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Blog Univoque d'une Lesbienne Libre et Egale (à elle-même)
Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | photo | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 20.02.2017 - 00 h 42 | 3 COMMENTAIRES
Rome en solo (Chapitre 4)

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

 

Luce avait regardé malgré elle. A l’expression refroidie de Gabrielle, l’italienne devina que la « Emma » en question venait d’interrompre, pour une durée indéterminée, les folies qu’elles s’apprêtaient à commettre. La jeune femme semblait indécise. Elle fixait l’écran mais son esprit était ailleurs. Les vibrations cessèrent sans qu’elle répondît.

Quand elle reporta son attention sur Luce, elle constata son inquiétude.

– Ce n’est rien, la rassura-t-elle. Elle laissera un message si c’est important.

– Emma, c’est votre…

– Mon ex-compagne, oui.

Toujours à califourchon sur la brune, Gabrielle plongea son regard dans le sien, tentant de la réconforter dans un sourire. Mais l’italienne rajouta d’une petite voix :

– Celle avec qui tu aurais dû venir, non ?

– Oui, avoua la française à contrecœur. Mais elle m’a quittée. Elle est partie et je ne…

La jeune femme n’eut pas le temps de terminer sa phrase : son téléphone vibrait à nouveau. Gabrielle était sur le point de raccrocher, énervée par l’insistance inopportune d’Emma, mais Luce la repoussa, délicatement mais fermement. Elle se releva et s’éloigna promptement.

– Visiblement, c’est important. Réponds-lui. Nous nous verrons peut-être plus tard, jeta l’italienne avant de disparaître derrière la porte d’entrée.

La française demeura interdite. Que signifiait ce départ précipité ? Pourquoi diable Luce avait paru si mal à l’aise ? Elle aurait pu répondre devant elle ou tout simplement ne pas répondre du tout, mais en aucun cas Gabrielle n’avait voulu la voir partir ainsi. Contrariée, elle décrocha sèchement en regardant par la fenêtre la belle brune qui fuyait d’un pas pressé.

A l’autre bout du fil, elle entendait des crépitements et une voix lointaine qu’elle reconnut à peine :

– Allô Gab ?

– Oui.

– C’est moi.

– Je sais. Que veux-tu Emma ? demanda la jeune femme d’un ton cassant.

Les grésillements couvrirent un silence gêné.

– Je suis désolée de te déranger avec ça, Gab, mais j’ai un petit problème.

Devant le mutisme irrité de son interlocutrice, Emma poursuivit :

– Nous nous sommes fait voler toutes nos affaires à Arequipa. Probablement le guide car nous ne l’avons pas revu depuis. La police ne peut pas faire grand chose. Ils nous conseillent de contacter nos assurances mais tous mes numéros étaient dans mon sac. J’aurais dû les enregistrer mais…

Sa voix était hachurée mais Gabrielle percevait néanmoins sa fatigue.

– Nous sommes à court d’espèces et je n’ai plus de carte. Je dois faire opposition mais je ne sais pas comment faire.

– Nous ? demanda la jeune femme que ce pronom mortifiait bien au-delà de la détresse de son ex-compagne.

Emma laissa un blanc avant de renchérir :

– Gab, s’il te plaît…

Gabrielle était outrée : non contente d’interrompre sa vie dans un instant fatidique, de la déranger pour lui réclamer de l’aide alors qu’elle l’avait elle-même abandonnée, Emma lui demandait maintenant de ne pas lui faire une scène ?

– Pourrais-tu retrouver le numéro du Crédit Lyonnais, je dois parler à ma conseillère… une Mme Valentin, je crois, son numéro est sur le frigo. Et éventuellement de m’envoyer un peu d’argent par mandat cash, je te rembourserai bien sûr…

A l’autre bout du fil, Emma parlait encore, mais pour Gabrielle, c’en fut trop.

– Emma, la coupa-t-elle sèchement. Je ne suis pas à la maison. Je ne suis même pas en France. Et il est hors de question que je…

– Pas en France ? l’arrêta-t-elle. Gab, ne me dis pas que tu es allée toute seule à Rome…

– Où je suis et avec qui, cela ne te regarde pas. Quant au pétrin dans lequel tu t’es mise, trouve une autre solution pour t’en sortir : je ne suis plus ta solution. Plus jamais. Et ne m’appelle plus. Plus jamais.

Gabrielle raccrocha sans écouter les protestations de son ex-compagne. Elle était tellement en colère qu’elle n’arrivait même pas à culpabiliser de l’avoir laissée dans une situation délicate. Elle respira profondément et se rassit sur la chaise que Luce avait quittée. Elle était encore chaude. Malgré son agacement, la jeune femme ne put s’empêcher de penser à l’italienne. Celle-ci était femme, adulte, responsable et accomplie. Emma lui donnait l’impression de ne pas être sortie de l’adolescence : totalement égocentrée, toujours en quête de sensations fortes, de nouveautés, incapable de faire face aux réalités de la vie, dépendante de la rationalité des autres dans son quotidien. La comparaison fit retomber la colère de la française. Comment avait-elle pu envisager une relation sérieuse avec une personne pareille ?

Gabrielle refusa de se perdre dans un questionnement stérile. Emma ne ferait plus du tout partie de sa vie, désormais. Luce, par contre…

La jeune femme avait été embarrassée de son départ précipité. Elles étaient si proches, si intimes, et la seconde d’après si distantes ! La brune incandescente lui avait paru si froide, tout à coup… Elle n’avait même pas eu le temps de lui expliquer… Il n’avait fallu que deux jours à Luce pour envahir ses pensées, ses rêves, sa vie. Jamais elle n’avait été si complice avec qui que ce fût. Pourtant, jamais elle n’avait à ce point craint de ne pas être digne de quelqu’un. Elles n’évoluaient pas dans les mêmes sphères et la française se trouvait insignifiante à côté d’elle. Mais à aucun moment, Luce n’avait semblé s’en soucier et Gabrielle s’était tout de suite sentie à l’aise et intégrée dans cet univers étranger.

Non, elle ne pouvait pas laisser s’installer le moindre malentendu entre elles. Il fallait qu’elle aille la retrouver, qu’elle lui parle, qu’elle la touche encore. Son corps vibrait toujours de son désir pour elle. Décidée, elle enfila une veste en hâte et sortit en prenant soin de laisser son téléphone derrière elle.

 

*

 

Elle donna trois grands coups de heurtoir contre la lourde porte de la résidence principale. Elle entendait quelques notes de musique qui descendaient de l’étage. Comme personne ne lui répondit, elle entra timidement.

Le hall était imposant et couvert de marbre du sol aux piliers. Les escaliers, taillés dans la même pierre nervurée, s’élevaient devant elle. Elle s’apprêtait à appeler l’italienne quand elle reconnut sa voix qui en doublait une autre en accompagnant la musique. Elle n’eut aucun mal à identifier à nouveau Patricia Kaas, mais cette fois-ci, la brune proposait un duo étrange et douloureux : « Je voudrais la connaître… savoir comment elle est… Est-elle ou non bien faite ? Est-elle jolie, je voudrais… »

Gabrielle s’aventura dans les escaliers. Elle montait les marches au rythme de la chanson. Elle n’en perdait pas une note, pas un mot : « … Oh je voudrais la voir… Longtemps, la regarder… Connaître son histoire… Et son décor et son passé ». La française s’approcha de la porte entrebâillée d’où provenait la musique. Elle osa jeter un œil par l’entrouverture en retenant sa respiration. Luce chantait encore d’un timbre grave et râpeux : « C’est étrange peut-être… Cette curiosité… Voir enfin pour admettre et pour ne plus imaginer ».

La jeune femme identifia la chambre de l’italienne. La pièce était vide et une lumière vive ainsi qu’un nuage de vapeur s’échappaient d’une porte ouverte, au fond. Gabrielle comprit que Luce sortait de la douche. Elle sentit son corps réagir à l’image préconçue de la belle brune, nue. Ses seins se durcirent instantanément et une vague de chaleur humide se propagea entre ses cuisses. Son cœur s’emballa. Elle devait se signaler… Elle ne pouvait pas rester là, en voyeuse indiscrète.

La voix de Luce se rapprocha : « Oh je voudrais comprendre… Même si ça me casse… ». L’italienne fit son apparition dans la chambre. Son corps mat, perlé de gouttelettes translucides, était enveloppé dans une grande serviette blanche. Le cœur de Gabrielle manqua quelques battements. « Puisqu’elle a su te prendre… » : Luce affichait un visage triste… Si triste ! La jeune femme en fut toute chavirée. Comment Luce pouvait-elle penser qu’un simple coup de fil remettrait tout en question ? Pourquoi avait-elle pris cela tellement à cœur ? Pourquoi une réaction aussi violente ?

La voix de l’italienne se déchira sur un dernier vers « … Puisqu’elle a pris ma place ». Cette fois, Gabrielle ne résista pas. Elle poussa la porte en criant presque :

– Elle n’a pas pris ta place, c’est toi qui as pris la sienne.

Luce sursauta. Instinctivement, elle croisa ses mains sur sa poitrine pour maintenir la serviette en place. Elle regarda Gabrielle comme une biche prise dans les phares d’une voiture. Comme elle demeurait coite, le visage toujours inquiet, la jeune femme s’avança, coupa la chique à Patricia Kaas et se reprit :

– Non, en fait, tu n’as pas pris sa place. Elle n’avait pas de vraie place, elle n’en a jamais voulue. Toi, tu occupes toute la place.

L’italienne écarquilla les yeux de plus belle. Gabrielle poursuivit :

– Je suis désolée d’être rentrée comme ça… Je ne voulais pas te faire peur, mais avec la musique, tu ne m’entendais pas. J’ai frappé et je t’ai entendue… et je suis montée… et je t’ai vue.

Luce esquissa un geste désinvolte de la main, comme pour signifier que ça n’était pas le problème. Devant son mutisme entretenu, la française continua :

– Je voulais venir te parler, tout de suite. Je ne sais pas pourquoi tu es partie. Je ne voulais pas que tu partes. Je voulais que tu restes. Je ne voulais pas lui parler. Je voulais te parler, être avec toi… et ne plus parler. Je voulais que nous fassions l’amour, encore et encore. Je voulais…

Gabrielle rougit. Elle était confuse. Elle n’avait pas envisagé de déballer tout cela de cette manière. Elle se sentait maladroite et craignait que sa logorrhée ne rebutât définitivement cette femme fatale. Luce s’assit sur le rebord de son lit. Elle ne quittait pas des yeux la jeune femme qui ne savait plus où se mettre.

L’italienne lui fit signe d’approcher. Incertaine, elle avança lentement, le regard plongé dans les orbes noirs de la belle brune. Quand elle arriva à sa hauteur, Luce libéra lascivement son corps du coton immaculé. La serviette glissa lourdement à leurs pieds.

Les chairs de Gabrielle s’embrasèrent. Spontanément, sa peau voulut adhérer à celle de Luce, mais, si elle était plus que consciente de sa nudité, elle n’osa pas la regarder.

Alors, Luce parcourut la distance qui les séparait.

 

*

 

La chambre était plongée dans une semi-obscurité feutrée. De lourds rideaux aux teintes naturelles étouffaient les rayons discrets du soleil hivernal. L’éclairage artificiel de la salle de bain adjacente, que personne n’avait pensé à éteindre, découpait la pièce : entre deux zones opaques, un rai lumineux projetait les ombres des deux femmes sur le lit. Elles se faisaient face et l’une avançait vers l’autre, immobile. Quand les seins nus effleurèrent la poitrine endolorie de la blonde, les corps s’éveillèrent. Dans un élan empreint de délicatesse, elles s’insinuèrent l’une contre l’autre, en multipliant les caresses. Pendant plusieurs secondes, elles embrassèrent à tour de rôles les contours de leur visage.

Quand leurs lèvres se retrouvèrent, Luce encouragea la jeune femme à se défaire de sa veste. Pour la seconde fois en moins d’une heure, la jeune femme déboutonna à nouveau sa chemise qui alla rejoindre la serviette, par terre. L’italienne glissa ses mains brûlantes sous le marcel provocant. Elle remonta jusqu’à emprisonner les petits seins de Gabrielle entre ses doigts. Celle-ci retint un gémissement le temps de retirer le vêtement inutile. Les mains de Luce glissaient sur son corps, elles en attisaient chaque parcelle et quand elles descendirent le long de ses reins, la jeune femme se cambra. L’italienne glissa sous le jean et le boxer de Gabrielle pour se poser sur le relief rebondi de ses fesses.

Incapable d’attendre plus longtemps, la blonde dégrafa sa ceinture et se débarrassa dans un même mouvement, de son jean et de son sous-vêtement. A armes égales, les deux femmes s’observèrent. Chacune scrutait l’autre, à la fois comblée et affamée. Du bout de leurs doigts, elles exploraient ce que leurs yeux taisaient. Plus elles en découvraient sur l’autre, plus elles en demandaient. Leur appétit se fit urgence, nécessité, fureur. Elles s’embrassèrent dans une étreinte qui ne supportait plus la verticalité.

Concentrées sur leurs sensations et leurs réactions, elles trouvèrent le refuge moelleux du lit de l’italienne. Gabrielle s’y étendit, accueillant le corps chaud et satiné de Luce contre le sien. Ce contact plénier les fit trembler de plus belle. La brune plongea son visage dans la peau douce et parfumée du cou de la française. Elle y fit courir ses lèvres, prospectant salières et clavicules de ses baisers délicats. Comme Gabrielle laissait vagabonder ses doigts sur le dos et les flancs vulnérables de son amante, celle-ci attrapa ses poignets et les immobilisa d’une main ferme au-dessus de sa tête. L’italienne lança un regard aigu à son otage avant de poursuivre le petit jeu lascif de ses lèvres. Quand elle l’embrassa sous les aisselles, la jeune femme frémit mais ne rit pas. Elle devinait que Luce ne s’y attarderait pas. Elle n’aurait pas à la supplier pour être satisfaite. Gabrielle le savait. Et cette certitude lui donnait le vertige.

Quand la bouche de Luce se referma sur son téton, la jeune femme réagit de tout son corps. L’italienne, enivrée et encouragée par le spasme que la française n’avait pu contenir, se mit à tourmenter, avec une lenteur insupportable, la pointe sensible et dure du sein offert. A chaque succion ou mordillement, Luce sentait les torsions incontrôlées de son amante qui s’agitait sous elle. Elle ne put résister à l’envie de glisser une cuisse intrusive entre celles, raidies de plaisir de la belle blonde. La réponse de Gabrielle ne se fit pas attendre. Elle gémit instantanément et vint écraser son sexe ruisselant contre sa jambe. Les deux femmes ondulèrent simultanément pendant que Luce continuait la torture délicieuse et consentie des seins de Gabrielle. De sa main libre, elle compléta l’ardeur de sa bouche. Les mouvements de ses lèvres, de ses dents, se coordonnèrent avec ceux de ses doigts pour que les deux tétons de la jeune femme connussent le même supplice, à l’unisson. C’en fut trop pour Gabrielle. L’orgasme la cueillit, l’emporta, la terrassa dans un cri qui la laissa sans force.

Luce s’était immobilisée au-dessus d’elle. Elle n’osait plus bouger ni respirer, de peur de perturber la plénitude qui semblait maintenant envahir son amante. La jeune femme avait tourné son regard vers des contrées que seules les extases pouvaient laisser entrevoir. Le souffle encore court, les pommettes rosies et luisantes, les yeux dans cet ailleurs bienheureux, elle était saisissante de beauté. L’italienne, émue, se risqua à déposer un baiser sur sa tempe palpitante. Gabrielle papillonna des paupières et réinvestit son corps, convoquant de nouveau sa conscience. Luce esquissa un mouvement de repli, pour la libérer de son corps tyrannique, mais la jeune femme la retint dans un grognement mécontent.

– Je ne m’en vais pas, la rassura l’italienne. Je te laisse juste respirer.

Gabrielle grogna encore et vint enfouir sa frimousse boudeuse dans le cou de son amante. « Irrésistible », pensa Luce, en resserrant son étreinte. Elle embrassa le front timide de la française qui fuyait toujours son regard. Les lèvres de la jeune femme chatouillèrent la gorge sensible de l’italienne :

– Tu… tu m’as touché les seins…

L’inflexion de Gabrielle lui parut farouche, presque chargée de reproche.

– Il m’a semblé que tu aimais ça, se défendit Luce en souriant malgré elle.

– Je veux dire…

Gabrielle balbutiait. Le ton de sa voix se fit incrédule.

– Je veux dire que tu m’as fait jouir… presque uniquement en me touchant les seins…

– Oui, confirma la brune qui ne voyait pas trop où elle voulait en venir.

– Je n’ai jamais…

Gabrielle se blottit de plus belle contre son amante. Elle la serra si fort que Luce en eut le souffle coupé. Cette dernière, confuse, s’efforça de la rassurer par de tendres caresses. A nouveau, elle vint embrasser son front. La française inspira profondément avant de dégager son visage du refuge bienveillant de son cou. Elle précipita son regard dans celui de Luce avant de poursuivre :

– Je n’ai jamais aimé qu’on me touche les seins. J’ai toujours détesté ça. Je ne comprends pas pourquoi… là… Tu m’as… tu m’as rendue folle.

Gabrielle rougit et baissa les yeux devant le sourire de son amante.

Luce saisit son menton avec délicatesse, embrassa sa fossette et lui demanda :

– Je t’ai fait mal ?

– Oh non ! Pas du tout ! s’écria la française en secouant la tête avec véhémence.

– C’était bon alors ?

– Oh oui ! Tu sais très bien que oui, confirma la jeune femme devant le sourire bravache de l’italienne.

– Alors c’est plutôt une bonne chose, non ?

La question était purement rhétorique. Gabrielle fit la moue. Une moue à la fois réprobatrice et adorable.

– Vous êtes vraiment insupportable, mademoiselle D’Alba.

Son regard s’assombrit brutalement, mais la colère n’y était pour rien. Le désir, par contre…

En une fraction de seconde, elle enfourcha le corps résolu de Luce. Quand leurs seins entrèrent en contact, le corps de Gabrielle frémit au souvenir encore trop frais de cet orgasme aussi inhabituel que fulgurant. Elle dût faire appel à toute sa bonne volonté pour ne pas succomber aux exigences voraces de son propre plaisir. Les mains de l’italienne qui couraient à nouveau sur sa peau encore trop réceptive, l’enflammaient.

Quand elle l’embrassa, Luce vint poser ses mains puissantes sur ses fesses. Leurs sexes se pressèrent alors l’un contre l’autre dans une urgence retenue. La rencontre à la fois moelleuse et abrupte de leurs moiteurs leur arracha un gémissement quasi harmonieux. Dans un premier temps, Luce écarta les cuisses et la française se fondit contre elle, affamée du contact de leurs corps. Elles ondulèrent en rythme et Luce, emportée par le frottement de Gabrielle sur ses chairs les plus tendres, haletait son plaisir croissant. Mais lorsque les mains de la jeune femme se saisirent des seins aguicheurs de son amante, cette dernière s’agrippa aux fesses de la française et interposa une de ses jambes entre elles.

Les deux corps n’en faisaient plus qu’un, les deux plaisirs se confondaient, les deux êtres se résolvaient au rythme effréné du désir. Entre deux gémissements, elles s’embrassaient, se regardaient, se perdaient, se retrouvaient et s’embrassaient encore. Tout à coup, Luce se redressa. Par un habile jeu de jambes, elle s’assit face à Gabrielle. D’un sursaut de hanches, elle maintint leurs sexes collés jusqu’à ce qu’une main inquisitrice vienne explorer les boucles blondes de la française. Celle-ci, surprise, lâcha un petit cri en sentant le doigt de sa partenaire effleurer la chair vibrante de son clitoris.

Gabrielle implosait. Elle se sentait une nouvelle fois aux portes de la jouissance et elle n’était plus maîtresse de son corps. Son désir annihilait toute forme de scrupule ou de retenue. Elle s’abandonna à la main experte de son amante sans pouvoir brider le remous de ses propres hanches. Luce chercha son regard et de sa main libre, elle vint trouver celle de la jeune femme. Quand Gabrielle comprit que Luce voulait qu’elle la touche à son tour, elle s’embrasa. Ses yeux se plantèrent dans ceux de la brune alors que ses doigts, accompagnés par la main fébrile de Luce, s’insinuaient contre son sexe brûlant. La main impatiente de l’italienne la pressait fort contre elle alors que son autre main la caressait avec une délicatesse diabolique.

Le plaisir gagnait la belle brune. Gabrielle reconnaissait ce haussement de sourcil et ses yeux qui fuyaient malgré eux vers le ciel. Pendant une seconde, elle se demanda si c’était son propre plaisir ou celui de son amante qui la propulsait aux portes de l’extase. Elle n’eut pas le temps de répondre à cette question : Luce glissa un doigt en elle, précautionneusement, profondément. Le corps de Gabrielle s’arqua, comme pour aspirer l’italienne en elle. A son tour, elle la pénétra d’un doigt, puis de deux, tant son sexe était béant.

Pendant un instant, le rythme se fit plus lent, le mouvement plus développé. Puis il s’intensifia encore. Les deux femmes se perdaient dans les frontières intimes de leur plaisir et quand leurs regards s’accrochèrent de nouveau, elles jouirent ensemble sans contenir les élans de leur passion.

Là, assises sur ce grand lit saccagé par leurs ébats, elles s’accolèrent jusqu’à ce que s’apaisent leurs corps satisfaits. Une minute passa, puis deux. Elles souriaient, immobiles et nues. Elles souriaient puis elles rirent en desserrant leur étreinte. Luce prit le visage de Gabrielle dans ses mains et l’embrassa tendrement.

– Viens, dit-elle à son amante en remontant la couette sur elles.

La jeune femme s’allongea à ses côtés, la tête sur son épaule. Luce passa ses doigts dans ses cheveux fins. Elle la caressa longuement avant de prononcer gravement, dans un italien incompréhensible pour Gabrielle, ces quelques mots : « Se vedo qualcun’altro, un’altra volta, accarezzare i tuoi capelli, l’ammazzo… e t’ammazzo ». Devant le regard interrogateur de la blonde, Luce rajouta un « Non, rien… » peu convaincant. Frustrée par cette barrière de la langue, Gabrielle se redressa sur un coude :

– Vous ne vous en tirerez pas comme ça, mademoiselle D’alba !

– Ah non ?

– Puisque vous choisissez sciemment de me parler dans une langue qui m’est inconnue, laissez-moi vous parler de la mienne ! Ou plutôt… laissez-moi vous montrer…

Déjà, Gabrielle chevauchait l’insolente en faisant courir sa langue dans son cou, entre ses seins, le long de son ventre, jusqu’à disparaître sous le couvert intime et chaleureux de la couette.

 

Voilà, ceci est une fin alternative… faute de mieux. Tout n’est pas abouti, mais je n’aurai pas le temps de faire mieux dans l’immédiat. Je propose à celles et ceux qui voudraient une vraie fin de me contacter par mail. Comme annoncé précédemment, je n’aurai pas le courage de recommencer ailleurs, mais je peux vous faire parvenir mes prochaines productions (aussi rares soient-elles) via cette adresse : pucedepoesir@gmail.com

Je remercie @Yagg de l’opportunité qui m’a été donnée de pouvoir échanger avec vous, dans ce blog et au sein de la « communauté ». Une belle vie à toutes et tous, de l’amour, des seins, des licornes, et des rêves surtout, plein les doigts, plein le coeur, plein l’avenir !

Yaggement vôtre,

Eloïse – Pucedepoesir

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | y'a que ça de vrai ! | 13.02.2017 - 09 h 15 | 6 COMMENTAIRES
Rome en solo (chapitre 3)

Chapitre 1

Chapitre 2

 

Les draps avaient libéré leurs corps depuis quelques minutes, ou une éternité. Gabrielle sentait son pouls se confondre avec celui de son amante. Elle ne se lassait pas de caresser cette peau veloutée, de se laisser envahir par le parfum si singulier de Luce. Elles ne parlaient pas, mais leurs corps s’harmonisaient si parfaitement que la jeune femme aurait juré entendre un chant divin. Elle ne pouvait détacher son regard des yeux de la belle italienne. Le désir qu’elle y lisait, plus puissant et plus doux à chaque seconde, attisait son plaisir de manière démentielle.

Elles étaient nues. Luce, après l’avoir tendrement explorée du bout de ses doigts, avait ondulé de son corps félin pour la surplomber. Sans quitter sa proie du regard, elle avait lentement ployé jusqu’à ce que les pointes dures et foncées de ses seins vinssent effleurer ceux, plus clairs, de Gabrielle. A ce contact, la jeune femme crut jouir instantanément. Mais les yeux enfiévrés de l’italienne l’en empêchèrent. Ils revendiquaient des voluptés bien plus extravagantes !

Quand Luce entreprit de descendre le long du corps de Gabrielle en maintenant la caresse de ses tétons, la peau de la jeune femme s’enflamma. Elle se délectait des sillons de plaisirs que traçaient ses seins sur son corps offert. A leur passage, son estomac se contracta, puis son bas-ventre, son bassin se cambra et quand l’italienne atteignit ses cuisses, elle amorça une remontée. Cette fois, elle se décala subtilement. Gabrielle ne sentit plus qu’un seul sillon gravir l’intérieur de sa cuisse gauche pour s’immiscer entre ses lèvres humides. Là, Luce ralentit sensiblement jusqu’à ce que son téton rencontre le clitoris hardi et gonflé de la française. Le gémissement qui ne manqua pas d’échapper à Gabrielle fit plier l’italienne. Son sein s’écrasa de tout son poids contre le sexe trempé et vibrant. Leurs corps entiers subirent les répercussions palpitantes de ce contact. Elles gémirent de concert cette fois.

Quand Gabrielle recroisa le regard de Luce, elle sut que quelque chose avait changé. « Tu as eu assez de préliminaires comme ça ? » demanda l’italienne dans un sourire carnassier. Pour toute réponse, la jeune femme posa sa main sur sa nuque, l’incitant à remonter au plus vite. La belle brune obéit sans toutefois se précipiter. Elle maintint le contact de son téton le long du ventre puis sur la poitrine de la française. Sauf que cette fois, le contact était humide. Arrivée à la hauteur du visage de son amante, Luce approcha dangereusement ses lèvres. Gabrielle se dit qu’elle ne survivrait sans doute pas à ce baiser. Elle en avait tellement envie, là, sur le point de jouir de la simple réunion de leur corps et de ce regard si noir ! Mais la belle brune lécha délicatement le bout de son nez avant de poursuivre son ascension.

Gabrielle voulut protester, la retenir, lui imposer ce baiser. Cependant, avant qu’elle n’ait eu le temps d’émettre le moindre son, le sein lourd de son amante envahit sa bouche. Surprise par cette sensation bouleversante de volupté et par sa propre odeur, son propre goût, la jeune femme referma fermement ses lèvres sur la pointe de chair tentatrice qui la narguait. Le roucoulement de Luce s’accompagna du mouvement suave de ses hanches qui vinrent plaquer sa cuisse contre le sexe impétueux de Gabrielle. La jeune femme s’arqua sous le coup du plaisir. En une fraction de seconde, son corps entra en ébullition. Luce lui avait saisi la tête pour la plaquer, plus fort encore, contre son sein. L’italienne se répandait, elle aussi, contre la hanche de la jeune femme. Leurs corps suaient un plaisir imminent, un plaisir vandale, qui les dépossédait de leur équilibre, de leur libre-arbitre.

Gabrielle était subjuguée par la beauté de cette femme qui la chevauchait ; cette image la poursuivrait toute sa vie, elle en fut consciente, le temps d’un éclair. A la tension du corps de son amante, elle sut que Luce était sur le point de jouir, sans retenue, sans ménagement, sur elle. Alors elle ne retint plus rien. Leurs cris les libérèrent dans un orgasme si violent qu’elle en ferma les yeux. Son corps se disloqua sous l’effet du plaisir que cette étreinte réinventait. Jamais elle n’avait ressenti pareille explosion des sens. Des vagues de volupté soulevaient encore son corps, semblaient ne jamais vouloir s’arrêter. Le souffle court, Gabrielle rouvrit les yeux.

C’est en voyant le plafond blanc de la chambre qu’elle réalisa que Luce n’était plus sur elle. Elle ne l’avait même pas sentie se glisser à ses côtés. Impatiente de retrouver le contact de sa peau, la jeune femme envoya sa main en travers du lit. Le froid soyeux des draps la déconcerta. Ses yeux confirmèrent ce que son esprit ne voulait pas envisager. Luce n’était pas là.

Gabrielle se redressa sur le lit. Au loin, des chants religieux résonnaient dans le matin ensoleillé. Les draps n’avaient été défaits que de son côté. Luce n’avait jamais passé la nuit avec elle. Pourtant, les bourdonnements de son sexe engorgé ainsi que sa respiration toujours irrégulière, attestaient de cet orgasme dévastateur. Un instant, la jeune femme grogna de déconvenue. Un rêve érotique. Cela n’avait été qu’un rêve érotique ! Mais incontestablement le plus diaboliquement cruel de toute sa vie.

Gabrielle sourit enfin. Puis elle rit franchement avant de replonger dans son oreiller. D’une main elle remonta la couette sur son corps dépité, et de l’autre, elle vint recouvrir son sexe encore frémissant. Il n’en fallut pas plus pour que son cerveau lui restituât l’image sauvage d’une Luce luisante et tendue la surplombant, le visage extatique, mystifié par le désir. Comment pourrait-elle se défaire de cette vision ? Elle n’était pas certaine de le vouloir, bien au contraire. Malgré elle, ses doigts caressèrent les chairs sensibles de son sexe. « Luce… » : sa voix n’était qu’exigence, caprice. Elle ne se reconnaissait même pas. Mais dans la suavité de cette matinée de Noël non-conventionnelle, elle s’en moquait. Son cœur s’emballa cependant lorsqu’elle entendit frapper trois coups discrets à la porte, accompagnés d’un « Gabrielle ? » reconnaissable entre mille.

 

 

*

 

D’un bond, elle sortit du lit. En quelques enjambées, elle était devant la porte, mais elle fut coupée dans son élan par son reflet dans le miroir : ses cheveux étaient ébouriffés et elle avait encore la trace de l’oreiller sur son visage. « Oui ? », demanda-t-elle pour gagner du temps. De ses doigts, elle tenta maladroitement de défroisser sa peau et ses cheveux, mais c’était peine perdue. Dehors, Luce répondit :

– J’espère ne pas vous réveiller… Je me demandais si…

– Attendez, entrez, proposa la jeune femme, résignée à ne pas laisser mourir la belle italienne de froid par simple coquetterie.

– Merci, répondit cette dernière à la porte qui s’ouvrait.

Quand Luce posa les yeux sur Gabrielle, elle se sentit faiblir. La française venait visiblement de se lever et son hôtesse la trouva dangereusement attirante : ses traits semblaient encore tout engourdis de sommeil et ses cheveux indisciplinés s’éparpillaient, asymétriques, autour de cette bouille adorable. Un long et large T-shirt blanc, déformé par les années, lui tombait à mi-cuisse et recouvrait presque intégralement un caleçon bleu-marine.

– Ne me dites pas que je vous réveille, s’inquiéta l’italienne en essayant de ne pas laisser ses yeux traîner sur la transparence légère du coton blanc.

– Non, non… Je… Lézardais. Quelle heure est-il ?

– Bientôt midi.

Les yeux de Gabrielle s’écarquillèrent si fort que son interlocutrice pouffa de rire. La française piqua un fard et demanda à la brune de lui accorder quelques minutes. « Faites-vous un café, si ça vous tente », lui dit-elle avant de disparaître précipitamment dans la salle de bain. Elle se retrouva face à son reflet interdit. Comme ses doigts parcouraient machinalement la zébrure résiduelle de l’oreiller sur sa joue, elle sentit son odeur intime qui les imprégnait encore. Elle réprima un fou rire et s’empressa de se laver les mains et le visage à grandes eaux. Après s’être brossé les dents, elle se faufila aussi rapidement que possible de la salle de bain à la chambre. Elle entendait l’italienne s’affairer à la cuisine. En se changeant, Gabrielle s’interrogeait. Que lui valait cette visite matinale ? Comment allait-elle pouvoir se trouver face à elle sans se laisser envahir par le souvenir de son visage en extase ? Comment réprimer ce désir qui ne faisait que croître entre elles ? Et surtout, était-il nécessaire de le réprimer ?

Il ne lui fallut que quelques secondes pour s’habiller. Avant de rejoindre l’italienne, elle prit une profonde inspiration.

Luce déposa une seconde tasse fumante sur la petite table qu’elle avait dressée en l’attendant. Dans une assiette, quelques tranches de pain grillé répandaient une odeur croustillante dans le séjour. L’italienne se figea une seconde à l’arrivée de Gabrielle. La jeune femme portait une vieille paire de jeans délavée, déchirée au niveau des genoux et des cuisses et retroussée aux chevilles. Une chemise blanche, ample et diaphane, laissait percevoir un marcel pour seul sous-vêtement.

– Ça sent diablement bon, annonça Gabrielle, consciente du voile de désir qui enflammait le regard de la brune.

– J’ai pensé que peut-être… vous auriez faim, répondit l’italienne.
Elles s’assirent l’une en face de l’autre et Gabrielle remercia son hôtesse.

– Je vais finir par ne plus pouvoir me passer de vous… », ajouta-t-elle innocemment.

Luce accrocha son regard à celui de la jeune femme, muette. Nerveusement, elle fit tourner sa tasse entre ses mains. La française attrapa une tranche de pain. Pendant de longues et silencieuses secondes, elle couvrit sa tartine de beurre et de confiture. Avant de croquer dedans, elle jeta un œil attentif à son hôtesse qui ne perdait pas une miette de ses gestes. Souriant de toutes ses dents, elle tendit la tartine à la belle italienne. Celle-ci s’apprêtait à refuser quand Gabrielle lui coupa la parole : « Mangez, vous risquez d’en avoir besoin ! ».

Sans chercher à comprendre le sous-entendu, Luce accepta le pain luisant tandis que la jeune femme faisait crisser son couteau sur une nouvelle tranche. Elles croquèrent en même temps dans leur tartine, sans se lâcher du regard. Quand Luce porta sa tasse de café à la bouche, elle eut un petit haussement de sourcil et ses yeux se levèrent au ciel avant de replonger dans ceux de la française. Gabrielle reconnaissait cette marque de béatitude chez l’italienne. C’était sous ces traits que la jeune femme avait rêvé l’extase sensuelle de la belle brune. Son estomac se noua et, instinctivement, elle resserra ses cuisses. Incapable de se taire plus longtemps, elle racla sa gorge avant de briser le silence à nouveau :

– Vous ne m’avez pas dit ce que vous faites là, un matin de Noël. Non que je m’en plaigne, mais comment se fait-il que vous ne soyez pas en famille ?

La brune sembla presque soulagée de la trivialité de la question.

– Chez les D’Alba, nous célébrons Noël le 24. Généralement, le 25 est consacré aux conjoints. Quand mon frère… puis moi… nous sommes mariés, ça a été la meilleure solution pour satisfaire tout le monde.

Gabrielle s’étrangla avec sa tartine. Mariée ?

– Oui, continua Luce, j’étais mariée, Gabrielle. Et oui, avec un homme.

L’italienne paraissait s’amuser de l’air incrédule de la jeune femme. Comme celle-ci n’osait toujours pas poser de question, la brune poursuivit.

– J’ai rencontré Pascal à l’université. Il était français. Ça m’a tout de suite plu. J’ai toujours eu un faible pour… vos compatriotes. Il m’a séduite à coup de poésie, de cuisine au beurre et de voyages sur vos terres. Il était un peu plus âgé. Moi, j’étais jeune et… pure. Il ne nous a fallu que quelques mois pour envisager un mariage en grande pompe. Mes parents étaient les plus enthousiastes. J’avais toujours été une sauvage, très peu intéressée par les histoires de cœur. Peut-être se doutaient-ils que…

Le regard de l’italienne se perdit une seconde dans le fond de sa tasse. Gabrielle était suspendue à ses lèvres.

– Bref, nous nous sommes mariés. Notre mariage a duré jusqu’à la fin de ses études. Quand il a été temps pour lui de faire son entrée dans le marché du travail, il a formulé le souhait de retourner en France. Une part de moi ne demandait qu’à le suivre, mais cela aurait signifié perdre mes deux dernières années d’études. Les grandes écoles françaises ne me proposaient pas d’équivalence. Il est alors parti seul. Visiblement, cela ne lui posait pas de grand cas de conscience. J’ai passé l’année la plus pénible de ma vie. D’abord, parce qu’il me manquait. Cela faisait plus de trois ans que nous vivions ensemble et que nous partagions tout. Là, nous devions nous contenter de coups de fils, de quelques week-ends volés occasionnellement, de projets de vacances que nous n’arrivions jamais à prendre simultanément. Mais ce qui m’a le plus pesé, c’est de constater que le manque n’était pas aussi réciproque que je l’aurais voulu.

Luce avait durci sa voix. Elle plongea son regard dans celui de Gabrielle avant d’enchaîner :

– Aimer quelqu’un, au-delà de l’emportement, de la passion, c’est quelque chose de très égoïste. On a autant d’attentes que d’attentions. Et quand on s’offre pleinement, on n’en attend pas moins de l’autre. Je ne sais pas aimer autrement. Je veux tout donner et je veux tout. Pascal n’a jamais compris cela.

Gabrielle acquiesça. Le sérieux de l’italienne l’invitait au silence. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de jalouser ce français imbécile qui n’avait pas su l’aimer comme il se devait. Elle résista à l’envie de prendre la main que Luce venait de reposer calmement devant elle. Ses derniers mots résonnaient en Gabrielle comme un avertissement. Serait-elle à la hauteur, elle ? La française mesura soudain l’ampleur que prenait tout à coup ce flirt romain. Mais était-ce vraiment un flirt ? Et si l’italienne était hétéro, finalement ? Elle pouvait n’être qu’une sympathisante non pratiquante ayant entendu parlé d’OverTheRainbow par hasard… Les questions se bousculaient dans sa tête mais elle se contenta d’attendre que son hôtesse continuât.

– A la fin de cette première année de distance, j’étais complètement perdue. Notre couple n’en était plus un. J’étais presque sûre que Pascal voyait d’autres femmes. Je n’arrivais même pas à être jalouse tellement j’étais déçue. Mes amies m’encouragèrent à sortir, à voir d’autres hommes, moi aussi. Je n’en avais aucune envie. Pendant l’année suivante, j’étais déprimée. Nos rapports, avec Pascal, se limitaient à quelques échanges téléphoniques brefs. Lorsqu’il annulait nos week-ends, je ne me battais plus. Un jour, j’ai pris l’avion et l’ai rejoint sur un coup de tête. Quand il m’a vue, il a compris. Nous avons décidé de nous séparer aussi intelligemment que possible. La distance avait déjà fait le plus gros du travail de deuil.

Là, Luce marqua une pause. Elle était visiblement émue et Gabrielle posa sa main sur la sienne. Ses doigts caressèrent avec légèreté le dos de la main abandonnée. L’italienne sourit et retourna sa main pour entrelacer leurs doigts.

– Mes parents étaient furieux. Moi, j’étais soulagée, poursuivit-elle. Le soir où mon divorce a été prononcé, nous sommes sortis en bande, avec des amis. Nous avons rejoint des amis d’amis. C’est là que j’ai rencontré Flavia.

Instinctivement, Gabrielle retira sa main. Sans rien dire, elle croisa les bras. Cette Flavia l’énervait déjà.

– Flavia était fraîche et très charismatique. Les hommes et les femmes semblaient rester collés à elle comme des mouches sur une pomme au caramel. Je n’ai été qu’une mouche parmi tant d’autres, soupira l’italienne, mais cette nuit-là a véritablement changé ma vie.

Gabrielle respira profondément. Elle ne savait pas trop quoi faire des aveux de l’italienne, mais elle était rassurée : elle aimait les femmes, du moins ponctuellement. Luce l’observait avec amusement.

– Je ne sais pas pourquoi je vous ai raconté tout ça, dit-elle soudain.

– Sans doute pour ne pas que je reste bloquée sur l’idée peu encourageante d’une Luce hétéro, répondit Gabrielle.

La jeune femme se mordit la lèvre. Son intervention manquait vraiment de subtilité. Il ne fallut pas trois secondes à l’italienne pour rebondir dessus :

– Peu encourageante, hein… Dois-je comprendre que me savoir officiellement lesbienne vous encourage à… vous jeter à l’eau ?

Gabrielle hésita. Devait-elle répondre franchement ? Elle décida qu’il n’était plus l’heure d’emprunter des détours inutiles.

– Je dirais plutôt que cela m’encourage à entrer dans la lumière…

– Comme un insecte fou ?

Luce avait répondu du tac au tac. Gabrielle sourit. Les paroles de la chanson de Patricia Kaas ressurgirent dans sa mémoire. L’italienne avait-elle saisit le jeu de mot ? Probablement. Rien ne lui échappait. La jeune femme était à la fois fascinée et effrayée. Il ne s’agissait pas d’un flirt. Il n’en avait peut-être même jamais été question. Le regard de Luce était bien trop grave. La brune, confiante, reposa une main ouverte devant la blonde. Ses yeux sombres venaient faire danser le regard clair de la française. Une invitation était lancée.

Gabrielle décroisa les bras et avança lentement sa main au-dessus de la table.

– Quelle est la suite ? », demanda la française dans un souffle.

– Oh la suite vous plairait sans doute…

Gabrielle effleura du bout d’un doigt la paume offerte. Luce entreprit alors de chanter dans des graves qui la firent frissonner : « être là de passage, sans avoir rendez-vous ». Les doigts de l’italienne vinrent chercher les siens. « Avoir tous les courages… de me donner à vous ». Leurs mains s’entrelacèrent à nouveau, mais cette fois, la fièvre les scellait dans une étreinte sans équivoque. « Et vous laisser venir… comme un amant magique ». D’un même geste, leurs autres mains rejoignirent les premières. « Et vous ensevelir… sous mon cri de musique… ». Gabrielle tremblait. Cette voix… Cette voix qui ne chantait que pour elle cette fois. Cette voix qui promettait tellement plus…

La jeune femme se noya dans le noir étincelant des yeux de l’italienne. « N’arrêtez pas de chanter », supplia-t-elle. Mais elle avait beau l’implorer du regard, Luce demeurait muette. La belle brune porta le bout des doigts de Gabrielle à sa bouche. Elle ne ferma pas les yeux quand elle les embrassa presque timidement. La jeune femme, penchée sur la table, frémit de plus belle au contact de ces lèvres pulpeuses sur ses phalanges. Elle retint sa respiration. Des pieuvres s’agitaient dans son ventre. L’italienne baissa son regard sur les doigts tremblants de la blonde. Ses mains plaquèrent celles de Gabrielle contre ses joues. Luce ferma les yeux quand la jeune femme commença à la caresser de ses pouces.

– Gabrielle, souffla Luce d’une voix rauque, embrasse-moi s’il te plait.

Quelque chose explosa dans la cage thoracique de la française. Elle n’eut même pas conscience de s’être levée, pourtant, elle ressentit avec fulgurance chaque sensation de ce qui suivit. D’un pas, elle s’approcha de l’italienne, ses mains toujours collées à son visage. Comme Luce éloigna sa chaise de la table, Gabrielle vint tout naturellement s’asseoir sur ses genoux. Le parfum entêtant de ses cheveux envahissait sa narine. Elle glissa ses mains dans la masse brune avant d’offrir sa bouche aux lèvres impatientes de Luce. Les bras de celle-ci l’étreignirent alors qu’elles se goûtaient enfin.

Si Gabrielle avait espéré et redouté ce moment, elle était loin d’imaginer que qui que ce fût puisse provoquer de telles choses en elle. Luce l’avait allumée, dans tous les sens du terme. Cette femme la chavirait. Elle semblait être l’origine et la faim du moindre désir. Ce baiser la rendait si accessible que Gabrielle en eut le vertige.

De son côté, Luce était surprise. Depuis deux jours, elle n’avait été que trop consciente de cette attirance quasi débilitante qui la poussait vers la française. Pendant une minute, elle avait même formulé l’idée que ces « maudits français » ne la laisseraient jamais de marbre, décidément. Mais depuis, Gabrielle l’avait émue. Elle l’avait touchée dans son émerveillement continuel, dans sa sensibilité aux belles choses, dans la simplicité avec laquelle elle avait intégré sa famille, dans sa malléabilité, dans son incapacité à cacher son attirance pour elle. Luce s’était sentie irrémédiablement charmée. Et la jeune femme, dans chacune de ses provocations, semblait s’étonner de cette attraction. L’italienne, en refermant les bras sur elle, s’était laissée envahir par une plénitude sans restriction.

Leurs lèvres jointes, leur langue se rencontrant, elles connurent alors une forme d’apaisement, une satisfaction mutuelle qui se traduisit par de petits gémissements d’acquiescement. Quand le baiser s’intensifia, cet apaisement vola en éclat. Elles devinrent effervescence, éruption, frénésie. Gabrielle se releva pour se mettre à califourchon sur l’italienne qui attira ses fesses tout contre elle de ses mains puissantes. De ses doigts, Luce releva le coton léger du marcel sous la chemise de la jeune femme. Quand sa main se posa sur la peau nue du ventre de la française, Luce la vit se cambrer dans ses bras. Elle posa alors ses lèvres dans le décolleté de Gabrielle qui commençait déjà à en défaire les boutons. La chemise s’ouvrit sur le tissu tendu du marcel qui laissait percevoir les pointes turgescentes de ses seins. Incapable de résister, Luce les embrassa à travers le tissu. Gabrielle gémit de plus belle à ce contact quasi douloureux. Elle était désormais en fusion. Son sexe ruisselait de nouveau, mais cette fois, elle était consciente, plus éveillée qu’elle ne l’avait jamais été ! C’était bien les mains de Luce qui la touchaient, les lèvres de Luce qui la pressaient, les yeux de Luce qui la transperçaient. Il n’en fallut pas plus à son corps pour se retrouver au bord d’un abîme de folie et de délices.

– Luce…

Sa voix sonna aux oreilles de l’italienne comme un soupir de vulnérabilité. La belle brune résista tant bien que mal à son envie de la déshabiller complètement. D’une insondable tendresse, elle regarda Gabrielle en disant, d’une voix qu’elle voulait affirmée :

– J’espère que tu sais à quel point tu es désirable…

Comme la blonde reprenait peu à peu ses esprits, Luce poursuivit, l’enlaçant de plus belle :

– Si tu ne fais rien pour m’arrêter, j’ai bien peur de ne pas pouvoir te résister plus longtemps…

– Je n’ai absolument aucune intention de t’arrêter, grogna la française. De toute façon, moi je ne peux absolument pas TE résister.

– Ah ? Parce que tu as essayé ?

– Même pas en rêve !

Devant le sourire énigmatique de Gabrielle, Luce fondit encore un peu plus. Sa main se glissa dans les cheveux en bataille de la blonde et se referma dans ses mèches claires. Pendant une seconde, son regard se brouilla et elle perdit son sourire en marmonnant quelques paroles en italien. Inquiète, la française haussa un sourcil interrogateur.

– C’est vrai qu’ils sont doux, traduisit Luce, bougonne.

La jeune femme ne put retenir un éclat de rire.

– J’ai adoré vous sentir si possessive à mon égard, mademoiselle D’Alba, vous êtes trop mignonne ! Comment cette pauvre fille aurait pu soutenir la comparaison ?!

Luce sourit devant l’hilarité de la française, mais très vite son visage redevint grave.

– Seigneur, ce que tu es belle quand tu ris…

A ces mots, Gabrielle retrouva tout son sérieux. Elle plongea ses yeux dans le regard de braise de l’italienne. Déjà, leurs lèvres se retrouvaient, leurs langues se mêlaient, leurs corps se perdaient dans une étreinte qui les laissa hors d’haleine.

Gabrielle était étourdie. Embrasser cette femme, c’était jongler avec des balles de feu. Elle s’y brûlait avec détermination. Luce la faisait vibrer. Littéralement. Il fallut trois salves vrombissantes avant que l’italienne ne demande : « Ce sont tes fesses qui vibrent ? ».

Confuse et hébétée, Gabrielle récupéra vivement son téléphone dans sa poche arrière. Elle s’apprêtait à le mettre en mode avion lorsqu’elle remarqua les quatre lettres qui se dessinaient sur l’écran lumineux : « Emma ».

 

Chapitre 4

histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | 09.02.2017 - 17 h 54 | 2 COMMENTAIRES
Rome en solo (Chapitre 2)

Précédemment…

Quand Rosa D’Alba leur ouvrit, la française fut accueillie dans sa langue maternelle. La mère de Luce était tout bonnement adorable : une vraie mamma italienne comme Gabrielle se l’était imaginée. Relativement petite, un peu ronde, ses cheveux étaient courts et aussi bruns que ceux de sa fille, toutefois, on y discernait quelques fils d’argent qui trahissaient une maturité assumée. Comme Gabrielle s’étonnait que l’on parle si bien français chez les D’Alba, Mario, qui apparut derrière sa femme, répondit avec un accent bien plus prononcé que sa femme : « C’est parce que ma femme est à moitié française, cela fait quarante ans qu’elle nous impose la langue de son père, parce que selon elle, c’est la plus belle ! ».

Ils souhaitèrent la bienvenue à la jeune femme et l’invitèrent à pénétrer dans l’appartement d’un immeuble des plus cossus du coin. Luce lui avait parlé de ce quartier populaire, très pittoresque, que les romains appréciaient tout particulièrement pour sortir manger ou boire un verre. Gabrielle avait trouvé les abords charmants et continua de s’émerveiller en entrant chez ses hôtes. La porte s’ouvrait sur un appartement vaste et prodigieusement chaleureux.

Sur ordre de ses parents, l’italienne fit visiter les lieux à leur invitée. Moins d’une heure avant, elle avait fait de même à la Villa Monteverde et Gabrielle s’était extasiée sur chaque pièce du bâtiment. L’appartement, bien qu’infiniment plus modeste, était décoré avec autant de goût et très spacieux pour un logement du centre-ville. Avant d’arriver sur place, la française s’était interrogée sur ce qui pouvait faire préférer à des gens du standing des D’Alba un appartement plutôt que leur résidence, mais en les voyant tous évoluer dans ce lieu, la jeune femme ne put les imaginer ailleurs.         Mario et Rosa étaient des personnes d’une grande simplicité. Luce lui avait expliqué qu’ils avaient fait fortune en fabriquant des pâtes. Ils avaient monté leur propre marque qui aujourd’hui s’exportait un peu partout dans le monde. L’achat de la Villa était un placement immobilier comme un autre et ils s’en servaient parfois pour des réceptions officielles mais ils en avaient confié la gérance à leur fille qui devait prochainement reprendre pleinement les rennes de l’entreprise familiale. Luce était devenue la figure de proue de la marque, elle en incarnait la face publique même si son père en restait le PDG.

Cette famille était un curieux mélange de fierté et d’humilité. Gabrielle, qui craignait d’être mal à l’aise toute la soirée, fut rassurée par leur hospitalité et leur naturel.

Quand Rosa rappela à Luce que les zeppole n’allaient pas se faire toutes seules, la jeune femme accompagna sa guide jusque dans la cuisine, curieuse et amusée. Rosa tendit un tablier à sa fille et devant l’instance de leur invitée, elle en sortit un supplémentaire. Luce attacha le sien avec dextérité et proposa d’aider la jeune femme à nouer le sien. Celle-ci ravala sa dignité juste pour le plaisir de se soumettre à un nouvel habillage de la belle italienne. Sans oser la regarder, elle se tourna pour offrir ses hanches aux mains expertes de son hôtesse.

Pendant que sa mère s’affairait à passer de la pâte dans une machine métallique pourvue d’une manivelle bruyante, Luce sortit un moulin à légume, un gros saladier, un petit bol, un kilo de farine blanche et deux petits cubes de levure de boulanger qui semblaient l’attendre dans le réfrigérateur. Sans cesser sa mécanique rotative, Rosa dit à sa fille : « Les pommes de terre sont prêtes, elles s’égouttent dans l’évier ».

Luce récupéra cinq belles patates épluchées que la Mamma avait visiblement fait cuire au préalable. Elles fumaient encore quand sa fille les transvasa dans le moulin à légumes.

-Vous voulez mettre la main à la pâte ? Tenez, moulinez donc pendant que je prépare le reste, proposa-t-elle à la française qui s’avança avec détermination.

Comme Rosa, Gabrielle activa sa manivelle à la force de ses bras, alors que Luce déliait la levure dans un bol d’eau chaude et déversait le kilo de farine dans le grand saladier. La jeune femme l’observait, fascinée. Elle semblait si sûre d’elle et à la fois si concentrée ! Elle se déplaçait avec grâce et efficacité dans cette cuisine qu’elle avait probablement toujours connue. Elle versa le sel sur le monticule de farine, comme si d’un simple regard, elle était capable de le peser au milligramme près. De son côté, la jeune femme se sentait gauche. Les pommes de terre étaient plus ou moins passées, mais quelques morceaux s’agglutinaient, d’ores et déjà transformés en purée, sur les parois du moulin. Luce la rejoint. Elle lui sourit en lui tendant une cuillère :

-Tenez, avec ça, ce sera plus pratique. Regardez… Comme ça…

L’italienne s’était placée derrière son apprentie et était venue poser sa main sur celle de Gabrielle, qui tenait le moulin. Elle assura la prise, tout en lui saisissant l’autre main, armée de la cuillère. D’un geste affirmé, elle guida les mouvements de la jeune femme pour détacher les restes de tubercules des parois et racler les filaments de purée qui s’aggloméraient de l’autre côté. Gabrielle crut défaillir. La présence de Luce dans son dos l’électrisait. Elle sentait son souffle dans sa nuque, la chaleur et la fermeté de ses doigts sur les siens, l’intensité sensuelle de leurs corps qui ne cherchaient qu’à se fondre l’un dans l’autre. Elle retint sa respiration et manqua de s’effondrer tant ses jambes flanchèrent sous la charge émotionnelle. Luce, consciente de sa faiblesse, lâcha brusquement le moulin pour venir la soutenir. D’un bras, elle ceintura sa hanche et, de son bassin, elle vint coincer celui de Gabrielle entre elle et le plan de travail. La pression mat du rebord contre son sexe ainsi que celle, plus voluptueuse, de la belle italienne contre ses fesses, eurent raison de la jeune femme. Elle gémit sous la violente déflagration de désir qui sévit entre ses jambes.

Le son en fut étouffé par les moulinets de Rosa qui, fort heureusement, ne releva même pas la tête. Mais ni le gémissement, ni l’explosive réaction du corps de Gabrielle n’avait échappé à Luce. L’italienne frissonna en libérant la jeune femme de son étreinte.

-Je suis désolée, souffla-t-elle à son oreille, avant de reculer à une distance de sécurité raisonnable.

Gabrielle n’osa pas la regarder. Elle aurait voulu s’enterrer tant elle avait honte de s’être montrée si… réactive et facilement ébranlable. Elle devait se résigner à accepter le fait que cette femme la mettait dans tous ses états. Mais elle devait également être capable de se maîtriser, bon sang ! Sa mère était juste à côté !

Derrière, elle sentit l’italienne reprendre contenance et se diriger vers l’évier. Pendant qu’elle se lavait les mains, Gabrielle prit une profonde inspiration. Elle racla sa gorge, attrapa le moulin et attendit que Luce s’éloigne pour plonger à son tour ses mains dans l’eau chaude et laver l’engin.

-Vous… voulez pétrir ? demanda presque timidement la belle italienne.

Gabrielle remarqua le rose à ses joues et soutint son regard en essayant de ne pas deviner à quel point les siennes devaient être écarlates.

-Non merci… Je pense que je devrais m’abstenir.

Elle se rapprocha néanmoins de Luce en s’essuyant nerveusement les mains. L’italienne reporta son attention sur son saladier de farine salée. Elle y ajouta les filaments friables de pommes de terre et creusa un puits. Là, elle déversa la levure déliée et elle tendit le bol à Gabrielle.

-Pourriez-vous me le remplir d’eau chaude, s’il vous plait ?

La jeune femme s’exécuta et lui rendit le récipient en prenant soin de ne pas entrer en contact avec les doigts de la cuisinière. Celle-ci lui sourit brièvement pour la remercier et se concentra à nouveau sur son mélange. De ses mains habiles, elle commença à pétrir la mixture tout en ajoutant quelques filets d’eau, de ci, de là, jusqu’à ce qu’elle juge cela suffisant. Sans ciller, elle malaxait la pâte avec vigueur et souplesse, comme si elle répétait ces gestes depuis la nuit des temps.

Gabrielle replongea dans une observation béate et muette. Bien qu’elle trouvât fascinante l’aisance évidente de l’italienne en cuisine et le plaisir qu’elle prenait à cette appétissante activité, la jeune femme était encore plus captivée par sa beauté en cet instant précis. Là, dans cette vaste cuisine familiale, sous la lumière chaude du jour finissant et celle, plus vive, du plafonnier, les muscles tendus par le travail de la pâte, le visage sérieux, absorbé par la tâche, elle était d’une splendeur à couper le souffle.

Quand elle cessa de remuer le mélange, elle donna à la mixture une belle forme régulière qu’elle perfora en trois endroits, en laissant l’empreinte profonde de son index : « Pour que la pâte lève mieux », précisa-t-elle à Gabrielle qui ne perdait aucun de ses gestes. Puis, sur l’arrête du saladier, elle déposa une cuillère en bois et elle recouvrit le tout d’un torchon propre.

-Maintenant, il faut laisser reposer cela deux bonnes heures, dit-elle à la jeune femme.

Une mèche auburn lui retombait sur le visage. Ses mains étant encore toutes collantes de pâte, elle essaya maladroitement de la repousser de son avant-bras. Sans réfléchir, Gabrielle l’aida : d’un doigt distrait, elle glissa la mèche rebelle derrière l’oreille de la belle italienne. Leurs regards s’accrochèrent inévitablement. Et quand celui de Luce quitta les pupilles brillantes de la jeune femme pour se poser sur ses lèvres, Gabrielle se figea. Son corps tout entier réclamait ce baiser, mais son esprit se fit violence pour ne pas défaillir à nouveau. Bien qu’elle ne sût résister à la tentation de regarder à son tour les lèvres charnues et si… accueillantes de la belle italienne, elle se contenta de lui sourire et de reculer lentement.

Luce demeurait interdite. Ses yeux lançaient des vagues de désir plus noires et profondes que le Styx. Le recul prudent de Gabrielle était de rigueur, bien sûr, étant données les circonstances. Toutefois, et même si elle avait toujours eu un faible pour la magie de Noël, elle aurait donné n’importe quoi pour être ailleurs, un autre soir… avec elle. Elle reprit quelque peu ses esprits en entendant résonner à nouveau la manivelle infatigable de sa mère. Le sourire lumineux s’effaça de la bouche de la jeune femme qui lui saisit l’avant-bras en avançant à nouveau dangereusement ses lèvres de son visage.

-Je suis désolée, vint murmurer Gabrielle à son oreille, en prenant soin d’effleurer fortuitement l’italienne de sa poitrine moelleuse.

Luce ne retint pas la foudre de son regard, ce qui amusa grandement son interlocutrice. Un partout ! Luce mourait d’envie de punir l’audace de Gabrielle en l’enlevant pour une petite éternité, histoire de laisser leurs corps se donner le plaisir qu’ils se promettaient.

-Mamma, tu veux de l’aide ? On a fini, de ce côté.

La voix de Luce était rauque de désir et ses yeux ne quittaient pas une Gabrielle écarlate, encore étonnée de sa hardiesse. Sa main glissa le long de l’avant-bras tremblant de l’italienne, jusqu’à ce que ses doigts effleurent la pâte encore collée à ses mains.

-Si, si, venez, accepta Rosa. A nous trois, ce sera terminé en un rien de temps !

D’un même élan, Gabrielle et Luce se dirigèrent vers l’évier. Quand l’italienne ouvrit le robinet, elles plongèrent toutes deux leurs mains sous le filet d’eau. Cette fois, elles ne cherchaient plus à s’éviter. Elles se frottèrent et se savonnèrent de concert, tout en s’éclaboussant et en riant comme des adolescentes.

Rosa souriait quand elles la rejoignirent.

-Oh ! Mais c’est magnifique, s’extasia la française.

Luce acquiesça fièrement. Sa mère était en train de préparer les raviolis de Noël. Une recette de famille. Jamais ils ne coupaient à cette tradition. Visiblement, Rosa avait déjà bien avancé. Alors que sa mère continuait à passer la pâte dans sa machine, Luce s’installa sur un tabouret et en tira un à ses côtés pour Gabrielle. Elle découvrit un saladier dans lequel reposait une farce odorante et alléchante. Elle prit deux plaques à ravioli, qu’elle disposa devant elles et qu’elle recouvrit délicatement de la pâte fine que sa mère sortait en bandes régulières de sa machine infernale. Patiemment, elle montra à son apprentie comment y déposer, aussi régulièrement et proprement que possible, les petites boules de farce qu’elle formait savamment dans le creux de sa main, du bout de ses doigts. La jeune femme s’exécutait et se révéla être une élève aussi docile qu’habile.

Il fallut près d’une heure aux trois femmes pour terminer les raviolis. Pendant leur confection, Rosa et les filles entretinrent une conversation animée et riante. La tendresse qui émanait de la mère et de la fille émut profondément Gabrielle. Jamais elle n’avait connu une telle complicité avec sa mère, et la simple idée de faire à manger avec quelqu’un qui considérait le micro-onde comme le seul élément indispensable d’une cuisine lui faisait froid dans le dos. Luce dut percevoir son trouble.

-Tout va bien, Gabrielle ?

-Oui, oui, fit-elle, gênée. C’est juste que… vous êtes adorables, toutes les deux.

-Toi aussi, ma fille, renchérit Rosa en étreignant chaleureusement la jeune femme. Maintenant, allez vous préparer et laissez-moi ranger tout ça tranquille. Allez !

 

*

 

Il était un peu moins de dix-neuf heures quand Gabrielle et Luce refirent leur apparition. Mario, tout pimpant dans un beau costume bleu nuit, ne put retenir un sifflement admiratif : « Vous êtes magnifiques, toutes les deux ! ». L’italienne remercia son père d’un baiser affectueux alors que Gabrielle se contenta de rosir. De retour dans la cuisine, elles croisèrent une Rosa survoltée.

-Je vous attendais. Est-ce que tu veux bien surveiller le four et tourner la sauce pendant que je vais me changer ?

Sans attendre la réponse de sa fille, elle s’éclipsa. Une odeur alléchante envahissait la pièce. Sur le feu, une casserole crépitait pendant que son contenu mijotait à feu doux. Les deux fours de l’imposante cuisine étaient lancés à plein régime et deux énormes volailles, farcies à craquer, doraient docilement.

-Mais… je croyais qu’on mangeait des raviolis, s’étonna Gabrielle.

-Les raviolis, c’est ce qu’on appelle « il primo ». Le premier plat. Une sorte d’entrée chaude.

-Et les… comment vous appelez ça, déjà ? Le truc que vous avez préparé en arrivant…

-Les « zeppole », il s’agit de beignets traditionnels. On ne les mange qu’à Noël, expliqua l’italienne. Mais ça, c’est plutôt… un apéritif.

-Je crois que je vais prendre deux kilos en un seul repas, s’inquiéta la jeune femme.

-Oh, je suis sûre que vous les porterez très bien…

Luce ne put s’empêcher de détailler la silhouette de Gabrielle. Elle était fine mais plutôt bien proportionnée : ses hanches et ses fesses semblaient sculptées pour être caressés, quant à ses seins, petits mais fermes, ils vallonnaient savamment cette poitrine accueillante. Ses cheveux courts et châtain clair laissaient voir une nuque élancée qui appelait immanquablement les doigts de l’italienne. Son visage, fin et ouvert, offrait des traits ingénus tout bonnement irrésistibles. Sans parler de cette adorable fossette au menton…

-Luce…

La voix de Gabrielle résonna comme une réprimande qui tira la belle brune de ses pensées.

-Oui… Pardon. Il faut… Vous voulez m’aider pour les zeppole ?

-Si je ne risque rien…

-Nous serons prudentes.

Distraitement, l’italienne sortit une grosse poêle à larges rebords dans laquelle elle déversa deux litres d’huile d’arachide et alluma le feu.

Quand Luce découvrit la préparation, Gabrielle osa se rapprocher. La pâte avait doublé, voire triplé de volume. C’était impressionnant. L’italienne ouvrit un bocal d’anchois, salés et baignant dans l’huile d’olive, et déversa son contenu dans une assiette creuse. Elle approcha également un bol dans lequel s’amoncelaient de grosses olives noires dénoyautées.

-Le but, expliqua Luce, c’est de garnir la pâte avant de la plonger dans l’huile. Mais attention, il faut qu’elle recouvre complètement la garniture, sinon, ça ne tient pas !

-Vous me montrez ?

-L’huile doit être bien chaude, mais pas trop, sinon l’extérieur brûle alors que l’intérieur reste cru… Ça ne devrait pas tarder à être à bonne température, précisa-t-elle en jetant un œil expert à la poêle.

L’italienne remplit un saladier d’eau tiède et expliqua à son apprentie :

-Pour éviter que la pâte ne colle à vos mains…

Elle trempa ensuite les siennes dans l’eau, arracha une boule de pâte de la taille d’une balle de ping-pong, qu’elle creusa légèrement avant d’y glisser un anchois. Puis, elle referma habilement le tout et le plongea dans l’huile frémissante. Gabrielle fixait la petite boule blanchâtre qui flottait et gonflait encore au contact du liquide brûlant. Luce, de son côté, réitérait l’opération.

-Si vous voulez essayer, n’hésitez pas, lança l’italienne, toujours très concentrée sur le travail méticuleux de ses mains. Mais faites bien attention quand vous le mettez à frire. Ça a tendance à gicler facilement.

Gabrielle mouilla ses mains à son tour et, comme sa professeure d’un soir, elle détacha une petite boule de pâte. Tout en continuant sa besogne, Luce regardait les doigts de la jeune femme qui essayaient de reproduire ses propres gestes avec application. Pour chaque beignet que la française mettait à tremper dans l’huile, l’italienne en faisait deux. Néanmoins, elle la félicita :

-Vous avez pris le coup de main. C’est parfait.

-Merci… Vous êtes un bon professeur. Je n’ai jamais été très habile de mes mains…

-Je suis sûre du contraire.

-Luce !

Le rouge aux joues de la jeune femme n’avait rien à voir avec la chaleur que dégageait la gazinière. L’italienne prit un air faussement contrit et se justifia :

-Vous me tendez la perche, aussi…

Les deux femmes rirent pour masquer leur trouble. Quand les zeppole remplirent quasiment la poêle, Luce interrompit leur tâche. Elle se lava les mains et encouragea Gabrielle à faire de même. Elle prit ensuite un énorme plat qu’elle tapissa de plusieurs couches de papier absorbant. Armée d’une large louche ajourée, elle remua les beignets qui doraient gentiment. Dès qu’elle estima qu’ils étaient à point, elle les sortit de leur bain les uns après les autres et les déposa dans le plat.

-Hum… ça m’a l’air… appétissant ! se pourlécha la jeune femme, qui en salivait à l’avance.

-J’espère que vous en aimerez autant le goût que la vue !

-J’en suis sûre. Quand pourrai-je vous goûter ? Euh… les goûter ? demanda la jeune femme d’un air trop peu innocent.

-Gabrielle !

Luce sentit son corps s’embraser de cette effronterie. Un partout, concéda-t-elle du regard, une nouvelle fois. Dans un silence lourd de sous-entendus, les deux femmes reprirent la confection des beignets. Une fois la poêle pleine et leurs mains à nouveau propres, Luce en choisit un de ceux qui avaient déjà un peu refroidi dans le plat et le rompit. « Il faut toujours goûter, non ? », dit-elle en portant l’une des moitiés aux lèvres de Gabrielle. Celle-ci hésita une seconde, son regard plongé dans celui de l’italienne. Elle accueillit néanmoins le morceau moelleux et chaud dans sa bouche, non sans trembler du contact subtile mais troublant de ses doigts sur ses lèvres.

-C’est… vraiment délicieux, confirma Gabrielle.

Elle était surprise par la légèreté de la pâte et raffolait de ces anchois salés, visiblement faits maison. A son tour, Luce goûta sa moitié. Elle se contenta d’approuver en hochant une épaule et s’attelait déjà à égoutter la poêlée en cours. Toutes deux répétèrent l’opération jusqu’à ce qu’il n’y eût plus de pâte, plus d’anchois et quasiment plus d’olives. Quand Rosa réapparut dans sa cuisine, elles en avaient terminé.

-Beau travail, les filles, dit-elle en chipant un beignet fumant.

C’est à ce moment-là que la sonnette retentit. Il était vingt heures. Dans les minutes qui suivirent, Luce présenta à Gabrielle tous les membres de sa famille qui arrivaient les uns après les autres. D’abord un oncle et sa femme, puis deux paires de cousins, suivis du plus jeune frère de l’italienne, Gianni, accompagné de sa nouvelle petite amie, puis une tante, ses trois fils et leurs familles, et enfin Antonio, le frère aîné, sa femme et ses deux fils. En un rien de temps, le calme chaleureux de l’appartement se mua en un brouhaha assourdissant. Ça riait, ça parlait fort, ça gesticulait dans tous les sens…

Déboussolée, la française n’eut cependant pas le temps de se sentir perdue. Luce prit soin de l’inclure dans les conversations qu’elle menait sur plusieurs fronts. Gabrielle lui en était reconnaissante, même si elle avait un peu de mal à suivre. Tous firent l’effort de s’adresser à elle en français, y compris le frère de Mario, l’oncle Tomaso, qui ne connaissait que quelques formules polies.

Quand tout le monde fut installé au salon, Rosa annonça le début des festivités. Luce et Gabrielle l’aidèrent à installer les toasts, les olives, les tranches fraîchement coupées de jambon de Serrano et leurs gressins, ainsi que les zeppole encore chauds. Quelque part, un bouchon de champagne sauta.

 

*

 

Au moment de passer à table, les parents, Mario et Rosa, offrirent leur bénédiction à toute la tablée. Gabrielle sourit. Curieusement, cette tradition ne la rebutait pas tant qu’elle ne l’aurait craint. Il ne s’agissait pas d’une prière, on d’un rite quelconque impliquant une ridicule mise en scène. Il était question de paroles bienveillantes, simples et aimantes. Les D’Alba séniors exprimèrent leur joie d’avoir leurs proches autour d’eux en ce soir de fête, remercièrent chacun de sa présence, regrettèrent les absents tout en leur conservant leurs tendres pensées, et souhaitèrent à tous un bon Noël, beaucoup d’amour et un bonheur sans borne. Le repas pouvait commencer.

La jeune femme se retrouvait face à la belle italienne. À sa gauche, Isabella, nouvelle conquête du plus jeune frère, Gianni, s’était installée en lui souriant. Blonde, pulpeuse, elle arborait un décolleté qui aurait fait chanter les pierres. Chez elle, tout transpirait l’exubérance, jusque dans les notes trop soutenues de son parfum. A la droite de Gabrielle, la tante Alma, veuve relativement terne comparée au reste de la famille. La française tenta de rester concentrée sur les conversations environnantes et d’éviter de plonger son regard dans la poitrine voisine.

Quand les raviolis furent engloutis, Luce et Gabrielle se levèrent pour débarrasser les assiettes. Isabella les imita, pleine de bonne volonté. En regagnant leurs places, la française fit tomber sa serviette à ses pieds. Sans prévenir, la blonde plantureuse se précipita pour la récupérer et, dans leur élan simultané, le visage de la française heurta la prodigieuse poitrine. Isabella s’excusa alors que Gabrielle pouffait de rire. Mais elle s’étrangla devant l’expression horrifiée de Luce qui n’avait rien perdu de la scène.

De l’autre côté de la table, les yeux noirs lancèrent des éclairs courroucés à la compatriote ingénue, qui déjà s’extasiait sur la dinde farcie. Gabrielle rit de plus belle et envoya un clin d’œil sadique à son hôtesse suppliciée. Luce passa le reste du repas sans desserrer les dents. Elle boudait et sa moue était encore plus adorable aux yeux d’une Gabrielle hilare.

Le fromage fut annoncé. La tablée, d’ores et déjà rassasiée, n’y fit pas vraiment honneur. Il n’était pas loin de vingt-trois heures et tout le monde semblait dans l’attente de quelque chose : régulièrement, chacun consultait sa montre ou demandait l’heure. Gabrielle s’en étonnait. Il restait encore une heure entière avant l’instant fatidique. Ces gens étaient-ils donc si impatients d’ouvrir leurs cadeaux ?

-Ça va être l’heure, proclama presque solennellement Mario d’une voix puissante.

Il n’en fallut pas plus à la famille pour se lever d’un seul corps. Gabrielle suivit le mouvement en interrogeant Luce du regard. Celle-ci, toujours renfrognée, grogna un « La messe de minuit » pour simple explication. La jeune française manqua de pouffer de rire à nouveau. Mais devant le sérieux et l’enthousiasme des gens autour d’elle, elle se contenta d’enfiler son manteau en espérant qu’elle aurait la force de subir cette épreuve. Alors que les certains sortaient déjà de l’appartement, Luce prit Gabrielle à part et lui murmura :

-Vous n’êtes pas obligée de venir, vous savez. J’ai bien vu à votre tête que…

-Non, non, ça va aller, répondit la jeune femme tout aussi bas. Je ne suis pas du tout religieuse, c’est vrai. Et je ne m’y attendais pas, c’est tout. Mais je ne veux rien rater de cette soirée.

Luce ne sut interpréter le sourire qu’elle avait alors sur les lèvres. Dans un relent de rancune, elle demanda :

-Vous êtes sûre ? Vous n’avez pas honoré assez de saints pour ce soir ?

-Je n’ai surtout pas honoré les bons, rétorqua Gabrielle du tac-au-tac !

Elle sourit à nouveau de la possessivité de l’italienne. Cela lui plaisait infiniment de se sentir désirée au point de susciter les étincelles de jalousie chez sa guide. Luce, en revanche, s’étonnait de se montrer si susceptible. La française profita de la seconde d’hébétude que sa réponse avait occasionnée chez son interlocutrice pour lui arracher son écharpe des mains et l’enfiler autour du cou figé de la belle italienne. Elle la noua tendrement et déposa un baiser fugace sur sa joue, avant de s’engager à son tour vers la sortie.

 

*

 

La basilique Santa Maria in Trastevere était un véritable petit bijou architectural. De l’extérieur, Gabrielle se focalisa surtout sur la foule de fidèles qui passait les grandes portes de bois béantes de cette vieille église romane. Mais une fois à l’intérieur, elle fut émue par la beauté de ce qui s’offrait à sa vue. Elle s’attendait à un sombre et sobre temple, comme c’était souvent le cas dans l’art roman. Ce fut tout l’inverse. La nef, comme les chapelles, rutilaient de dorures et de volutes en tout genre, mais surtout, la jeune femme fut subjuguée par la splendeur des mosaïques qui recouvraient une bonne partie des murs et du plafond de la basilique.

Au-dessus de l’autel, elle reconnut le Christ et la Vierge, trônant sur une assemblée qui les encadrait. La finesse et la luminosité des diverses fresques captivaient la jeune femme. Il lui était déjà arrivé d’être ébahie par les prouesses humaines et artistiques des croyants dans leurs lieux ou monuments de culte et, incontestablement, cette église resterait gravée dans sa mémoire comme l’une de ces plus belles réalisations. Elle avait du mal à baisser le regard sur la foule qui s’amassait, de plus en plus dense, dans la petite basilique. La famille d’Alba occupait deux bancs à elle seule, et les plus jeunes restèrent debout dans les allées autour. Ils saluaient les uns et les autres, sans s’asseoir. Luce, qui semblait tout à fait dans son élément, confia Gabrielle à sa mère.

-Attendez-moi là, dit-elle mystérieusement à sa locataire.

En quelques secondes, elle avait disparu par une porte entrouverte. D’autres personnes s’y engouffrèrent d’un pas pressé. Quand les prêtres firent leur entrée – Gabrielle fut surprise de constater qu’ils étaient quatre – la nef était comble, pourtant le silence se fit presque instantanément. C’est alors qu’une petite armée d’hommes et de femmes de tous âges, sobrement vêtus de grandes aubes blanches, entrèrent à leur tour par la porte qui les avait avalés précédemment. Gabrielle reconnut son italienne, pure et éthérée dans sa tenue minimaliste. De concert, la chorale entonna les premières notes d’un « Cantan gli angeli » dans un accord et une résonnance éblouissants. Malgré elle, la jeune femme se sentit emportée par l’élan vocal des gens autour d’elle. Elle s’étonna de voir que tout le monde accompagnait la chorale et chantait de bon cœur.

Elle se souvenait avoir participé à plusieurs célébrations, notamment catholiques, dans différentes paroisses françaises : des mariages, des baptêmes, des enterrements auxquels elle n’avait pu échapper. Elle en gardait de terribles souvenirs : une heure de rituel figé auquel les gens se soumettaient sans la moindre émotion, subissant les sermons et les chants du prêtre qui n’étaient repris que par quelques bigotes des premiers rangs. Chaque minute de calvaire l’avait confirmée dans son rejet total de la foi et du culte.

Là, dans cette église résonnant de ces centaines de voix ferventes et justes, elle se sentait transportée. Elle accrocha son regard médusé à celui de Luce qui l’observait en chantant. L’italienne irradiait. Gabrielle, grisée et fascinée, tant par la célébration que par son hôtesse, ne la quitta plus des yeux. A minuit, le service était sur sa fin. Tout le monde se souhaita un joyeux Noël dans l’allégresse générale et la chorale entonna un chant de clôture.

Quand Luce la rejoignit, Gabrielle était encore sous le charme de la cérémonie. Elle congratula la belle brune qui s’était débarrassée de son costume angélique. L’italienne rosit aux compliments de la jeune femme.

-Alors vous avez survécu à tout ce décorum liturgique ? Pittoresque, hein ?

-J’ai survécu, confirma Gabrielle. Luce… C’était… vraiment magnifique. Et très émouvant. Je… je ne savais pas que vous chantiez.

-Une habitude. Je suis dans cette chorale depuis mes treize ans, confia l’italienne.

-Vous êtes… surprenante. Et si c’est possible… encore plus belle quand vous chantez.

Les deux femmes rougirent. L’intensité de leurs regards les brûlait. Il fallut que Rosa les rappelât à l’ordre :

-Les filles, dépêchez-vous, les desserts nous attendent !

 

*

 

Chez les D’Alba, la veillée se poursuivit chaleureusement jusqu’au petit matin. La cérémonie avait visiblement relancé les appétits des plus gourmands qui se ruèrent sur les treize desserts qui avaient envahi la table. Les conversations, qui en début de soirée étaient essentiellement centrées sur les péripéties actuelles de tout un chacun, s’étaient faites plus commémoratives au fur et à mesure de la soirée. On évoquait les secrets de famille, les anecdotes humiliantes ou audacieuses des uns et des autres. On se rappelait de l’époque des « grandes réunions familiales », ce qui plongea Gabrielle dans un océan d’incompréhension. Ce soir-là, ils étaient déjà une bonne vingtaine à table. Que pouvaient-ils donc entendre par « grandes réunions de famille » ?

Les premiers à partir furent les oncles et tantes de Luce, les plus âgés, qui se firent raccompagner par leurs propres enfants. Sur le coup des trois heures, il ne restait plus que les frères de l’italienne, leurs compagnes, et les parents. Les petits-enfants, eux, étaient couchés depuis longtemps. Rosa et Mario semblaient ne pas vouloir les voir partir. Gabrielle était vraiment touchée par l’amour qui se dégageait de cette famille.

Elle avait beau être totalement intégrée dans les discussions et les attentions de chacun, elle se sentait un peu décalée. Il en était sans doute de même pour la frivole compagne de Gianni qui ne collait pas du tout avec le décor et l’assemblée. Elle n’avait vraisemblablement pas inventé le fil à couper le beurre et, l’alcool n’aidant pas, elle se montrait de plus en plus exubérante, limite vulgaire.

A un moment où la fatigue se faisait sentir et la conversation commençait à s’essouffler quelque peu, Isabella se tourna vers Gabrielle et lui dit quelque chose dans un italien trop rapide pour que la jeune femme saisisse ce dont il était question. Dans la foulée, et devant le regard d’incompréhension de la française, la plantureuse blonde passa ses doigts dans ses cheveux courts et ébouriffés. Elle caressa son crâne et la coiffa comme on aurait fait d’une poupée, tout en répétant une phrase que Gabrielle ne comprenait toujours pas. Rouge de confusion, elle regarda Luce. Celle-ci ne lâchait pas des yeux les doigts importuns de sa belle-sœur du moment. Ses lèvres étaient si serrées et sa mâchoire si contractée que Gabrielle l’entendait presque grincer des dents. La belle italienne foudroya Isabella du regard, mais devant l’air incertain et innocent de la française, elle traduisit d’une voix qui laissait transparaître sa colère :

-Elle adore votre coupe de cheveux. Elle aussi pense à se les faire couper depuis longtemps, sans jamais oser…

Comme Isabella rajouta quelques mots, toujours en italien, Gabrielle crut que la belle brune allait commettre un meurtre tant elle l’incendia du regard. Toutefois, elle continua à traduire :

-Vous avez les cheveux extraordinairement doux, apparemment…

La jeune femme rit nerveusement, remercia maladroitement une Isabella toujours grise et se leva en prétextant le besoin d’aller aux toilettes. Luce dut résister à l’envie de la suivre pour… Pour… Pour quoi au juste ? Lui caresser les cheveux à son tour ? Elle ne supportait pas qu’une autre ait pu la toucher aussi intimement devant elle. Il lui fallut plusieurs minutes pour retrouver son sang froid. Elle fut rassurée qu’à son retour, Gabrielle vienne se rasseoir à ses côtés. Elle évita son regard mais, d’un geste qu’elle voulait ingénu, elle fit en sorte que son bras touche celui de la jeune femme. Elle avait besoin de ce lien, de ce contact, aussi ténu fût-il.

La veillée prit fin sans incident supplémentaire, sur le coup des cinq heures du matin. Les deux femmes prirent congé des D’Alba séniors non sans leur promettre de revenir manger avec eux durant le séjour de la française. Sur le chemin du retour, elles observèrent un silence mi-épuisé, mi-gêné. Luce se gara dans le parking attenant à la propriété et proposa de raccompagner sa locataire. Il faisait froid dans les allées éclairées. Leurs respirations dégageaient des nuages blanchâtres sur leur chemin. Leurs pas faisaient croustiller les graviers chargés de rosée verglacée. Quand elles arrivèrent sur le perron, la lumière un peu trop vive qui se déclencha les aveugla inopinément.

-Merci pour cette soirée, Luce. C’était… le meilleur Noël que j’aie jamais vécu.

-Mais je vous en prie, répondit l’italienne, souriant faiblement. Vous êtes une invitée modèle, et une apprentie cuisinière hors pair !

-Merci pour ça aussi. C’était génial. Et votre famille est vraiment extraordinaire. Vous avez de la chance, vous savez ?

-Oui, enfin… Certaines personnes présentes ce soir n’avaient rien d’extraordinaire, hein… Quand je pense que…

-Luce, l’interrompit Gabrielle. Personne ne soutient la comparaison : vous êtes extraordinairement déconcertante… On n’a pas le temps de s’ennuyer avec vous, hein ?

-Je vais prendre ça comme un compliment, rosit-elle.

Gabrielle lutta contre son envie irraisonnée de l’inviter à entrer. Elle savait au fond d’elle qu’elle n’avait absolument pas la force de faire quoi que ce soit à cet instant. Elle était trop exténuée pour affronter les torrents de désirs qu’elle voyait écumer dans les yeux noirs de la belle italienne. Elle-même avait besoin d’étancher cette soif inextinguible que Luce avait réveillée dans tout son être. Mais elle voulait être en pleine possession de ses moyens à ce moment-là. Et puis… pas le premier soir !

Elle racla sa gorge, prit son élan, enlaça prestement son hôtesse et posa des lèvres presque chastes sur celles, surprises, de Luce. Avant que celle-ci ne comprenne ce qui venait de lui arriver, Gabrielle lança un « Bonne nuit, beauté fatale ! » et disparut derrière sa porte sans un dernier regard.

 

Chapitre 3 ici

histoire érotique lesbienne | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | y'a que ça de vrai ! | 07.02.2017 - 10 h 08 | 2 COMMENTAIRES
Une dernière nouvelle érotique : Rome en solo (chapitre 1)

Fallait-il vraiment attendre l’imminence de la fermeture des blogs pour publier, dans l’urgence, ce dernier hommage à l’érotisme lesbien ? Sans doute. Merci @Yagg et à chacun-e d’entre vous d’avoir suivi, ces 7 dernières années, l’activité peu recommandable de ce blog. Une belle et heureuse vie à toutes et tous ! Et de l’amour, surtout, sous toutes ses formes. 

ROME EN SOLO

-Je croyais que tu rêvais d’aller à Rome ?

-Oh, j’irais sans doute un jour, mais pas avec toi ! avait rétorqué Emma en claquant la porte.

Larguée à une petite semaine de Noël, Gabrielle était d’une humeur massacrante. Dans deux jours, elles devaient partir célébrer leur première année de couple et les fêtes de fin d’année dans la capitale italienne. Pourtant, il n’avait pas fallu plus de deux heures à la tornade « Emma » pour débarrasser leur appartement de toutes ses affaires. Comme justification, Gabrielle avait dû se contenter d’un « T’étais plus fun avant ».

Quelques mois auparavant, quand leur couple était à son apogée, les deux jeunes femmes avaient décidé d’associer leurs compétences pour créer la première agence de locations touristiques LGBT. Emma, globe-trotter invétérée et titulaire d’un master de tourisme se chargeait des démarches humaines et culturelles. Elle était le contact. La vitrine éclatante de OverTheRainbow. Gabrielle, de son côté, gérait le côté logistique et la conception du site.

Elles avaient mis des semaines, des mois à trouver les fonds nécessaires. Elles s’étaient démenées pour concevoir, nourrir et voir naître ce projet. Alors qu’Emma s’investissait corps et âme dans la promotion et les relations publiques, Gabrielle se formait et développait leur site. Visiblement, la dévotion d’Emma impliquait plus son corps que son âme, puisque plus d’une fois, elle avait confessé à sa compagne ce qu’elle considérait comme de « petits écarts sensuels à des fins strictement professionnelles ». Blessée mais amoureuse, Gabrielle avait décidé de pardonner.

Il y a quelques semaines à peine de cela, Emma semblait littéralement prête à tout pour qu’OverTheRainbow soit le nouveau AirBNB LGBT amélioré. Aujourd’hui, elle lui annonçait que c’était terminé, qu’elle partait faire du trekking au Pérou parce qu’elle ne supportait plus le poids des responsabilités de cette nouvelle entreprise qui n’avait même pas encore tout à fait éclos. Grande princesse, elle avait même lâché un théâtral : « Tu peux garder la boîte, ne t’inquiète pas, je ne te demanderai rien ». Ce qui tombait bien, puisqu’OverTheRainbow ne valait, pour l’heure, rien du tout !

Il aurait encore fallu quelques semaines et un millier de démarches pour que le site puisse être lancé ! Gabrielle, qui avait tout misé sur ce projet, espérait se construire un avenir florissant, tant sur le plan professionnel que personnel. A trente ans, elle voulait se stabiliser, et qui sait, peut-être un jour fonder une famille ?

Amère, elle réalisait aujourd’hui que ses « rêves » n’étaient sans doute pas aussi « fun » qu’une maudite randonnée tout en sueur et en moustiques. Elle, habituellement si légère et positive, se sentait un brin désespérée.

Elle voulait se poser. Elle avait besoin de réfléchir. Que faire ? Continuer seule ? Chercher un partenaire ? Tout abandonner ? Elle savait qu’elle devait concentrer ses pensées sur son site, histoire de ne pas remuer ce nouvel échec sentimental.

Leur appartement était encore imprégné des effluves d’une crème à la vanille et au monoï dont Emma s’oignait chaque jour. Gabrielle errait d’une pièce à l’autre, remâchant sa colère et ses doutes quand le téléphone sonna.

-Allô ?

A l’autre bout du fil, une voix à l’accent chantant se fit entendre.

-Madame Duquesne ? Ici la signora D’Alba de la Villa Monteverde, di Roma.

-Ah oui… Rome…

-Dites, vous avez réservé pour dix jours, du vendredi 23 au lundi 2, c’est exact ?

-Oui, dût confirmer Gabrielle.

Elle s’apprêtait à résilier cette réservation quand elle remarqua les vibrations inimitables de la Callas qui résonnaient quelque part chez son interlocutrice. En période de fête, quoi de plus normal que d’entendre des Avé Maria un peu partout…

-A quelle heure pensez-vous arriver ? Je dois… m’organiser un peu, poursuivit l’italienne.

-Je serai là en fin d’après-midi, s’entendit répondre la jeune femme, surprise par ses propres mots.

Elle avait besoin de ces vacances. Au lieu de les passer à convoler avec celle qui ne serait jamais la mère de ses enfants, elle profiterait de chaque minute de tranquillité pour faire le point. Elle pouvait, à ce stade, laisser les choses en stand by. Elle saisirait cette occasion de tester leur questionnaire de satisfaction en direct et de visiter en prime cette ville sublime. Elle ne penserait pas à Emma. Et elle laisserait toutes les fenêtres de SON appartement ouvertes, histoire de se débarrasser de cette odeur d’huile de bronzage ridicule.

-Est-ce que vous avez besoin que je vienne vous chercher à l’aéroport ou à la gare ?

-Non, merci. Je viendrai en voiture, décida-t-elle de but en blanc.

Conduire lui avait toujours permis de faire le vide. Quand elle raccrocha, Gabrielle sourit. Rome l’attendait.

*

-Vous voulez que je vous aide, pour vos bagages ?

-Je n’ai que ce sac, merci.

-Je vois… Vous voyagez léger !

Gabrielle répondit d’un timide sourire. Un sourire qui lui fut rendu.

Déjà, la signora D’Alba tournait les talons et avançait dans l’allée d’agaves de la luxueuse villa. Gabrielle ne put s’empêcher d’observer son allure. L’italienne portait une simple paire de jeans et un T-shirt vaporeux, en mousseline blanche. Sa peau était dorée à point, même en ces prémices d’hiver, et ses cheveux détachés semblaient si légers qu’ils flottaient autour d’elle dans la lumière chaude de ce début de soirée. Des reflets fauves rehaussaient l’auburn de ses mèches aériennes. Elle sent bon, remarqua Gabrielle dans son sillage. A moins que ce ne soit le jardin.

Les allées, savamment entretenues, sillonnaient l’œuvre d’un bon paysagiste. Les plantes hivernales sublimaient la propriété. Au fond, une grande bâtisse toute blanche, visiblement d’un autre siècle mais magnifiquement bien conservée, s’érigeait derrière une petite fontaine aux sculptures finement taillées. Sur la gauche, une dépendance de taille tout à fait respectable et assortie par sa couleur et son architecture à la superbe villa, les accueillit à l’instant où les cloches d’une église voisine sonnaient 17h00.

Devant la grande porte de bois, de verre et de fer forgé, la signora D’Alba montra une grosse clé argentée à la jeune femme.

-Ici, vous vous servirez de cette clé-ci. Elle vaut à elle seule le prix de la porte, alors pitié, ne la perdez pas ! Cela dit, vu la taille, elle est difficile à égarer…

A nouveau, Gabrielle sourit et acquiesça. Elle trouvait sa nouvelle propriétaire tout à fait charmante… Sans doute une conséquence de son récent célibat.

Quand elles pénétrèrent dans le petit appartement, la jeune femme laissa courir ses yeux d’un bout à l’autre de la pièce. Deux immenses fenêtres emmagasinaient les derniers rayons d’un soleil rougeoyant derrière les immeubles voisins. Au centre, sur le parquet vieux mais magnifiquement entretenu, un tapis de facture orientale et de belle qualité habillait la pièce, en harmonie avec les rideaux d’une teinte naturelle et rassurante. Le plafond était haut, très haut. La pièce ressemblait alors à un énorme cube. Les murs étaient savamment décorés par des lithographies superbes, ainsi qu’une aquarelle immense représentant la ville à son plus grand avantage. L’atmosphère respirait le bien-être et le jasmin.

Instantanément, Gabrielle se sentit à son aise. Elle s’intéressa peu au canapé qui paraissait pourtant très confortable, passa brièvement sur les divers éléments de cuisine, éluda le meuble télé et son regard se posa à nouveau sur sa propriétaire.  Celle-ci l’observait attentivement. Visiblement, le sourire satisfait de Gabrielle comblait la belle italienne.

-Derrière cette porte, vous avez la salle de bain et les toilettes, précisa-t-elle.

La jeune femme jeta un œil dans la belle pièce d’eau. L’éclairage mettait en valeur les nuances de la pierre chaude qui revêtait les murs et le sol. La robinetterie étincelait. Gabrielle s’imaginait déjà délassant son corps de cette longue journée de voyage sous l’eau brûlante de la douche. Elle en rêvait.

Puis elle inspecta l’immense chambre à coucher qui ne détonait pas dans le bon goût ambiant. Elle tiqua sur la reproduction grandeur nature du « couple lesbien amoureux » d’Egon Schiele, qui trônait au dessus du lit. Elle ne s’attarda pas sur le petit pincement dans sa poitrine mais elle ne put s’empêcher une remarque :

-Je ne sais pas si nos couples gays l’apprécieront autant que moi !

-Oh, ne vous inquiétez pas, j’ai également un autoportrait nu, de 1916… Je n’ai qu’à adapter le décor en fonction des locataires… C’est possible, grâce à OverTheRainbow, non ?

Devant le sourire victorieux de son hôtesse, Gabrielle capitula.

-Je vois… vous pensez à tout !

-J’essaie.

La modestie était ouvertement feinte, mais la chaleur du regard de la belle italienne ne l’était pas. La jeune femme se sentit bouillir tout à coup. Elle détourna son regard que les grands yeux noirs de son interlocutrice avaient capturé et referma la porte de cette chambre engageante.

-Vous trouverez le code wifi et tout un tas d’informations sur les transports en commun ou les différents sites et monuments à visiter. Rome est une ville magnifique, et je ne dis pas cela parce que c’est la mienne !

-J’en suis certaine.

-Voilà, vous êtes chez vous pour dix jours. L’appartement vous convient-il ? s’enquit la signora D’Alba.

-Il est parfait, répondit Gabrielle. Merci beaucoup madame…

-Appelez-moi Luce, je vous en prie.

-Luce ? C’est un diminutif ?

Devant le sourire et le mouvement de négation de la belle italienne, Gabrielle continua, confuse :

-Lumière ? C’est bien le mot pour « Lumière » en italien, non ? Vous vous appelez « Lumière de l’aube » ?

-Que voulez-vous… Mes parents sont des allumés !

Elles rirent. Luce se félicita intérieurement d’arriver à faire rire son hôte. La jeune femme avait un sourire absolument merveilleux, pourtant, elle semblait presque grave. Depuis qu’elle était sortie de cette surprenante voiture, un coupé Opel jaune canari, Gabrielle l’intriguait.

Elle était mignonne. Pas de ces beautés fatales qui semblent platement sortir de pages de magazines, pas de ces belles plantes sauvages mais entretenues dont elle-même pouvait faire partie. Non, ce qui attirait chez Gabrielle, outre sa jolie frimousse et sa petite fossette au menton, c’était son regard ébloui sur le monde.

La jeune femme exhalait la candeur. Jamais Luce ne pourrait oublier le regard de Gabrielle la première fois qu’il s’était posé sur elle. Ses yeux l’avaient scrutée avec surprise, envie et innocence. Ils révélaient, malgré eux, ce que la façade sociale de la jeune femme dissimulait.

Ce regard promettait de la hanter pendant des jours ! Elle ne put s’empêcher de penser qu’elle adorerait lui servir de guide. Ce serait délicieux de la voir s’émerveiller sur les splendeurs de la Rome monumentale. De plus, cela lui permettrait sans doute de conserver une bonne opinion de la Villa Monteverde, cela leur serait donc bénéfique à toutes les deux.

Comme le moment de prendre congé était venu, Luce osa :

-Gabrielle… Je peux vous appeler Gabrielle, n’est-ce pas ?

-Bien sûr !

-J’adore ce prénom.

-Il faut croire que mes parents sont plus… Traditionnels ! Du moins, dans le choix du prénom…

La belle italienne sourit et poursuivit :

-Je n’ai pas l’occasion de le faire pour tous mes locataires mais, ayant moi aussi quelques jours devant moi, je peux vous proposer de vous faire visiter une partie de la ville, si vous le voulez…

-Oh ! C’est adorable, s’exclama Gabrielle que la perspective enchantait. Dites-moi quand cela vous convient, moi je n’ai rien de mieux à faire !

-Demain soir, c’est Noël. Je serai prise dans les préparatifs dès 16h, mais si vous êtes une lève-tôt…

-« Dormir, c’est du temps perdu », disait Piaf ! répliqua la jeune femme du tac-au-tac.

-Très bien, alors je vous dis à demain matin. Vers huit heures ?

-Huit heures, demain, le rendez-vous est pris !

-Bien, reprit Luce, ravie. Maintenant, je vous laisse, vous devez être épuisée.

-J’avoue que je prendrais volontiers une bonne douche bien chaude, concéda la jeune femme.

Luce tressaillit à l’image qui venait de s’imposer sur son écran mental : le corps nu et voluptueux de la jeune femme ruisselant sous les jets ardents de la petite salle d’eau… Elle en eut des vapeurs. Décidément, cette petite lui faisait de l’effet ! Elle se reprit néanmoins et poursuivit aussi sobrement que possible :

-Alors bonne nuit, Gabrielle. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas. Vous avez mon numéro et… j’habite la porte à côté, le bâtiment principal.

-Ah ! C’est pratique ça ! Bonne nuit, Luce.

Avant de refermer la porte sur son hôtesse, Gabrielle ajouta :

-Il vous va très bien… votre prénom.

L’italienne se contenta de sourire… et de rosir en s’effaçant sur le palier. Ses pas faisaient crisser le gravier de l’allée éclairée. Une minute plus tard, elle refermait la porte de la Villa Monteverde, le sourire toujours accroché aux lèvres.

*

            Le lendemain matin, Gabrielle fut réveillée par une voix magnifique mais lointaine : quelqu’un devait vraisemblablement écouter quelque chant religieux dans le voisinage. Elle distinguait clairement les hosannas d’un chœur et se surprit à se laisser entraîner par la voix claire et charnue qui menait les couplets. Pendant une seconde, elle se demanda si la belle Luce était la mélomane en question. Il n’y avait pas tant de voisins aux alentours…

Il n’était guère plus de sept heures, elle avait donc le temps de prendre un bon café avant de se préparer. La cafetière trônait sur l’îlot de la cuisine. Dans un petit panier d’osier, juste à côté, la jeune femme trouva une multitude de dosettes différentes. Elle salua la prévenance de son hôtesse en enclenchant la première capsule qu’elle attrapa et inhala les premiers effluves de son nectar matinal. Elle ne put s’empêcher d’exploser de rire en constatant que la machine, réglée « à l’italienne », lui avait livré l’équivalent d’une cuillère à soupe de liquide dans le mug qu’elle avait choisi par habitude.

A Rome, fais comme les romains ! Elle avala d’une seule gorgée et avec une grimace excessive le contenu de son mug en écoutant la voix lointaine entonner un émouvant « Santa Lucia ». Pendant une seconde, elle se laissa aller à penser à Emma. Comment auraient-elles passé ces vacances ensemble ? Elles auraient certainement étrenné le lit avant de parcourir la ville au rythme effréné que la jeune femme imposait systématiquement à Gabrielle lors de leurs escapades. Sans penser au nœud que leurs hypothétiques ébats avait éveillé dans ses tripes, Gabrielle décida qu’avec Luce, elle saurait profiter pleinement de la cité antique.

Elle repensa à la réaction de sa mère lorsque, la veille, elle lui avait annoncé sa séparation : « C’est un bélier, ça ne pouvait pas marcher, de toute façon, il n’y a pas plus borné et instable que ces bêtes-là ! ».

Gabrielle n’avait jamais été très proche de sa mère, ni de son père. Fille unique de parents abracadabrants, elle avait grandi dans la honte qu’ils lui infligeaient et s’était éloignée aussi vite que possible de ce couple qu’elle jugeait irrationnel et immature, limite dangereux. Jamais elle n’avait pu les considérer comme un modèle, ou s’appuyer sur eux. Toutefois, ces dernières années, elle avait décidé de ne pas les juger trop catégoriquement. Tout imparfaits qu’ils étaient, ils lui avaient donné la vie. On ne choisit pas sa famille, et même si les liens qu’elle entretenait avec eux à ce jour étaient superficiels et tendus, elle ne pouvait se résoudre à couper les ponts définitivement.

Gabrielle s’approcha de la fenêtre et s’étira. Dehors, le ciel était lourd. Le rouge du soleil levant déclinait ses nuances sans orage, sans bourrasque, si bien qu’on n’en retenait que la lumière, paradoxale, éblouissante. La jeune femme décida que la journée serait belle.

Elle passa un temps certain à choisir une tenue assez confortable pour marcher pendant des heures, mais suffisamment seyante pour ne pas repousser sa guide. Il lui avait bien semblé que l’italienne n’était pas indifférente à sa modeste personne, mais elle était loin d’en être certaine. Elle n’avait jamais été douée pour cela. Flirter, séduire, accrocher… Elle n’était pas équipée pour cela ! Luce, en revanche…

Gabrielle convoqua les traits radieux de son hôtesse. Elle soupira au souvenir de son sourire, de l’éclat sombre de son regard, de son teint impeccable sur cette peau que les années semblaient épargner. Son allure et son assurance auraient pu être le signe d’une certaine maturité, toutefois, Gabrielle n’avait pu déceler que quelques rides d’expression sur son visage.

Curieuse, elle consulta le prototype de fiche virtuelle que la signora D’Alba avait dû remplir pour s’inscrire sur OverTheRainbow. Luce D’Alba – littéralement « Lumière de l’aube » ! – 36 ans, célibataire sans enfant, responsable de la Villa Monteverde qui appartenait à Mario et Rosa D’Alba, respectivement 60 et 58 ans dont l’adresse évoquait un autre quartier de Rome.

Comme la jeune femme s’apprêtait à rentrer plus en détail dans le descriptif de la propriété que Luce avait sans doute rédigé elle-même, elle fut interrompue par quelques coups brefs à la porte.

Le sourire de Luce la cueillit sur le perron. La belle italienne l’attendait, superbe dans sa paire de jeans et sa parka crème. Chacune de ses mains tenait un casque rouge pétant, qui laissait présager une journée pétaradante.

-Vous êtes prête ?

-Je prends ma veste et je vous suis.

Gabrielle fut saisie par le froid piquant du matin. Elle suivit son hôtesse dans l’allée encore humide de cette nuit de décembre. Le ciel s’éclairait un peu. Par endroit, le soleil hivernal perçait à travers les nuages. La jeune femme le voyait caresser de ses rayons les toits de la ville. Celle-ci paraissait engourdie dans le calme de la propriété des D’Alba. Pourtant, en arrivant aux grilles de la Villa Monteverde, Gabrielle constata qu’au dehors, l’agitation battait son plein.

-C’est l’heure de pointe, expliqua Luce, sans parler de la cohue des courses de Noël… C’est pourquoi j’ai sorti la Vespa !

Fièrement, elle désignait le scooter écarlate qui les attendait devant le portail. Elle tendit un casque à Gabrielle. A l’intérieur, celle-ci trouva une paire de gants et une écharpe de laine aussi rouges que leur emblématique véhicule.

-Couvrez-vous bien, Gabrielle. En cette saison, le froid vous fait pleurer. Il s’infiltre partout !

-Oui chef !

La jeune femme imita sa guide, qui enfilait une paire de gants de cuir assortie à sa veste. Elle aida Gabrielle à s’envelopper dans la grande écharpe, qu’elle lui noua sous le cou, remontant la fermeture éclair de son blouson pour parer le moindre courant d’air. Luce se montrait maternelle dans ses gestes, mais lorsque son regard croisa celui de la jeune femme, qui dépassait à peine du bandeau de laine, il s’enflamma. Elle était irrésistible, ainsi accoutrée. D’un doigt ganté, elle ramena une mèche de cheveux derrière son oreille avant de lui proposer, dans un sourire meurtrier, le casque assorti à l’ensemble.

-Au point où j’en suis, pouffa Gabrielle en haussant les épaules.

-Croyez-moi, c’est nécessaire, raisonna Luce en ajustant le couvre-chef incarnat.

Sans quitter le regard innocent de celle qui se soumettait sagement à cette séance d’habillage, l’italienne ne put s’empêcher de se demander si la jeune femme se montrerait aussi docile si elle décidait de la dévêtir… Une onde de désir se fit sentir dans son bas-ventre et se répandit chaleureusement par vagues tranquilles dans chacun de ses membres. Elle sourit de sa propre faiblesse.

Gabrielle voulut se défendre de cette taquinerie manifeste :

-Allez-y, moquez-vous… Je me vengerai.

-Jamais je n’oserai me moquer, lui souffla-t-elle à l’oreille. Je vous trouvais simplement exquise.

Luce se retourna aussitôt pour éviter de rosir sous le regard interloqué de la française. Gabrielle se racla la gorge et attendit que Luce s’installe sur la Vespa pour oser s’approcher. A la simple idée de monter derrière elle, de sentir son corps contre le sien, Gabrielle fut parcourue par un étrange frisson. Elle ne pouvait décemment pas fondre pour cette beauté-là ! Elle n’était pas de taille… Et puis il y avait Emma…

Non, Emma n’était plus là. Emma l’avait quittée. Emma ne méritait pas une période de deuil. Emma n’avait jamais existé. Le scooter démarra dans un nuage de buée blanche.

La jeune femme enjamba la selle de cuir de la guêpe motorisée et resserra ses cuisses autour de celles de sa guide affolante. Luce tressaillit en sentant les mains de Gabrielle se poser sur ses hanches. Elle avait conscience de la chaleur de son bassin contre ses fesses, de ses jambes contre les siennes. Elle démarra un peu trop brutalement, perturbée par cet émoi qu’elle avait pourtant provoqué. Par réflexe, la pression des mains de la passagère se fit presque douloureuse, et sa poitrine vint s’écraser contre le dos rassurant de la conductrice. Luce manqua de lâcher le guidon, tant la sensation la bouleversa.

Elle prit une profonde respiration, posa un pied à terre, se saisit des mains de Gabrielle qu’elle noua sous sa poitrine maintenant un maximum de contact entre elles, et s’engouffra dans la circulation dense de cette matinée de fête, fébrile et euphorique. Derrière, la jeune française sentait son cœur battre jusque dans ses orteils. En quelques secondes, elle s’abandonna complètement contre la pilote, grisée par la vitesse et le froid, et par cette curieuse excitation qu’elle refusait de brider. Rome promettait de dépasser ses plus folles espérances !

*

            Il était près de treize heures quand elles arrêtèrent la Vespa devant « La tavola di Gigi ». Selon Luce, ce serait un souvenir culinaire inoubliable pour son hôte. Gabrielle fut surprise de pénétrer dans un petit restaurant familial à la décoration pittoresque et aux senteurs prometteuses. Sa guide était une femme d’un certain standing. La voir dans ce genre d’endroit lui paraissait totalement décalé. Pourtant, à peine la porte franchie, un homme d’une cinquantaine d’années fondit sur elles et prit sa compatriote dans ses bras. Gabrielle était familière de l’exubérance des italiens, mais leur étreinte était empreinte de sincérité. Luce lui présenta le fameux Luigi, propriétaire du lieu et Gigi se fit fort de leur trouver un coin tranquille.

Ce ne fut pas chose aisée. Le restaurant était bondé : à droite, à gauche, au fond et même en terrasse, les tables vibraient de conversations toutes plus animées les unes que les autres. On agitait les bras, on riait aux éclats, on criait sans raison apparente, juste pour se faire entendre par-dessus le brouhaha infernal, typique de cette culture méditerranéenne si… vivante.

Finalement, Gigi décida de précipiter le départ d’un couple de jeunes tourtereaux qui semblaient indécis. En quelques secondes, la table fut débarrassée et dressée de nouveau. Luce et Gabrielle s’installèrent confortablement. Grâce à la belle italienne qui décrivit patiemment le contenu des plats les plus incontournables, elles commandèrent rapidement et le prévenant restaurateur s’effaça discrètement. Une fois seules, la rumeur ambiante les rassurait. Elles se regardèrent pudiquement.

Elles avaient écumé les pavés romains toute la matinée et Luce avait pris son rôle de guide à cœur. Elle s’était évertuée à fournir des informations précieuses à la jeune femme sur chacun des points touristiques approchés. Gabrielle s’était émerveillée devant le colossal monument de Vittorio Emanuele II, le Palatin et le Colisée. Elle avait beau les avoir déjà vu maintes fois en photo, se trouver face à ces chefs-d’œuvre architecturaux l’avait laissée sans voix. Luce, de son côté, s’était repue du visage ébahi de son ouaille. Elle ne se lassait pas de la candeur de son regard, de son enthousiasme débordant à la vue de chaque fontaine, statue, colonne, église qui jalonnait sa ville. L’exaltation de Gabrielle était contagieuse. Elle-même se surprenait à s’emballer d’un commentaire à l’autre. Cette visite matinale avait creusé leurs appétits, tous leurs appétits.

Leurs regards s’étaient dits ce que leurs mots prenaient soin de retenir, leurs frôlements, leurs contacts fortuits avaient avoué le désir, promis des caresses, engagé un débat sensuel qui aurait achevé de faire disparaître la banquise. Pourtant, ce ballet se figea, l’espace d’un instant, dans ce petit restaurant familial.

Luce hésitait. Elle mourait d’envie de saisir la main délestée de son gant rouge que Gabrielle avait abandonné nonchalamment sur la table. Elle se contint, toutefois. L’italienne se souvenait fort bien que lors de la réservation de la dépendance de la Villa, la jeune femme avait annoncé deux personnes. Cette hypothétique compagne l’agaçait passablement : à chaque sourire de la petite française, l’éventualité d’une autre qui la rendrait indisponible la torturait un peu plus.

Consciente que l’une des deux devait engager la conversation, Luce prit les devants :

-Alors ? Est-ce que je peux supposer que les trois mille photos que vous avez prises en quelques heures impliquent que vous appréciez ma ville ?

-Vous pouvez le supposer, confirma Gabrielle, soulagée que son interlocutrice se lance en terrain neutre. Je sais que nous sommes loin d’avoir tout vu, mais je crois que je peux d’ores et déjà dire que Rome est spectaculaire ! Je ne saurai dire ce que j’ai préféré pour l’instant. C’est…

La jeune femme ne put s’empêcher de plonger à nouveau son regard dans celui de la belle italienne. Luce, elle, n’arrivait pas à détacher ses yeux des lèvres de Gabrielle qui s’en aperçut.

-A couper le souffle…, termina-t-elle dans un murmure.

-Je le pense aussi, renchérit Luce distraite.

Elle réalisa soudain que Gabrielle la fixait. Elle rougit sévèrement, reportant son regard sur ses propres mains, croisées sur la table.

-Vous êtes une guide efficace, tenta timidement la française. Est-ce que je peux ajouter « visite guidée proposée par l’hôtesse de maison » à votre profil sur OverTheRainbow ? Ce serait indéniablement un plus !

-Je ne le fais pas pour n’importe qui, avança l’italienne. Enfin… je veux dire, je n’aurai sans doute pas le temps de le faire pour tout le monde, se reprit-elle précipitamment. Là, ce sont les vacances…

-J’ai de la chance, alors, d’être venue pendant les fêtes, répliqua la jeune femme.

Sans oser la regarder dans les yeux, Luce saisit une occasion d’en savoir plus :

-Est-ce qu’on vous rejoint pour la fête ce soir ? Vous aviez réservé pour deux, je crois. Si vous avez besoin d’une bonne adresse pour…

-Non, je serai seule, la coupa-t-elle.

Luce lutta pour ne pas montrer son soulagement. Elle évitait toujours de croiser le regard de Gabrielle. Soudain, elle se rendit compte de ce que cela impliquait. Elle réagit d’un ton accusateur :

-Mais… Ça veut dire que vous comptez passer Noël toute seule ?

-Je n’ai jamais vraiment fêté Noël, se défendit la jeune femme.

Une seconde, elle pensa évoquer les tristement ridicules célébrations païennes que ses parents s’entêtaient à perpétrer pour les fêtes, son aversion pour ces pratiques absurdes, son adhésion indéfectible à un athéisme rationnel, mais elle s’abstint. Elle scruta le visage expressif de la belle italienne qui semblait réfléchir à toute vitesse.

-Il est hors de question que quelqu’un passe Noël seul sous mon toit, assena résolument cette dernière. Laissez-moi une minute, j’ai un coup de fil à passer.

Comme Gabrielle protestait, Luce se leva, portant déjà son téléphone à son oreille. En quelques enjambées, elle était dehors et, impuissante, la jeune femme l’observa qui remuait ses lèvres et son bras libre. Gabrielle se sentait horriblement gênée. Jamais elle n’aurait voulu s’imposer à qui que ce soit, même si elle appréciait tout particulièrement la compagnie de Luce et qu’elle aurait été ravie de veiller bien des soirs auprès d’elle…

Mortifiée, elle attendit son retour. Il ne fallut pas deux minutes à Luce pour la rejoindre.

-Voilà, c’est arrangé. Vous êtes avec nous ce soir, et c’est non négociable, affirma-t-elle.

-Mais je ne peux pas m’inviter comme ça, Luce, je vous assure, je…

-Maintenant, si vous ne venez pas, vous vexerez ma mère. À mort. Vous ne voudriez pas vexez ma mère, dites ?

Gabrielle se tut. Luce avait gagné et elle le savait. Son sourire victorieux aurait achevé de convaincre Woody Allen d’accomplir les douze travaux d’Hercule les yeux bandés. Même si elle envisageait ce Noël en immersion familiale comme une épreuve, elle décida que sa guide méritait largement qu’elle relevât le défi. Elle se contenta donc de poser des questions sur les D’Alba, histoire de se faire à la généalogie de la belle brune.

Luce la renseigna patiemment et Gabrielle ne put s’empêcher de remarquer que lorsqu’elle parlait de ses parents, l’italienne adoptait un ton particulièrement bienveillant, même si elle n’épargnait pas les anecdotes honteuses et les remarques burlesques sur les uns et les autres. La jeune femme admira le rayonnement qui émanait de son interlocutrice pendant que celle-ci détaillait les défauts et les qualités de ses proches. Elle était véritablement lumineuse.

Quand Luigi apporta les plats, elles y firent honneur et se régalèrent tout en entretenant une conversation à la fois légère et personnelle. Ayant appris que la soirée se déroulerait chez les D’Alba, et non à la résidence Monteverde, Gabrielle insista pour passer au moins chez un fleuriste.

Il était près de quinze heures quand elles sortirent du restaurant. D’un commun accord, elles rentrèrent à la villa. Elles avaient convenu de passer récupérer des affaires et d’aller directement chez les parents de Luce qui les attendaient pour confectionner une partie du repas. « Chez nous, la cuisine est une affaire de famille, surtout le soir de Noël », avait professé l’italienne. Elles se changeraient sur place, le moment venu. Elles pourraient même se doucher là-bas, avait-elle précisé dans un intervalle ambigu.

-Rejoignez-moi à la villa quand vous serez prête, lança Luce en déposant la jeune femme devant la dépendance. Nous prendrons la voiture, ce soir.

Gabrielle la regarda s’éloigner, pensive. Elle était captivée par l’assurance et la prestance de l’italienne. Elle était consciente qu’elle ne savait pas vraiment où elle mettait les pieds, ni même si elle était prête pour se lancer à la conquête d’une femme de son envergure… Sa rupture, trop récente pour être entièrement ignorée, lui laissait un goût amer de déception. Si la jeune femme avait déjà accumulé suffisamment d’expériences désastreuses pour ne pas se laisser anéantir par une nouvelle défaite, elle se surprit à redouter une autre éventualité : et si elle-même devait être une déception pour la radieuse Luce ?

L’estomac noué, Gabrielle referma la porte.

 

Chapitre 2 ici

Photopoésir | Plaisir d'écrire | poésie | y'a que ça de vrai ! | 04.01.2016 - 15 h 20 | 3 COMMENTAIRES
Inauguration et voeux

Ça y est. 2015 s’archive. 2016 s’inaugure. Et pour quelques jours, on a l’impression de voir très clairement se dérouler devant nous les joies et les douleurs passées, l’intensité des instants présents et les promesses d’un avenir d’espoirs et de résolutions. La ligne du temps devient presque matière palpable…

C’est un phénomène qui me surprend chaque année, cette valeur accordée au cycle, ce pouvoir régénérateur de l’an nouveau et ces célébrations interminables du temps qui passe et qui nous mène inéluctablement vers… Les vers ! 😀 😀 😀

Je profite de la période pour joindre mes voeux à ceux déjà exprimés : les peines, les souffrances, les pépins, les malheurs, les déceptions, les horreurs et autres guignes en tous genres ont, inéluctablement, tendance à parasiter notre quotidien. Alors je vous souhaite de vivre en 2016 plus d’amour, de passion, de délires légers, de joies profondes, de tendresses indécentes, de sensualités débridées, d’amitiés renversantes, de bonheurs simples et de rêves concrétisés qu’il n’en faut pour étouffer dans l’oeuf la plus infime négativité qui tenterait de vous atteindre !

Bref, je vous souhaite d’être heureux-se, quoi !

Et comme il était question de « vers », un peu plus haut, et que je ne peux décemment pas vous inviter tous à une Yaggantesque partie de pêche, permettez-moi néanmoins de partager ceux-là avec vous :

 

INAUGURATION

 

Et veille la douceur au visage terrestre

Premier

Vierge de douleur

Pourtant creusé de tous les reliefs, réels et incréés

Et toile au fond l’araignée du devoir

L’Ariane en bannière, affiliée aux lumières de demain

– Un flocon pour patron, l’ouvrière se surpasse –

L’art se mandibule et explose

Et rouille la sève ambitieuse

Son goût métallique sublime la gastronomie génésique de mon monde

Eclosion en suspens au pistil de l’inaccompli

L’art est né à l’imparfait

Indéniablement

 

Autrefois, l’art régnait en mètres, carrés de velours, volutes de soi, (r)accommodant deux filles en aiguilles acérées. Ailleurs, l’art obéissait aux règles de lego – architecture de plastique, esthétique en carton – et dégénérait d’artifice en are qui fâche. Le tribut trop lourd à payer, l’attribut se dispersait au détriment du sujet.

Pastisser n’est pas tisser. Tes doigts le savent, les miens l’apprennent.

De ton développé de soie, les moires charment et désarment ma mémoire, et reforment, affranchis de leurs échardes, mes contours que tes mains ceignent.

Ton sang ne fait pas qu’un tour, il palpite en mes veines dans l’harmonie des goûts et des douleurs, le mariage magmatique de nos horoscopes, la naissance inouïe de ce qui n’avait jamais su être.

S’entendre ne suffit pas. Partager un monde de vrai et de sens ne suffit pas. Il fallait trouver celle dont l’art et la matière d’être Elle se déploie aux airs de ma chair, s’épanouit au plus sauvage de ma nature.

 

Tu es l’art d’être et m’en fais don

L’œuvre s’accomplit

Millénaire

Inédite.

 

à ma belle résolution...

à ma belle résolution…

 

NB : Pour ceux et celles qui auront eu le goût de lire jusqu’au bout, je ferai remarquer que je suis restée très sobre dans mes voeux, cette année. Je n’ai, par exemple, pas prétendu prendre la bonne résolution d’écrire plus vite la suite de mes nouvelles érotiques… qui se font de plus en plus rares, j’en conviens. Pourquoi s’engager à faire quelque chose que l’on ne pourra sans doute pas tenir ? Seuls les politiciens y prennent un certain plaisir ! 😉

Toutefois, ma sobriété s’est opérée au détriment d’un point essentiel à mes yeux.

Je présente tous mes voeux de longévité et de créativité @Yagg et sa Yaggteam, et j’encourage tous les lecteurs, réguliers (ou non) de ce blog, à sauter le pas en 2016 : abonnez-vous à Yagg ! C’est viral, c’est génial… et c’est vital !!!

D-libérations | Itws & anecdotes | Perso | y'a que ça de vrai ! | 23.11.2015 - 13 h 30 | 25 COMMENTAIRES
A l’ombre d’une jeune femme en pleurs *

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Il y a un mois, quasiment jour pour jour, je perdais ma grand-mère. Elle était sans aucun doute, le pilier, le cœur, l’esprit, l’amour inconditionnel de ma vie, l’être fondateur, la mère spirituelle, le rocher dont je ne me séparerai jamais. Il y a un mois, elle mourait, vieille, délirante et seule dans sa maison de retraite. Je n’étais pas si loin, elle n’était pas si seule… mais je n’étais pas là et elle est morte. J’ai toujours su que ce moment arriverait et je savais depuis quelques mois qu’il se rapprochait inexorablement. J’étais convaincue de ne pas survivre à ce jour. Et la meilleure partie de moi a voulu mourir avec elle ce jour-là. J’étais convaincue que la colère m’envahirait, après le déni peut-être… puis cette écrasante et incontournable culpabilité. J’avais peur de ne pas savoir comment pleurer. Mais je n’ai connu que le manque d’elle, acéré par la certitude de son absence définitive. Et cette tristesse déchirante qui vous trempe les yeux, les mouchoirs, les cols et les manches, cette douleur spasmodique, bruyante et lancinante. Mes pleurs, pour la première fois de ma vie, étaient dénués de colère, de peur ou de culpabilité. Ils étaient aussi réels et puissants que mon amour pour elle. Pour la première fois de ma vie, j’ai pleuré vrai. J’ai pleuré d’amour.

Trois semaines plus tard, alors que j’essaie encore de comprendre comment et qui je peux être sans elle et pendant que je mesure la force de son amour et de cette profusion de belles choses qu’elle a su faire naître en moi, des connards lobotomisés décident de semer la terreur et la mort dans une ville qui m’est chère. Comme tout le monde, mes yeux et mes oreilles, incrédules, restent scotchés aux informations qui défilent, létales et nauséabondes. Le temps se suspend. Le tac ne suit plus le tic. Le tac ne peut se faire tant que je ne comprends pas comment concilier dans un même monde autant d’amour et autant de haine. Le tac ne raisonne plus, même si les aiguilles continuent de tourner. Elles tournent en rond dans un monde qui ne tourne pas rond. Quelque part en bruit de fond, les bilans et analyses des reporters. Il fait nuit. L’écran de l’ordinateur zèbre l’obscurité ambiante. Le mur est froid contre mon dos, même à travers le T-shirt. Anesthésiée de stupeur, essayant de me raccrocher à la fraîcheur du mur qui m’assure la réalité paisible de mon foyer, je guette le déni… la colère…

A mes côtés, les draps bruissent et se froissent. Des bras m’enserrent et une tête lourde et humide vient peser sur ma poitrine. Je la caresse, la berce, l’embrasse. Elle pleure. Ma femme pleure et elle pleure vrai. Elle pleure sur le monde, elle pleure ces victimes qu’elle ne connaît pas, elle pleure l’Homme et je l’aime pour ça (aussi). Je sais son amour, le mien, le nôtre et brusquement, c’est comme si j’avais conscience de tous les amours… de tout l’amour qui nous relie tous et toutes.

J’emmerde la colère et la haine. Je les laisse à ceux qui ne savent pas aimer.

Et tac !

Beaucoup ont partagé leurs maux après les attentats du 13 novembre. Chaque post, lettre, poème, image ou témoignage nous pénètre, nous vibre au diapason de notre humanité. On ne sait pas toujours quoi répondre car nos émotions ne savent pas forcément se traduire en mots. Mais on les entend et les partage, y compris sur Yagg. Pour ma part, j’ai été incapable de commenter les textes de @jamesajamaisthor , de @zphyr ou de @judith … Mais je vous ai lus et… merci. 

*référence au titre du volume 2 de La recherche du temps perdu de Marcel Proust : « A l’ombre des jeunes filles en fleurs »

Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 12.11.2015 - 23 h 00 | 15 COMMENTAIRES
Vacances, canicule et Visiobulle (Ep. 2)

Bon… Je sais que le manque de suivi de cette nouvelle est indécent, mais rien de tel qu’une petite convalescence pour retrouver le temps nécessaire à ces… futilités ! 😉  Je vous prie donc d’excuser le délai et j’espère être plus rigoureuse à l’avenir. Je vous invite éventuellement à vous rafraîchir la mémoire…

Précédemment…

Il est étrange de se laisser surprendre par un souvenir. Il me faudrait sans doute des heures de recherche pour comprendre les mécanismes de la mémoire, mais pour l’instant, rien ne compte plus que ces images que mon esprit dépoussière.

Elle s’appelait Erika. Elle était la nouvelle et éphémère petite amie que mon frère avait emmenée au mariage de notre cousin. Elancée et anguleuse, ses traits étaient à la fois froids et attirants. Je n’avais pas tout à fait vingt ans, elle n’en avait guère plus. Nous n’avions pas échangé plus de trois mots de politesse formelle et la soirée s’éternisait platement. Mon frère, qui avait un peu trop bu, accaparait l’attention de tous en invitant chacun et chacune à danser, comme à son habitude. Lassée, je m’étais éloignée faire quelques pas sur la pelouse parfaitement entretenue du Golf qui hébergeait la fête.

Assise au versant d’une dune qui me cachait des lumières du mariage, j’observais la lune gibbeuse et son règne croissant sur les étoiles, sur la musique éculée d’un Barry White de circonstance. Je ne l’avais pas entendue arriver et quand elle me demanda si elle pouvait s’asseoir à côté de moi, je ne pus retenir un petit cri. Elle sourit et s’assit, collant son épaule contre la mienne dans un geste qui se voulait complice.

« Toi aussi, tu t’ennuies ? » fit-elle en plongeant son regard dans le mien. J’acquiesçai en retenant un frisson. Je ne comprenais pas ce contact. Mon bras me semblait brûler et geler en même temps là où sa peau si douce caressait la mienne. Et si sa peau me troublait, ce n’était rien comparé à ses yeux. La lune qui s’y reflétait leur conférait un éclat surnaturel.

Pour une raison qui m’échappait totalement, j’avais l’impression qu’elle me dévorait du regard, promenant celui-ci de mes épaules à ma gorge, de ma bouche à mes yeux, de mes oreilles à mes seins. Sur son chemin, il allumait un désir inexplicable sous ma peau innocente.

Jamais une femme ne m’avait fait cet effet-là. Et dans l’euphorie de cette soirée de fête à laquelle nous nous dérobions, bercées par les choix malencontreux d’un DJ sans talent, muettes et incertaines, nous nous sommes embrassées, enlacées, embrasées. Ses lèvres chaudes ont éveillé en moi un feu effrayant. Un feu que je pensais depuis lors avoir éteint. Un feu que je croyais dépendant d’elle et d’elle seule.

Nous ne nous sommes jamais revues après le mariage. Je n’ai même jamais voulu repenser à ce moment perturbant. Erika s’est vite évanouie, comme la plupart des petites amies de mon frère. Peut-être était-elle aussi surprise que moi de la tournure de la soirée… Toujours est-il que j’avais refoulé jusqu’à son nom, sa peau, son goût.

Pourtant, là, en une fraction de seconde, mon corps entier se rappelle de tout avec une acuité déstabilisante. Il l’appelle de toutes ses forces, il la cherche là, sur ce ponton, dans cette eau bleue et limpide…

Non, ce n’est pas elle que mon corps cherche, mais bel et bien cette étrange créature marine qui émerge là-bas. Elle n’est qu’un point au loin et en observant plus attentivement, je la vois croiser ses bras sous sa tête et faire la planche, comme si elle envisageait de poursuivre sa sieste au large. Effectivement, elle flotte ainsi une bonne dizaine de minutes, pendant lesquelles je m’assoie sur le bord du ponton.

Les jambes ballantes, je l’envie. J’aimerais la rejoindre, me laisser flotter moi aussi et dériver jusqu’à elle, trouver un prétexte pour lui parler… Mais que dire à quelqu’un qui sommeille dans l’eau ? Je souris toute seule, bêtement.

Quand elle s’ébranle à nouveau et se dirige droit sur le ponton d’un crawl parfaitement maîtrisé, je demeure pétrifiée. Que faire ? Partir précipitamment et perdre une occasion de l’observer ? Rester et lorgner sans pudeur ce corps svelte qui réveille en moi toutes ces sensations insensées ? Avant que je n’aie pu prendre la moindre décision, elle bifurque légèrement pour se hisser directement et sans le moindre effort sur la plateforme arrière de son curieux bateau.

Incapable de détourner les yeux, je contemple l’eau, que j’imagine salée, ruisseler le long de son corps gracile. Debout sur la plateforme, elle ébroue sa tignasse blonde de ses doigts fins et ses cheveux, gorgés de soleil et d’une humidité marine résiduelle, s’emmêlent anarchiquement. Dans la plus insolente négligence, elle chasse les gouttelettes d’eau de ses bras et de ses jambes avec ses seules mains, caressant lentement et effrontément chacun de ses membres.

Elle semble rêveuse, son regard absorbé par le large. Quand elle passe distraitement ses paumes sur ses seins pour en faire tomber les perles salées qui s’y accrochent, je sens mon estomac se tordre dans tous les sens, et sans que je ne puisse l’empêcher, mes cuisses se resserrent dans un réflexe suspect.

Sûrement a-t-elle perçu ce mouvement involontaire car, brusquement, la voilà qui se tourne vers moi et plonge son regard aiguisé dans le mien. Je me liquéfie et reste transie. Curieuses sensations simultanées qui me laissent complètement impuissante. Nonchalamment, elle esquisse un geste de salut et un sourire, avant de s’en retourner au banc où reposent ses vêtements.

J’ai l’impression que la lame affutée d’un poignard pénètre très lentement ma chair sous mes côtes. Comme je cherche mon souffle, je sens le tissu de ma chemise, légère pourtant, brûler les extrémités hyper-sensibles de mes seins, tendus et impétueux.

Sans la quitter du regard, je l’observe qui me tourne le dos. Sans se sécher davantage, elle enfile rapidement son bermuda et ses fesses savamment dessinées disparaissent tristement. Mais son T-shirt fin colle immédiatement à sa peau hâlée. Chacun de ses gestes me semble être une ode à la sensualité, sur laquelle mon désir veut vibrer, symphonique.

D’une souplesse fauve, elle enjambe les entraves qui lui permettent d’accéder à la cale et elle disparaît quelques secondes qui me paraissent une éternité. Quand elle remonte enfin, une paire de lunettes de soleil vient ombrer son beau visage, accentuant son sex-appeal. Elle ne marche pas, elle se déplace sur le bateau comme elle flottait au large, légère, aérienne. En un instant, elle monte à la barre, porte un regard à sa montre puis sur terre.

Au début du ponton, les gens se sont agglutinés devant ce que j’ai cru identifier tout à l’heure comme une billetterie. Je remarque alors un homme qui traverse la masse en s’excusant sur son passage, la saluant de la main. Il transporte deux cafés dans des gobelets en plastique.

Je n’aime pas le voir parcourir le ponton, comme s’il venait interrompre mes précieuses minutes de… voyeurisme. Effectivement, d’un bond averti, il monte à bord sans renverser une goutte de café. S’il rejoint la jeune femme pour lui en apporter un, il repart aussitôt et s’engouffre dans la cale. Devant la barre, la belle inconnue sirote le contenu de son gobelet en ouvrant un livre, les pieds en éventail sur le tableau de bord.

Pendant quelques minutes encore, je savoure ce plaisir égoïste de la dévorer du regard, mais quand je la vois lever les yeux de son livre et regarder à nouveau l’entrée du ponton, je constate que la billetterie a ouvert ses portes. Les premiers servis commencent déjà à avancer vers le bateau, curieux et impatients.

Le charme étant définitivement rompu, je me rappelle que je peux moi-même me considérer comme une touriste. Après tout, cela fait bien une éternité ou deux que je n’ai pas fait de bateau…

Subitement, l’excitation d’approcher l’objet de ma fascination me donne le regain d’énergie nécessaire pour la quitter momentanément des yeux. En quelques pas, je rejoins la file conséquente, soucieuse d’arriver trop tard. En effet, le bateau n’est pas bien grand, je doute qu’il puisse contenir la totalité de la foule d’ores et déjà amassée. En m’approchant, je remarque avec soulagement qu’il y a en fait deux guichets bien distincts. L’un, littéralement pris d’assaut, qui permet de se rendre sur l’île Sainte Marguerite, au large de Cannes, l’autre, raisonnablement sollicité, pour le fameux « Visiobulle ».

Mon tour arrive rapidement et je prends ma place à la gentille dame qui m’accueille chaleureusement dans son minuscule local jaune et bleu. Munie de mon billet, je retraverse le ponton, sans oser aller directement à ma destination. A gauche, un gros bateau blanc et bleu, visiblement celui qui conduira le plus gros du troupeau sur l’île, s’est amarré entre temps.

Les gens se bousculent devant la passerelle, mais les marins ne semblent pas pressés de les faire embarquer. Les plus jeunes en profitent pour courir jusqu’au kiosque le plus proche, acheter quelques boissons. Les enfants gigotent, retenus péniblement par leurs parents, écrasés par leurs responsabilités et leurs craintes autant que par le soleil. Les bébés dorment plus ou moins paisiblement dans les poussettes ombragées.

Au bout de la jetée, un labrador a pris ma place. Sa laisse pend à son côté, sans humain à son extrémité. Je le rejoins, m’accroupis près de lui, et comme il tourne son museau vers moi, sortant déjà une langue amie, je le repousse gentiment en lui grattant les oreilles. Désolée, vieux, je ne suis pas une fille facile !

Dans son enthousiasme, il envoie ses pattes en avant pour me sauter dessus. Sans que j’aie le temps de comprendre ce qu’il m’arrive, je me retrouve écrasée au sol, le coccyx douloureux et la joue humide. Dans ma chute, le billet s’est échappé de ma main… et sans prendre garde au chien que son maître rappelle d’un ton sec et mécontent, j’observe le petit bout de papier s’envoler au-dessus de l’eau et se poser à quelques mètres à peine de là, en contrebas.

Pendant une seconde, je me sens comme une enfant de huit ans que l’on vient de priver de dessert sans raison. Interdite, je regarde mon billet s’humidifier. Mes yeux font de même. D’un œil désespéré, je me tourne en direction du Visiobulle. Visiblement, quelqu’un n’a rien perdu de cette humiliante scène. Mi-amusée, mi-soucieuse, je vois mon étrange inconnue enjamber précipitamment les barrières jaunes de son bateau et sauter sur le ponton pour me rejoindre.

« Ça va ? », me demande-t-elle en posant gentiment sa main sur mon épaule. Sa voix est veloutée, son regard, mordant, sa main, électrique. Ses lunettes de soleil retiennent sur sa tête les mèches encore moites d’eau iodée et son bronzage laisse deviner les zébrures du sel que rien n’a épongé. Incapable d’articuler quoi que ce soit, je l’entends s’inquiéter : « Vous vous êtes fait mal ?

– J’ai perdu mon billet », dis-je platement, sans reconnaître ma propre voix.

Comme si nos regards étaient aimantés, je lutte pour détourner les yeux vers le petit bout de papier bleu, foncé maintenant, qui flotte insolemment sur cette mer sans vague. Elle m’imite avant de replonger ses iris fulgurants dans les miens : « Pas de panique, c’est moi le capitaine. Et je vous embarque ! », ajoute-t-elle en souriant.

Elle passe un bras sous mes épaules et m’aide à me relever, me soulevant presque. « Vous pouvez marcher ? Ça va aller ? » s’enquiert-elle. Je le lui confirme d’un hochement de tête, respirant malgré moi les embruns salés et le parfum unique de sa peau, de ses cheveux contre moi.

Je dois contenir ma frustration quand, rassurée, elle relâche son étreinte. Mon corps, pourtant, aura gravé indéfiniment le souvenir euphorisant de ses bras autour de moi, de cette force à la fois sauvage et feutrée, du toucher extatique de sa peau, de cette seconde au ralenti, qui m’aura permis de la sentir aussi pleinement, aussi furtivement.

« Ben alors, Crevette, qu’est-ce que tu nous as pêché-là ? » questionne brusquement une voix d’homme devant nous. Emergeant de la cale, je reconnais le monsieur aux cafés de tout à l’heure. « Crevette » ? Amusée, je regarde en souriant la jeune femme à mes côtés. Charmant crustacé que voilà !

« Sois galant, pour une fois, Vic, et enlève la barrière. La dame monte avec nous. »

Obéissant promptement, le dénommé Vic ôte ce qui fait office de porte au Visiobulle et mon chevalier servant m’aide à franchir l’espace vertigineux entre le ponton et le bateau. Ma main dans la sienne, j’aurais sans doute pu franchir des canyons abyssaux ! Une fois sur le pont, je suis surprise par le doux ressac. De la terre, on ne voyait presque pas l’eau bouger. Il est surprenant de sentir ce mouvement, léger mais indubitable.

Rapidement, je détaille le marin décontracté et souriant qui se tient en face de moi. Lui aussi vêtu d’un bermuda et d’un T-shirt sans fioriture, bien bâti de sa personne, dans la jeune quarantaine, Vic parait tout à fait charmant, bien que sans doute un peu trop conscient de ses qualités physiques. Le menton fort, recouvert d’une barbe dense de trois ou quatre jours, les yeux d’un noir ténébreux, les cheveux tout aussi sombres mais parsemés de fils d’argent sur les tempes, il incarne le beau méditerranéen au teint mat et au langage manuel.

« Mademoiselle », me sourit-il en me tendant la main et en s’inclinant de façon lourdement ampoulée. Voilà bien deux ou trois ans que l’on opte plutôt pour le « madame » à mon égard, mais je lui serre la main, lui rendant un sourire amusé. « Vic, à votre service, ajoute-t-il. Marin au grand cœur, homme à tout faire de la crevette que vous voyez là, et amant torride des plus belles femmes d’ici et d’ailleurs. Et vous êtes… magnifique » !

Sidérée par sa verve, je ne peux cette fois retenir un rire franc, quoi qu’un peu nerveux. Du regard, je viens chercher un soutien crustacé : « Ne vous inquiétez pas, il est inoffensif. Et l’état civil préfère m’appeler Roxane, plutôt que Crevette… ».

Sa main à nouveau tendue, je suis sur un petit nuage. Roxane…

Brusquement consciente de mon impolitesse, je me présente à mon tour. « Lise », répète-t-elle, caressant mon âme de son regard de velours. « Asseyez-vous par là, Lise, poursuit-elle, me désignant une place au pied des marches du poste de pilotage. Je dois vous garder à l’œil : vous perturbez mon marin ! Allez, au boulot, Vic ! » lance-t-elle à son collègue, un sourire ironique aux lèvres.

En quelques minutes, le beau parleur invétéré aide la vingtaine de passagers qui attendait impatiemment pour embarquer. Avant que mon banc ne soit envahi, je choisis la place qui me laisse la plus claire vision de Roxane, déjà à la barre, affairée aux différentes manettes qui bipent incidemment. Comme tout à l’heure sur le ponton, je ne peux m’empêcher de l’observer. Elle a maintenant un air sérieux et concentré. Quand elle se retourne pour vérifier que l’embarquement est terminé et convenir du départ avec Vic, elle me jette un regard souriant et un clin d’œil complice.

Une fois les amarres larguées, Vic la rejoint. Là-haut, il se saisit d’un micro et commence par souhaiter la bienvenue à bord, en français puis en anglais, d’une voix chaude et entraînante. Le regard acéré et imperturbable derrière ses lunettes de soleil, notre capitaine androgyne et diablement belle effectue un demi-tour habile et nous voilà partis !

(à suivre…)

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Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | histoire érotique lesbienne | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 13.07.2015 - 21 h 41 | 19 COMMENTAIRES
Vacances, canicule et Visiobulle (Ep.1)

Bien le bonjour, tout le monde ! Je vous livre ici la nouvelle de l’été, un été bien trop chaud pour être honnête, non ?

« Tu as l’air fatigué, Lison, tu devrais vraiment prendre des vacances », qu’ils disaient. « Pourquoi pas sur la Côte d’Azur ? Tu peux y être en quelques heures à peine et profiter du soleil et des plages ! », qu’ils disaient. « Ma tante m’a légué un petit appartement à Juan les Pins » a ajouté Marc. « Si tu veux, je te laisse les clés. Va te reposer un peu et prendre du bon temps. Tu en as clairement besoin » a-t-il insisté.

Ça sonne toujours bien, le mot « vacances », surtout sur la Côte d’Azur, même si ça fait sans doute un peu prétentieux. L’offre était trop alléchante et il fallait de toute façon que je fasse un break. Le travail n’était pas en cause, bien au contraire. C’était ma planche de salut. Mais à ce rythme, mon corps me lâcherait à coup sûr !

J’ai été faible.

J’ai accepté.

Mais POURQUOI Juan les Pins en plein été ?

Note pour plus tard : ne JAMAIS se risquer sur la Côte d’Azur au mois de juillet.

L’appartement en question est un charmant petit loft qui donne sur une cour intérieure. Il est donc relativement calme par rapport à l’ambiance de la ville surchauffée et dégorgeant de monde. Arrivée de nuit, j’ai pu m’installer tranquillement, et pendant les quelques minutes qui ont précédé mon sommeil, je me suis presque réjouie d’avoir cédé.

Mais ce matin…

Réveillée douloureusement par les coups de klaxon des touristes déjà excédés à 9h du matin, la tête lourde du voyage de la veille, de la fatigue accumulée ces derniers mois, et l’humeur aussi noire que ce que le ciel est bleu, je n’ai même pas trouvé le courage de sortir. Dans les placards de Marc, j’ai quand même trouvé quelques filtres à café et un paquet tout neuf. Tout n’était pas perdu.

 _________________________

Il est plus de 11h quand je me décide à me trainer jusque dans la douche et près de midi quand je sors faire les courses. Dehors, la chaleur est étouffante. Le soleil impitoyable fait rôtir chaque molécule et se délecte particulièrement des peaux encore trop blanches et insuffisamment badigeonnées de crème. Il se répercute de vitres en dallages et vient arrêter l’œil de ses éclats menaçants. L’air est à peine respirable : tout sent le chaud. Les poissonneries qui se targuent de vendre le poisson frais du matin dégagent des odeurs nauséabondes – surtout pour quelqu’un qui émerge à peine – et les snacks, pizzerias et restaurants en tous genres saturent l’atmosphère de relents de fritures, de sucres et d’arômes artificiels.

Ecœurée, je n’achète que le strict nécessaire avant de retourner dans le petit confort du loft pour me préparer un sandwich. Le calme de l’appartement est un réel soulagement. Je constate néanmoins que mon portable clignote. Marc m’a envoyé un message : « Je sais qu’il fait chaud, mais évite de rester cloîtrée. La Pinède est agréable à toute heure du jour et les plages sont un régal en fin de journée. Ne fais pas l’ourse et amuse-toi bien ! PS : Je ne sais pas ce qu’il reste à manger, mais les bières sont au frais ! Fais comme chez toi. »

Marc est un amour. Et il me connaît un peu trop bien visiblement.

Sur le point de digérer mon sandwich, j’envisage très sérieusement le canapé mais d’un coup d’œil culpabilisant à mon téléphone et au portrait souriant de Marc et de son épouse qui trône sur le guéridon de l’entrée, j’opte pour la petite promenade.

A peine ai-je franchi les portes de l’immeuble que la chaleur me prend à la gorge. Non, vraiment, ce genre de vacances n’est pas pour moi. Si je veux suffoquer, il me suffit de rester dans mon marasme quotidien. A contrecœur, j’entreprends de descendre vers la plage pour la longer jusqu’à ladite « Pinède ». Chaque pas me coûte. J’ai presque l’impression que mes semelles collent au trottoir et en quelques secondes à peine, je sens la sueur perler sur chaque centimètre carré de ma peau.

Il est 13h30, le soleil est au zénith. Les rues sont presque calmes comparées à tout à l’heure. Les gens, hébétés de chaleur ont trouvé refuge dans les restaurants. Contrairement à une heure plus tôt, je n’ai pas à jouer des coudes pour avancer jusqu’à la plage. Quand j’y arrive enfin, je suis un peu déçue. Certes, la mer est d’un bleu méditerranéen inégalable, mais la plage, elle, semble inaccessible. Elle est, à perte de vue, obstruée par des constructions sans intérêt qui proposent, à des prix ridiculement élevés, des matelas, des boissons et un choix de plats aux noms alambiqués, sans doute pour justifier leurs coûts exorbitants.

Un glacier me renseigne : pour la plage publique, il faut faire 7 à 800 mètres en prenant à droite. Incapable d’envisager de faire autant de pas par cette chaleur pour tremper un orteil, je reviens à mon idée initiale. « Pour la Pinède, vous faites 200 mètres sur la gauche », m’affirme le marchand de glace, déjà détourné vers une famille de touristes qui, eux, achètent.

Je m’apprête à m’engager aussitôt sur la gauche quand mon regard s’arrête à nouveau sur la mer. Juste devant mes yeux, un ponton s’avance de quelques dizaines de mètres dans l’eau. Malgré moi, je suis fascinée. C’est étrange, cette sensation que provoquent en moi les grands espaces. J’ai déjà vu la mer, des dizaines de fois, et pourtant, je suis comme aimantée par elle. J’éprouve le même sentiment curieux face aux montagnes, à l’océan, aux déserts. L’immensité de la nature, sa puissance et sa profondeur forcent mon respect. Elle m’apaise et me captive. Hypnotisée, j’oublie l’ombre des pins pour m’engager sur le ponton.

L’espace d’une seconde, mon regard est parasité par le tumulte des enfants qui agitent l’eau des plages privées. Je constate, non sans me morfondre intérieurement, que malgré leurs tarifs hallucinants, les plagistes font fureur. Les gens écrasent les matelas encore plus lourdement que ce que le soleil nous assomme. Ceux-là digèrent pendant que d’autres mangent et fument aux terrasses envahies de parasols. Tout cela fondu dans un brouhaha malvenu que fort heureusement, les vagues submergent de leur chant primaire.

Je suis seule sur le ponton. La chaleur y est indescriptible, mais au fur et à mesure que je m’avance, un petit air marin vient la rendre moins insoutenable. Sur le côté droit de ce bras de béton, un curieux bateau est amarré. Un bateau jaune. Sur son flanc, on peut lire en grosses lettres bleues : « VISION SOUS MARINE ». Il ne tangue presque pas. Comme si la mer elle même refusait de prendre le risque de suer en remuant.

Je ne suis qu’à quelques dizaines de mètres de la civilisation, pourtant ici, tout est calme et apaisant. Même l’air me semble plus pur. Pendant une minute, je ferme les yeux. Mentalement, je remercie Marc de m’avoir convaincue. Venir n’était peut-être pas une si mauvaise idée, finalement.

Quand je soulève à nouveau les paupières, le soleil m’éblouit. Les yeux plissés, mon regard se promène sur la surface d’huile que de nombreux bateaux de différentes tailles et de différents styles, ponctuent inopinément. Immanquablement, je reviens sur le bateau jaune. En le détaillant de plus près, je remarque que sur un des bancs qui meublent le pont, quelqu’un semble dormir. Sans doute un membre de l’équipage qui profite de la pause pour faire sa sieste en attendant la prochaine flopée de touristes.

Un scooter des mers attire mon attention. Il s’engage entre les bouées qui mènent jusqu’au ponton puis, arrivé à quelques mètres à peine de l’avancée bétonnée, il fait demi-tour et accélère plein gaz, ruinant ainsi la tranquillité de l’instant. Le bruit m’insupporte et apparemment je ne suis pas la seule.

Sur le bateau à vision sous-marine, le corps allongé s’anime. D’un geste nonchalant, la personne se soulève, passe un bras par-dessus le siège pour aviser le fauteur de trouble, et d’un geste mou, replace les mèches indisciplinées que le vent coiffe à sa guise.

Je ne suis pas très loin, pourtant, je n’arrive pas à distinguer s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. La silhouette est svelte et élancée. A la fois gracieuse et virile. Les muscles bien dessinés des bras et des mollets s’échappent d’un T-shirt gris dont les manches ont été roulées jusqu’aux épaules et d’un bermuda délavé. Le visage ne révèle que quelques traits fins, une coupe courte à l’allure négligée et un regard habitué à scruter les horizons. Il ou elle est d’une beauté… marine.

Saisie, par l’androgynie de cette personne, je ne perds pas une miette de chacun de ses gestes. Un étirement d’abord, suivi d’un bâillement presque bruyant. L’espace d’une seconde, une hésitation, un regard vers le banc : se recoucher ou ne pas se recoucher, telle est la question. Une main vient gratter la nuque et se perdre entre les épaules, sous le coton léger du vêtement, puis en ressort, visiblement plus moite. D’un coup, le corps s’ébranle. Il se lève et d’un geste tout naturel, défait la large ceinture de cuir du bermuda avant de le laisser tomber jusqu’aux pieds. Dans la foulée, le T-shirt disparaît lui aussi, me permettant par la même occasion de constater qu’il s’agit d’une femme. Ses seins, subtils mais indéniables, sont tout aussi bronzés que le reste de son corps. A leur vue, mon propre corps réagit étrangement. Comme s’il était surpris de reconnaître une femme là où il aurait souhaité un homme. Parce que, soyons honnête, cet être est tout ce qu’il y a de plus désirable !

Pendant une fraction de seconde, je mesure mon manque de pudeur. Mon œil curieux scrute chaque courbe de ce corps magnifique. Ses fesses sont recouvertes d’un boxer noir, merveilleusement moulant, qui ajoute encore au charme et au mystère de cette femme surprenante. Dans mon bas-ventre, la marée monte, mais dans ma tête, il n’y a plus rien que cette fascination physique. Mon cerveau est prisonnier de mes yeux. Il ne réfléchit plus.

Quand son regard croise le mien, je ne cherche même pas à me détourner, je suis figée. Une seconde. Une éternité.

Ce n’est qu’au bruit mouillé de son corps pénétrant, dans un plongeon élégant, la surface miroitante de l’eau que, tout à coup… je me souviens.

(à suivre ici)

Le Visiobulle, le seul, l'unique !

Le Visiobulle, le seul, l’unique !

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APPRENDS-MOI… (Ep. 11)

Avec quelques semaines de retard, voilà (enfin !) la suite et fin de cette sporadique nouvelle… Toutes mes excuses pour le délai : je vous avais prévenu(e)s que j’étais rouillée !!!

(previously)

Le voile léger des rideaux invite les lumières citadines de la nuit à pénétrer la chambre qui s’engourdit de nos ébats en veille. Il y a quelques minutes, ou était-ce quelques heures, nos corps secouaient cette soirée fébrile de décembre : de nos mouvements aveugles, prescients, passionnés, nous embuions les vitres nous occultant du reste du monde. Il y a quelques heures ou quelques minutes à peine, nous créions un monde, nouveau, notre.

Je ne sais pas si j’ai succombé aux mots doux du sommeil ou si je n’ai fait que somnoler, béate et comblée. A nos frénésies voluptueuses ont succédé de touchantes confessions. Dans l’intimité encore verte de nos effusions, arrivées à épuisement de nos ressources physiques, les paroles ont pris le relai, dans une bienveillante complicité qui aurait pu sembler séculaire.

Je me suis avouée sans pudeur, blessée mais entière, avide et curieuse de sa fascinante personne. Elle s’est révélée, nouvellement forte et fière, se remettant tristement du moignon cruel de l’abandon. Sa précédente compagne l’ayant quittée sans prévenir alors qu’elles étaient supposées agrandir la famille une troisième fois, elle s’était retrouvée seule, humiliée, acculée par ses responsabilités et ses obligations familiales justement au moment de sa « promotion » professionnelle.

Son émotion, encore bien vive lors de ces aveux, faisait vibrer sa voix et trembler ses lèvres. Je n’ai pu retenir mes étreintes les plus tendres. Mais mon inspectrice, fidèle à son impertinence, en souriait de plus belle. Et Dieu qu’elle était belle ! Son sourire, même triste, surtout triste, vrillait mes chairs thoraciques, mâchait mes os, ratissait ma peau en stridences frissonnées. Alors, nous avons fait l’amour à nouveau, dans la fulgurance de nos faims, nous exposant aux souffles, aux gestes, aux cris, aux regards de l’autre.

Tout ce que je vois à cet instant, ce sont les ombres nocturnes, calmes et irrégulières, qui glissent sur la toile lisse du mur à chaque passage de voiture. L’air est encore saturé de nos odeurs, mêlées, embrassées, qui s’accordent au silence sourd du double vitrage et à l’ambiance encore chaude de nos draps froissés pour embaumer l’air du parfum, clair et apaisé du désir.

Au creux de mon épaule, ouverte et fière, Violette repose. Sa respiration quasi inaudible vient caresser la peau nue et offerte de mon sein. A mon flanc, je sens son cœur battre, lourd et paisible. A moins que ce ne soit le mien ?

Lâchés, ses cheveux s’éparpillent sur moi, sur elle, sur le coton épais que je remonte sur son épaule fraîche. Mes doigts, délicatement, osent dans la confidence de la nuit jouer avec ses boucles brunes. Comme si j’avais besoin de ce contact supplémentaire pour confirmer, pour accepter l’exactitude du moment, sa pertinence, son authenticité surréaliste. Quelque part au fond de moi, une voix grave que j’imagine être celle d’Eluard, me déverse de ses vers purs et tendres, cassants et si crument vrais qu’ils déchirent les entrailles comme ils bercent.

L’amour est ainsi. Cru, beau, tranchant, immense, pur, complexe, exaltant, intempestif. Il y a trois jours, je me confondais en désir déroutant, brutal et irrépressible. Aujourd’hui, à l’instant où ce désir, satisfait pour l’heure, sait se taire pour laisser parler ma conscience, je suis tentée de poser de grands mots sur ces émotions bouleversantes de ces derniers jours.

Où est passé mon cynisme sentimental ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de moi, Violette Paulin ? A votre contact, je redeviens guimauve, princesse en détresse et chevalier servant, « Faible ! Faible ! Faible femme ! » comme dirait Figaro.

Je devrais sans doute m’affoler de cette rechute, je devrais me protéger, réfléchir. Cette femme, merveilleuse, fière, tendre et sensuelle, cette femme si terriblement attirante est mère. La légèreté et l’inconséquence ne sont pas une option.

L’espace d’une seconde, je me projette dans un quotidien hypothétique : Violette, moi, et ces deux petits garçons aux visages radieux que je n’ai pas manqué d’observer sur bon nombre de photos un peu partout dans l’appartement. Si je ne m’étais jamais posé de question sur une éventuelle vie de famille, je suis impressionnée de voir à quel point mon imagination est brusquement fertile, cette nuit.

Sans quasiment rien savoir d’eux, et sans en éprouver le moindre vertige, je les vois déjà évoluer autour de nous. J’imagine leurs habitudes, j’anticipe leurs questions, leurs réactions, j’espère une complicité que je modère déjà, redoutant le statut de « belle-mère », avant de conclure sur une certitude : il n’y a rien que je ne sois prête à assumer pour une vie avec Violette.

Une étreinte ensommeillée de celle-ci me ramène sur Terre. Je ne peux réprimer un sourire : il n’y a sans doute rien de plus « lesbien » que de s’imaginer vivre avec quelqu’une après une seule et unique nuit passée ensemble !

L’insomnie prophétique n’est plus de rigueur et je m’endors enfin, bercée par la certitude simple et bienheureuse de me réveiller à ses côtés demain.

Je ne saurai dire qui du soleil ou du bruit léger du verre qui s’entrechoque m’aura tiré de mon sommeil. Avant même d’ouvrir les paupières, je lance mon bras en quête du corps chaud de mon amante, la tête encore toute engourdie de notre nuit tendre et passionnée. Ma main cherche en vain, sous et sur les draps. Déçue, j’ouvre péniblement les yeux pour constater tristement que je suis seule, bien trop seule dans ce grand lit !

Le grognement de mécontentement qui m’échappe est stoppé net par le son léger des pas de Violette sur le parquet. Du bout du pied, elle ouvre la porte et s’avance dans la chambre, les bras chargés d’un merveilleux plateau petit-déjeuner. Voyant ma tête émerger de la couette, elle me lance en souriant : « Déjà réveillée, petite marmotte ?

– Groumpf…

– J’espère que je n’ai pas fait trop de bruit, me dit-elle en déposant délicatement le plateau sur le chevet, de mon côté du lit. C’était trop dur de rester couchée à côté de toi et de te laisser dormir… J’ai bien failli te sauter dessus de bon matin », me confie-t-elle en riant.

Son rire et son petit air mutin me chavirent et comme elle vient s’asseoir auprès de moi, j’attire son corps contre le mien. Conciliante, elle s’allonge tout contre moi et m’enlace. L’odeur du café et du pain grillé titille mes narines, mais qu’importe à mes mains qui déjà s’aventurent sous le voile diaphane de son peignoir ? Qu’importe à ma peau qui brûle à nouveau de la sienne, retrouvée ? Qu’importe à ces milliers de lames, aiguisées de désir, nourries de ses moires, qui encore une fois pénètrent mes chairs offertes, mon âme assujettie, mon cœur tonitruant ?

Le café et le pain seront froids.

Sans trembler, ma main impudique vient tirer sur le cordon qui maintient les pans de son peignoir et, d’un geste lent et si terriblement maîtrisé, elle laisse glisser le fin tissu sur sa peau soyeuse. Le spectacle est d’une sensualité affolante. Ses épaules d’abord, puis ses seins et enfin la plaine suave de son ventre se révèlent à moi dans la lumière étrangement chaude d’un matin de décembre.

« Hum… Bonjour », dis-je à cette sublime vision qui me surplombe à califourchon. Comme mu par mon seul désir, mon corps se soulève jusqu’à ce que mes lèvres effleurent la peau constellée de sa poitrine. « Bonjour », répète doucement ma bouche à son sein gauche, avant d’y déposer un baiser. « Bonjour », s’empresse-t-elle d’ajouter à l’aréole de son sein droit. Et un nouveau baiser vient rééquilibrer les civilités. Enfin, mes lèvres se hissent vers les siennes dans un dernier élan de politesse. Elles laissent s’échapper un ultime « Bonjour », à peine murmuré cette fois, avant que nos langues n’entreprennent de se présenter leurs respects.

Dans les yeux de Violette, le désir se fait incandescent. Il en serait presque douloureux. Mes mains la parcourent, tantôt subtiles, tantôt fermes. Elles caressent, elles affleurent, elle pétrissent et ondulent son corps sur toutes les gammes du plaisir.

Je n’aurai sans doute pas la prétention de croire que je peux anticiper l’avenir sur l’échelle d’une éternité, les « toujours » et les « jamais » ne sont pas des mots à la portée des mortels. Mais ce que la vie me réserve pour les prochaines heures… J’aime.

Fin

http://fineartamerica.com/featured/lesbian-sketches-1-gordon-punt.html

Lesbian sketch, by Gordon Punt

100% manuel ! | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | texte récit | y'a que ça de vrai ! | 29.01.2015 - 20 h 29 | 33 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 10)

@Dwarfy mérite bien un peu de repos mais reprendra la plume très prochainement, ici et/ou sur son blog, alors en attendant, je vous livre la suite de cette nouvelle. Merci de votre lecture fidèle ! 

(previously)

J’ai parfois l’impression d’avoir passé ma vie en quête d’esthétique, aussi bien dans mes lectures, mes recherches, mes ambitions poétiques que dans mon quotidien de femme sensible à la beauté sous toutes ses formes. Mais nulle forme ne m’a autant émue que celles que je caresse du bout des doigts. Avides, mes regards absorbent chacune de ces courbes délicates.

Violette frissonne. Pourtant, elle ne remontera pas le drap. Nous avons chacune besoin de cette minute de contemplation de l’autre, cette minute pour une éternité de souvenirs, de plaisirs condensés en un sens. Mes yeux sont ma peau, ma langue, mes oreilles. Ils apprennent d’un sourire, d’un souffle, d’un parfum. Je veux tout savoir d’elle, je veux prendre le temps de la découvrir. Si nous nous taisons, c’est dans le recueillement de nos cris à venir. Dans son regard, je devine le désir, encore.

Il n’y aura pas d’essoufflement ce soir.

C’est elle qui rompt l’immobilité consentie. De son bras chaud, elle vient enserrer ma taille, imposant par ce geste une indéfinissable sensation de quiétude et, simultanément, une excitation fiévreuse. D’un mouvement leste de son bassin, la voilà qui me recouvre de tout son corps, sa bouche narguant délicieusement mes lèvres. Espiègle, elle les pince délicatement de ses lèvres si douces. Je m’abandonne à son jeu, guettant docilement le meilleur moment pour rentrer dans la partie. Quand sa bouche s’applique à dessiner les reliefs de mon cou en remontant, dangereuse, jusque sur la mienne, je m’efforce de résister à l’envie de l’embrasser. Chastement, je viens poser mes mains sur ses hanches irrésistibles. Mes caresses adoptent le rythme de ses lèvres.

Je ferme les yeux, soumise à l’émotion enivrante de son corps sur le mien. Nos peaux, comme nos chairs, se reconnaissent et s’apprivoisent. L’entente est feutrée, si tendre… Partout, son contact nourrit et éveille. Prisonnière de ses charmes, je me livre et goûte à de ces libertés qui n’ont d’autre espace-temps que la rencontre de nos peaux. Tout se joue dans l’absence de vide entre nous. Rien ne m’emplit autant que notre promiscuité.

Quand ses lèvres se posent à nouveau sur les miennes, s’entrouvrant cette fois pour laisser sa langue se frayer un passage, je ne résiste plus. Notre baiser se fait aussi intense, aussi nu et passionné que nous-même. Mes bras l’étreignent sans modération. Je bois à sa bouche tous les mots que nous taisons encore, affamées de mouvements, d’actes, de vrai. Les mots viendront plus tard. Ils ne nuanceront pas, ils ne décevront rien. La conversation de nos corps ne se tarira qu’à l’heure bienheureuse de l’épuisement. Au fond de moi, un sourire satisfait : je ne rentrerai pas ce soir.

Sans la moindre innocence, Violette fait glisser sa jambe entre mes cuisses. Il n’en faut pas plus à mon sexe pour se mettre à bourdonner. Si habituellement le désir est une pulsion dévorante, qui a tendance à faire passer tout le reste au second plan, avec elle, il devient violent, annihilant réalité et conventions. Sous son corps, je ne suis plus qu’instinct primaire et animal, charnel et voluptueux.

D’une langueur quasi cruelle, elle se met à remuer sur moi et mon corps entier épouse le mouvement de ses vagues. Je sens son sexe s’ouvrir sur la peau tendue de ma cuisse et je sais que le mien a déjà inondé sa jambe de mon plaisir. Au moment où ses coudes se plantent autour de mes bras pour qu’elle puisse plonger son regard dans le mien, mes mains agrippent les rondeurs aguicheuses de ses fesses. Le rythme s’intensifie alors : nos respirations jumelles accusent les à-coups du désir et les pointes tendues de ses seins frôlent outrageusement ma poitrine brûlante. Son regard se brouille, égaré sur l’écran de son plaisir. Je l’observe, impudique. Je pense bien n’avoir jamais rien vécu de plus grisant. De mes mains, j’appuie encore le mouvement de son bassin, accélérant à peine mais creusant encore plus ce frottement délicieux, arrachant un gémissement affolant à mon inspectrice incandescente.

Ses tétons provocateurs s’accrochent aux miens, la peau souple de nos ventres se fait moite et glisse presque bruyamment, étouffée par nos halètements. Je pourrais jouir comme ça, je le sens. Mais pour l’instant, je suis totalement fascinée par les expressions de son visage. La regarder faire monter le désir en elle, en nous, par ce simple balancement des corps, voir ses traits s’abandonner à cette quête de plaisir à la fois si égoïste et partagé, c’est terriblement excitant. Je veux la voir jouir sur moi, je veux sentir son sexe couler sur le mien.

Pendant une seconde, j’interromps le rythme de nos hanches. Surprise, elle m’interroge du regard pendant que je m’efforce de glisser mon autre jambe entre les siennes. Je lui souris, elle comprend et se positionne sans ménagement à califourchon sur moi. Les lèvres humides de son sexe viennent s’écraser sur le relief prononcé de mon pubis et déjà, elle reprend sa danse ensorcelante. Ses bras se tendent, son dos se cambre et ses seins s’agitent juste sous mon nez. Impossible de résister. Mes lèvres se posent d’abord presque chastement sur son grain de beauté. Du bout de ma langue, j’en lèche les contours avant de refermer ma bouche sur la pointe ferme de son téton. Les mouvements de nos corps m’incitent à alterner d’un sein à l’autre, sans précipitation, alors que mes mains s’impriment de plus en plus fort dans la chair ferme et douce de ses fesses.

Ivre du plaisir de sentir la convexité de mon sexe s’insinuer dans la tendresse de ses chairs, ses gémissements me font perdre la tête.  Son propre plaisir coule maintenant en abondance et le frottement fluide de nos sexes l’entraîne toujours plus haut, vers une jouissance imminente. Je veux savourer cet instant. Graver chaque son, chaque sensation, chacune de ses expressions dans ma mémoire, mais surtout : je veux qu’elle explose sur moi. Frénétique, mon bassin se soulève à la rencontre de son sexe, tandis que ma bouche se fixe sur un téton qu’elle suce et mordille délicatement. Violette crie presque… Oui, elle crie ! C’est alors que son corps se tend complètement, le dos arqué, les yeux grands ouverts… et son cri devient râle et hoquets pendant que nos corps décélèrent mais s’aiment toujours.

Entre mes jambes, le bourdonnement s’est fait tremblement de terre, volcan. Son orgasme aura presque suffit à déclencher le mien ! Je suis quasiment aussi secouée qu’elle quand, enfin, son corps se relâche et vient s’étendre mollement sur le mien. Avec toute la délicatesse du monde, je passe ma main dans ses cheveux, dégageant son visage. Dieu qu’elle est belle ! Les joues rougies par l’effort, le souffle court, un franc sourire de satisfaction sur les lèvres, c’est… oui, c’est cette image que je veux garder d’elle, toujours ! Le menton posé entre mes seins, elle me renvoie la tendresse de mes regards conquis.

« Maëlle, me chuchote-t-elle, très sérieuse tout à coup.

– Oui ?

– J’ai envie de toi. »

Non, ce n’est pas l’heure des mots. Pourtant, ceux-là… D’ACCORD !

(la suite ici)

 

 

 

Photo par Harry Kerr (et je renvoie à cette sélection qui m’a bien plu et que je partage avec vous !)

à la femme de ma vie | l'amour comme on ne l'a jamais lu mais comme on le vit tous les jours | Photopoésir | poésie | 25.01.2015 - 16 h 47 | 19 COMMENTAIRES
Je rentre chez toi

Quelques mots d’introduction sont nécessaires ici. Pour celles et ceux qui attendent l’épisode 10 de la nouvelle en cours, ne vous inquiétez pas, il est prévu,  je m’y remets dès cette semaine. Vous l’aurez sans doute pour le week-end prochain. 😉 😀

En ce qui concerne la publication du jour… Je sais que j’ai déjà proposé des choses assez personnelles sur ce blog, des réflexions, des anecdotes, des poèmes… Ici, il s’agit aussi d’un poème. Mais j’avoue ne jamais avoir rien écrit ni partagé de plus sincère, nu, et intime que ces lignes-là. Ces mots étaient nécessaires aujourd’hui, ils sont enfin posés. Ils n’atténuent en rien la violence des sentiments qui les ont fait naître et pourtant, ils libèrent en partie ce souffle que je cherche, qui me manque depuis des semaines. Peut-être comprendrez-vous. Peut-être trouveront-ils un écho chez vous aussi. Comme il s’agit de poésie, je n’ai ni scrupule ni fausse pudeur à partager cela avec vous.

Je vous souhaite une bonne et belle fin de week-end, et tout pareil pour la semaine à venir !

Je rentre chez toi

Je rentre chez toi et, avant même que la porte ne s’ouvre, je sais que je vais être transportée. Un pas dans tes odeurs et c’est l’Italie de mon enfance que j’embrasse dans la chaleur familière de ta procuration. Bergère de mes papilles, Marianne de ma mémoire, tu révolutionnes les chemins de la félicité, casserole au poing. Le monde se tait : il entend que je suis chez moi.

Je rentre chez toi comme on s’explore, comme on apprend à s’aimer. Ce qu’il y a de bon et beau en moi, c’est ton héritage, ton visage, ma lumière. A la porte qui grince à peine, tu souris. Tu m’as pressentie plus qu’une mère ne l’aurait pu. Les béances de ton sourire, de tes bras, de ton cœur, me comblent autant que je les rassasie. Le monde n’existe pas : mon monde, c’est toi.

Je rentre chez toi pour respirer. Toi seule sais les secrets de l’air. Il est plus libre et pur au sein de ton foyer que sous n’importe quelle latitude. L’espace n’est que vide si tu ne l’habites pas. L’immensité se cache aux replis de ta robe, Dame Nature ne sublime que par tes conseils : tu es la voix, l’origine, le don. Le monde ne mesure pas sa chance : il te porte, ignorant que tu l’élèves.

Je rentre chez toi comme je suis née, innocente, vulnérable. Mon refuge m’attend au creux de tes caresses. Les nœuds de tes doigts, leur tendre rudesse, l’atmosphère douce et forte de tes paumes sur mes joues, dans mes cheveux, m’immergent dans cette transe que tes chants d’ailleurs et de jadis vibrent sourdement. Le monde ne tourne pas : il danse à ton rythme.

Je rentre chez toi et, sans question ni condition, sans révérence ni préliminaire, je jouis de la générosité de mon existence. Tu es celle qui rassemble, qui nourrit, qui enseigne. Je te suis, te dois et te reviens. De toi à moi, il n’y a pas d’écho mais une continuité : horizontale dans nos poèmes, verticale par le sang, parabolique. Le monde n’a pas de limite : tu es infinie.

Je rentre chez moi.

Je viens de te rendre visite et j’en suis morte. Ils disent que ta santé va mieux, qu’ils peuvent stabiliser ton diabète, calmer tes douleurs. Ils ne voient pas. Ils ne savent rien. Ils ne te connaîtront jamais. Pour eux, tu es ce corps malade, analphabète et décharné, aux prises avec la sénilité muette d’un Chronos en bout de course. Ils ignorent tes démons, tes pleurs, tes cris. Ils anesthésient, camouflent, entretiennent. A aucun moment ils ne mesureront la valeur de ton âme.

Je rentre chez moi.

Je n’arrive plus à regarder le vide dans tes yeux, le vide puis cette folie braillarde qui s’empare de toi et imprègne le monde autour. La bave aux lèvres, les doigts noués autour de cette corde invisible qui t’entraîne dans l’au-delà, tu implores. Tes seuls éclairs de lucidité hurlent un hymne à la mort que je ne peux entendre. Tu es déjà partie. Le monde est perdu, son balancier s’est brisé, l’équilibre est rompu. Le monde est orphelin. Je pleure.

Je rentre chez moi.

Tu es là. Toujours.

à ma grand-mère

100% manuel ! | corps de femme | Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | poésie | y'a que ça de vrai ! | 21.01.2015 - 13 h 31 | 16 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 9)

Puisqu’elle était lancée, voilà enfin LA scène que tout le monde attendait, livrée par @dwarfy en personne ! Je vous laisse profiter de la poésie de l’instant et vous souhaite une bonne lecture !

– Votre humble Pucedepoesir –

(previously)

C’est un vertige qui nous étreint : celui de l’intimité offerte, enfin. 

Dans le creux d’une vague, lorsque nos bouches impétueuses se ferment au ressac des langues complices, je respire à sa source le souffle qu’elle expire, alizé grisant et capiteux… je manque de défaillir et il me semble que l’azur azur se déverse et inonde chaque recoin de mon espace crânien… aussi, chaque neurone s’enivre, explose et se soumet à cette prise de possession aérienne.

Je suis obligée de me retirer, de poser doucement mon front contre le sien… ma poitrine s’est évasée et palpite. Tandis que je me remets un instant de ce fougueux dialogue, Violette s’empresse de voguer sur mon visage : ses lèvres brûlantes déposent de tendres baisers… joue… œil… tempe… front… pommette… œil … joue… mais elle ne résiste pas et, presque imperceptiblement, vient me trouver dans l’obscurité des yeux fermés, en survolant mes lèvres entrouvertes.

C’est un voile d’une extrême légèreté qui vient me recouvrir toute entière. Je capitule et ne sais plus qui je suis, où je suis, où mon corps s’arrête et où le sien commence… Nous avons disparu, évaporées, loin derrière les sensations qui nous assiègent. J’entrouvre les yeux et lui souris. Elle me répond par un sourire franc et paisible. Et pour ne faire plus qu’une, nous nous étreignons fort. Nos têtes reposent sur l’épaule de l’autre. Ses cheveux chatouillent le bord de mon visage émotif. Instinctivement, nos corps se sont mêlés et je sens mon bassin, mes cuisses, mes genoux chercher son contact.

Pourtant, je m’éloigne lentement, la regarde… L’envie irrépressible de sentir sa peau, de la goûter m’arrache à cette trêve béate. Je décide alors de me lancer à la conquête de son corps en alerte, prêt à accueillir mes explorations. C’est sa mèche que je commence par repousser du revers de la main. Mes doigts s’infiltrent dans ses cheveux soyeux et sillonnent cet univers éthéré. Sa nuque se raidit sous mes caresses et je trébuche sur ses clavicules avant de m’aventurer sur sa poitrine. Elle porte un décolleté prononcé qui m’impose et m’oppose néanmoins la frontière de sa pudeur.

Je voyage alors dans cet univers galbé et sous les encouragements de ses soupirs, j’empiète sur cette terre satinée et sacrée en passant le bout des doigts sous le tissu résistant. Prise de convulsions, elle me serre contre elle. Nos bouches se retrouvent et entament une nouvelle fois leur débat complice. Ses mains m’enserrent le visage et soudain, elle me tend son cou et gémit. Mes lèvres vagabondent et se laissent attirer par le trésor qui orne sa poitrine, ce fameux grain de beauté qui avait déjà attiré mon attention.

Je ne peux plus supporter le tissu auquel mes lèvres font face. Comme dans une valse ordonnée, elle retire rapidement cet obstacle et, en renversant sa tête en arrière, s’abandonne à mes pressions tépides et charnues. Je m’égare inconsciemment sur ce continent de douceur, enfin découvert.

Revenue à elle, elle tire sur ma chemise et son œil malicieux me prévient d’une incursion imminente. Un à un, elle déboutonne les verrous qui renferment mon cœur affolé. Comme pour dissiper un brouillard dense, elle balaie de ses deux mains le coton rayé. Elle pose son empreinte sur mes seins. Un silence immobile tournoie autour de nous. Un de ces silences qui avertit de l’orage à venir.

La chemise glisse le long de mes épaules qu’elle effleure et presse. Tout à coup, elle me prend par la main et m’entraîne dans le couloir sombre où elle demeurait il y a encore quelques instants ou bien il y a une éternité. Déboussolée, je la retiens et la plaque contre la surface froide de ce tunnel ténébreux : « Attends… ». Pas le temps d’hésiter, elle me repousse et me pivote… Aaah ! Un froid terrible et pénétrant s’empare de mon dos. « Attendre quoi ? me rétorque-t-elle, je te veux. »

Ce souffle dans le creux de mon oreille me fait chanceler. Elle le sent et maintient fermement nos mains enlacées. Commence alors une tempête impétueuse, une collision houleuse… et je ne peux qu’abandonner ce flottement prohibé. Définitivement, je renonce à toute forme d’entendement. Elle ondule son buste dénudé sur le mien et convertit ma rigidité à sa souplesse. Dans une osmose sans concession, elle me conduit dans sa chambre, éclairée par une lampe à sel. L’atmosphère embrasée de la pièce projette ce que nos sens transpirent.

Lorsque nous heurtons le bord du lit, nous nous renversons d’un commun accord. Notre tornade file sur l’océan safran des draps et mon corps, métamorphosé en chaloupe, recueille sa gravité. Nos jambes s’entrecroisent et souffrent l’épaisseur du jean. Au loin, nos baisers tumultueux troublent la sérénité du lieu : nous voguons sur les flots blanchissants… sur les vagues déchaînées du désir.

Dans la tourmente de nos caresses, je sens une chaleur terrible se propager entre nos cuisses volubiles. Violette, transie, m’agrippe et se jette en arrière. Je la dévore de baisers en bravant des rafales plaintives. Ivre, ma main s’achemine au gré des vents ardents vers sa ceinture. Débouclée. Mes doigts s’attachent alors à apprivoiser les serrures de sa toile marine, qui abdiquent en un instant. J’ose rompre cette fusion thermique, me relève et libère ses jambes magnifiques de l’écorce rugueuse qui les recouvrait. Je répète la manœuvre et me dévoile devant ses regards lumineux.

Nous voilà presque nues, telles des offrandes réciproques et la douceur de sa peau m’emporte dans un monde séraphique. Mélodie extatique de deux épidermes qui s’entretiennent et se passionnent.

Une accalmie s’empare de nous, débarrassées des carcans et légères comme des cirrus voilés. Contrairement aux ennuis maritimes, nos corps flottent et tanguent sur les ondes chatoyantes. Je me suis allongée près d’elle, versée sur son visage, la tête accoudée. D’un mouvement de bassin, elle se colle contre moi et nous ne formons plus qu’un détroit aux roches mouvantes.

Nous partons en exploration de ces territoires vierges. Les falaises escarpées de nos épaules roulent et s’enroulent. Je veux apprivoiser chaque centimètre de sa peau qui se crêpe et se fronce et bourgeonne sous mes doigts prévenants. Brûlants. Elle s’amuse à tracer des lignes et des arabesques sur ma poitrine et finit par dégager lentement la bretelle brodée qui menotte l’accès à mes seins.

Cette libération m’émeut et je veux aussi délivrer son épaule de ce joug et de tous les autres jougs qui me séparent de sa peau enivrante. D’un claquement de doigts l’accroche s’incline cataclysmique : ses chairs respirent et se détendent. Ma main s’entête et, sans que je ne puisse encore baisser mes regards courtois et discrets, ôte la matière superflue. C’en est trop ! J’explose à la vue de ces boutons roses qui fleurissent sous mes yeux. Il me semble qu’un arôme argenté brille dans le fond de mes narines… Je cède à mes pulsions et me loge au creux de ces monts merveilleux.

Une frénésie incontrôlable m’emporte et s’alimente lorsque Violette laisse échapper quelques sons indistincts au milieu des expirations de plus en plus prononcées. Elle passe ses mains entre mes cheveux et insensiblement me guide sur son plexus, puis sur son ventre que je découvre comme l’on découvre un continent inconnu. Bien sûr qu’elle veut que je poursuive cette descente infernale dans les braises de son désir palpable… mais il est trop tôt.

Je ne m’autorise pas encore le chemin qui mène à ses ruisselantes richesses. Je veux inspecter et prospecter l’étendue de son dos longuement capturé par mes doigts dilatés… Alors qu’elle croit enfin obtenir satisfaction, je la chavire, l’accoste et la domine… Ô merveille hâlée ! Ses omoplates tigrées resplendissent et sa taille subtilement marquée appelle mes baisers.

Je ne peux m’empêcher de griffer amoureusement son dos jusqu’à ses fesses tendres et rebondies. Très rapidement, j’ôte le peu de dentelles qui maquille ma poitrine et fond sur ma proie aux aguets. Je m’arrête à quelques millimètres de sa peau et l’effleure du bout des seins, durcis par l’excitation. Elle pousse un gémissement et serre mes mains enfin prisonnières des siennes. Je sens son bassin bouillonner sous mes cuisses… déflagration instantanée.

Comme répondant à l’appel, mon bassin, tel un balancier, s’ébranle et oscille. Mon sexe gorgé se laisse bercer sous les notes mélodiques de nos corps symbiotiques. Perte de connaissance… hypnose… la pièce tourbillonne autour de nous tandis que monte en moi un chant symphonique. Essoufflée, je me laisse glisser sur le lit.

C’est alors que Violette se dresse et m’habille de baisers mêlés de morsures. Corps vaporeux… poitrines frémissantes… extrémités inquisitrices… tout en ondulant, elle se faufile entre mes courbes et s’engage près du foyer fiévreux et rutilant. Mes membres contractés ne peuvent plus se retenir de rebondir sur les salves du plaisir. C’est à mon tour de tenir du bout des doigts la tête de Violette qui charme l’intérieur de mes cuisses échauffées.

Lorsqu’elle approche son visage, je sens, à travers le tissu tendu, son souffle chaud et humide. Ses lèvres se posent sur mon pubis accueillant, pincent délicatement ma peau encore défendue et s’amusent avec les frontières qui lui sont soumises. Tout à coup, un air frais me saisit : elle a soulevé et repoussé le treillage fin et contemple mon intimité émue. Lorsque nos lèvres se rencontrent pour la première fois, j’ai l’impression qu’elle susurre une formule enchanteresse et que tout mon être s’abandonne à ses ensorcellements.

Je suis otage de ces succions, otage de sa langue impétueuse et infiniment tendre, otage de sa langue qui extravague méthodique dans le chaos de mes sensations. Imperturbable, elle poursuit son œuvre tandis que j’implose, le souffle saccadé, la tête ballottée par les spasmes d’une poitrine sur le point de se déchirer. Mes orteils tyrannisés par des crampes sourdes tentent de résister à toutes les braises nerveuses qui se dispersent dans mon corps et me consument.

Soudain… éclat… débordement… convulsion… commotion… et cette larme qui coule le long de ma joue enluminée. Après ce séisme luminescent, un à un mes muscles s’apaisent et s’oxygènent tandis que Violette me retrouve et me recouvre de tout son être aux abois.

Loin de me perdre de vue dans ces nuées orgiaques, elle ne me laisse pas une seconde de répit et m’embrasse fougueusement… « J’ai aimé ton sexe… J’ai aimé tes cris et tes mots… J’ai aimé tes tremblements… Maëlle… » Sa voix me rappelle à la vie et encore engourdie, je la prends dans mes bras et la serre autant que je le peux, vidée de toute force. Nous restons un moment immobiles, comme si nous avions trouvé dans l’imbrication savante de nos corps satisfaits, l’empreinte que nous voulions laisser de nous au monde. Mais rapidement, je sens ma cuisse devenir le réceptacle sacré de son désir liquoreux. Je succombe alors à cette impérieuse invitation.

Après de doux effleurements le long de ses bras, de sa taille, de son ventre… mes doigts flirtent avec la naissance de ses seins, mes paumes tentent d’apposer leur empire sur ses pommes caramélisées… mais ma bouche ne résiste pas à l’envie de captiver l’île sauvage qui se dresse, inconstante, sous les vents du midi. Ivresse marine… et le courant m’emporte sur l’océan de ces chairs délicieuses.

Voyage insouciant vers cette faille cryptée où se distille un Opium savamment concocté… Impatiemment, j’arrache ses poèmes arachnéens et affronte le pistil qui perle. Cupide, elle tord les draps qui craquent… Non… elle ne me sent pas encore mais me devine face à la clé de voûte, déterminée et contemplative.

« Maëlle… », supplie-t-elle. Conquise, je finis par me soumettre. Je respire ses pétales gonflés et converse dans une langue lunaire avec ses palpitations embaumées. Son bijou devient le centre créatif d’une orfèvre inspirée… et dans un envoutement savoureux, je me perds dans les labyrinthes de son plaisir… Elle gémit, animale. Et ses cuisses indociles se contractent, ses fesses fébriles tremblent… à peine ai-je abordé l’antre inondé, qu’elle explose en Echinopsis Mirabilis*.

Le ciel nocturne s’est fendu sous son cri volcanique, Violette.

*Echinopsis Mirabilis

*Echinopsis Mirabilis

(la suite ici)

Photo de couverture : Man Ray.

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 16.01.2015 - 08 h 20 | 21 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 8)

Ami.e.s Yaggeuses et Yaggeurs, je vous prie d’excuser le délai de publication sur cette nouvelle. J’avoue que les événements récents y sont pour beaucoup. Difficile d’érotiser en ce moment, mais comme il faut continuer à rire de tout, il faut continuer à aimer et désirer ! 

J’ai promis aux plus impatient.e.s d’entre vous une petite surprise sur cet épisode… Et la surprise la voici : depuis quelques temps, Yagg compte une nouvelle plume parmi ses membres. Pour les curieux-ses, vous aurez relevé la création d’un nouveau blog poétique, mais @dwarfy (Jiji pour les intimes) ne s’arrêtera pas là et prochainement, elle devrait à son tour nous régaler de récits érotiques (probablement dans un nouveau blog… 😉 ). Afin de rentrer en contact avec vous et … parce que je traînais trop à vous écrire la suite, c’est donc elle qui reprend le fil de l’histoire, aujourd’hui. Si je publie ce texte, vous vous en doutez, c’est parce qu’il le vaut bien ! Et vous l’apprécierez, je l’espère, autant que moi. Amies lectrices-lecteurs, le meilleur est à venir !!! 

(previously)

Ce que j’entends en revanche, c’est une petite voix enfantine crier « Maman » derrière nous…

Surprise, je me fige un instant… puis de nouveau la voix s’élance du fond du couloir « Maman… Maman… ».

Je commence à comprendre et détecte dans le regard de Violette un certain embarras. « Excuse-moi, c’est… euh… le téléphone… ce sont les enfants qui m’appellent… Il faut que je réponde, c’est le rituel du soir, ils me racontent leur journée… » Tout en se justifiant, elle lâche ma hanche, s’extirpe de mes bras encore pétrifiés et disparaît d’un pas agile dans l’obscurité.

Je demeure interdite une ou deux secondes et reprend du poil de la bête. Je ne vais pas rester plantée là, dans l’entrée, en l’attendant… Je me décide alors à pénétrer dans l’antre intime de cette chère Violette. Le moins qu’on puisse dire, c’est que j’étais loin, très loin d’imaginer que j’explorerais un jour l’appartement de mon inspectrice… Le salon, sobrement meublé, met en valeur des objets colorés et hétéroclites, sûrement récoltés au gré de nombreux voyages dans le monde entier… Ici une tenture orientale dans les tons ocre et orange, là des bibelots africains ou encore cette poterie aux couleurs mexicaines… Au plafond, une lampe marocaine infuse la pièce d’une lumière marbrée et régulièrement teintée : bleu, rouge, vert se succèdent sur les murs habillés.

Je flâne dans le salon et trouve un magazine photo que je feuillette distraitement… Sa voix chaude et profonde me parvient et suffit à chambouler toutes mes perceptions… Le temps me paraît excessivement long ! Comment vais-je survivre à cette attente ? Tout mon corps me lance des signaux électriques. Mon cœur serré semble s’être lancé dans une folle course de formule 1, propulsant mon sang à mille à l’heure. Comme à chaque fois que je vis des émotions fortes, mes chairs s’amollissent et mes membres faiblissent. Je me sens fléchir… ce n’est pas le moment ! Assieds-toi en l’attendant.

Dans le magazine, je tombe sur des photos en noir et blanc… de femmes… ah ben ça, quelle drôle de coïncidence ! Ce n’est pas fait pour calmer mes ardeurs… Ces corps camouflés, déguisés par un simple jeu de lumière suggèrent un monde stroboscopique qui ne se révèle que par éclats et par fragments… hypnotique, envoûtant, excitant… Me promener à travers ces voies évanescentes, investiguer centimètre par centimètre cette peau suave et injonctive… véritable ode aux méandres cambrés… Je devine en me plongeant dans ces portraits le parfum subtilement brodé sur ces étoffes charnelles… À ce moment-là, je me laisse totalement happer par ce mirage de volutes qui me charme et me ravit…

            Soudain, une décharge m’incendie et me désoriente… Sur ma nuque… du bout des doigts, elle est venue se loger dans mes cheveux… mes oreilles calfeutrées bourdonnent comme un essaim insupportable, je vacille… je ne l’ai pas entendue entrer dans la pièce… Elle est toujours au téléphone, dans mon dos, et j’entends la voix fluette qu’elle écoute distraitement. Elle caresse très lentement l’arrière de ma tête tandis que je n’ose bouger d’un millimètre… Si notre baiser interrompu a pu être torride, à présent, je me sens étrangement paralysée… C’est sa douceur qui m’assiège et électrise mon désir. Presque naturellement, elle ajuste mon col de chemise et ces gestes presque insignifiants me font chavirer. Mais qu’est-ce que je fais ici ? C’est une folie ! Une folie furieuse, qui me déchire le ventre et me fourmille dans la poitrine.

            Elle finit enfin par raccrocher, se racle la gorge et s’excuse, la main posée sur mon épaule. Je me retourne alors et la vois me souriant tendrement. Je prends sa main, me lève et l’attire contre moi. Nous sommes calmes… l’infini s’étend devant nous et pourtant nos visages sont proches et se rapprochent. Je sens mon cœur, sonore, frapper ma poitrine à m’en faire mal. Ses mains enrobent mon dos des omoplates aux reins et, comme froissées par une brise, elles tremblent. Nos joues, magnétisées, se frôlent et s’appareillent… Jamais contact n’a été si doux. Nos têtes, lourdes, se balancent dans un mouvement eurythmique, harmonieux et cadencé. Caresses épidermiques presque à l’arrêt, dans l’obscurité des yeux mi-clos, mi-aveugles. Ce ballet délicat déborde… nos lèvres s’effleurent et s’interceptent et s’abordent et s’amadouent et ne se lâchent plus. Un dialogue haletant invite les étoiles qui gravitent, virevoltent et se heurtent en nous… C’est un vertige qui nous étreint : celui de l’intimité offerte, enfin.

(à suivre)

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Oui, l’image est belle et c’est pour vous faire patienter… La suite sera chaude… vraiment chaude !

 

Merci d’adresser vos éventuels compliments et surtout votre… IMPATIENCE à @dwarfy ! 😀

Non classé | 09.01.2015 - 15 h 32 | 5 COMMENTAIRES
Humour de prof

Pas d’érotisme aujourd’hui, les ami.e.s, juste un peu d’encre pour crier avec vous.

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A très bientôt pour de l’humour, toujours, de la sensualité et de l’amour ! 🙂 😉 😀

 

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 02.01.2015 - 18 h 39 | 35 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 7)

(previously)

 

Il y a comme un brin d’euphorie dans l’air. Je n’ai jamais consommé la moindre substance illicite, c’est à peine si j’ose une bière de temps en temps, et pourtant, je suppose qu’on doit ressentir à peu près ça quand on est grisé par l’alcool. Ou peut-être certaines fumées, allez savoir…

C’est une curieuse impression de flottement, comme si le temps passait au ralenti et en accéléré simultanément. La tête me tourne, je sens mon sang affluer dans mes veines et son rythme régulier et profond me berce et me tient éveillée.

Rentrer chez moi, prendre une douche en me débarrassant des résurgences de pilosité inopportune, m’habiller sobrement mais efficacement, prendre quelques minutes pour me maquiller, sans faire plus que pour une journée de cours, chercher à rester moi tout étant aussi à mon avantage que possible… Ne surtout pas en faire trop… Et tout à coup, une question philosophique : que dois-je lui apporter ? Des fleurs ? Trop couru. Des chocolats ? En cette saison de Noël, trop vu. Une bouteille ? Je ne bois pas et n’ai pas envie qu’elle soit éméchée. Je la veux consciente et consentante. Un poisson rouge ? Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice. Un livre ? Evidemment, un livre.

En quête de la perle rare, je promène mon regard le long de mes étagères. J’aime offrir des livres qui ont déjà vécu. Le seul problème, c’est que j’ai bien du mal à me séparer d’un livre que j’ai aimé, et que je ne peux décemment pas en offrir un qui ne m’a pas accrochée. Je me tourne tout naturellement vers la poésie et mon œil est arrêté par un titre, une couleur… Des textes de Paul Eluard illustrés par Man Ray : Les Mains Libres. J’ai adoré ce recueil. Et comme paradoxalement j’aimerais bien occuper mes mains ce soir, je me dis que mon choix est fait. Rapidement, je griffonne une dédicace à l’intérieur de mon plus beau stylo rouge.

En claquant la porte de mon appartement, je ne peux m’empêcher faire un vœu : « Pitié, faites que je ne rentre pas cette nuit… » !

Il est 17h58 quand j’arrive dans sa rue. Je déteste être en retard mais être en avance peut être tout aussi désagréable. J’avance donc très lentement jusqu’à l’entrée de l’immeuble. A 18h précises, mon doigt presse le bouton de l’interphone qui porte son nom. Les quelques secondes d’attente sont insoutenables. J’en tremble presque et sens tout à coup une bouffée de chaleur monter à mes joues et irradier dans tout mon corps.

Des crépitements dans l’interphone me font sursauter. « Oui ? », me demande sa voix légèrement déformée. Comme je m’annonce en essayant d’articuler, j’entends le verrou électrique de la porte se déclencher ainsi qu’un « Quatrième gauche » machinal.

En passant la porte, je suis surprise par le silence qui règne dans le bâtiment. Le hall est chaud, propre et terriblement calme, ce qui marque un contraste perturbant avec le tremblement de terre qui me secoue intérieurement. Ouvrir l’ascenseur et monter dans cette petite cage encore plus close, encore plus calme, encore plus lumineuse me fait prendre une grande inspiration. Non, je ne paniquerai pas. Non je ne suis pas si faible. Elle n’est qu’une femme. Une belle femme, certes, mais je ne la connais pas, elle ne me connaît pas non plus. Je dois temporiser. Relativiser. Rationaliser.

Quand les portes s’ouvrent sur l’étage fatidique, j’ai repris la maîtrise de mon corps, mis de l’ordre dans mon esprit, et c’est d’un pas tranquille que je vais frapper à la porte de gauche.

« J’arrive ! »

Sa voix vient de loin, elle est probablement à l’autre bout de l’appartement et j’entends son pas précipité approcher de la porte. Je racle ma gorge, ajuste ma veste, et quand la poignée s’abaisse énergiquement, elle apparaît.

Ses cheveux sont détachés et tombent follement sur ses épaules. Quelques mèches se sont glissées dans le décolleté vertigineux de sa chemise. Si elle est essoufflée, elle essaie de le cacher et son sourire accueillant se fige à ma vue, comme si elle s’apprêtait à dire quelque chose de chaleureux, et tout à coup… le silence. Ne sachant pas quoi dire, je lui souris timidement, ne perdant pas une miette des micro-expressions de son visage. Son corps tout entier s’est immobilisé, seuls ses yeux frémissent. Ils parcourent l’ensemble de ma personne, s’attardant ici ou là, trahissant un désir saisissant. Les miens sont rivés sur sa bouche. Ils s’y sont accrochés et refusent de m’obéir. Je n’ose quasiment plus respirer.

Temporiser ? Relativiser ? Rationaliser ? Si je ne peux pas l’embrasser dans les trois secondes, je vais mourir, c’est sûr.

En supplice ultime, sa langue vient humecter sa lèvre inférieure et dans un raclement de gorge, elle me tend enfin une main pour m’inviter à entrer. Ses doigts sont chauds, les miens me brûlent. Retrouver sa peau, c’est réaliser le temps perdu loin de sa caresse. Nos mains s’étreignent, elle pivote pour me laisser passer et referme la porte derrière moi. Je ne l’entends pas claquer, je suis déjà dans ses bras, sa bouche posée sur la mienne, emportée par notre baiser.

Ce que j’entends en revanche, c’est une petite voix enfantine crier « Maman ! » derrière nous…

(la suite ici)

 

ET UNE BONNE ET BELLE ANNEE A TOUTES ET TOUS !!!

Des seins ! Des seins ! Encore des seins !!! | Du jamais lu ! | éducation libéro-sexuelle | histoire érotique lesbienne | Homosexualité et éducation | Nouvelle érotique lesbienne | Photopoésir | Plaisir d'écrire | y'a que ça de vrai ! | 14.12.2014 - 19 h 07 | 36 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI (Ep. 6, le vrai)

(previously)

 

Pendant toute ma jeunesse, je me rappelle m’être questionnée sur ce qui fait de nous des « adultes ». Bien avant ma majorité, j’avais conscience du fait que je ne me réveillerai pas au matin de mes dix-huit ans en ayant brusquement gagné, autrement qu’au regard de la loi, ce grade tant espéré. J’ai plus de trente ans aujourd’hui, et si légalement j’ai le droit de conduire, de voter et de payer des impôts, je ne sais toujours pas ce que veut dire « être adulte ». Je croyais le savoir hier encore. Hier, j’étais quelqu’un de responsable, de bien ancré dans sa vie, avec la pointe de folie nécessaire pour ne pas devenir trop ennuyante. Hier, je savais qui j’étais et ce que je voulais faire de ma vie.

Mais hier, j’ai rencontré Violette.

C’est fou comme une simple rencontre peut faire voler votre vie en éclat… Enfin, la rencontre aurait été bien plus « simple » si elle ne s’était pas soldée par cette accidentelle collision de nos lèvres, ce déconcertant télescopage de nos langues, ce mariage frénétique de nos souffles…

Depuis, je n’arrive plus à penser à autre chose. Rien d’autre que l’odeur enivrante de ses cheveux et celle, plus subtile, de sa peau fraîche. Rien d’autre que le grain subitement plus foncé de ses iris, acérés par le désir, aussi étouffé soit-il. Rien d’autre que ces petits détails bouleversants : la mèche indisciplinée que mes doigts n’ont pas osé ramener derrière son oreille, le décolleté accentué de sa chemise qui m’a brièvement permis d’entrevoir un grain de beauté émouvant sur son sein gauche, la courbe atypique des commissures de ses lèvres, trahissant une exceptionnelle propension au sourire… Et quel sourire !

Je ne me remets pas de son goût, cueilli dans l’intimité partagée de sa bouche, ni de la caresse unique et sublime de ses doigts, de sa paume sur ma joue bienheureuse.

J’ai beau avoir lu, étudié, analysé, décortiqué des dizaines, des centaines des milliers de pages sur l’amour et le désir… Dès lors qu’il s’agit de le vivre, il n’est plus question de connaissance. L’expérience est aussi inutile que mes lectures. L’âge adulte est une chimère : ne reste que cette euphorie adolescente qui donne à ces fragments de souvenirs, tout chauds encore, la violence tragique de la passion.

Et rien n’est plus traître que la passion. Je le sais. J’en garde des cicatrices. Où est donc passé mon bon sens ? Mon cynisme ? L’amertume de ces dix dernières années de blessures, d’espoirs déçus ?

Si j’étais vraiment adulte, une Mme Paulin ne suffirait pas à ébranler tout ça. Si j’étais adulte, je serais rompue à ces assauts de désirs, je serais blindée contre toutes les Mme Paulin de la Terre, je me serais séparée de cette stupide vulnérabilité, j’aurais perdu mon… humanité ?

C’est ridicule. Ce n’est pas ce que je veux vraiment. Ce n’est pas ça être adulte. On ne devient pas une machine quand on est adulte, mais on se connaît. On se connaît suffisamment pour s’accepter avec ses forces et ses faiblesses. Je suis adulte, nom de…

Et Mme Paulin est ma faiblesse.

L’accepter ? Pourquoi pas. De toute façon, qu’est-ce qui peut m’arriver au pire ? Me faire piétiner ce qu’il reste de ma fierté et de mon cœur ? Que vaudrait la vie si elle n’offrait pas de tels risques ?

« Madaaaaaaame, il reste combien de temps ?

– Il vous reste un peu moins de cinq minutes.

– Nooooooooon !

– Si.

– On peut rester pour finir pendant la récré ?

– Je vous laisserai une minute ou deux pour finir, mais pas plus ». Ma bonté me perdra.

Devant les rumeurs naissant dans la classe, je retrouve ma concentration et jette quelques regards orageux en travers de la classe pour dissuader les bavardages en plein contrôle. A la sonnerie, une bonne majorité des élèves se lève comme un seul corps et vient déposer les fruits de ce dernier mois de cours sur mon bureau. Les retardataires terminent à la hâte alors que je les presse, distraitement.

La journée s’est écoulée à la fois très rapidement et d’une insupportable lenteur. Il est 16h pile quand je ferme enfin la porte de ma salle et ce jusqu’à lundi. Dans cinq minutes, les couloirs seront à nouveau envahis : il me faut sortir, et vite. Je n’aime pas la cohue qui règne aux intercours. Le bâtiment est vieux, sans doute pas conçu pour accueillir autant d’élèves. Lorsque deux classes attendent devant des portes qui se font face, il est quasi impossible de passer au travers sans en garder des séquelles physiques.

Je me hâte donc de retrouver mon casier en salle des profs. Par réflexe, je vérifie que rien n’y a été déposé avant de m’échapper. J’ai l’habitude d’y récupérer des copies en retard (plus rarement en avance) ou les sempiternels documents administratifs qui nous sont distribués quasi quotidiennement. Cette fois pourtant, mon regard hâtif est arrêté par une simple feuille A4 pliée en deux, qui laisse voir mon nom manuscrit en lettres capitales sur le dessus.

Intriguée, je m’en saisis et l’ouvre. Les initiales qui me sautent aux yeux en bas de page emballent mon rythme cardiaque : V.P. Sans respirer, je dévore ces quelques lignes : Maëlle, je crois savoir que vous finissez à 15h50 le vendredi. Je n’ai pas beaucoup de temps mais je vous attends dehors. Il faut que je vous parle.

A ma montre, il est 16h03 et je panique. Raaaaaah ! Je viens de perdre les treize minutes les plus précieuses de ma vie ! Vite, je referme mon casier et me précipite dans les escaliers. J’ai l’impression que traverser la cours me prend une éternité et avant même de passer les grilles, je la cherche parmi la foule lycéenne amassée sous un énorme nuage de fumée. Quand le portail se referme derrière moi, la cloche retentit. Dans un râle général, les cigarettes s’écrasent à terre et se piétinent, et un mouvement de masse manque de m’entraîner à nouveau à l’intérieur. Sans voir à un mètre devant moi, je bouscule et me fraie tant bien que mal un passage jusqu’à pouvoir à nouveau respirer et jeter un œil inquiet autour de moi. Mes yeux se posent sur elle au moment même ou mon pied se prend dans la sangle fourbe d’un sac abandonné au sol. Rattrapée au vol par le propriétaire coupable, un élève de deux têtes plus grand que moi qui, en me reconnaissant, s’excuse aussitôt et libère mon bras, je ne rate rien du sourire amusé de Violette qui me rejoint d’un pas léger.

Ses cheveux sont ramassés et tenus à l’aide d’un crayon savamment planté et sa chemise, plus transparente que celle d’hier, laisse deviner le galbe délicat de ses seins, sculptés par un soutien-gorge joliment travaillé. Son tailleur strict s’est effacé au profit d’une simple paire de jean’s qui moule délicieusement la rondeur irréprochable de ses fesses et le fuselage parfait de ses jambes. En une fraction de seconde, mon esprit, qui a gravé jusqu’au plus infime détail de cette nouvelle apparition, décide qu’elle est encore plus belle aujourd’hui.

« Ça va, me demande-t-elle toujours en souriant, vous ne vous êtes pas fait trop mal ?

– Non, non. C’est juste mon ego qui en prend un coup… Je suis désolée d’être en retard, je n’avais pas vu que… Et puis il y avait ce fichu contrôle… Et puis…

– Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas grave. Je suis contente de pouvoir vous voir. »

Son regard est chaleureux et timide en même temps. Je ne sais pas trop quoi faire ni quoi dire. Quand son bras saisit mon épaule et que je vois son visage s’approcher du mien, mes jambes s’amollissent subitement. Heureusement, ce sont mes joues que ses lèvres viennent chercher. Le contact n’en est pas moins bouleversant et s’attarde juste un peu plus que de raison au cours de cette bise informelle. Autour de nous, les élèves se sont faits rares. Ne restent que ceux qui attendent leurs parents en pianotant sur leurs smartphones.

Je les devine plus que je ne les vois car mon regard se perd dans celui de Violette. Le silence entre nous est un puissant vecteur de désir. En une fraction de seconde, ses yeux s’assombrissent et sa main, qui a glissé sur mon bras, se resserre dans une étreinte fiévreuse. Je dois lutter de toutes mes forces pour ne pas me jeter à son cou, là, devant tout le monde et sans le moindre scrupule, lutter pour ne pas poser mes yeux sur ses lèvres car je sais que je ne pourrais pas résister à l’envie dévastatrice de l’embrasser.

D’un raclement de gorge, elle se reprend avant moi :

« Je n’ai que quelques minutes, je dois récupérer les enfants à la sortie de l’école mais… J’aurais voulu…

– Oui ?

– Il faut que je vous parle. Mais pas ici.»

D’un geste sûr, elle passe son bras sous le mien et m’entraîne d’un pas rapide à l’abri des regards indiscrets. Arrivées dans une petite rue perpendiculaire à celle, trop fréquentée, qui passe devant le lycée, elle me pousse gentiment dans le renfoncement d’une entrée d’immeuble. Comme lorsqu’elle a évité mon baiser hier, elle maintient mes épaules contre un mur, à la distance raisonnable mais insuffisante de ses bras tendus.

« Maëlle, commence-t-elle, il faut que je vous dise…

– Oui ?

– Je… Je sais que ça ne se fait pas, que je ne devrais pas mais…

– Mais ? »

Son souffle est court, presque autant que le mien. Je sens mon cœur qui essaie de s’échapper de ma cage thoracique, le bougre. Suspendue à ses lèvres, je fais la bêtise ultime : je les regarde. Elles ne tremblent pas comme je soupçonne les miennes de le faire, mais elles ne sourient pas non plus. Leur gravité, leur tendresse charnue, leur entrouverture sensuelle me submergent de désir. Ses mots seuls me permettent de patienter… Il faut qu’elle parle.

« Nous devons parler. Il le faut absolument parce que voyez-vous, depuis hier je…

– Depuis hier, il le faut, oui, pour moi aussi.

– Je sais.

– Mais j’ai… Est-ce que je peux… Je vous en prie… »

Mes yeux ne se détachent pas de ses lèvres et les mots se dispersent dans ma gorge. Les mots n’ont plus leur place. J’ai tellement envie de l’embrasser que mes mains viennent trouver ses hanches et traduisent mon désir. Quand à son tour elle se met à fixer ma bouche, je sais que j’ai gagné. Ses mains quittent mes épaules pour se saisir de mon visage et je retrouve, émue, la caresse indicible de ses doigts. Son corps tout entier vient se fondre contre le mien et notre baiser affamé se fait étreinte, chaleur, électricité.

Impossible de savoir combien de temps s’écoule alors. Tout ce que je sais, c’est que j’en veux bien plus. Je ne serai jamais rassasiée de ses baisers et mon corps tout entier brûle d’explorer le sien.

« Attends, me dit-elle brusquement, attends. J’étais venue pour te dire… Pour te proposer de…

– Oui, tout ce que tu veux.

– Attends, me dit-elle en riant, attends. Sois sage une minute », me supplie-t-elle alors que mes mains curieuses cherchent à dessiner ses courbes, que mes lèvres se tendent à nouveau vers les siennes. Docile malgré moi, je me fige dans une expectative insupportable.

« Je dois aller chercher mes enfants… Mais ce soir, je les dépose pour le week-end chez leurs grands-parents. Est-ce que tu voudrais…

– Dis-moi juste où et quand !

– Eh ! On se calme, hein, je voulais juste qu’on se retrouve pour discuter !

– On pourra discuter aussi, si tu veux ! »

Comme je lui fais mon plus beau sourire, elle éclate de rire.

« D’accord, je crois que je ne suis pas crédible avec ma discussion… N’empêche que j’aurais voulu en parler. Je n’ai pas pour habitude de…

– Moi non plus, je t’assure.

– Alors, tu veux bien ?

– Qu’on en parle ?

– Qu’on se retrouve ce soir… et qu’éventuellement, on en parle, oui… »

Son sourire entendu me fait littéralement fondre. Plus sérieusement, je reprends :

« Je crois qu’une discussion s’impose en effet. Parce que tu vois, j’ai un sérieux problème de concentration depuis hier. Ça nuit gravement à mon travail. Il faut que j’en parle à mon inspectrice.

– Ah ! S’il s’agit en plus d’une question de conscience professionnelle, ça devient un cas de force majeure. C’est urgent. Qu’est-ce que tu penses de chez moi, à partir de 18h ? Je devrais être rentrée…

– Chez toi ? »

J’essaie de ne pas m’étrangler, à la fois intimidée, curieuse et impatiente. « D’accord », dis-je précipitamment, de peur qu’elle ne change d’avis. « Et c’est où exactement, chez toi ?

– Juste à côté, au 25 de la rue B******.

– J’y serai à 18h.

– Je… d’accord. Il faut que je file », me dit-elle en consultant sa montre.

C’est une manie, visiblement. Comme elle se retourne, prête à me laisser là, pantelante et pleine d’espoir, ma main retient fermement son avant-bras. L’estomac noué de désir et de frustration mélangés, j’ose un : « Attends, j’ai juste deux mots à te dire…»

Dans un sourire complice, sa bouche vient recueillir mes paroles directement à la source. Ce baiser, quoi que bien trop rapide à mon goût, me promet, outre les deux heures d’attente les plus longues de ma vie, tout un univers de plaisirs que je n’aurais jamais cru envisageables il y a quelques minutes à peine.

La voir partir à nouveau est un supplice. Un supplice qui cette fois ne me laisse aucunement perplexe. Au contraire. Je n’ai jamais été aussi sûre de ce que j’avais à faire. 16h15 à ma montre : il ne me reste pas même deux heures pour rentrer chez moi, prendre une douche, me rendre aussi douce que possible et revenir ici pour… discuter avec mon inspectrice !

Ah ! Être prof, quel sacerdoce ! Que ne serait-on prêt à faire par acquis de conscience professionnelle ?

(la suite ici)

Non classé | 06.12.2014 - 17 h 05 | 22 COMMENTAIRES
APPRENDS-MOI… (Ep. 6) *fake

Dans la vie, faut savoir prendre des risques… Et comme j’ai besoin de me changer les idées parce que la période est… disons difficile pour moi, voilà la blague la plus cruelle jamais réalisée (en ce qui concerne ce blog)…

Ceci n’est pas un poisson d’avril, puisqu’on est en décembre… Mais ceci n’est pas non plus une suite à la nouvelle en attente depuis des semaines… 😀 😀 😀

Si je dis que je vous présente mes excuses, ça passe ?

Et l’image ? Elle est pas belle, l’image ? 

 

LA VRAIE SUITE ICI !

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APPRENDS-MOI… (ep. 5)

(previously)

La salle du restaurant est étonnamment paisible compte tenu de l’heure. Jamais je n’aurais su trouver un coin pareil et pourtant, cela va faire deux ans que j’enseigne dans cette maudite ville. J’ai écumé tous les points de ravitaillement autour de mon établissement en quête d’un lieu tranquille pour avoir une vraie coupure entre midi et deux, mais jamais je ne serais allée aussi loin, ni dans cette petite ruelle improbable.

En acceptant de déjeuner avec elle, j’espérais que mon inspectrice ne se contenterait pas d’un repas à la cantine. C’est elle même qui, alors que nous nous engagions dans le couloir tout à l’heure, m’a proposé cette bienheureuse alternative. Soulagée de ne pas avoir à affronter les élucubrations culinaires de notre néanmoins sympathique équipe du réfectoire, ni le brouhaha indigeste de l’immense salle bondée, j’ai acquiescé à sa première proposition : un modeste italien à quelques minutes de là.

Il nous a bien fallu un petit quart d’heure de marche pour arriver dans ledit italien. Un quart d’heure pendant lequel aucune de nous n’a osé dire mot. Nous avons cheminé l’une à côté de l’autre, croisant nos regards à chaque intersection, à chaque contournement d’individu venant en sens contraire ou borne obstruant le trottoir, et à chaque arrêt ou ralentissement, l’une de nous esquissait un geste vers l’autre, comme pour éviter de nous perdre. A mesure de notre progression, je constatais que nous nous rapprochions subrepticement. Son pas était régulier et s’accordait au mien. J’imaginais stupidement sa main dans la mienne, non sans me morigéner aussitôt. Je n’avais pas faim. Je ne voulais pas arriver à destination. Je voulais marcher encore, avec elle à mes côtés. J’aurais voulu lui parler, mais qu’aurais-je pu lui dire qui soit plus subtil que ce silence complice entre nous ? Un silence traître. Un silence plein d’espoir.

Il m’a semblé reconnaître une sorte de déception dans son regard quand elle s’est arrêtée aux portes du restaurant. Nous nous sommes installées, toujours en silence, mais non sans sourire courtoisement à notre serveuse. Celle-ci la connaissait, vraisemblablement, ou du moins, se souvenait d’un de ses précédents passages. Evidemment, comment l’oublier ?

Pendant une seconde, mon estomac s’est noué. Mon radar, pourtant complètement obnubilé par mon escorte, s’est emballé à la vue de notre hôtesse. Son look, sensiblement androgyne, n’en disait pas autant que ce petit air approbateur qu’elle a partagé avec mon inspectrice, son regard allant d’elle à moi, de moi à elle, dans un sourire croissant. Je ne saurai dire ce qu’elle approuvait : ma modeste personne ? Le couple que nous formions ? Le défi que je représentais dans son désir de conquérir les faveurs de Mme Paulin ? Un instant, je me suis sentie troublée. Je ne me suis jamais estimée de taille à lutter contre ces demoiselles aux dents longues, qui d’un seul regard assujettissent des peuples entiers.

Amère et surprise par la violence de ma réaction, je me suis relevée aussitôt, m’excusant auprès de Violette, invoquant l’impératif lavage de mains avant manger. Délaissant immédiatement les regards peut-être complices de notre serveuse, elle s’est proposée de m’accompagner, m’emboîtant tout de suite le pas.

Les toilettes offrent un espace exigu et pour accéder en même temps au lavabo, nos épaules n’avaient d’autre choix que de se frôler. La minute était délicieuse mais si intense que j’avais l’impression qu’elle pouvait entendre les battements de mon coeur sourdre en échos affolés à travers la minuscule pièce. A plusieurs reprises, nos doigts se sont rencontrés dans la sensualité humide et enivrante de nos ablutions. Peut-être l’ai-je fait un peu exprès… et sans doute elle aussi.

Nous venons juste de regagner nos places et mes jambes, qui fort heureusement n’ont plus à me porter, se sont mises à trembler. Sous la table, je sens son pied rejoindre le mien, sans ambition apparente. Dès lors qu’il accoste ma chaussure, il reste là, immobile, serein, comme s’il était à sa place. Paradoxalement, sa présence apaise d’emblée mes tremblements.

La serveuse revient à la charge, nous gratifiant de ses plus beaux sourires. Elle nous tend les cartes que nous survolons distraitement. Comme elle reste plantée là, nous choisissons rapidement, replions les cartes et les lui rendons dans un poli « merci » entonné de concert. J’attends que nous ayons retrouvé notre intimité pour lancer un courageux :

« Alors ?

– Alors… Hum. Je suppose que vous voulez parler de votre prestation de tout à l’heure…

– Je ne sais pas si on peut parler de prestation, dis-je en souriant, surtout si c’était si désastreux !

– D’accord, alors soyons sérieuses quelques minutes ».

Son regard plonge dans le mien et me traverse. Je sens cette douce chaleur partout autour et à l’intérieur de moi, qui irradie et s’amplifie, qui m’enveloppe et me protège tendrement. Pourtant, je ne me suis jamais sentie autant en danger… Comme je reste suspendue à ses lèvres, elle poursuit :

« Je pense que vous savez très bien que ça n’était pas si désastreux. Sur un plan humain, vous savez captiver les foules ». Ses yeux quittent les miens pour se concentrer sur ses doigts qui tordent sa serviette sur la table. Elle réprime un sourire, inspire et reprend :

« Sur un plan méthodologique, étant donné la séance en question, je n’ai pas grand chose à dire non plus. Nos directives sont d’insister sur la diversité des supports et, vu le plan de séquence et les infos que vous m’avez fournies, je sais que vous n’êtes pas à la traîne…  »

Au fur et à mesure de son discours, je me détends un peu. J’écoute presque attentivement ses réflexions et constate avec un certain plaisir que, même si elle modère ses éloges, l’inspectrice académique en elle n’a pas relevé d’entorse majeure aux pratiques règlementaires de l’enseignement des Lettres dans mon cours. Je ne réalise le silence que lorsque ses lèvres cessent de bouger depuis trop longtemps à mon sens. Le charme est rompu. Je dois dire quelque chose.

Je rassemble mes esprits et me laisse gagner par une bouffée de fierté de rigueur :

« En gros, selon vous, je fais l’affaire…

– Et quelle affaire… »

Elle a prononcé ces mots si faiblement que je les ai lus sur ses lèvres plus que je ne les ai véritablement entendus. C’est le moment que choisit la serveuse pour nous apporter nos plats. Elle les dépose sous nos regards confus et annonce triomphalement le contenu de nos assiettes. Devant notre manque de réactivité à l’égard des plats, elle s’éclipse encore trop lentement à mon goût.

Je brûle de lui demander pourquoi ce déjeuner, mais je me dis qu’il serait bas de ma part de l’acculer ainsi. Je ne veux pas me faire passer pour plus idiote que je ne suis… ou pire, plus désespérée. Entre nous, la tension devient palpable. Nos repas laissent s’échapper quelques salves de fumée et pendant une seconde, l’image d’une scène de duel dans un vieux western jaillit et manque de me faire exploser de rire.

« Si c’est tout ce que vous aviez à me dire, je suppose que nous pouvons manger tranquilles. Merci en tout cas. Je ne pouvais pas rêver d’une meilleure inspection.

– A croire que je ne suis pas un monstre finalement… Même avec vous. »

Je dois mordre mes lèvres pour retenir une réplique un peu trop audacieuse. Surtout, ne pas succomber à la provocation. Je me contente d’un sourire entendu.

L’ambiance s’apaise légèrement et nous nous saisissons de nos couverts. Comment vais-je pouvoir avaler quoi que ce soit ?

Pendant le repas, qui me surprend agréablement en saveur mais que mon estomac noué ne peut ingurgiter que partiellement, nous échangeons courtoisement sur nos expériences professionnelles, que nous ponctuons chacune de petits indices personnels. Au fil de la conversation, j’apprends ainsi qu’elle a enseigné une quinzaine d’années avant d’obtenir, il y a deux ans, son poste d’inspectrice académique. J’en conclus qu’elle a effectivement dans les quarante ans. Elle est bretonne, très attachée à ses origines (comme tout breton) mais elle a migré dans le Sud, visiblement pour fuir quelque chose. Elle vit en ville depuis deux ans, mais rêve de s’en éloigner mais « avec les enfants, l’école, tout ça, ça n’est pas envisageable dans l’immédiat ». Des enfants ?!

Je vois bien qu’elle guette ma réaction en prononçant ces mots, mais si je suis surprise, ça n’est qu’agréablement. Je me contente donc d’acquiescer en souriant à son propos et m’enquière de l’âge et des noms desdits bambins.

« Charles a six ans et Loris, bientôt dix.

– C’est mignon, dis-je. Et… ont-ils un père ? »

J’ai l’impression de marcher sur des oeufs. Décidément, cette femme me plaît et la savoir mère me la rend plus intéressante encore. Mais s’il s’agissait d’une femme heureuse en ménage avec son cher mari (bien que tout dans son comportement avec moi indique le contraire), ce serait la fin des haricots. A l’évocation de cet éventuel papa, un voile triste passe devant son regard, sans s’y attarder.

« Ils n’en ont plus, non. Mais ils vous diraient que je suis bien assez casse-pieds pour deux ! »

Je ne sais que penser de cette réponse et je suis presque soulagée lorsque la serveuse vient débarrasser notre couvert. Je veux poursuivre la conversation, je voudrais parler avec elle toute la journée, l’abreuver de questions… Mais surtout je voudrais prendre sa main. Je la contemple, abandonnée sur la nappe blanche, nue et immobile. Mon esprit, insolemment frivole, imagine la suavité d’une caresse sur cette main, de ma paume la recouvrant puis glissant sur elle jusqu’à ce que mes doigts s’entrelacent aux siens. Et mes lèvres sur cette peau tendre et délicate…

Déclinant toutes deux le dessert, nous ne refusons pas le café. Comme j’hésite à poursuivre sur ce terrain personnel, elle s’excuse et se lève gracieusement pour se diriger vers les toilettes. Pendant une seconde, j’ai envie de la suivre juste pour le plaisir de me retrouver à nouveau dans l’exigüité de la pièce à ses côtés… et qui sait ?

Mais non. Je suis raisonnable et je profite de ces précieuses minutes pour faire le point. Même si je suis loin d’avoir tendance à draguer tout ce qui bouge, je sais que nous flirtons et je sais que j’en veux plus. Pourtant, une petite alarme intérieure m’interpelle. Elle a des enfants. Je n’avais jamais désiré de femme-mère auparavant. Quelque part, je trouve ça complètement sain. Elle est une femme dans tout ce qu’il y a de plus complexe, beau, substantiel et… attirant. Oui, mais elle a des enfants. Si ça la rend encore plus sexy à mes yeux, je me dis que je dois faire attention. Je n’ai pas pour habitude de prendre les femmes à la légère, mais avec elle, je ne veux m’autoriser aucun faux pas, aucune légèreté. Je ne sais pas ce qu’elle attend. Peut-être rien ou pas grand chose. Peut-être que justement, elle ne souhaite qu’une rencontre ponctuelle, sans prise de tête.

J’essaie de me faire à l’idée de n’être qu’une friandise sexuelle de passage… Je n’aurais rien contre, évidemment, mais j’ai du mal à envisager d’être repue d’elle en une seule fois. C’est drôle de penser au désir, drôle de dériver sur des images, des envies, et se laisser glisser sur des torrents de passion. Qu’est-ce que la passion ? Le désir ? L’amour ?

Je n’ai plus quinze ou vingt ans. Ma vie sentimentale, chaotique malgré des relations essentiellement longues, m’aura au moins appris à être circonspecte en matière de désir. Pourtant je m’étonne encore de ses ravages. Une femme me trouble et toute cette soi-disant expérience est remise en question. Si je n’y prends pas garde, bientôt je vais parler de coup de foudre !

Elle réapparait dans la salle au moment où on nous dépose les cafés.

Non, un coup de foudre, lui, a au moins la décence d’être suffisamment désagréable pour ne pas qu’on ait envie d’y regoûter. Or, là, je ne me lasse pas de la regarder. J’en veux plus, incontestablement.

Et la bougresse a pris les devant : je note avec gourmandise qu’elle a accentué son décolleté en ouvrant un bouton supplémentaire. Sa gorge trahit maintenant la naissance irrésistible d’un sillon subtilement creusé entre ses seins. Je tente de maîtriser les réactions instinctives de mon corps. Une nouvelle fois, mes propres tétons se manifestent ostensiblement, se contractant sous la houle de désir qui vient s’échouer en vagues chaudes et humides entre mes cuisses. Je réprime à grand peine un grognement primaire et m’efforce de détacher mes yeux de cette diabolique tentation. Pendant une seconde, je ris sous cape : je veux être Eve condamnant l’humanité à son triste sort si je peux succomber au péché de ces pommes-là.*

Je ne sais si c’est à cause de son audace poitrinaire, mais ses joues rosissent quand elle plonge à nouveau son regard dans le mien. C’est irrésistible. Pourtant, il faut résister !

Nous buvons notre café en essayant de meubler le silence par un échange amical, insidieusement entrecoupé de regards lourds de sens.

Quand on nous apporte l’addition, nos mains se rejoignent au-dessus de la coupelle. Elles s’arrêtent à quelques millimètres à peine l’une de l’autre puis se trouvent, feignant l’innocence d’un mouvement involontaire. Ses doigts caressent les miens avec une délicatesse insupportable et j’ai l’impression d’être une statue de cristal que l’on vient de briser, n’attendant qu’un souffle pour m’éparpiller à travers la pièce.

« Maëlle ? »

Sa voix est rauque, ses yeux ne quittent pas nos doigts. Quelque part, tout au fond de moi, un géant de chair est en train d’essorer mes organes. Je suis incapable de parler. Ma gorge laisse s’échapper un « hum » interrogatif. Je suis suspendue à ses lèvres une fois de plus. J’ai tellement envie de l’embrasser que ça doit ressortir en lettres de feu sur mes joues. Les flammes brûlent et consument mes oreilles et la pointe de mes seins, mais sous ses doigts, la chaleur est d’une douceur indicible.

D’un raclement de gorge, elle se reprend se précipite dans un « Non, rien… », terriblement frustrant.

Comme répondant à un influx nerveux indépendant de mon cerveau, ma main saisit la sienne, interrompant les frôlements délicieux de ses doigts. Le contact est superbement charnel, d’une sensualité à couper le souffle. Ses doigts se referment sur les miens dans un abandon délicieux.

Mais quand son regard croise à nouveau le mien, j’y lis une peur brutale et une sorte de douleur bien trop vive pour que je n’en tienne pas compte. Une claque ne m’aurait pas fait plus mal. A regret, je libère sa main aussitôt et me lève en disant :

« Il faut y aller. On peut payer au comptoir. »

Elle se lève à son tour et me suit sans hâte. A peine sommes-nous sorties du restaurant que je sens sa main agripper l’extrémité de ma manche.

« Merci, me dit-elle en me regardant avec une intensité insoutenable.

– Ah… euh… merci à vous, pour le débrieffing.

– Non, je veux dire… Enfin… Merci. »

Je ne sais pas si je comprends bien de quoi elle me remercie, mais je décide de ne pas faire durer cette seconde qui semble toujours pénible pour elle. Je tente de faire le vide dans ma tête et oriente mes pas vers le lycée. Elle me talonne.

Nous n’avons pas fait 200 mètres quand à nouveau, elle attrape le bout de ma manche. Je m’arrête tout net et l’interroge du regard, l’estomac vrillé par le désir… et une tristesse amère, violente. D’une petite voix, elle me dit :

« Je vais continuer par là, j’habite deux rues plus bas.

– Oh… Dans ce cas… »

Je tente de cacher ma déception, sans grand succès je le crains et lui tends ma main en guise d’au revoir. S’apercevant de ma déconvenue, elle me sourit avec toute la bienveillance du monde. Retenant soudain l’élan de sa main qui s’apprêtait à saisir la mienne, elle la porte directement à ma joue, caressant de sa paume soyeuse ma peau incandescente.

Confuse, éberluée, je ne sais plus ce qui m’arrive ; je sais que mon regard en dit long, que je n’arrive pas à le détacher de ses lèvres, que mon coeur menace de faire exploser ma poitrine et que je suis totalement pétrifiée. De son pouce, elle vient jouer avec la fossette qui creuse alors ma joue bienheureuse. De sa main libre, elle vient attraper mon bras toujours naïvement tendu et le ramène jusqu’à sa taille. Ma main se pose tout naturellement sur sa hanche juste au moment où sa bouche vient chercher la mienne dans un baiser. Je sens sa poitrine s’écraser voluptueusement contre la mienne et quand mes lèvres s’ouvrent aux siennes, c’est sans la moindre pudeur, sans le plus infime compromis. Elle s’abandonne à ce baiser d’autant plus délicieusement qu’elle en a été l’instigatrice et nos souffles s’emmêlent jusqu’à impliquer nos langues. L’intimité que nous nous avouons alors et le désir qui transpire de notre étreinte nous entraînent pendant quelques secondes encore aux frontières du plaisir.

Quand sa main curieuse vient s’immiscer entre nos ventres pour remonter jusqu’à mes seins, je sursaute au passage de ses doigts sur mon téton douloureux, rompant malencontreusement le contact de nos bouches.

Réalisant subitement qu’elle était sur le point de me toucher aussi impudiquement en pleine rue, elle bondit en arrière. Comme si mon corps ne tolérait pas cette brusque distance, j’esquisse un pas vers elle. Un pas qu’elle stoppe en maintenant mes épaules à distance de ses bras tendus. Son sourire et l’envie qui embrase ses yeux me laissent doublement insatisfaite. « Ô femme ! femme ! femme » dirait Figaro… Cruelle plus que décevante à cette minute !

« J’avais raison sur vous depuis le début, dis-je faussement fâchée, vous êtes dangereuse. Monstrueusement dangereuse.

– Pas autant que vous, je le crains », me répond-elle sur le même ton.

Faisant mine de s’éloigner à reculons, elle consulte sa montre et ajoute un très suspect : « Il faut que je file ».

Incrédule, je m’apprête à m’insurger quand, revenant sur ses pas, elle se saisit à nouveau de mon visage vulnérable, y dépose un baiser presque chaste cette fois, me sourit magnifiquement, m’embrasse bien plus langoureusement et profondément, puis plongeant son regard dans le mien, elle ose un : « Soyez sage, madame Costa ! »

Hors d’haleine, frustrée, impuissante, je la regarde s’éloigner d’un pas rapide.

 

(la suite ici)

 

* A la rédaction de ce paragraphe, ce fut THE REVELATION : Eve était lesbienne !!! Peut-être est-ce là l’origine de certains déchaînements haineux à l’encontre des homos… 😀 😀 😀

 

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APPRENDS-MOI… (ep. 4)

(previously)

 

Comme tout le monde est enfin installé, que les présentations avec « la dame qu’on ne connait pas dans la classe » sont faites et que l’appel a révélé un taux nul d’absentéisme (phénomène rare, mais pas exclu, la preuve !), le cours peut commencer.

C’est drôle… Je repense subitement à ma toute première heure devant une classe. Etant d’un naturel plutôt réservé, j’avais bien eu quelques secondes d’appréhension avant de prendre la parole devant mes ouailles de l’époque. Aujourd’hui encore, à chaque rentrée scolaire, la même tension (en version atténuée) me saisit les entrailles dans les premiers instants, comme si les vacances suffisaient à me faire perdre ma contenance et ma pertinence professorale. Mais dès que le cours commence, la tension disparaît… d’habitude.

« On reprend Le Mariage à la page 195 pour ceux qui ont la même édition que moi. Je vous avais demandé de réfléchir aux axes pour une lecture analytique. Des idées, quelqu’un ? »

Les mots sont là, les gestes aussi, la concentration n’est pas loin, mais le tout me paraît bien fragile… Surtout, ne pas la regarder. Elle s’est installée dans les rangs du milieu, à côté d’une élève solitaire. Sans doute pour lui demander de jeter un oeil à son classeur… Elle me regarde, je le devine. J’essaie de rester focalisée sur mes élèves qui, adorables, m’offrent une forêt de mains tendues. Le cours s’anime, je peux enfin rentrer dans mon personnage.

Comme à mon habitude, j’arpente la salle de façon aléatoire au gré des remarques sur le monologue. Les jeunes ont travaillé, j’en suis assez fière. En deux temps trois mouvements, le plan du commentaire est fixé et nous entamons la construction d’une introduction type, en préparation du Bac. Devant la réactivité de la classe, je me détends légèrement et pendant quelques secondes, j’en oublie sa présence dans la salle. Mon enthousiasme, débordant dès lors qu’on aborde le théâtre, prend le dessus et me voilà mimant d’une voix forte les élans pathétiques d’un Figaro au désespoir. Mes élèves, bon public, rient de bon coeur.

 » Je compte sur vous, le jour de l’oral, pour présenter à votre interlocuteur une lecture VIVANTE, dis-je en souriant à mon tour ».

Une seconde d’inattention… Il n’aura fallu qu’une malheureuse seconde pour que mon regard se pose sur son visage lumineux… Une seconde et je suis perdue. Elle me sourit aussi béatement que certains de mes élèves et mon coeur manque un battement… ou deux. Plus confuse encore que moi, je la vois se reporter à sa feuille, restée visiblement vierge de tout commentaire jusqu’à présent. Je m’inquiète. Il est d’usage que les inspecteurs académiques maculent leurs fiches de remarques en tous genres tout au long du cours afin de nous éclairer, à la fin de celui-ci, aussi bien sur nos faiblesses que sur nos points forts.

Je ne sais ce que je dois penser de la blancheur immaculée de sa feuille et visiblement, elle non plus. Sans relever son regard, elle se lance dans la rédaction hâtive de commentaires. Il me semble distinguer quelques couleurs affolantes sur ses joues mais je sais que les miennes n’ont rien à leur envier. Il ne reste que quelques minutes de cours mais je dois me reprendre. Fort heureusement, certains de mes élèves saisissent au vol ces secondes de mutisme pour m’interroger sur les modalités de leur oral à venir.

J’en suis à annoncer les devoirs (sans le moindre succès cette fois, je le crains), quand la cloche retentit. Une part de moi se sent miraculeusement libérée d’un fardeau sans nom : le procès touche à sa fin, les délibérations vont tomber, les jeux sont faits. C’est fini. Pourtant, la douce chaleur qui tiraille mon bas-ventre depuis deux heures maintenant se mue en crainte… La crainte de la voir partir. Etrangement, j’aurais l’impression de perdre quelque chose que je ne connais pas encore mais qui m’est déjà indispensable. Les voies du désir sont impénétrables… Quoi que…

Hum.

Mes élèves quittent la salle avec un peu plus de précipitation que les précédents : c’est l’heure du déjeuner. Malgré l’appel de leurs estomacs, certaines élèves ne faillissent pas à leurs habitudes et viennent discuter avec moi à la fin du cours. J’ai bien du mal à être aussi attentive que de coutume. Mon regard ne peut se détacher de… Violette. Elle range ses stylos dans sa sacoche, coince sa feuille sous les rabats de sa pochette et s’apprête à quitter sa chaise. Voyant le petit troupeau autour de mon bureau, elle me sourit gentiment. Je me sens défaillir.

« Vous n’avez pas faim les filles ? Je serai encore là demain, vous savez… »

En riant, mes ouailles m’abandonnent non sans m’avoir souhaité un bon appétit et m’avoir gratifiée d’un traînant « Au revoir madaaaaame ». Réalisant que je ne suis pas la seule adulte dans la pièce, elles se retournent pour répéter leur au revoir et sortent en gloussant.

La salle est vide mais le bruit du couloir est assourdissant. Entre mon inspectrice et moi, le silence se fait pesant. D’un pas mal assuré, je vais fermer la porte pendant qu’elle me rejoint devant mon bureau. Elle ne me regarde pas, ne dit pas un mot. A l’intérieur, je bouillonne. J’ai envie de la toucher. Pas forcément de la caresser, juste de poser ma main sur son épaule ou sur sa hanche… ou encore de faire glisser derrière son oreille cette mèche rebelle qui aiguise mon désir par je ne sais quel enchantement. Une sorte d’érotisme capillaire insoutenable.

N’y tenant plus, et à défaut de la toucher, je me lance :

« Alors ?

– Alors… »

Sa voix se brise… à peine plus audible qu’un souffle. Son attention ne se détache pas de ses chaussures. Je suis suspendue à ses lèvres – Raaaaaah ses lèvres… un chef d’oeuvre de chair et de couleur, la tentation incarnée ! – et j’arrête de respirer. Soudainement, elle se redresse, comme si elle avait enfin trouvé quoi dire. Elle racle sa gorge, relève son menton et ses yeux trouvent enfin les miens. Ils sont si purs, si francs dans leur expression que j’ai l’impression de me prendre une claque en pleine figure. Une claque d’une douceur extrême, une douceur percutante.

 » Alors ça ne va pas du tout », m’affirme-t-elle. « Il y a tellement à dire que je ne sais pas par quoi commencer ».

Le souffle finit par me manquer. Je rougis dangereusement et une foule de questions dansent la tecktonik dans ma tête. Mais avant que je ne me décompose complètement sous ses yeux, elle se fend dans un sourire et, se raclant la gorge à nouveau comme pour se redonner du courage, elle poursuit : « Il y a tellement à dire que… nous devrions probablement en parler en mangeant ».

Boum boum, boum boum, boum boum… Si mes voies respiratoires sont hors service, ma pompe sanguine, elle, fonctionne à plein régime ! Je suis bien trop éberluée pour répondre quoi que ce soit d’intelligible. Je me contente d’un modeste « Hum » chevrotant. Brusquement, c’est comme si toute l’assurance qu’elle avait dû convoquer pour fixer la sentence s’envolait. Dans ses yeux, brillants d’impertinence une seconde plus tôt, un éclair lucide de défiance. Son corps tout entier se tend et sa mèche aguicheuse vient obstruer cette vue troublée.

A nouveau, le désir cruel de venir replacer ses cheveux de ma main innocente me tord les tripes. Mon regard se bloque sur cette liane bouclée et soyeuse alors que mon écran mental fait défiler au ralenti le film de ce que pourrait être cette seconde bénie de sensualité. Lisant dans mes pensées, visiblement trop explicites, elle me devance dans ce geste (que je n’aurais sans doute jamais osé) et relève son regard vers moi, laissant à mes doigts ambitieux le goût amer du regret.

Comme ses yeux m’interrogent encore, je demande :

« C’était si dramatique que ça ?

– Pire. »

La réponse est sans équivoque mais le ton de sa voix et son expression me bouleversent d’une tout autre manière. Je ne sais absolument pas ce qu’il se joue entre nous à ce moment-là, ou du moins, je n’ose ni y croire, ni l’espérer. Je me surprends à réaliser que mes préoccupations ne sont plus du tout d’ordre professionnel. Résignée, tremblante, rougissante, je boucle mon sac et lui désigne la porte. Me risquant à un sourire timide, j’ose, d’une voix que je veux assurée :

« Dans ce cas, allons manger ».

 

(next)

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APPRENDS-MOI… (ep. 3)

(previously)

 

En regagnant ma classe, je ne peux m’empêcher de penser à ce regard. Ses yeux sont d’un brun chaud, presque noir, et leur ovale délicat s’étire subtilement en amande, juste assez pour piquer ma curiosité sur ses origines. Quand elle souriait tout à l’heure, on distinguait de toutes petites rides qui subliment insolemment son charme, comme si le temps était son allié dans l’art ultime de la séduction. Sans doute n’est-ce pas un fait exprès… Ce qui est d’autant plus plaisant !

A la simple pensée de son regard posé à nouveau sur moi, je…

– Madaaaaaaaame ! On est en 302 !

– Et ?

– Elle est là la 302. Vous allez où ?

Sans commentaire.

Rentrer en classe, faire en sorte que tout le monde s’installe dans le calme, sortir mes affaires, faire l’appel, vérifier le travail… La routine reprend son droit, fort heureusement. L’imminence des vacances rend les classes plus agitées que d’ordinaire. L’attention se fait rare… Mais aujourd’hui, je ne peux décemment pas les blâmer. J’ai bien du mal à rester concentrée sur mon cours.

Quand la sonnerie retentit, j’atterris enfin.

Argh ! C’est maintenant !  Et elle est là. Elle apparaît dans l’embrasure dès que la porte s’ouvre sur mes élèves nonchalants. Etrangement, je n’ai pas envie qu’ils partent. Je voudrais qu’ils restent encore un peu, juste un peu. Je ne suis pas prête !

Comment diable pourrais-je dire quoi que ce soit d’intelligent quand elle me regarde avec ces yeux-là ?

Mais la classe se vide et je dois me ressaisir. Je l’invite à entrer dans la salle d’un geste de la main tout en demandant une minute de patience à la classe suivante, qui commence à s’entasser dans le couloir.

– Vous avez cours avec des premières L si j’ai bien compris.

– Oui, tenez, je vous ai préparé le plan de cours et ma progression. Vous pouvez consulter le cahier de texte en ligne… maintenant ou après ?

– Plus tard, rien ne presse.

Comme je lui tends le dossier que j’ai prévu pour elle, son regard plonge dans le mien. Son visage me paraît bien plus sérieux que tout à l’heure, très professionnel. Voilà qui devrait calmer mes ardeurs mais… j’avoue que ça m’excite encore plus. Je sens malgré moi cette douce tension qui se fait violente dans mon bas-ventre. Je refuse de laisser trop d’espace à ce désir importun, mais le contenir, c’est le rendre plus mordant encore. Il me faut d’urgence un moyen de relâcher la pression.

A court d’idée lumineuse, je me contente de lui sourire. Un sourire courageux ou vulnérable, un sourire contradictoire : aussi froid et chaud que possible. Un sourire de trêve, nécessaire au vu des circonstances.

L’expression qu’elle me renvoie alors manque de me faire vaciller. D’un seul coup, c’est comme si le masque professionnel qu’elle avait réussi à se composer volait en éclats. Eclat, c’est bien le mot ! Son visage explose dans un sourire atomique, le genre de sourire qui déclenche des extases et ses yeux… c’est comme si son regard avait pour effet immédiat de creuser à grands coups de pioche directement sous mes côtes.

L’instant est fugace et, entendant le remous des élèves impatients devant la porte, je la vois qui reprend contenance. Je ne peux m’empêcher de l’envier : pour ma part, je ne sais plus où j’habite. Je me racle la gorge, tortille mon marqueur entre mes mains en essayant de ne pas vérifier si mes seins se manifestent à nouveau, consciente que le moindre geste pourrait m’être fatal. En évitant de penser à la vague de désir qui sourd entre mes jambes, je reviens sur l’inspection (à défaut de fondre sur l’inspectrice) :

– Nous sommes en plein Mariage de Figaro. Aujourd’hui, on termine le commentaire sur le monologue de Figaro…

-« Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »*

– Oui, enfin… pas toujours, hein !

Son sérieux vacille, je la vois faiblir. Elle me concède un sourire presque timide. Ses joues rosissent légèrement et mon rythme cardiaque s’emballe. Ô faible ! faible ! faible femme que je suis…

Elle détourne son regard comme pour s’avouer vaincue… ou tenter de passer rapidement à autre chose. Mais en une simple et innocente question, c’est moi qu’elle piétine, qu’elle anéantit, qu’elle pulvérise sans scrupule :

– Hum. Et sinon, vous me voulez où ?

J’ai beau savoir que l’ambiguité de la question est une pure provocation, je ne peux m’empêcher d’y répondre en essayant d’y mettre autant d’aplomb que possible :

– Où vous voulez.

Elle valide ma réponse d’un petit hochement de tête et me renvoie un sourire timide, comme si brusquement elle réalisait l’impudence de notre échange.

– Je… je vais juste attendre que vos élèves s’installent, balbutie-t-elle en faisant mine de s’intéresser à mon dossier entre ses mains.

Ses mains… Je suis subitement hypnotisée par ses mains délicates. Comme le reste de sa personne, elles sont sans fioritures. Bronzée, leur peau fine laisse transparaître le relief sinueux de ses veines, sans excès, leur conférant une force tranquille. J’en viens à envier le sort bienheureux de mon dossier que ses mains effleurent, caressent, saisissent, ouvrent… Difficile de ne pas penser à la manière dont ses doigts me…

– Madaaaaaaaame, on peut rentrer ?

 

(next)

 

 

 

* »Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante… »: ce sont les premiers mots dudit Figaro dans le monologue de la scène 3 de l’acte V, dans l’oeuvre de Beaumarchais : Le Mariage de Figaro.

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