n’aura plus rien à se dire. Parce qu’on est passé maître(-sse) dans l’art de se chercher des excuses pour ne pas aller au bout des choses… Ou parce qu’on décide que c’est le passé et que le passé ne doit pas être remué. Bref, on le fait rarement.

Ce qui me plaît dans ce film, c’est le réalisme des scènes. Les personnages ne sont pas des « bombes stéréotypées », leurs situations sont relativement quelconques, et leur interaction fonctionne dans la complexité de retrouvailles complices mais lourdes d’un passé mal vécu, chacune à sa manière. Des non-dits, des aveux, des souvenirs, des délires communs… Et puis ces petites scènes qui viennent interrompre le fil de l’histoire, et qui ont le chic de me faire bien rire.  Le tout dans un Québec profond, avec cet accent si particulier et ces paysages si chers à mon coeur.

Bref, j’aime ce film. Parce qu’il est décalé et pourtant sonne plus juste que la plupart des films lesbiens. Parce qu’il traite un lieu commun, sans autre ambition que de nous en donner une vision simple et pourtant heureuse.

Si vous l’avez vu, n’hésitez pas à me laisser votre avis, et si vous avez vécu votre propre « Revoir Julie », ça m’intéresse aussi ! 😉

Sur ce, je vous souhaite un bon réveillon et vous donne rendez-vous dans quelques heures pour de meilleurs voeux en 2013 !

histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | texte récit | 27.12.2012 - 01 h 13 | 54 COMMENTAIRES
Les dessous du corps enseignant vol. 2 (suite de la nouvelle érotique lesbienne… et Joyeux Noël !)

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Parce que de l’intérieur, c’est bien aussi !

Pour ceux et celles (surtout celles d’ailleurs, j’imagine) qui auraient raté le début, nous en étions.

 Neuvième partie… et tout ce qui s’en suit !

Je n’arrive toujours pas à croire à ce qui m’arrive. C’est à peine si je parviens à me lever ce matin. Presque tous les muscles de mon corps sont endoloris par mes frasques d’hier. Qui aurait pu prédire que ça se passerait ainsi ? Valérie aussi semblait surprise… Et là, je redoute grandement nos retrouvailles. Je sais d’avance qu’en croisant son regard en salle des profs tout à l’heure, mon corps aura bien du mal à masquer mon désir d’elle. Hier, ce désir nous a enflammées plus que de raison. D’abord brièvement (mais intensément) dans son bureau, mais surtout dans sa chambre. J’ai encore le souvenir de sa bouche sur moi, sa langue explorant la partie la plus intime de mon anatomie, le rythme de ses doigts cherchant mon plaisir. Je me rappelle sa douceur poignante qui s’atténuait à mesure que la passion prenait le pas sur nos ébats. Je suis encore bouleversée de ces quelques heures qui m’ont vue pénétrer son univers si fermé, si secret… et pourtant, j’ai l’impression de ne rien savoir d’elle encore. Hier, vers 20h, quand nous n’arrivions presque plus à nous mouvoir et que nous avons dû, bien malgré nous, nous extraire du lit, ce fut une première déchirure. Val m’a quand même nourrie finalement, et le repas fut serein. Je n’ai pas osé aborder les sujets qui me démangeaient par crainte de rompre ce fil ténu qui venait à peine de se tisser entre nous. Comme je ne voulais pas m’imposer, j’ai fini par prendre congé et je regrette encore qu’elle n’ait pas essayé de me retenir. Nos au revoir, bien que muets, furent empreints d’une chaleur telle qu’ils ne ressemblaient en rien à des adieux ! Du moins je l’espère.

Aujourd’hui, je tremble. Cette femme a chamboulé quelque chose au plus profond de mon être. Et pas seulement parce qu’elle m’a offert une ribambelle d’orgasmes en un après-midi ! Elle a eu une si singulière façon de s’abandonner… A la fois grave et libérée… Comme si quelque chose de vital était en jeu. Comme si le cristal le plus pur résonnait et vibrait au son d’une note énigmatique, sur le point de voler en éclat sans jamais le faire.

Je ne suis pas assez naïve pour me mettre martel en tête. Je ne sais pas comment je dois qualifier ce quelque chose entre nous, mais je sais que j’en veux plus. Je veux d’elle tout ce qu’elle voudra bien me donner.

Mes cours commençant dans une heure, je m’apprête à partir et me surprends en train de me contempler dans le miroir. J’ai choisi mes vêtements avec soin, travaillé mon look, soigné ma coiffure, fignolé un maquillage discret… Et je me trouve toujours aussi quelconque alors que je me voudrais étourdissante ! Tant pis, il faudra qu’elle se contente de moi.

En attrapant ma sacoche et ma veste, je ris nerveusement. Je ris de cette excitation mêlée à l’appréhension grandissante qui m’envahit. Il me faut m’y reprendre à trois fois pour fermer la porte, ma clé refusant de s’y introduire.  Dans la voiture, j’oublie même de mettre la musique tant je suis perdue dans mes pensées.

Quand je me gare devant le collège, mon cœur bat tellement fort dans ma poitrine que je m’imagine bêtement mourir d’une crise cardiaque avant même d’arriver dans le hall. J’y parviens pourtant, et je pousse jusqu’à la salle des profs. Avant d’y pénétrer, je prends une profonde inspiration. De l’autre côté, mes collègues sont en pleine conversation, par petits groupes de trois à cinq personnes, la plupart ont une tasse de café dans la main et tous reviennent sur les oraux d’hier. En entrant, mon regard balaie la pièce sans trouver son point d’ancrage. Elle n’est pas encore là. Si une partie de moi est soulagée, l’autre est rongée d’impatience ! Pourvu qu’elle arrive avant la sonnerie, j’ai besoin de la voir ! En désespoir de cause, je décide de prendre un café.

Quand le précieux liquide a fini de couler dans mon gobelet, la porte s’ouvre et Val fait son entrée. Elle est… je ne peux pas dire « magnifique », même si à mes yeux et à cette minute, il n’y a rien de plus vrai… mais disons qu’elle est définitivement troublante, et je suis si émue que je manque de renverser mon café quand son regard croise le mien et qu’elle me sourit. J’essaie de reprendre contenance pour faire face à son calme quand elle s’avance vers moi. Je remets des pièces dans la machine et fais couler un capuccino. Quand elle se penche vers moi pour me faire la bise, son parfum réveille mes sens et attise mon désir. J’essaie de masquer mon trouble et cherche à déchiffrer son regard. La tranquillité et la tendresse que j’y lis me paniquent. Moi j’ai envie de hurler… de balancer nos cafés, attraper sa main et l’entraîner à l’écart et lui sauter dessus sans autre forme de procès…

Au lieu de cela, je me contente de lui tendre son capuccino. En saisissant son gobelet, elle laisse ses doigts traîner plus que de raison sur les miens, et aussitôt je retrouve cette petite étincelle dans ses yeux qui m’avait tant affolée la veille. Elle me remercie d’une petite voix rauque et ses joues rosissent légèrement. A nouveau, une cruelle envie de la prendre dans mes bras s’empare de moi et un nœud se crée dans ma gorge.

Notre silence devient pesant, d’autant plus qu’autour de nous les conversations fusent, et nos regards sont si lourds de sens que je m’attends à ce que d’une seconde à l’autre, quelqu’un le remarque. Personnellement, peu m’importe, mais je ne veux rien imposer à Val…

Alors je cherche quelque banalité à énoncer. Par chance, c’est à cet instant que notre coordinatrice nous sauve la mise :

–          Alors finalement t’as su qui était Val ? me demande-t-elle de façon rhétorique.

–          Oui, finalement, dis-je dans un sourire.

–          Ah ? l’interroge Val.

–          Oui, il a quelques mois, elle me demandait qui tu étais. C’est vrai que tu es tellement discrète… et pas souvent ici alors forcément…

–          Alors tu voulais savoir qui j’étais, me demande Val droit dans les yeux. Pas trop déçue ?

Son sourire transforme mes jambes en tiges de mousse. Je manque de tomber à la renverse. Je sais que ma réaction risque de nous trahir mais fort heureusement, notre coordinatrice se fait héler par un collègue d’Histoire à l’autre bout de la salle. Sans remarquer mon émoi, elle s’excuse auprès de nous et traverse la salle pour le rejoindre.

–          Alors, déçue ? insiste Val.

–          On ne peut pas dire ça, dis-je en m’étranglant.

–          J’ai des… photocopies à faire, me confie-t-elle. Tu m’accompagnes ?

Comme j’acquiesce d’un signe de tête, mes jambes chevrotent de plus belle. La salle de la photocopieuse n’est pas exactement l’endroit le plus intime qui soit, elle s’ouvre directement sur la salle des profs, seulement, nous y serons un peu plus à l’aise pour… discuter. Coup de bol, elle est déserte. Val tape son code sur l’énorme machine et cale ses feuillets dans le chargeur. Comme elle me tourne le dos, je ne peux m’empêcher de contempler sa nuque délicate. Je suis saisie par une terrible envie de l’enlacer et de venir embrasser cette zone en particulier. L’impression lancée, le ronronnement assourdissant de la machine atténue le bruit des conversations à côté. Avant qu’elle se retourne, je ne résiste pas. Je fais un pas vers elle et pose sobrement une main sur sa hanche et de l’autre, je caresse sa nuque et le haut de ses épaules. Je la sens tressaillir et comme je redoute une réaction pudique de sa part, je retiens mon souffle quand elle pivote et me fait face. Son regard est brumeux, comme perdu dans le vague et il ne s’éclaircit que pour se poser sur mes lèvres. La tentation est trop grande. Après m’être assurée d’un coup d’œil que la porte était bien fermée, je lui tends timidement mes lèvres. Elle s’en empare avidement et notre baiser, bien que trop bref à mon goût, nous laisse haletantes.

En silence, nous nous dévisageons, nous nous invitons, nous retenons, nous provoquons, nous désirons. Val est acculée contre le copieur et mon corps à travers le sien perçoit les vibrations régulières de la machine. Rien n’est plus tragique à cette minute que notre désir l’une pour l’autre. En aimable tortionnaire, elle fait lentement remonter une de ses mains jusqu’à ma poitrine et vient pétrir mon sein d’un geste sûr. Le gémissement qui m’échappe lui arrache un « chuuut » sadique. Pour me venger, mes doigts s’aventurent entre ses jambes et pressent sur la fine toile de son pantalon à l’endroit fatidique. Je sens sa chaleur et son humidité transpercer le tissu et je perds le contrôle en voyant à nouveau son regard se brouiller.

Une voix résonne juste derrière la porte et Val se retourne précipitamment vers la machine. Je fais un pas en arrière, guettant une intrusion qui n’arrive pas. Dans ma poitrine, mon cœur fait des bonds acrobatiques et dans ma culotte, c’est un remake du tsunami de 2004 en moins mortel. Etais-je réellement sur le point de lui faire l’amour, là, comme ça ? Oui.

Sur l’instant, je ne sais si je dois remercier ou blâmer mes deux collègues qui ont visiblement décidé de discuter à un mètre de la salle du photocopieur. Quand Val part dans un petit rire nerveux, je l’accompagne et quand elle se retourne, un fou rire se déclenche, interrompu par le silence de la machine qui a fini de cracher ses copies. Presque simultanément, la sonnerie retentit. Zut… Il va nous falloir nous quitter… Mais jusqu’à quand ?

–          Tu es là jusqu’à quelle heure ?

–          Dix heures, me répond-elle. Ensuite, je file sur l’autre collège et je finis à 15h30 aujourd’hui. Et toi ?

–          Aujourd’hui, je fais journée complète, dis-je dépitée à l’idée d’être privée d’elle toute la journée. Mais si tu pars à dix heures, ça veut dire que tu restes à la récré ou pas ?

–          Non, pas le temps, je reprends quinze minutes plus tard, j’ai juste le temps de traverser la ville. Et en plus… je crois qu’il vaut mieux éviter de passer les récrés ensemble, me dit-elle dans un sourire entendu. C’est… dangereux.

Devant ma moue boudeuse, elle attrape mon menton dans sa main soyeuse et dépose un chaste baiser sur mes lèvres. Je souris malgré moi. Satisfaite d’elle-même, elle se retourne et rassemble ses copies qu’elle vient placer contre sa poitrine. Avant de me faire face à nouveau, elle commence une petite phrase timide : « Si tu veux, tu peux passer à la maison quand tu as fini… ». Quand elle croise mon regard, je vois qu’elle y cherche, fébrile, une réponse. Je suis pétrifiée autant de désir que de soulagement ou d’incompréhension : comment peut-elle seulement douter de ma réponse ?! J’essaie de me faire aussi douce que possible pour lui répondre : « Avec plaisir». Son soulagement m’émeut et comme elle précise que je peux venir dès que j’ai terminé, qu’elle m’attendra, je saisis sa main et croise nos doigts. Elle sourit. Derrière la porte, nos collègues se mettent en mouvement. Ils quittent un à un la salle des profs, et nous devons en faire autant. Val se dirige déjà vers la porte, m’entraînant de nos doigts joints. Quand elle met la main sur la poignée je me précipite pour retenir son geste. « Attends », lui dis-je d’un ton implorant. Comme elle se retourne pour m’interroger du regard, je l‘embrasse à nouveau, la plaquant précautionneusement contre la porte. Le temps nous étant compté, je savoure chaque seconde de sa langue, de son goût, de son corps brûlant contre le mien.

La séparation est douloureuse. Nous traversons en silence la salle des profs, vide à présent. Nous descendons les escaliers et gagnons la cour de récré où nos classes respectives nous attendent. Val, qui avance juste devant moi, se retourne et m’envoie un de ses plus tristes sourires juste avant de rejoindre la file d’adolescents surexcités qui s’agitent dans leur rang. Je m’évertue à retrouver mes esprits et j’ai toute la peine du monde à essayer de me concentrer sur ma propre classe. Je ne sais même plus ce que je suis censée leur faire faire ce matin…

« Ca va pas m’dame ? » s’enquiert un petit premier de la classe, observateur. Sans lui répondre, je lui souris gentiment pour le rassurer. Nous regagnons notre salle et je m’efforce de me remettre dans la peau de Madame la prof de français. Ca me semble impossible au début, mais bien vite, les bonnes vieilles habitudes reprennent le dessus. Chaque heure passe, plus lente que la précédente, comme si le destin s’acharnait à repousser sans cesse la fin des cours, la libération, nos retrouvailles.

Quand la cloche retentit à 16h30, toute la fatigue accumulée au cours de la journée s’envole. J’en oublie même de donner les devoirs à mes élèves qui en jubilent en silence, craignant sans doute que je ne change d’avis. Je ramasse mes affaires à la hâte et me précipite jusqu’à ma voiture. Une collègue de SVT m’interpelle dans le couloir mais je l’éconduis aussitôt. Je ne prends même pas la peine d’échanger comme d’habitude quelques mots avec Josiane, la dame de la loge, je lui envoie un « Bonne soirée, Jo !» auquel elle n’a même pas le temps de répondre. Ma voiture démarre à 16h32 et je coupe le contact à 16h33 devant chez Val, pestant d’avoir d’ores et déjà perdu trois précieuses minutes. Le portail est ouvert. Je sonne néanmoins pour annoncer mon arrivée et m’avance jusqu’à la porte d’entrée. Elle s’ouvre avant même que je n’aie fait la moitié du chemin et quand j’en passe le pas, Val me saute littéralement dessus. Je ne pouvais espérer meilleur accueil. Ses lèvres trouvent les miennes et déjà ses mains enflamment mon corps impatient. La voracité de notre baiser fait écho à la fièvre qui s’empare de nos corps et à peine la porte refermée, me voilà plaquée contre le mur, au bord de l’orgasme que cette journée de frustrations avait d’ores et déjà bien amorcé. La sonnerie de mon téléphone se fait entendre brusquement, interrompant notre étreinte. Gênée, Val s’écarte de moi, rougissant fortement.

–          Pardon, excuse-moi, me dit-elle. Je ne voulais pas… mais j’ai tellement envie…

Sa détresse me bouleverse une nouvelle fois et comme la sonnerie persiste, elle poursuit :

–          Tu peux répondre si tu veux, je vais faire du thé.

–          Non attends !

Elle se fige instantanément et m’interroge du regard. Je sors précipitamment mon téléphone de ma poche, raccroche au nez de ma mère et l’éteint par la même occasion. Je le range dans ma sacoche et pose celle-ci aux pieds de son portemanteau. Elle m’observe sagement et quand mes yeux se replongent dans les siens, j’ouvre mes bras pour elle. Elle vient s’y loger et je me sens alors parfaitement bien. Complète. J’ai attendu cette seconde toute ma journée… toute ma vie peut-être dirais-je si j’étais fleur bleue. Ce que je sais, c’est qu’à cet instant, c’est ce que je désire. Elle est ce que je veux. Et je peux enfin la serrer dans mes bras. J’ai l’impression de recueillir un petit oiseau blessé et je me sens étrangement honorée de sa confiance, heureuse qu’elle accepte mon étreinte, comblée qu’elle en soupire d’aise.

–          J’ai rêvé de ça toute la journée, murmure-t-elle, étouffée entre mes seins.

–          Et moi donc !

Nos poitrines se soulèvent au rythme de nos respirations et ma main caresse ses cheveux. Comme bercés par une musique acousmatique, nos corps se balancent quasi imperceptiblement. Il y a plus de tendresse entre nous à ce moment-là que je n’en ai reçu de toute ma vie (amoureuse, du moins). Sans que le désir ne disparaisse, j’ai alors le sentiment de vivre quelque chose de précieux. Quand elle lève son regard vers moi, c’est pour me tendre ses lèvres. Notre baiser, d’abord tendre, se fait langoureux puis passionné. Nos mains se rencontrent, nos doigts se croisent, s’enlacent, se disjoignent, effleurent nos peaux, cajolent sensuellement l’autre. Dès lors que j’entreprends de déboutonner sa chemise, elle recule d’un pas et, face à mon incompréhension, elle me fait un petit signe de la main pour m’encourager à la suivre : « Viens, dit-elle, sinon on est capable de faire ça là ! ».

Oh oui, j’en serais bien capable ! Mais j’obéis à ma dame et lui emboîte le pas dans le couloir tout en me défaisant de mes propres vêtements. Quand elle ouvre la porte et se retourne pour m’inviter à entrer, ma nudité provoque en elle une double réaction : pendant une demi seconde, elle sourit franchement, mais presque aussitôt son sourire disparaît et son visage reflète un air grave. Son regard, voilé de désir, se perd d’abord sur mes seins, puis entre mes jambes. Je me sens ridicule car mon jean est encore accroché à un de mes pieds et traîne par terre, pourtant à la vue de son regard j’oublie tout. Une bouffée de désir me saisit et m’enivre et quand elle me tend la main pour m’allonger délicatement sur son lit, j’ai l’impression d’être en ébullition. Je l’observe se dévêtir lentement, trop lentement, suspendant chaque geste dans une provocation intenable et délicieuse en même temps. Une légère rougeur trahit sa timidité mais, loin de s’arrêter en si bon chemin, elle tire sur mon jean pour en délivrer mon pied toujours prisonnier avant de venir s’étendre sur moi tout en souplesse. La rencontre de nos peaux achève de m’exciter et j’empoigne ses fesses à pleines mains et nous fait basculer pour inverser nos positions. Là, je l’embrasse fougueusement et la sens gémir dans ma bouche quand ma jambe vient se caler entre les siennes, frottant contre son sexe déjà bien humide.

Comme je commence à bouger tout contre elle et à glisser une main entre nous pour caresser ses seins, elle nous fait à nouveau basculer et place à son tour sa cuisse contre mon entrejambe, lui aussi généreusement hydraté. Ce faisant, elle positionne un de ses seins juste à la hauteur de ma bouche. Mes lèvres s’en emparent alors que mes mains retrouvent ses fesses. Son téton se durcit insolemment au contact de ma langue et pendant que je le suce délicatement, une de mes mains vient attraper l’autre et le fait rouler entre mon index et mon majeur. Elle gémit du plaisir que je procure à sa poitrine alors que je me cambre sous l’effet de sa cuisse sur mon sexe. J’ai tellement envie d’elle… Comme j’essaie d’inverser une nouvelle fois nos positions, elle me plaque contre le matelas avec une force surprenante. Je me laisse donc faire, surprise de deviner ses intentions, ravie et surexcitée de la voir opérer, toujours dans la plus grande souplesse et délicatesse, un habile demi-tour, m’offrant ainsi l’accès à son sexe tout en entreprenant de lécher le mien. Son premier coup de langue est déjà presque une délivrance. Mais pour ne pas succomber immédiatement au plaisir, je me concentre sur son propre sexe. De mes mains, je caresse son dos, ses fesses, ses cuisses, puis reviens sur ses fesses pour appuyer ses lèvres chaudes et luisantes contre ma bouche avide.

Entre mes jambes, la montée de plaisir est insoutenable. Je m’efforce de lui rendre la pareille, pénétrant son sexe en durcissant ma langue. Elle en gémit lascivement tout en emprisonnant mon clito entre ses lèvres et en commençant à le sucer dans une cadence lente mais entêtante. Je suis au bord de l’apoplexie mais je poursuis bravement ma mission. Ma langue caresse mollement toute la longueur de son sexe depuis son clito jusqu’à l’entrée de son vagin, puis la pénètre vigoureusement. Ses fesses remuent au rythme de ma langue et je sens les miennes s’agiter malgré moi de plus en plus vite, répondant à l’intensité croissante de ses petits bruits de succion. Je sais que je vais jouir, je sens mon plaisir se répandre dans tout mon corps, prêt à exploser dans sa bouche. J’essaie de le réprimer comme une envie d’éternuer mais en vain. Quand l’orgasme se déclare, je plaque ma bouche contre son clito. J’étouffe mes gémissements dans son humidité et pour chaque salve de plaisir, je presse de ma langue son petit morceau de chair enflé. J’aurais aimé tenir plus longtemps. J’aurais aimé qu’elle jouisse en même temps que moi. Au lieu de cela mon corps se tord sous l’extase qui s’éternise encore et encore. Sa bouche ne me laisse aucun repos, jusqu’à ce que je sois contrainte d’abandonner son sexe pour exulter. Mon cri modère enfin les ardeurs de ses lèvres et mon corps se détend lentement. Sous mon nez, son clito me nargue suavement. Malgré ma faiblesse passagère, je ne résiste pas et me jette à nouveau goulûment entre ses jambes. D’un mouvement de hanche, je chamboule nos corps emmêlés et reprends le dessus. Val halète si fort que mon corps en est soulevé et cela m’excite encore plus. Mes lèvres et ma langue s’agitent frénétiquement et s’impriment de plus en plus fort contre son sexe, oscillant rapidement de droite à gauche. A son tour, je la sens s’arquer à mesure que son plaisir monte. Quand elle jouit, les déflagrations de son plaisir provoquent des spasmes qui contractent ses cuisses autour de mon visage. Seule ma langue peut poursuivre ses errances, perpétuant aussi longtemps que possible les caprices de son orgasme.

Saturée de plaisir, elle m’invite à me retourner, attirant ma tête contre sa poitrine encore palpitante. Ses bras m’enserrent avec force, comme si elle craignait que je lui échappe. A mon tour, je resserre notre étreinte et embrasse son sein sous mes lèvres. Je ne peux réprimer un petit grognement d’aise qui la fait sourire. Comme elle se met à caresser mes cheveux, mes grognements redoublent.

–          Hum… C’est trop bon, dis-je entre deux soupirs.

–          Ca va mieux ? me demande-t-elle rieuse.

–          Oh oui ! J’en ai eu envie toute la journée. Tu…

J’hésite une seconde, prête à dire ces mots implacables que je retiens depuis des heures. Je m’étais promis de ne rien précipiter, je ne veux pas l’effrayer, je veux faire en sorte qu’elle se sente libre avec moi. Nous venons à peine de nous rencontrer et je ne veux rien gâcher… Pourtant je me lance timidement :

–          Tu m’as manqué.

Sa main se fige dans mes cheveux. Mon souffle se suspend. Ses doigts viennent se saisir de mon menton et elle relève mon visage pour m’obliger à faire face à son regard.

–          Tu m’as manqué aussi, me confirme-t-elle. Tu m’as manqué toute la journée, et toute la nuit.

Son petit sourire me rassure et je viens cueillir un baiser sur ses lèvres avant de retrouver ma position préférée, contre son sein. Sa main retrouve le chemin de ma tête et coiffe patiemment mes cheveux alors que de mon pouce, je caresse chastement son épaule nue. Je sais qu’il suffirait que je glisse ma jambe entre ses cuisses pour réveiller notre désir, mais je veux profiter de l’instant et du plaisir de savoir que le manque était réciproque. Nos respirations se font de plus en plus lentes, régulières, et je me sens malgré moi sombrer dans un coma duveteux.

J’en suis tirée par un doux frisson. La main de Val s’est posée sur mes fesses et remonte le long de ma colonne vertébrale. Je me dresse sur un coude et lui demande :

–          Je me suis endormie ?

–          Un peu. Quelques minutes.

–          Je ne peux pas croire que j’ai fait ça, dis-je mortifiée.

–          C’était mignon. Tu es… craquante.

–          Mon œil ! Super classe la fille qui s’endort après l’amour…

–          Pourquoi, on avait fini ? Me demande-t-elle mutine.

Aussitôt mon désir renaît et déjà un feu lubrique s’embrase entre mes jambes. Mais ses propos ne peuvent rester sans réponse :

–          C’est d’autant plus vexant ! Je m’endors en plein milieu… non mais tu te rends compte ?!

D’un baiser, elle me fait taire et attire mon corps contre le sien. Ma jambe vient se glisser entre les siennes et lui arrache un soupir d’excitation. Oubliant mes scrupules, je caresse sa poitrine de ma main libre et descends ma main le long de son flanc. Je sens son corps entier réagir à mes caresses. Sa peau vibre sous mes doigts et je ne connais aucune sensation aussi troublante, grisante que celle-là. J’embrasse son cou et fais courir ma langue sur ses salières avant de retrouver sa bouche pour un baiser impétueux. D’un mouvement de hanche, je ramène ma deuxième jambe entre ses cuisses et viens appuyer mon bassin contre le sien. De mes genoux, j’écarte ses jambes jusqu’à sentir nos sexes mêler nos sucs respectifs. J’apprécie qu’elle soit déjà si mouillée. Comme j’entreprends un mouvement de va-et-vient contre elle, mon pubis m’envoie de cruelles décharges de plaisir à chaque contact entre nous.

Ses mains caressent mes fesses et comme je me tends, elle vient attraper un de mes tétons dans sa bouche. Ses dents l’asticotent, engendrant un râle qui s’échappe de ma gorge. Quelle que soit sa façon de me toucher, elle provoque aussitôt une réaction violente de désir et de plaisir en moi. Ne pouvant supporter plus longtemps le sort qu’elle réserve à mes seins, je m’écrase sur elle et glisse une main entre ses jambes. A nouveau, je suis bouleversée par son humidité. Quand j’atteints son clito, elle étouffe un cri. De mon pouce, j’imprime de petits mouvements circulaires autour de lui et de mon majeur, je la pénètre lentement. Sa matrice m’accueille chaudement, elle gémit quand j’en ressors tout aussi lentement. Après avoir répété plusieurs fois l’opération, mon annulaire s’insère à son tour. Mes gestes sont lents et appliqués. Je ne veux pas lui faire mal, et je constate avec délectation qu’il n’en est rien. Son corps s’agite sous le mien. Je sens qu’à son tour, elle lutte pour ne pas précipiter les choses. Le rythme s’accélère pourtant et quand elle parvient aux portes de l’orgasme, elle vient brusquement interrompre le mouvement de ma main. « Doucement, me dit-elle, je veux que ça dure. C’est trop bon ».

Ses désirs sont des ordres, que je prends un malin plaisir à exécuter. Je retire complètement mes doigts… puis la pénètre à nouveau de mon index et mon majeur cette fois, lentement mais profondément. Quand je ressors, je l’entends râler un « Oh oui… » et je reprends de plus belle, tout en douceur. Mes doigts s’enfoncent en elle jusqu’à ce que ma main butte contre l’entrée de son vagin, puis je me retire à nouveau. Ces gestes lents m’enivrent tant et si bien que leur mécanique m’échappe. Sous la pression toujours plus intense de ma main, mes doigts glissent jusqu’à son anus et s’y engagent sans que je puisse les retenir. Quand je prends conscience de mon erreur, je me replie aussitôt mais la réaction de Val est éloquente. Elle crie son plaisir sans la moindre retenue et son corps se cambre violemment. Ne sachant si je peux continuer ainsi, je m’y risque, trop émoustillée par sa réponse inattendue. Mes doigts, se fraient à nouveau un chemin entre ses fesses et provoquent une nouvelle fois un résultat sans équivoque. Je la pénètre donc ainsi, ivre du plaisir que cela lui procure. Je me délecte de son abandon et je remercie intérieurement le ciel de m’avoir permis de rencontrer cette femme. A mesure que ses cris s’intensifient, je guette son orgasme et quand il s’approche dangereusement, je passe une de mes jambes entre ses cuisses et commence à me frotter contre elle. Les premiers râles de son orgasme déclenchent instantanément mon propre plaisir et nous jouissons aussi furieusement l’une que l’autre.

Il nous faut de longues minutes pour retrouver nos esprits. Mes doigts toujours en elle, je me rappelle que j’ai peut-être franchi des limites qu’il ne m’était pas officiellement autorisé d’outrepasser. Je me retire lentement, lui arrachant un soupir et, toujours tout contre elle, je me redresse et engage d’une petite voix :

–          Je suis désolée pour… être passée par derrière. Ca… j’ai glissé et… je ne savais pas si… alors tu vois…

–          Hum… me répond-elle dans un grognement de plaisir. Comme tu as pu le constater, je n’ai rien contre… Rien du tout, bien au contraire !

–          Val ?

–          Oui, me demande-t-elle soudain inquiète du ton sérieux de ma voix.

–          Tu es parfaite, lui dis-je dans un sourire.

Le regard qu’elle me lance alors me chavire le cœur et je l’embrasse tendrement. Quand nos peaux ne s’embrasent pas mutuellement, elles s’apaisent jusqu’à atteindre une forme de plénitude que je ne connaissais pas jusqu’à lors. A nouveau, ma tête revient se poser sur sa poitrine et sa main retrouve mes cheveux. Je voudrais rester comme cela indéfiniment. Malheureusement, nos estomacs nous rappellent à l’ordre et commencent à gronder impudiquement. Je ne veux pas me lever. Je suis prête à sauter le repas si cela implique que je peux rester passer la nuit tout contre elle, mais quand elle rompt notre silence béni pour me demander si moi aussi je meurs de faim, je dois me résoudre à accepter d’aller manger.

Comme nous nous redressons et nous apprêtons à nous lever péniblement, Val attrape ma main et me demande d’un air grave :

–          Dis, est-ce que tu accepterais de… Hier soir, je ne voulais pas te voir partir. Je n’ai pas osé te… et puis peut-être que tu ne peux pas ou ne veux pas… Il faut me le dire si c’est le cas mais… Tu veux bien rester cette nuit ?

Je n’en crois pas mes oreilles. En fait, je suis morte et je suis au paradis ! Il existe alors ce p***** de paradis ! Comme elle guette ma réponse, je la prends dans mes bras et la rassure :

–          Oui Val, bien sûr que je veux rester !

–          Merci, me dit-elle.

Est-ce que je rêve ou elle me remercie en plus ?

–          Tu crois vraiment que j’avais envie de partir hier soir ? Et ce soir ? Est-ce que j’ai l’air si détachée que ça ? Tu me rends dingue, Val, et je crois bien que je suis mordue. Je n’ai pas voulu m’imposer hier soir, et je ne l’aurais pas fait ce soir non plus parce que je ne veux rien gâcher entre nous, rien précipiter. Mais je  prendrai chaque minute de toi que tu me donneras.

–          Merci, répète-t-elle.

–          Arrête de me remercier. C’est moi qui te suis reconnaissante de m’avoir… acceptée. Je ne sais pas ce que tu as vécu, ni pourquoi tu vis en recluse depuis si longtemps, et pourtant nous sommes là, toi et moi. Je ne sais pas pourquoi moi, mais j’en suis ravie. Tout en toi m’émeut, me bouleverse. Pourquoi moi ? Moi qui ai toujours tout faux, qui mets toujours les pieds dans le plat, qui suis aussi délicate qu’un bulldozer…

–          Tu n’as rien d’un bulldozer, me dit-elle dans un petit sourire affectueux. Tu es drôle, agréable, sensible et d’une tendresse et d’une sensualité précieuses. Tu es vraiment une femme surprenante. Et je m’en veux presque d’avoir mis tant de temps à te connaître.

–          Ca, c’est vrai que tu as pris le temps de la réflexion… lui dis-je en riant.

A nouveau, une certaine tristesse transparaît dans ses traits. Je brûle de lui demander le pourquoi du comment, mais pendant que je tergiverse, elle me demande ce que je veux manger. « Chinois, ça te dit ? Y’a un petit resto qui livre dans le coin et ça n’est pas trop mauvais. » Vendu. Ce sera chinois donc. Val se lève et enfile un fin peignoir de soie alors que je passe ma chemise en reboutonnant deux boutons. Je finis par retrouver ma culotte, entortillée dans mon jean, et l’enfile à son tour.

–          Tu es vraiment… terriblement attirante dans cette tenue, me dit mon amante en pinçant sa lèvre inférieure de ses dents.

Je reconnais à présent ce petit tic comme une manifestation de son désir et ses yeux m’en disent davantage encore. C’est le moment que choisit mon estomac pour gargouiller impunément.

–          D’accord, d’accord… Manger d’abord… me dit-elle, faussement déçue.

Je la suis dans le salon et la laisse composer le numéro du restaurant, non sans m’avoir demandé au préalable ce qui me ferait plaisir. Une fois le repas commandé, elle me propose un apéritif en terrasse.

–          Peut-être que je devrais me rhabiller alors, lui fais-je remarquer.

–          Dans ce cas, le salon fera l’affaire, je vais juste ouvrir les fenêtres pour faire rentrer un peu d’air.

J’aime sa façon de voir les choses. Elle se dirige à la cuisine et en revient avec le jus de pomme de la veille et deux verres. Je nous sers pendant qu’elle ramène des pistaches. Je m’assois d’un côté du canapé et quand elle me rejoint, elle me comble en venant se poser tout contre moi. Je passe un bras autour de ses épaules et l’embrasse tendrement. Tout à l’air si simple, si évident… Pourtant, je devine que ce soir, il va nous falloir parler. Nous nous calons au fond du canapé, nos verres à la main et trinquons en silence à cet instant magique.

–          Val, lui dis-je quand mes yeux discernent à nouveau cette tristesse profonde ressurgir en elle.

–          Oui ? me répond-elle calmement, de cette voix si douce qui me charme tant.

–          Je ne sais pas si tu veux m’en parler mais… Il faut quand même que je te le demande.

–          D’accord, me dit-elle, comme si elle comprenait d’avance ce que je voulais dire. Tu as des questions précises, me demande-t-elle ?

–          Des milliers !

Son sourire soucieux m’incite à réfréner mes ardeurs. Comme elle m’encourage à continuer, je précise :

–          Val, tu es quelqu’un de merveilleux, et je le pense sincèrement. Si je tiens à en savoir plus sur toi c’est parce qu’en deux jours, tu… tu m’as conquise. Et… même si on ne s’est jamais vraiment parlé avant hier, je dois te dire que quelque chose me perturbe chez toi. Une sorte de tristesse latente, impénétrable. Ca me fait mal de te voir comme ça. J’ai toujours envie de te prendre dans mes bras et de… Mais je m’égare. Tu veux bien m’en parler ?

–          En fait, tu veux que je te raconte mon histoire, c’est ça ?

–          Voilà.

–          Et toi ? Quand connaîtrai-je la tienne ?

–          Moi je n’ai rien à cacher, rien de vraiment tragique du moins. Demande moi tout ce que tu veux, j’y répondrai.

–          D’accord. Une question chacune alors.

–          Ok, je commence.

–          D’accord, me répond-elle de mauvaise grâce.

Elle se positionne face à moi, contre l’accoudoir, de l’autre côté du canapé. Nos genoux se croisent et un de mes pieds atterrit dans ses mains pendant que je recueille un des siens. Une fois bien calées, j’attaque les hostilités.

–          D’où te vient ton petit sourire triste ?

–          Tu commences fort… J’ai…  perdu quelqu’un. Quelqu’un qui m’était très cher.

–          Une femme ?

–          Tsss Tsss… C’est à moi de poser une question !

–          Mais tu triches ! T’as pas tout dit !

–          Après. Bon alors… Ca fait longtemps que tu es lesbienne ?

–          Depuis toujours, je crois. J’ai toujours été un garçon manqué et j’ai toujours eu… une amie qui comptait plus que les autres… plus que tout. Mais officiellement, je suis « active » depuis le lycée. Elle s’appelait Sonia, elle avait un parfum envoûtant et le chic pour me mettre dans tous mes états. Elle m’a larguée dès qu’elle a eu ce qu’elle voulait. A moi maintenant.

–          Ok.

–          Cette personne que tu as perdue, c’était une femme ? Une amante ?

–          Oui.

–          Ah. Désolée.

–          Ca fait longtemps maintenant. A moi.

–          Quoi ? Non mais ça va pas ! T’as intérêt à m’en dire plus sinon je ne joue plus ! dis-je comme si nous étions en maternelle.

–     Ok, ok. Elle s’appelait Sandra, enfin… Madame Jouve. Elle était professeur de lettres, elle avait un double doctorat, l’un en civilisation latine, l’autre en littérature française du XIXe. Elle était brillante, un diamant à l’état brut. Un cerveau comme on en rencontre peu. Et comme tous les êtres brillants, elle était un peu… à part. Dès la première année, je suis tombée sous son charme. Je n’arrivais pas à me l’expliquer. A chaque semestre, je faisais en sorte d’être dans un de ses cours. En maîtrise, elle me connaissait bien et elle avait appris à m’apprécier pour mon travail. J’étais toujours super sérieuse avec elle. Je me démenais pour exceller dans ses matières, alors qu’ailleurs, je me laissais franchement vivre. Bref, en master, je lui ai demandé d’être ma directrice de recherche. Elle a accepté. Nous nous sommes beaucoup vues pour parler de mon travail. Au fur et à mesure, nos rencontres sont devenues de plus en plus intimes. Elle me recevait chez elle, je la recevais chez moi. Un jour, elle m’a ouvert sa porte à moitié nue. J’ai cru que j’allais tomber dans les pommes…

A l’évocation de ce souvenir, Val sourit avant de poursuivre avec des étoiles dans les yeux :

–          Un peu plus tard, c’était un vendredi soir, je m’en souviens, elle a pris ma main pendant que nous discutions d’un problème stylistique. Elle l’a portée à sa bouche en continuant à parler de notre dilemme et a embrassé mes doigts en interrompant brièvement son argumentation pour me dire « Valérie, vous êtes délicieusement salée ». Puis elle a repris son discours. J’étais dans tous mes états…

–          Ouais… j’imagine.

–     Ce même soir, quelques minutes plus tard, pendant que je l’observais, fascinée comme d’habitude par son charme hors du commun, elle s’est avancée vers moi et m’a dit en souriant : « Votre candeur et votre regard me bouleversent très chère. Je crois que je vais vous embrasser maintenant. Y voyez-vous une objection ? »

–          Carrément ?

–          Oui, comme ça, pouf !

–          Sacré personnage…

–         Tu l’as dit ! Elle m’a embrassée et dans la foulée, m’a déshabillée et m’a fait l’amour comme jamais je ne pensais pouvoir le vivre un jour. Quelques jours plus tard, elle m’invitait à m’installer chez elle. Elle était exubérante, excentrique, un peu folle, mais j’étais dingue d’elle. Nous nous sommes aimées d’une passion profonde, entière. Je n’ai jamais compris ce qu’elle voyait en moi. Elle trouvait que j’avais une plume très agréable et que je gâchais mon talent à écrire des textes théoriques. Elle m’a encouragée à trouver ma voie dans l’écriture lesbienne. C’est grâce à elle que j’ai réussi dans ce domaine. Elle travaillait avec moi sur mes premiers jets, elle m’aidait à les corriger, les rendre plus vivants, plus vrais, plus prenants. Quand j’ai été publiée pour la première fois, elle était si fière ! Enfin, un jour elle a commencé à avoir des malaises, qui se sont multipliés rapidement. Inquiète, j’ai insisté pour qu’elle consulte un médecin. Ils lui ont fait faire une batterie de tests qui ont révélé une énorme tumeur au cerveau. Ils n’étaient pas du tout optimises. Ils lui laissaient au plus six mois à vivre. Il n’y avait aucune intervention possible. Ils lui proposaient un traitement qui lui aurait peut-être fait gagner quelques semaines… mais les effets secondaires présentaient des conséquences que Sand n’était pas prête à accepter. Elle a accusé le coup. Pas moi. Je ne voulais pas me résoudre à la perdre. Et parfois elle était si désinvolte dans son attitude par rapport à sa mort prochaine que j’explosais de rage…

L’émotion fait trembler sa voix et ses yeux s’embuent. J’ai bien du mal à l’imaginer en train d’exploser de rage mais je me garde de faire le moindre commentaire tant je devine que cette partie du récit va lui être pénible.

–          Un jour, je suis rentrée d’un rendez-vous avec mon éditrice et je n’ai trouvé qu’une enveloppe sur cette table, me dit-elle en désignant la table basse devant nous. Dans une magnifique lettre, elle me disait adieu.

La voix de Val se brise à ce dernier mot. Je me rapproche d’elle et la prend dans mes bras. J’essaie maladroitement de… de quoi au juste ? C’est moi qui lui pose ces questions, moi qui remue sa douleur.

–          Je suis désolée Val, je ne voulais pas…

–        Non, ça va, me répond-elle en essuyant les larmes qui coulent malgré elle le long de ses joues. Ca fait aussi du bien d’en parler finalement. Dans cette lettre, elle m’expliquait qu’il fallait que je sois forte, qu’elle ne supportait pas l’idée de me faire du mal mais qu’elle ne pouvait décemment pas accepter de partir malade, affaiblie, impotente, en perdant sa dignité et son intellect, comme les médecins le lui avaient laissé entendre. Elle craignait plus que tout de devenir un poids pour moi. Elle me léguait tout. Elle avait pris ses dispositions à l’avance. Elle m’a juste demandé de ne pas trop la pleurer et de refaire ma vie. Elle a fait en sorte que je ne manque de rien… et elle a disparu. Tout simplement disparu. Pendant deux jours, j’ai cru devenir folle. J’ai remué ciel et terre pour la retrouver. Mais le surlendemain, la police m’a appelé pour m’annoncer qu’on avait retrouvé son corps sans vie dans une ville voisine. Elle s’est ouvert les veines. Depuis, la vue du sang me… perturbe. Même si je ne l’ai pas vue saigner à proprement parler.

Comme elle s’arrête de parler, je la serre à nouveau dans mes bras en répétant, impuissante : « Je suis désolée, Val, je suis désolée ».

–          Voilà, tu sais tout, me dit-elle dans un petit sourire douloureux. A moi ?

–          Oui… dis-je, encore sous le coup de l’émotion.

–          Bien. Est-ce que si je te promets de faire un effort pour éviter d’être triste, tu veux bien rester, au moins ce soir ?

–          Mais bien sûr que je vais rester, Val. Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement ! Rien de ce que tu pourras dire ce soir ne saurait m’en dissuader !

–          Ah bon ? Même si je ronfle ?

–          Tu ronfles ?

–          Je n’en sais rien, ça fait longtemps que personne n’a dormi avec moi !

–          Bah, et même si tu ronfles, je reste. C’est comme ça.

J’embrasse sa joue encore humide de larmes et l’étreint de toutes mes forces. C’est alors que l’on sonne au portail. Le livreur ! Val et moi nous regardons et détaillons nos tenues respectives…

–          Reste là, j’y vais, me dit-elle en resserrant les pans de son peignoir.

–          Je peux y aller si tu veux…

–          Comme ça ? C’est hors de question. Le seul endroit où je t’autorise à aller dans cette tenue, c’est dans mon lit !

Je souris à sa réplique et décide d’obéir sagement à ma dame. Quelques secondes plus tard, elle est de retour avec un sac fumant de victuailles. Nous installons la table et entamons le repas, affamées. La conversation se poursuit au rythme de nos baguettes. Elle me parle de sa famille, de son coming out, de ses livres, de Sandra, encore un peu. Elle me fait à mon tour déballer mes erreurs de jeunesse, mes premières amours, mes relations familiales houleuses, mon parcours universitaire, quelques anecdotes à caractère lubrique…

La soirée avance et la discussion se fait de plus en plus grivoise.  Quand la parole me revient, je pose une autre question qui me brûle les lèvres depuis deux jours :

–          Depuis Sandra, tu n’as jamais… couché avec personne ?

–          Non.

–          Mais comment c’est possible ?

–          Bah… Il y a bien des alternatives… Et puis mes livres me permettaient de faire marcher mon imagination ! Mes personnages ont vécu chacun de mes fantasmes, et quelque part, moi aussi, à travers eux.

–          Oui mais quand même… je… n’en reviens pas.

–          Je serais incapable de faire l’amour à une femme que je n’aime pas.

Comme si elle venait de se rendre compte de ce que cela impliquait, Val se reprend vite :

–          Ou du moins, une femme pour qui je n’ai pas de sentiments…

–          Alors tu as des sentiments… pour moi ?

L’occasion de creuser le sujet est trop belle. Elle rougit et bafouille.

–          Tu… tu m’as piégée !

–          Même pas vrai ! C’est toi qui l’as dit !

–          Hum, grommelle-t-elle. Il se peut que je ressente vaguement quelque chose pour toi, quelque part par là… (elle désigne son bas ventre, et comme je suis sur le point de m’insurger, elle rajoute)… et quelque part par là aussi.

Cette fois, c’est son cœur qu’elle désigne. Je pose ma main sur sa poitrine et je le sens qui s’emballe. Je ne résiste pas à l’envie de l’embrasser chastement.

–          En fait, tu es une grande romantique, me dit-elle en riant !

Pour toute réponse, je lui tire la langue. Elle me répond dans un sourire presque aussitôt étouffé par un regard empli de désir. A son tour, elle se penche vers moi et m’embrasse, beaucoup moins chastement cette fois.

Comme elle s’écarte, je prends une profonde inspiration et j’ose poser une dernière question :

–          Val, pourquoi moi ?

–          Tu sais, je crois vraiment que c’est une question qui restera toujours sans réponse pertinente. Je suppose que si je te dis que c’est parce qu’à ta manière tu es unique et que tu me plais juste comme tu es, ça ne te satisfera pas. Si j’ajoute que je te trouve particulièrement attirante, pleine d’humour et de sensibilité en même temps, merveilleusement désirable et extraordinairement douée dans tout ce que tu fais, que j’aime ta façon de me regarder, ta tendresse et ta sensualité… j’ai peur que tu prennes la grosse tête et que tu me tournes le dos pour chercher un nouveau défi, ailleurs. Moi, je suis du tout cuit !

–         Ben ça, c’est un comble… Depuis deux jours, c’est exactement ce que je redoute… que tu réalises à quel point je suis insignifiante… Tu sais, si ça fait si longtemps que tu n’as pas été… intime avec quelqu’un, ton jugement sur moi est sans doute faussé, et bientôt tu ne muselleras plus ta libido débridée et tu iras chercher ton bonheur chez de vraies femmes.

–          Tu sais, d’habitude, ce que tu dis est plutôt sensé, mais là… Tu es ridicule.

–          Ah ! Tu vois, tu me trouves déjà ridicule, dis-je dans un sourire triomphant.

–       Laisse-moi te prouver que tu es une femme. La femme que je désire, celle avec qui je veux laisser parler ma libido débridée, comme tu dis.

Et ce disant, elle m’embrasse à pleine bouche, déboutonnant les deux boutons de ma chemise. Avant que j’aie pu protester, elle s’empare de mes seins à deux mains et à la vue de cette lueur si catégorique dans ses  prunelles, je m’abandonne déjà à notre désir. D’un pied, elle éloigne la petite table où gisent les boîtes vides de notre dîner et m’allonge sur le canapé en venant poser son corps délesté de son peignoir contre moi. La douceur de sa peau alliée à la fougue qui transparaît dans chacun de ses mouvements me décontenance une nouvelle fois. Ses mains répandent une chaleur voluptueuse dans chaque fibre de mon corps. Sa bouche me dévore avidement puis vient goûter la peau de mon cou, de mes seins, mes bras, mes mains, mes seins à nouveau, et ma bouche, enfin.

Mes mains caressent sa croupe et mes jambes l’accueillent. L’étroitesse du canapé n’est pas vraiment un obstacle, pourtant, j’ose à peine bouger, de peur de la faire tomber. Quand elle insinue ses doigts entre nos sexes pour venir trouver le mien, mon corps répond par une secousse violente. Je l’agrippe pour ne pas l’éjecter et j’en profite pour me redresser. Nous voilà assises, l’une en face de l’autre. Sa main se promène sur mon sexe et je ne résiste pas à l’envie de la toucher à mon tour. Quand je glisse deux doigts entre ses lèvres, je constate qu’une fois de plus, son désir est palpable. Nos corps se meuvent au rythme de nos doigts et se caressent de nos bras libres. Nos bouches se rencontrent, se trouvent, s’épousent et notre désir croît à la cadence de nos bassins. Bientôt, nos halètements se muent en gémissements pour finir en cris de plaisirs quand la jouissance explose.

A peine les soubresauts de notre plaisir s’apaisent que déjà, elle m’invite d’une main tendue à l’accompagner dans son lit. Le désir que je lis en elle nous promet une longue nuit. Mais quelque part, je me laisse envahir par un sentiment grisant de sérénité. Cette femme avec qui j’ai l’impression de découvrir l’amour, cette femme qui consent à se donner à moi sans la moindre retenue, elle si pudique et blessée pourtant, cette femme qui m’attendrit à chaque minute, cette femme a atteint le tréfonds de mon être. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais je sais que ce soir, une chance s’offre à moi, une chance que je compte bien saisir.

Nos ébats se renouvellent jusqu’à épuisement des corps. Il est bientôt deux heures du matin et dans quelques heures, nous devrons nous lever pour affronter la terrible épreuve de la salle des profs. Il ne nous reste que quelques semaines à tenir, quelques semaines à rester discrètes en attendant sagement la fin de l’année. D’ici là, nous éviterons soigneusement la photocopieuse ! Pour l’instant en tous cas, impossible de dormir. Je pense déjà à demain, aux vacances, à l’année prochaine… Je laisse mon esprit dérailler et anticiper cet avenir enchanteur qui nous attend peut-être. Qu’il déraille donc, mais qu’il le fasse en silence. Parce que là, au creux de mon épaule, Val s’est endormie. Ses traits sont détendus et sa petite moue triste s’est estompée pour m’offrir un petit sourire satisfait. Son corps, chaud et gracile, étendu là, tout contre moi, réveille en moi un nouveau désir : son bien être. Ce sommeil est une première victoire, et je ferai tout pour qu’il y en ait bien d’autres.

 

Que la salle des profs n’en demeure pas moins un mystère pour vous, chaque collège ou lycée est différent et chaque année est unique. Les profs, comme la chance, tournent. D’autres auront leurs propres histoires à raconter, même si elles s’avèrent sales…

Anecdote : Qu’on se le dise, cette nouvelle fut un réel défi et vous ne pouvez vous imaginer à quel point. J’en ai souffert dans ma chair. Ecrite à la sueur de ma fièvre… Sachez que les antibiotiques peuvent provoquer de fortes irritations des parties intimes. Et maintenant, imaginez… imaginez mon drame !

 

Itws & anecdotes | 22.12.2012 - 14 h 04 | 12 COMMENTAIRES
L’interview de la Yaggeuse venue d’ailleurs

L’oeil ailleurs, la tête dans les étoiles, marcher vers l’autre.

Chers Yaggeuses et Yaggeurs, en cette période mouvementée politiquement parlant, et quand je vois que tout le monde ou presque a une opinion bien tranchée sur tout et s’applique à la partager adroitement (ou pas), je me dis que, sans être moins « concernés » pour autant, nous pouvons élargir nos horizons le temps de quelques lignes.

J’ai fait, par l’intermédiaire de ce blog, une rencontre surprenante. Pouvais-je supposer qu’on me lirait par-delà les frontières et les mers ?

Maintenant je sais que oui.

Quelque part, de l’autre côté de la Méditerranée, une Yaggeuse s’est manifestée. Elle s’appelle Sam, elle a 35 ans et comme moi, elle est enseignante. Elle est algérienne, vit dans sa capitale, et fatalement est lesbienne. Au fur et à mesure de nos échanges, une idée a germé dans mon cerveau de blogueuse : pourquoi ne pas proposer une interview Yaggienne ?

Une proposition a été faite…

Une réponse positive a été donnée… (faut en profiter, toutes les occasions ne se concrétisent pas !)

Et voilà ce qui en est ressorti. (Je vous prie de bien vouloir être indulgent-e-s pour les questions, je ne suis pas journaliste et j’ai des vices, mais vous apprécierez peut-être ma retenue pour une fois !)

 

Pucedepoésir : Quelle température à Alger aujourd’hui ?

Sam : Je dirais entre 20 et 24°…

Pucedepoésir : Quand avez-vous su que vous aimiez les femmes (année/mois/jour/heure/seconde… contexte) ?

Sam : Je me souviens qu’à l’école primaire, j’avais à peine 8 ou 9 ans, j’étais un peu trop attachée à une de mes camarades, et au collège j’ai réalisé que j’étais amoureuse d’elle, c’était ainsi, au moment où toutes mes amies avaient un petit amoureux, moi j’aimais Hayet

Pucedepoésir : Qu’est-ce qui vous passionne ? Qu’est-ce qui vous révolte ?

Sam : La lecture pour la première question, et toute forme d’extrémisme pour la seconde.

Pucedepoésir : Qu’aimez-vous manger (alimentairement parlant) ?

Sam : Tout ce qui est avec de la pomme de terre et du poulet :p

Pucedepoésir : On parle beaucoup d’égalité des droits en France en ce moment, que pouvez-vous nous dire de vos libertés en tant que lesbienne ? Et de vos droits ?

Sam : Les homosexuels sont condamnés à mort dans notre religion. Rassurez-vous, cette loi n’est pas applicable en Algérie XD . On risque 5 ans de prison ferme si on nous trouve dans une position un peu délicate, mais bon, on n’a jamais entendu parler de lesbienne ou de gay emprisonné à cause de son orientation sexuelle. Que pourrais-je vous dire, profitez au max de votre liberté ^^

Pucedepoésir : Si vous deviez conseiller à un touriste quelconque UN endroit à ne surtout pas rater dans Alger, où est-ce que vous l’enverriez ? Pourquoi ?

Sam : Un quartier que j’adore Bab El Oued, très populaire mais très vivant, on y trouve des endroits très agréables à voir (la casbah, le bastion23, notre Dame d’Afrique, son front de mer …) j’adore cette partie d’Alger.

Pucedepoésir : Qu’est-ce qui vous attire le plus chez une femme ? Qu’est-ce qui vous repousse ?

Sam : Ce qui m’attire le plus chez une femme, son regard et ses mains 🙂
Ce qui me repousse, qu’elle parle à haute voix, qu’elle soit vulgaire (par sa tenue vestimentaire ou par ses propos) son manque de tact aussi.

Pucedepoésir :  Qu’aimez-vous lire ? Une sélection de titres à partager ?

Sam : Nina Bouraoui « Sauvage » / Kundera « L’identité » / Tahar Ben Jelloune  « L’enfant de sable » et « La nuit sacrée »  âmes sensibles s’abstenir pour ces deux titres. Y a pleins d’autres livres encore XD Chaque livre que vous pouvez prendre entre vos mains est une belle histoire d’amour.

Pucedepoésir : Comment avez-vous vécu, comment vivez-vous votre homosexualité ? Quelles sont les difficultés majeures rencontrées ? Comment le vit votre entourage ?

Sam : Comme l’homosexualité est un sujet très tabou chez nous, on évite d’en parler, y a que quelques amis(es) qui sont au courant (et mes ex aussi lol ) sinon personne de ma famille ne le sait, entre se prostituer et être lesb, ils préfèreraient que je soit une P*** hum… désolée pour le mot …

Pucedepoésir : Qu’est-ce qu’une belle journée pour vous ?

Sam : Chaque journée est exceptionnelle, il suffit juste de chercher son bonheur dans les moindres petites choses, si vous préférez une réponse plus concrète, ben passer une journée à faire du bien et à donner de l’amour aux autres me rend très heureuse :p voilà !

Pucedepoésir : Selon vous, quel est votre atout majeur de séduction ?

Sam : Ma douceur 🙂

Pucedepoésir :  Avez-vous subi des réactions homophobes qui vous ont marquées ?

Sam : Je n’ai jamais subi de réaction homophobe, et tant mieux d’ailleurs !

Pucedepoésir : Si on ne survit pas au 21 décembre 2012, que regretterez-vous de ne pas avoir fait ?

Sam : a- Fumer du cannabis :p

b- Mourir sans laisser de trace(un livre, une découverte, une pensée…)

Pucedepoésir : Vous préférez les pois ou les rayures ?

Sam : Les pois, les rayures m’angoissent.

Question bonus (parce que je suis obligée de poser au moins une question… indiscrète) : Que pensez-vous des préliminaires ? 

Sam : Les préliminaires XD au début d’une relation amoureuse, là où tout commence, là où la passion est à son apogée, souvent je passe cette étape … mais quand la passion commence à « diminuer » et qu’il ne reste que l’amour que tout le monde connaît, là je prends tout mon temps, je fais durer l’envie et le plaisir …

Voilà pour aujourd’hui. Merci à Sam d’avoir accepté de répondre à mes questions et si certain-e-s d’entre vous ont des questions supplémentaires à poser, je me ferai un plaisir de les compiler pour une seconde interview, alors merci de me les envoyer en MP.

Et bonnes fêtes à toutes et tous !

corps de femme | éducation libéro-sexuelle | érotique | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | 19.12.2012 - 08 h 00 | 50 COMMENTAIRES
Les dessous du corps enseignant (Nouvelle érotique lesbienne)

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Voilà un moment que je n’ai pas publié de lignes ouvertement érotiques mais une tragédie personnelle me pousse à m’y remettre : je n’ai rien de mieux à faire. Pour celles-ci, je tiens à préciser que si certain(e)s d’entre vous cherchent à faire un parallèle avec mon histoire personnelle, je vous le dis tout de suite, vous faites fausse route. Bien que basé sur des faits (et extrapolations) réel(le)s, ce qui suit n’est que fiction. Je nierai énergiquement quelque assimilation que ce soit.

De l’autre côté du miroir…

Prologue :

Quel élève n’a pas un jour fantasmé de pénétrer l’antre interdit de la salle des profs ? Quand on passe devant, on entend toujours des conversations animées, des rires gras, des engueulades parfois… On guette les voix des professeurs aimés, on redoute les inflexions des tortionnaires, on cherche à reconstituer des bribes de discussions, on espère des détails personnels pour ressentir ce plaisir ultime de détenir des secrets à divulguer au plus vite pour se faire valoir auprès de nos camarades…

Mais un jour, le mythe s’effondre, la barrière est franchie et la salle taboue devient la salle refuge. Un jour, on a un casier à son nom. Un jour, on refoule gentiment les jeunes les plus courageux qui tentent quand même de se faufiler en ce lieu sacré, prétextant un papier urgent à transmettre à untel ou unetelle. Un jour, on envahit le saint des saints en conquérant (ou en blasé), on fait cracher la machine à café, on déverse ses copies sur les tables, on consulte en souriant ou en pestant les listes des classes, on cherche désespérément le classeur contenant les emplois du temps, on râle contre celui qui a fini la dernière ramette de papier à la photocopieuse sans prendre la peine de ravitailler… Bref, un jour, on devient prof (personne n’est à l’abri de ce genre de destin).

Au début, la sensation est perturbante. On se dit à chaque instant que quelqu’un va se rendre compte de la supercherie et vous expulser à votre tour de la pièce… mais non. On vous salue, on vous demande d’où vous venez, ce que vous enseignez, on vous demande quelles classes vous avez… on vous conseille, on vous met en garde… ou on vous ignore tout simplement. Finalement, la salle des profs n’est qu’un microcosme comme un autre, avec ses codes et ses clans. Vous êtes adulte maintenant, vous devez vous adapter. La salle des profs a ses habitués, et chacun squatte son quartier préféré. Il arrive que les profs se regroupent par matière, mais ça n’a rien de systématique (sauf peut-être pour les profs d’Anglais, c’est une race à part). Et vous débarquez dans ce monde étrange mais pourtant familier.

Première partie : La rencontre

Je suis arrivée dans cet univers un peu par hasard et je commence à peine à m’acclimater à mon premier établissement. L’équipe de Lettres est plutôt sympathique et au bout de quelques semaines, je connais le nom de tous mes collègues… mais il me manque un visage. Une certaine Madame Daumas. Quand je me renseigne auprès de ma coordinatrice, on me dit « Mais si, tu la connais, c’est Val, la petite brune, assez fine et très réservée… On ne la voit pas beaucoup parce qu’elle est sur deux établissements en même temps, mais elle était là à la pré-rentrée et à la réunion info de la semaine dernière ». J’ai beau fouiller ma mémoire, rien ne me vient. Mes traits doivent trahir mon égarement car ma collègue ajoute « T’inquiète, la prochaine fois, je te montre ».

Je fonde bien malgré moi beaucoup d’espoirs sur cette Val, parce que jusqu’à maintenant, aucune de mes collègues, toutes matières confondues, ne m’a semblé fréquenter de près ou de loin la Communauté. C’est idiot, mais je me sens seule. Je n’ose pas encore m’ouvrir au cercle relativement amical qui s’est formé autour de moi, mais je sais que ça ne saurait tarder. L’ambiance est bonne et à mon habitude, je me suis orientée vers les plus débauchés.

Les jours passent et ne se ressemblent pas. En salle des profs, des guerres éclatent, des boites de chocolats pullulent, on approche des vacances de Noël. Un jour que je fais semblant de corriger quelques copies en écoutant deux collègues déblatérer sur des parents peu courtois, une prof entre deux âges fait son apparition. Elle est relativement petite et fine, ses cheveux bruns sont retenus par une queue de cheval et elle porte un jean clair avec un pull à grosses mailles. Rien dans son allure ni son aspect n’aurait retenu mon attention si je ne l’avais vu se diriger tout droit vers le casier portant le nom de Valérie Daumas. Comme elle l’ouvre, je soupire et commence à broyer du noir. Non seulement elle a tout de la prof-maman-hétéro, mais en plus elle aborde ce petit air pincé et ce sérieux qui me désespère. Elle s’installe non loin de moi et ouvre son manuel sans même un regard autour d’elle, sans un bonjour, sans le moindre signe de civilité. J’ai beau être d’un naturel réservé, je ne résiste pas à la provocation que ma déception vient d’amorcer.

–          Salut, tu dois être Valérie. Je suis nouvelle dans l’équipe.

–          Bonjour, répond-elle d’une voix à peine audible, comme si je lui avais extorqué cette politesse à force de torture psychologique.

–          J’ai appris que tu bossais sur deux établissements… ça doit être compliqué à gérer…

–          J’en ai l’habitude.

Comme visiblement chaque mot lui coûte un organe vital, je décide que j’ai atteint mon maximum de courtoisie et je la laisse à ses lectures. Décidément, ce bahut ne sera pas le théâtre de mes frasques sentimentalo-sexuelles. De mon coin de table, je l’observe. Elle n’est vraiment pas très épaisse, on dirait qu’on peut la plier juste en lui soufflant dessus. Tout chez elle vibre de fragilité. Je ne serais pas étonnée de la voir sortir un mouchoir de sa manche… Sa peau est presque translucide et un fin duvet lui confère une douceur chimérique. Nulle chaleur n’émane de sa personne, son regard presque éteint passe d’une ligne à l’autre sans que le gris de ses pupilles ne s’emballe. Ses traits sont fades et je note de légers cernes qui aggravent la tristesse de son visage. Elle pourrait avoir une trentaine d’années, ou dix de plus. Difficile de se faire un avis sur la question. La sonnerie m’arrache à mes observations stériles.

Deuxième partie : Une découverte (patience…)

L’année se poursuit et il nous arrive de nous recroiser en salle des profs. Chaque rencontre avec elle me met un peu mal à l’aise. On ressent une sorte de peine étrange et profonde en sa présence, quelque chose d’indéfinissable. Sa retenue et sa discrétion semblent cacher quelque chose de foncièrement lourd. Un poids qu’elle ne peut partager avec le commun des mortels. Pendant un temps, elle me rappelle la description que Monsieur Rochester fait de Jane Eyre, ce petit être féerique, mi-humain mi-elfe qui semble vivre dans une dimension parallèle tant les événements semblent glisser sur elle. Malgré moi, je me mets à imaginer des histoires tragiques : un veuvage, la perte d’un enfant, des parents infirmes ou grabataires dont elle aurait la charge… Au fur et à mesure des mois, le mystère qui plane autour de Val s’épaissit. Elle ne m’attire pas le moins du monde mais au moins elle stimule mon imagination romanesque ! Pourtant, elle est, comme Jane, l’être le plus insignifiant qu’il m’ait été donné de voir !

A l’approche du brevet, on nous distribue les listes pour la nouvelle épreuve au programme : un oral sur l’Histoire des Arts. Chaque élève doit passer devant un jury constitué de deux professeurs. Parce qu’elle a oublié de s’occuper de la chose, la principale adjointe nous a laissé le choix des équipes. Evidemment, les premiers arrivés sont les premiers servis, et quand je me pointe devant le tableau, il ne reste plus qu’une poignée de noms… principalement des profs d’Anglais… Quand je vois celui de Valérie, je ne résiste pas à la tentation de pouvoir donner libre cours à mon imagination toute une matinée durant.

Le matin de l’épreuve, je la trouve devant la salle, attendant patiemment. Elle répond timidement à mon « bonjour » et attend que j’ouvre la salle. Comme je lui demande si elle sait comment va se passer la matinée, elle me rassure en quelques mots sibyllins à peine murmurés. Comme les premiers jours de l’été sont arrivés, j’ouvre les fenêtres et laisse rentrer un petit air rafraîchissant.

Je l’observe installer nos bureaux face à l’espace vide que viendront bientôt combler un à un les élèves pantelants qui poireautent pour l’instant aux portes de l’établissement. J’ai presque envie d’accourir pour l’aider tant ces pseudo meubles me paraissent excessivement lourds pour sa frêle silhouette. Quand elle s’assoit, elle déballe scrupuleusement un petit bloc de feuilles et une trousse savamment garnie. Elle en sort deux stylos, un rouge et un noir, qu’elle dispose méthodiquement, l’un à droite, l’autre à gauche de son bloc. La maniaquerie m’a toujours fait sourire, mais cette fois, elle m’attriste.

Je viens prendre place à ses côtés et sors sauvagement quelques feuilles cornées et trois stylos dépareillés qui roulent bruyamment sur la table. Il est tôt encore, et il va falloir mettre un minimum d’ambiance dans cette salle, aussi, j’ose :

–          Tu veux un café avant qu’on commence ?

–          Bonne idée, me répond-elle sans réel enthousiasme.

Nous ressortons de la salle et nous dirigeons vers le sanctuaire professoral où la machine à café ronronne depuis une heure déjà. Comme nous montons les marches et qu’elle avance juste devant moi, mon regard s’arrête brusquement sur sa cheville droite. Depuis qu’il fait chaud, elle a remplacé son jean par un trois-quarts moulant, genre marin, et ses bottes se sont effacées au profit de petites sandales aux fines lanières. Là, juste au-dessus de sa malléole, je distingue vaguement un dessin aux contours finement ciselés. Je reconnais la couleur caractéristique de l’encre : elle a un tatouage. ELLE A UN TATOUAGE ! En soi, un tatouage ne veut rien dire, bien sûr… Ceci dit, je manque de rater une marche tant cela me surprend. Je trouve cela complètement en décalage par rapport au personnage que je m’étais figuré. En un quart de seconde, mon imaginaire est bouleversé. Mon cerveau se met en branle et bien vite, je me perds dans des circonvolutions toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres. Arrivées devant la machine, je me permets de l’inviter, faisant taire ses protestations en répliquant qu’elle me paierait le prochain. Comme je réfléchis à un moyen d’entamer une conversation quelconque, de nouveaux caféine-addicts font irruption. On me parle, je réponds. Pourtant je suis ailleurs. Je regarde son pied malgré moi. J’espère qu’elle ne me voit pas. J’essaie de rester discrète. Mais je regarde son pied. Je cherche à savoir ce que représente son tatouage : il s’agit d’une forme tribale, très travaillée, très réussie, indéchiffrable. La salle se remplit vite et autour de nous, le brouhaha devient assourdissant. Quand le Principal entre pour annoncer le début des hostilités, je suis presque soulagée. Comme elle me regarde, je lui fais un petit signe de tête en direction de la porte, et nous sommes les premières à regagner notre salle. Je la laisse avancer devant moi et je l’observe à nouveau. J’ai la curieuse impression de la voir pour la première fois. Je remarque les contours bien dessinés de ses épaules et la saillance de ses muscles fins. Sa nuque délicate est découverte et ses cheveux sont retenus par une large pince. Sa démarche me semble plus assurée qu’à l’accoutumée, mais peut-être n’est-ce que mon imagination…

Troisième partie : LA découverte (encore plus de patience…)

Les élèves sont entrés. Ils attendent sagement sur les chaises qui ont été disposées devant chaque salle. Quand nous passons devant les nôtres, je vois Valérie s’arrêter et engager la conversation. Elle les rassure de sa voix la plus douce. Son regard est empreint de bonté et de compassion. Je suis émue de lire la reconnaissance dans les yeux des élèves. Pour ne pas perdre contenance, je tente à mon habitude de détendre l’atmosphère en plaisantant. Elle sourit pour la première fois depuis que je la connais. Et même si je sais que son sourire était avant tout destiné à rassurer nos jeunes, je suis touchée. C’est complètement idiot.

Notre première victime nous suit à l’intérieur et nous lui laissons quelques minutes pour préparer son sujet. J’en profite pour lui demander quelles œuvres elle a fait étudier à ses élèves. Elle me retourne la politesse. Je la sens se détendre un peu au fil de la conversation qui s’amorce enfin mais il faut maintenant commencer. Le jeune homme devant nous bafouille une vague introduction et se lance dans son analyse du Cri de Munch. Le tout est assez hésitant et confus. Valérie prend des notes, consciencieuse. J’essaie d’en faire autant. Je fais mon possible pour focaliser mon attention sur notre fébrile candidat. Quand il estime avoir fait le tour de la question, nous l’interrogeons à tour de rôle. Je suis à chaque fois étonnée de la douceur de sa voix. Pendant une fraction de seconde, j’aimerais être à la place de l’élève et me laisser guider par cette voix… Mais je reviens sur Terre. Je suis prof, nom de Dieu ! Un peu de tenue et de rigueur !

Pendant les deux heures suivantes, les élèves défilent. Les exposés déclenchent nos sourires ou des crispations de nos mâchoires. Au fur et à mesure, je sens une complicité (professionnelle !) se créer entre nous. Je devine les questions qu’elle va poser, elle me laisse pinailler au gré de mes manies. Et elle sourit de plus en plus. Son visage est transfiguré quand elle sourit. Je ne la reconnais pas. Entre deux élèves, nos conversations se font de plus en plus personnelles. J’apprends qu’elle vit à quelques minutes à peine du collège, qu’elle a deux frères, qu’elle ne mange pas de viande, et qu’elle a fait Lettres Classiques, mais sans conviction. De mon côté, j’essaie de contenir mes confessions. A dix heures, nous décidons d’un commun accord que l’heure du break a sonné. Dans le couloir, le nombre d’élèves a considérablement diminué. Nous nous excusons auprès d’eux pour cette attente supplémentaire. Ils nous pardonnent de bon cœur, surtout quand je leur affirme qu’on sera encore plus indulgentes après une bonne dose de caféine. L’un d’entre eux me propose même sa monnaie, pour s’assurer notre bienveillance…

Valérie refuse poliment en précisant que c’est à elle de m’inviter cette fois, et qu’elle ne veut pas paraître grossière en se défilant dès le premier café à offrir. Le sourire qu’elle me lance alors me coupe le souffle. Aurais-je loupé un épisode ? Si je n’étais pas faible et en manque de caféine, j’aurais presque juré que c’était une avance. Impossible. Il s’agit de Valérie. Et puis même s’il s’agissait de plus, elle ne m’intéresse pas, non ? Ca n’est pas un petit tatouage qui va tout changer quand même ?!

Quand nous arrivons devant la machine à café, la salle des profs est déserte. Curieusement, cela m’inquièterait presque… Elle met une pièce dans la fente et me laisse choisir : café, long, sucré. Je la vois noter mentalement ma sélection de la même façon que j’avais relevé plus tôt qu’elle prendrait un cappuccino sans sucre. Une fois nos breuvages dans nos verres, nous nous installons sur des fauteuils l’une en face de l’autre. Pour une fois, je ne sais pas quoi dire, alors je me tais. J’essaie de ne pas trop la regarder. Je me sens ridiculement timide et dramatiquement attirée… pour une raison qui m’échappe totalement. Je sens son regard qui me scrute. Je sais qu’elle va parler, et curieusement, je ressens le besoin irrépréhensible d’entendre sa voix à nouveau, sa voix pour moi.

–          Je voulais te dire… J’ai vu que tes élèves semblaient être particulièrement attachés à toi. Et on voit à quel point tu les aimes. C’est mignon, me dit-elle.

–          Argh ! « Mignon », c’est super dur comme qualificatif… Mais on va dire que c’est un compliment alors merci !

Elle sourit à nouveau et je détourne légèrement mon regard en ajoutant :

–          Je peux te retourner le compliment. Tu es super douce avec eux. Ca les rassure un max, surtout un jour comme aujourd’hui.

–          Merci, me répond-elle, mais de toute façon, je suis contre l’agressivité. Ils sont déjà bien assez assaillis de violence pour qu’on en rajoute.

Je sais que ses propos sont sérieux et que je suis censée répondre quelque chose dans la même veine, mais une petite phrase musicale me revient, entêtante : « Tu t’entêtes à te foutre de tout mais pourvu qu’elle soit douce »… C’est le drame, il faut que je me reprenne.

–          Et ça fait longtemps que tu enseignes ?  (à défaut de dire quelque chose d’intelligent, il me faut au moins essayer d’en savoir plus sur elle).

–          Quelques années oui, j’avais besoin de trouver une occupation supplémentaire, un métier de jour qui me maintienne socialement.

Un métier de jour ? Mais que diable fait-elle de ses nuits ? Quel étrange personnage que voilà… Comme je lève un sourcil interrogateur, elle poursuit :

–          Oui, j’ai besoin de m’occuper tout le temps. Je suis insomniaque. Depuis une quinzaine d’années je sais comment meubler mes nuits : j’écris. Mais les journées me paraissaient vides de sens avant de m’orienter vers l’enseignement. J’ai longtemps hésité car je ne pensais pas avoir la carrure pour ça, et puis finalement, ça se passe très bien.

–          Tu écris ?

Je suis soufflée. Un tatouage et une occupation nocturne intéressante et la voilà en quelques minutes propulsée au premier rang de mes ambitions.

–          Tu écris quoi si ce n’est pas trop indiscret ? Tu as déjà été publiée ?

–          Je… Elle hésite quelques secondes. Elle me détaille de la tête aux pieds, semblant approuver quelque chose. Bon, je suppose qu’à toi je peux le dire… J’écris principalement des… romans. Des histoires sentimentales sans grand intérêt, mais… orientées. Pour un certain… public, exclusivement.

–          Ah bon ? Devant le rouge qui lui monte aux joues, je me demande si je dois insister mais ma curiosité l’emporte. Quel genre de public ?

–          Un public de femmes. Qui aiment les femmes.

Ben ça alors ! Merde ! Alors elle en est ?! Mais… mais… mon radar est en panne ? Comment est-ce que j’ai pu passer à côté aussi longtemps ? Pourquoi ?! Devant mon ébahissement, elle se méprend :

–          J’espère que ça ne te choque pas ? Me serais-je trompée à ton sujet ?

–          Non, non ! Pas du tout. C’est juste que je… enfin je veux dire d’habitude je suis plus intuitive que ça !

–          Oui, c’est mon drame personnel… Je passe toujours sous le radar… me dit-elle de son petit air triste.

–          Ben ça alors, c’est trop fort ! Et tu as été publiée ? Peut-être que je t’ai déjà lue…

–          On devrait y retourner, non ? me demande-t-elle gênée.

On le devrait, mais je ne veux pas. Je veux en savoir plus ! Je lui fais mon petit air de chat implorant, comme le chat potté dans Shrek, mais si cela la fait sourire, elle n’en demeure pas moins muette. Elle se lève et jette son gobelet vide dans la poubelle, attendant que j’en fasse autant. Dans ma tête, je fais circuler tous les noms des auteurs qui siègent sur mon étagère privilégiée, cherchant un éventuel pseudo qui lui correspondrait, mais je ne me risque à aucune supposition. Sur le chemin du retour à la salle, je continue de l’implorer, sans succès.

Quatrième partie : L’invitation (là, ça commence à prendre forme…)

Déjà une nouvelle élève prépare son passage. Je profite du sérieux ambiant pour détailler sous ce nouveau jour ma collègue. Si ses traits n’avaient rien de folichon il y a quelques heures à peine, je la regarde soudain sous un nouvel éclairage. Sa déroutante fragilité est maintenant contredite par une sorte de puissance hors norme. Cette femme mène deux vies de front avec une pudeur et une douceur impressionnantes. Mais si je suis admirative devant cette force, la tristesse qui émane d’elle me fait dire que je suis encore loin de connaître tout ce qu’il y a à savoir à son sujet.

Une mèche s’est échappée de sa pince, et je la vois qui joue avec, entortillant négligemment son doigt autour. Quand elle lève les yeux sur moi, je fais semblant de me concentrer brusquement sur mes grilles d’évaluation. Je sens son regard sur moi et je sais que je rougis.

Les oraux reprennent et pendant plus d’une heure encore, les élèves défilent. Pour chacun, elle se montre attentionnée et bienveillante. J’essaie de me montrer à la hauteur. Quand enfin le dernier quitte la salle, nous discutons des notes et de leurs interventions pendant quelques minutes puis nous bouclons les grilles d’évaluations et remettons les tables en place. Ce faisant, je reviens à la charge.

–          Alors ? Je suis presque sûre que tu as été publiée… S’il te plait, dis-moi…

–          Si… si je te le dis, tu acceptes de venir déjeuner avec moi ?

Je m’attendais à tout sauf à ça. Elle ne me donne pas l’impression d’être du genre à faire le premier pas… Aussi, devant son embarras, je m’empresse de répondre, sachant qu’il ne s’agit probablement que d’une invitation courtoise et désintéressée.

–          Bien sûr !

–          Alors je te le dirai tout à l’heure. Chez moi ça te va, ou tu préfères un restaurant ?

–          Chez toi c’est parfait, dis-je. Mais dis-moi ce que j’amène. Il est tôt, j’ai le temps d’aller faire deux courses si tu veux…

–          Non, non, ce ne sera pas nécessaire. Tu n’auras qu’à me ramener en voiture, j’habite vraiment juste à côté, je viens à pieds.

Je valide sans trop savoir quoi penser. Je décide de ne pas m’emballer et d’essayer d’être aussi détachée que possible, car après tout, il faut bien que je m’adapte au personnage… Je la sens quelque peu tendue, aussi, je tente de jouer la carte de la camaraderie. Le temps de ramener les notes à la principale adjointe et de gagner le parking, je plaisante et chambre quelques collègues qui passent par là. Elle me suit discrètement. Quand nous nous retrouvons dans l’habitacle étroit de mon modeste véhicule, elle me dit :

–          Tu es quelqu’un de très ouvert. Je t’envie. On voit tout de suite que tu es à l’aise avec tout le monde, et tout le monde t’apprécie.

–          Bah, tu sais, comme beaucoup, ça n’est qu’une façade. Et puis je ne suis pas vraiment à l’aise, j’ai appris à faire semblant. Avec certains, ça marche mieux qu’avec d’autres. Parfois c’est payant, et on établit de vrais rapports, mais souvent, ça reste superficiel. Ma superficialité n’est pas enviable, elle est juste pratique. Où va-t-on ?

–          Tu prends à gauche en sortant, j’habite la troisième maison sur la droite après le deuxième dos-d’âne.

–          Ah… effectivement, c’est juste à côté !

Cinquième partie : L’apéritif (encore un peu de patience…)

Nous arrivons une minute et demie plus tard devant un petit portail qui s’ouvre sur un jardin sobre mais coquet. Quand je passe le pas de la porte, je découvre encore une fois un univers qui me surprend. Je m’attendais à quelque chose de froid et impeccable. Chaque chose à l’air bien à sa place, mais un plaid trône en boule sur le canapé. Sur une table basse, un mug et la théière qui l’accompagne n’ont pas été débarrassés. Elle s’excuse pour ces traces de vie courante qu’elle s’empresse de masquer. Je profite de ses occupations domestiques pour observer son chez elle. Les murs sont d’un beige chaud. La plupart des meubles sont en bois brut, des meubles qui embaument la pièce principale, fraîchement cirés. Un peu partout, des étagères de livres, ce qui me rappelle vaguement mon propre appartement. Le salon/salle à manger dégage une réelle impression de confort. On a tout de suite envie de se vautrer dans le canapé et… Je m’égare. La cuisine est ouverte, à l’américaine. Elle est relativement petite mais très bien organisée.

Je remarque un couloir qui mène à quatre portes. Comme elle m’invite à me mettre à l’aise, je m’assois sur le canapé. La lumière rentre à grands flots dans la pièce et j’ai chaud. Quand Valérie me rejoint, elle s’est débarrassée de ses chaussures et de son sac. Elle ouvre en grand les deux baies vitrées et m’invite à m’installer sur la terrasse, pour profiter du soleil.

–          J’ai de quoi faire une grosse salade, ça t’ira ? On peut prendre l’apéro avant si tu veux.

–          Ca m’ira très bien. Apéro, je prends !

–          Qu’est-ce que tu bois ? Je n’ai pas beaucoup d’alcool, s’excuse-t-elle…

–          Oh, un jus de fruit, je préfère, je ne bois pas d’alcool.

Elle me fait un grand sourire rassuré et elle plonge son regard dans le mien. L’échange ne dure qu’une seconde, mais je sens quelque chose qui se fissure à l’intérieur de moi. Elle balbutie quelque chose d’incompréhensible et se dirige de nouveau à l’intérieur. Je la suis.

–          Je peux t’aider à faire quelque chose ?

–          Non, c’est gentil, je vais sortir quelque chose à grignoter et j’ai du jus de pomme, à moins que tu ne préfères raisin ou orange ?

–          Pomme c’est parfait. Donne-moi les verres, je vais nous servir.

Elle me tend deux verres qui s’entrechoquent entre ses doigts. Le son cristallin provoque un petit frisson le long de ma colonne vertébrale, à moins que ce ne soit le contact fugace de sa main lorsque je me saisis de la bouteille qu’elle me tend… En m’éloignant de la cuisine, je me retourne et la vois ouvrir ses placards, en sortir un paquet d’amandes grillées et un ramequin. Elle a l’air concentré, comme quand elle prenait des notes tout à l’heure. J’apprécie de la voir ainsi. Les rayons du soleil m’accueillent à nouveau sur la terrasse, et comme je nous sers deux verres bien pleins, je m’efforce de réprimer ma sensation du moment… une sorte de nœud qui se créerait quelque part sous mon estomac… Quelques secondes plus tard, elle apparaît dans la lumière, les mains chargées de victuailles. Sa présence est désormais pleinement réconfortante.

Certes, j’ai la curieuse impression de marcher sur des braises, pourtant, sa compagnie m’apaise. Pendant l’apéritif, nous revenons principalement sur notre matinée. Le déroulement des épreuves, l’indélicatesse de certains de nos collègues, le manque d’organisation de notre administration, les perles entendues… Une heure s’écoule, qui nous voit converser cordialement sur cette profession qui nous tient tant à cœur. Durant ce laps de temps, j’oublie presque mes appétits (nutritionnels et… sensuels) et j’apprécie de me retrouver face à quelqu’un qui partage ma vision de l’enseignement. Pourtant, je suis aussi fougueuse et passionnée qu’elle est modérée et pudique. Elle s’en étonne, me dit que je ne connais pas ma chance.

–          Tu as l’air si sûre de toi. Comme si tout était normal, simple, naturel…

–          Mais je suis impulsive et je gaffe souvent tu sais… c’est le revers de la médaille !

–          Mais tu sais ce que tu veux, et je suis sûre que la plupart du temps, tu dois l’obtenir…

A son sourire, je devine que le sujet pourrait facilement dériver… Est-ce l’impression que je donne ? D’être une lesbienne libérée qui branche tout ce qui bouge ? Ca c’est un comble ! Moi qui n’ai jamais été capable d’aborder qui que ce soit ! Mais puisqu’elle me tend une perche… j’en profite pour lui demander ce qu’elle a tant de mal à obtenir.

–          Tu sais, j’ai choisi un mode de vie assez particulier, me répond-elle évasivement.

–          Tu peux développer ?

–          Tu sais déjà à quel point c’est prenant d’être prof, et la nuit, j’écris en moyenne cinq à six heures. Je produis deux romans par an en moyenne. Je lis beaucoup aussi et j’écris d’autres petites choses à droite, à gauche, je ne supporte pas de ne rien faire. Il n’y a pas vraiment de place pour le hasard dans ma vie, l’inconnu me fait peur.

–          Tu veux dire que tu as peur de l’inconnuE ?

–          C’est un peu ça.

–          Attends, tu veux dire que tu racontes tout plein d’histoires sentimentales dans tes romans mais que tu n’en vis pas ? Jamais ?

–          Ca m’est arrivé. Autrefois. Mais pas depuis un bail.

–          Mais pourquoi ?!

La véhémence de mon étonnement la fait sursauter. Je la sens reculer et déjà je regrette mon emportement.

–          C’est compliqué. Tout est compliqué pour moi. Le simple fait d’inviter quelqu’un chez moi est compliqué.

–          Ah ? Je suis flattée alors.

–          Tu peux, me dit-elle en rougissant. Elle se racle la gorge. C’est assez simple de discuter avec toi. Et tu me fais rire…

–          Je ne sais pas comment je dois prendre ça, mais on va dire que c’est un compliment. Et sinon, je peux poser une question indiscrète ?

–          Euh… oui, hésite-t-elle.

–          Tu ne dors jamais ?

–          Je dors peu, lâche-t-elle dans un soupir de soulagement (manifestement, elle s’attendait à quelque chose de plus indiscret…). Une ou deux heures me suffisent.

–          Mais… mais comment tu fais ? Comment tu survis ?

–          Comme toi, un jour après l’autre, rétorque-t-elle en souriant franchement.

–          Et tu n’as… personne dans ta vie ? Ni homme, ni femme, ni enfant ?

–          Même pas un chat, j’y suis allergique ! Oui, je sais, c’est tragique pour une lesbienne.

–          Alors tu es lesbienne, exclusivement ?

–          Oui, pourquoi, toi non ?

–          Si.

Sixième partie : Les amuses bouche (ou mises en bouche)

Un curieux silence s’installe. Le nœud de mon estomac est devenu aussi envahissant que si j’attendais des triplés. A nouveau, elle m’a l’air si fragile. Peut-être espère-t-elle de moi quelque chose de précis… autre qu’une banale conversation… Parfois, j’ai l’impression qu’elle attend que je prenne les devants, mais presque aussitôt je suis amenée à revoir mon hypothèse. Elle est si seule. Et je ne comprends pas sa solitude car elle semble avoir tant à donner. La distance qu’elle peut mettre entre elle et le monde la plupart du temps disparaît dès lors qu’elle vous accepte et vous parle. Comme un de ses élèves, je me sens confiante et apprivoisée. Pourtant, je n’ose envisager d’aller plus loin, craignant de provoquer un repli radical. Elle me regarde calmement, et moi je bous à l’intérieur.

–          Valérie ?

–          Oui.

Je ne sais pas quoi dire. Mais je ne peux laisser s’instaurer le silence entre nous. Il devient insupportable. Surtout qu’il me pousse à guetter les mots qui sortiraient de sa bouche… et donc à regarder ses lèvres…

–          Non, rien…

–          Quoi ? Tu as faim peut-être… Pardon, je n’ai plus l’habitude de…

Comme elle se lève précipitamment, bousculant la table dans sa confusion, je saisis son bras pour la retenir.

–          Non, ne t’inquiète pas, je n’ai pas vraiment faim. Pas tout de suite.

Son bras me semble tout fin, si délicat, rendu brûlant par le soleil qui dore sa peau en cette heure zénithale. Je me lève et lui fais face, les yeux plongés dans les siens.

–          Alors tu veux… commence-t-elle.

–          Toi, que veux-tu ?

Elle détourne son regard une seconde et le peu d’équilibre qu’il me reste flanche. Suis-je allée trop loin ? Trop vite ? Se peut-il que je me sois trompée ? J’ai toujours été si nulle dans ce domaine… Je ne suis pas à la hauteur dans le rôle de la séductrice. J’en suis incapable. A tout moment, je m’attends à ce qu’elle coure s’enfermer dans ses toilettes en me hurlant de quitter sa maison.

Comme je desserre l’étreinte de son bras et esquisse un pas en arrière, elle attrape ma main et vient maintenir le contact de nos peaux. J’ai l’impression d’avoir trois ans et d’être sur le point de découvrir le secret de la barbe à papa.

–          C’est ridicule, me dit-elle soudain en souriant. Le cliché ultime. Deux lesbiennes qui après quelques heures de discussion et quelques affinités envisagent de passer à l’étape suivante ! J’aurais pu écrire un truc là-dessus…

–          Les besoins du corps, hein ?

–          Rien de répréhensible, au fond. Qu’une banalité attendue…

Si sa réaction pourrait me blesser, il n’en est rien. Je ris aussi. Sommes-nous si prévisibles ? Sa main serre la mienne, comme pour sceller un pacte tragicomique, mais elle ne la lâche pas pour autant. De longues secondes passent au ralenti. Notre rire se mue en sourire jusqu’à ce qu’un air grave envahisse à nouveau nos visages. Imperceptiblement, nos corps se rapprochent et mes doigts viennent croiser les siens. Incapable de réprimer mes mots, je lance :

–          Peu importent les clichés. Dis-moi ce que tu attends de moi. Je ne sais pas si…

–          Chut, fait-elle gentiment. Si je ne la sentais pas trembler, je pourrais penser être la seule à être bouleversée à cette minute. Viens, me murmure-t-elle à l’oreille. Je veux te montrer quelque chose.

Quand nous pénétrons dans le salon, le contraste de luminosité nous fait plisser les yeux ; Tout paraît si sombre tout à coup. Mais sa main oriente mes pas. Elle nous dirige vers le couloir. Mes jambes sont en coton. Malgré moi, mon esprit se perd en anticipation euphorisante. Déjà j’imagine le coton délicat de ses draps… N’importe quoi !  Comme si elle m’emmenait dans sa chambre ! Non mais ça ne va pas la tête ?! On se calme là-dedans ! Elle veut sûrement me montrer sa collection de timbres !

Quand je pense qu’elle envie mon audace, elle serait certainement morte de rire de voir à quel point je n’en mène pas large à cet instant ! Quand elle s’arrête devant une porte à notre gauche, mon esprit se vide totalement. Avant de tourner la poignée, elle me dit sur le ton de la confidence : « C’est ici que je passe le plus clair de mes nuits ».

Septième partie : Les entrées (ou mises en jambes)

Quand nous franchissons le pas de la porte, je devine que nous n’en sortirons pas de sitôt. C’est là. Son univers. Son monde. Son cœur. Cette pièce l’incarne dans toute sa force et sa fragilité. Officiellement, il s’agit de son bureau, mais c’est bien plus que cela. Trois des quatre murs sont envahis d’étagères chargées de livres. Une bibliothèque impressionnante d’une richesse et d’un hétéroclisme qui forcent mon admiration. A droite et à gauche, deux sofas encadrent un poêle central qui doit conférer à la pièce une douce chaleur en hiver. Je remarque que si le sofa de droite semble neuf, celui de gauche accuse les ans. Pourtant les modèles paraissent identiques. Contre le mur du fond, un étroit bureau en chêne massif supporte un ordinateur portable et quelques classeurs. Au-dessus du bureau, un immense dessin, magnifique, à la sanguine, représente deux femmes enlacées dans une position évocatrice : l’une visiblement au bord de l’extase et l’autre arborant une expression de concentration extrême. Leurs traits sont d’une tendresse infinie et un drapé léger vient rehausser la fluidité du mouvement suggéré. L’atmosphère de la pièce est extraordinairement calme mais la vue du dessin suffit à embraser mes sens déjà bien émoustillés. Pourtant, je maîtrise mes émotions, consciente de la solennité du moment.

–          C’est ici que j’écris, me dit Valérie d’une petite voix timide.

–          C’est une pièce magnifique. Tout le monde doit te l’envier…

–          Personne ne la voit. Jamais.

Je ne suis pas surprise, mais une peine profonde m’inonde alors. J’ai envie de la prendre dans mes bras, de la serrer suffisamment fort pour chasser cette solitude dans laquelle elle semble s’être murée. Son regard erre sur les étagères et revient sur moi régulièrement. J’avance, incertaine, et promène mes yeux sur les rayons soigneusement rangés de la bibliothèque. Je me dis que, quelque part au milieu de ces œuvres se trouvent sans doute les siennes. Mais étrangement, cela n’a plus grand intérêt tout à coup.

Sa main vient se poser sur mon épaule. Je la sens, juste là, derrière moi. Je m’efforce de ne pas me retourner.

–          Alors, tu as trouvé mon nom de plume ?

–          Euh… non. Je ne suis pas sûre de vouloir savoir finalement.

–          Ah… je comprends, tu as peur d’être déçue.

–          Non, c’est que…

Je me retourne et sa main glisse le long de mon bras. La tension est insoutenable. Elle est là, juste devant moi, incertaine, fascinante, vibrante. Je ne résiste pas à la tentation de passer un bras autour de sa taille, si fine. Ma main vient se poser sur la chute de ses reins et mes lèvres recueillent les siennes, chastement, délicatement. Je ne peux m’empêcher de relever qu’elle sent terriblement bon et que ses lèvres sont d’une douceur exquise. Elle ouvre de grands yeux étonnés et comme je me recule, prête à m’excuser, ses mains viennent saisir mes épaules et elle me rend mon baiser avec toute la délicatesse du monde. Quand finalement nous nous éloignons, je reprends :

–          Excuse-moi mais tu vois, rien de ce que tu as pu écrire ne m’intéresse plus que ça. Et pourtant, j’aime lire !

–          Je vois.

Elle semble aussi confuse que moi, et pourtant, je sens son désir faire écho au mien. Je brûle de la prendre mes bras et l’entraîner vers des tourbillons de plaisir à même le parquet, ou là, contre ces étagères, mais mon tragique sang froid reprend le dessus. Comme toujours.

–          Alors, comment ça se passe ? poursuit-elle.

–          Pardon ?

Devant mon air interrogateur, elle s’explique :

–          Dans ces clichés, dans la vraie vie, comment ça se passe ? Je t’emmène dans ma chambre ? C’est ça la prochaine étape, non ?

MAYDAY ! MAYDAY ! Code ROUGE ! Houston, on a un problème ! Là, je vais exploser, c’est sûr… Pendant une seconde, je me demande si sa candeur n’est pas feinte. Si tout cela n’était pas une ruse rondement menée pour me conduire juste ici. Aux portes de l’enfer… ou du paradis. Mon regard fiévreux balaie la pièce à la recherche d’une caméra cachée. A tout instant, je me prépare à voir débarquer mes meilleurs potes, ravis de m’avoir fait cette cruelle blague… mais il n’en est rien. Elle attend sérieusement que je lui réponde. Elle a pris mes mains et les a portées à ses lèvres.

Cette fois, impossible de résister. Je saisis son visage entre mes mains et l’embrasse avec ferveur. Quand nos langues se rencontrent, nos corps réagissent dans un même sursaut et viennent se percuter voluptueusement. Mes mains s’aventurent dans son dos alors qu’elle vient saisir ma taille. D’un mouvement impatient, elle vient coller son bassin contre le mien ce geste provoque une décharge d’une telle intensité dans mon bas-ventre que j’en ai le souffle coupé. Elle-même recule sous la violence du choc mais avant qu’elle ne s’excuse comme elle est sur le point de le faire, je renouvelle l’expérience, emprisonnant sa bouche de mes lèvres avides. Dès lors qu’ils sont soudés, nos bassins lancent des salves de désirs et de plaisir mi-réalisé, mi en suspens.

Mes jambes flageolent mais Val resserre son étreinte. Derrière moi, je sens la présence rassurante des étagères et pour plus de sécurité, je fais un pas en arrière, jusqu’à me sentir pleinement soutenue. Il y a une seconde à peine, j’avais l’impression de maîtriser la situation, mais là, tout m’échappe. Seul compte le contact de son corps contre le mien, de sa peau qui vient se frotter à la mienne. Ses lèvres viennent parcourir ma gorge et chaque poil de mon corps se dresse. Mes mains cherchent à se glisser sous son T-shirt et quand je rencontre ses tétons, je me sens défaillir.

–          Bon sang ! Je ne vais jamais tenir…

–          Je te tiendrai, me dit-elle de sa voix rassurante, bien qu’entrecoupée par un souffle irrégulier. Je te tiens.

Ce disant, elle fait glisser ma fermeture éclair et déboutonne mon jean qui tombe maladroitement à mes pieds. Je veux la déshabiller moi aussi, mais mes mains tremblent dangereusement. Je tire sur son haut pour le lui retirer quand je sens sa main se frayer un chemin dans ma culotte. Je ne peux retenir un petit cri. Et les préliminaires alors ? Femme des cavernes ! Oh et puis merde… on vient de passer cinq heures de préliminaires. Je veux ses doigts en moi, là, maintenant tout de suite ! Comme si elle lisait dans mes pensées, elle écarte légèrement mes jambes de ses genoux adroits et vient se coincer contre moi, soutenant mon corps pantelant, pendant que ses doigts rencontrent mon clitoris et constatent que l’humidité ambiante est largement suffisante pour explorer d’autres mystères. En me pénétrant, elle m’embrasse. L’explosion de plaisir est immédiate. Doucement ! ai-je envie de crier… je vais jouir en trois secondes, c’est ridicule. Mais la dame se moque de ma détresse. De sa main libre elle vient recueillir un sein au travers de ma chemise et de mon soutien-gorge pendant que, entre mes jambes, son corps entame le même mouvement de va-et-vient que ses doigts. A ce rythme-là, il me faut moins d’une minute pour exulter. Mon orgasme est violent et s’éternise, prolongé par les caresses profondes et persistantes de ma partenaire.

A quoi aurais-je dû m’attendre ? Il y a quelques jours, quelques heures, je n’aurais même pas espéré une mièvre étreinte avec elle. Là, j’en reste pantoise. Qu’est-ce que c’était que ça ? Je croyais qu’elle ne voyait personne ? Et depuis longtemps… Dans ce cas, comment… ? Impensable.

Pendant que je reprends mes esprits, Val embrasse par petites touches mes joues, mes lèvres, mon cou. Je suis surprise de lire dans ses yeux une forme de timidité totalement incongrue.

–          C’était… bon ? me demande-t-elle, hésitante.

J’explose de rire en la prenant dans mes bras.

–          Oh que oui ! D’ailleurs je suis désolée…

–          De quoi ?

–          D’avoir tenu trente malheureuses secondes !

Mon sourire fait disparaître ses craintes, mais bien vite je n’ai plus envie de plaisanter. Si mon corps est provisoirement apaisé, ma soif d’elle ne l’est pas, et je la sens frissonner contre moi. J’enlève rapidement ma chemise et mes sous-vêtements puis m’applique à la dévêtir à son tour.

–          Tu n’es pas obligée, me dit-elle d’un air entendu alors que je la libère enfin de son T-shirt.

–          Obligée de quoi ?

–          De me faire… quoi que ce soit.

–          Tu veux rire ?

Je ne suis pas sûre de comprendre. Envisage-t-elle le sexe à sens unique ? Je sais que certaines le préfèrent ainsi… mais pas moi. Ou pire, croit-elle que je puisse ne pas la désirer ? Après ce qu’il vient de se passer ? S’imagine-t-elle que je ne la toucherais que par pitié ?

–          Val, j’en ai terriblement envie, et tu es… si désirable que…

Elle ne me laisse pas finir mon plaidoyer. Ses lèvres me donnent l’absolution. C’est elle qui finit de se dénuder pendant ce baiser et nos peaux s’atteignent enfin, pleinement. A son tour, elle cherche le soutien de la bibliothèque derrière elle. Je sens ses petits seins contre ma poitrine pointer ostensiblement. Je délaisse sa bouche pour en saisir les tétons de mes lèvres. Mon geste lui arrache un gémissement. Son corps entier réagit de manière fulgurante. Elle se soulève contre moi et vient, de ses mains, saisir ma tête. Je devine son désir et le sens se répandre sur ma cuisse. Je dois résister à l’envie d’être aussi directe qu’elle. Si mes doigts brûlent d’explorer son sexe, je les contrains à rester sur ses seins. Mes lèvres, elles, poursuivent leur chemin.  Quand j’arrive à son nombril, je relève la tête et cherche son regard. Il est sans équivoque. Alors que mes mains quittent ses seins pour venir empoigner ses fesses, je m’agenouille devant elle et passe mes épaules entre ses cuisses. Déjà, sa fragrance m’enivre et je savoure mon plaisir à venir. J’observe avec gourmandise les contours de ses lèvres luisantes, en soufflant légèrement dessus. Son clitoris me fait face, tendu, écarlate. J’avance délicatement ma bouche vers lui pour lui présenter mes respects. A ce premier contact direct, Val pousse un gémissement encourageant. Elle est délicieusement salée. Ma langue l’explore alors, remontant son sexe sur toute sa longueur, puis la pénètre lentement. Nouveau gémissement. Quand je reviens vers son clitoris, j’entreprends de le sucer patiemment. Mes lèvres l’enserrent soigneusement pendant que ma langue vient lui imprimer de petites pressions. C’est alors que les mains de Val retrouvent le chemin de ma tête et se glissent dans mes cheveux pour imprimer leur propre rythme. J’aime qu’elle prenne les commandes de cette façon. Au fur et à mesure, le rythme s’accélère et les gémissements s’accentuent. Quand je sais qu’elle est à deux doigts de jouir, je sens ses mains presser de plus en plus fort contre ma tête, à tel point que j’ai peur de lui faire mal. Mais je m’exécute et son plaisir, quand il explose dans ma bouche, m’excite tellement que je suis au bord de l’orgasme à nouveau. Les spasmes qui la parcourent trahissent l’intensité de sa jouissance. Pendant un instant, je suis rassurée. J’ai toujours peur de ne pas être à la hauteur, et je sais qu’il peut arriver de tomber sur… disons des incompatibilités. Mais là, ça ne semble pas être le cas.

Comme j’allais me relever pour la prendre dans mes bras, elle tombe à genoux à côté de moi et m’étreint chaleureusement.

–          Merci, me dit-elle.

–          Euh… non mais… enfin… ce fut un plaisir !

–          Je veux dire merci parce que ça fait tellement longtemps que je n’ai pas… qu’on ne m’a pas… enfin tu vois ?

–          Je crois, oui… Mais rassure-toi, ça ne se voit pas !

L’instant a beau être touchant, il n’en demeure pas moins douloureux. Val s’en rend vite compte et m’aide à me relever.

–          Finalement, on n’est pas si cliché que ça… on a évité le lit ! Dis-je fièrement.

–          Oui, mais à quel prix ? Regarde dans quel état sont tes genoux !

–          Boh, ça, ce n’est pas grave, ça en valait la peine.

–          On aurait au moins pu opter pour un des sofas…

–          Pas le temps.

Je me tiens là, devant elle, entièrement nue, et me sentirais presque vulnérable si elle ne l’était pas plus encore que moi. Je ne peux m’empêcher de la toucher. Mes mains continuent de la caresser gentiment et je sais bien que mon désir d’elle est loin d’être assouvi. Et ce désir semble manifeste et réciproque puisqu’elle reprend :

–          Je crois que pour le bien de tes genoux… et par simple bon sens, il serait préférable que je te fasse visiter ma chambre.

–          D’accord.

Si je sens encore sa pudeur transparaître dans son regard ou ses intonations, son corps, lui, ne ment pas et tient un langage sans appel. J’enlace sa taille et avance derrière elle jusqu’à la porte d’en face. Sa chambre est petite. Il n’y a qu’un lit qui semble ne jamais avoir été foulé. Je la soupçonne de passer ses rares et précieuses heures de sommeil sur le canapé du salon où traînait le plaid à notre arrivée.

Huitième partie : Le plat de résistance (Chaud devant !)  

Elle contourne le lit sur la gauche et se penche pour en défaire les draps. Elle l’ouvre et s’y enfonce en prenant soin de bien remonter les oreillers. Je l’observe avidement et pose à mon tour un genou sur le matelas moelleux. Là, devant moi, elle s’expose dans toute la splendeur de sa nudité, repoussant ses prudes barrières jusqu’à écarter légèrement ses cuisses pour mieux m’accueillir, les yeux pleins de promesses étourdissantes…

Si je n’étais pas encore affamée, j’aurais sans doute apprécié de prendre le temps de l’observer. J’aurais pu m’étonner de la trouver si appétissante à présent alors qu’elle m’avait semblé si insignifiante jusque là. J’aurais pu me délecter du spectacle de son corps ainsi dédié à mes soins, de ses petits seins si délicieusement fiers et durcis par l’excitation, de la douceur de sa peau encore moirée de nos premiers ébats, de la force et de la vigueur de ce corps pourtant si fragile en apparence. J’aurais pu…mais déjà mes doigts atteignent son pied, ma main court sur sa jambe et revient s’enrouler autour de sa cheville. Mon pouce trace distraitement les contours de son tatouage pendant que mes lèvres s’approchent du motif tribal. Comme je l’embrasse, Val frissonne de plus belle et d’une main tendue, m’invite à la rejoindre tout contre elle. Je m’exécute en laissant ma bouche remonter sa jambe, mordiller sa hanche, lécher son ventre et venir se poser sur son sein. Ses bras capturent mes épaules et son étreinte achève de réduire à néant mes ultimes distances. Elle est là. Avec moi, pour moi. Elle. Moi. A cet instant, rien d’autre ne compte que cette vérité et notre désir l’une de l’autre. Il sera temps, plus tard, de poser des questions, connaître, prévoir. Là, je veux vivre dans l’intensité du moment. Quoi de plus grisant que de la sentir onduler sous moi ?

D’un mouvement quasi chorégraphié, nos cuisses s’entrecroisent et nos corps s’agitent au rythme de nos bouches. Son souffle est chaud et saccadé, enivrant. Les yeux fermés, elle répond dans une sorte de transe charnelle aux assauts de mon corps et déjà le plaisir irradie entre mes jambes. La chaleur du frottement entre nos sexes et nos cuisses devient insoutenable. Je sens ses mains parcourir mon dos et venir presser mes fesses contre elle, marquant un tempo de plus en plus effréné. Mes gémissements se mêlent aux siens et se hissent crescendo vers des aigus insoupçonnés. L’équilibre est là, dans cet enchevêtrement des corps dévoués à la quête du plaisir, ce plaisir égoïste et individuel qui cette fois, et sans préméditation, devient mutuel. Est-ce son orgasme qui provoque le mien ? Est-ce l’inverse ? Peu importe au final. Toujours est-il que je suis impressionnée. Je ne pensais pas pouvoir jouir de cette manière et quand les vagues de volupté déferlent en moi, je jubile de sentir Val secouée de ce plaisir simultané.

Quand les spasmes s’atténuent, mon corps se relâche et je viens peser de tout mon poids sur mon amante. Je voudrais déchiffrer l’expression de son visage mais je n’ai pas le courage de relever la tête. Là, tout contre elle, je suis merveilleusement bien. Sa poitrine et la mienne se gonflent au rythme de nos respirations encore irrégulières et nos cœurs cherchent à retrouver une cadence plus sereine. Ils martèlent si fort nos cages thoraciques que je ne distingue pas le sien du mien. J’enroule mes bras autour de ses épaules et pousse un profond soupir d’aise. Ce à quoi Valérie répond en posant sa bouche contre mon front et en caressant l’arrière de mon crâne, puis mes omoplates. J’aime ses caresses. J’aime la tendresse apaisée et apaisante de cet instant, le silence de nos lèvres, la rumeur décroissante de nos corps…

Je souris, béate de satisfaction, et je sens sur mon front un autre sourire se dessiner sur ses lèvres. Je ne résiste pas à l’envie de la regarder cette fois. Ses paupières, encore closes, se relèvent quand elle devine mon regard sur elle. L’expression de ses iris me bouleverse. Son plaisir était indiscutable, pourtant son regard reflète à nouveau une forme de tristesse infinie. Je ne sais comment réagir. Je m’apprête à lui demander ce qui ne va pas et pour cela, je cherche à la délester de mon poids. Comme je glisse à son flanc, ma jambe coulisse contre son sexe encore copieusement humide. A ce geste, son corps tout entier se cambre et sa main vient saisir la mienne dans un réflexe convulsif. En une fraction de seconde le désir s’éveille derechef. Son visage est transfiguré : ses yeux se sont refermés et ses dents pincent lascivement sa lèvre inférieure.

Hésitante, je lui demande :

–          Encore ?

En guise de réponse, elle porte ma main à sa bouche et enfourne mon index et mon majeur. Une nouvelle fois, mon cœur fait des bonds dans ma poitrine et mon entrejambe s’enflamme. Son corps se met en mouvement et je la sens se retourner contre moi. Mes doigts toujours dans sa bouche, elle vient coller son dos contre ma poitrine et se love ainsi au creux de mes bras. Alors que ma bouche vient caresser et mordiller sa nuque, elle déloge mes doigts et dirige ma main tout contre son sexe. Elle est divinement mouillée et mes doigts se fraient facilement un passage jusqu’à son clitoris. Nul besoin de l’exciter, celui-ci est d’ores et déjà turgescent. Pourtant, je le titille, je fais jouer mes doigts, tous mes doigts autour de lui. Contre moi, Val s’agite de façon convulsive. Cette fois, je veux prendre mon temps. Mes caresses se font lentes, régulières. Ma main entière vient presser sur son sexe. Parfois, quand je m’aventure de plus en plus bas, mon pouce vient frôler son clitoris et provoque une nouvelle secousse. Sa respiration est de plus en plus prononcée et je devine maintenant qu’elle va vouloir jouir, vite. Mais je suis contre. Je veux la pénétrer, je veux la sentir jouir autour de mes doigts et la maintenir comme ça contre moi. Quand elle commence à gémir, au bord de l’orgasme, je ralentis cruellement, et cette fois, mes doigts se risquent en elle. Mon incursion lui arrache un cri. L’étau de ses jambes se resserre instinctivement mais elle est tellement mouillée que rien ne peut empêcher ma main de poursuivre son va-et-vient. D’abord deux doigts, puis trois. Je m’étonne de la trouver si… dilatée. Mes gestes sont lents mais de plus en plus profonds. Quand elle vient poser sa main contre la mienne pour accompagner mes mouvements, j’ose un quatrième doigt, devinant que c’est ce qu’elle attend. Je suis complètement étourdie de sentir ainsi ma main en elle, et plus encore de sentir, d’entendre, de toucher son désir croissant. De mon bras libre, je resserre notre étreinte, mêlant nos sueurs, plaquant nos peaux embrasées. Mes fesses se contractent à chaque pénétration un peu plus contre elle et je sens mon sexe répandre ma propre humidité sur les rebonds incandescents de sa croupe. Ses petits cris étouffés m’affolent dangereusement et sans m’en rendre compte, je mords dans sa clavicule à pleine bouche. Elle jouit soudain, s’arquant de tout son long rugissant son plaisir dans un « OUI ! » éraillé et frénétique. La fureur de son orgasme m’encourage à laisser ma main poursuivre son œuvre jusqu’à l’extinction des feux. Quand d’une pression subtile elle me fait comprendre qu’elle en a assez, je cesse mes mouvements, mais sans me retirer, je la tiens tout contre moi. J’embrasse tendrement sa nuque, guettant une réaction de sa part et quand son corps finit par se relâcher, son soupir de satisfaction me comble. Comme je vais déposer un baiser délicat sur son épaule, je découvre avec stupeur que j’ai laissé l’empreinte de mes dents sur elle. Confuse et inquiète de sa réaction, je m’excuse aussitôt.

–          Ne t’excuse surtout pas, me répond-elle dans un sourire que je devine. C’était très… c’était parfait.

Elle se retourne vers moi et son visage est bel et bien lumineux. Je suis rassurée. Dans ses yeux, l’étincelle de désir scintille encore. Je la soupçonne cependant de ne rien attendre de ma part, cette fois. Intuitivement, nos corps se sont de nouveau enlacés et déjà sa main caresse mes hanches, mes fesses, mes cuisses. Elle m’embrasse langoureusement et me fait basculer délicatement sur le dos. Je suis si… prête, que j’ai peur de jouir aussi rapidement que la première fois ! Rien qu’à l’idée de ses doigts ou de sa langue, je sens que je peux exploser.

–          Val, je t’en prie, va doucement sinon je vais jouir tout de suite…

–          Mais je n’ai même pas encore commencé, s’indigne-t-elle !

–          Je suis faible…

–          Oh que non ! Tu es tout sauf faible… à moins que… Oh, tu as faim peut-être ? C’est parce qu’on n’a pas…

Comprenant qu’elle culpabilise de m’avoir privée du déjeuner promis, je l’interromps tout de suite.

–          Non, je t’assure, ma faiblesse n’a rien à voir avec la nourriture… Pourquoi, toi tu as faim ?

Je guette sa réponse, inquiète de devoir ronger mon frein le temps d’un repas… mais à mes mots, son regard se porte immédiatement entre mes jambes et l’expression qui envahit son visage ravive ma libido. Trois mots s’étranglent dans sa gorge tandis qu’elle pince à nouveau sensuellement sa lèvre inférieure : « Faim… de toi…»

La suite ici.

Itws & anecdotes | 15.12.2012 - 12 h 23 | 6 COMMENTAIRES
Un prêtre, MON père et un complexe oedipien contrarié sont sur un bateau…

Ceci n’est pas l’image de deux mecs à poil sur un nuage, soi-disant en train de créer l’Homme…

 

Date : Hier soir.

Lieu : Domicile parental.

Décor : Une table ronde, des chaises, des assiettes presque vides.

Personnages : Mon père, ma mère, ma soeur, son mari et notre médecin de famille qui est également une amie.

Sujet : A-t-on le droit de choisir une seule marraine pour des triplés mais trois parrains différents ?

 

Moi (à ma soeur) : J’espère bien que je serai marraine des trois ! Déjà que je n’ai pas été témoin à votre mariage !

Ma soeur : Oh, ça va ! Lâche-moi avec ça ! Si tu continues, tu seras marraine du chat et point barre !

Ma mère : Faudrait qu’on demande au père Machin si on a le droit d’être trois fois marraine en même temps.

Mon beau-frère : Surtout que pour les parrains, il y a en aura trois…

Moi : Et alors ? Qu’est-ce que ça peut leur faire ? C’est pas comme si on pouvait pas cumuler les mandats, là !

La Doc : Evidemment qu’on peut.

Ma mère : Je ne sais pas. Je crois que la voisine, Mme Bidule, a invité le prêtre à venir manger chez elle le week-end prochain. D’ailleurs les filles, elle nous a invités aussi ! Apparemment, de notre groupe habituel d’amis, personne ne veut le fréquenter, il est un peu trop strict. Il vient de Pologne et on le dit assez rigide. Mais bon, si on y va, on pourra en profiter pour lui poser la question, non ?

Moi : Sans moi.

Ma soeur : Ben nous le week-end prochain, je crois qu’on va être malades. Mais je t’apporterai un certificat médical si tu veux (Elle échange un clin d’oeil avec la Doc).

Ma mère : Bah, pourquoi vous réagissez comme ça ? Les filles, allez ! Ca va pas vous tuer !

Mon père : Qui veut du fromage ?

Moi (avec un brin de provocation dans le ton de ma voix) : En plus, maman, si c’est un radical, peut-être qu’il va vraiment vouloir me tuer… ou du moins m’excommunier… T’imagines, s’il me dit que je dois renoncer à mes droits de marrainage pour cause de perversité contre-nature ?

Ma mère : Ne dis pas n’importe quoi, c’est pas marqué sur ton front ! Et je n’ai jamais entendu qu’on excommuniait les gens à cause de leur homosexualité.

Moi : Oh, ils doivent déjà y avoir pensé…

Ma soeur (à ma mère) : C’est sûr que s’il lui demande où est son mari, et pourquoi elle n’est pas mariée à son âge, elle va tout lui balancer à la figure, tu la connais !

Mon père : Et alors ? Manquerait plus qu’il dise un truc. Et ce serait un comble l’excommunication… Sont tous pédés là-dedans !

 

Petite rétrospective explicative… 

Oui, mon père est homophobe. Oui, ce fut une tragédie pour lui que d’avoir une fille lesbienne. Oui, il refuse toujours d’en parler. Oui, il déteste aussi les curés. Oui, il préfère d’habitude se plonger dans un mutisme abyssal dès qu’on aborde un des deux sujets (homosexualité ou religion). Il n’est ni imposant, ni violent, ni très causant. Il passe son temps à écouter blablater les trois femmes de sa vie (mais surtout ma mère depuis que ma soeur et moi avons déserté le domicile familial au profit de nos propres foyers) et il n’intervient que pour détendre l’atmosphère ou engager la suite du repas, mais là…

Faut pas toucher à sa fifille ! Même Chuck Norris y perdrait ses dents. 

Etrangement, sa réplique (aussi grossière soit-elle envers la gente gay) m’a donné la chaleureuse impression de ne pas être totalement indifférente à ses yeux. Je ferai taire mon complexe oedipien tardif demain. Aujourd’hui, je le partage avec vous.

Cette nuit, j’ai rêvé de mon père portant des banderoles à la manif de demain… 😉

Dans mon rêve, il en faisait des tonnes…

 

 

autoportrait | critique | D-libérations | éducation libéro-sexuelle | Homosexualité et éducation | Itws & anecdotes | Non classé | poésie | 12.12.2012 - 08 h 48 | 15 COMMENTAIRES
Le Romantisme, du mythe au fast-food… La bonne blague !

Quand les chien nous surpassent au paroxisme du cliché romantique…

 

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous mais, quand j’étais petite, j’étais bercée d’images et de récits romantiques. J’avalais du Disney, du Grimm, du Perrault, du Andersen, je nourrissais mon esprit et mon coeur de galanteries, de bienveillances, d’intentions pures et nobles. J’imaginais l’Amour et l’être aimé comme un don précieux qu’il fallait chérir, protéger, choyer comme le faisaient tous ces beaux Princes et valeureux clochards amoureux, et comme le faisaient aussi à leurs façons maniérées et pleines de minauderies ces demoiselles tant convoitées.

Aussi, sans surprise, j’ai grandi dans cet univers de romantisme éloquent. Certes, je n’ai pas attendu le Prince Charmant, je me suis plutôt identifiée à lui et me suis mise en quête de ma Princesse… mais au fond de moi, je suis aussi une Princesse qui a besoin d’être savamment courtisée… Ah les lesbiennes, c’est compliqué !!!

Toujours est-il que voilà. J’avoue, je ne sais aimer que de manière romantique. Pourquoi est-ce que cet aveu me coûte tant ? Parce que visiblement  aujourd’hui, être romantique on ne trouve plus ça normal ou noble… on trouve ça DRÔLE !!! Ou pire que tout : « Trop mimi » (ce qui est encore plus affligeant que drôle, vous en conviendrez). J’ai envie de dire STOP. STOP à la « ridiculisation » du romantisme. Laissez-nous être fleur bleue ! Laissez-nous aimer vous offrir une fleur, veiller à couvrir vos épaules quand vous êtes parcourues d’un frisson, préparer un dîner aux chandelles de temps en temps, vous enlever pour un week-end en amoureuses, vous inviter solennellement à danser sur votre chanson préférée, prendre le temps de vous faire plaisir aussi souvent que possible… laissez-nous faire preuve d’attentions et de galanteries sans glousser ou nous jeter votre regard qui dit « Merci mais quand même, t’as vu comme t’es ridiculement romantique !?! »

Bref, si je vous dis tout cela c’est parce que bien sûr j’ai vécu ces humiliantes situations, et pire que tout, je sais que je les vivrai encore. Mais récemment, j’ai été confrontée au fossé des générations et là, j’ai compris.

Prenons une oeuvre romantique par excellence : Jane Eyre (la gouvernante qui tombe amoureuse du maître de maison, amour réciproque mais impossible, histoire qui finit bien). Faites lire ce chef d’oeuvre à une classe de 4ème et demandez-leur, à mi-chemin, d’écrire une scène romantique entre Jane et M. Rochester et vous obtiendrez un truc de ce genre :

Ils sont à table. Jane a faim parce qu’elle a travaillé toute la journée, mais pas M. Rochester parce que lui c’est le patron et que le patron ça travaille pas. Comme elle a fini son assiette avant lui et qu’elle semble avoir encore faim, il lui laisse finir son BigMac et ses frites, même si lui aussi a encore faim. Elle accepte. A la fin du repas, elle se lève et pour le remercier, elle l’embrasse sur la bouche. Il est content. Demain, il lui laissera peut-être finir sa pizza mais il faudra qu’il mange plus au goûter.

Mes élèves ont de la chance. Eux ils ont déjà compris que le romantisme c’était devenu une bonne blague !

 

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